France Travail fait le pari de l'IA - 24/06
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BFM Business présente Tech & Co-Business, le magazine de l'accélération digitale. Frédéric Simotel. Allez, Tech & Co-Business sur BFM Business se poursuit ici à VivaTech, spécial 10 ans. C'est VivaTech, il y a beaucoup de monde, on l'entend, ça circule beaucoup dans les années. Avec nous, on va parler France Travail avec Samir Amelal. Bonjour Samir. Bonjour Frédéric. Merci d'être avec nous, directeur général adjoint technologie, membre du comex de France Travail.
Avant de rentrer dans l'actualité France Travail, et il y en a beaucoup de l'actualité aujourd'hui, un mot quand on est patron de l'IA, des technologies, qu'on voit ce qui se passe au niveau mondial avec cet électrochoc anthropique, limité, bridé aux Etats-Unis. Qu'est-ce qu'on se dit quand on est responsable d'IA et qu'on utilise forcément ces technologies ?
Alors on se dit qu'on a un sujet de souveraineté, qu'évidemment ce sont des outils qui sont très puissants et donc on les regarde quand même, on voit comment on peut s'en servir. Mais de toute façon, on a une responsabilité quand on travaille pour un opérateur de l'Etat. On a aussi des acteurs français comme Mistral avec qui on a un partenariat très fort. Et donc on doit envisager la possibilité de travailler avec ces acteurs-là, mais aussi avec des acteurs locaux.
Alors Samir, justement, on va parler des acteurs et notamment des agents de France Travail. Sébastien Lecornu, en ouverture de VivaTech, a dit qu'il y avait un investissement supplémentaire de près de 650 millions d'euros. Alors voilà, réparti sur l'ensemble de la fonction publique. Mais ça veut dire là, il y a un vrai mouvement qui est donné. Et qu'est-ce qui est fait, par exemple, très concrètement chez France Travail pour accompagner les agents de France Travail autour de l'IA, autour du numérique ?
Alors on est en train de modifier nos outils pour améliorer notre capacité finalement à accompagner les demandeurs d'emploi. Il est vrai qu'on a des outils qui imposent en quelque sorte une sorte de charge administrative aux agents. Et donc en fait, l'IA, c'est une opportunité pour nous de produire des outils qui les affranchissent de cette charge administrative.
Des agents pour les agents.
Exactement. Et d'ailleurs, la première fois que j'ai parlé de ça, c'était sur votre plateau en 2019. Je disais que les agents allaient bientôt pouvoir prendre un certain nombre de tâches. Alors ce n'était pas dans le cadre de France Travail. C'est exactement ce qu'on fait. Des agents qui aident des agents à s'affranchir de tâches administratives et pas forcément très gratifiantes.
Très concrètement, ça peut être quoi ? Deux, trois exemples concrets pour un collaborateur de France Travail. Qu'est-ce qu'il va avoir comme agent à son service ?
Par exemple, quand on a un demandeur d'emploi qui souhaite se reformer pour changer d'orientation, on doit vérifier un certain nombre de choses. Est-ce que le demandeur d'emploi a tous ses droits pour pouvoir faire une formation ? Est-ce qu'on a tous les éléments administratifs, etc. Et ça, un agent IA peut vérifier tout ça, se charger de répondre au demandeur d'emploi ou directement à l'agent France Travail.
Alors on parle beaucoup aussi de confiance dans ce domaine-là. Comment on accompagne les collaborateurs chez France Travail pour qu'ils ne considèrent pas ces outils d'IA comme une boîte noire, mais qu'ils aient vraiment leur usage, qu'ils l'utilisent au quotidien, qu'ils aient confiance en ces équipements, en ces outils ?
Déjà, par la performance, la mesure de ce qu'on est capable de délivrer. C'est vrai que chez France Travail, on a des agents qui sont plutôt demandeurs. Parce que, comme je vous le disais, on a un certain nombre de tâches qui ne produisent pas forcément de valeur ajoutée. Et donc effectivement, ces tâches-là, les agents demandent à pouvoir les faire réaliser par des intelligences artificielles. Et on mesure finalement la qualité de ce qui est délivré. Et c'est pour ça qu'on a une demande très forte.
Certains outils sont utilisés par 100% des agents régulièrement, comme ChatFT, Ecoute, par exemple, qui a une solution qui permet d'accompagner le demandeur d'emploi dans le rendu compte de son activité de recherche d'emploi.
Ça, c'est quelque chose aussi, j'imagine, qui est... Alors, j'avais discuté avec l'un de vos collaborateurs qui disait qu'aujourd'hui, l'IA... Alors là, je passe pour l'expérience des demandeurs d'emploi. Je pense qu'on a dans le monde, dans notre société, on a des gens qui ne savent pas forcément bien lire, bien écrire. L'oral, par contre, il le maîtrise. Et ça, ça peut être... L'IA peut aider, accompagner... Enfin, ça peut avoir un facteur d'inclusion. Ça, je pense que vous en êtes conscient.
Tout à fait, c'est un facteur d'inclusion. D'ailleurs, sur les applis jeunes, par exemple, on a le contrat d'engagement jeune. On utilise beaucoup l'oral parce qu'on doit rendre compte de son activité de recherche d'emploi dans cette appli, par exemple. Et les jeunes le font beaucoup à l'oral. C'est une façon de faire qui est très répandue. Et donc, on fait son rendu d'activité. Est-ce que j'ai eu un entretien ou ce genre de choses ? Et tout ça, ça renseigne le dossier directement. Et on n'a pas besoin de saisir des formulaires qui sont parfois fastidieux.
Et ça veut dire qu'aujourd'hui, enfin, peu à peu, on va pouvoir travailler pour ceux qui sont en communication, en relation, en échange avec France Travail. Ça va être de plus en plus de l'assistant conversationnel, y compris, voilà, si je me retrouve demandeur d'emploi, je vais pouvoir parler en langage naturel, soit oral, soit par écrit. Et voilà, il va y avoir cet échange-là avec des bots, intelligents, etc.
Alors oui, et surtout, pour nous donner les informations dont on a besoin. Le conseiller garde un rôle essentiel. L'idée, c'est d'enlever la technologie, c'est-à-dire d'enlever l'ordinateur entre le demandeur d'emploi et l'agent France Travail, qu'on puisse finalement collecter les informations dont on a besoin. Et puis ensuite, l'agence humaine se chargera d'un coaching d'accompagner un peu plus humainement le demandeur d'emploi.
Aujourd'hui, Samir, vous êtes au cœur des technologies. Est-ce que pour les développeurs aussi au sein de France Travail, c'est en train de tout changer ? Enfin voilà, on peut imaginer davantage d'applications faites maison avec cette IA et cet IA agentique ?
Oui, tout à fait. Alors, ce n'est pas ce qu'on croit souvent, parce qu'on parle beaucoup de vibe coding. Ça produit des choses assez monolithiques, etc. Donc nous, on essaie de mettre l'IA dans notre chaîne de CI, CD, de production de code. Et donc, effectivement, ça nécessite un déploiement progressif. C'est quelque chose d'assez sérieux. Mais on est persuadé qu'effectivement, le métier de développeur va complètement changer dans les mois qui viennent et les années qui viennent.
Alors justement, ça me permet d'évoquer un autre sujet qui est l'IA et l'avenir du travail. Vous êtes au cœur avec France Travail des craintes des Français, des espoirs aussi. Et vous accompagnez justement les Français sans emploi, retrouvés sur le chemin de l'emploi. Comment vous percevez l'impact de l'IA ? Est-ce que les gens sont inquiets ?
Oui, ils sont inquiets et on comprend qu'ils le soient, parce qu'effectivement, l'IA remplace beaucoup de tâches de plus en plus. Ce qui est théoriquement possible va finir par devenir une réalité. Et au fur et à mesure qu'on remplace les outils, on va faire exécuter un certain nombre de tâches dans les outils par des agents IA. Et donc, un certain pourcentage des tâches qui sont exécutées aujourd'hui par des humains à travers les outils informatiques seront directement confiés à des IA. Et au fur et à mesure qu'on refond ces outils. Donc, on peut comprendre que les gens soient inquiets. Il va falloir accompagner finalement la société.
Et ça, c'est le rôle de France Travail aussi, d'accompagner.
Tout à fait. Et c'est effectivement notre rôle principal à travers la formation, à travers la formation des demandeurs d'emploi, des créateurs d'entreprises. Et puis de vos collaborateurs aussi, parce qu'ils apprennent aussi en marchant. Exactement. Charité bien ordonnée commence par soi-même. On doit d'abord, nous, appréhender ces technologies et puis accompagner la société dans l'appréhension de ces technologies. Et à travers, encore une fois, la formation, etc. Puisque tous ces métiers sont en train d'être percutés, d'évolués à cause ou grâce à l'IA. En plus, très rapidement. Très rapidement. C'est ça qui change. Exactement.
Et nous, on doit observer ça de très, très près et suivre ça de très, très près. Donc, on doit aussi nous se transformer pour être capable d'accompagner ça de très près.
Eh bien, Samir Abelal, merci d'être venu très rapidement faire un saut sur notre plateau. Directeur général adjoint technologie, membre du COMEX chez France Travail. Voilà, ça bouge énormément. Vous avez vu les annonces de Sébastien Lecornu il y a quelques jours concernant l'ensemble de la fonction publique. Eh bien, voilà, ça bouge aussi dans le secteur de la demande d'emploi, à la fois pour les demandeurs et à la fois pour les collaborateurs de France Travail. Merci encore. Merci, Samir Abelal.