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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 25 octobre 2025 20 min

Vingt ans après la mort Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Invité

Transinter, Marion Lourdes, le 6-9.

0:07
Présentateur

Nouvelle flambée de violence ce soir à Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis après la mort hier de deux jeunes morts électrocutés sur un transformateur. Ils étaient en fuite, soupçonnés de cambriolage d'un chantier.

0:19
Invité

80 jeunes rassemblés dans le quartier du Chêne-Pointu commencent à jeter des projectiles sur les forces de police. Une balle de gros calibre est même tirée plus tard sur un véhicule de CRS. 14 voitures à Bondy, 15 à Aulnay-sous-Bois, 10 à Nuit-sur-Marne, 14 au Blanc-Ménil. Et le dénominateur commun, c'est bien sûr le vandalisme.

0:36
Olivier Klein

Partout où c'est nécessaire, les préfets pourront appliquer le couvre-feu s'ils l'estiment utile. C'est une crise d'identité. Nous y répondrons en étant fermes, en étant justes. Je veux dire aux enfants des quartiers difficiles, quelle que soit leur origine, qu'ils sont tous les filles et les fils de la République.

0:58
Présentateur

C'était il y a tout juste 20 ans et vous venez d'entendre des extraits d'archives télévisées, journaux, reportages de l'époque. Et pour finir, le Premier ministre Dominique de Villepin annonçant l'état d'urgence et l'appel à l'apaisement du président Chirac. Trois semaines de violence après la mort des adolescents, Zied, Bena et Buna Traoré électrocutés dans un générateur électrique où ils s'étaient réfugiés alors que la police les poursuivait. Bilan, 300 communes touchées par les émeutes, de s'en blesser, 3000 interpellations. Les policiers jugés pour non-assistance à personnes en danger ont été relaxés. Et dans les banlieues aujourd'hui, les choses ont-elles changé ?

Question posée aux deux invités du grand entretien ce matin. Inès Sédiki, cofondatrice de l'association GetUp sur le pouvoir d'agir des jeunes et la justice sociale dans les quartiers. Et Olivier Klein, maire de Clichy-sous-Bois depuis 2011, ancien ministre délégué au logement. Bonjour à tous les deux et bienvenue. Chers auditeurs, vous pouvez nous poser vos questions témoignées aussi au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France. Alors Olivier Klein, Zied et Buna sont morts, on le disait, le 27 octobre 2025 alors qu'il revenait d'un match de foot. C'était donc il y a 20 ans. Vous, vous étiez à l'époque adjoint au maire.

Le quartier du Chêne-Pointu, la ville de Clichy-sous-Bois, est-ce qu'il continue aujourd'hui encore de commémorer cette date ?

2:16
Invité

Oui, bien sûr. D'abord, permettez-moi de faire part de mon émotion, avoir écouté ces différents sons. Et ça reste une émotion vive, la mort de Zied et Buna pour les Clichy-sous-Bois et pour moi-même personnellement. Et lundi, on aura une commémoration avec les familles parce qu'on fait toujours ce moment de recueillement avec les familles. Ça a marqué durablement la ville de Clichy-sous-Bois, peut-être pour toujours, et les quartiers populaires. On l'entend quand le président de la République s'exprime relativement tardivement, si vous vous rappelez, et qu'il dit « fille et fils de la République ». C'était essentiel.

Probablement qu'à ce moment-là, les pouvoirs publics auraient dû parler avec cette force-là et beaucoup plus tôt.

3:02
Présentateur

Quels souvenirs vous en conservez, vous, aujourd'hui ?

3:04
Invité

Alors, moi, j'étais premier adjoint au maire. Il se trouve que quand les deux enfants sont morts, j'étais en train de partir en congé. J'étais prof, déjà. Et Claude Dillin m'a appelé pour me dire qu'il y a eu un drame. Le maire de l'époque. Le maire de l'époque, mon prédécesseur. Il y a eu un drame. Et j'ai fait demi-tour. J'ai roulé toute la nuit. Et je suis arrivé à Clichy au petit matin. Il y avait des voitures brûlées sur l'allée Maurice-Audin. Puisqu'on vient de parler de l'étranger, on peut parler de Maurice-Audin à Clichy-sous-Bois. Et puis, je suis arrivé dans la mairie. J'ai vu Claude Dillin. Et j'ai vu les familles.

Et le souvenir, c'était l'énorme tristesse, le bouleversement, l'incompréhension et la dignité des familles.

3:46
Présentateur

Inès Sédiki, vous aviez 15 ans en 2005. Quel souvenir, vous, vous gardez de ces émeutes qui s'étaient étendues à toute la banlieue parisienne qui avait touché 300 villes en France ?

3:57
Invité

J'avais, comme vous le disiez, 15 ans. Je me souviens de plusieurs vagues de chocs. Déjà, l'annonce de la mort de deux enfants qui étaient à peine plus âgés que moi. le choc aussi du traitement médiatique par certains médias à l'époque, mainstream, de cette affaire où ils étaient désignés comme potentiels cambrioleurs, que finalement, c'était les risques du métier. Quelques semaines après, c'était la faute des parents. Ce truc où on n'a même pas eu le sentiment à ce moment-là de faire partie de la communauté nationale et de mériter un deuil national comme si ces deux enfants ne faisaient pas partie de la communauté nationale, de la République.

C'était déjà une affaire politique avant que ce soit une affaire humaine. Je me souviens aussi de la violence dans le quartier, les voitures qui brûlent, les voitures des habitants, des parents, les bus. Le lendemain, aller à l'école avec des bus endommagés. Je me souviens des discussions vives dans la rue. Pourquoi tu fais ça ? Si tu donnes une mauvaise image de nous, est-ce que tu penses qu'on a une bonne image dans ce pays ? On ne vaut rien à leurs yeux. Je me souviens de ces conversations avec les grands du quartier.

Et donc oui, c'était quelques semaines de chocs, de cumul de chocs comme ça et un peu d'effroi qui ont marqué toute une génération et qui ont notamment mobilisé, engagé, politisé toute une génération de jeunes à travers la France.

5:48
Présentateur

Et c'est ça qui vous a donné envie de vous engager, de fonder l'association GetUp que vous dirigez aujourd'hui ?

5:54
Invité

Bien sûr, dix ans plus tard, comme je le disais, il y avait eu des programmes d'égalité d'échéance qui avaient été développés, il y avait eu, bon la rénovation du bâti, ce n'est pas ce qui répare les humains et les âmes, mais il y avait eu quelques initiatives, diversité à la télévision, etc. Et dix ans plus tard, on avait des plateaux, je me rappelle notamment de celui de Mediapart et du Bondi Blog à l'époque qui avait fait date. et on y entend dans ces plateaux des choses qui sont cruellement d'actualité, des choses qu'on pourrait dire encore aujourd'hui.

Et en fait, toute une génération, dix ans après, était toujours en colère, était toujours meurtrie, n'avait toujours pas eu, en quelque sorte, réparation de ce qui s'était passé. Et ça a encouragé une nouvelle génération de jeunes à s'engager, dont nous, les cofondateurs de GetUp, en essayant à ce moment-là de créer des espaces d'engagement, des espaces d'accompagnement pour permettre aux jeunes dans les quartiers populaires de transformer leur colère et leur indignation légitime en action, en moteur de réussite.

7:03
Présentateur

Olivier Klein, vous entendez Inès Sédiki. Quand vous voyez des journaux comme L'Humanité, par exemple, qui titrent 20 ans de trahison, comment vous le recevez ?

7:13
Invité

Je ne peux pas être d'accord avec ça. D'abord, la politique de la ville, c'est 40 ans.

7:18
Présentateur

Ça date d'avant, bien avant.

7:20
Invité

Oui, bien avant. Et heureusement qu'il n'a pas fallu attendre le drame de Clichy-sous-Bois et la mort atroce de deux enfants. Les quartiers populaires ont profondément été transformés, et Inès l'a dit, à travers la rénovation urbaine.

7:34
Présentateur

Y compris Clichy-sous-Bois.

7:35
Invité

Clichy-sous-Bois, si on revient 20 ans après, personne ne peut reconnaître cette ville avec le tramway des équipements publics, des écoles neuves, un conservatoire. Mais on le sait, ce n'est pas suffisant. La difficulté de la politique de la ville, c'est d'agir en même temps sur l'humain et sur l'urbain. C'est une litote de le redire comme ça à chaque fois, et c'est surtout la question du temps. Moi, je crois qu'il y a évidemment encore beaucoup de choses à faire. Moi, je suis pour une politique de la ville qui dure, qui ne s'arrête jamais, le renouvellement urbain qui dure, qui ne s'arrête jamais, parce qu'il y a toujours à continuer à faire.

Enfin, la ville de Clichy reste une des villes les plus pauvres de France. La troisième. La troisième, parfois la première, ça dépend de la manière dont on regarde. Et en même temps, que dirait-on si ma politique était une politique de gentrification ? Moi, la politique de la ville, elle est faite pour les habitants de ces quartiers. Je n'ai aucune envie de voir les habitants de Clichy-sous-Bois aller ailleurs. Et tout l'enjeu de la politique que je crois qu'il faut mener dans les quartiers populaires, c'est donner envie à ces habitants de rester dans leur ville. Et c'est ce pourquoi je me bats.

Et je détesterais qu'on me reproche de gentrifier Clichy-sous-Bois, parce que ce n'est pas pour ça que je me bats. C'est pour que les gens qui vivent là aient un beau logement, un travail, aller travailler rapidement. Et donc, il faut des transports. Avoir les plus belles écoles dans nos quartiers, c'est ça l'enjeu. Et en même temps, oui, il faut que les habitants de ces quartiers aient de l'espoir, qu'on refuse toutes les discriminations. J'ai été délégué interministériel chargé de la lutte contre les discriminations. Je crois qu'il faut combattre en permanence et la réalité de la discrimination et le sentiment. C'est pour ça que je suis favorable au testing, par exemple.

Parce qu'en permanence...

9:13
Présentateur

Le testing, il faut expliquer, je pense.

9:14
Invité

Pardon. Envoyer des faux CV aux entreprises.

9:18
Présentateur

Avec des fausses adresses. Avec des fausses adresses.

9:20
Invité

Et comparer, en fonction du nom, en fonction de l'adresse, comment on répond pour un prêt bancaire, comment on répond pour avoir un logement, comment on répond pour avoir un emploi. Parce que, d'abord, il faut faire du name-in-chem, là aussi je traduis, il faut punir ceux qui ne respectent pas la loi.

9:34
Présentateur

Donner le nom des entreprises.

9:35
Invité

Donner le nom des entreprises et les punir. Donc, il faut tenir tout ça en même temps. Faire que les habitants de ces quartiers aillent mieux, réellement. Et qu'on les accompagne aillent mieux. Et qu'on leur donne le choix et la possibilité de rester dans ces quartiers. C'est pour ça que je me bats tous les jours.

9:51
Présentateur

Inès Sédiki, c'est vrai qu'on se souvient à l'époque de l'association qui s'appelait Assez le feu, qui avait fait un tour de France, qui avait recueilli les doléances des habitants des différents quartiers et des différentes villes, avec des priorités qui étaient arrivées à l'époque sur le logement, l'emploi, la discrimination dont parlait Olivier Klein. Est-ce que tout ça, ça a progressé aujourd'hui, d'après vous ?

10:10
Invité

Écoutez, moi, l'amélioration des conditions de vie des habitants des quartiers populaires, effectivement, il y a des rénovations, etc. Il y a aussi une réflexion à avoir sur la manière dont la rénovation urbaine est menée dans les quartiers populaires, avec parfois forcément toujours de la concertation avec les habitants et ce que ça peut donner aussi en termes de gentrification à certains endroits. Mais, déjà, la première chose qui a bougé chez les habitants des quartiers populaires, c'est cette envie de s'auto-déterminer, de s'auto-déterminer. Moi, c'est le plus grand héritage et de parler et de s'engager et de prendre leur place. Avec des associations.

Avec des associations, avec de l'engagement dans des syndicats, il y a des jeunes qui s'engagent. Les quartiers populaires ne sont pas dans des aires politiques, bien sûr. Oui, dit Olivier Klein. Ils sont parfois entravés, parfois pas écoutés, mais ils sont là et ils ont une force et une détermination incroyables à écrire leur histoire et prendre leur place dans la société française. Et c'est important de se le dire et d'accompagner cet élan-là parce qu'il n'y a pas mieux que les habitants des quartiers populaires pour définir comment on change leur ville, comment on améliore leur condition de vie, comment on lutte contre les discriminations.

La question de l'école, la question du logement sont toujours des défis urgents, urgentissimes qui traversent les quartiers populaires. Je voudrais juste dire une chose par rapport à ça. C'est que moi, mon souhait, 20 ans après cette commémoration qui, j'espère, nous émeut tous parce que ce n'est pas qu'un deuil pour les habitants des quartiers populaires ou pour les gens qui s'identifient à Asie et à Débouna, c'est une commémoration pour moi nationale. Ce sont des Français, c'est un drame français.

Moi, mon rêve pour les prochaines années, c'est qu'on arrête de penser les politiques publiques uniquement pour les quartiers populaires, mais qu'on arrive à penser les quartiers populaires dans la République. C'est-à-dire que j'aimerais qu'on puisse travailler à une égalité territoriale et pas à une compensation des défaillances du service public dans certains territoires en finançant un peu des associations, un peu de la rénovation. Aujourd'hui, quelle place on veut donner à ces quartiers dans notre pays ? Quel investissement ?

12:31
Présentateur

Vous parlez d'engagement. À l'époque, il y avait aussi eu toute une campagne pour faire s'inscrire les habitants des quartiers, notamment les jeunes, sur les listes électorales. Aujourd'hui, la participation, l'engagement dont vous parlez, il est aussi politique réellement ? C'est-à-dire qu'il y a une vraie envie de voter ? Ou est-ce qu'il y a de l'abstention comme partout ailleurs, peut-être même encore plus ?

12:51
Invité

Il y a beaucoup d'abstention dans les quartiers populaires, mais on a vu une augmentation de la fréquentation des bureaux de vote sur les dernières élections. On a vu surtout, nous, chez GetUp, pendant les trois mois de campagne entre les européennes et la dissolution législative, du coup, des centaines et des centaines de jeunes se former au porte-à-porte, au phoning, s'intéresser, essayer de comprendre ce qu'ils disent, par exemple. Deux choses importantes par rapport à cette question de la politique. un, le manque d'éducation politique, le manque de compréhension.

Il y avait des jeunes qui venaient me voir pour me dire je ne sais plus faire la différence entre la droite et la gauche, c'est quoi le centre, etc. Et la deuxième chose qui est très importante pour eux, le premier frein, c'est la peur d'être récupéré, la peur d'être instrumentalisé et trahi. Et en fait, c'est ces deux choses-là, cette confiance, dont on reparlera tout à l'heure, qu'il faut travailler, mais l'envie est là et l'engagement est là.

13:40
Présentateur

Olivier Klein, sur cet aspect politique, est-ce qu'il y a un désintérêt, et comme il peut y en avoir aussi un peu au niveau national quand on voit les atermoiements et les successions de gouvernements qui arrivent, ou est-ce qu'il y a un véritable engagement politique comme le décrit Inès Sédiki ?

13:55
Invité

Jamais tout noir ou tout blanc, il y a les deux. Il y a des jeunes et des moins jeunes qui s'engagent, qui s'engagent dans des associations à la fois de solidarité et on en a beaucoup besoin, de soutien scolaire, etc. Qui pallie le politique

14:07
Présentateur

quand il a des failles aussi ?

14:08
Invité

La vie associative, elle a toujours été là en complément des services publics et c'est nécessaire, c'est un engagement personnel et on en a besoin pour soi, pour son équilibre et on en a besoin pour les autres. Mon équipe municipale, par exemple, à Clichy-sous-Bois, elle est issue largement de cet engagement issu de 2005. Beaucoup de militants du collectif Assez les Feux qui s'appelle Affirmation au sein de Formations Politiques sont membres de mon conseil municipal, sont maires adjoints, beaucoup des cadres de la mairie.

Les choses ont beaucoup changé, heureusement, et c'est normal, il faut continuer à le faire et il faut l'entretenir parce que ce qui crée le désintérêt, c'est la désespérance, c'est la non-reconnaissance et donc c'est sur ça qu'il faut continuer à bâtir, dire, comme le dit Inès Sédiki, que ces quartiers, c'est la République, c'est une chance pour la République, ce sont des fils et des filles de la République, comme le disait Jacques Chirac tout à l'heure. Mais ce n'est pas seulement des mots, c'est une réalité et c'est cette égalité, cette équité qu'il faut qu'on maintienne en permanence et qu'on réaffirme en permanence et évidemment, il y a encore des failles.

15:13
Présentateur

Je voulais parler quand même, Inès Sédiki, des relations avec la police. Alors, on se souvient du contexte de l'époque de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, qui avait énormément défendu à l'époque les policiers, qui avaient poursuivi Ziad et Bounat et puis qui voulaient, on s'en souvient, nettoyer les quartiers de cette racaille, etc. Où elles en sont aujourd'hui les relations avec les policiers ? Parce qu'il y a eu depuis la mort de Naël qui a été tuée par un tir policier à Nanterre en juin 2023.

15:40
Invité

Oui, Naël qui a été tuée par un policier. Les relations entre les jeunes de quartier populaire et la police sont toujours dramatiques et inquiétantes. C'est-à-dire que la confiance n'existe pas. Juste une anecdote, après la mort de Naël, on a lancé un tout nouveau programme chez GetUp qui sont une série de groupes de parole. Parce que les images de la mort de Naël, le contexte, la cagnotte qui atteint un million d'euros pour ce policier avant même tout procès, le procès du coup de Naël a été... Qui est prévu en 2026 ? Je parle dans les jours qui ont suivi son décès. C'était un choc tellement fort pour les jeunes qu'ils ont demandé à parler.

Et donc on a créé un programme qui s'appelle Le Cercle pour que les jeunes viennent parler et raconter ces traumatismes et essayer d'avoir des outils à la fois psy mais aussi juridiques pour se défendre. Quelque chose d'important quand même, c'est que la question des jeunes de quartier et de la police, en fait, c'est une question de société. Il y a un problème police-population en France. En 2022, c'était, selon Statista, presque un Français sur deux qui n'avait pas confiance en la police. La séquence sur les gilets jaunes, elle a vraiment marqué un tournant, en particulier auprès des jeunes et pas seulement des quartiers populaires.

Donc c'est un vrai sujet de société, cette question de la confiance envers la police et envers la justice qui ne se cantonne pas en fait au quartier de la République.

17:11
Présentateur

Olivier Klein, vous qui êtes maire, qu'est-ce que vous pouvez faire pour ça, pour améliorer les relations entre les jeunes des quartiers, entre les jeunes en général et les policiers ?

17:19
Invité

La police doit se sentir comme un poisson dans l'eau, si j'ose dire, dans les quartiers populaires. C'est nécessaire, c'est la base même de la démocratie et de la République.

17:27
Présentateur

Mais il n'y a plus de police de proximité.

17:29
Invité

Il n'y a plus de police de proximité, même si on travaille différemment. D'abord, vous vous rappelez à Clichy-sous-Bois au moment de 2005, nous n'avions pas de commissariat et il y avait la disparition de la police de proximité. Donc aujourd'hui, fort heureusement, on a eu un commissariat et on travaille très régulièrement. Il y a toujours à construire sur cette relation. La police le souhaite, les habitants des quartiers populaires le souhaitent. Nous, on y travaille très fort. On a un délégué police-population au commissariat de Clichy-sous-Bois qui assure ce travail lorsqu'il y a des tensions.

Les policiers viennent avec moi dans les réunions avec les habitants quand il y a des problèmes, etc. Donc on le construit mais ça reste évidemment quelque chose de difficile. Mais oui, comme ça a été dit, les images de la mort de Naël et le président de la République, j'étais à ses côtés à Marseille quand il l'a dit, inexcusables. Ces images-là sont impardonnables et inexcusables et évidemment, elles ont frappé là encore extrêmement durablement. Nous tous, citoyens, on ne peut pas accepter de voir une image comme celle-là.

18:29
Présentateur

Il nous reste vraiment une toute petite poignée de secondes. Je voulais quand même pour finir sur une note positive, Inès Sédiki, on a un nouveau gouvernement, vous avez une mesure en trois mots d'urgence à proposer pour améliorer la vie dans les quartiers et la vie des jeunes aussi dans les quartiers.

18:44
Invité

Pour moi, c'est investir sur la santé. Aujourd'hui, le département de la Seine-Saint-Denis est un désert médical. C'est fondamental sur ces questions de santé d'avoir une égalité territoriale et qu'on sente qu'on est français comme les autres. Olivier Klein, en trois mots aussi ? J'ai été ministre, c'est difficile de donner des leçons. Justement, vous pouvez. Il faut que la politique de la ville soit capable d'agir plus vite. La difficulté, c'est le temps.

19:13
Présentateur

Le temps qui est justement celui de finir et là, c'est cet entretien. Merci beaucoup Olivier Klein, actuel maire de Clichy-sous-Bois, ancien ministre déléguée à la lutte contre les discriminations. Inès Sédiki, cofondatrice de l'association GetUp sur le pouvoir d'agir des jeunes et la justice sociale dans les quartiers. Merci beaucoup à tous les membres d'être venus sur France Inter ce matin.

Vingt ans après la mort Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois — Olivier Klein · Pourquijevote