Franck Riester, député "Ensemble pour la République" de Seine-et-Marne | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il n'a pas été le ministre le plus médiatique, mais il a été de tous les gouvernements entre 2018 et 2024. Ministre insubmersible ou presque, mon invité a retrouvé l'Assemblée après la dissolution et il siège aujourd'hui au sein du groupe Ensemble pour la République. Générique ... ...
Bonjour Franck Riester. -Bonjour. -Vous êtes souvent décrit comme un homme politique plutôt discret, mais en 2011, vous avez choisi de sortir du rang pour défendre le droit des couples gays à se marier.
Vous êtes le seul ce jour-là à droite à avoir pris position en faveur du mariage des couples homosexuels. C'était à l'occasion d'une proposition de loi socialiste deux ans avant la loi sur le mariage pour tous. -Ici même, des sensibilités différentes s'expriment.
Et c'est aussi le cas dans ma famille politique, l'UMP. J'entends et je respecte celles et ceux qui s'opposent à cette proposition de loi. Mais dans notre République laïque, qui, dans son histoire a toujours fait de l'égalité des droits entre les citoyens un principe cardinal, accordé aux couples de même sexe, le même droit, celui de se marier, qu'aux couples de sexes différents, n'est-ce pas donner toute sa force à ce mot que l'on retrouve écrit sur le fronton de nos mairies : "Egalité" ? -Qu'est-ce qui vous a convaincu de prendre la parole ce jour-là ? -Mes convictions !
Les convictions d'un député qui croyait et croit toujours l'importance de la reconnaissance, d'une certaine façon, par la République, des mêmes droits pour les couples homosexuels, la même reconnaissance de l'amour homosexuel au même niveau que l'amour hétérosexuel et des droits qui permettent de protéger aussi les familles, les familles homosexuelles et les familles homoparentales. -Là, on voit, cette photo a été prise deux ans après, le jour du vote de la loi du mariage pour tous. Vous étiez quasiment seul sur les bancs de la droite, dans l'hémicycle.
C'est difficile de prendre une position contre sa propre famille politique ? -Oui, c'est difficile, mais quand on a des convictions, quand on pense que quand on est député...
On fait partie d'une famille politique, mais en même temps, quand il s'agit de sujets de société, il faut vraiment défendre avec force ce qu'on croit au plus profond de soi. C'est aussi une des grandes satisfactions de l'engagement politique. Défendre ses convictions, les porter au premier plan, y compris médiatique et politique, et représenter aussi toutes celles et ceux, et c'est ce que j'ai fait pendant ces débats-là, toutes celles et ceux qui, dans ma famille politique, étaient peut-être moins visibles, mais croyaient aussi à la pertinence de l'ouverture du mariage au couple de même sexe et qui voyaient à travers moi, quelque part, un porte-parole aussi de leur propre... -Vous avez eu des retours là-dessus ? -Oui, beaucoup.
J'ai eu des gens qui m'ont critiqué, qui m'ont attaqué, qui m'ont parfois agressé sur les réseaux sociaux notamment, mais aussi beaucoup de gens qui me remerciaient. Parce qu'ils étaient de droite et qu'ils avaient le sentiment de ne pas être représentés, mais aussi par des gens de la société. Et encore aujourd'hui, il y a des gens qui me remercient d'avoir été parmi ceux qui ont permis l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. -Quelques mois après cette prise de parole, vous êtes allé plus loin, vous avez rendu public votre homosexualité.
Alors vous, qui n'aimez pas trop vous faire remarquer, là, toute la presse a parlé de vous. Pourquoi être allé jusque-là, jusqu'à révéler quelque chose qui relève de la vie privée ? -D'abord, j'étais le premier député dans l'histoire de notre République à faire son coming-out.
Donc, ce n'était pas...
Effectivement à l'époque, aujourd'hui, ça paraît facile ou évident. Mais à l'époque, il y a maintenant presque 12 ou 13 ans, c'était très différent. La preuve, j'étais le premier des députés à le faire.
Et je l'ai fait parce que je pense qu'il y a une grande attente d'authenticité. Il ne s'agit pas de faire de la transparence pour la transparence, mais à un moment de dire en vérité qui on est. Et en vérité, c'est aussi de dire que pour moi, je suis homosexuel.
C'est important dans la relation qu'on a avec celles et ceux que l'on représente. Et puis c'est aussi une forme d'exemplarité, c'est donner la possibilité à des jeunes, d'imaginer qu'on peut avoir des responsabilités, y compris politiques, en premier plan en étant homosexuel. Et donc cette exemplarité, cette visibilité de l'homosexualité est, je crois, importante pour l'acceptation par les jeunes de leur homosexualité et par aussi l'acceptation des familles et des environnements de ces jeunes-là de l'homosexualité de ces jeunes-là. -Remontons à vos tout premiers pas en politique.
A 10 ans, vous écriviez des lettres ouvertes à François Mitterrand. C'était pour lui dire quoi ? -Oui, c'était le rendez-vous familial aux fêtes de famille.
C'était pour lui dire mes convictions. Alors évidemment, à dix ans, c'était la France, c'était l'Europe, c'était tout ce en quoi je croyais. Et c'était finalement aussi, dès le départ, la conviction qu'on pouvait changer les choses, améliorer finalement la vie de nos compatriotes et changer le destin de notre pays. -Vous avez pris votre carte au RPR jeune, à 17 ans.
Vous avez ensuite pris la tête des jeunes RPR de l'Essonne. -Seine-et-Marne. -De Seine-et-Marne, pardon.
A 21 ans, vous avez été élu conseiller municipal de Coulommiers. C'est l'ancienne athlète Guy Drut, qui était le député-maire de Coulommiers à l'époque, qui vous a mis le pied à l'étrier. Ca a été une étape importante pour vous ? -Oui, parce que quand on est passionné de politique depuis toujours, quand on est tombé dans la marmite tout petit, mes parents n'ont jamais fait de politique, donc c'était formidable pour moi d'être au conseil municipal dans la ville dans laquelle j'avais grandi.
J'avais été au collège, au lycée où je faisais du sport. Et puis de pouvoir travailler avec Guy Drut, qui est une personnalité politique importante à l'époque, une grande chance, oui. -Par contre, ça s'est mal terminé entre lui et vous.
Vous lui succédez en tant que député en 2007, puis à la mairie de Coulommiers un an plus tard. Il estime que vous l'avez trahi. Il explique dans ses mémoires : "Franck Riester a trompé mon affection en pilotant ses petites intrigues".
Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce que vous étiez un jeune homme un peu trop pressé, peut-être ? -C'est souvent, malheureusement, ce qui peut arriver en politique, c'est-à-dire....
Quelqu'un qui vous dit : "C'est toi qui, après moi, sera en responsabilité, je ferai tout pour que tu sois celui-là." Et puis, la vie fait qu'à ces moments-là, il n'y a pas le rendez-vous qui était annoncé. Et donc, on s'autonomise et on dit : "Pourquoi pas moi ?" Pourquoi pas moi ? -Ce qui s'est passé, c'est que vous n'aviez pas été choisi... au législatif de 2007 pour le remplacer.
L'investiture avait été accordée à une autre candidate. Et finalement, vous avez retourné la situation. -Oui, parce qu'il avait pris la décision de ne pas se représenter, donc je n'étais pas contre lui.
Le parti avait désigné quelqu'un d'autre, qui était, entre guillemets, parachuté, quelqu'un de tout à fait respectable, et qui devait venir sur cette circonscription, et moi qui étais l'enfant du pays, qui étais élu dans ce territoire, qui était chef d'entreprise dans ce territoire, j'avais envie de défendre mes convictions et je lui ai dit que j'allais aller à cette élection et finalement elle a renoncé à se présenter et j'ai été élu, soutenu par les maires, soutenu par les militants à l'époque, face à ce parachutage. -A l'UMP, vous avez d'abord été proche de Jean-François Copé, puis de Bruno Le Maire, que vous avez soutenu lors de la primaire de 2016. Et en 2017, vous avez quitté Les Républicains pour vous ranger parmi ceux qu'on a appelé "Les Constructifs", c'est-à-dire, les élus de droite qui étaient prêts à travailler avec Emmanuel Macron.
Qu'est-ce qui vous a poussé à rompre avec votre famille politique ? -J'ai eu la conviction que, dans ce moment particulier, à partir du moment où le chef de l'Etat qui venait d'être élu nous tendait la main en nommant Edouard Philippe Premier ministre, en ayant dans son projet beaucoup de choses qu'on défendait à droite depuis longtemps, qu'il n'y avait pas de raison de s'opposer par principe et qu'il fallait être constructif, essayer de l'aider à transformer le pays tel qu'il nous proposait de le faire. -Quand vous avez quitté Les Républicains, vous avez créé le parti Agir pour rassembler ceux qui, à droite, avaient donc décidé de travailler avec Emmanuel Macron.
Diriger un parti, ça aide à devenir ministre ? -Pour être ministre, il faut du poids politique, il faut une connaissance technique. Et il se trouvait qu'avec Agir, effectivement, en rassemblant à la fois au groupe à l'Assemblée nationale, parce que j'étais président du groupe Les Constructifs, puis USI, Agir et Indépendants. -Vous représentiez une composante de la majorité qui devait être présente au gouvernement. -Ca fait partie des éléments qui permettent de rentrer dans un gouvernement.
Et puis, je connaissais depuis longtemps les sujets culturels. C'est pour ça que je suis rentré en tant que ministre de la Culture. -Vous entrez au gouvernement peu après avoir créé Agir.
Et vous y êtes resté pendant six ans, quasiment. Quel est le secret de votre longévité ministérielle ? -Ca, il faut le demander au président de la République, qui m'a fait l'honneur de me confier différents postes ministériels.
Je crois que le travail, la détermination à agir, à avoir des résultats, et puis continuer de peser politiquement. -C'est ça. Il y en a qui vous décrivent comme quelqu'un de très politique.
Vous le prenez comme un compliment ? -Oui, je ne reprends pas ça comme un défaut. Quand on fait de la politique, il faut être politique. -Savoir engager des rapports de force ? -Des rapports de force, je ne sais pas, mais on a essayé de peser sur les débats et d'incarner quelque chose, et c'est ce que j'ai essayé de faire depuis maintenant plusieurs années. -Vous étiez en charge des relations avec le Parlement et du commerce extérieur, mais vous l'avez dit, le Portefeuille qui vous tenait le plus à coeur, c'est celui de la culture dans ce ministère.
Vous avez obtenu de réels succès sur des dossiers parfois compliqués, notamment quand il a fallu soutenir tout le secteur qui était à l'arrêt pendant le Covid. Mais personne n'a dit : "C'est grâce à Franck Riester qu'on a obtenu ça." Ne vous êtes-vous pas un peu fait voler vos victoires politiques ? -Je ne suis pas volé, non.
Pas volé. Après, on s'interroge toujours de savoir comment on aurait pu peut-être mieux communiquer pour expliquer ce qu'on a fait. J'ai, par exemple, été celui qui a présenté la loi Notre-Dame pour la restauration de Notre-Dame.
J'ai effectivement obtenu du président de la République qui m'a suivi, l'Année blanche pour les intermittents du spectacle au moment du Covid. -Mais, sur tous ces sujet, Emmanuel Macron a tenu à prendre la main. Il s'est imposé sur ses dossiers face à vous.
Vous évoquiez les annonces liées à l'aide au secteur de la culture sur le Covid. Une photo a été beaucoup commentée dans la presse où on vous voit en train de prendre des notes quand il fait les annonces. Est-ce que vous aviez vraiment la main sur votre ministère de la Culture à l'époque ? -Oui, d'abord j'avais la main, mais c'est un travail collectif.
Il y a le président de la République, le Premier ministre, il y a les autres ministres. Mais effectivement, ces annonces étaient des annonces que nous avions travaillées ensemble avant. Pourquoi je prends des notes ?
Je vais prendre la parole devant les médias et je prends quelques notes pour mettre noir sur blanc les verbatims éventuellement du président à mettre en avant. -Rétrospectivement, vous dites qu'il aurait fallu gérer la communication différemment ? Il y a une leçon que vous en avez tirée ? -Tout ça, c'est l'écume.
Et c'est peut-être ce qu'on peut reprocher à la politique. C'est que les observateurs, les commentateurs, les réseaux sociaux ne gardent souvent que l'écume sans regarder le fond. Et donc, moi, je ne renie pas tout le bilan que vous avez évoqué, pensant ces deux ans à la Culture, qui m'ont permis, je pense, après d'autres et avant d'autres, d'apporter ma pierre à l'édifice du monde culturel. -On va passer à notre quiz à présent.
Je vais vous proposer des débuts de phrases que vous allez devoir compléter. -Mon premier Covid. -Une épreuve dure. -Vous êtes le premier membre du gouvernement à avoir été atteint par le Covid à l'époque. -Et ça a été très difficile parce que d'abord, on ne savait pas jusqu'où ça allait nous emmener ce Covid.
Est-ce qu'on n'allait pas avoir des séquelles très lourdes ? Est-ce qu'on n'allait pas y rester ? J'avais des amis qui sont restés à ce moment-là et qui ont été malades en même temps que moi.
Donc, c'était très difficile de le vivre. Et puis, j'ai eu un Covid long. Ce n'est pas très facile, quand on est ministre de la Culture et qu'on a un Covid long, de mener les deux fronts, mais je l'ai fait, et ça reste un moment très fort, évidemment, pour moi comme pour tant d'autres. -Vendre des voitures quand on n'est pas passionné d'automobile ?
J'explique, votre famille a une entreprise de concession automobile et vous l'avez dirigée pendant un temps. -Oui, c'est ça. Oui, ce qui me plaisait beaucoup, c'est l'aventure entrepreneuriale.
Mener une équipe, donner des objectifs et essayer de conduire cette entreprise. -Dans un domaine qui ne vous passionne pas ? -Un domaine qui ne me passionne pas spécialement.
Ma passion, c'est la politique, la culture, plus que l'automobile. Mais ce qui me passionne aussi, c'est l'aventure entrepreneuriale. Et je comprends tous ces entrepreneurs qui sont passionnés par leur entreprise. -Enfin, dans une autre vie, Eric Worth et moi... -Oui, c'était mon premier patron. -C'est étonnant, ça ! -Il m'a recruté quand il était directeur associé chez Arthur Andersen, qui est un cabinet d'audit et de conseil.
Après mon école de commerce, je suis rentré chez Arthur Andersen. Celui qui m'a recruté, c'est Eric. -Il vous a formé un peu, comme ça, sur les questions économiques ? -Non, ce n'était pas économique. mais sur les conseils aux services publics. -Ah, d'accord. -On a travaillé ensemble sur l'évaluation des services publics. -Merci, Franck Riester, d'être venu dans La Politique et moi. -Merci.
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Franck Riester