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InterviewFrance Culture — Sens politique (sur Site radio)· 3 décembre 2022 43 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsEurope & internationalSolidarités & familleEnvironnement & énergie

Jean-Pierre Raffarin : "En 50 ans, je n'ai jamais vu le monde aussi dangereux, avec autant d'impasses"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 4:02OuverteRéponse directe

    Vous avez de l'affection pour Johnny, et vous le dites. Pourquoi est-ce important pour vous de le revendiquer ?

  • 5:31OuverteRéponse partielle

    Est-ce que vous estimez que marcher à l'affectif est considéré comme une faiblesse dans notre société ?

  • 6:42OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous écririez la même chose aujourd'hui, dix ans plus tard ?

  • 8:23OuverteRéponse directe

    Quel est le sens de votre fonction de représentant spécial pour la Chine et comment vous répartissez-vous les rôles avec le Quai d'Orsay ?

  • 10:37OuverteRéponse directe

    Quel est selon vous le sens des manifestations actuelles de la population chinoise ?

  • 13:07RelanceRéponse directe

    En février 2020, vous déclariez être impressionné par les mesures fortes et efficaces en Chine pour lutter contre le Covid. Aujourd'hui, ces mesures ont atteint leurs limites. Comment analysez-vous cela ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:35Invité politiqueFait
    « Parce que j'aime la vie. »
  • 4:37Invité politiqueFait
    « Parce que je pense que la vie est une grâce. »
  • 4:40Invité politiqueFait
    « Parce que je pense que, quand on veut s'occuper des autres, il faut les aimer. »
  • 4:50Invité politiqueFait
    « Car je pense que, au fond, nous avons un destin qui est globalement tragique. »
  • 4:52Invité politiqueFait
    « Et donc, je suis un fou de l'affection. »
  • 6:55Invité politiqueFait
    « En 50 ans, je ne l'ai jamais vu aussi dangereux. »
  • 6:58Invité politiqueFait
    « Autant d'impasses. »
  • 7:04Invité politiqueFait
    « Une guerre en Ukraine peut en cacher une autre. »
  • 8:46Invité politiqueFait
    « Cette mission est terminée. »
  • 8:50Invité politiqueFait
    « J'ai mis moi-même fin depuis que le ministre précédent qui me l'avait confié a quitté parce qu'en plus, le Covid, plus certaines orientations, se faisaient que quand on ne peut pas se déplacer, ça ne sert à rien. »
  • 9:05Invité politiqueFait
    « J'avais une mission qui était liée aux entreprises et qu'il fallait essayer de développer le commerce extérieur français, les implantations d'entreprises et développer notamment l'accès des PME au marché chinois. »
  • 9:30Invité politiqueFait
    « Je reste très attaché à la civilisation asiatique et chinoise. »
  • 10:53Invité politiqueFait
    « Bon d'abord je ne suis pas vraiment surpris parce qu'il y a quelques mois on a vu beaucoup de Français expatriés en Chine revenir et revenir assez hostiles à tout ce qui était fait en ce qui concerne la lutte contre le Covid au point qu'un grand nombre d'entre eux n'ont pas voulu retourner en Chine. »
  • 16:43Invité politiqueFait
    « Le président Giscard d'Estaing devait faire un voyage en Chine qu'il n'a pas pu faire, les chinois ont voulu qu'il y ait quand même un signe qui soit donné et donc on a pensé enfin les autorités françaises diplomatiques ont pensé à ce moment-là que c'était intéressant d'organiser une rencontre entre les deux jeunesses, la jeunesse chinoise et la jeunesse française. »
  • 28:44Invité politiqueChiffre
    « c'est plus d'un million de visiteurs chaque année »
  • 28:52Invité politiqueFait
    « c'est le lieu où il y a le plus en formation d'ingénieurs des sciences de l'ingénierie de tout ce qui est haute technologie »
  • 30:18Invité politiqueFait
    « je suis secrétaire général de l'UDF que préside Giscard »
  • 30:26Invité politiqueFait
    « Edouard Balladur cannibalise l'UDF »
  • 30:43Invité politiqueFait
    « Balladur à un moment a pris une grande part de l'UDF »
  • 31:53Invité politiqueFait
    « je suis rentré en 1995 dans le gouvernement Chirac »
  • 35:27Invité politiqueFait
    « Ma feuille de route c'est d'ailleurs exactement ce que dit Jacques Chirac »
  • 37:47Invité politiqueFait
    « on a fait l'acte de décentralisation »
  • 41:00Invité politiqueFait
    « la situation après Matignon est une satisfaction pour ce qui me concerne que je considère honorable »

Temps de parole

  • Jean-Pierre Raffarin58 %
  • Présentateur33 %
  • Locuteur 43 %
  • Locuteur 13 %

0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour. Les grands progrès de la société mettent du temps à mûrir, ça on le sait, mais on n'imagine pas à quel point il a souvent fallu le courage d'une seule personne pour ouvrir la brèche, qui permet ensuite au collectif de s'y engouffrer, au débat de s'installer et in fine à la société d'avancer. De Gaulle dit non à la capitulation servile, cinq ans après, la France gagne la guerre. Robert Badinter est choqué par l'exécution de deux condamnés. Neuf ans plus tard, la peine de mort est abolie dans notre pays. Et mon troisième exemple nous honore puisqu'il est notre invité. Oui, l'acte de courage de notre invité, quinze années après, a transformé le pays.

Nous sommes heureux de recevoir aujourd'hui celui qui n'a pas hésité à faire son coming out, quitte à choquer, quitte à bousculer autrefois l'ordre intellectuel et moral établi rive gauche entre Sorbonne et Saint-Germain. Il y avait en 2002 un homme à l'hôtel Martignon et tant pis s'il dut en payer le prix fort politiquement un homme qui a révélé à tous sa passion pour Johnny Hallyday. Quel courage, parce que là le temps a fait son office d'oubli, d'effacement, mais faut remettre dans le contexte.

A l'époque, Johnny, c'était un gars qui enregistrait des pubs pour Optique 2000, qui se mariait pour la cinquième fois, dont la marionnette au guignol de l'info ne pouvait s'exprimer autrement que par ce borborisme primitif « Ah que coucou ! » Voilà, c'était ça Johnny Hallyday lorsque notre invité Premier ministre révèle à la France entière sa passion. Acte de résistance ? Acte sacrificiel ? Et bien 15 ans plus tard, lorsque Johnny rejoint prématurément Los Angeles, oui les anges, il a droit à des funérailles nationales, éloge prononcée par Emmanuel Macron à la Madeleine en présence de deux anciens présidents de la République, entre 500 000 et 1 million de personnes dans les rues.

Voilà ce qu'a généré la bravoure de notre invité et son coming-out en 2002. Il a fait changer le regard de la société sur ce phénomène. Résultat, à peu près 60 millions de Français ont tweeté le 6 décembre 2017 « On a tous quelque chose en nous » de Johnny Hallyday. Si, si, je vous assure, il faut assumer, vous avez tous fait ça. Alors, je vous propose, pour ne pas avoir à attendre qu'ils s'en occupent eux-mêmes, parce qu'il y a urgence, la société n'a que trop patienté, je vous propose de révéler, là maintenant sur France Culture, ce que des hommes politiques de premier rang auraient dû nous avouer depuis Belle-Durette pour qu'évoluent les mœurs dans notre beau pays.

Et tout est vrai, vous pourrez enquêter et vérifier. Charles de Gaulle avait une passion, tandis qu'on l'imaginait à Colombais en train de rédiger ses mémoires dans l'austérité étouffante d'un été au Marnais. En fait, il regardait la télé passionnément Interville. Et oui, dans les pensées du grand Charles, l'OTAN suspend son vol, on oublie Bloc de l'Ouest contre Bloc de l'Est, Churchill, Roosevelt, Staline, Place Aguilux, Léon Zitrone, Simone Garnier, et les vachettes de Cavaillon contre celles de Libourne. Si seulement il avait fait son coming out, la France serait aujourd'hui tout en joie, le vendredi soir.

Et je pourrais vous révéler la passion de Lionel Jospin pour les émissions de Patrick Sébastien, puisqu'il y chanta les feuilles mortes en 1984, Jacques Chirac, Samoura chant de Madonna en 1987, et bien sûr, bien sûr, plus près de nous, l'addiction d'Emmanuel Macron au cordon bleu. Ah, si notre président l'a révélé publiquement, le père d'Odu serait immédiatement réhabilité et sortirait symboliquement de son île du diable des papilles où il croupit depuis trop longtemps, jeté là par l'opprobre unanime de la bien-pensance culinaire. Voilà. Notre invité, lui, a eu ce courage.

Bon, il n'est pas allé jusqu'au bout, malheureusement, et la classe politique lui en fait encore le reproche aujourd'hui. Mais bon sang, pourquoi, en 2002, vous n'avez pas fait un gouvernement d'union nationale ? C'était le moment ou jamais, 2002, un ministre qui aime Brahms, un autre Diams, une qui adore le clavecin, une autre Jodacin, l'un qui vénère MC Solar et un autre W.A. Mozart. Dommage. On lui demandera évidemment pourquoi, il n'a pas osé, mais ne vous inquiétez pas, nous aborderons tout de même avec lui, avec vous, quelques autres thèmes aujourd'hui dans Sens Politique. Bonjour Jean-Pierre Raffarin. Bonjour. Soyez le bienvenu sur France Culture.

Vous avez de l'affection pour Johnny, et vous le dites. Voilà, c'est aussi simple que ça. Alors, extraordinaire sens de la communication, ou au contraire, juste le fait d'assumer simplement ce que l'on est, ce que l'on aime, en brisant la carapace classique du responsable politique. Ce que vous assumez surtout, au point d'en faire un livre, et un titre de ce livre paru en 2012, vous avez marché, vous marcherez toujours à l'affectif. Jean-Pierre Raffarin, pourquoi c'est important pour vous de le revendiquer, et en quoi cela a pu changer, ou du moins influencer, le sens de votre parcours politique ?

4:35
Jean-Pierre Raffarin

Parce que j'aime la vie. Parce que je pense que la vie est une grâce. Parce que je pense que, quand on veut s'occuper des autres, il faut les aimer. Car je pense que, au fond, nous avons un destin qui est globalement tragique. Et donc, je suis un fou de l'affection. Je me suis engagé par affection pour mon Poitou, pour ce pays vert et bleu, que je connais dans le détail, pour le Marais-Poitevin, pour la région de Cognac, pour le littoral atlantique, pour un certain nombre de choses. Je me suis engagé pour la politique, parce que j'aime les gens, parce que je suis moi-même, quand j'aime bien les choses.

Et je pense que, dans la vie, c'est pour ça que je me sens idéologiquement, profondément humaniste, plus que matérialiste. Et donc, je pense, dans cette philosophie de penser qu'il est humaniste, qu'il faut aimer les autres. C'est ce qui rend le plus heureux.

5:30
Présentateur

Est-ce que vous estimez que le fait de marcher à l'affectif, qu'on soit responsable politique ou non d'ailleurs, est considéré, dans notre société, aujourd'hui encore, comme une faiblesse ? Probablement.

5:40
Jean-Pierre Raffarin

Nous sommes dans un pays dans lequel l'idéologie domine. Nous sommes un pays extraordinairement idéologique. Donc, nous sommes dans un pays qui a été marqué dans l'éducation par le marxisme. Les infrastructures font les superstructures. La classe sociale détermine l'individu. L'individu, disait Sartre, est innocent de lui-même. Et donc, moi, je pense qu'au contraire, c'est la personne humaine qui fait l'infrastructure. C'est le dépassement de la personne. Donc, moi, je suis profondément engagé dans une vision à la fois chrétienne et humaniste où la valeur suprême, c'est la personne. La personne est capable de tout, de se dépasser. C'est pour ça que j'ai confiance dans le progrès.

C'est pour ça que je suis optimiste. C'est pour ça que j'aime. Au fond, je pense que c'est l'amour qui reste la clé de tout.

6:29
Présentateur

Vous l'étiez dans ce livre, Je marcherai toujours à l'affectif, paru en 2012, chez Flammarion, avec un large passage consacré à la jeunesse, à qui vous demandez d'avoir confiance, de ne pas avoir peur de l'avenir, de ne pas avoir de complexe vis-à-vis des jeunes d'autres pays. Est-ce que vous écririez la même chose aujourd'hui ? Donc, dix ans plus tard, une pandémie plus tard, une guerre en Europe et quelques séismes électoraux plus tard.

6:52
Jean-Pierre Raffarin

Je pense que le monde d'aujourd'hui est extraordinairement dangereux. En 50 ans, je ne l'ai jamais vu aussi dangereux. Autant d'impasses. La Chine et les Etats-Unis face à face. Tout ça peut mal tourner. Une guerre en Ukraine peut en cacher une autre. À Taïwan, quand je vois la question des migrations, quand je vois la question de la famine, quand je vois le terrorisme, la montée des violences. Donc, je vois beaucoup de choses qui incarnent les tensions, qui incarnent les désordres et qui, au fond, font émerger la violence. Mais je suis délibérément optimiste et je cherche les consensus. Et j'en trouve un quand même qui est très fort et qu'on n'exploite pas tout à fait suffisamment.

Il y a un sujet sur lequel les jeunes du monde entier, chinois, américains, français, chasse-neuille du Poitou, Saint-Capour, San Francisco. Au fond, c'est la planète qui est devenue un objet politique. Quand j'ai commencé la politique, la planète n'était pas du tout un objet politique. On parlait de la conquête spatiale, mais on ne parlait pas de la planète. Aujourd'hui, défendre la planète, c'est défendre l'humanité. Et ça, les jeunes descendent dans la rue pour ça. Nous, on descendait dans la rue en 68 ou avant ou après. On descendait pour avoir plus de lycée, pour avoir plus de gymnase, pour avoir plus de profs, pour avoir ceci, pour avoir cela.

Mais au total, aujourd'hui, ils défendent, ils descendent pour qu'on protège la planète. Et ça, qu'ils soient chinois ou américains, ils pensent pareil. Et ça, c'est quand même quand il y a des consensus dans les sociétés, ça veut dire qu'il y a des possibilités de développement, de promotion et finalement, d'idéal.

8:23
Présentateur

Vous vous êtes retiré de la politique, Jean-Pierre Raffarin, au sens électif de l'expression, il y a cinq ans, lorsqu'en 2017, vous avez mis un terme à votre mandat de sénateur. Vous voilà depuis 2018 le représentant spécial du ministère des Affaires étrangères pour la Chine. Alors, quel est le sens de cette fonction et comment vous répartissez-vous les rôles avec le Quai d'Orsay en général et la ministre, Catherine Colonna en particulier ?

8:46
Jean-Pierre Raffarin

Cette mission est terminée. J'ai mis moi-même fin depuis que le ministre précédent qui me l'avait confié a quitté parce qu'en plus, le Covid, plus certaines orientations, se faisaient que quand on ne peut pas se déplacer, ça ne sert à rien. Moi, j'étais là pour accompagner les PME. J'avais une mission qui était liée aux entreprises et qu'il fallait essayer de développer le commerce extérieur français, les implantations d'entreprises et développer notamment l'accès des PME au marché chinois. Et donc, depuis trois ans, personne ne peut aller en Chine. On est dans une situation où le Covid a bloqué beaucoup de choses.

Donc, c'est une situation qui est aujourd'hui un peu en stand-by et dont je suis un peu en retrait. Je reste très attaché à la civilisation asiatique et chinoise. Je pense qu'il y a dans cette multi-séculaire, multi-millénaire, cette civilisation a beaucoup de choses qui vont marquer et ce qui me préoccupe souvent, c'est de voir que les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas forcément prêts à la place que va avoir la culture asiatique dans le monde. Quand moi, j'avais 20 ans, on voyait la montée de la culture américaine. Mais on a été prévenus, je me souviens du livre de Jean-Jacques avant Schreiber, je me souviens de l'Express de l'époque ou avec le défi américain.

On nous a prévenus sur ce qu'est l'influence américaine et nous, on ne nous prévient pas toujours sur ce qu'est l'influence de la civilisation chinoise le jour où cette économie sera la première du monde.

10:14
Présentateur

Et vous avez fait ce qu'il fallait pour prévenir. On va y revenir dans quelques minutes. Vous sillonniez déjà ce pays à l'époque de Mao, grand timonier de son État, puis à l'époque du petit timonier Deng Xiaoping qui mata à 85 ans et dans le sang, les étudiants placent Tiananmen en 89, puis la Chine de Jiang Zemin mort cette semaine. Vous avez donc recul et connaissance Jean-Pierre Raffarin. Quel est selon vous le sens des manifestations actuelles de la population chinoise ? Est-ce que c'est une simple demande d'en finir avec les confinements Covid stricts ou il y a peut-être autre chose et on pourrait assister à une lame de fond plus importante ?

10:51
Jean-Pierre Raffarin

C'est très difficile à dire. Bon d'abord je ne suis pas vraiment surpris parce qu'il y a quelques mois on a vu beaucoup de Français expatriés en Chine revenir et revenir assez hostiles à tout ce qui était fait en ce qui concerne la lutte contre le Covid au point qu'un grand nombre d'entre eux n'ont pas voulu retourner en Chine.

Moi je me souviens il y a encore peu de temps où les entreprises se plaignaient qu'une fois qu'elles envoyaient un expatrié en Chine ils ne voulaient plus revenir qu'ils se plaisaient à vivre là-bas et qu'au fond il y avait une sorte d'attache et je me souviens de Schneider je me souviens de EDF je me souviens de ces grandes compagnies qui avaient beaucoup de salariés en Chine qui n'arrivaient pas à récupérer leurs ingénieurs en France donc j'ai bien vu que la gestion du Covid était très problématique et elle posait des problèmes et elle posait des problèmes majeurs à nos expatriés ça veut dire qu'elle posait aussi des problèmes majeurs aux Chinois donc je ne suis pas étonné de cette révolte parce que précédemment les expatriés français européens du manière générale soutenaient finalement non pas le régime mais soutenaient leurs conditions de vie en Chine qui leur plaisaient or maintenant on voit bien que c'est très différent donc il y a naturellement dans le peuple en profondeur des résistances très fortes sur tout ce qu'il leur est demandé mais disons que d'une manière générale il y avait une sorte de consensus vous ne faites pas de politique et vous êtes libre grosso modo c'était un peu ça qu'on disait aux jeunes si vous faites de la politique vous rentrez dans le parti et c'est quelque chose qui est complètement encadré si vous ne faites pas de politique vous faites ce que vous voulez vous faites du business vous faites tout ce que vous voulez bon les choses changent un peu et puis la politique rentre maintenant partout dans la vie avec les masques avec les horaires avec le confinement et donc ils ont une pression politique aujourd'hui qui font qu'ils ont envie de faire de la politique et ils ont envie de dire leur mécontentement et donc tout ceci est une mécanique assez extraordinaire est-ce que ça va remettre en cause cette sorte de contrat où laissez-nous faire nos vies et puis vous vous occupez de la politique et puis finalement on n'avance qu'un cas comme ça est-ce que ça va aller plus loin je n'en sais rien ce que je sais c'est que c'est profond ça a été très profond chez nos compatriotes qui sont revenus alors qu'ils étaient très heureux dans leur vie quotidienne ils sont revenus assez agressifs donc ça veut dire ça touche en profondeur

13:05
Présentateur

pour finir là-dessus en février 2020 donc vraiment tout au début quand le coronavirus se trouvait si je puis dire en transit quelque part entre la Chine et la France vous déclariez être impressionné par les mesures fortes et efficaces démontrées en Chine pour lutter contre le Covid ces mesures ont atteint clairement aujourd'hui leurs limites

13:24
Jean-Pierre Raffarin

bien sûr bien sûr mais il y a eu plusieurs phases il y a eu une phase où la Chine a été efficace et puis il y a eu une phase où elle a été complètement efficace mais ça s'est passé dans tous les pays vous savez le hit parade des pays qui réussissaient en un moment on a présenté la Corée du Sud comme exceptionnelle puis on a vu que ça n'était pas si exceptionnel à un moment on a vu qu'on était bien moins bons que les Allemands et on s'est aperçu qu'on était meilleurs des Allemands donc il y a eu des hauts et des bas mais on voit bien qu'aujourd'hui la stratégie zéro Covid en Chine pose de très graves problèmes à la Chine elle-même et aux Chinois

13:53
Locuteur 7

France Culture Sens politique Arnaud Bousquet

13:57
Présentateur

C'est le moment Jean-Pierre Afarin de vous faire découvrir la première archive sonore de l'émission on va commencer par vous entendre un de vos passages à la télévision vous ignorez pour l'instant ce dont il s'agit alors volontairement je ne donnerai pas le contexte de cette interview comme le journaliste fait très bien son métier on va tout comprendre je vais quand même vous concéder allez un indice sur l'époque de l'extrait le journaliste en question s'appelle Yves Mourouzi

14:23
Locuteur 3

7 jeunes Iscardiens sont allés en Chine populaire il y a de cela déjà quelques temps nous en avions parlé ils se sont mis à 7 pour écrire ce livre La vie en jaune un livre publié aux éditions Stock qui est en quelque sorte Jean-Pierre Afarin votre livre de bord votre livre de voyage

14:42
Locuteur 1

absolument oui ça n'a aucune autre prétention en tout cas pas de prétention de sinologue nous avons vu des choses étonnantes en Chine vous savez très souvent on dit si je l'avais vu je ne l'aurais pas cru et bien là on a vu des choses étonnantes on a voulu simplement en faire part au lecteur parmi ces choses étonnantes il y a les obsèques du maréchal Tchoute il y a traversé du Yangtze pour la 10ème anniversaire la traversée du président Mao Tse Tung des choses vraiment très étonnantes pour un occidental

15:06
Locuteur 3

oui je vous citerai je vois que vous écrivez dans le livre un proverbe chinois dit qu'il vaut mieux voir une seule fois que lire 100 fois en une fois quelle appréhension quelle saisie peut-on avoir de la Chine populaire lorsqu'on est jeune lorsqu'on n'a pas de disons d'idées préconçues avant le départ

15:22
Locuteur 1

d'abord c'est très impressionnant c'est vraiment très étonnant c'est tout à fait nouveau tout à fait différent de tout ce qu'on peut voir dans les autres pays là où on a pu voyager je dirais que ce qui nous a frappé c'est d'abord premièrement des réussites chinoises tout le monde mange semble-t-il à sa faim tout le monde à sa brasse les montres tout le monde à son petit vélo et ses chaussures à caoutchouc il y a un certain niveau de vie minimum pour tout le monde en revanche ce qui est très frappant naturellement c'est la perte d'esprit critique la perte de cet individualisme qui fait un peu la richesse des sociétés occidentales il est très impressionnant de voir que quelle que soit la hiérarchie dans le parti au plus bas comme au plus haut niveau on répète la même chose on cite les mêmes slogans enfin c'est terrifiant de penser que des gens ont perdu leur propre sentiment d'analyse et qu'ils répètent les mêmes slogans comptons sur nos propres forces vive le président Mao Tse Tung grâce à sa lumineuse pensée

16:09
Présentateur

Jean-Pierre Raffarin l'Aouan a presque pas changé depuis cette époque où Yves Mourouzi vous présentait comme un jeune Giscardien et pourtant elle remonte à combien de temps cette archive ?

16:19
Jean-Pierre Raffarin

50 ans oh yaya 50 ans

16:21
Présentateur

allez pas tout à fait 45 77 77 c'est le président de la république Valéry Giscard d'Estaing qui vous pousse à ce voyage en Chine avec 6 de vos camarades de la même obédience Giscardienne et du même âge que vous je crois qu'il y avait notamment un de vos anciens ministres Marc-Philippe Dobres quel est le sens de cette expédition presque de cette mission ?

16:43
Jean-Pierre Raffarin

et bien le président Giscard d'Estaing devait faire un voyage en Chine qu'il n'a pas pu faire les chinois ont voulu qu'il y ait quand même un signe qui soit donné et donc on a pensé enfin les autorités françaises diplomatiques ont pensé à ce moment là que c'était intéressant d'organiser une rencontre entre les deux jeunesses la jeunesse chinoise et la jeunesse française et donc le mouvement des jeunes qui soutenait le prix dans la république a été invité par la jeunesse communiste chinoise donc nous sommes allés avec nos centaines d'adhérents rencontrer d'une organisation qui avait des millions d'adhérents naturellement nous avons multiplié d'abord par dix puis par cent puis par mille nos effectifs pour être assez crédibles vis-à-vis d'eux progressivement et puis donc comme il y avait le fils du président de la république dans cette délégation ça a donné un caractère assez officiel à ce mouvement donc c'était au fond une animation politique sans grande signification mais enfin on a passé quand même là-bas trois semaines et puis on a quand même vu des choses et ce que je remarque c'est que je dirais presque la même chose aujourd'hui étonnant et terrifiant le constat est le même

17:51
Présentateur

c'était la question

17:52
Jean-Pierre Raffarin

que je souhaitais vous poser étonnant parce que c'est incroyable de voir et encore aujourd'hui je me souviens encore de Sarkozy découvrant les tours de Shanghai c'est beau c'est absurde d'être contre les tours il faut être contre les moches tours et pour les belles tours donc au fond beaucoup de gens ont découvert avec la Chine et nous on a commencé à découvrir très très tôt et franchement ce qui m'avait frappé c'est peut-être là qu'est né mon intérêt pour cette civilisation c'est que le pays était très très triste tout le monde était habillé pareil tous les adultes répétaient la même chose il y avait un truc formidable c'était les enfants les enfants qui eux étaient colorés qui eux jouaient au ping-pong partout qui nous proposaient une raquette dès qu'on arrivait quelque part on a fait des dizaines de matchs on les a tous perdus évidemment mais il y avait cette jeunesse qui poussait et on sentait que là que ça fourmillait et qu'un jour ça prendrait place

18:40
Présentateur

mais qu'est-ce qui peut fasciner à ce point l'homme de centre droit que vous étiez déjà que vous êtes toujours dans un pays communiste et totalitaire comme la Chine

18:49
Jean-Pierre Raffarin

c'est pas le communisme le communisme je le connais par coeur et je le combats mais c'est la civilisation chinoise c'est le fait que nous par exemple nous sommes une société de la création il y a un point zéro que ce soit un bing-bang ou que ce soit un dieu créateur pour nous le monde a commencé à un moment eux le monde est circulaire le monde n'a jamais commencé il s'est transformé au fond on a peut-être été singe avant on sera peut-être serpent après il y a cette continuité entre création et transformation vous changez tout par exemple quand vous signez un contrat pour nous européens le contrat c'est le point zéro et donc c'est la référence pour eux rechanger le contrat le lendemain c'est tout à fait possible parce que c'est la culture de la transformation c'est pas qu'il est déloyal le chinois quand il veut revoir le contrat c'est que même s'il y en a qui peuvent utiliser cela malicieusement mais ils font des choses ils sont pour la transformation nous on est pour l'individu eux ils sont pour le collectif c'est une pensée tellement différente c'est une culture qui est millénaire multimillénaire cinq fois millénaire mais qui est profondément différente et donc culturellement comme beaucoup de gens comme beaucoup de philosophes j'ai trouvé intéressant de se passionner pour cette civilisation parce que ça nous fait découvrir nos forces notre identité par la confrontation des idées

20:08
Présentateur

on vient de vous entendre en 77

20:10
Jean-Pierre Raffarin

pour ceux qui s'intéressent à cette question je dis simplement François Julien a écrit des choses merveilleuses sur les écarts justement entre ces deux civilisations

20:18
Présentateur

on vient de vous entendre en 77 vous n'avez pas encore 30 ans disais-je déjà un double chemin professionnel et politique plusieurs années dans le marketing pour Jacques Vabre la marque de café 77 votre premier mandat électif puisque vous voilà conseiller municipal d'opposition à Poitiers votre ville de naissance et au fond vous reproduisez le schéma initié par vos aïeux votre grand-père Alfred était le maire du village de Vousailles à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Poitiers votre père Jean exploitant agricole s'installe lui aussi à la mairie de Vousailles pendant 32 ans Jean Raffarin député et secrétaire d'état à l'agriculture dans le gouvernement Mendes France sous René Coty tout cela sous l'étiquette du CNIP le Centre National des Indépendants et Paysans c'est le parti à l'époque d'Antoine Pinet de René Cotier d'un jeune garçon qui fait figure de valeur montante et qui s'appelle Valéry Giscard d'Estaing Jean-Pierre Raffarin quel souvenir vous gardez de cette période les années 50 vous n'avez pas 10 ans et vous nagez déjà dans un milieu qui est très politisé très ministérisé très parlementarisé mais qui garde les pieds sur terre les pieds dans la terre de la Vienne

21:23
Jean-Pierre Raffarin

il y a deux choses très importantes qui sont liées à l'observation de mon père un la différence entre le socio-professionnel et le politique mon père fait de la politique je dirais par accident c'est un moment en 51 où les paysans se présentent il est élu et comme c'est quelqu'un qui n'a que son certificat d'études mais qui est très très fort en calcul mental il va à la commission des finances et il calcule plus vite élu comme député élu comme député et comme député paysan et donc là Mendès France le remarque et lui demande d'entrer au gouvernement et donc moi j'ai vu mon père dans la région avec Pierre Ablin avec René Monnory je le voyais il était directeur de coopératives il a monté des coopératives laitières des coopératives viticoles céréalières il a fait beaucoup de choses c'est un entrepreneur il a fait de la politique comme on fait un socio-professionnel et moi qui étais tout petit mais qui étais déjà très politique dans ma tête et je voyais la différence entre les hommes politiques avec lesquels parlait mon père et mon père et je voyais quelquefois même les politiques manœuvrer mon père qui lui était un socio-professionnel très concret très engagé sur des réalisations concrètes j'admirais beaucoup mon père pour ça parce qu'il tirait toujours les choses vers le concret mais naturellement je voyais les politiques qui autour de lui pouvaient avoir quelquefois des capacités de séduction un peu de manipulation et donc j'ai vraiment senti ça et compris ça très très tôt et puis la deuxième chose que j'ai vraiment compris très très tôt aussi c'est qu'il y avait des amitiés des fidélités mon père a été avec Mandès et Mandès l'a beaucoup impressionné il est resté fidèle toute sa vie il était plutôt giscardien plutôt indépendant et paysan plutôt centre droit et donc je pense que dans les élections il votait centre droit mais il envoyait toujours son chèque à Pierre Mandès son petit chèque quand il était candidat c'était dans l'heure je crois ou que c'était ensuite à Grenoble il envoyait toujours car il y avait cette fidélité à cette personne et donc ces deux sujets là m'ont toujours marqué la place de l'amitié de la fidélité de la relation durable en politique là où c'était un mouvement très opportuniste et puis cette relation un peu différente entre le politique et l'entrepreneur

23:41
Présentateur

vous avez 25 ans quand Valéry Giscard d'Estaing entre à l'Elysée ça veut dire quoi être jeune giscardien à ce moment là on veut rompre avec quoi et on veut garder quoi du monde d'avant

23:51
Jean-Pierre Raffarin

on veut moderniser le pays on connait la grandeur du général de Gaulle on mesure ça qu'a apporté le général de Gaulle à la France mais le mouvement gaulliste apparaît quand même figé on a on a une société qui qui semble assez peu ouverte aux technologies on a le le goût un peu de de l'Amérique quand je vous parle du défi américain de Servan-Schreiber et de de cette volonté d'ouverture les éditoriaux de François Giroud on voulait que ça ça bouge un peu donc on n'est pas des révolutionnaires on s'intéresse à mai 68 mais comme des réformistes pas comme des révolutionnaires et donc il y a une volonté de mouvement et on semble que il nous semble à ce moment là que Giscard incarne cette part de continuité de sagesse 11 ans ministre des finances avec De Gaulle mais en même temps ce renouveau cette attitude décontractée cette ouverture européenne qui fait que on veut passer un peu à un autre âge

24:50
Présentateur

et votre Giscardisme absolu va même jusqu'à vous faire épouser une jeune femme native de Chamalière dites-nous Jean-Pierre Afrin que ce n'est pas un hasard

24:58
Jean-Pierre Raffarin

écoutez ce n'est pas forcément un hasard si j'étais marxiste parce que l'infrastructure auvergnate aurait déterminé ma culture mais comme je suis humaniste je suis obligé de vous dire que c'est parce qu'elle a beaucoup de qualité que je suis tombé amoureux d'elle

25:11
Présentateur

Jean-Pierre Afrin avant de devenir ministre puis le premier d'entre eux en 2002 vous allez pendant une dizaine d'années creuser votre sillon localement et plutôt rapidement dans votre département de la Vienne où vous êtes né on l'a dit vous avez vos racines conseiller régional de Poitou-Charentes en 86 président de cette région deux ans plus tard conseiller municipal à Poitiers sénateur de la Vienne à partir de 97 et votre éclosion se fait d'autant plus vite que vous êtes quand même localement à bonne école avec deux personnalités politiques de premier rang qui s'affrontent sous vos yeux dans les années 80 et 90 dans la Vienne Edith Cresson maire de Châtellerault ministre puis première ministre de François Mitterrand et René Monnery maire de Loudun pendant 40 ans plusieurs fois ministre président du Sénat président de région président du département et géniteur du Futuroscope Jean-Pierre Raffarin quel était à ce moment-là le sens de cette implantation d'une sorte de parc d'attraction au milieu des années 80 dans la campagne Poitvines

26:08
Jean-Pierre Raffarin

c'était l'idée de créer des richesses au fond nous avons un département qui est un département de culture rurale et de culture aussi administrative avec ce qui était une capitale régionale Poitiers et on voit bien que les forces économiques ne sont pas suffisantes pour faire un développement de ce territoire et donc il faut jouer la carte de l'attractivité il faut faire venir des gens il faut faire venir des créateurs et donc l'idée du Futuroscope c'est d'installer une mécanique d'attractivité et ça a été une idée géniale et c'est encore aujourd'hui un succès magnifique

26:41
Présentateur

et voici la deuxième archive sonore de l'émission journal régional de FR3 Poitou-Charente du 21 juin 86 un an avant l'ouverture du Futuroscope la présentatrice est debout devant une grande maquette de l'autre côté il y a René Monnery qui est alors le président du département et ministre de l'éducation nationale ça se voit parce qu'on dirait un maître d'école avec une longue règle en bois et la journaliste lui fait remarquer que le projet n'est pas encore extrêmement clair dans la tête des Poitvines

27:07
Locuteur 4

je comprends tout à fait que les gens ne comprennent pas d'ailleurs s'ils étaient complètement sensibilisés à ce que nous faisons ça voudrait dire qu'on ferait ce qui est ailleurs donc on aurait copié là ça fait deux ans qu'on invente mais on n'invente pas n'importe quoi on vit dans le futur et on essaie d'apporter aux portes de Poitiers vraiment ce que sera la société de demain et je crois que nos idées n'étaient pas si mauvaises que ça parce que ça a tout même donné cette maquette

27:30
Locuteur 8

justement alors le choc psychologique ça a été hier la présentation au public de cette maquette on aperçoit beaucoup mieux les quatre pôles les quatre fonctions essentielles du parc alors je vais vous demander le monsieur le ministre de nous faire visiter les lieux

27:41
Locuteur 4

alors je crois tout d'abord qu'il y aura une zone de formation tout à fait inédite c'est donc comme vous l'avez dit la fleur de marguerite ou la fleur qui s'ouvre ici le lycée pilote vous voyez on ne fait pas un lycée du futur dans une architecture normale c'est un peu le concorde ensuite une zone de pavillon à thème vous voyez que le pavillon du futuroscope lui-même est un seul élément et un petit élément par rapport à l'ensemble et ça c'est le soleil qui se lève sur la technologie le cinéma géant qui est en construction et d'ailleurs on aura de très très belles choses ensuite pavillon de la communication la santé l'agriculture le temps qui sont pour une autre étape sauf celui de la communication et enfin la vie du futur aussi bien pour les adultes qu'un monde merveilleux des enfants merveilleux parce que nous allons je dirais additionner le jeu traditionnel et le jeu technologique et là-bas plus loin c'est les années après 90 l'implantation par des technologies tout à fait nouvelles de nombreuses entreprises j'espère ici et dans l'ensemble de la Vienne

28:34
Présentateur

René Monnerie en 86 avec cette phrase délicieuse qui aurait pu être signée à Jean-Pierre Raffarin je comprends tout à fait que les gens ne comprennent pas bon les gens ont-ils fini par comprendre ?

28:44
Jean-Pierre Raffarin

Écoutez c'est plus d'un million de visiteurs chaque année c'est donc une dynamique véritable c'est un pôle d'emploi considérable c'est le lieu où il y a le plus en formation d'ingénieurs des sciences de l'ingénierie de tout ce qui est haute technologie donc il y a un pôle là très très fort et donc je pense que Monnerie avait vu juste même si naturellement le projet qui est réalisé n'est pas tout à fait celui qui avait été pensé au départ mais c'est un grand parc de technologie c'est une attraction et ce qu'il dit de merveilleux c'est qu'au fond les enfants ils sont toujours heureux et quand on passe sur l'autoroute avec deux enfants à l'arrière de la voiture on se sent obligé de s'arrêter pour qu'ils voient le monde de demain

29:27
Locuteur 7

France Culture Sens politique Arnaud Bousquet

29:31
Présentateur

En imaginant les années 90 je crois que pas grand monde même pas René Monnerie n'avait prévu ce qui allait devenir l'un des événements les plus marquants de la droite sous la 5ème république un premier ministre et son gouvernement quasi entier qui rompt le pacte passé avec Jacques Chirac Edouard Balladur se présente à la présidentielle de 95 ses ministres RPR et UDF le soutiennent contre Jacques Chirac le candidat naturel est prévu l'UDF Giscardienne n'est pas mécontente de ce mauvais coup à l'adversaire de toujours vous êtes à l'UDF et pourtant vous allez Jean-Pierre Raffarin à défaut de ralliement officiel donner des signes de soutien à Jacques Chirac quel est le sens de votre choix déterminant on le verra pour la suite de votre parcours politique

30:17
Jean-Pierre Raffarin

et bien je suis secrétaire général de l'UDF que préside Giscard et petit à petit Edouard Balladur cannibalise l'UDF l'ancien secrétaire général François Berrour on a François Léotard et Gérard Longuet qui rejoignent aussi l'UDF on voit certains centristes on voit Madame

30:39
Présentateur

ils sont dans le gouvernement

30:40
Jean-Pierre Raffarin

tous ces gens-là rejoignent la candidature Balladur c'est-à-dire que Balladur à un moment a pris une grande part de l'UDF et donc il y a un combat entre je dirais la ligne historique de l'UDF centriste libérale européenne et la ligne Balladur et donc progressivement cette ligne-là en s'opposant à Balladur trouve des proximités naturellement avec Jacques Chirac qui par ailleurs l'opposant à Balladur et là on se trouve dans cette situation où Jacques Chirac lui-même vient à l'UDF à plusieurs reprises parler avec Giscard on se souvient que Giscard et Chirac avaient des difficultés de communication personnelle très très fortes depuis 1976 évidemment mais là on voit ils passent des heures ensemble je suis chargé de l'accueillir donc dans les locaux de l'UDF d'accueillir Jacques Chirac et donc des heures et des heures j'attends derrière la porte qu'ils aient terminé et c'est là où Chirac va essayer de gagner de l'estime de se montrer plus profond qu'il n'y paraissait montrer sa culture des civilisations anciennes de l'Asie et de la Chine et donc sur la Chine ils sont tous les deux très très engagés pour essayer de comprendre cette civilisation et donc ils se rapprochent petit à petit et moi je suis rentré en 1995 dans le gouvernement Chirac qui était en fait un gouvernement Juppé mais sous-président Chirac avec très peu d'UDF par la porte par la porte Giscardienne c'est-à-dire que ce sont les Giscardiens ces Madelins ces Millons ces Charrettes nous rentrons une dizaine à peu près au gouvernement et cette dizaine là ce sont les Giscardiens qui sont avec Alain Juppé il faut dire que Alain Juppé a toujours été le plus Giscardien des Chirakiens et c'est pour ça que vous allez le soutenir au moment de la primaire en 2016 absolument parce qu'on a cette proximité de pensée depuis longtemps

32:24
Présentateur

vous êtes à ce moment-là donc en 1995 ministre des PME du commerce et de l'artisanat l'aventure fait long feu puisque dissolution ratée par Jacques Chirac c'est évidemment facile de refaire l'histoire mais pendant ces 5 années de cohabitation Chirac-Jospin est-ce que vous avez comme un instinct quelques indices qui vous signalent la possibilité d'une présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002 ?

32:49
Jean-Pierre Raffarin

Très franchement non très franchement on est d'ailleurs assez focalisé sur cette équipe Jospin qui part vite qui a une certaine forme de cohérence et donc le schéma c'est Jospin ou Chirac on n'est pas dans cette perspective encore de voir Le Pen arriver au pouvoir et donc c'est progressivement que les choses vont se présenter mais pendant un certain temps on voit bien qu'il y a compétition entre le premier ministre et le président dans des styles très différents et c'est au fur et à mesure que le temps va passer que Jospin va commencer à faire des erreurs qu'il va y avoir un certain nombre de difficultés qu'on sent la victoire Chirac possible mais très franchement autour de Jacques Chirac je n'ai entendu que Madame Chirac Bernadette Chirac dire qu'il y avait une possibilité de victoire de Le Pen avant l'élection

33:49
Présentateur

Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac qui s'affrontent finalement dans les urnes au second tour le dimanche 5 mai 2002 ce qu'on a appelé le Front Républicain fonctionne puisque Jacques Chirac est élu avec plus de 82% des voix le candidat du Front National dépasse à peine son score du premier tour et c'est Jean-Pierre Afarin l'archive sonore que vous avez souhaité partager avec nous je vous propose de nous la présenter

34:11
Jean-Pierre Raffarin

au fond c'est le soir de l'élection Jacques Chirac qui s'adresse aux Français et qui explique l'importance de cette victoire qui n'est pas la sienne mais qui est celle de la République

34:23
Locuteur 5

Ce soir nous célébrons la République comme toujours face à l'épreuve la voici debout fière fidèle à ses valeurs présente forte rassemblée j'ai entendu et j'ai compris ce que les Françaises et les Français ont dit de retrouver le sens de l'action au service de chaque Française et de chaque Français

35:08
Présentateur

Le jeu vous ai compris de Jacques Chirac devant la foule de droite et de gauche place de la République à Paris le dimanche 5 mai 2002 au lendemain de cette victoire et de son discours Jacques Chirac vous nomme Premier ministre et vous entrez Jean-Pierre Raffarin à Matignon quel est le sens de cette nomination et donc votre feuille de route

35:27
Jean-Pierre Raffarin

Ma feuille de route c'est d'ailleurs exactement ce que dit Jacques Chirac il dit tu as une mission cette mission est comme il le dit d'avoir un passage à l'action et cette mission c'est de se consacrer complètement à l'action et Jacques Chirac va me dire en un moment tu sais la probabilité de la victoire de la gauche est très forte vous disiez tout à l'heure que c'était le moment de l'ouverture sauf que vous dites ça aujourd'hui mais sauf qu'au lendemain de l'élection qu'est-ce qu'on disait on disait que la gauche allait gagner les législatives pourquoi parce que Jospin avait été correct il avait été tout de suite parce que Troscan avait dit dès 20h02 qu'il fallait voter Chirac et donc nous pensions en se pinçant le nez pardon

36:08
Présentateur

en se pinçant le nez

36:10
Jean-Pierre Raffarin

avait-il rajouté peut-être plus tard mais enfin quand il le dit il le dit clairement et c'est 20h02 alors qu'il y a encore beaucoup de gens qui hésitent après chacun raconte ce qu'il veut mais le soir même il est au rendez-vous Troscan et il entraîne une partie et Jospin démissionne et donc là nous sommes dans une situation où la gauche joue complètement le front républicain et nous pensons et Jacques Chirac pense que les français vont probablement en tenir compte et donc il va choisir un premier ministre qui n'est pas un RPR qui va être un UDF qui n'est pas un Parisien qui est un provincial qui n'est pas un un énarque qui est quelqu'un qui vient du monde des PME et donc il prend quelqu'un de décalé par rapport à ce qu'il représentait jusqu'à maintenant et il dit va aux législatives ce que nous n'avons pas prévu c'est que je gagne les législatives avec un score incroyable que nous avons la majorité bleu horizon c'est-à-dire que les français adhèrent à ce nouveau ton de manière incroyable ce qui fait que quand on dit faites l'ouverture ou faites ça à la fin c'est impossible parce que la majorité qui est une majorité massive qui est une majorité bleu horizon et donc là il y a la majorité absolue quand je vois aujourd'hui les difficultés de la majorité moi j'avais plus de 100 députés d'avance en termes de majorité et donc et ma majorité elle elle voulait gagner sur le programme qui était le nôtre et donc c'est pour ça que les choses se sont passées ainsi mais je dois dire que Jacques Chirac qui s'était engagé sur les retraites qui était l'alignement des fonctionnaires sur le privé ça a été fait qu'il s'était engagé sur la décentralisation on a fait l'acte de décentralisation et donc on s'est engagé sur ces sujets-là et donc Jacques Chirac a voulu montrer cette inflexion et qui était une inflexion pour être franc aussi de Jacques Chirac je l'ai vu quand il parle avec Nicolas Hulot quand il s'engage sur la charte de l'environnement j'ai vu un Jacques Chirac qui ne ressemblait pas tout à fait au Jacques Chirac de 1976 qui avait fait le combat contre Giscard j'ai vu un Chirac beaucoup plus radical beaucoup plus marqué par la cohésion sociale je vais vous faire une confidence un jour je lui dis qu'est-ce que vous attendez d'un premier ministre il me répond d'abord qu'il ne se batte pas c'est-à-dire il fait de la cohésion sociale la priorité des prix de réc y compris je veux dire sur le développement le rassemblement peut-être avant le développement et cette cohésion sociale la lutte contre la violence l'apaisement du pays c'est le cœur de la conviction de Jacques Chirac

38:43
Présentateur

parmi les événements parce qu'il y en a qui vont marquer cette période durant laquelle vous dirigez le gouvernement des événements politiques mais l'événement le plus marquant le plus difficile sera certainement la canicule de l'été 2003 15 000 morts en France pour la seule première quinzaine d'août est-ce que l'expression et ça sera la dernière question de l'émission fréquemment utilisée quel qu'en soit le locataire d'ailleurs vous l'avez été 3 ans et 25 jours l'enfer de Matignon vous comprenez maintenant le sens de cette formule Jean-Pierre Raffarin

39:14
Jean-Pierre Raffarin

je pense que je l'ai toujours compris mais parce que on le comprend surtout quand on y est je veux dire que c'est ça qui est le plus dur mais parce que quand vous sortez après moi j'étais le premier ministre quand je suis arrivé le chômage augmentait quand je suis parti le chômage diminuait on a fait la journée de solidarité la canicule qui était le grand moment aujourd'hui c'est plus de 40 milliards qui ont été levés pour aller aujourd'hui soutenir les personnes handicapées les personnes seules etc et donc il y a eu un certain nombre de réactions on a fait le mécénat culturel l'acte 2 de la décentralisation donc quand je regarde les choses je vois que ça vaut la peine d'y être allé naturellement sur le coup vous êtes extraordinairement marqué par le malheur vous avez en permanent je me souviendrai toujours quand je suis allé dans un centre équestre où des enfants étaient brûlés par un incendie en pleine nuit je me souviendrai toujours quand il y a eu un certain nombre d'attentats extraordinairement violents et brutaux et au total naturellement profondément injustes donc on se souvient de tout ça tous les jours il y a des mauvaises nouvelles vous êtes une bonne nouvelle un bon sondage ça ne dure pas plus de trois quarts d'heure à Matignon vous avez tout de suite quelque chose un accident un problème une difficulté une question difficile à l'assemblée vous avez toujours quelque chose qui vous met en alerte mais au fond si vous aimez bien votre pays si vous aimez les gens avec qui vous travaillez si vous avez cet affectif qui vous tient qui fait qu'au fond c'est par l'affectif que vous avez une sorte de valeur humaine et que vous savez partager cette valeur humaine au fond au fond de l'action même dans la douleur vous trouvez un peu de joie celle qui est d'avoir une relation affective avec les autres

40:50
Présentateur

et donc le bilan de Matignon n'équivaut pas à un enfer même si cette douleur vous expliquez qu'elle est proche en permanence elle est là héros de

40:59
Jean-Pierre Raffarin

mais le bilan je dirais que la situation après Matignon est une satisfaction pour ce qui me concerne que je considère honorable et quand je me promène dans les rues quand je vois dans les trains les gens viennent me voir j'ai un contact assez personnalisé avec les gens donc je crois que j'ai participé à l'apaisement et que je ne suis pas un brutal je suis quelqu'un qui cherche à être équilibré je respecte les autres et donc je n'ai pas toutes les qualités je n'ai pas toutes les aptitudes je n'ai pas naturellement l'excellence d'un certain nombre de gens très excellents mais au total j'ai travaillé à l'apaisement et l'apaisement c'est je crois ce qu'il y a de plus important et de ce point de vue là je conjugue la vision giscardienne avec la patte humaine du chiracisme

41:43
Présentateur

c'est le moment Jean-Pierre à faire un clore ce sens politique je vous remercie de votre venue aujourd'hui sur France Culture de Poitiers à Pékin de Valéry Giscard d'Estaing à Emmanuel Macron finalement c'est un voyage politique et humain long courrier que nous avons partagé dans cette émission on n'a pas eu le temps d'évoquer votre conversion au fil des années à Emmanuel Macron et puis ça sera l'occasion peut-être de vous recevoir à nouveau de voir en Edouard Philippe dites-vous un nouveau giscard pourquoi pas une émission préparée aujourd'hui par Anne-Claire Bazin et Inès Bichel réalisée par Martin Desclozo à la technique Alexandre Dang merci à tous les quatre et Sens Politique ça continue quand vous le souhaitez puisque toutes les émissions sont à retrouver et à réécouter sur notre site franceculture.fr et sur l'appli Radio France