Cayenne : Darmanin veut-il le retour du bagne ? - C dans l’air - l’invité - 19.05.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
un pari toujours gagnant. ... - C.Roux: Bienvenue dans "C dans l'air".
Après la proposition de L.Wauquiez d'envoyer les OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon, hier, G.Darmanin a proposé de créer un quartier de haute sécurité en Guyane pour mettre hors d'état les profils les plus dangereux du narcotrafic.
Pour certains, c'est déjà le retour du bagne. Nous en parlons ce soir avec B.Brugère, magistrat et auteur de "Justice: la colère qui monte".
La stratégie de G.Darmanin est de dire qu'on va les mettre à 7000 km de Paris et que, comme ça, il y aura une coupure avec les réseaux de narcotrafic. Sur le principe, c'est un bon moyen de lutter contre ces réseaux? - B.Brugère: Je ne suis pas sûre que le projet soit celui-là.
Ce n'est pas très clair. Ce qui est sûr, c'est que cette prison Guyane était déjà prévue depuis 2018. Ce n'est pas quelque chose qui est nouveau.
Ce que j'ai cru comprendre, c'est que le ministre voulait, au sein de cette prison, créer un 3e quartier de haute sécurité. - C.Roux: Avec 60 places. - B.Brugère: Oui, mais ce n'est pas évident que ce soit pour déplacer des détenus.
Ce serait plus pour du local. La situation en Guyane est assez spécifique. On a une surpopulation, un lieu de détention insuffisant et dans un état indigne.
C'est pour ça que, depuis 2010, il y avait ce projet de Saint-Laurent-du-Maroni, de construire un hôpital et cette prison. C'est pour du local. J'imagine que c'est aussi pour du local que c'est conçu.
Au milieu de cette prison, il souhaite renforcer la sécurité. Pourquoi? - C.Roux: Je vous coupe.
Il dit: "Eloigner durablement les têtes du narcotrafic." - B.Brugère: C'est l'idée de faire des quartiers de haute sécurité.
C'est pour les éloigner du réseau. Le message n'est pas très clair. Il mériterait...
Je ne vois pas comment on va les transférer. - C.Roux: On va peut-être écouter la réponse du ministre, qui a été interpellé hier.
Il était en déplacement en Guyane. Cette proposition a pu choquer. Ca rappelle des souvenirs. - Ces citoyens marins, surtout en Guyane, ils voient un peu un retour du bagne. - G.Darmanin: C'est une insulte à la République, ce que vous dites, monsieur. - Je vous dis ce que pense la population. - G.Darmanin: Vous êtes journaliste.
En plus d'être complètement idiot, c'est une insulte. Ce sont des magistrats indépendants qui prennent des décisions. Il faut éviter les comparaisons qui sont une insulte à la République.
C'est un gouvernement républicain sur une terre républicaine avec des magistrats indépendants. - C.Roux: On va peut-être rappeler que le bagne a été banni en 1938.
A Cayenne, le bagne s'appelait "la guillotine sèche". On ne parle pas de ça, évidemment. - B.Brugère: J'espère qu'on ne parle pas de ça.
C'est normal que l'imaginaire collectif soit encore très fort. Il y a eu d'autres discours qui tendaient à dire qu'on allait éloigner les criminels dangereux. Je ne crois pas, mais on verra la suite.
Là, on est sur un projet de construction de prison. C'est plutôt sur ce projet que le ministre se greffe. Il en profite pour faire un quartier de haute sécurité. - C.Roux: Ca n'a pas amusé le ministre des Outre-mer, M.Valls, qui dit qu'aucun territoire français ne mérite d'être traité comme une zone de relégation.
Vous dites que ce n'est pas clair, mais certains l'ont compris comme ça. - B.Brugère: Tout à fait.
Il faudra que ce soit précisé. - C.Roux: Ca changerait les choses si c'était des détenus locaux, plutôt que le symbole de les envoyer à Cayenne? - B.Brugère: Oui.
Ca ravive cette idée de relégation, de bagne. Ce n'est pas le fait d'avoir une prison de haute sécurité, quel que soit le territoire. Le ministre a raison de dire que les magistrats font ce qu'ils veulent.
On reste dans des conditions dignes. L'idée de relégation, de rejeter nos criminels sur des territoires ultramarins, ça fait écho. C'est ce qui suscite la polémique, et à juste titre. - C.Roux: C'est ce qu'il faut clarifier. - B.Brugère: La Guyane a déjà une situation antérieure de surpopulation.
Cette prison était prévue depuis 2018. La Guyane, aujourd'hui, est la porte d'entrée du narcotrafic. On est à plus de 20 % de plus sur la cocaïne.
C'est l'entrée de toute l'Amérique du Sud. On a le Suriname à côté. C'est un territoire extrêmement dangereux en termes de criminalité organisée.
Il y a de quoi utiliser cette prison pour ceux qui sont arrêtés sur place. - C.Roux: Après Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, Condé-sur-Sarthe, dans l'Orne, où il est question de mettre en place des quartiers de haute sécurité pour les chefs du narcotrafic, au fond, on se dit que ce serait plus simple de gérer le narcotrafic si on les isolait.
On avait fait ça avec les terroristes, à une époque. On s'est rendu compte que ça n'avait pas marché. - B.Brugère: Je vais faire la même réponse qu'à l'époque, qui date déjà d'il y a quelques années.
En France, on a pris un retard fou, y compris sur une réflexion en profondeur de la doctrine de ce que doivent être ces régimes de sécurité et ces établissements de haute sécurité. On fait un peu du bricolage. On n'a pas une loi pénitentiaire très claire.
Les Italiens ont fait quelque chose de très clair. Depuis les années 90, avec la lutte contre la mafia et le terrorisme, ils ont mis en place toute une doctrine avec une vraie réflexion sur l'architecture d'établissements différenciés selon le profil: très dangereux, mafia, terroristes...
Il existe un régime très dur de détention, mais c'est inscrit dans la loi pénitentiaire. Nous, aujourd'hui, le Conseil d'Etat vient de casser partiellement une note du ministre qui avait interdit les activités ludiques dans le cadre de la réinsertion. Aujourd'hui, on n'a pas une réflexion qui nous permet d'avoir un cadre stable et qui permet d'aller très loin dans la réflexion.
On a la loi narcotrafic qui vient d'être votée. On attendra que le Conseil constitutionnel, qui a été saisi, la valide. Ca permet déjà de renforcer un peu ce système d'incarcération pour le narcotrafic. - C.Roux: Mais le regroupement ensemble de personnes dangereuses...
Il y a eu un rapport en 82 du ministère de la Justice qui estimait que le fait qu'ils soient soumis à des conditions très rigoureuses accroissait la dangerosité de ces personnes. - B.Brugère: Tout dépend de la manière dont c'est conçu.
En Italie, c'est conçu de façon intelligente et profonde. Vous avez un système qui permet d'avoir une incarcération extrêmement dure, mais en contrepartie, ils ont mis en place des collaborateurs de justice. C'est pour inciter les personnes à sortir de ce système carcéral un peu difficile, validé par la Cour européenne des droits de l'homme.
L'Italie reste dans l'Etat de droit. Ce ne sont pas des choses qui sortent de l'Etat de droit. Ils mettent en place un système de coopération avec la justice. - C.Roux: Toute la difficulté, en France, c'est la surpopulation carcérale.
C'est une urgence pour le gouvernement. E.Macron voulait construire 15 000 places de prison.
On n'y est pas. Voici les chiffres. Il y a eu un mouvement hier à Nîmes.
Une cinquantaine de détenus ont fait la grève et ont refusé de regagner leurs cellules en signe de protestation face à la surpopulation carcérale. Qu'est-ce qu'on fait face à ça? On construit des petites prisons modulaires? - B.Brugère: Il y a 2 problèmes dans la surpopulation.
J'essaye de faire rapide, mais clair. Le nombre de places, E.Macron l'avait dit au début de son mandat...
Il voulait construire 15 000 places de prison. Ils ne l'ont pas fait. Maintenant, on est dans l'urgence.
L'idée de faire des constructions modulaires comme le fait l'Allemagne, ça peut être pas mal. Pourquoi pas? Il ne faut pas le rejeter obligatoirement.
Ce qui fait la surpopulation, et vous l'avez dit, c'est l'allongement de la durée d'incarcération. Aujourd'hui, on incarcère de plus en plus tard, de plus en plus longtemps et beaucoup trop tard. Nous, on propose des courtes peines et d'incarcérer vite. - C.Roux: C'est une bonne idée, de dire qu'on va louer des places de prison à l'étranger? - B.Brugère: Ca me semble compliqué aujourd'hui.
Ca ne se fait pas comme ça. Ca a été fait avec les Pays-Bas. Le Danemark l'a fait.
Ca a été fait avec le Kosovo, la Belgique. Il faut des accords bilatéraux. Pour l'instant, on ne les a pas.
Evidemment, ça mérite aussi de voir dans quelles conditions c'est fait. Il faut le consentement, l'accord des détenus, et voir quel régime sera appliqué, comment on pourra mettre des contrôles en place. Ca ne me semble pas impossible.
Certains l'ont fait. Il y a le barrage de la langue. Peut-être que ce n'est pas l'urgence. - C.Roux: Ca paraît plus difficile à mettre en place que ce qu'a proposé le président de la République.
Merci beaucoup d'être venue sur ce plateau. Voici votre livre. V.Poutine et D.Trump sont au téléphone.
Gérald Darmanin