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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 28 avril 2024 11 minContradictoireActualité / polémiqueJusticeInstitutions & électionsSolidarités & familleÉducation & recherche

L’armée dans nos collèges : cet enseignant alerte, Darmanin veut le faire taire

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 60 %Défensif 40 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:02OuverteRéponse partielle

    Bonjour Olivier Cuzon.

  • 0:06OuverteRéponse directe

    J'aimerais savoir comment vous avez réagi en apprenant qu'une plainte a été déposée contre vous par Gérald Darmanin en personne.

  • 1:35OuverteRéponse directe

    Quels sont les propos incriminés ?

  • 3:15FerméeRéponse directe

    Pour vous, ni la police ni l'armée ne sont légitimes à intervenir dans les écoles et c'est ce qui vous a valu une plainte du ministre de l'Intérieur.

  • 3:36FerméeRéponse directe

    Vous soutenez toujours cette opinion ?

  • 4:42FerméeRéponse directe

    Vous estimez qu'il ne s'agit que de l'exercice de votre liberté d'expression ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:26Invité politiqueFait
    « C'est un terme qui porte mal son nom, parce qu'en fait on peut se retrouver en garde à vue à la fin de l'audition libre. »
  • 1:47Invité politiqueFait
    « C'est un article où on parle des classes défense. »
  • 2:20Invité politiqueFait
    « D'abord parce qu'ils n'ont pas forcément de formation pédagogique. »
  • 2:41Invité politiqueFait
    « On citait un certain nombre d'enquêtes de faits étayés par des journalistes, par des sociologues sur les dérives qu'on trouve dans un certain nombre de commissariats ou de casernes. »
  • 3:33Invité politiqueFait
    « On accuse des militaires, effectivement, d'appartenir à des groupuscules. »
  • 3:56Invité politiqueFait
    « Il y a eu des groupes de discussion qui ont révélé des contenus homophobes, racistes, voire de dérives nazillons. »
  • 8:29Invité politiqueFait
    « La France a été condamnée plusieurs fois par des cours internationales par rapport à l'inféodation des procureurs au ministre de la Justice. »
  • 9:16PrésentateurFait
    « Jean-Paul De Lescaux, secrétaire général de la CGT du Nord, condamné à un an de prison avec sursis pour un tract qui contextualise l'attaque du Hamas du 7 octobre. »

Temps de parole

  • Invité politique76 %
  • Présentateur24 %

2,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour Olivier Cuzon.

0:01
Invité politique

Bonjour.

0:02
Présentateur

Alors Gérald Darmanin est coutumier des menaces de plainte en diffamation, j'en ai moi-même fait les frais, sauf que dans votre cas, le ministre de l'Intérieur est allé au bout, sans évoquer le fond de l'affaire. J'aimerais savoir comment vous avez réagi en apprenant qu'une plainte a été déposée contre vous par Gérald Darmanin en personne.

0:20
Invité politique

C'est vrai que je me suis retrouvé en audition libre. C'est un terme qui porte mal son nom, parce qu'en fait on peut se retrouver en garde à vue à la fin de l'audition libre, mais on me retrouvait en audition libre au commissariat de Brest. Et donc j'ai appris, en fait je ne connaissais pas les faits exacts qui m'étaient reprochés, je connaissais juste le motif de diffamation et d'un jour public à l'encontre de la police et de la gendarmerie. Et donc le policier m'a annoncé au cours de cette audition que c'était Gérald Darmanin en personne qui avait porté plainte contre moi. Je ne vous cache pas qu'au début j'ai cru que c'était une blague.

Je pensais que le ministre de l'Intérieur avait autre chose à faire dans ce pays, qu'il y avait quand même un représentant dans le département qui s'appelle le préfet, mais non, il m'a confirmé que c'était bien le ministre de l'Intérieur qui avait déposé plainte. C'est un petit coup de pression, je ne vous cache pas. Un coup de pression supplémentaire j'ai envie de dire, parce que déjà de se voir infliger une plainte alors que quand on a l'impression qu'on n'a rien fait, mais en plus que ce soit un ministre de la République qui se permette ça,

1:20
Présentateur

ça peut être effectivement assez intimidant.

1:26
Invité politique

C'est l'objectif recherché.

1:27
Présentateur

C'est l'objectif recherché, exactement. Gérald Darmanin a déposé plainte contre vous pour diffamation et injure publique à l'encontre de la police et de la gendarmerie. Suite à la publication d'un article dans une revue syndicale, qu'est-ce que le ministre de l'Intérieur vous reproche exactement ? Quels sont les propos incriminés ?

1:44
Invité politique

C'est un article où on parle des classes défense. Les classes défense, c'est un partenariat entre le ministre de la Défense et le ministère de l'Éducation nationale où après les attentats de janvier 2015, on propose à des gens en uniforme, des policiers, des militaires, de venir faire auprès des classes de l'instruction civique et de l'éducation aux valeurs de la République. Cet article pose la question de la légitimité de ces militaires et de ces policiers à venir faire de l'éducation à la citoyenneté auprès des élèves. D'abord parce qu'ils n'ont pas forcément de formation pédagogique.

A priori, quand même, moi je suis enseignant et c'est la vocation des enseignants de faire cette éducation à la citoyenneté. C'est un peu ce qu'on fait tous les jours dans nos classes d'ailleurs. Ils n'ont pas de formation et puis on allait un petit peu plus loin dans l'article que ça. On citait un certain nombre d'enquêtes de faits étayés par des journalistes, par des sociologues sur les dérives qu'on trouve dans un certain nombre de commissariats ou de casernes, les dérives racistes, misogynes, homophobes. Et du coup, on arrivait à nous interroger un peu sur la capacité de ces gendarmes et militaires à venir faire de l'éducation à la citoyenneté.

On ne remet pas en cause l'institution en elle-même, on remet bien en cause des dérives personnelles et de groupes qui ont largement été étayées par des enquêtes journalistiques.

3:15
Présentateur

Pour vous, ni la police ni l'armée ne sont légitimes à intervenir dans les écoles et c'est ce qui vous a valu une plainte du ministre de l'Intérieur.

3:22
Invité politique

C'est ça.

3:24
Présentateur

Le ministre de l'Intérieur juge que vous accusez les militaires d'appartenir à des groupuscules nazis.

3:32
Invité politique

On accuse des militaires, effectivement, d'appartenir à des groupuscules.

3:36
Présentateur

Vous soutenez toujours cette opinion ?

3:39
Invité politique

Lors de l'audience, le policier nous a demandé si on entendait retirer l'article et c'est un article qu'on maintient dans sa diffusion sur notre site Internet parce qu'effectivement, ça a été prouvé. Il y a eu des enquêtes, il y a eu des témoignages, il y a eu des groupes de discussion qui ont révélé des contenus homophobes, racistes, voire de dérives nazillons. Tout ça est largement documenté.

Ce qu'on peut regretter quand même, c'est que le ministre de l'Intérieur, plutôt que de s'attaquer à des militants et des journalistes, c'est ça notre crainte, plutôt que de s'attaquer à des gens qui mettent ça sur la place publique, il serait peut-être bien inspiré de faire le ménage dans ses propres rangs, de s'attaquer à ces militaires et à ces policiers et à ces dérives groupusculaires. Mais je pense qu'il ne s'attaque pas aux bonnes personnes en fait. Et c'est peut-être nous finalement qui défendons la police et une armée républicaine plus que le ministre.

4:42
Présentateur

Là où Gérald Darmanin voit de la diffamation et de l'injure publique, vous estimez qu'il ne s'agit que de l'exercice de votre liberté d'expression ?

4:50
Invité politique

Tout à fait, c'est un journal syndical, c'est une presse un petit peu piquante de temps en temps, c'est notre vocation, on ne prétend pas à la neutralité, mais on souhaite garder cette liberté d'expression. Et c'est ça qui nous fait un peu peur aussi, c'est que la prochaine fois qu'on écrira des articles, on aura un peu cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, en se disant, est-ce que là, on n'y va pas un peu fort ?

Parce que c'est des questions qu'on ne se posait jamais avant, on se sentait libre dans nos expressions syndicales, et on peut craindre que ce genre de menace, d'intimidation, puisqu'il s'agit bien d'une tentative d'intimidation, ça ait pour répercussion à long terme, même si l'affaire devait être classée ou si elle devait être plaidée et nous donner gain de cause, et bien quand bien même, ça aura forcément, c'est à craindre, des répercussions.

5:43
Présentateur

Donc cette affaire révèle non seulement une atteinte manifeste à la liberté d'expression et une atteinte peut-être à la liberté syndicale ?

5:52
Invité politique

Absolument, le rôle d'un syndicat, c'est de s'exprimer, c'est de contester les politiques mises en place, les projets gouvernementaux, et à travers cette plainte pour diffamation, on a l'impression qu'ils vont utiliser cette arme de la diffamation pour tenter de nous museler, pour éviter le débat politique. On essaye de nous censurer par l'arme judiciaire et par ce type de plainte qui sont au demeurant un peu intimidantes ou au regard des condamnations encourues. Pour autant, on ne se laissera pas faire. C'est l'idée, c'est pour ça qu'on a décidé de laisser cet article en ligne sur notre site.

On n'a pas envie de se laisser intimider, quand bien même ce serait Gérald Darmanin qui nous cherche des ennuis et dépose plainte.

6:45
Présentateur

Peut-être pour démontrer vraiment le caractère ridicule, je me permets, de cette plainte de Gérald Darmanin, vous pouvez rappeler le nombre de lecteurs qui consultent vos articles ?

6:58
Invité politique

Le journal de Sud Éducation 1 9, c'est un petit journal, effectivement. C'est une feuille de chou locale qu'on envoie dans les écoles, collèges et lycées du département du Finistère. On tire à 1 000 exemplaires. C'est une diffusion tout à fait modeste. C'est ça qui paraît complètement disproportionné que le ministre de l'Intérieur n'ait pas d'autre chat à fouetter que de s'occuper d'un petit journal au bout du monde dans le Finistère.

7:26
Présentateur

Mais peut-être que Gérald Darmanin avait besoin d'attaquer les Bretons qui se rebellent beaucoup. On l'a vu lors des dernières mobilisations. Est-ce que ce n'est pas une attaque qui est dirigée contre la Bretagne qui a tendance à se soulever ?

7:45
Invité politique

Contre les Bretons, je ne sais pas, mais contre les petits, certainement. Parce qu'à la limite, si Gérald Darmanin avait un peu plus de courage, j'ai envie de dire qu'il attaque les enquêtes de Mediapart, celles qu'on relaye dans l'article. Mais il préfère s'attaquer à des petits parce que je ne suis qu'un petit directeur de publication d'une petite feuille de fou syndicale. Le ministre aura peut-être manqué de courage sur ce coup-là.

8:07
Présentateur

Est-ce que l'affaire est audiancée ? Est-ce que, vous sortez d'une audition libre, est-ce qu'il y a une date d'audience prévue ? Vous êtes assisté par un avocat. Quelles sont les suites possibles ?

8:18
Invité politique

Maintenant, l'affaire est entre les mains du procureur de Brest qui va devoir soit classer, soit décider et de poursuivre. On va voir aussi l'indépendance de la justice. On sait que la France a été condamnée plusieurs fois par des cours internationales par rapport à l'inféodation des procureurs au ministre de la Justice. Donc, ça va être au ministre de la Justice, j'ai envie de dire, de faire la preuve de son indépendance vis-à-vis du ministre de l'intérieur. Je dois faire confiance à la justice de mon pays, à l'état de droit. La liberté syndicale, c'est quand même un des piliers de notre République.

On doit pouvoir dire des choses qui fâchent sans pour autant se retrouver devant un tribunal. Donc, j'ai envie de croire que le procureur va classer l'affaire, mais on verra ce qu'il en sera.

9:03
Présentateur

On suivra tout ça de très près, bien évidemment. Dans votre malheur, vous n'êtes pas seul. De nombreux militants et personnalités de gauche sont visées par l'appareil répressif de l'État. Je pense notamment à Jean-Paul De Lescaux, secrétaire général de la CGT du Nord, condamné à un an de prison avec sursis pour un tract qui contextualise l'attaque du Hamas du 7 octobre. Est-ce que ce climat, tout ça, vous inquiète ?

9:26
Invité politique

Bien sûr, c'est inquiétant en termes de liberté publique. On a l'impression que certains se croient déjà en 2027 et font déjà allégeance à un pouvoir. C'est très inquiétant. Ça jette un climat de pression permanente sur les militants qui devraient rendre des comptes, de leur justice sur leurs propos. Les libertés publiques d'expression, les libertés syndicales, tout ça, ce sont les fondements de notre démocratie, de notre démocratie sociale et les soutiens que j'ai pu rencontrer depuis ces derniers jours au niveau syndical.

Je veux dire, un grand nombre d'organisations syndicales, l'ensemble des partis politiques de gauche, des soutiens associatifs et puis des soutiens de citoyens prouvent quand même que, heureusement, les organisations, les associations, les citoyens qui sont attachés à ces libertés et qu'on ne se laissera pas faire comme ça. On va vendre cher notre peau.

10:27
Présentateur

Merci beaucoup Olivier Cuson. Je vous rappelle que vous êtes enseignant et syndicaliste chez Sud Éducation 29.