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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 3 juin 2023 17 min

Europe : pour Pieyre-Alexandre Anglade, "les Français sont favorables au soutien à l'Ukraine et à son intégration progressive au sein de l'UE"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Pierre-Alexandre Anglade, l'agence de notation américaine Standard & Poor's n'a donc pas abaissé la note de la France comme certains le redoutaient. Elle anticipe une amélioration de la situation budgétaire du pays qui reste donc notée double A. Est-ce que c'est un ouf de soulagement ce matin ?

0:19
Pieyre-Alexandre Anglade

En tout cas c'est une bonne nouvelle et ça démontre que la France, le gouvernement, l'action du ministre de l'économie Bruno Le Maire a été capable de démontrer que nous avions une trajectoire de réduction des dépenses publiques qui était crédible, qui était solide et qui allait permettre le désendettement progressif de la France puisque c'est l'objectif que le gouvernement s'est assigné. D'ici à 2027, retrouver des finances publiques mieux équilibrées en dessous des 3% de déficit. C'est une question d'indépendance, de souveraineté de notre pays.

C'est pas simplement pour faire plaisir à une agence de notation américaine, c'est parce que c'est ce qui nous donne des marges de manœuvre pour les Françaises et les Français.

0:53
Présentateur

Mais justement sur ce point-là, les 3%, il y a toujours cette perspective négative maintenue par l'agence américaine parce qu'elle doute justement que cet objectif de moins de 3% de déficit soit tenu à la fin du quinquennat. C'est quoi ? C'est un avertissement ?

1:05
Pieyre-Alexandre Anglade

Notre stratégie elle est extrêmement claire et le ministre des Finances la rappelle régulièrement. Nous voulons atteindre le plein emploi et pour cela nous allons poursuivre les réformes. La réforme des retraites, la réforme de l'assurance chômage qui sont deux réformes importantes, le projet de loi Industrie verte qui va arriver au Parlement et qui va permettre de réindustrialiser notre pays et donc de nous redonner du muscle et de recréer des emplois.

1:24
Présentateur

Mais 3% de déficit à la fin du quinquennat, on y sera.

1:26
Pieyre-Alexandre Anglade

Il y aura le 19 juin prochain le ministre des Finances et la première ministre qui donneront leurs orientations sur les économies que nous pourrons avoir à faire dans le prochain budget. Et puis sortir progressivement de toutes les aides qui ont été mises en place ces dernières années pour aider les Françaises et les Français à passer les moments difficiles. La France a plus protégé que les autres pays européens et donc il va falloir que progressivement on en sorte pour retrouver une trajectoire de finances publiques qui soit plus stable.

1:53
Invité

Cette agence de notation se félicite de la réforme des retraites. Vous avez enfin trouvé quelqu'un qui s'en satisfait. Ça confirme aussi que vous l'avez fait aussi pour les marchés, la réforme des retraites. D'ailleurs, Emmanuel Macron l'avait dit lui-même quand il avait dit en l'état les risques financiers et économiques sont trop grands. Il avait alors justifié comme ça le recours au 49.3. Donc c'est aussi pour ces agences de notation que vous l'avez fait.

2:11
Pieyre-Alexandre Anglade

La réforme des retraites, on l'a fait d'abord pour nous, pour les Françaises et les Français. On l'a fait pour permettre de sauver notre système par répartition qui était menacé d'un déséquilibre grave et profond à l'échelle des années à venir. 500 milliards sur les 25 prochaines années si on ne menait pas cette réforme des retraites. Et donc la réforme des retraites, elle a été faite pour les Françaises et les Français et sauvée par le système par répartition qui est la solidarité à la française à laquelle on est toutes et tous attachés et que personne ne voulait remettre en cause.

Et quand j'entends certains vouloir revenir éventuellement sur cette réforme, ceux-là sont irresponsables parce qu'ils font de la mauvaise politique et surtout ils mettent en péril l'avenir de nos retraites. Donc cette réforme, on l'a faite pour nous et certainement pas pour une agence de notation ou pour la Commission européenne comme on l'entend parfois.

2:54
Invité

Mais ce qui prime, est-ce qu'aujourd'hui c'est la baisse des dépenses de l'État ? Vous le disiez, le 19 juin, Bercy présentera les premières mesures d'économie pour plusieurs milliards d'euros. Est-ce que le gouvernement est en train de préparer un plan de rigueur en fait aussi pour bien rassurer les marchés, pour faire en sorte qu'on ait des marges de manœuvre ?

3:08
Pieyre-Alexandre Anglade

Je crois que la rigueur, c'est un terme qu'on ne peut pas appliquer à la France.

3:13
Invité

Ou d'austérité, en tous les cas c'est Bruno Le Maire qu'il va falloir faire des milliards d'économies.

3:17
Pieyre-Alexandre Anglade

Oui, il va falloir faire des économies parce que nous avons beaucoup dépensé ces dernières années pour protéger les Françaises et les Français. La France a été un des pays européens, si ce n'est le pays européen qui a le plus investi pour protéger les emplois, pour protéger les artisans, les commerçants, les salaires. Chacune et chacun d'entre nous, au moment des confinements, a pu rester chez lui, bénéficier du chômage partiel. Tout cela, c'est l'État qui l'a financé.

Et de la même manière, quand nous avons eu à faire face, et nous avons encore à faire face, à l'inflation, au prix de l'énergie qui augmente, là aussi, c'est l'État avec le chèque énergie, les différents chèques qui est venu protéger le pouvoir d'achat des Français. Et donc, il va falloir progressivement en sortir pour retrouver une trajectoire de finances publiques qui permette le désentêtement progressif de la France. C'est un objectif qu'on se fixe à 2027, qui va se faire de manière progressive.

4:07
Invité

Vous n'avez pas répondu s'il y allait y avoir des coûts budgétaires ou pas ?

4:09
Pieyre-Alexandre Anglade

Il faudra, écoutez, c'est la première ministre et le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, qui, le 19 juin prochain, présenteront, à la suite de la revue des finances publiques, les orientations qu'ils ont retenues pour progressivement faire des économies.

4:22
Invité

Mais vous allez quand même faire les 2 milliards de baisse d'impôt pour les classes moyennes ?

4:25
Pieyre-Alexandre Anglade

Oui, parce que cette proposition de 2 milliards, elle s'inscrit dans une trajectoire qui est raisonnable et qui valorise, au fond, celles et ceux qui travaillent. Et notre politique, c'est de valoriser les Françaises et les Français, ces classes moyennes qui, tous les jours, se lèvent pour les travailler. Nous verrons le plus rapidement possible. Il y a un budget qui va arriver à l'automne.

4:42
Présentateur

Tout cela doit être mis en place progressivement. Pierre-Alexandre Anglade, la réforme des retraites. Les oppositions, le groupe Liotte notamment, dit qu'elle n'en a pas terminé, même si sa proposition a été vidée de sa substance en commission. Il reste encore quelques dernières batailles possibles au Parlement et aussi une journée de mobilisation dans la rue mardi prochain. Pourquoi ne pas permettre de vote, finalement, même pour les oppositions ?

5:06
Pieyre-Alexandre Anglade

Il y a eu un vote cette semaine à l'Assemblée nationale. Il y a eu un vote extrêmement clair en commission des affaires sociales. Oui, mais en séance, il n'y en a pas eu sur la réforme des retraites depuis le début. C'est exprimé contre l'article 1er de la proposition de loi des députés Eliott qui proposait l'abrogation de la réforme des retraites. Une majorité de députés à l'Assemblée nationale en commission des affaires sociales s'est prononcée contre. Quant au vote en séance publique, vous me dites qu'il n'y a pas eu de vote. Moi, je vous rappelle une chose quand même assez simple.

C'est que ce sont les députés insoumis qui, pendant des semaines, ont tout fait pour qu'il n'y ait pas de vote, notamment sur l'article 7, qui est le fameux article qui décalait progressivement l'âge de départ à la retraite. Il y a ensuite eu le vote sur la motion de censure. Là aussi, il n'y a pas eu de majorité qui a été trouvée pour renverser le gouvernement. Et donc, cette réforme des retraites a été adoptée. Il faut faire attention à cette petite politique politicienne qui est en train d'être menée, qui est une forme d'arnaque des Françaises et des Français, à vouloir leur faire croire qu'on pourrait abroger la réforme des retraites.

La réforme des retraites, elle a été débattue, adoptée et validée par le Conseil constitutionnel.

6:06
Invité

Donc, personne ne reviendra à suivre ce que vous dites, même ceux qui disent aujourd'hui, eh bien, faites-nous confiance, on reviendra aux 62 ans. Vous n'y croyez pas. Ils mentent. Ça, c'est une fable. Ce sont des menteurs.

6:15
Pieyre-Alexandre Anglade

Ce sont des menteurs. Personne ne reviendra sur la réforme des retraites. Et Charles de Courson et le groupe Liotte, avec le comportement, se font, au fond, les idiots utiles de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. Et ceux-là portent une responsabilité dans la dégradation du débat public, aujourd'hui, à l'Assemblée nationale. Et Charles de Courson, qui s'est fait pendant des années le porte-étendard de la rigueur et de la défense des finances publiques, vient proposer une proposition de loi qui supprime cette réforme et fait peser une charge de 18 milliards sur l'État, ce qui est absolument anti-constitutionnel. Et donc, nous nous y opposons.

6:43
Présentateur

Vous vous dites, vous assumez, même en tant que député, que ce n'est pas forcément en séance aux parlementaires d'en décider. Mais nous en avons décidé. En commission.

6:51
Pieyre-Alexandre Anglade

Mais nous en avons décidé en commission. Nous en avons décidé en première lecture à travers la motion de censure. Le Sénat en a décidé. Une commission mixte paritaire entre l'Assemblée nationale et le Sénat, s'est réuni et en a décidé. Cette réforme, elle a été validée démocratiquement par le Parlement, contrairement à ce que les oppositions de la France insoumise et du Rassemblement national veulent faire croire.

7:07
Présentateur

Pierre-Alexandre Englade, on se retrouve dans un très court instant. Le temps de rappeler l'essentiel de l'actualité en ce samedi matin avec Sophie Echen. C'est déjà la pire catastrophe ferroviaire dans le monde depuis dix ans. En Inde, une triple collision de train a fait près de 300 morts et 900 blessés hier soir. Et le bilan risque encore de s'alourdir. Après l'Ouest, c'est maintenant l'Est du Canada qui subit en ce moment de gros incendies. Ils sont en train de s'étendre vers le Québec où une centaine de feux de forêt brûlent actuellement. 11 000 habitants de la province ont dû quitter leur domicile.

Le père de Kevin Trompa, Guy Trompa, a été condamné à un an de prison ferme pour menace de mort. Il était jugé pour avoir voulu faire tuer en prison les suspects du meurtre de son fils. Kevin et sa compagne Leslie avaient été retrouvés morts plus de trois mois après leur disparition dans les Deux-Sèvres. Et puis la dernière journée de Ligue 1 ce soir, ce sera la dernière avec le Paris Saint-Germain pour deux personnes au moins. L'entraîneur Christophe Galtier qui n'honorera pas la deuxième année de son contrat et le défenseur Sergio Ramos qui a annoncé son départ hier soir.

8:04
Invité

Avec Pierre-Alexandre Angla, député Renaissance et président de la Commission des Affaires Européennes de l'Assemblée Nationale, le ministre du Travail Olivier Dussopt qui a donc mené la réforme des retraites sera jugé en novembre pour des soupçons de favoritisme sur un marché public. C'était à la fin des années 2000 quand il était député et maire d'Anonais en Ardèche. Est-ce qu'au prochain remaniant il peut rester ministre dans ces conditions ? Présumé innocent certes mais entravé dans son action non ?

8:36
Pieyre-Alexandre Anglade

Je ne crois pas que le ministre du Travail soit entravé dans son action et d'ailleurs il y a eu une première décision de justice qui est sur les cinq griefs qui lui étaient reprochés en invalidé quatre. Il en reste un pour lequel il y aura ce jugement qui interviendra mais aucun fait de corruption, notamment n'a été retenu contre le ministre du Travail qui était une des charges qui aurait pu peser contre lui, ce n'est pas le cas. Et donc il aura tout loisir de se défendre face à la justice.

8:57
Invité

Donc quand il va défendre la loi sur le partage de la valeur, vous pensez que c'est dans les semaines à venir, ça ne va pas l'empêcher, ça ne va pas venir brouiller les cartes. Les Français à un moment donné vont se dire mais voilà il est poursuivi pour favorisme, on verra en effet ce que la justice décidera. Mais ça peut en effet parasiter ce message.

9:13
Pieyre-Alexandre Anglade

Je ne crois pas, je crois qu'Olivier Dussopt mène une action courageuse à la tête de son ministère qu'il a affronté la réforme des retraites là aussi avec beaucoup de courage dans les invectives, dans les injures qui pouvaient être celles de l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Et je vous le disais, sur les cinq grièves pour lesquelles il était incriminé, quatre ont été levées, il en reste un, et la justice se tranchera. Mais c'est un ministre au travail qui n'est pas empêché du tout.

9:32
Présentateur

Pierre-Alexandre Anglade, vous avez fait partie de cette commission parlementaire sur les ingérences. Jean-Philippe Tanguy, le député RN qui l'a présidé, a confirmé, déposé plainte contre la rapporteure de cette commission, Constance Legrippe, parce qu'il lui reproche d'avoir divulgué dans la presse les conclusions de cette commission avant la remise officielle du rapport le 8 juin. Est-ce qu'elle a commis une faute ?

9:53
Pieyre-Alexandre Anglade

Non, et Constance Legrippe n'a commis aucune faute. Et Jean-Philippe Tanguy s'agite beaucoup. Jean-Philippe Tanguy s'agite parce qu'il a été celui qui, au Rassemblement national, a poussé pour cette commission d'enquête. Oui. En pensant qu'il pourrait, quelque part, laver l'honneur de son parti, qu'il pourrait lever les soupçons qui existent sur la collusion entre le Rassemblement national et la Russie. Or, il se trouve qu'à l'issue de cette commission d'enquête, le soupçon qui pèse dans les liens qu'entretient le Rassemblement national avec la Russie n'a jamais été aussi lourd. Et donc, Jean-Philippe Tanguy se retrouve mis en difficulté au sein de son propre parti.

Et donc, c'est une manœuvre de diversion. Mais ce que la commission d'enquête a mis en lumière à travers les différentes auditions qui ont pu être portées, c'est que le Rassemblement national est le relais actif de la propagande de Vladimir Poutine en France. Mais lui, il est une courroie de transmission, comme cela a été révélé, du pouvoir de Poutine en France, que toutes les prises de position, y compris de Marine Le Pen, pendant son audition aux commissions d'enquête, ont été celles de Vladimir Poutine.

Quand elle défend la Crimée, le référendum d'annexion à la Crimée, qui est un référendum qui a été condamné par l'ensemble de la communauté internationale, que c'est une des seules en Europe à reconnaître ce référendum, cela interroge. Et donc, cette commission d'enquête, elle est venue pointer de manière extrêmement claire. ces relations qui existent entre le pouvoir russe et des responsables du Rassemblement national. Est-ce que Jean-Philippe Tanguy est une manœuvre de diversion qui, à mon sens, n'a pas le lieu d'être ?

11:16
Présentateur

Mais alors, ORN, il vous reproche un peu la même chose, d'avoir une lecture politique des conclusions de cette commission, de l'instrumentaliser, des règlements de comptes un peu de toutes parts ou des utilisations politiques de cette commission ?

11:25
Pieyre-Alexandre Anglade

C'est absolument incroyable. C'est le Rassemblement national qui demande une commission d'enquête, qui décide de la présider, et qui, une fois que les conclusions ne lui conviennent pas, décide de la dédire. Mais ce n'est pas le Rassemblement national qui décide de ce que celles et ceux qui ont été auditionnés disent devant cette commission d'enquête. Pendant près de six mois, c'est plus d'une quarantaine d'auditions qui ont été menées avec des responsables du renseignement, avec des experts, avec des responsables politiques. Et tout cela conclut à ce qu'il y ait un lien de relation entre le Rassemblement national et le pouvoir de Vladimir Putin. Alors ça doit déboucher sur quoi ?

Écoutez, nous verrons. Je pense qu'il y a des collègues, Vojeta et Bayou, qui ont des soupçons, notamment concernant un des témoignages qui a été apporté par Marine Le Pen au moment de son audition. Écoutez, nous verrons les suites qui seront données, mais il faut quand même réaliser la situation dans laquelle on se trouve. C'est-à-dire que le Rassemblement national est un parti qui, à longueur de journée, prône le nationalisme et en fait se fait le relais en France d'une puissance étrangère à travers ses prises de position. Je trouve que c'est extrêmement problématique vis-à-vis d'un parti qui...

12:39
Invité

Vous lui avez reproché d'avoir fait un prêt à l'étranger, à la Russie, mais en même temps, c'est parce qu'il n'a pas eu de prêt auprès de banques françaises, le Rassemblement national. Oui, mais... C'est pas rien. Ça empêche aussi d'exercer le principe libre de démocratie.

12:50
Pieyre-Alexandre Anglade

Oui, il y a d'autres pays que la France. Ça n'a pas empêché Marine Le Pen, par exemple, d'aller faire un prêt en Hongrie. Oui, il faut avoir une marque françaises.

12:58
Présentateur

C'était interdit d'aller en Hongrie européenne.

13:01
Pieyre-Alexandre Anglade

Oui, mais ce qui est intéressant, c'est quand même la conjoncture des prises de position de Marine Le Pen et de certains responsables du Rassemblement national avec les prêts et les voyages qui ont pu être les siens dans le pays.

13:14
Invité

Sur l'Europe, puisque vous êtes président, on l'isait, de la Commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale, il y a une grosse actualité européenne cette semaine. Mercredi, Emmanuel Macron était en Slovaquie et puis il était en Moldavie aussi cette semaine à l'occasion du deuxième sommet de la communauté politique européenne. Il y a plaidé pour un élargissement au pays de l'Est, une Europe à plus de 30 pays. Pierre-Alexandre Anglade, en même temps, quand on voit comment fonctionne celle à 27, on se dit, mais comment est-ce possible ? Est-ce que vraiment on peut y arriver ? Est-ce qu'on ne met pas de la charrue avant les bœufs ?

13:37
Pieyre-Alexandre Anglade

D'abord, sur cette semaine européenne, c'était important de souligner que c'était l'Europe unie face à Vladimir Poutine. Vous aviez l'ensemble des dirigeants européens et au-delà de l'Union européenne qui se sont retrouvés à Kisinao, en Moldavie, qui est un petit pays mais qui est à la frontière avec l'Ukraine et qui subit de la déstabilisation, des menaces, des ingérences de la part de la Russie. C'était un symbole de solidarité des Européens, notamment souhaité par la France, à l'adresse de la présidente Maya Sandou et de ce pays. Ensuite, oui, l'Union européenne a vocation à s'élargir. Elle a vocation à s'élargir. Aujourd'hui, vous avez une dizaine de pays qui candidatent.

Mais elle a vocation à s'élargir parce que, notamment l'Ukraine, la Moldavie, ces pays sont déjà membres de notre Union par le combat acharné qu'ils mènent pour la liberté, pour la démocratie, pour leur souveraineté. Et dans ce temps de guerre où une logique de bloc revient en Europe, notre responsabilité à nous, Européens, c'est de les arrimer à cet espace de démocratie, de liberté qu'est l'Union européenne.

14:35
Présentateur

Vous pensez dans ce contexte-là, justement ?

14:37
Pieyre-Alexandre Anglade

Moi, je crois que les Françaises et les Français sont favorables au soutien à l'Ukraine et à son intégration progressive au sein de l'Union européenne. Ça ne va pas se faire demain. C'est un très long processus. Il y a des standards à respecter. Il y a des réformes à mener. Les Ukrainiens vont devoir faire de très nombreuses réformes si un jour ils souhaitent entrer dans l'Union européenne. Il faudra que la guerre soit terminée. Il faudra aussi, surtout que si vous me permettez, juste un dernier mot, il faudra aussi que l'Union se réforme parce que nous voyons bien qu'à 27, parfois, les décisions sont difficiles à prendre.

Si on veut être capable d'être plus nombreux, il faudra qu'on repense nos grandes politiques. La PAC, la politique agricole commune, la politique de cohésion, le fonctionnement du marché intérieur, tout ça doit être repensé de manière à l'argent.

15:16
Invité

Avec une Europe fédérale et enfin un président de l'Europe, vous y êtes pour, vous qui avez 36 ans. Est-ce que vous rêvez cette Europe-là ?

15:20
Pieyre-Alexandre Anglade

Moi, je rêve d'une Europe, effectivement, qui soit capable d'être une Europe puissante, qui soit capable... Incarnée par un homme ? C'est vrai qu'il y a 15 ans, on y pense. Incarnée par un homme ou par une femme. Aujourd'hui, vous avez Ursula von der Leyen et Charles Michel. Moi, je pense qu'un des problèmes politiques que l'on a aujourd'hui en Europe, c'est le défaut d'incarnation. Et donc, oui, si ça doit passer par un homme ou une femme, un président ou une présidente de l'Europe, je pense que c'est une bonne chose à terme. Il faut qu'on soit capable de repenser nos modes de décision et notre représentation politique de nos institutions.

15:48
Présentateur

Vous parliez du soutien à l'Ukraine. Avant d'être en Moldavie, le président Emmanuel Macron était en Slovaquie pour un sommet international où il l'a redit, il faut être beaucoup plus ambitieux que jusqu'à maintenant dans le soutien militaire à l'Ukraine. Qu'est-ce que ça veut dire être plus ambitieux aujourd'hui alors qu'on livre déjà des armes, des munitions, des chars et des avions ?

16:05
Pieyre-Alexandre Anglade

Ça veut dire qu'on doit être capable d'apporter à l'Ukraine des garanties de sécurité qui soient crédibles et tangibles dans la durée. Parce que cette guerre, nous espérons qu'elle puisse se terminer le plus rapidement possible. Les Ukrainiens sont en train de préparer leur contre-offensive, mais on sait que ça peut aussi durer. Et donc, si on veut s'assurer que les Ukrainiens soient en sécurité sur le temps long avant qu'ils rejoignent éventuellement un jour l'OTAN, ils font qu'on soit capable de leur fournir de nouvelles armes, de nouvelles technologies, en particulier des avions de chasse. Parce qu'on va commencer à former les pilotes de chasse ukrainiens.

Il faut que, progressivement, les avions qui vont avec les pilotes leur soient livrés. C'est une des conditions de leur sécurité pour l'avenir.

16:39
Présentateur

Y compris si des actions commencent à être menées en dehors des frontières de l'Ukraine, en territoire russe, même si officiellement le pouvoir de Kiev dénonce son application. Mais on voit qu'il y a bien des combattants pro-Ukraine, en tout cas, qui font des incursions aujourd'hui en territoire russe. Ce n'est pas une menace quand on livre autant d'armes.

16:52
Pieyre-Alexandre Anglade

C'est une situation qui est confuse, effectivement. Le pouvoir de Kiev se défend d'être à l'origine de ces attaques. Apparemment, ce sont des attaques qui sont menées par des Russes eux-mêmes, contre le pouvoir de Vladimir Poutine. Il faut évidemment faire extrêmement attention parce que nous sommes dans un contexte très inflammable et très volatile. Mais il ne faut pas inverser les responsabilités dans cette guerre. Il y a un agresseur

17:11
Présentateur

et un agressé. Si jamais des armes françaises sont utilisées en territoire russe, par exemple, ça posera un gros problème, selon vous.

17:15
Pieyre-Alexandre Anglade

C'est la limite qu'on a toujours posée et que le président de la République a toujours posé, que ces armes ne soient jamais utilisées justement pour pouvoir atteindre le territoire russe.

17:22
Présentateur

Merci à vous, Pierre-Alexandre Anglade, député des Français de l'étranger, président de la Commission des Affaires Européennes dans le 830 France Info.