Duplomb : l'incroyable succès d'une pétition - C dans l’air - 21.07.2025
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir à toutes et à tous. Plus d'un million quatre cent mille signatures à l'heure où l'on se parle. La pétition contre la loi du plomb rencontre un succès inédit. Elle a été lancée par une étudiante bordelaise de 23 ans qui dénonce notamment la réintroduction d'un pesticide tueur d'abeilles, l'acétamipride. Une attaque frontale contre la santé publique et la sécurité alimentaire, peut-on lire dans cette pétition, dont le succès est tel qu'un débat sera bel et bien organisé à l'Assemblée nationale sur cette fameuse loi du plomb que les écologistes estiment beaucoup trop favorable à l'agro-business au détriment de l'environnement et de notre santé.
Une thématique qui inquiète de plus en plus de Français. Sandrine Rousseau établissait ce matin sur France Info un lien direct entre, je cite, l'explosion des cancers et le recours à ces pesticides. C'est le sujet de cette émission de C'est dans l'air, intitulé ce soir « Loi du plomb, l'incroyable succès d'une pétition ». Pour répondre à vos questions, nous avons le plaisir d'accueillir François Gemmène. Vous êtes professeur à HEC, président du Conseil scientifique de la Fondation pour la nature et l'homme. Votre livre « L'écologie n'est pas un consensus », c'est chez Fayard. Bonsoir. Bonsoir. Rachel Gara-Valcarcel, vous êtes journaliste politique.
Lorraine Lavocat, vous êtes journaliste à reporter, membre de la rédaction en chef. Et Jérôme Fourquet, vous êtes directeur du département Opinion de l'Institut de sondage IFOP, auteur de « Métamorphose française ». C'est aux éditions du Seuil. Merci de participer à cette émission en direct. Rachel Gara-Valcarcel, on va regarder quelques-unes de la presse ce matin que j'ai sélectionnée. Aujourd'hui en France, qui parle d'un succès inédit de la pétition contre la loi du plomb. L'Est républicain qui parle d'une mobilisation record. Et c'était ce matin, le compteur tourne en permanence, on a dépassé les 1 400 000. Est-ce que c'est beaucoup ? Et est-ce qu'on est bien sûr du chiffre d'ailleurs ?
Est-ce qu'on peut s'amuser à signer deux fois la même pétition ? Alors, a priori c'est compliqué puisque c'est sur la plateforme de l'Assemblée nationale qui existe je crois depuis 2020 et vous devez passer par France Connect pour pouvoir signer. Ah, c'est un document officiel. C'est ce que vous utilisez pour par exemple déclarer vos impôts sur Internet ou d'autres questions administratives. Donc a priori c'est quand même un chiffre fiable. C'est un record pour les plateformes de pétition du Sénat ou de l'Assemblée.
C'est pas tout à fait le record de pétition pour le pays puisque je crois que la plus grosse pétition, en tout cas depuis qu'il y a des pétitions qu'on peut faire par Internet, c'était l'affaire du siècle fin 2018, il y avait eu en un mois 2,1 millions de signatures, donc on est à plus de la moitié de ça, c'est énorme. C'est intéressant de voir que les pétitions qui mobilisent le plus les Français d'ailleurs, c'est sur l'environnement. Donc c'est quand même un chiffre très important sur un sujet qui est monté très dernièrement dans l'actualité au moment de l'adoption définitive de la loi Duplomb au début du mois.
Et puis on est quand même en plein été, ça a été lancé par quelqu'un d'isolé, c'est pas quelqu'un qui est à la tête d'une association, d'un collectif ou d'un parti, ça a été récupéré ensuite. C'est une étudiante bordelaise de 23 ans qui se prétend à politique. Voilà, mais donc de fait, il y a quand même une performance politique qui n'est pas neutre. Bien sûr, signer une pétition, même si c'est quand même un petit engagement, il y a plus fort comme engagement, c'est pas un engagement associatif, militant, tout ça. Mais ça n'est pas rien, c'est pas juste liker une photo sur Instagram. Donc c'est un petit fait politique au minimum de cet été.
Jérôme Fouquet, votre regard sur le succès et la puissance qu'offrent ces réseaux en ligne qui permettent avec une souris de s'exprimer en tant que citoyen. Alors là, on est sur quelque chose qui est assez encadré techniquement, comme ça a été rappelé, mais vous avez des plateformes qui sont dédiées justement aux dépôts de pétitions, pour ne pas les citer Change.org ou autre. Et chaque jour, il y a des centaines et des centaines de pétitions diverses et variées qui sont déposées et toutes ne recueillent pas forcément autant d'écho. Donc pour que ça fonctionne, il faut différents ingrédients. D'abord que le sujet tout juste, ou en tout cas soit mobilisateur.
Et quand on regarde, nous, dans les enquêtes de l'IFOP, la question de la santé est depuis 2019 priorité numéro un des Français. Alors à la fois les déserts médicaux, mais aussi ces questions-là, les liens entre environnement et santé, alimentation et santé. Et donc là, c'est un sujet, bien évidemment, qui mobilise les Français. On va en parler tout à l'heure aussi. Le débat qui se joue est assez installé maintenant dans les têtes entre deux conceptions de l'écologie, deux conceptions de l'économie. Donc on peut faire du débat et ça aide aussi à la mobilisation.
Et puis troisième élément, c'est le fait de savoir si, même si l'initiatrice n'est pas quelqu'un de connu, si jamais vous avez des relais qui, à leur tour, rentrent dans la danse, au hasard un acteur qui est parmi les acteurs préférés des Français, certains responsables politiques... – Qu'il y a, pour ne pas le citer. – Voilà, pour ne pas le citer. – Qui a relayé cette pétition. – Voilà, certaines organisations politiques ou syndicales. À ce moment-là, vous pouvez, eh bien, contribuer à alimenter la chose. Et ensuite, la boule de neige s'auto-alimente, si je puis dire, puisque, à fur et à mesure que le téléthon de la pétition va augmenter, les médias, comme nous ce soir, vont en parler.
Et donc, on va donner une visibilité supplémentaire, etc. Mais encore une fois, si le sujet n'était pas mobilisateur, il n'y aurait pas eu cet engouement. Vous n'auriez sans doute pas décidé de faire le cédant l'air de ce soir dessus. Et d'autres grands journaux n'en auraient pas autant parlé. Donc il faut que la cause touche un ressort qui est assez sensible dans l'opinion publique à un moment donné. – On en parle, Lorraine l'avocat, mais la présidente de l'Assemblée nationale a déjà dit, de toute façon, il y aura un débat. Mais on ne reviendra pas sur cette loi Duplomb qui a été votée le 8 juillet dernier.
C'est ce qui fait dire à la Une de Libération, un million contre la loi Duplomb, et maintenant ?
– Et maintenant, c'est la vraie question. Le fait que la pétition ait dépassé le seuil des 500 000 signatures, on a plus d'un million, oblige la présidente de l'Assemblée, les présidents de groupe à l'Assemblée, à organiser un débat. Point. – Ça n'oblige pas.
C'est la conférence des présidents qui décide, donc ce n'est pas encore sûr qu'il y aura un débat.
– Mais elle s'est dit favorable au fait qu'il y ait un débat, il est assez probable. Mais point, il n'y a pas d'obligation derrière d'abrogation, de révision de la loi, etc. Donc après, disons que c'est ouvert aux choix politiques du gouvernement, aux choix politiques d'Emmanuel Macron, ça se jouera sans doute à la rentrée. Ce que montre le succès quand même de cette pétition, pour revenir, je suis tout à fait d'accord avec ce qui a été dit. Mais au tout départ, en fait, ça a été effectivement lancé par une personne qui n'est pas connue, hors du cadre associatif.
Et Pierre Ninet, il l'a relayée, mais ce week-end, en fait, elle a commencé à monter quand même vraiment dans les réseaux, par le bouche à oreille. Donc il y a vraiment eu une mobilisation citoyenne qui, de ce point de vue, est quand même vraiment inédite sur ce sujet-là. Ensuite, il y a effectivement cet effet boule de neige, et puis petit à petit, ça a pris, notamment ce week-end. Mais en tout cas, sur la première semaine, on est parti, voilà, petit à petit, et puis ça s'est emballé, mais vraiment dans un cercle, on va dire vraiment citoyen, où les gens s'envoyaient le lien sur des groupes WhatsApp, et on en discutait, voilà, au café, en famille, au bord de la plage, pendant les vacances.
Tout ça, effectivement, en plus, en plein été.
– François Gémen, la presse, c'est le républicain Lorrain qui parle de la pétition de la colère. Quels sont les ressorts, d'ailleurs, de cette envie de signer cette pétition ? Parce qu'après tout, c'est une loi qui a été votée à l'Assemblée nationale par nos élus, et sur laquelle on ne reviendra pas, comme si nos élus nous représentaient mal ? – Il me semble effectivement qu'un ressort puissant du succès de cette pétition, c'est paradoxalement l'impuissance.
Ce qu'il y a derrière le 1 400 000 signatures, je crois, c'est aussi une sorte de sentiment éprouvé par beaucoup qu'on est en train de reculer massivement sur l'écologie, alors que quand on interroge les Français, ils en font état comme d'une préoccupation qui reste importante pour eux. Un récent sondage de l'Observatoire de la transition énergétique dans les territoires, par exemple, dit que 87% des Français estiment que la question de l'énergie, ça sera déterminant important de leur vote aux prochaines élections locales. Et donc, de sondage en sondage, ça reste une préoccupation majeure des Français.
Une majorité souhaite davantage d'actions en faveur de l'écologie, mais ils ont l'impression de plus en plus que les obstacles à la transition, ils se trouvent du côté du Parlement et du gouvernement, et ils ont l'impression de ne rien pouvoir faire contre cela.
Et donc, dès l'instant où vous allez avoir une pétition qui va offrir un moyen d'action de peser dans le débat public, je ne suis pas étonné que beaucoup de gens vont se ruer sur cette pétition et vont en quelque sorte utiliser cette pétition de manière à faire entendre leur voix et à dire, nous ne sommes pas d'accord, pas uniquement avec la loi Duplomb, mais avec l'ensemble des reculs écologiques qu'on a constatés ces dernières années avec les orientations qui sont prises par le Parlement ces dernières semaines. Alors, l'incroyable succès de cette pétition pourrait donc entraîner un débat inédit au Parlement.
En revanche, on l'a dit, il n'y aura pas de réexamen de ce projet de loi controversé. C'est un sujet de Romain Bestenu avec Michel Bouilly. Sur le site de l'Assemblée nationale, le compteur ne cesse de grimper. Plus d'un million trois cent mille signatures en à peine quelques jours, un record pour une pétition sur la plateforme. Lancé par une jeune étudiante de 23 ans, le texte demande l'abrogation de la loi Duplomb, décrite comme une aberration scientifique.
Elle représente une attaque frontale contre la santé publique, la biodiversité, la cohérence des politiques climatiques, la sécurité alimentaire et le bon sens.
Le succès de la pétition pourrait déboucher sur un débat sans vote à l'Assemblée nationale, débat déjà relancé par la classe politique sur l'usage des pesticides.
Nous devons nous enorgueillir du fait que la France fait de la qualité et non pas de la quantité, qu'on garantisse le revenu des agriculteurs et non pas la rentabilité de l'agro-business. Il faut savoir que l'acétamipride, c'est un produit qui atteint le système nerveux central des insectes. Et donc on le retrouve dans le système nerveux central des enfants. Enfin je veux dire, on joue à quoi là en fait ? On joue à quoi ? Au nom de quoi on fait ça ? Mais c'est hyper dangereux ce qu'on est en train de faire.
Cette pétition, elle est orchestrée, elle est savamment instrumentalisée par les réseaux d'extrême-gauche. Elle est fille et vert principalement, qui veulent s'en prendre à nos agriculteurs, qui considèrent que la concurrence des loyales qui les frappent est insignifiante, qui considèrent que Mme Rousseau, on n'en a rien à péter de leur rentabilité. Au cœur des débats donc, un pesticide interdit en France depuis 2018 est à nouveau autorisé par la loi du plomb, l'acétamipride. C'est un insecticide dit tueur d'abeilles, plébiscité par les agriculteurs pour protéger les cultures de betteraves, de noisettes ou de pommes. Forcément, beaucoup ne voient pas d'un bon oeil cette pétition.
Aujourd'hui, on a une minorité de personnes qui veulent se mettre contre. Et tant qu'on n'y est, pourquoi on ne ferait pas une loi, une pétition aussi contre les impôts, une pétition contre les charges, une pétition contre tout quoi. Elle est passée à l'Assemblée, elle est passée partout. Je ne vois pas pourquoi maintenant on reculerait. Passée à l'Assemblée, oui, mais sans débat. Au printemps, le bloc central est parvenu à contourner les milliers d'amendements de la gauche en expédiant le texte sans aucune discussion dans l'hémicycle.
Pour 316 contre 223, l'Assemblée nationale a adossé la proposition de loi.
Un vote express qui a ravivé les tensions entre les deux camps.
Ce que nous venons de voir est un précédent antidémocratique qui est extrêmement inquiétant puisque et la Macronie, et la droite, et l'extrême droite ont réinventé une nouvelle forme de 49-3. Les gauches ont voulu jouer avec le Parlement, ils ont voulu truquer, comme d'autres. La Macronie sait aussi le faire, de l'obstruction, et ils ont perdu.
La loi du plomb divise aussi le monde agricole. D'un côté, les défenseurs du projet, menés par la FNSEA. Ils veulent la même réglementation que les pays de l'Union Européenne, où l'acétamipride est autorisé.
Le sujet, c'est de ne pas nous mettre dans des impasses qui amènent les productions françaises dans le mur pour importer un peu plus chaque jour des productions qui viennent de l'étranger et qui viennent souvent produites dans des conditions qui sont moins disantes que les nôtres. C'est ça qu'il faut qu'on explique aux Français.
De l'autre, des exploitants plus proches de la Confédération Paysanne, par exemple,
« C'est le camp, c'est le camp, c'est le camp. » Franchement, que les gens qui s'abstiennent aujourd'hui, qui ne sont pas là, ou qui vont voter pour cette loi, ne viennent pas se la ramener en parlant changement climatique, en parlant de « attention, il faut défendre l'agriculture française ». Réellement, ils nous tirent une balle dans le pied, et pas seulement à nous, paysans et paysans, mais en fait aux citoyens et citoyennes.
La loi finira sur la table du président de la République, qui pourrait peut-être refuser de la promulguer, comme le demande l'opposition, au risque d'enflammer les campagnes. Question téléspectateurs, Jérôme Fourquet, c'est Florence dans les Pyrénées-Atlantiques. Cette pétition est un remède à l'éco-anxiété absolue ressentie ces derniers mois. Le gouvernement doit l'entendre et l'accepter. C'est vrai que ce matin, Sandrine Rousseau faisait un lien direct avec l'explosion des cancers, et même le jour du vote, il y avait l'activiste du collectif Cancer-Colère, voilà, Fleur Bretot, qui s'est levée dans l'Assemblée et qui a dit aux députés « Vous êtes des alliés du cancer et on le fera savoir ».
Comme si ce pesticide était la cause de l'explosion, je reprends l'expression de Sandrine Rousseau, de l'explosion des cas de cancer. Alors, je ne suis pas spécialiste, mais sur celui-là en particulier, le principal reproche qui est fait, c'est l'impact sur notamment les abeilles et surtout les pollinisateurs, mais on a d'autres produits phytosanitaires qui ont eux des impacts sur la santé humaine.
On a parlé, et pas uniquement pour ceux qui mangent et qui consomment les produits, mais aussi pour les agriculteurs eux-mêmes, il y a un cancer qu'on appelle le cancer des arboriculteurs qui a été beaucoup développé dans cette profession parce que beaucoup d'entre eux utilisaient des produits phytosanitaires et qu'à force d'absorption ou d'ingestion de ces particules, ils ont développé des formes de cancer.
Donc ce qu'on disait tout à l'heure, c'est qu'on a une extrême sensibilité de la population française aux questions de santé, mais beaucoup de Français aujourd'hui font le lien entre cette question de la santé et la question des atteintes à l'environnement, la question de leur alimentation. On parlera tout à l'heure, je crois, des polluants éternels dans l'eau qu'on consomme. Et donc c'est des sujets qui reviennent de plus en plus régulièrement. Rappelez-vous aussi tous les débats sur les OGM, par exemple. Et donc ces sujets sont des mobilisateurs qui sont très très puissants dans l'opinion.
Et puis il y a eu une série de scandales qui se sont multipliés sur ces dernières années qui rendent une partie de la population sensible à ces questions. François Gemmel. Mais lorsque la téléspectatrice dit que c'est un remède à l'éco-anxiété, c'est exactement ce que je disais. C'est-à-dire qu'on a le sentiment aujourd'hui, et c'est un vrai sujet démocratique, que beaucoup d'aspérations individuelles ne sont plus du tout rencontrées dans la décision collective qui est prise dans les parlements. Alors est-ce qu'on est dans le sentiment, dans le ressenti ? Parce que sans arrêt, les défenseurs de l'acétamipride disent « la science ne fait pas de lien sur le danger pour l'homme ».
Alors oui, il y a un danger pour les abeilles, mais est-on sûr qu'il y a un danger pour l'homme avec l'acétamipride ? Et les agriculteurs disent « nous on l'utilise, c'est bien la preuve qu'on a confiance ». Alors, il faut se rappeler que c'est un insecticide. Donc sa mission première, c'est évidemment de tuer les insectes. Comment est-ce qu'il le fait ? Effectivement, en s'attaquant au système nerveux des insectes, et donc notamment des abeilles. Et donc bien entendu, il y a une nocivité pour les insectes et aussi pour les abeilles. La grande question, c'est de savoir effectivement dans quelle mesure c'est dangereux pour l'homme.
Là-dessus, pour le moment, c'est encore un point d'interrogation. C'est-à-dire que pour le moment, on a encore une absence de certitude sur les risques en ce qui concerne notamment les cancers ou des maladies nerveuses. Et je crois que ce qui va inquiéter le plus les gens, c'est l'idée que ce soit un perturbateur endocrinien et que donc c'est une substance qui va se fixer sur les cheveux ou sur la peau. Et potentiellement, ça pourrait induire certains troubles nerveux ou alors des troubles en matière de fécondité. Là-dessus, pour être très clair, il y a des études complémentaires qui ont été demandées dont on n'a pas encore la réponse. On l'aura au mieux en 2026, peut-être après.
Et toute la question, c'est de savoir est-ce que globalement, on attend les résultats de ces études pour statuer définitivement ou est-ce qu'on applique un principe de précaution, ce qu'on avait fait jusqu'ici ? Alors, l'orée de l'avocat, est-ce que ce principe de précaution, seuls les Français doivent l'appliquer ou est-ce qu'il ne faudrait pas l'appliquer aussi aux produits que nous importons ?
C'est Laurent Duplomb, je le cite, qui dit « Cette contestation consiste à ne plus produire chez nous tout en fermant les yeux sur tout ce que l'on importe puisque, pour prendre l'exemple des noisettes, comme on ne peut plus les produire en France puisqu'on ne peut plus utiliser cet insecticide, 95% des noisettes que nous consommons sont importées, notamment de Turquie. »
Alors, on n'importe pas parce qu'on ne peut plus produire en France. Et historiquement, on a toujours beaucoup importé de noisettes en France. Mais est-ce qu'on peut l'entendre, cet argument ? Alors, on peut l'entendre, en fait, on peut tout à fait entendre cet argument. On peut aussi considérer que la France, en 2018, en interdisant des substances néonicotinoïdes, avait fait une loi pionnière sur le principe de précaution. Effectivement, sur tous les arguments que rappelait François Gemmène sur « on est certain de la toxicité de ces produits pour les insectes ». Il y a des très grosses incertitudes sur les impacts sur la santé humaine.
Donc, partant de là, principe de précaution, soyons pionniers et nivellons et faisons pression. D'ailleurs, ce que la France a fait, elle a elle. Le gouvernement a poussé au niveau européen pour qu'il y ait une révaluation. Alors, on n'a pas été entendu.
Il est autorisé dans 26 pays sur 27.
Absolument. Pour l'instant, clairement, nous n'avons pas été entendus au niveau européen. Mais justement, on pourrait se dire que c'est notre rôle d'avoir une position moteur au niveau européen pour pousser à la réévaluation et peut-être à l'interdiction de ces substances qui, effectivement, sont toxiques pour les écosystèmes.
Et parce que, Rachel Garaval-Cassel, on peut l'entendre, cette colère des agriculteurs qui s'était manifestée en janvier 2024 en disant « Nous, on nous interdit de faire notre travail. Résultat, on apporte de Belgique des noisettes ou des betteraves ». Mais il y a deux colères qui sont très légitimes. Les agriculteurs sont tout à fait légitimes à manifester, à exprimer une colère sur tel ou tel sujet, tout comme des personnes inquiètes par la réintroduction de ce pesticide ont une légitimité à signer leur pétition et à ce que ça compte dans le débat public. Enfin, ce sont deux moyens d'action légitimes dans une société démocratique un peu exigeante avec elle-même.
J'entendais l'agriculteur dans le reportage dire « Mais ces gens qui signent la pétition, ils ne sont pas majoritaires ». Oui, d'accord, j'attends le jour de la pétition où il y aura 24 millions de signataires, c'est-à-dire la majorité des gens inscrits sur les listes. Mais les agriculteurs qui ont manifesté au mois de janvier 2024, ils ne représentaient pas non plus la majorité de la population. Donc c'est toujours un peu simple de se renvoyer à la figure ce genre de choses. Il y a deux colères tout à fait légitimes. C'est au pouvoir politique de réussir à l'articulation de tout ça.
Je ne dis pas que c'est facile, mais ça s'appelle la gestion d'un grand pays démocratique où les gens peuvent s'exprimer. Est-ce que les Français doivent être le phare avancé des politiques environnementales en Europe ? François Gébert ? On a eu l'exception culturelle française qui a fait beaucoup pour la culture européenne. On pourrait tout à fait imaginer qu'il y ait une sorte d'exception écologiste française. Moi, ça ne me le choquerait pas. Et tant pis si on s'aborde notre agriculture ?
Alors, toute la question, c'est de savoir effectivement comment est-ce qu'on va combiner un haut niveau de protection environnementale et sanitaire, parce que c'est surtout ça qui est en jeu en ce moment, avec effectivement le maintien d'une activité agricole qui soit compétitive. Et je crois qu'aujourd'hui, si on a autant de recul sur l'écologie, c'est parce que d'une certaine manière, on a peur que des engagements sur l'écologie ne heurtent la compétitivité de notre agriculture, de nos entreprises.
Tout l'enjeu, je crois, va consister à montrer comment, au contraire, un haut niveau d'engagement sur des normes environnementales, sociales, sanitaires, va être un élément clé de la compétitivité et des entreprises françaises et de l'agriculture française. Alors, qu'est-ce que vous voulez dire par là ? C'est-à-dire que les Français accepteront de payer plus cher parce que c'est bio, parce qu'il n'y a pas de pesticides ? Comment est-ce qu'on peut en faire un atout en disant, regardez, acheter des nomsettes françaises ou des betteraves françaises, elles sont mieux protégées que leurs concurrentes sur les marchés. Et ça, je crois que c'est un argument qu'on n'a pas encore du tout mobilisé.
Aujourd'hui, on a une compétitivité qui joue uniquement sur les prix. Est-ce que demain, on ne pourra pas avoir une compétitivité qui jouera aussi sur la qualité ? Et à mon sens, c'est un des grands enjeux de l'économie du XXIe siècle. Parce que le bio montre qu'aujourd'hui, les Français sont plus chers. Bien sûr, aujourd'hui, c'est un peu compliqué. On achète le... Mais il n'y a pas que la question de l'agriculture. Il y a aussi la question de tout ce qui est décarboné en général. Les billets d'avion sont moins chers que les billets de train. Et donc, les gens se tournent plutôt vers les billets d'avion. Et on les comprend.
Je crois qu'il y a un enjeu fondamental sur l'organisation de l'économie. Comment est-ce qu'on va faire en sorte qu'une économie décarbonée, mieux protégée en matière environnementale et sanitaire, coûte moins cher ? Aujourd'hui, il y a un déséquilibre sur les prix. Jérôme Fourquet ? Alors, sachant que la Françoise Gemmène indique qu'on pourrait essayer de jouer sur le levier individuel, mais sur des denrées comme le sucre, par exemple, ou les noisettes, les plus gros acheteurs ne sont pas les consommateurs finaux. Ce sont les groupes industriels. Parce que les noisettes, elles vont être dans la pâte à tartiner, le sucre, vous en trouvez partout.
Et donc là, c'est l'industrie agroalimentaire, c'est la grande distribution. Et dans une société, dans un moment où le pouvoir d'achat est aussi une des priorités des Français, il y a une loi des reins, c'est qu'on tire à la baisse sur les prix. On va chercher le prix partout. Et donc, ces agriculteurs nous disent, mais on a peut-être une excellence environnementale et sanitaire, mais on est sanctionné par les donneurs d'ordre qui vont aller acheter les produits là où ils sont les moins chers. Et ce qui est dramatique, c'est qu'on a parlé de ce genre de problématique au moment des accords de libre-échange avec le Canada ou avec le Mercosur, mais là, c'est au niveau même de l'Europe.
C'est-à-dire que pour les noisettes, l'essentiel vient de Turquie, qui n'est pas dans l'Europe, mais il y a aussi des producteurs, il y a des producteurs importants de noisettes en Italie, en Espagne. La betterave, elle est aussi produite dans le nord de l'Europe. Et donc là, les agriculteurs français disent, là, on n'est même pas à armes égales avec nos collègues européens. Et derrière tout ça, il y a, notamment sur la betterave, il y a des enjeux économiques qui sont majeurs. La France est le premier pays producteur de betteraves à sucre d'Europe. Donc il y a plus de 23 000 producteurs.
Il y a un syndicat des producteurs de betteraves, une Confédération Générale des Producteurs de Betteraves, qui fait 23 000 exploitants. Et comme on l'a montré dans le reportage, c'est une des composantes importantes de la FNSA. Ce que ces producteurs nous disent, c'est que sans nicotinoïdes, les rendements en cas d'attaque par des nuisibles, les rendements baissent significativement. Et il faut savoir que cette économie de la betterave, elle est structurée par des sucreries qui maillent les zones de grandes cultures. Donc c'est le bassin parisien, les Hauts-de-France, et une partie de la Normandie.
Et que si les rendements ne sont pas suffisants, au bout d'un moment, la sucrerie ne peut plus fonctionner. Et on ferme la sucrerie. Donc on a vu le nombre de sucreries diminuer en France. Et donc à partir du moment où il n'y a plus de sucrerie, l'agriculteur va progressivement aussi abandonner cette culture. parce que ce n'est pas rentable pour lui d'amener sa betterave à raffiner ou à traiter à 50 ou à 100 kilomètres. Donc il y a des enjeux économiques majeurs. Et c'est ça, toutes les difficultés du débat actuel. C'est-à-dire comment on fait évoluer nos pratiques dans un espace de temps contraint, alors même que les solutions ne sont pas évidentes et qu'il y a des perdants dans l'affaire.
– Alors on voit que c'est complexe, Rachel Gara-Valcarcel, c'est Philippe dans les Hauts-de-Seine, un débat sur la loi et après. Est-ce qu'Emmanuel Macron pourrait, puisque c'est ce que réclament les pétitionnaires, ne pas promulguer cette loi du plomb ? – Alors il y a deux choses. D'abord sur le débat qui pourrait, je répète, potentiellement être organisé à l'Assemblée nationale, il ne faut vraiment pas en attendre grand-chose. C'est-à-dire que ça peut très vite ressembler à un débat où chaque groupe fait sa déclaration et puis… – Ça peut être chaud quand même à l'Assemblée nationale ? – Ça peut être chaud, mais ça ne dépassera pas la durée de la séance, quoi.
– Mais il n'y en a pas eu quand même avant l'adoption de la loi. Donc d'une certaine manière, ça se trouve une sorte de réparation. – Je pense que c'est aussi un des moteurs, aussi peut-être dans le succès de la pétition, c'est-à-dire qu'il y a l'impression qu'il y a eu une entourloupe, et de fait, il y a quand même eu une petite entourloupe de règlement. Et donc, je vous volontais de… – Pour faire passer cette loi, elle n'a pas été discutée à l'Assemblée. – Elle n'a pas été discutée à l'Assemblée par ceux qui voulaient adopter le texte pour éviter le débat à l'Assemblée et avoir un débat plus facile en commission mixte paritaire, puisque c'est une loi qui vient du Sénat.
Pour ce qui est de la promulgation, ce n'est pas si simple. D'abord, la promulgation, ce n'est pas un droit de veto du président de la République. Et ça, c'est quand même très important. Même s'il y a, comment dire, il y a une petite marge de manœuvre mais qui n'est pas très très claire. – D'abord, ne pas le promulguer, c'est prendre un risque avec les agriculteurs. Et on connaît leur capacité de mobilisation, premièrement. – Parce que cette loi Duplon, c'était une réponse à la colère agricole de janvier 2024. – Deuxièmement, il y a un risque pour la stabilité gouvernementale quand même.
Je rappelle que la proposition de loi à l'époque Duplon, elle est examinée fin janvier dernier, d'abord au Sénat. Quelques jours après, le discours politique général de François Bayrou, qu'il fait à l'Assemblée, et le lendemain, au Sénat. C'est très important. Ce jour-là, dans sa réponse au discours de François Bayrou, le président du groupe LR au Sénat, Mathieu Darnot, met dans la balance, en quelque sorte, le soutien à l'action du gouvernement, au fait que le gouvernement appuie la proposition de loi Duplon, insiste pour faire la navette vers l'Assemblée nationale, et qu'il soutienne cette proposition de loi. Donc c'est quand même un gros enjeu, c'est potentiellement un gros enjeu.
– François Bayrou pourrait perdre la droite, c'est le soutien LR, s'il venait… – Si j'en crois ce qu'a dit Mathieu Darnot au mois de janvier, c'est une possibilité qui n'est pas nulle. Donc il y a un enjeu politique qui n'est pas évident à gérer pour le président de la République. – Alors justement, les enjeux politiques. Laurent Duplon, sénateur LR de la Haute-Loire, qui est à l'origine de la loi, semble très agacé par cette pétition qui, selon lui, a été instrumentalisée. Portrait de cet agriculteur et ancien responsable de la FNSEA, signé Lucas Campizi, avec Stéphane Lopez et Nicolas Baudrill-Lasson. – On va finir de charger le méthaniseur.
– 6h du matin, Laurent Duplon est déjà au volant de son tracteur. Dès que possible, il vient prendre soin de son exploitation. Et de ses 300 vaches.
– Elles attendent pour pouvoir rentrer. Et une fois qu'elles sont rentrées, le robot les traît. C'est un métier qui est noble. On travaille avec du vivant, ce qui est loin d'être simple, parce que c'est pas toujours tout rose. C'est rare s'il n'y a pas un problème dans la journée. Mais c'est cette vie trépidante qui est intéressante.
– Né en ville, dans une famille de sidérurgistes, ses contraintes, il s'y est adapté. Il a multiplié par 4 ses rendements, malgré l'explosion des charges.
– Et voilà, à un moment donné, pour avoir un revenu qui n'est pas très différent à celui qu'on pouvait avoir il y a 30 ans, par définition, il a fallu s'agrandir.
– Depuis 8 ans, c'est aussi au Sénat qu'il défend le travail des agriculteurs.
– C'est sûrement plus facile de travailler avec les sénateurs qu'avec les vaches.
– Il a même donné son nom à la loi Duplomb, qui réautorise notamment l'usage des néonicotinoïdes, des pesticides suspectés d'être cancérigènes. Un passage obligé pour cet ancien responsable de la FNSEA.
– Je ne peux pas me condamner d'être celui, même si je le vois sur les journaux, d'être celui qui est le soutien de la FNSEA, parce que pendant 8 ans, j'ai écrit des rapports, et je crois, comme je l'ai dit souvent à beaucoup de journalistes, je ne suis pas le lobby de la FNSEA, c'est la FNSEA qui est devenue mon lobby.
– Une fois la traite finie, Laurent Duplomb troque ses bottes pour le costume de sénateur. Là encore, il aime jouer la carte du bon sens rural. Son profil séduit les républicains, son parti.
– L'esprit de Laurent pragmatique, concret.
– Laurent Wauquiez, député dans la même circonscription, assure le service après-vente de la loi Duplomb, modèle de victoire pour LR.
– C'est une certaine vision de la France, de son équilibre entre les métropoles et les territoires ruraux, de la reconnaissance de ceux qui travaillent. À un moment, de mettre un coup d'arrêt aux normes folles avec lesquelles on est en train de tuer tous ceux qui entreprennent dans notre pays. Moi, j'ai un immense respect pour ce qu'il a porté, et je pense, dans ce qui est devenue la politique aujourd'hui, avec autant de blocages, il n'y en a pas beaucoup qui auraient été capables d'y arriver. Et ça, c'est parce que c'est une tête de pioche. Cette double casquette. – Voilà Marie-Pierre, donc notre mère.
– Éleveur-sénateur, convainc aussi sur le terrain.
– Donc voilà, on est… Comme sur cette visite de chantier. – Sur une maison qui a été toute réhabilitée. – Il a une idée à la minute. Quand il y a un problème, il y a une solution. Il a vraiment toutes les idées pour faire économiser l'argent public, quand même. Donc il est précieux, voilà.
– Mais ces dernières semaines, l'élu fait parler de lui. Loi du plomb, proposition de supprimer l'agence bio, ou encore déclaration sulfureuse sur le réchauffement climatique. Le sénateur de droite persistait signe.
– La réalité, c'est que, parce que tout simplement, on n'est pas dans le moule de la pensée unique et de dire ce qu'il faudrait que tout le monde dise, c'est-à-dire être hyper alarmiste et être sur un principe d'obscurantisme digne du Moyen-Âge, et que quand on essaye d'avoir un message un peu plus objectif qui dissonne un peu de ce qu'on peut entendre autrement, eh bien on est toujours menacé, soit d'être tropiste, soit d'être climato-sceptique.
Quant à la loi qui porte son nom,
elle doit encore passer d'ici le 10 août,
le filtre du Conseil constitutionnel. – Alors, Jérôme Fourquet, question de téléspectateurs. Laurent Duplon semble avoir beaucoup de casquettes. Est-il agriculteur, syndicaliste, chef d'entreprise, homme politique, lobbyiste, influenceur ? Quel est son profil ? – C'est un peu tout ça, manifestement, mais c'est un profil qui est assez classique dans nos campagnes, des profils qu'on retrouve notamment dans le grand syndicat agricole majoritaire qui est la FNSEA, où vous avez des agriculteurs qui sont devenus aujourd'hui des entrepreneurs. Il y a 300 vaches, donc c'est une grosse exploitation. Et souvent, ces agriculteurs, eh bien, prennent des responsabilités dans leur champ professionnel.
Donc, il a été président de la Chambre d'agriculture de Haute-Loire, qui est un département agricole important. M. Duplon a également exercé des responsabilités dans des coopératives laitières, puisqu'on est dans le massif central, donc c'est des zones d'élevage laitier, donc à la Sodial et puis chez Candia. Et donc, d'aucuns vont dire que c'est l'agro-business. Et en même temps, souvent, ces agriculteurs, entrepreneurs, engagés dans l'action syndicale, sont aussi engagés dans l'action locale. Et puis, j'allais dire, le prolongement logique à leurs yeux, c'est l'engagement politique. Donc, il a commencé par être adjoint au maire de sa commune, puis maire de sa commune, et ensuite sénateur.
Et on a quand même, souvent, ce type de profil dans cet écosystème-là. C'est-à-dire que, Rachel Garaval-Carsel, on dit qu'on a un monde agricole fragilisé, qui se réduit, mais qui reste influent, qui a toujours les manettes. Il y a, de fait, beaucoup moins de gens dans le secteur primaire, aujourd'hui, en France, qu'il y a 30 ou 40 ans. Il y a 30% d'agriculteurs. Donc, électoralement, au sens strict, ce n'est pas grand-chose. Par contre, ils sont localisés. Donc, il y a dans des zones rurales, bien entendu. Et puis, aussi, vous l'avez très bien dit, il y a quand même un syndicalisme agricole qui est très fort.
Et le syndicalisme, qu'il soit agricole ou autre, c'est quand même quelque chose où vous vous formez, d'une certaine manière. Et effectivement, vous devenez élu, vous allez au conseil municipal, vous devenez maire, conseiller départemental. Et puis, c'est là où ça compte, c'est que ça devient l'électorat des élections sénatoriales, en vérité. Ce n'est pas un hasard si cette proposition de loi, elle émane du Sénat. Parce que là, pour le coup, les agriculteurs, qui sont donc régulièrement des élus locaux, ça représente un électorat important dans les campagnes des élections sénatoriales.
– Lorraine, l'avocat, on a entendu Laurent Duplon avoir ce bon mot, dire « je ne suis pas le lobby de la FNSEA, c'est la FNSEA qui est devenue mon lobby ». Est-ce que ça traduit d'ailleurs une certaine radicalisation du monde agricole et d'une FNSEA, qui est peut-être un peu débordée d'ailleurs par des agriculteurs en colère ?
– Alors déjà, la FNSEA s'implique dans la définition de la politique agricole française depuis plusieurs décennies. Donc ça, ce n'est pas du tout nouveau, ce qu'on appelle la co-gestion entre le ministère de l'Agriculture et la FNSEA, ça existe depuis longtemps. Ceci dit, c'est vrai que cette loi Duplon, c'est vraiment, on va dire, la quintessence, mine de rien, d'une mission de lobbying de la FNSEA. Donc comme vous l'avez rappelé, il y a eu les manifestations agricoles en janvier 2024. Puis dans l'été, la FNSEA fait paraître une sorte de loi idéale dans laquelle elle liste un certain nombre de revendications.
Et la loi Duplon, à la fin de l'année, la proposition de loi Duplon, reprend un certain nombre de ces revendications. Et quand on regarde…
– Il y a des extraits, des passages de la FNSEA qu'on retrouve dans le texte de loi ?
– J'irais plus loin, quand on regarde les amendements qui ont été déposés, moi j'avais fait ce travail pour les amendements déposés par l'Assemblée nationale, donc par des députés, les Républicains et Rassemblement national, les amendements étaient, c'était écrit noir sur blanc, cet amendement a été co-rédigé, pardon, avec la FNSEA. Donc le syndicat agricole a pesé de tout son poids pour inscrire ces revendications dans ce texte et aussi pour la mise à l'agenda de ce texte, notamment à l'Assemblée nationale. Il n'était pas prévu au départ que ce texte soit examiné aussi vite par les députés, mais il y a eu une dépression, notamment d'Arnaud Rousseau, pour qu'il soit inscrit au plus vite.
– Jérôme Fourquet, juste question téléspectateur Alice dans le Finistère, je ne vote ni à gauche ni pour les écologistes, mais j'ai signé la pétition. – Oui, alors il n'y a pas d'enquête ou de sondage encore qui a été réalisé sur le profil des signataires, mais quand on atteint un volume d'un million quatre cent mille signataires via une plateforme qui est d'accès libre, ça ne va pas uniquement se recruter dans telle ou telle composante, même si on peut penser qu'il y a quand même un tropisme électoral ou politique qui pèse plutôt à gauche parmi ces signataires.
Mais comme on l'a dit tout à l'heure, c'est des questions de santé publique, c'est des questions de lien entre alimentation, écologie et santé, et ça peut toucher des gens qui sont d'obédience politique, qui sont très hétéroclites ou très hétérogènes. – Y compris des agriculteurs d'ailleurs.
– Et des agriculteurs, mais alors justement sur ces agriculteurs, quand on regarde cette question des néonicotinoïdes, celui qui serait réautorisé, il concerne, on l'a dit, à la fois les producteurs de betteraves, donc on l'a dit tout à l'heure, c'est plutôt le bassin parisien et le nord de la France, gros bastions FNSEA, et les producteurs de noisettes, qui sont beaucoup moins nombreux, mais qui sont dans l'Aute-et-Garonne, et en Tarn-et-Garonne, qui sont les bastions de la coordination rurale. – Donc plus à droite. – Plus à droite.
Et après la mobilisation dont on a parlé, il y a eu les élections aux chambres d'agriculture, qui ont été marquées par une poussée importante du vote coordination rurale, qui a ravi au syndicat historique FNSEA, plusieurs présidences de chambres départementales d'agriculture.
Donc il y a aussi cet arrière-fond qui se joue, syndical et politique, et vous avez vu dans votre reportage, il y a un troisième syndicat, la Confédération Paysanne, qui elle, milite contre l'adoption de cette loi, mais donc il y a des prises, il y a des visions de l'agriculture différentes, mais il y a aussi des intérêts différents, parce que ce ne sont pas les mêmes filières, et ce n'est pas la même implantation géographique.
François Gemmène, tout ça est très politique, parce qu'on a l'impression que la gauche est plutôt contre la loi Duplomb, alors qu'on voit bien qu'on a vu Laurent Wauquiez soutenir les agriculteurs au détriment d'une vision qualifiée d'obscurantiste, je parle par Laurent Duplomb. Alors effectivement, on a toute une série d'anathèmes et d'exagérations, il faut bien le dire, dans un camp comme dans l'autre. Ce qui est derrière, c'est aussi, quelle conception de l'agriculture française est-ce qu'on va mettre en avant ?
On voit bien ce qui est le ressort fondamental de la colère des agriculteurs, c'est la question du revenu, et le sentiment qu'aujourd'hui, ils ne tirent pas un revenu suffisant par rapport à la dureté de leur travail, et je pense que tout le monde sera d'accord là-dessus, et c'est la raison pour laquelle les mobilisations des agriculteurs jouissent globalement d'un important soutien dans l'opinion, parce qu'on trouve que c'est une activité qui n'est pas suffisamment rémunérée. Et donc la question qu'il faut se poser à mon sens, c'est comment fait-on pour rémunérer davantage les agriculteurs ?
Alors soit on va réduire tout un certain nombre de protections environnementales et sanitaires, de manière à augmenter potentiellement les rendements et à les prémunir contre certains insectes, soit je crois, si on fait de l'agriculture une alliée de l'écologie, il y a moyen de trouver aussi des sources de revenus complémentaires. Par exemple, si on parvient à valoriser le carbone qui est contenu dans les sols, on sait qu'aujourd'hui, beaucoup d'industries vont chercher à réduire leur empreinte carbone. Si on parvenait à valoriser cela monétairement parce que les sols recèlent beaucoup de carbone, il y a là, par exemple, une source de revenus complémentaires pour les agriculteurs.
Et c'est là où je crois l'opposition qui est parfois née dans le débat public entre agriculture et écologie, en réalité, va finir par se retourner contre les agriculteurs. Il faut absolument faire de l'agriculture, à mon sens, un des piliers de la transition écologique. Dans cette lutte politique, il y a aussi quelque chose de très identitaire sur l'agriculture en France. Moi, je me souviens d'une discussion avec un parlementaire européen français qui m'expliquait que chaque pays avait un peu ses marottes, dès qu'on abordait ce sujet, il devinait fou. Il m'expliquait que pour les Scandinaves, c'était les forêts, et que pour les Français, c'était l'agriculture.
Il y a quelque chose de très très fort là-dessus, dans un pays qui se vit toujours comme un pays qui a été longtemps plus rural que les autres, et dans un pays où on parle encore de paysans, alors qu'il s'agit quand même plus souvent d'agriculteurs, il y a quand même quelque chose de très très puissant là-dessus. On a l'impression que ne pas être proche des agriculteurs, c'est ne pas être bien enraciné dans la terre du pays. Il y a quelque chose de très identitaire aussi là-dessus. Moi, en France, cette passion française pour l'agriculture a quelque chose d'assez étonnant.
Il ne vient pas de rien, dans le sens où c'est l'un de nos secteurs économiques qui exportent, et on n'en a pas tant, qui ramène de la valeur en France. Donc évidemment, c'est quand même quelque chose de très important. Est-ce que la droite est à l'aise sur le positionnement, sur cette transition écologique ? On voyait Laurent Wauquiez, est-ce qu'il y a un tête-à-queue ? Sur la transition écologique, je ne sais pas. En tout cas, là, ils sont à l'aise sur le soutien à cette loi, et sur le fait qu'ils considèrent, et les propos de Laurent Wauquiez sont là pour en témoigner, qu'on a sans doute été trop loin en termes de réglementation.
Alors le grand terme, c'est la surtransposition, c'est-à-dire comment, dans le droit français, on va plus loin en termes d'exigence et de contraintes que les directives européennes. Et donc ça, c'est un positionnement que la droite assume clairement depuis quelques années. Ce sénateur s'était aussi distingué par le dépôt d'un amendement sur un texte précédent pour faire disparaître ou supprimer ce qu'on appelle l'agence bio. Et donc il y a un agenda qui est très clairement identifié.
Laurent Wauquiez et ce sénateur, qui est dans la même région que lui, s'étaient aussi distingués par un bras de fer qu'ils avaient engagé sur le fameux principe du ZAN, le zéro artificialisation nette, en disant qu'on bloque le développement immobilier et démographique de certains territoires ruraux. Et donc on est allé trop loin dans l'écologie. Maintenant, il faut revenir en arrière, il faut revenir au bon sens, le bon sens terrien, etc. Et donc la droite, en tout cas ce qu'il en reste aujourd'hui, c'est celle qui est chez LR, elle est très à l'aise avec ce discours-là.
Ceux qui sont beaucoup moins à l'aise, ce sont leurs alliés du bloc présidentiel, puisque cette interdiction des néonicotinoïdes avait été portée par le camp macroniste. Emmanuel Macron considère qu'on est en train de détricoter un des acquis de son premier quinquennat. Et donc c'est aussi la question du curseur qu'on va placer sur la question écologique, c'est une des pommes de discorde, il y en a d'autres, l'immigration, etc., entre la droite LR et le camp présidentiel. François Germain, est-ce que toutes ces questions ne sont pas, enfin, je veux dire, elles sont un peu vertigineuses, est-ce qu'elles ne nécessiteraient pas un peu de radicalité ?
Je pense à Dominique de Villepin qui dit « Un autre chemin est possible, mais pour cela, il nous faut des responsables politiques à la hauteur. » Il est certain que ce qui est vertigineux, c'est le fossé de plus en plus grand entre ce qui nous arrive et ce qui correspond globalement aux projections scientifiques et la manière dont on y réagit. On a l'impression que plus, je dirais, le problème s'aggrave, en tout cas en matière de climat, plus nous revenons en arrière sur toute une série de mesures qui avaient pour but précisément de résoudre ce problème ou en tout cas de lutter contre ce problème. Et effectivement, il y a une sorte de fossé qui devient littéralement vertigineux.
Les reculs écologiques auxquels on a assisté ces dernières semaines et ces derniers mois, c'est absolument vertigineux quand on pense à la multiplication et l'aggravation des impacts du changement climatique, de l'effondrement de la biodiversité, etc. Mais avec cette idée, pourquoi le ferions-nous si les autres ne le font pas ? Le problème, on en revient à ce que je disais, nous le voyons comme une contrainte qui va peser sur l'activité économique, qui va peser sur la compétitivité. Et donc, comme on le voit comme une contrainte, d'abord, on va avoir tendance à en faire le moins possible parce qu'on n'aime pas la contrainte.
Et on va utiliser n'importe quel prétexte dans notre environnement, dans l'actualité, pour se défaire de cette contrainte. Parce qu'on va se dire, pourquoi est-ce que je serai plus catholique que le pape si les autres ne le font pas ? C'est au contraire, si on voit cette transition comme un projet, qu'à ce moment-là, on va avoir envie d'en faire le plus possible et que ça va nous réunir parce qu'on va le voir précisément comme un avantage compétitif.
Pour revenir sur la question de la droite et de la transition écologique, il y a eu aussi récemment cette tribune de Bruno Retailleau laissant totalement les énergies renouvelables et en voulant 100% de nucléaire, alors qu'on a bien du mal à voir comment industriellement on va pouvoir faire 100% de nucléaire. Mais la question que je me pose, c'est que même si la préoccupation écologique, elle existe, elle n'a pas disparu dans l'opinion, bien qu'on ne soit plus dans la période de 2019, des manifestations pour le climat, de la vague verte aux élections européennes... Vous le sentez, ça le recule ?
Il y a eu un recul d'évidence et on le voit bien d'ailleurs sur les politiques européennes, c'est-à-dire qu'il y a eu une vague verte aux élections européennes de 2019 qui a poussé la Commission européenne à mettre en place le Green Deal. Et aujourd'hui, alors que les Verts ont reculé et que la majorité au Parlement européen est clairement plus à droite, la Commission européenne, elle recule là-dessus.
Mais la question que je me pose pour un parti comme LR, qui est un parti qui veut tenter de gagner la prochaine élection présidentielle, c'est que même si ce n'est pas forcément toujours la priorité numéro un à la question écologique, et encore moins pour les électeurs LR, je me demande si on est crédible à la fin, si on n'a aucun projet sur le sujet. C'est une question qui a touché d'autres partis conservateurs très anti-écolo en Europe ou dans le monde, je pense au Canada par exemple, je me demande si ça ne pourrait pas toucher aussi LR.
Et c'est là où je pense où la pétition, enfin plutôt la tribune anti-renouvelable signée par Bruno Taillot et des responsables LR, je pense, va beaucoup abîmer la crédibilité du parti en matière écologique. Alors, on parlait de l'eau tout à l'heure, qui est polluée par les PIFAS, qui sont les polluants éternels, qui représentent un autre défi environnemental majeur, en raison de leur persistance et de leur toxicité. Voyez ce reportage de Nicolas Fleury avec Dominique Lemarchand et Benoît Thébaud. Ces deux conseillères municipales ne doivent oublier personne. Plusieurs fois par semaine, elles font le tour du village pour livrer des bouteilles d'eau aux habitants.
Tu sais qu'on t'a expliqué hier la contamination de l'eau, donc on vient t'apporter tes 8 bouteilles. Les bouteilles, je ne sais pas.
À Juvigny-sur-L'Oison, comme dans 15 autres communes de la région, hors de question de consommer l'eau du robinet, déclarée et dangereuse pour la santé.
On s'adapte, en espérant que ça ne dure pas trop longtemps. C'est tout, là. Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ? C'était la surprise.
Le coupable tient en 4 lettres les PIFAS, des substances chimiques utilisées dans l'industrie, si résistantes qu'on les surnomme les polluants éternels. Cancer, problèmes hormonaux, troubles du développement, autant de risques sur la santé qui inquiètent ses habitants.
Quelles sont les conséquences pour notre santé ? On a pas mal de cas de maladies auto-immunes. On sait qu'il y a des liens entre PIFAS et maladies auto-immunes. Rien que dans la famille, on en a déjà deux. Donc forcément, on se demande quelle est la causalité entre la pollution PIFAS qui a priori dure depuis des années et les maladies qu'on constate autour de nous.
À ce jour, l'ARS n'établit aucun lien direct entre cette pollution et ces maladies. Pour ces petites communes, le défi est immense. À Vili, 200 habitants, trop compliqués de distribuer des bouteilles, la mairie préfère les rembourser aux habitants. On leur a mis un coupon réponse, vous voyez, et joint d'un RIB pour pouvoir être remboursé à raison de 2 litres d'eau par jour et par personne. La facture est salée pour la mairie. 9 000 euros pour 6 mois. C'est énorme pour nous.
On a une rentrée d'eau annuelle de 11 000 euros. Donc dans tous les cas, on va devoir augmenter le prix de l'eau.
Cette crise ne fait que commencer. Avec des taux de PIFAS 27 fois supérieurs à la norme, sa source est condamnée. Alors l'élu visite celle du village voisin où il compte s'alimenter.
Au potable de la commune, c'est l'eau qui passe dans le captage, ici.
Cette source est aussi contaminée, mais à un niveau moins élevé. Alors la maire espère pouvoir la dépolluer. Des travaux d'ampleur pour un budget colossal.
Pour l'instant, on n'a pas vraiment d'idée. On sait que ça va se chiffrer en dizaines de milliers d'euros, peut-être même quelques centaines de milliers d'euros. C'est un scandale sanitaire pour moi. Et c'est aussi quelque chose qui nous travaille, parce que nous, on pense aux générations futures.
L'origine de la pollution n'a pas été formellement identifiée. Mais ces élus soupçonnent l'épandage de boues industrielles issues de cette papeterie. Des déchets, utilisés pendant des années comme fertilisants dans les champs des villages alentours. Voici mon captage. Ici, il y a une parcelle. Vous voyez tous les dates d'épandage. 95, 96, 2000, 2005, 2007. Ces boues sont bien visibles selon eux sur ces photos satellites. Les plans d'épandage ont bien été soumis à des analyses et à l'accord de la préfecture. Mais à l'époque, ces molécules n'étaient pas recherchées lors des tests.
Ce que je dénonce, c'est l'estoccage des bouts près des cours d'eau, surtout près des captages. Un paramètre de captage n'a pas été respecté.
Lorsqu'il n'est pas dans sa mairie, Étienne Malcuit élève des vaches laitières. Dans son village, l'eau est potable, mais il craint que ces polluants éternelles ne soient présents partout dans l'environnement. Moi, je vous pose la question maintenant, est-ce qu'il n'y aurait pas d'épais face dans l'herbe ? Et s'il y en a dans l'herbe,
est-ce qu'on n'en retrouvera pas dans le lait ? Donc c'est pour ça, j'ai demandé à faire une analyse dans mon lait. On doit savoir, quitte à des fois avoir des mauvaises surprises.
L'ampleur de la pollution au Pifas est encore mal connue en France. L'analyse de certaines de ces substances deviendra obligatoire dans l'eau potable dès l'an prochain. Question téléspectateur Lorraine Lavoca, y aura-t-il bientôt un scandale de l'eau du robinet en France ?
Il est déjà en partie là, effectivement. Plus on en connaît sur l'épifas, plus on arrive à faire des tests de l'eau, plus on se rend compte que la pollution est omniprésente, généralisée, et que l'épifas sont des substances extrêmement persistantes. Donc là, typiquement, on l'a vu dans le reportage, la pollution peut dater de plusieurs années en arrière, on trouve toujours une pollution dans l'eau. Donc là, on est au début de commencer à découvrir ce qui, effectivement, pourrait être un scandale sanitaire.
Alors, il existe des solutions. Là, c'est l'entreprise française, d'ailleurs, Veolia qui dit multiplier les usines de traitement d'épifas aux Etats-Unis. Apparemment,
on sait faire. Alors, les solutions techniques de traitement de l'eau, il y a le nec plus ultra, c'est une technique qui s'appelle l'osmose inverse, qui est grosso modo qui consiste à faire passer l'eau dans des filtres extrêmement, extrêmement fins, en la mettant sous pression. mais c'est une technique qui, aujourd'hui, coûte extrêmement cher et qui, en plus, a un coût énergétique assez important et produit, en plus, des déchets dont on ne sait pas trop quoi faire. Donc, c'est à la fois une solution, clairement, l'eau qui en ressort est complètement pure, mais aujourd'hui, elle n'est pas, ce n'est pas une solution qui est généralisable.
Elle est mise en place sur certaines villes en Ile-de-France, mais ce n'est pas du tout quelque chose qui est mis en place de manière générale.
François Gemmel, on voit qu'on est quand même rattrapé par tous ces dégâts un simple verre d'eau, on s'interroge. Bien sûr. Alors, est-ce que je dois le donner à mes enfants ou à bébés ou à moi-même ? Est-ce que je dois le voir ? Et on a encore la chance d'avoir en France des agences de contrôle sanitaire qui font leur travail et qui alertent, effectivement, lorsque les taux de contamination sont trop élevés, mais je crois qu'effectivement, toute une série de biens qu'on avait l'habitude de consommer un peu gratuitement, sans se poser de questions, dans des quantités un peu illimitées, eh bien, vont devenir à la fois plus rares, plus précieux à l'avenir et donc aussi, plus cher.
Et donc, Jérôme Fouquet, ça veut dire quoi ? La faute à cette papeterie ? En fond, entre la papeterie ou l'eau pure, il faut choisir ? Alors, hélas aussi, pour ce territoire, la papeterie dont il est question, la fermée. La fermée, c'était la principale activité de cette commune qui s'appelle Stenay, il y a 2500 habitants, et c'était une papeterie centenaire et donc, papeterie produit des résidus, des déchets qui étaient organiques et qu'on épandait historiquement. Mais parce que, sans doute qu'à l'époque, on n'avait pas conscience de la durabilité des produits qui étaient dedans et le fait qu'on allait en retrouver.
Et donc, ce dont on a parlé tout à l'heure sur l'agriculture, vous le voyez là aujourd'hui sur l'industrie, c'est-à-dire, c'est tous nos modes de production, d'organisation de notre société qui doivent être réinterrogés par ces enjeux sanitaires et environnementaux. On a connu des changements, j'allais dire, de jurisprudence majeure dans le passé, par exemple, avec l'amiante. L'amiante, on en a collé partout, dans les toitures, dans les matériaux d'isolation des logements, dans les isolations aussi des sites de production industrielle, avant qu'on se rende compte que c'était une matière qui était hautement toxique.
Mais les gens qui ont fait ça, on peut se dire, il y avait un gros business, il y avait de l'argent derrière, peut-être, mais beaucoup, à une époque, n'avaient pas conscience scientifiquement des dégâts qui étaient causés. sauf qu'une fois que le mal a été fait, vous voyez ces pifaces-là, plus on va chercher, plus on va trouver. Et votre documentaire, votre reportage est encore une fois très bien fait. On voit que ces maires et ces communes sont totalement démunis. Il y a des budgets qui sont dérisoires. Et donc, même si Veolia a une technologie de pointe, mais ils n'ont absolument pas les moyens de refaire tout le captage, de refaire les canalisations, puis d'installer tout ça.
Et donc, bien évidemment, on revient au point numéro 1 de notre discussion de ce soir, à chaque fois qu'on apprend ce type de nouvelles, comme disait François Gémen, on nous a dit qu'il fallait faire attention avec l'eau en bouteille parfois, donc qu'il fallait maintenant privilégier l'eau du robinet, a fortiori dans des zones rurales, quand vous voyez, c'est très champêtre. On vous dit, même là, en fait, ça fait des années que vous consommez quelque chose qui était hautement toxique. Lorraine l'avocat, Jérôme Fouquet faisait le parallèle avec le scandale de l'amiante.
On a l'impression qu'avec tous ces défis environnementaux, on est face à un problème systémique de problèmes d'amiante qui se répéteraient dans bien des secteurs, au fond.
Oui, il y a un aspect, effectivement, systémique où on a, pendant des années, eu des modes de production, des modes de consommation aussi, qui, aujourd'hui, rencontrent leurs limites, qui sont des limites écologiques, sanitaires, et sur l'eau, effectivement. Alors, ça ne veut pas dire qu'il faut arrêter tout d'un coup, surtout pas, surtout pour ces communes, pour ces usines et pour toutes les personnes qui travaillent et qui vivent de ça, mais ça veut dire quand même qu'il faut avoir une réflexion, qu'il faut anticiper, politiquement.
Par rapport au PIFAS, la loi qui a été adoptée en février qui interdit la production d'un certain nombre de substances prévoit aussi la mise en place d'un principe pollueur-payeur. Donc, l'idée, c'est de dire que les industries qui produisent encore aujourd'hui, puisqu'il y en a encore aujourd'hui qui produisent des substances PIFAS, doivent payer pour, justement, financer la dépollution de l'eau potable. C'est, effectivement, aujourd'hui, a priori, la meilleure piste qu'on ait pour mettre en place des traitements pour aider, notamment, ces collectivités en milieu rural qui n'ont absolument pas les moyens de faire face aux investissements.
Et là, Rachel Garaval-Carselle, il n'y a pas de droite ou de gauche, là, on voyait cette maire, quelle que soit sa couleur politique, elle est confrontée à un problème de financer la dépollution de l'eau pour ses administrés. Alors, c'est vrai, néanmoins, droite ou gauche, on a quand même vu la différence au moment de voter cette loi sur les PIFAS qui a quand même été issue de la niche parlementaire des écologistes. La niche parlementaire, c'est une journée par an où chaque groupe a le droit d'initiative sur l'ordre du jour. C'est une loi qui a, pour le coup, été forgée dans le compromis avec les macronistes, sans quoi elle n'aurait pas pu passer.
Donc, on est assez loin de ce que les écologistes auraient voulu à la base. Mais bon, l'Assemblée est comme celle-là. Il y a eu des autorisations de quelques PIFAS au nom de la sauvegarde d'entreprises. Et pour revenir un peu au début de l'émission, les écologistes ont aussi réussi à faire une certaine pression sur le gouvernement et sur le bloc présidentiel en réussissant à ramener à leur cause des influenceurs écologistes qui ont fait monter le sujet qui n'était pas forcément hyper sexy sur le papier et qui, finalement, a créé un rapport de force avec une autre partie de l'Assemblée. C'est une belle loi en termes de processus législatif, je trouve.
Quand on voyait ces habitants réduits à devoir boire de l'eau en bouteille qu'on leur donnait généreusement, est-ce que si ça participe au succès de cette pétition, on est en train de faire un lien entre cet environnement qu'on a saccagé sans le savoir et notre santé avec de l'eau qu'on ne peut plus boire. Et on voit que la santé reste la préoccupation première des Français. On voit bien qu'aujourd'hui toute une série de troubles sanitaires arrive via l'environnement, via ce qu'on mange, via ce qu'on boit, via ce qu'on consomme. Et bien entendu, ça participe au succès de la pétition.
Et je crois qu'au-delà de ça, beaucoup réalisent que toute une série de modes de production et de consommation aujourd'hui commencent à toucher à leurs limites. Et c'est ce que nous disions tout à l'heure. Soit on continue à essayer de tirer encore un peu le modèle, soit on essaie de le réinventer. Et la question de la réinvention, on peut l'avoir comme une contrainte, on peut aussi l'avoir comme une opportunité. Jérôme Fourquet ? Alors pour ne pas désespérer complètement nos téléspectateurs... Parce qu'on dit qu'il faut revenir au 19e siècle. On voit... On se projeter dans le 21e.
On voit, si on regarde un peu rétrospectivement, notamment dans des pays voisins, l'Autriche et l'Allemagne, dans les années 80, il y avait un gros sujet, c'était les pluies acides qui ravageaient toutes les forêts de conifères parce qu'il y avait des émissions de gaz d'échappement de voitures. Et donc aujourd'hui, vous n'entendez plus du tout parler de pluies acides dans ces régions-là. Donc l'industrie, alors il y a une réglementation, le problème a été réglé. Si on revient en France, en Bretagne, et si on reste sur la question de l'eau, il y a encore la question des algues vertes. Là aussi, on revient sur le modèle agricole, etc.
Donc là, on n'épandait pas des bouts de papeterie, mais c'était les déjections des porcs dans la nitrite qui ont pollué très fortement tous les bassins versants, quasiment tous les bassins versants bretons. Et même si on trouve encore beaucoup d'algues vertes aujourd'hui en Bretagne, les mesures qui sont faites montrent que progressivement les choses s'améliorent. Mais pareil pour le trou dans la couche aux eaux. C'était un énorme problème dans les années 80 que nous avons résolu ensemble. En réalité, nous avons aujourd'hui toutes les solutions à disposition.
La question, c'est de trouver les modèles économiques pour que ces solutions soient viables pour tout le monde, pour les industriels, pour les agriculteurs et au final pour les consommateurs. Il y a des politiques qui ont réussi, c'est ce que vous vouliez dire. Ce qu'on voit dans le succès sans doute de la pétition contre la loi Duplon, c'est que peut-être que tous les gens consignés n'ont pas une connaissance très précise de ce que c'est que l'acétamipride, mais sauf que ce type de polémique dans les Ardennes, en Bretagne, en fait, il y en a dans des tas de régions. Moi, je viens de la région de La Rochelle, il y a une épidémie de cancer pédiatrique dans la plaine d'Onis.
C'est une catastrophe pour les familles. Pas totalement inexpliquées, mais liées un peu à l'agriculture. Ce sont des catastrophes qui ont lieu ici ou là. Et donc, forcément, les gens finissent par faire le lien et s'engagent dans ce type d'engagement-là. Lorraine l'avocat.
Et pour finir aussi, pour dire qu'on peut faire des choses, il y a notamment en Ile-de-France, la protection des captages d'eau qui a été mis en place par la région Hauts-de-Paris. Et c'est intéressant parce qu'ils payent les agriculteurs pour ne plus utiliser ou pour diminuer les pesticides et protéger ainsi les captages d'eau. Donc, en fait, il y a des choses qu'on peut faire avec de la volonté politique qui peuvent justement réconcilier écologie et agriculture.
Allez, tout de suite, on revient à vos questions. Alors, Luigi, avec son regard depuis la Belgique, qui nous dit « Est-ce si difficile de comprendre que les agriculteurs français veulent travailler à armes égales avec leurs concurrents européens ? » Si on nous interdit l'acithémipride, il faut que ce soit interdit en Belgique également. Alors, ce que vous avez rappelé tout à l'heure, ce n'est pas quelques pays, c'est 26 pays sur 27. Donc là, on n'est pas armes égales. Alors, on a rappelé aussi tout à l'heure que la filière de la betterave en France, elle pesait très, très, très lourdement. Mais ça touche aussi les producteurs, on l'a dit, de noisettes ou autres.
Et donc, c'est très compliqué pour un agriculteur français de dire mais non seulement il y a toutes les contraintes qu'on connaît mais en plus, dans nos propres marchés, on va être concurrencés par des gens qui ne jouent pas le même jeu.
Ce qui avait été débattu, c'est ce qu'on appelait les fameuses clauses miroir dans les signatures d'accords de libre-échange en disant on va ouvrir les frontières et les marchandises vont circuler mais il faudra que les clauses sanitaires, environnementales qui valent chez nous soient appliquées aussi dans les pays qui signent ces accords de libre-échange sans quoi il n'y a pas alors ça c'est facile à dire il faut déjà le faire passer et ensuite il faut le faire respecter mais là ce qui frappe le plus les esprits c'est que c'est au sein même de l'Europe ce n'est pas avec le Brésil ou le Canada.
Alain, dans le Val-de-Marne à quoi servira ce débat à l'Assemblée nationale si l'on ne peut pas revenir sur le fond du texte de cette loi ?
Ben oui, il y a un vrai risque c'est Benjamin Morel le constitutionniste qui dit qu'il y a un risque de frustration démocratique et je pense que c'est un risque très important on a créé ces 15 dernières années avec par exemple le référendum d'initiative partagée avec ces deux plateformes de pétition sur le site de l'Assemblée et du Sénat des sortes d'endroits où peut s'exprimer une volonté populaire en dehors des élections sauf qu'on y met des conditions qui sont tellement fortes qu'en fait on n'y arrive jamais il n'y a jamais eu de RIP et puis là c'est seulement la première pétition qui arrive à dépasser le seuil des 500 000 mais en plus une fois qu'on a passé toutes ces barrières on nous explique que finalement ça ne sert pas à grand chose il y a quand même un problème majeur on a l'impression qu'on a créé un bac à sable pour occuper les gens mais sauf qu'en fait les gens ils se prennent au jeu ils se prennent au jeu et ce n'est pas impossible que dans les années à venir il y ait d'autres pétitions de ce genre là il y avait eu une pétition sur la déconjugalisation de la location handicapée qui n'avait pas été au bout mais finalement ça avait quand même fait changer la loi il y en avait une sur la dissolution de la BRAVEM c'est cette brigade de policiers à Paris qui commence quand même à faire l'actualité c'est un sujet qu'il va falloir traiter qu'on ne peut pas laisser de côté quand on a une crise démocratique qui est quand même majeure et c'est une crise démocratique qu'on avait vue au moment de la convention citoyenne pour le climat c'était le même type de frustration est-ce que c'est la solution la république des pétitions question de Julien dans le Réloir si une pétition pour défendre la loi du plomb était proposée serait-elle plus largement suivie ?
je ne pense pas qu'elle serait plus largement suivie sincèrement ceci dit la question qui est posée est fondamentale c'est qu'est-ce qu'on fait de ces pétitions quel rôle est-ce qu'on donne aux citoyens dans la construction du processus parlementaire et législatif et ceci dit je ne suis pas d'accord avec l'idée que la loi ne pourrait pas être revue l'Assemblée nationale a le pouvoir de défaire ce qu'elle a fait bien sûr mais comment dire sur la question qui vient d'être posée une pétition pour défendre la loi du plomb serait-elle plus largement suivie ?
oui peut-être mais il faut-il encore la lancer d'une certaine manière je veux dire à un moment donné il faut quand même un peu prendre ses responsabilités oui Jérôme Fourquet je pense qu'on disait sans doute que en dépit de son succès numérique cette pétition ne va pas aboutir à une modification substantielle de la loi qui est en question mais ça va participer au débat démocratique et peut-être que lors des prochaines élections et bien beaucoup de formations politiques diront nous dans notre plateforme point numéro 2 il y a l'abrogation de la loi du plomb et donc cette pétition et le débat qui aura eu lieu permettra de faire avancer cette cause-là ce qu'il faut c'est sur la table exactement ce qu'il faut réussir à faire c'est de ne pas opposer la souveraineté de l'Assemblée nationale ou du Parlement qui est réelle je ne pense pas qu'il faille attaquer en soi la démocratie représentative mais il faut réussir à l'articuler avec le fait que les citoyens ils ne sont pas justes on ne vient pas toquer à leurs potes une fois tous les 5 ans moi je suis assez frappé on ne le voyait pas dans le reportage qu'il a été tourné quelques temps plus tôt mais Laurent Duplomb dans sa réaction à la pétition on a l'impression qu'il nous dit pardon on ne vous a pas demandé votre avis ben si en fait on vit dans ce pays aussi quand même Claude dans la loi y a-t-il des agriculteurs qui ne sont pas favorables à la loi Duplomb ?
Oui il y a un certain nombre on l'a vu dans le reportage c'est par exemple toutes les personnes qui sont syndiquées à la Confédération Paysanne qui a pris une position contre la loi Duplomb et plus généralement ça me permet de le rappeler la loi Duplomb c'est un certain type d'agriculture outre la réautorisation des néonicotinoïdes qui concerne une petite une minorité alors effectivement la filière Bétravière c'est une grosse filière mais 500 000 hectares c'est un pourcent un peu plus d'un pourcent de la surface agricole donc c'est pas énorme il y a aussi des mesures sur le stockage d'eau l'irrigation aujourd'hui c'est 10% de la surface agricole donc c'est pas énorme et il y a aussi des mesures sur faciliter les élevages industriels et ça c'est 3% des éleveurs donc c'est quand même une minorité
il y a toute une grosse agriculture qui parvient à s'en sortir sans pesticides sans
non pas forcément sans pesticides ce que je veux dire c'est que cette loi elle pousse et elle favorise un certain type d'agriculture qui aujourd'hui ne représente pas la majorité de l'agriculture française
nos agriculteurs se mettent-ils une partie des français à dos Sébastien dans le Calvado c'est vrai que Jérôme Fourquet on a dit les français adorent le monde agricole et là on a l'impression que c'est agriculteurs pollueurs et même qui mettent en danger notre santé alors François j'ai même a dit tout à l'heure à juste titre qu'en général quand il y a des mouvements agricoles de protestation ils bénéficient on le mesure à l'IFOP de cotes de soutien qui sont parmi les plus hautes de toutes les corporations françaises alors si c'est un vieil imaginaire français quand les agriculteurs descendent il y a même une clémence en disant bon voilà ils ont un peu ils ont des versées du fumier devant la préfecture bon ben c'est les agriculteurs une espèce de tolérance quand on regarde d'autres enquêtes on voit aussi qu'à plus de 65% les français considèrent que les agriculteurs font des efforts et peuvent être crédités de la confiance du public dans la prise en compte de la santé des français et du respect de l'environnement donc il y a une majorité de français qui en vitesse de croisière peut-être si on faisait le sondage demain matin les résultats seraient un peu différents mais que d'une manière générale il y a quand même cette confiance en disant ils sont les premiers concernés parce que beaucoup d'entre eux sont aussi touchés vous voyez dans votre reportage ce maire qui était aussi agriculteur qui disait comment se fait-il qu'on a autorisé l'épandage autour de captage lui il n'aurait jamais fait à titre personnel donc les français sont quand même assez bienveillants vis-à-vis des agriculteurs en général mais il est sûr que si jamais on va au bras de fer sur cette question-là ça peut nourrir le procès qui serait fait d'un comportement un peu irresponsable et égoïste de certains segments de la profession agricole mais ce serait une erreur de prendre cette pétition comme une attaque frontale à la profession d'un agriculteur en France je ne crois pas que ce soit ça alors c'est une attaque contre la FNSEA qu'on confond trop facilement avec le monde agricole et puis peut-être une attaque contre la manière dont ça s'est passé à l'Assemblée Nationale peut-être ce n'est pas impossible que pense Emmanuel entretenu largement par la FNSEA d'ailleurs il faut le dire de monde agricole et de la FNSEA que pense Emmanuel Macron de cette loi est-ce qu'il était favorable à la réintroduction de l'acétamidride la seule chose qu'on sait c'est qu'il a dit qu'il était gêné par le délicotage de son bilan écologique est-ce que ça va compter dans son choix ou pas de promulguer la loi et sa ministre Agnès Pagnol-Rachet a dit qu'elle n'était pas favorable à la réintroduction donc c'est pour ça qu'au sein même du gouvernement on voit bien qu'il y a des frictions et qu'ils ne sont pas d'accord entre eux merci beaucoup d'avoir participé à cette émission c'est dans l'air disponible gratuitement en podcast audio sur toutes les bonnes plateformes et puis nous on se retrouve demain pour une nouvelle émission bonne soirée sur France 5
Laurent Duplomb