[PODCAST] Le canal Saint-Martin divise résidents et fêtards
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:10OuverteRéponse directe
Paul, peux-tu décrire les vidéos virales de l'ado avec le pistolet à eau ?
- 1:46OuverteRéponse directe
Tu as interrogé Hamza et ses parents, raconte-nous.
- 3:17OuverteRéponse directe
Pauline, pourquoi le canal a-t-il été créé au XIXe siècle ?
- 4:16OuverteRéponse directe
Il a été question de transformer le canal en autoroute, explique.
- 6:37OuverteRéponse directe
À quoi ressemblent les quais du canal Saint-Martin aujourd'hui ?
- 7:30OuverteRéponse directe
Concrètement, à quoi ça ressemble un vendredi soir au canal ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:16PrésentateurFait
« Pendant la canicule de juin, la mairie a exceptionnellement autorisé la baignade tous les jours de 15h à 21h. »
- 0:22PrésentateurFait
« Depuis le 6 juillet, la baignade n'est autorisée que les dimanches comme chaque été. »
- 3:05PrésentateurFait
« Ce canal a été inauguré au XIXe siècle, en 1825. »
- 3:09PrésentateurFait
« C'est un canal qui va du bassin de la Villette au port de l'Arsenal, juste après Bastille, long de 4,5 km. »
- 3:20InvitéFait
« Au départ, c'était pour alimenter Paris en eau potable. »
- 4:24InvitéFait
« En 1964, ce projet a été voté même à l'unanimité au Conseil de Paris. »
- 5:00InvitéFait
« Et petit à petit, le quartier est devenu très prisé. »
- 5:03InvitéFait
« Le prix de l'immobilier, notamment, a explosé. »
- 5:30InvitéFait
« Ça s'appelle Paris Respire. »
- 6:07InvitéFait
« La première phase des travaux a été terminée. »
- 6:19InvitéFait
« Et l'ensemble devrait se terminer en 2028. »
- 8:11InvitéFait
« Aujourd'hui, ils sont à bout. »
- 8:21InvitéFait
« On a des archives, nous, aux Parisiens, des reportages qui datent déjà de 2015. »
- 9:56InvitéFait
« Oui, ça s'est produit peu avant 23h. »
- 10:07InvitéFait
« Un sans domicile fixe a été dérangé par un groupe de jeunes hommes qui faisaient du bruit. »
Temps de parole
- Invité39 %
- Présentateur22 %
- Invité 217 %
- Invité 311 %
- Invité 43 %
- Invité 53 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien. A Paris, on a beaucoup parlé ces dernières semaines du Canal Saint-Martin. Pendant la canicule de juin, la mairie a exceptionnellement autorisé la baignade tous les jours de 15h à 21h. Attention, depuis le 6 juillet, la baignade n'est autorisée que les dimanches comme chaque été. Le canal a donc pris des allures de plage, un lieu de rafraîchissement bienvenu en pleine vague de chaleur. Mais les riverains se plaignent du bruit créé par les nombreux fêtards qui se rassemblent sur les quais, souvent jusque tard dans la nuit. Le problème n'est pas nouveau, mais il a été mis en lumière par cette actualité.
Codesource fait le point aujourd'hui sur ce sujet avec trois journalistes de l'édition de Paris du Parisien, Pauline Darvé, Paul Abram et Auguste Cagné. Depuis la canicule du mois de juin à Paris, plusieurs vidéos d'un ado de 14 ans qui asperge d'eau tout le monde près du Canal Saint-Martin sont devenus virales. Paul, est-ce que tu peux nous décrire une ou deux de ces vidéos ?
On le voit notamment asperger des passants d'abord, des piétons, des cyclistes et même des automobilistes avec son pistolet à eau. On le voit pousser des gens, une jeune femme notamment qui était en train de profiter du soleil au bord du canal et qu'il vient pousser dans l'eau. Et puis on le voit, et c'est surtout ces scènes qui ont fait le tour des réseaux sociaux, on le voit faire des batailles d'eau avec les policiers municipaux, notamment les coursers avec son pistolet à eau, il l'a toujours en main. Et ça a l'air quand même bon enfant entre lui et la police.
Alors tu as fait un article sur Hamza, surnommé Hamza la douane, tu l'as interrogé, lui et ses parents. Tu vas nous raconter et on va essayer de voir aussi pourquoi autant de médias en parlaient de lui. Mais avant d'y revenir, on va raconter à la fois l'histoire et l'actualité du Canal Saint-Martin, un quartier emblématique de Paris qu'on a pu voir dans plusieurs films, notamment Hôtel du Nord de Marcel Carnet en 1938. Pourquoi qu'on ne part pas pour tout l'an ?
Oui, c'est une scène culte du cinéma français. On y voit le personnage Raymond, une prostituée de l'Hôtel du Nord, qui est un hôtel populaire du XIXe siècle au bord du Canal Saint-Martin. Ce personnage est joué par la comédienne et chanteuse Arletti, et elle suit Edmond, qui est joué par Louis Jouvet, qui est son protecteur, ou sous-entendu son proxénète. Et tous les deux, ils traversent l'écluse, ils traversent le Canal Saint-Martin. On y voit des gens installés au bord, profiter visiblement d'une belle journée. Et là, c'est là qu'elle dira une de ses phrases cultes. J'ai besoin de changer l'atmosphère, et moi l'atmosphère, c'est toi ?
Le Canal Saint-Martin est aussi apparu dans Amélie Poulain en 2001,
ou encore dans la série Netflix Émilie in Paris en 2022. Ce canal a été inauguré au XIXe siècle, en 1825. En résumé, c'est un canal qui va du bassin de la Villette au port de l'Arsenal, juste après Bastille, long de 4,5 km. Pauline, pourquoi est-ce qu'il a été créé au départ ?
Au départ, c'était pour alimenter Paris en eau potable. A l'époque, la seule source d'alimentation, c'était la Seine, qui était très polluée. Il y avait notamment des épidémies qui s'étaient développées. Et donc, Napoléon a repris un projet qui existait déjà au XVIe siècle, de faire un canal depuis le canal de Lourdes, qui lui prend sa source au nord-est de Paris.
Depuis 1860 et les travaux du baron Haussmann, le canal est en grande partie recouvert entre République et Bastille. Jusque dans les années 1920, les bateaux sur le canal étaient tirés par des hommes, et le quartier tout autour était très populaire.
Oui, parce que le canal de Lourdes, c'était donc une source d'alimentation en eau potable, mais c'est aussi devenu une voie de transport fluvial. Et donc, le long du canal Saint-Martin, se sont développés des entreprises, des entrepôts, des ateliers. Et c'était un quartier très industriel au départ.
Dans les années 1960, il a été question de transformer le canal Saint-Martin en autoroute.
Oui, ça peut paraître surprenant aujourd'hui, mais effectivement, en 1964, ce projet a été voté même à l'unanimité au Conseil de Paris. L'idée, c'était de créer une autoroute du Nord à l'autoroute du Soleil, au sud de la capitale, et donc en recouvrant complètement le canal Saint-Martin.
Projet très coûteux qui a fait l'objet d'une vive opposition.
Il a finalement été abandonné au début des années 1970. Pauline, à partir de cette période, le quartier s'est ensuite embourgeoisé. Oui, tout le côté industriel a été progressivement abandonné. Et à partir des années 1960-1970, ça a commencé à devenir un lieu de promenade. Et petit à petit, le quartier est devenu très prisé. Le prix de l'immobilier, notamment, a explosé. Et le quartier s'est complètement transformé. Et à partir de la fin des années 1990, Pauline, les abords du canal sont aménagés différemment. Oui, en fait, c'est le moment où on sort du tout voiture à Paris. Et l'idée, c'est de piétonniser de plus en plus de quartiers parisiens. Le canal Saint-Martin en fait partie.
Et donc, ça commence notamment les dimanches, où chaque dimanche, les quais sont entièrement piétonnisées. Ça s'appelle Paris Respire. Et petit à petit, la ville de Paris va continuer à aller dans cette direction. À partir de 2020, notamment, tout le plan de circulation du quartier est revu. Et l'idée, c'est de tarir le plus possible les sources d'alimentation du trafic routier le long du canal Saint-Martin. Et donc, ça se traduit par de moins en moins de voitures, de plus en plus de piétons et de cyclistes.
Et finalement, à partir de 2024, la ville de Paris commence à faire des travaux de réaménagement pour améliorer la cohabitation, notamment, entre les piétons très nombreux et les cyclistes également très nombreux. Donc, les trottoirs sont élargis, une vélorue est créée au milieu. Donc, la priorité est donnée d'abord au vélo et ensuite aux voitures. La première phase des travaux a été terminée. Et l'ensemble devrait se terminer en 2028.
À partir de là, pour qu'on comprenne bien à quoi ressemblent les quais du canal Saint-Martin ?
C'était déjà un lieu de promenade et ça le devient encore plus. On voit beaucoup de gens s'y promener, beaucoup de cyclistes. Il y a notamment des squares également qui ont été aménagées. Donc, ça devient aussi un lieu de pique-nique et un lieu très festif également le soir.
Et j'imagine qu'il y a de plus en plus de gens qui viennent faire la fête, Paul ?
Oui, ça remonte déjà il y a quelques années. Le fait que le canal Saint-Martin est devenu un repère festif ou en tout cas un endroit où, passé le début ou une partie de la soirée, il y a beaucoup de bars qui se sont installés au fil des années. Ça s'explique aussi par des aménagements récents entrepris par la ville de Paris pour améliorer les flux de circulation piétons, vélo, pour rendre beaucoup plus harmonieux les abords du canal pour s'y installer. Et donc, ça a attiré à la fois des acteurs professionnels commerciaux, donc des bars, des restaurants, et beaucoup de jeunes qui ont trouvé un lieu pour s'amuser le soir au bord de l'eau et en plein Paris.
Oui, au bord de l'eau, mais en temps normal, on n'a pas le droit de se baigner. En gros, ça ressemble à quoi si on arrive près du canal Saint-Martin un vendredi soir ou un samedi soir ?
C'est surtout au beau jour où la fréquentation du canal Saint-Martin augmente énormément. Concrètement, si vous débarquez un soir de week-end au bord de ce cours d'eau, c'est des groupes entiers d'amis, de jeunes, de moins jeunes, qui viennent avec de quoi grignoter, avec quelques bières, un peu d'alcool. Et en fait, le soir, et surtout le week-end, et quand il fait beau, le canal Saint-Martin est noir de monde. Il y a des gens assis partout, qui font de la fête, qui écoutent de la musique avec des enceintes, et ça, ça peut créer des nuisances. Comment les riverains, ceux dont les appartements donnent sur le canal, vivent ça ? Aujourd'hui, ils sont à bout.
Clairement, ça fait des années qu'ils alertent l'autorité publique, la ville de Paris, sur des nuisances répétées, amplifiées. On a des archives, nous, aux Parisiens, des reportages qui datent déjà de 2015, où les associations de riverains nous sollicitaient pour qu'on relaie leur exaspération, par rapport à toutes ces nuisances répétées, nuisances essentiellement sonores. On parle de groupes qui parlent fort, qui crient, qui parfois, d'ailleurs, peuvent mener à des échauffourées, mais des nuisances sonores, jusque tard dans la nuit, et ça n'a fait que s'accentuer dans le temps, jusqu'à aujourd'hui, où ils sont vraiment à une situation de ras-le-bol, et même au-delà.
Parmi ces riverains, il y a Valérie, 69 ans. Elle habite ici depuis 35 ans, et elle en a marre. Elle est au micro code source de Marin-Guillon-Verne.
Tous les étés, on a de plus en plus de gens qui s'amusent ici. Moi, je suis d'accord pour les amusements. Mais là, cette année, c'est un petit peu particulier. Il y a beaucoup de gens qui restent jusqu'à 5h, 6h du matin, sans se rendre compte qu'ils crient et qu'ils nous empêchent de nous reposer. Moi, je travaille encore. Quand il fait chaud, on a envie d'ouvrir aussi. Mais il y a des filles qui crient très fort, parce que les filles, on nous voit aiguës. Le djembé, c'est difficile, parce que ça résonne avec l'eau. Et tous les gens de mon immeuble, qui sont sur la rue, sur le canal, on est vraiment assez ennuyés. On espère que les gens seront un petit peu plus raisonnables.
Le quartier est tellement sympa qu'on a du mal à le quitter, mais c'est compliqué.
On en revient à l'actualité la plus récente, Auguste, dans la nuit du dimanche 26 avril, le long du canal Saint-Martin. Après une altercation, un homme est frappé violemment à la tête. Raconte-nous ce qu'il s'est passé.
Oui, ça s'est produit peu avant 23h. On est dans la nuit de samedi à dimanche. On est au niveau de la place Raoul Folreau. C'est une petite esplanade qui donne sur le canal. Il y a souvent des fêtards et des jeunes qui s'y retrouvent en soirée. Et d'après ce qu'on sait, un sans domicile fixe a été dérangé par un groupe de jeunes hommes qui faisaient du bruit. Le ton est monté et le sans-abri aurait alors violemment frappé un des jeunes à la tête avec un bâton. La victime, elle est grièvement blessée, transportée à l'hôpital avec son pronostic vital engagé. En milieu de semaine suivante, elle était toujours dans le coma. Son agresseur, lui, a été placé en garde à vue.
Et dans le quartier, en reportage, beaucoup de voisins nous ont raconté que la place Folreau subissait régulièrement des nuisances et des bagarres.
Au mois de mai, le soir du jeudi 21 mai, à la veille de la finale de la Coupe de France entre Nice et Lens, une centaine de supporters de Nice viennent faire le coup de poing au canal Saint-Martin.
Oui, il faisait très chaud ce soir-là dans Paris et autour de 23h. Des riverains voient arriver une centaine de personnes habillées en noir. Là, on est au niveau du quai de Valmy. Clairement, ils cherchent à en découdre. Plusieurs d'entre eux sont alcoolisés. Ils menacent des riverains aux fenêtres. Ils marchent d'un pas militaire. Ils s'en prennent d'abord à la terrasse d'un bistrot. L'atmosphère, des passants sont pris à partie et même frappés avec des tessons de bouteilles. Et puis une rique s'éclate entre deux groupes sans qu'on sache vraiment ce qu'il a provoqué. Sous les fenêtres de cette parisienne hier soir, des scènes ultra violentes.
À droite de cette image, un homme est violemment tabassé. À coups de pieds, à coups de poing. À gauche, c'est un restaurant qui est visé avec des chaises, des tables. Au total, cette nuit de chaos a fait six blessés et la police a interpellé 65 personnes. Certains étaient munis d'armes blanches, de gants coquets, de cagoules. Le lendemain, plusieurs élus de la ville de Paris, dont le maire Emmanuel Grégoire, pointent des liens entre certains supporters niçois et des groupuscules d'extrême droite. Ils condamnent fermement ces violences.
Quelques jours plus tard, la France connaît un premier épisode de canicule record. Il fait dans les 35 degrés à Paris et beaucoup d'adolescents, de jeunes adultes se rafraîchissent en sautant dans le canal.
C'est la dernière semaine de mai. Il fait exceptionnellement chaud pour la période. Les quais du canal sont bondés, noirs de monde. On voit des centaines de personnes, notamment des adolescents, des jeunes adultes, mais pas seulement, plonger dans le canal où la baignade est interdite, mais surtout sauter depuis les passerelles. Alors ça, ça arrive tous les ans, notamment pour fêter la fin du bac et des examens au début de l'été. Mais cette année, le phénomène est vraiment massif et c'est dangereux parce que le canal est assez peu profond, à peine 2 mètres. Et au fond de l'eau, il peut y avoir beaucoup de débris et d'éléments qui peuvent blesser.
À ce moment-là, la police municipale essaie de les en empêcher, mais c'est presque impossible. Oui, le 27 mai, par exemple, la police nationale et la police municipale sont envoyés sur place pour empêcher l'accès aux passerelles et dissuader les gens de sauter. Mais il y a tellement de monde que les autorités sont débordées. On voit des jeunes poursuivis par des policiers, d'autres qui grimpent sur les passerelles en cochon pendu pour ne pas se faire attraper. La ville a beau faire passer des messages de prévention, des consignes, il n'y a rien à faire.
Un mois plus tard, la France subit une nouvelle vague de chaleur extrême. La mairie de Paris, cette fois, autorise le 17 juin la baignade dans une partie du canal Saint-Martin.
Oui, là, c'est la deuxième vague de canicules, Paris étouffe et normalement, la baignade au canal Saint-Martin n'est autorisée que le dimanche pendant l'été, du début juillet jusqu'à début septembre, sur une portion d'environ 100 mètres au 4G Map. Mais cette fois, la ville décide d'ouvrir la plus grande piscine de Paris plutôt que prévu pour permettre aux gens de se rafraîchir. L'idée, c'est d'ouvrir la baignade tous les jours, de 16h à 20h, tant que les chaleurs extrêmes ne sont pas encore retombées. C'est un dispositif assez léger, rapide à mettre en place, avec simplement un ponton et des maîtres nageurs.
L'eau est de bonne qualité, des analyses régulières le prouvent. Auguste, cette immense piscine à ciel ouvert, en plein Paris, dans un joli cadre avec des arbres tout autour, attire énormément de monde.
Tout de suite, c'est un succès, puisque je pense que les gens n'attendaient que ça. Le premier jour, quand le maire vient inaugurer cette baignade, c'est un mercredi après-midi. On voit des jeunes gens qui ont fait des trajets en train depuis l'Essonne, par exemple, pour venir fêter la fin du bac. On voit des jeunes femmes avec des enfants. On voit même des personnes plus âgées, des retraités, des amis. Enfin voilà, on a un petit peu toutes les générations qui se croisent. Les gens nous disent qu'ils trouvent l'eau très bonne, très agréable.
Il y a cette zone de baignade d'environ 100 mètres qui est donc délimitée, mais ça n'empêche pas d'autres baigneurs de se baigner en dehors de la zone, y compris à proximité des écluses du canal. On voit des patrouilles de la police municipale discuter avec les baigneurs, leur dire qu'ils risquent une amende s'ils se baignent ici, et essayer de les renvoyer vers la zone de baignade surveillée.
Beaucoup de monde se baigne, et certains font des plongeons depuis les passerelles, et ça c'est interdit. Les passerelles sont à 5 mètres de haut, il y a environ 2 mètres de profondeur seulement. La mairie essaie de faire de la prévention, mais il y a beaucoup de blessés.
Oui, justement, lorsque la baignade au Quai de Gemap a été ouverte mi-juin, la mairie a fait installer des barrières aux abords des passerelles pour empêcher les sauts. Mais ce n'est pas vraiment respecté. On voit beaucoup de jeunes qui continuent à sauter, y compris depuis les écluses situées un peu plus au nord de la zone de baignade surveillée. Fin juin, Emmanuel Grégoire annonce qu'une cinquantaine de personnes ont été blessées après avoir sauté des passerelles. Un jeune s'est ouvert le crâne, il y a aussi des fractures. Bref, c'est un sujet qui inquiète l'exécutif parisien, qui cherche un juste milieu entre laisser le public se rafraîchir et lutter contre les comportements à risque.
Paul, autre problème, récemment, le samedi 20 juin, une vidéo est largement relayée sur les réseaux. On y voit un agent de la ville de Paris balayer au karcher les pavés le long du canal. Et avec son jet d'eau, il envoie les bouteilles, les canettes dans l'eau du canal.
En fait, la balayette, là, il passe tout au karcher, tout balancer dans le canal. On veut dire toutes les merdes dans le canal. Voilà.
Comment réagit la mairie ?
Alors, en fait, cette vidéo, elle est tournée par un riverain du canal Saint-Martin. Elle est postée le week-end de la fête de la musique. Donc, on pense d'abord qu'elle intervient, justement, après la soirée de la fête de la musique, où des millions de personnes et de jeunes viennent faire la fête dans les rues de la capitale, et ce qui engendre d'innombrables déchets sur la voie publique. Donc, cette vidéo devient virale. Il s'avérera qu'en fait, elle a été tournée quelques heures plus tôt. Et en fait, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, réagit lui-même face caméra.
Il veut préciser, je cite, que cette action ne correspond pas à la procédure habituelle en matière de nettoyage des espaces et justement du canal, que les déchets doivent être d'abord soufflés vers le trottoir et ensuite ramassés par les agents directement sur la voirie, et que c'est un fait isolé qui ne reflète pas tout le travail des agents de propriété.
Le vendredi 26 juin, un homme de 21 ans se noie dans le canal Saint-Martin. Est-ce qu'on sait comment il s'est noyé ? Dans quelles circonstances ?
Selon les premiers éléments de l'enquête, l'homme est prénommé Rivdan. Il est né en 2004. Il est donc âgé d'une vingtaine d'années, de nationalité turque. C'est un résident du Val-d'Oise. Il travaillait comme ouvrier. Et donc, en fait, ce vendredi, Rivdan se trouvait avec des amis, deux amis au bord du canal Saint-Martin, visiblement des collègues de travail. Et c'est à ce moment-là qu'il décide d'aller se baigner dans la partie non autorisée, qui n'était pas surveillée. Et au même moment, ses deux mêmes collègues se sont absentés pour prendre un café dans un bistrot à côté. Et à leur retour, le jeune homme avait disparu.
Ils ont décidé de se rendre au commissariat du 10e arrondissement pour signaler sa disparition. Et il a été retrouvé peu après par les services de secours. Mais ils n'ont pas pu le réanimer.
Paul, malgré ce drame, chaque soirée pendant cette canicule attire des milliers de fêtards. À quoi ça ressemble concrètement ?
C'est un peu une fête de la musique, tous les soirs au bord du canal Saint-Martin. On a plein de jeunes qui viennent faire la fête. Certains consomment de l'alcool, certains même de la drogue. Il y a énormément d'enceintes qui sont allumées, amplifiées, qui diffusent de la musique jusqu'à pas d'heure. On a un brouhaha permanent. Même les riverains mesurent les décibels qui sont plus élevés que jamais. Voilà, c'est une fête géante, permanente, tous les soirs de beau temps. Pour Côte-Source, Marin Guillon-Verne a interrogé quelques fêtards sur les quais. Dès qu'il fait un peu chaud, tu sens que les gens à Paris deviennent un peu dingues et ils vont tous au canal Saint-Martin.
Là, c'est devenu encore plus dingue avec la canicule. C'est devenu un peu un lieu de fête, une piscine géante. C'est génial de venir ici. Ah ouais, moi j'adore. J'adore être ici. On peut se baigner tout, je trouve. On se sent un peu genre, pas forcément à Marseille, mais on se sent dans une ville où il y a un point d'eau. Ça se fait encore plus été. Le soir, tu peux avoir de la musique live. C'est un moment et un endroit où les gens se rencontrent et je pense que je change un peu leur état d'esprit par rapport au reste de Paris où ils sont un peu dans leur train-train quotidien, un peu fermé les uns et aux autres. Ouais, je me suis baignée une fois.
J'avais peur quand je sautais parce que genre, c'est pas très profond. Genre en faisant un salto, j'ai touché mon coude en dessous. Mais étant qu'ils nettoient et qu'il n'y a pas de vélo, surtout genre ou des trucs comme ça en dessous, ça va. Paul, je reviens à toi. Tout ça intervient dans une période où les riverains étaient déjà à bout. Et donc là, on a dépassé un seuil jamais atteint jusqu'à présent d'exaspération, de bruit constant et de nombreux publics riverains qui n'arrivent plus à dormir le soir au canal Saint-Martin. On est en pleine canicule. Ils n'ont pas tous la clim dans les appartements et sont contraints d'ouvrir les fenêtres. Sauf qu'en bas de ces fenêtres, c'est la fête.
On en revient au début de cet épisode de Codesources. Paul, toi, le 30 juin, tu consacres un article à la mascotte controversée du quartier, cet ado de 14 ans dont on parlait. Hamza dit Hamza la douane. Qu'est-ce qu'on sait de lui ?
Alors Hamza, il a 14 ans. Il vit entre le 20e arrondissement chez son père et la Courneuve chez sa mère. Il est scolarisé en 4e dans un collège du 18e arrondissement. Il va donc passer en 3e. Et le canal Saint-Martin, comme il nous le dit, c'est son spot. Il y passe tous les jours d'été qu'il peut. Et c'est aussi un garçon un petit peu turbulent, il faut le dire, qui est connu des services de police. Il nous explique, sans donner de détails, qu'il est sous contrôle judiciaire. On a pu échanger avec son avocate au téléphone. On sait que pendant cet épisode caniculaire, il a fait au moins une ou deux gardes à vue. Et donc tu l'as interrogé, qu'est-ce qu'il te raconte ?
Pourquoi est-ce qu'il fait tout ça ? Il nous explique clairement que lui, il s'amuse. Lui, il est juste là pour s'amuser. Il a son pistolet à eau. Il arrose les passants, il arrose la police, qui d'ailleurs, on l'a même vu sur les vidéos, joue avec lui. Il croise les gens, il les arrose, il leur demande 2 euros pour s'arrêter. Et s'il ne donne pas 2 euros, il continue d'arroser. Et c'est pour ça qu'on l'appelle la douane. En fait, il nous explique qu'en Algérie ou au bled, pour reprendre ses termes, quand on donne de l'argent au douanier, le douanier ne fouille pas votre voiture, il vous laisse passer. Lui, c'est un peu pareil, sauf qu'il a un pistolet à eau et il réclame 2 euros au passant.
Beaucoup de médias, des médias marqués à droite, notamment, ont parlé de lui. Pourquoi ? En résumé, sous quel angle ?
De ce qu'on observe, c'est que les médias plutôt orientés à droite, voire très à droite, voient en Hamza, en cet adolescent, un symbole d'une faillite sociétale, d'une jeunesse, d'une jeune génération aujourd'hui, qui n'a pas peur du tout de défier l'autorité, qui reste très souvent impuni. Et à gauche, on parle au contraire du racisme qu'il y a autour de ce sujet-là, parce qu'en effet, il y a énormément de commentaires haineux racistes qui tournent autour des vidéos qui mettent en lumière ce jeune Hamza. Et il faut dire, il y en a des milliers. On a pu les constater. Justement, tu as parlé de ça avec lui ? Oui, il voit tous ses commentaires.
C'est d'ailleurs lui qui a abordé le sujet, sans même qu'on l'interroge là-dessus spécifiquement. Il nous dit clairement que ça le dérange. Il ne comprend pas pourquoi sous une vidéo où il arrose des gens avec un pistolet à eau, des gens écrivent, je cite, c'est ça l'avenir de la France. Ah mais lui, il faut lui retirer la CAF. C'est souvent des messages à caractère raciste. Et lui, il les condamne et ça lui passe un peu au-dessus de la tête, mais il regrette que ça prenne cette direction, alors que lui, encore une fois, dans ses termes, il veut simplement s'amuser. Tu as pu parler à ses parents. Comment ils vivent tout ça ? J'ai pu brièvement m'entretenir avec ses parents.
J'ai rencontré son papa sur place au Canal Saint-Martin. On a tenu à ce qu'il soit présent avant d'échanger avec son fils. Son père n'a pas l'air trop perturbé par rapport à l'ampleur que ça a pu prendre sur les réseaux sociaux. Dans ses mots, il nous dit que son fils est gentil, il fait de mal à personne, il s'amuse, il ne reste pas enfermé à la maison pendant la canicule. Sa maman, on l'a eu au téléphone. Elle, elle est évidemment assez agacée de voir tous les médias parler de son fils et notamment quand elle allume la télé, qu'elle voit certains commentaires, certaines analyses autour de son fils, de son comportement. Ça la bouleverse un peu.
C'est une femme qui travaille énormément, elle est auxiliaire de vie de tôt le matin à tard le soir. Et quand elle rentre à la maison et qu'elle voit tous ses commentaires autour de son fils, ça ne la réjouit pas, bien au contraire.
Au-delà d'Hamza, ces dernières semaines, on a beaucoup parlé des nuisances au canal Saint-Martin. Comment les habitants du quartier vivent ça ? J'imagine qu'ils sont partagés parce qu'on parle de leurs problèmes, mais justement, les propriétaires qui veulent partir, ils risquent d'avoir du mal à vendre leurs appartements ?
Il y a quelques jours encore, j'ai pu m'entretenir avec le président de l'association des riverains du canal Saint-Martin qui représente des centaines de logements et il me partageait en effet cette inquiétude d'un avenir proche, c'est-à-dire les nuisances sont telles que beaucoup d'habitants veulent quitter le quartier et donc ce président d'association, lui, ce qu'il craint, c'est que tous ces logements qui vont être laissés vacants deviennent des meublés touristiques pour ne pas les nommer des Airbnb et que le canal Saint-Martin devienne un lieu 100% touristique dédié à la fête.
Merci Paul Abran, Auguste Cagné, Pauline Darvé. Cet épisode de Code Source a été produit par Clémentine Spiller, Barbara Gouy et Marin Guillon-Verne. Réalisation, Julien Moncouquiol. Code Source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien. N'oubliez pas de vous abonner pour ne rater aucun épisode. Et puis on vous invite aussi à écouter le second podcast du Parisien, Crime Story, le podcast fait divers du Parisien avec un nouvel épisode chaque samedi matin.