Mot du Président Emmanuel Macron lors du dîner offert par Alastair King, Lord-Maire de Londres.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 7:30Emmanuel MacronChiffre
« Les entreprises françaises représentent le deuxième employeur étranger au Royaume-Uni »
- 8:00Emmanuel MacronChiffre
« Nous sommes chacun le quatrième partenaire commercial de l'autre »
- 8:30Emmanuel MacronChiffre
« Près de 300 000 Français l'ont fait en s'établissant au Royaume-Uni et près de 150 000 Britanniques l'ont fait dans le sens inverse »
- 10:30Emmanuel MacronFait
« L'Union européenne était plus forte avec vous et vous étiez plus forts avec l'Union européenne »
- 12:00Emmanuel MacronFait
« L'année dernière, le programme Horizon Europe, a été relancé ici »
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Monsieur le Lord-maire, Vos Altesses Royales, Vos Excellences, Mes Lords, Conseillers municipaux, Shérifs, Roturiers en chef, Mesdames et Messieurs, je dois vous avouer que depuis le début de ce dîner, je suis un peu inquiet. Parce que j'ai été mis dans une situation d'être un citoyen sur un trône. Le Président français.
C'est vraiment une très mauvaise idée. Je suis très heureux d'avoir survécu et d'être ici avec vous. Je vous remercie infiniment.
Lord-maire, merci pour votre accueil chaleureux, pour vos aimables paroles et la chaleur de l'auditoire. Ce soir, c'est un honneur immense pour mon épouse, l'ensemble de ma délégation et moi-même, d'être avec vous ici ce soir, le cœur battant de l'économie londonienne depuis plus de huit siècles, le Guildhall, ces corporations qui ont toujours incarné la puissance commerciale du Royaume-Uni et le seul bâtiment séculier à avoir résisté à la fois au grand incendie de Londres en 1666 et le Blitz en 1944. Un symbole extraordinaire, symbole de votre résilience et votre capacité à conjuguer la tradition forte et l'innovation audacieuse.
Ici, la longue histoire de la Grande-Bretagne n'est pas simplement dans son passé, mais également dans son présent et son avenir. Votre quête d'excellence, marquée par l'audace et la discipline, par des opportunités, par votre vision, a remporté une admiration universelle. Je dois vous dire que les statues du duc de Wellington et l'amiral Nelson qui veillent sur ces murs me semblent être un rappel espiègle de ceux qui sortirent vainqueurs de Trafalgar et de Waterloo.
Comme l'a dit l'écrivain français Alphonse Allais, moins connu que Victor Hugo, je ne comprends pas les Anglais. Vous donnez toujours des noms de défaites à vos rues et à vos gares. Mais je remarque aussi la statue de Sir Winston Churchill qui rappelle notre victoire partagée, la capacité de nos deux nations à transformer les antagonismes d'hier en coopération au long cours.
À l'heure des grands basculements économiques, climatiques, technologiques, la France et le Royaume-Uni gardent, plus que jamais, une intimité de destin. La nécessité de nos partenariats économiques n'est pas simplement l'effet de la géographie. Elle est un choix fait de respect et de confiance mutuelle, construit sur la durée, à l'épreuve de tous les vents contraires.
Ce choix, près de 300 000 Français l'ont fait en s'établissant au Royaume-Uni et près de 150 000 Britanniques l'ont fait dans le sens inverse. Nous sommes chacun le quatrième partenaire commercial de l'autre et nous sommes même votre deuxième partenaire pour les services. Niveau supérieur à celui d'avant le Brexit car nos investissements croisés nous ont liés durablement.
Les entreprises françaises représentent le deuxième employeur étranger au Royaume-Uni, qu'il s'agisse de nos grands groupes industriels, de nos start-ups, nos opérateurs d'infrastructures, nos grandes maisons du luxe ou encore de nos géants de l'agroalimentaire et de la finance. Permettez-moi de saluer et de remercier toute l'équipe France au Royaume-Uni qui a fait vivre cette relation au quotidien, l'ambassade, la Chambre de commerce française au Royaume-Uni, Business France et les conseillers du commerce extérieur. Je les remercie tous.
J'ai un discours très pointu qui a été rédigé mais je voudrais m'adresser à vos remarques plus directement en essayant de citer l'amiral Nelson, et comme vous le voyez, nous ne sommes pas rancuniers. J'ai toujours pensé que les mesures les plus audacieuses étaient aussi les plus sûres et c'est vraiment le cas. Regardez le monde tel qu'il est, la situation dans laquelle nous nous trouvons.
Je ne suis pas totalement convaincu qu'à la fois l'Union européenne, la France et le Royaume-Uni sont dans la meilleure position possible aujourd'hui. On essaie d'avancer, d'être en bonne posture. Nous sommes très fiers de notre histoire.
Nous avons nos principes et nos valeurs et nous avons raison. Mais après la crise financière, après le Covid, après cette guerre sur le sol européen, l'agression de la Russie, l'inflation et à présent, après toutes les turbulences qui balaient l'économie mondiale, d'un côté en raison des surcapacités des subventions de la Chine, de l'autre côté, de cette guerre commerciale lancée par les États-Unis. Quelle est la meilleure solution pour nous tous ?
Je suis très respectueux de la voix du peuple et le choix de vos concitoyens il y a neuf ans maintenant. Je suis lucide quant à la solennité de la visite d'État, qui est la première d'un chef d'État européen après le Brexit mais je dois vous dire, l'Union européenne était plus forte avec vous et vous étiez plus forts avec l'Union européenne. Regardez le monde autour de nous.
La première question, c'est : que souhaitons nous faire ? Souhaitons nous simplement être informés de notre avenir ou écrire notre avenir ? Je préfère la seconde option.
Mais regardons la situation dans laquelle nous nous trouvons, de suivre les informations afin de comprendre si on va nous octroyer 10, 20, 30 % de droit à une décision prise dans une autre capitale. Ce n'est pas ce qu'est l'Europe. Ce n'est pas conforme à l'histoire, à l'ADN du Royaume-Uni ni à l'ADN de la France.
Nous souhaitons écrire notre avenir. Ce que nous devons faire, c'est simplement prendre le risque d'oser et de ne pas être suiveur de l'histoire écrite par un autre continent. C'est tout à fait essentiel.
Pendant des décennies, on pensait que ce grand processus...
On a eu des expériences avec le grand frère étasunien, des expériences mitigées. C'est assez étrange si vous parlez de la France et du Royaume-Uni, parce qu'on a fait de notre mieux pour les aider à être indépendants. Lafayette est une grande vedette.
Nous avons très bien travaillé ensemble pendant les deux guerres mondiales et nous étions plus réticents à être pleinement alignés pendant les dernières décennies. C'était l'approche gaullienne. Aujourd'hui, soyons clairs, nous sommes dans une situation où nous devons choisir notre avenir et être constructifs à propos de l'avenir.
La seule façon de choisir notre avenir, c'est de le faire ensemble, de faire les bons choix, mais progressivement réduire les risques de notre modèle, de la Chine et des États-Unis, sans les comparer car ils sont très différents, ne pas essayer de jouer notre propre partie, mais d'être lucide de la situation. On ne va jamais changer la géographie. Nous sommes voisins et nous ne changerons jamais notre histoire.
Nous étions les meilleurs rivaux, nous sommes les meilleurs amis. On se connaît mais nous devons travailler ensemble et pas simplement travailler. Nous devons assumer nos responsabilités ensemble.
Clairement, nous devons décider de choisir notre avenir, d'écrire notre avenir ensemble. C'est ma conviction. Si on parle des sciences de la vie, l'IA, le quantique, la défense, la sécurité, l'industrie, le luxe, l'agriculture, nos intérêts sont bien plus alignés qu'on pourrait le penser.
C'est nos jeux du passé, en maximisant nos options, en jouant avec la partie adverse pour gagner contre le Royaume-Uni ou pour vous de gagner contre la France. Cette époque est révolue. À présent, nous devons travailler et concevoir l'avenir ensemble et nous devons trouver ensemble ce goût du risque d'avenir.
Nous discutions auparavant, Monsieur le Lord-maire, de l'aversion au risque dans nos pays. C'est vrai, notre Europe était censée être le vieux continent. Attention de ne pas devenir un vieux continent.
Si on ne prend pas de risques, si on essaie simplement de suivre les règles, c'est-à-dire d'être l'expert du monde ancien qui est progressivement marginalisé, aucune chance d'être fidèle à notre passé. Ce que nous devons faire, c'est précisément de trouver cette capacité à prendre des risques et prendre des risques ensemble. C'est plein de sens.
Nos sociétés, nos entreprises, nos responsables doivent prendre davantage de risques pour financer l'avenir afin de parier sur l'avenir, afin de faire les bons choix, afin de ne pas être asservi demain à ceux qui auront pris ces risques. Notre longue histoire est pleine de gens cinglés qui ont lancé de grandes expéditions, qui ont pris plein de risques précisément pour écrire cette longue histoire de l'Europe. C'est ce qu'il nous faut faire aujourd'hui.
Il faut prendre davantage de risques. Ensemble, nous devons être les pionniers de ce nouveau monde. Quand on parle de l'innovation, de la défense, de sécurité, qu'il s'agisse d'être plus indépendants et décider par nous-mêmes, faisons-le ensemble.
L'autre aspect, c'est d'assumer notre risque. Oser lancer des projets innovants ne signifie pas accepter la vulgarité du monde. C'est là où nous pouvons être tout à fait singuliers.
Ce que les Français adorent dans votre pays, ce que les Français adorent chez votre roi, je dirais, c'est son élégance et c'est clairement cette décence partagée. J'ai cité hier Tocqueville qui est à la pointe de l'art. Cette élégance, cette faculté que nous avons à nous rappeler que nous sommes dans une situation d'avoir entre nous des centaines d'années marquées par la tradition.
C'est une véritable occasion importante. Prendre des risques ne signifie pas d'oublier toutes ces choses mais d'être respectueux. Croyez en la civilisation, l'art, la culture.
Respectez votre partenaire comme vos adversaires. Être prévisible est un grand avantage dans ce monde. Nous deux, c'est ce qui nous anime et c'est pourquoi nous avons tant de choses à accomplir ensemble.
C'est pourquoi je ne souhaite pas être plus long, mais je veux juste répondre à vos remarques. Je ne suis pas celui qui va décider au nom de votre pays. J'ai cette chance parce que j'ai déjà fort à faire dans mon propre pays.
Je reste humble en la matière. Comme vous l'aurez compris, je crois fermement que l'Union européenne et le Royaume-Uni ont beaucoup de choses à accomplir ensemble. Le fait que l'année dernière, le programme Horizon Europe, a été relancé ici, c'est un point de départ, mais ce n'est que le début d'une nouvelle ère.
J'adorerais voir nos deux pays travaillant main dans la main, ensemble, pour notre avenir commun, que l'on puisse décider nous-mêmes notre avenir prendre bien plus de risques, investir davantage sur la tech verte, l'IA, la défense, la sécurité, les sciences de la vie et changer la vie de nos citoyens ensemble et décider ensemble que la défense de notre culture, nos civilisations, nos valeurs, n'est pas si démodée que cela. Il suffit de faire les bons choix, les choix intelligents à opérer aujourd'hui et de le faire avec plus de conviction, de passion, afin de défendre notre civilisation commune. Ce n'est pas simplement notre devoir, c'est une opportunité.
Mon Lord-maire, sous le regard attentif de Wellington, de Churchill et toutes ces puissances économiques de demain, je lève mon verre à la coopération renouvelée entre nos deux pays et à l'avenir que nous allons bâtir ensemble. Je tiens à vous remercier pour cette visite d'État inoubliable. J'ai eu l'occasion de remercier votre roi mais je dois vous dire combien votre roi est singulier à mes yeux mais aussi combien votre pays est singulier pour nous tous.
Lord-maire, je tiens à vous rendre hommage et vous remercier pour cette merveilleuse soirée. Je lève mon verre au Lord-maire, à son épouse et à la corporation de la cité de Londres. Vive notre amitié franco-britannique.
Vive le Royaume-Uni et vive le partenariat entre la France et le Royaume-Uni.
Emmanuel Macron