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interviewFrance Culture — Affaires étrangères· 13 juin 2026 59 min

G7 : le multilatéralisme sous tension

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:08
Présentateur

France Culture, Affaires étrangères, Christine Ockrent. Bonjour à tous. Evian se prépare à accueillir lundi et mardi prochains le G7, la réunion annuelle des 7 démocraties les plus riches du monde. Et les questions se multiplient à partir d'un défi central. Comment justifier ce rituel ? Imaginez, il y a plus d'un demi-siècle par Valéry Giscard d'Estaing en réponse au premier choc pétrolier. Comment le justifier au moment où le multilatéralisme sombre dans le chaos ?

Tout à la célébration ce soir de son 80e anniversaire avec des combats d'arts martiaux à la Maison-Blanche, Donald Trump viendra-t-il à Evian comme prévu, en pleine incertitude sur la solidité d'un accord avec l'Iran tant de fois annoncé ? Restera-t-il jusqu'au bout ou partira-t-il avant la fin comme l'an dernier au Canada pour mieux marquer son désintérêt au nom de « America first » ? Emmanuel Macron veut afficher des objectifs ambitieux énoncés avant-hier lors d'un sommet en ligne en présence de la Chine. L'économie mondiale souffre de déséquilibres majeurs financiers et commerciaux aggravés par la politique de Pékin qui exporte massivement ses productions en surplus.

Les États-Unis jouent leur propre parti et l'Europe à la croissance affaiblie se retrouve en première ligne. Face au risque de submersion de leurs économies, les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne doivent décider dès jeudi prochain à Bruxelles de mesures de protection renforcées. La réunion déviante peut favoriser une dynamique commune d'autant que le Japon et le Canada, autres puissances moyennes membres du G7, font face aux mêmes difficultés.

Minerais critiques, intelligence artificielle, stabilité financière, comment obtenir une meilleure coordination des politiques publiques en pleine accélération des disparités, en plein changement d'échelle aussi, quand on voit que la valorisation boursière de SpaceX, introduite hier par Elon Musk, pourrait atteindre, si elle réussit, près de la moitié du PIB de la France. L'Élysée a convié à Evian, en qualité d'observateur, plusieurs pays du Sud dits globales, l'Inde, le Brésil, le Kenya, plusieurs puissances arabes aussi, à commencer par l'Égypte et l'Arabie saoudite.

Faut-il y voir l'ambition d'affirmer, malgré tout, les vertus du multilatéralisme, quand les États-Unis, qui en étaient à leur avantage le promoteur historique, s'en détournent avec fracas au nom du business. S'agit-il là d'un vœu pieux presque désuet ou d'un impératif aujourd'hui nécessaire ? Reste l'enjeu le plus pressant pour toutes les économies concernées, la réouverture du détroit d'Hormuz. Emmanuel Macron et ses homologues vont-ils amadouer Donald Trump qui leur a tant reproché leur neutralité, en précisant le dispositif naval qui serait mis en place si la fin du conflit avec l'Iran se confirme ?

Géopolitique, mais surtout géoéconomie, parcourons donc ensemble cet agenda du G7 à Evian. Grâce à vous, Florence Pisani, vous êtes chef économiste de Candria et enseignante à l'Université Paris-Dauphine. Elvire Fabry, vous dirigez le programme Commerce et sécurité économique à l'Institut Jeanne Delors. Marc Léonard, ravi de vous accueillir, cofondateur et directeur du Conseil européen pour les relations internationales, et François Chimit, responsable du programme Europe de l'Institut Montaigne. Elvire Fabry, pour ce genre d'exercice, la tradition voulait que le communiqué final soit rédigé à l'avance.

Là, on a l'impression, et c'était déjà le cas au Canada l'an dernier, qu'il n'y aura pas de communiqué final. C'est une preuve de pragmatisme ou de pessimisme ?

4:30
Emmanuel Macron

Bonjour Christine. C'est d'abord une prudence, parce qu'on a l'expérience déjà du G7 qui s'était mené l'année dernière sous présidence canadienne, et qui n'avait pas pu aboutir à un communiqué final, et finalement on avait abouti à une forme de résumé des discussions et des déclarations thématiques ciblées sur les différents enjeux qui avaient été discutés. On voit bien que dans le contexte actuel, l'enjeu de ce G7, c'est de pouvoir maintenir un espace de dialogue, un espace de concertation au moment où on en a le plus besoin pour en effet garder des espaces de plurilatéralisme dans ce contexte de fragmentation du multilatéralisme. C'est particulièrement difficile.

Le format avec la présence de Donald Trump dans ce G7 est terriblement compliqué, alors que même par rapport à l'année dernière, on était déjà dans une situation où on avait la guerre en Ukraine en toile de fond, la guerre commerciale amorcée par les droits de douane de Donald Trump. Nous avons aujourd'hui en plus la guerre en Iran qui s'ajoute à ce conflit, et puis finalement une stratégie aussi de Donald Trump vis-à-vis de la Chine qui devient très confuse, alors que la dernière rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping a l'aise de s'orienter plus vers du business que vers une pression des Etats-Unis pour faire évoluer le modèle chinois.

Bref, nous sommes actuellement dans une situation où dans ce G7, nous avons six pays qui ont envie, qui aspirent à se coordonner et qui sont dans la même posture de devoir essayer de maintenir un dialogue compliqué avec les Etats-Unis. Donc il faut maintenir des espaces de dialogue.

Et la priorité d'Emmanuel Macron qui préside ce G7, c'est de pouvoir concentrer la discussion sur des diagnostics, et en particulier celui des déséquilibres macroéconomiques qui sont en train de se renforcer à l'échelle mondiale, sous la pression d'un modèle économique chinois qui n'est plus soutenable aujourd'hui pour le reste de l'économie mondiale parce qu'il crée une dépendance à la production chinoise, une concentration de la production à l'échelon mondial au sein de l'économie chinoise qui ne sera pas tenable sous peu pour les autres pays tiers dont ils verront leur système de production complètement laminée par la concurrence chinoise.

Et sur la base de ces diagnostics, l'objectif sera moins, l'ambition sera moins d'aboutir éventuellement à un communiqué commun qui pourrait mener à des engagements communs qu'éventuellement déjà de maintenir les Etats-Unis à la table sur ces objectifs de déséquilibre macroéconomique alors que finalement Donald Trump fait du business plus qu'il ne cherche à corriger ces déséquilibres macroéconomiques.

7:46
Présentateur

Marc Léonard, fort opportunément, vous avez publié en anglais un livre qui s'intitule « Comment survivre au chaos ? » Et on comprend bien qu'à Evian, Donald Trump, qui fête donc son 80e anniversaire, la date du G7 a d'ailleurs été, et ça se comprend, reculée de façon à lui permettre de fêter cela convenablement à Washington. Comment imaginez-vous la posture de Donald Trump lundi et mardi ?

8:21
Invité

Oui, Donald Trump est un des plus grands problèmes pour le G7 parce qu'il y a une contradiction entre la logique du multilatéralisme du G16 axée sur une idée de coopération et de solution commune à des problèmes partagés et la logique qu'incarne Donald Trump.

C'est une logique de concurrence à somme nulle, d'intérêts nationaux, de « America first » et le pire défi c'est que les États-Unis qui sont censés être la première puissance, la puissance qui assure ces décisions communes est devenue la principale source de chaos et de désordre dans le monde, quelque chose qui est incarné par cette guerre en Iran qui montre qu'on est dans une nouvelle phase de polycrise permanente où ce n'est même pas une seule crise parce qu'il y a une guerre, un choc d'approvisionnement énergétique, une menace de prolifération nucléaire, un effondrement de la sécurité régionale et une perturbation économique mondiale qui a des conséquences très négatives pour presque tout le monde à part les États-Unis qui en fait bénéficient de ce choc énergétique et qui sont devenus maintenant un des plus grands exportateurs d'énergie dans le monde.

Alors, Marc,

10:03
Présentateur

je ne vous interromps parce qu'on voit, alors on ne sait pas très bien où on en est franchement, il y a un protocole d'accord sur lequel Téhéran et Washington aurait été mis au point, ce protocole d'accord, mais on voit que tôt ce matin, les Américains ont abattu des drones iraniens qui s'en prenaient à des bateaux dans le Détroit et Israël continuent de frapper le Sud-Liban. Donc, on est dans ce ni guerre ni paix. Est-ce qu'à Evian, à partir de lundi, Donald Trump va faire pression, va exiger de ses partenaires des précisions sur le dispositif naval qui serait prêt à être mis en place si véritablement il y a une fin des hostilités ?

11:04
Invité

Je suis sûr qu'il va faire des exigences aux alliés, mais comme vous le dites, c'est une situation assez floue en ce moment. Le ministre des Affaires étrangères iranien, Rachid, a fait un interview ce matin où il a dit que le Détroit d'Hormuz ne retrouvera pas son état d'avant-guerre, qu'ils vont continuer à avoir un système de gestion de transi. Et il a aussi dit qu'il n'y aura pas de solution sans cesser le feu au Liban et ce n'est pas du tout clair que ces choses que les Israéliens partagent cette volonté de trouver un cesser le feu dans le Liban.

Et puis, même s'il y a un accord maintenant, c'est le début d'un processus parce que ça va durer très longtemps pour avoir une solution au problème nucléaire. Et ça veut dire que cette instabilité et le danger d'un renouvellement de guerre sera là, j'imagine, pendant des mois et des mois. et ça va continuer à causer des grands problèmes économiques pour le reste du monde, surtout dans les pays développés dans le sud.

12:33
Présentateur

François Schimitz, précisément, dans l'immédiat et à long terme quand on voit la trajectoire de l'économie chinoise et les directives du 15e plan quinquennal qui a été publié il y a quelques semaines, tous les membres du G7 fonctionnent désormais ou tentent de fonctionner sous la menace d'une économie qui produit trop, qui consomme trop peu en interne et qui exporte ses surplus massivement.

13:11
Invité

Alors, au-delà même du G7, c'est une réalité auxquelles sont confrontées à peu près toutes les économies du monde qui ont l'ambition ou disposent de capacités industrielles.

Vous avez, tout simplement, un acteur au cœur de la mondialisation qui, aujourd'hui, représente une part sans précédent de l'industrie mondiale et des exportations qui en découlent avec, bien évidemment, un énorme enjeu que vous avez évoqué qui est qu'en contrepartie, il ne consomme pas beaucoup ou en tout cas, il consomme nettement moins que ce qu'il produit engendrant un déséquilibre dont on parle maintenant depuis des années mais qui s'est très nettement aggravé depuis le Covid, un déséquilibre d'abord macro-financier mais dont les conséquences les plus tangibles pour nous se matérialisent par un déséquilibre commercial.

Tout simplement, l'Union européenne exporte aujourd'hui moins vers la Chine qu'elle n'exportait il y a sept ans.

En revanche, elle importe presque deux fois plus de produits engendrant un déficit massif pour les Européens posant aussi des problèmes non pas uniquement dans les relations bilatérales mais aussi sur les marchés tiers où bien évidemment les produits chinois viennent tailler des groupières aux positions industrielles des produits européens à savoir que hélas, pour nous à certains égards l'extraordinaire développement industriel chinois qui a été on va dire relancé ou ravivé sous Xi Jinping en particulier à partir de 2017 et encore plus durant la période du Covid vient maintenant se loger exactement sur des secteurs et sur des activités notamment à forte valeur ajoutée on peut penser à la chimie on peut penser aux machines outils on peut penser à la robotique qui historiquement était plutôt des bastions de la compétitivité européenne et donc ce qu'on appelle maintenant de plus en plus ce second choc chinois qui est donc une nouvelle version du choc du début des années 2000 choc du début des années 2000 qui portait plutôt sur des secteurs des économies émergentes à faible valeur ajoutée on peut penser par exemple au textile je pense est aujourd'hui revisité dans une approche beaucoup plus préjudiciable à nos intérêts économiques puisqu'il vient en concurrence directe avec une société et une économie intégralement dédiée à sa compétitivité industrielle cela prend la forme peut-être de la manière la plus visible dans des subventions massives à son appareil industriel qui ont été enfin reconnus comme tels par le FMI est estimé à environ 4 à 5 points de PIB par an qui sont transférés des pouvoirs publics notamment du système financier vers les producteurs industriels auxquels s'ajoutent en plus une monnaie elle aussi enfin officiellement reconnue comme étant sous-évaluée par le FMI de près de 20% et donc vous obtenez quand vous combinez les deux un bénéfice on va dire indus d'environ 30 à 50% en termes de compétitivité prix ce qui rend bien évidemment la concurrence chinoise absolument féroce et pose la question de la réaction des partenaires face à cet afflux massif de produits chinois et en premier lieu bien évidemment la réaction des européens

16:35
Présentateur

mais précisément François Pékin préventivement durcit déjà les outils de riposte une nouvelle directive a été publiée le 1er juin dernier et en fait les chinois se calent en fait sur le modèle américain c'est-à-dire les sanctions les contrôles d'exportation les droits de douane donc si ça continue ainsi l'économie mondiale puisque les Etats-Unis consomment énormément et accroissent eux leurs dettes l'économie mondiale va se trouver comment dire en état de coagulation

17:20
Invité

c'est quelque chose qu'on observe dans un certain nombre de pays et c'est pour ça quand vous avez dit ouvert sur le G7 il faut quand même garder en tête d'autant plus que c'est hélas le récit que veut en faire Pékin que ce n'est pas uniquement un problème de pays riches vis-à-vis d'une économie émergente chinoise qui est de moins en moins émergente et de plus en plus en tout cas développée en matière techno-industrielle le problème n'est pas là l'ensemble des produits du monde des pays on va dire plutôt affinitaires avec le pouvoir chinois tel que le Brésil sont aujourd'hui entre guillemets contraints obligés d'imposer des barrières douanières des barrières tarifaires face aux produits chinois pour essayer de préserver leur système économique pour revenir sur la position de Pékin vous avez en effet probablement un pouvoir chinois qui est ressorti extrêmement ragaillardu parce que Pékin perçoit comme étant une victoire assez triomphante dans sa guerre commerciale avec la seconde administration Trump ils ont tenu la pression tarifaire américaine et en parallèle ils ont activé la carte du contrôle ou de la limitation des exportations de minerais critiques et cela a obligé le pouvoir américain à on va dire trouver une forme de compromis et de modus vivandi qui va bien à Pékin face à cela ils voient se déployer on va dire un renouveau ou un regain des ambitions de fermeté des européens face aux produits subventionnés chinois et bien évidemment Pékin s'assure de bien faire montre de sa volonté de répondre très fermement à toute forme de contrainte à ces exportations nous sommes dans la séquence où on va dire presque traditionnellement puisque c'est une séquence que l'on revit tous les 3-4 ans étant donné que la Chine ne corrige pas ces déséquilibres fondamentaux nous sommes dans la séquence où à la fois Bruxelles et les Européens d'une part et Pékin d'autre part chacun montre les muscles explique qu'il va aller jusqu'au bout du bout et que rien ne l'arrêtera la réalité bien évidemment c'est qu'à la fois Pékin pour écouler un certain nombre de ses produits on va dire haut de gamme mais aussi l'Europe qui connaît quand même un certain nombre de difficultés économiques ne sont pas en capacité de se priver de l'un de l'autre et donc il est assez vraisemblable que dans les 6-12 mois après des turbulences qui sont probablement assez importantes on essaie de trouver nous aussi dans cette relation-là une forme de modus vivandi qui probablement devra pour Pékin prendre la forme d'une acceptation de barrières plus élevées sur un certain nombre de secteurs stratégiques pour accéder au marché européen Écoutez les Européens Pardon, allez-y

20:07
Présentateur

Oui, précisément avant d'en revenir aux mesures que les Européens pourraient envisager tous ensemble encore faut-il qu'ils se mettent d'accord Florence Pisani il est une autre dimension qui pèse sur les rapports de force mondiaux ce sont évidemment les masses financières qui sont en jeu avec encore une fois pour simplifier les dettes américaines qui sont doubles la relative prudence de la Chine sur ce plan-là et le problème des Européens qui se trouve là aussi coincés en quelque sorte

21:01
Invité

entre les deux Alors vous avez raison on a deux problèmes on a des déséquilibres des échanges et ça on vient insister d'un côté une zone qui est déficitaire structurellement maintenant les Etats-Unis ont 1000 milliards de déficit dans la balance des biens et puis de l'autre côté on a deux zones qui sont excédentaires l'Europe et la Chine et la Chine a 1000 milliards d'excédents dans les biens et c'est ça qui crée effectivement ces tensions et ce qu'on évite c'est la mise en place de barrières protectionnistes à côté de ça on a des imbrications des systèmes financiers on a une globalisation financière qui est une réalité on a aujourd'hui des stocks d'actifs et de passifs internationaux qui sont énormes le reste du monde détient 65 000 milliards d'actifs américains ça représente à peu près deux fois le PIB américain et les Etats-Unis détiennent 40 000 milliards d'actifs sur le reste du monde donc on a d'énormes masses financières un système financier dans lequel ces masses financières circulent c'est pas juste un privilège des Etats-Unis si vous regardez en Europe l'Europe emprunte en masse on a 40 000 milliards de passifs vis-à-vis du reste du monde le reste du monde détient 40 000 milliards d'actifs européens donc on a une position qui est à peu près équilibrée mais derrière cette position équilibrée il y a 2,5 fois de PIB d'actifs sur le reste du monde qui sont détenus deuxième et personne et personne n'est vraiment en charge de la surveillance de systèmes globalisés dans lesquels circulent des masses d'actifs et des masses donc de risques et ça ça devient d'abord un problème à plusieurs égards d'abord la nature des flux financiers a changé dans les années 2000 c'était si on caricature essentiellement des banques centrales des institutions officielles qui détenaient des titres du trésor américain sous forme de réserve de change aujourd'hui c'est beaucoup plus des acteurs privés qui détiennent ces titres or ces acteurs privés ils sont beaucoup plus sensibles au rendement beaucoup plus sensibles au risque de change et donc on risque d'avoir des flux de capitaux qui sur les prochaines années deviennent beaucoup plus volatiles et évidemment ça accroît le risque éventuellement de crise financière

23:25
Présentateur

Et pour les Européens il y a eu véritablement un choc de confiance qui remonte au fameux Liberation Day proclamé par le président des Etats-Unis en avril de l'année dernière avec ce fameux tableau affichant des droits de douane et on ne sait plus très bien où on en est puisque au début de ce mois-ci donc le 3 juin après avoir été contredit à la fois par la Cour suprême à Washington et par le tribunal de commerce à New York Donald Trump a dit dans ce cas-là on remet 10% de droits de douane ou 12,5% en fonction d'une notion quand même assez floue s'agissant des Européens qui est le travail forcé alors on en était resté à l'accord largement critiqué passé en Écosse on s'en souvient par la présidente de la Commission européenne sur les 15% de droits de douane Florence où en est-on maintenant est-ce que ce sera abordé à Evian ou est-ce qu'il vaut mieux ne pas soulever le sujet

24:40
Invité

je crois que ces droits de douane ils sont là pour durer il ne faut pas se leurrer ça a été retoqué une première fois par la Cour suprême américaine les Etats-Unis ont trouvé une mesure temporaire la section 122 qui arrive à échéance au mois de juillet et à partir de ce moment-là ils cherchent d'autres articles à évoquer pour que ces droits de douane ne soient pas à nouveau retoqués par la Cour suprême donc ces droits de douane côté américain ils sont là pour durer et pour une raison simple c'est que les Etats-Unis ont aujourd'hui et ça fait partie des problèmes de déséquilibre financier ils ont un déficit public qui est élevé et il faut des recettes pour financer ce déficit public et les droits de douane pour l'Etat américain ça fait partie des recettes qui vont l'aider à financer ce déficit public donc ils vont trouver un autre système d'autres articles ils ont évoqué le travail forcé ils vont utiliser les sections 301 232 et ils vont continuer à mettre des droits de douane alors est-ce qu'ils seront à 10% en moyenne ou un peu inférieurs ou un peu supérieurs ça a peu d'importance l'essentiel c'est que ces droits de douane sont là pour rester et donc quand on dit qu'on veut essayer de rééquilibrer les déséquilibres mondiaux il faudrait qu'il y ait une énorme coordination qui aujourd'hui n'est absolument pas dans l'air du temps il faudrait que les Etats-Unis acceptent de dépenser moins c'est-à-dire de réduire leur déficit public ils viennent de faire une grande et belle loi budgétaire avec un déficit public qui est à 6,5 points de PIB et ils n'ont pas du tout l'intention de le réduire il faudrait que l'Europe de l'autre côté fasse des efforts en matière d'investissement là aussi on a un retard d'investissement qui a été souligné maintes fois dans le rapport Draghi l'Europe investit trois fois moins en termes de recherche et développement par emploi que les Etats-Unis depuis deux décennies on investit deux fois moins en termes d'équipement de machine outil par emploi que les Etats-Unis et on n'est pas prêt de rattraper ce déficit et du côté chinois on l'a dit tout à l'heure il faudrait mettre en place des infrastructures sociales des systèmes de retraite de santé pour augmenter la consommation parce que ce qu'on reproche à la Chine c'est deux choses c'est d'être compétitive et grâce à des subventions donc à des politiques jugées déloyales et du coup d'inonder le monde des exportations mais on lui reproche aussi de ne pas consommer suffisamment parce que si elle consommait plus et bien ça nous permettrait nous d'écouler aussi nos produits en Chine et la Chine ne prend pas du tout cette direction il y avait des déclarations de Xi Jinping l'an dernier qui disaient clairement qu'il ne fallait pas tomber dans l'assistanat parce que l'assistanat encourageait la paresse et donc la Chine n'est pas prête non plus à faire les efforts pour réduire pour augmenter sa consommation

27:23
Présentateur

Marc Léonard en préparation de ce G7 à Evian qui démarre donc ce lundi et on comprend à quel point l'agenda est alourdi de toutes sortes de nuages l'un des membres de votre équipe du Conseil européen des relations internationales qui s'occupe précisément de géoéconomie Agathe de Marais a participé à un rapport très intéressant mis au point par un réseau de centres de recherche européens mais aussi asiatiques et bien sûr canadiens avec une liste de priorités et de propositions sur lesquelles les représentants des sept économies occidentales devraient s'accorder est-ce qu'il y a la moindre chance que ces priorités aboutissent Marc ?

28:35
Invité

Je pense qu'il y a beaucoup de raisons pour être pessimiste en ce moment parce que l'idée même des déséquilibres mondiaux repose sur une perspective mondiale qu'aucune des grandes puissances ne partage et comme on a entendu ces déséquilibres ne sont pas le fruit de hasard ils sont le résultat de politiques nationales délibérées la Chine a pris la décision de ne pas rééquilibrer son économie et ne pas stimuler la demande intérieure au lieu de ça elle redouble ses efforts en matière de coercion économique et je pense que la seule réponse qu'on peut trouver à ça comme européen c'est de développer des outils pour se protéger de la Chine et des Etats-Unis

29:30
Présentateur

alors il est intéressant de voir justement parmi les priorités énoncées dans ce rapport des think tanks il y a l'accès aux matières premières il y a la terre rare mais il y en a d'autres et notamment les principes actifs pour les produits pharmaceutiques donc tout ça c'est ce qu'on appelle en fait la sécurité la sécurité de nos économies et de nos consommateurs en Europe il y a le soutien aux semi-conducteurs produits au sein du G7 et en fait à la fois des garanties et un accord sur des critères communs de sécurité économique donc ce sont des propositions et c'est souvent le cas des think tanks qui sont tout à fait pertinentes et fort intéressantes mais Marc est-ce que est-ce qu'on a la moindre chance d'aboutir sur ce plan là ?

30:29
Invité

Oui en fait je pense qu'on n'a pas d'autre choix parce qu'on a vu que le chantage économique c'est devenu des forces principales dans l'économie mondiale et on est maintenant on est dans une situation où il y a un un un un un un un un un un un un un un un un un un un un un un un un un un un pour inventer avancer leurs intérêts et puis du coup c'est la même chose du côté américain mais il y a beaucoup d'états dans le monde qui qui ont des matières premières il faut des nouvelles des nouvelles relations et des nouvelles et beaucoup d'investissements que les entreprises européennes n'ont pas fait depuis très longtemps mais je pense mais je pense qu'il y a maintenant finalement très tardivement une prise de conscience et avec la France avec les Canadiens avec des nouveaux accords comme l'accord avec le Mercosur il y a une possibilité de d'exercer enfin de développer une nouvelle politique mais il faudra aussi rétablir notre crédibilité envers les Etats-Unis envers la Chine parce qu'on a perdu beaucoup de crédibilité avec l'accord de Tonberry et il faut montrer qu'on va investir dans ces dans ces nouveaux ces nouvelles politiques sur les sur les les les minéraux et sur les autres et les autres

32:11
Présentateur

oui les autres sujets prioritaires sur lesquels évidemment l'Europe n'est pas très en forme précisément Elvire Fabry l'objectif du Président de la République c'est aussi d'anticiper sur le sommet européen qui aura lieu jeudi et vendredi prochain à Bruxelles où il s'agira de se mettre d'accord entre Européens sur un renforcement des positions face à la Chine est-ce que les discussions à Evian peuvent créer une sorte de dynamique dans ce sens

32:56
Emmanuel Macron

oui parce que on va parler de la même chose c'est à dire qu'à Evian il s'agit de se coordonner avec des partenaires et si on n'arrive pas à se mettre d'accord avec les Etats-Unis en tout cas on peut resserrer les rangs avec le reste le G6 et notamment évidemment en intra-européen mais donc avec Canada Japon et le fait qu'il y ait d'autres pays présents aussi avec lesquels on a besoin de renforcer cette coordination est intéressant parce que le rôle de l'Inde de la Corée du Sud bien sûr Brésil Egypte l'Arabie Saoudite tout ça ça compte mais alors si on revient sur ce qui va se jouer au niveau du Conseil européen ce sont les avancées sur l'agenda intérieur de défense commerciale c'est à dire que Marc-Leonard évoquait la stratégie de sécurité économique que l'on met en place en Europe et que mettent en place aussi chacun de nos partenaires ça repose sur une stratégie de partenariat sur une stratégie de politique industrielle et sur de la défense commerciale parce que au moment où on investit davantage sur des projets de politique industrielle et où il faudrait se coordonner même plus rapidement entre Etats membres il faut aussi que des subventions des investissements qui sont faits puissent bénéficier de la demande européenne et donc on réfléchit et que ça ne bénéficie pas simplement aussi à des entreprises chinoises qui à ce moment-là viendraient capter cette demande donc ce qui va se jouer au niveau du Conseil ce sont les débats que l'on mène actuellement sur une préférence européenne pour réserver une part des marchés publics à de la production européenne ce sont le renforcement aussi des instruments de défense commercial parce que sous la pression de cette concurrence chinoise qui arrive actuellement sur le marché européen de manière qui exerce une pression très forte parce qu'il y a déjà beaucoup d'exportations chinoises qui étaient destinées au marché américain qui sont détournées vers le marché européen c'est un quart de ces exportations qui arrivent maintenant sur le marché européen et qui arrivent avec des prix cassés parce que la concurrence est telle actuellement en Chine qu'ils ont intérêt quand même à accéder au marché européen mais avec des prix cassés et il faut qu'on arrive à se défendre plus activement beaucoup de secteurs en ce moment sonnent l'alarme donc les débats qui sont les enjeux qui seront discutés en fin de semaine sont aussi ceux qui ont été portés par une initiative qu'a menée la France l'Italie les Pays-Bas la Lituanie pour appeler d'une part une utilisation plus active des instruments anti-dumping anti-subvention et mettre plus de moyens au niveau de la commission européenne pour pouvoir être plus efficace et puis peut-être réfléchir aussi à des mesures qui pourraient s'appliquer de manière plus horizontale protéger des secteurs et pas simplement produit par produit et c'est important d'avoir ça à l'esprit parce qu'on a besoin aujourd'hui à la fois d'une défense plus active mais il ne s'agit pas de fermer le marché européen mais justement d'envoyer aussi de continuer à envoyer ces signaux à la Chine en assurant une défense unilatérale et puis continuer à se coordonner avec des pays tiers aussi sur le renforcement des stratégies de diversification c'est-à-dire développer des chaînes de production avec des pays de confiance et c'est le cas c'est le cas avec nous avons un tissu de partenariats d'accords commerciaux particulièrement riches c'est l'Union européenne qui a le plus d'accords commerciaux à travers le monde et il s'agit de développer aussi des projets d'investissement en commun en particulier dans le secteur des minerais critiques mais des projets win-win il ne s'agit pas simplement d'aller chercher à extraire les minerais

37:00
Présentateur

mais est-ce que l'Allemagne est d'accord ?

37:03
Emmanuel Macron

L'Allemagne bouge elle met du temps elle met du temps parce qu'elle est dans une situation compliquée où elle doit réinventer son modèle industriel avec des grandes entreprises qui faisaient une grande partie de leur chiffre d'affaires en Chine aux Etats-Unis et qui bénéficiaient du gaz russe et qui aujourd'hui doivent réajuster cette stratégie et qu'elles sont encore un peu en mode pompier et pas vraiment architecte mais le chancelier maire c'est sous une forte pression actuellement d'une partie de son industrie et notamment des PME et l'Allemagne elle-même est en train de bouger simplement on a peu de temps il y a urgence à agir vite et notamment en matière de capacité d'investissement Marc-Leonard l'évoquait tout à l'heure il me semble on a besoin d'aller beaucoup plus vite pour déployer des moyens d'investissement des moyens plus importants et nous avons beaucoup d'épargne sous le pied 30 000 milliards d'épargne sous le pied que l'on peut mobiliser et où il faut pour cela créer une union des marchés de capitaux permettre aux Européens d'investir dans des projets industriels européens et ça veut dire aussi un changement d'état d'esprit une volonté de prise de risque et comprendre qu'il y a urgence à bâtir cette capacité industrielle au niveau européen car la concurrence qui se joue actuellement avec la Chine je dirais qu'on n'en est qu'au début tellement la capacité d'innovation de la Chine aujourd'hui va lui donner un coup d'accélérateur encore très important dans les années qui viennent et donc il s'agit d'anticiper le risque de dépendance à venir aussi beaucoup plus important au-delà des dépendances actuelles

38:57
Présentateur

Florence Pizani l'autre dépendance dont souffrent les Européens c'est évidemment l'intelligence artificielle Sam Altman le patron d'Open AI et le français Arthur Mensch de Mistral sont invités à Evian ils doivent en principe dialoguer avec Emmanuel Macron avec Donald Trump et leurs homologues et on a vu hier cette introduction en bourse de SpaceX qui a très bien marché il faut reconnaître je crois que l'action a pris 20% en peu de temps et on voit ce changement d'échelle par rapport à laquelle nous paraissons quand même être des nains

39:44
Invité

oui malheureusement on a sous-investi dans ces domaines là on n'a pas de cloud on n'a pas réussi encore à construire un cloud européen on a un énorme retard de ce côté là et ça fait partie de l'indépendance stratégique aussi bien vis-à-vis des Etats-Unis d'ailleurs que vis-à-vis de la Chine la cybersécurité là aussi c'est des domaines dans lesquels on a sous-investi et donc l'Europe a un énorme effort d'investissement à faire et c'est pas juste une histoire d'union des marchés de capitaux l'épargne elle est là on peut la mobiliser ce qui manque c'est des projets d'investissement et des entreprises qui investissent et c'est pas juste je pense un accès au marché de capitaux je crois que là-dessus on se trompe il faut encourager nos entreprises à investir éventuellement faire des partenariats publics privés alors je sais qu'en Europe on a une phobie des déficits publics mais aujourd'hui je crois que l'urgence c'est de bâtir et d'investir en Europe et si ça demande des partenariats et si ça demande de creuser un peu nos déficits je crois qu'il faut l'accepter alors l'Allemagne a fait un tournant l'année dernière elle a lancé en Allemagne des grands projets d'infrastructure mais là aussi on voit que c'est très lent elle n'a pas creusé son déficit l'an dernier ses projets mettent des années à se lancer et malheureusement on a assez peu de temps pour résister et à la pression qui arrive de la Chine et au vent contraire qui vont arriver du côté américain et l'autre élément c'est que du côté de la Chine ils ne vont pas s'arrêter et on voit qu'à chaque fois et c'est vrai aussi pour notre réaction vis-à-vis des Etats-Unis l'Europe à chaque fois est divisée alors on peut toujours espérer que d'un coup on se mette ensemble et on réponde et on apporte une solution commune mais quand il a été question de droits de douane américains les Etats-Unis ont imposé des droits de douane de façon unilatérale à l'Europe et l'Europe a relativement peu réagi et pourquoi on a peu réagi parce que chaque pays a essayé de défendre ses intérêts nationaux et l'Allemagne en particulier a eu peur pour son industrie automobile et donc tant qu'on sera dans cette logique et qu'on aura une réponse divisée et fragmentée en Europe et bien on restera dans une position extrêmement faible et vis-à-vis des Etats-Unis et vis-à-vis de la Chine

42:02
Présentateur

François Schimitz parmi les participants au G7 à Evian il y a le Premier ministre canadien qui est arrivé hier à Paris Mark Carney qui avait fait grande impression on s'en souvient à Davos avec un très bon discours sur l'urgence et l'utilité pour les puissances moyennes de mettre en place un système de coordination il y aura aussi la Première ministre japonaise est-ce que le Canada et le Japon peuvent venir en renfort des Européens il y a aussi la Corée du Sud en observateur donc est-ce que véritablement les puissances moyennes appuyées dans certains cas par quelques grands pays du Sud comme l'Inde le Brésil le Kenya qui est aussi invité à Evian comme observateur est-ce que là il y a comment dire un potentiel à mettre en place

43:07
Invité

là-dessus il faut être très prudent et il ne faut surtout pas prendre nos désirs pour des réalités dans les pays que vous évoquiez par exemple bien évidemment il y a le Canada il y a le Japon il y a la Corée ce sont des pays en tout cas pour les deux derniers qui sont formellement dépendants des Etats-Unis pour leur sécurité et qui sont en effet extrêmement proches d'un enjeu sécuritaire majeur qui est engendré par la Chine notamment en mer de Chine du Sud et donc bien évidemment toute forme de coalition de ces puissances moyennes sera très fortement contrainte puisque le jour où les Etats-Unis voudront mettre le haut là un certain nombre d'entre elles n'auront guère de choix que de suivre les indications de ceux qui fournissent leur sécurité et il en va de même pour un certain nombre de nos partenaires européens notamment proches du Front Est qui bien évidemment savent bien que malgré les affinités malgré les intérêts convergents ponctuels qui peuvent exister avec d'autres puissances moyennes notamment les autres partenaires européens la réalité des enjeux les contraint fortement cela ne veut pas dire que rien n'est possible beaucoup de choses sont possibles ponctuellement on peut penser au sujet des minerais on peut penser au sujet de l'établissement de règles communes sur les enjeux d'IA ponctuellement nous avons des convergences d'intérêts qui rendent en effet possible ce genre d'action commune en revanche une grande coalition des puissances moyennes et qu'est-ce qu'il sait par monsieur Carnet qui viendrait en fait maintenir un ordre international fondé sur le droit qui en effet est l'intérêt des puissances moyennes me paraît être une illusion tout simplement parce que demain si les Etats-Unis imposent de la coercition économique ou géopolitique aux japonais pour une raison X ou Y l'opinion publique française l'opinion publique européenne ne seront pas en mesure de soutenir réellement des coups pour venir en soutien des japonais quand les lituaniens par exemple avaient fait l'objet de sanctions absolument aberrantes et extrêmement violentes de la part de la Chine pour avoir ouvert un bureau de représentation de Taïwan avec un nom qui déplaisait à Pékin ça avait été insinué les américains qui leur avaient apporté des soutiens on va dire effectifs sonnants et trébuchants le reste de l'Europe s'était indigné mais personne n'avait osé sortir du bois pour ne pas s'exposer à une éventuelle rétorsion chinoise donc on adore ces idées elles sont très plaisantes intellectuellement elles sont très plaisantes conceptuellement presque moralement en pratique hélas les puissances moyennes sont très largement seules dans la mondialisation maintenant quand on fait des sous-groupes régionaux et c'est là que l'Europe revient en force l'Union Européenne c'est une coalition de puissance moyenne dans un format régional extrêmement étroit avec une imbrication des économies qui est extrêmement profonde et des intérêts qui sont assez fortement convergents bien évidemment si vous êtes polonais ou si vous êtes espagnol votre lecture de vos priorités géopolitiques ne sont pas les mêmes quand bien même vous restez dans un continent où si demain la Pologne se voit envahir par la Russie l'économie espagnole en subira des conséquences absolument dramatiques et donc a tout intérêt à aussi prendre un peu partie à cet enjeu sécuritaire là et donc je pense là-dessus qu'il faut quand même centrer nos efforts et c'est là-dessus que le bas blesse je pense le plus depuis quelques mois c'est sur l'approfondissement de nos coopérations entre Européens attendre d'une éventuelle émergence d'une coalition des puissances moyennes des solutions me semble être un pis aller la vraie question c'est qu'est-ce que nous entre Européens nous sommes prêts à faire et l'enjeu de la crédibilité qui a été évoqué par un autre des intervenants tout à l'heure est à mon sens absolument central crédibilité vis-à-vis des autres grandes puissances vis-à-vis de Pékin vis-à-vis de Washington mais aussi crédibilité vis-à-vis de nous-mêmes et le fait que nous ayons décidé à Turnberry de grosso modo accepter les mesures tarifaires américaines qui sont absolument scandaleuses a fortement écorné cette crédibilité des Européens et qui est à reconquérir et là-dessus la séquence qui arrive avec la Chine dont on a beaucoup parlé dans une dimension on va dire purement commerciale concurrence déloyale est absolument essentielle et elle va au-delà de cette dimension concurrence déloyale il y a aussi un enjeu de résilience il y a aussi un enjeu de cybersécurité il y a aussi un enjeu de souveraineté économique à faire correctement appliquer nos règles sur notre marché sur tous ces fronts-là les Européens sont en train de fait et presque à leur corps défendant de porter atteinte aux intérêts chinois qui sont assez contraires aux leurs et les Chinois vont réagir les autorités chinoises vont réagir il va y avoir une tension assez importante et c'est là qu'on va vraiment pouvoir tester la solidité des Européens et de leurs ambitions à faire corps ensemble pour pouvoir mieux affirmer leurs intérêts et leur puissance dans un monde qui je pense tout le monde peut le constater le nécessite plus que jamais

48:15
Présentateur

Elvira Fabry on voit à quel point ces deux jours à Evian vont être alourdis de problèmes tellement massifs qu'on conçoit on conçoit bien que voilà aucun d'entre eux ne sera abordé en profondeur et il y a un autre aspect qui me semble intéressant c'est que le président de la République a élargi le cercle des observateurs donc à quelques grands pays du sud et à plusieurs pays arabes est-ce que c'est une manière de diluer les enjeux et donc le risque d'échec massif ou est-ce que c'est une façon de dire le format multilatéral garde des avantages maintenons-le

49:07
Emmanuel Macron

oui c'est déjà même alors on voyait déjà un peu une sorte de transition entre le format G7 et le format G20 sous présidence américaine avec la participation d'un certain nombre de pays et là on est déjà au-delà aujourd'hui dans un contexte de secousse du multilatéralisme pas encore d'effondrement total mais en tout cas de fragmentation rapide il faut rester souple pardon il faut rester souple sur les formats de coopération coordination modula il faut de la modularité et si on peut en effet être prudent sur l'idée d'une coalition des puissances moyennes il y a divers formats quand même de coordination avec des pays avec lesquels on partage des intérêts communs qui peuvent avoir lieu la mobilisation des pays du Moyen-Orient est aussi essentielle et moi je pense en particulier à un format qui est celui de la coordination entre l'Union Européenne et les pays du pourtour transpacifique qui sont réunis dans un accord qui aujourd'hui compte 13 pays le CPTPP on retiendra juste l'acronyme mais qui sont des pays qui comprennent justement aussi le Canada le Japon le Singapour l'Australie le Mexique des pays qui sont très exposés dans la situation actuelle et si on prend l'Union Européenne et ce bloc régional ça représente un tiers du commerce mondial de l'économie mondiale nous avons beaucoup d'intérêts en commun à la fois pour continuer à nous coordonner sur des enjeux comme dans le secteur du commerce numérique faciliter le commerce par des reconnaissances mutuelles des standards communs et puis en matière de sécurité économique pour assurer plus de coordination aussi sur ces politiques et y compris même au niveau multilatéral pour éviter une érosion plus accélérée des règles du commerce multilatéral prendre des initiatives où on se tirerait dans les pattes en matière de défense commerciale donc il faut miser sur ces espaces de coordination et c'est quelque chose qui est en train de monter actuellement et ne pas ne pas laisser je dirais ne pas renoncer à toute forme de coordination et de défense de défense de règles parce qu'on voit bien qu'on est passé à une phase de rapport de force beaucoup plus important et que si à Thunbury il a fallu que l'on accepte les conditions américaines c'est aussi parce que on ne pouvait pas renoncer au soutien américain à l'Ukraine et qu'on a besoin de faire notre travail interne renforcer nos capacités et aussi de se coordonner avec d'autres

52:05
Présentateur

Marc Léonard on en arrive à la conclusion très provisoire de cette discussion et on s'aperçoit qu'il y aura à Evian donc dans ces très très beaux hôtels qui dominent le lac il y aura deux éléphants dans la pièce il y aura évidemment la Chine et il y aura aussi Donald Trump à tel point d'après ce que je comprends qu'on va éviter soigneusement de discuter de deux sujets que le président américain réprouve qui sont l'environnement et l'aide au développement alors que c'était pourtant traditionnellement l'une des tâches du G7 donc on en revient Marc à ce désordre mondial dont le président américain paraît en fait le grand chef d'orchestre

52:59
Invité

oui enfin c'est le chef d'orchestre avec le plus de visibilité et il domine notre attention mais en fait je pense qu'il est plutôt c'est un symptôme de cette instabilité plutôt que la cause principale parce que ce qu'on regarde c'est un monde qui se transforme dans plusieurs domaines l'équilibre de force a été complètement transformé à cause de la Chine et d'autres pouvoirs qui sont maintenant beaucoup plus importants il y a un changement sur le plan énergétique à cause de la transition sur le carbone il y a un changement technologique avec l'intelligence artificielle et ça veut dire que presque tous les rapports de force sont en train de se changer et les règles qui essaient de réguler et donner une forme à l'ordre mondial ne sont plus respectées par les plus grands pouvoirs et c'est à cause de ça que la coordination est très importante mais c'est une coordination entre pouvoirs moyens qui peut nous aider et essayer de changer un peu le rapport de force et de nous donner un peu plus de pouvoir envers Trump et envers Xi Jinping mais ce qu'on ne peut pas faire c'est d'essayer de préserver les règles mondiales on ne peut pas entre nous protéger l'OMC on ne peut pas ouvrir le détroit d'Ormuz ou même de mettre fin à la guerre en Ukraine alors ce qu'on devra faire c'est trouver une coordination et essayer d'être très souple dans un monde de désordre et c'est pour ça que je suis très je pense qu'on est tous d'accord que la solution la plus importante pour la France pour les autres européens c'est en fait l'intégration européenne parce qu'il y a quand même des choses qu'on peut faire en Europe pour partager pour essayer de préserver ces règles dans notre continent et de changer le rapport de force entre l'Europe et d'autres pays dans un monde qui sera très chaotique où il y aura très peu d'ordre et très peu de prévisibilité

55:34
Présentateur

et donc Marc on arrive pratiquement au dixième anniversaire du Brexit cela veut dire aussi pour le Royaume-Uni dont l'économie est en mauvais état elle aussi je ne parle même pas de la situation politique pour le Royaume-Uni l'urgence aussi d'un rapprochement avec l'Union Européenne

55:58
Invité

tout à fait je pense que dans le Royaume-Uni c'est encore plus profond cette crise parce que l'Union Européenne a l'avantage d'avoir un pouvoir continental mais le Royaume-Uni maintenant a perdu son partenaire sécuritaire principal dans les Etats-Unis et son partenaire économique avec l'Union Européenne et c'est à cause de ça qu'il y a maintenant après dix ans une nouvelle prise de conscience et on voit dans tous les sondages depuis six mois un an que 60% de la population veut en fait re-entrer dans l'Union Européenne et je pense qu'il y aura un débat très profond dans les mois à venir et qu'il y a beaucoup de chance qu'au moins un des grands partis entre dans les prochaines élections avec une en promettant un nouveau référendum et d'essayer de rentrer dans l'Union Européenne il y a aussi on parle beaucoup de l'élargissement c'est pas seulement envers l'Ukraine et les pays dans le Balkan je pense que le Royaume-Uni va être aussi un grand thème dans les mois et années à venir

57:13
Présentateur

En tout cas merci merci mille fois à vous quatre d'avoir éclairci pour nous cet agenda déviant qui donc va être déroulé par cette chef d'État et gouvernement lundi et mardi prochains Florence Pisani je rappelle l'ouvrage que vous avez co-écrit avec Anton Brandner sur la crise de la finance mondialisée aux éditions La Découverte Elvire Fabry le rapport de l'Institut Jacques Delors avec Arantxa González de Sciences Po et Nicolas Kohler-Suzuki sur la réponse de l'Union Européenne à la mutation de l'ordre commercial mondial François Schimitz on attend sur le site de l'Institut Montaigne votre papier sur l'état de la mise en œuvre du rapport Draghi où en sont les Européens hélas pas très loin et Marc Léonard je recommande votre ouvrage Survivre au chaos la géopolitique au moment où les règles s'écroulent c'est sorti en anglais en avril dernier aux éditions Polity Press à la réalisation ce matin je remercie Vanessa Nadjar Anthony Thomasson à la technique Théa Corler et la documentation de Radio France m'ont aidé à préparer cette émission et voici bien sûr Marina Carrère d'Ancause et ses carnets de santé très bon week-end et à samedi prochain