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Podcast / conversationjean-politik· 9 mai 2025 11 minAutoproduitDivertissementImmigration & asileJusticeSolidarités & familleEurope & international

En soutien à Annasse Kazib : Frederic Lordon sur Gaza, la Palestine, le racisme, la repression....

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 85 %Défensif 15 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:50non_speechFait
    « Les Européens nous ont vomis sur les Arabes. »
  • 3:35non_speechFait
    « Gaza vient potentialiser des situations nationales de classe dans une conjoncture très particulière de crise organique du capitalisme. »
  • 8:42non_speechFait
    « L'antisionisme devient l'unique figure de l'antisémitisme alors qu'il est l'unique rempart contre l'antisémitisme. »
  • 10:08non_speechFait
    « Ces gens-là finiront ensevelis sous une honte historique. »

Temps de parole

  • ?99 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

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Locuteur

Je je sais pas si on m'entend là. Oui, je vous demande pardon, je en fait je suis complètement à côté de la plaque. J'ai rien compris au film. Donc on me dit c'est une table ronde. Moi je dis formidable une table ronde, je prépare une intervention. Et c'était pas du tout, j'étais pas du tout raccord avec le registre des questions et des réponses, le truc un peu vivant et cetera. Bon euh je me suis aperçu de ma méprise beaucoup trop tard pour rectifier le tir. Donc je fais un truc spécial. Je suis dans la table ronde mais j'y suis pas. Vous voyez, je fais la je fais la jointure donc où je fais l'entracte. Voilà, je je fais l'entracte.

Et alors euh je en fait au début je je voulais t'écrire une lettre Anas. Ben oui, je te vois. Enfin pas bien mais je te vois. Donc ça commençait mon cher Anas et bien je lui dis non c'est c'est ça ne va pas mon pauvre Anas. J'ai j'ai recommencé parce que tu tu vois bien euh tu es rebeux, tu es communiste, tu soutiens le peuple palestinien, tu es antisioniste. Toutes mes félicitations hein, tu coches absolument toutes les cases de de l'époque. Tu l'as merveilleusement choisi. Tu es tu es tu es vraiment tu es un cador. Bon et alors j'en étais là et je me suis dit mais c'est ça qu'il faut creuser. Je veux dire tu es un cador. Mais tu es un cador de quoi ?

Euh bon, la première réponse évidente hein, tu tu es un cador du pédigré. Bon, tu vois bien, tu as le pédigré total parfait pour finir comme gibier de commissariat ou de ou de palais de justice. Donc ma première idée, c'est tu es un cador de la synthèse. Tu es une synthèse politique sur patte. Alors, je vais le redire mais comme d'habitude en plus alambiqué. Euh en fait, tu es comme la condensation personnifiée d'une situation qui est déjà elle-même une extraordinaire condensation. Parce que moi, c'est ce qui me frappe dans Gaza, c'est sa puiss sa puissance de condensation absolument inouie.

Euh on entend la question euh souvent très chargé d'arrière-pensée hypocrite, mais pourquoi vous vous intéressez qu'à Gaza, pas auour, au Soudan et cetera et cetera. Mais précisément parce que Gaza, c'est un condensateur sans équivalent. Tout vient s'y précipiter, tout vient s'y fondre et à toutes les échelles, temporelles comme spatiales. Dans Gaza, par exemple, il y a le naufrage de la prétention civilisationnelle occidentale et la réalité de son histoire prédatrice et meurtrière. Dans Gaza, il y a le monstrueux des règlements européens de la Choa, mais jamais liquidé. Alors, impossible ici de ne pas penser à Céser. Alors, je cite César.

Ce que les très distingués, très humanistes, très chrétiens, bourgeois du 20e siècle ne pardonne pas à Hitler, ce n'est pas le crime en soi, le crime contre l'homme. Ce n'est pas l'humiliation de l'homme en soi, c'est le crime contre l'homme blanc. c'est l'humiliation de l'homme blanc et d'avoir appliqué à l'Europe des procès des colonialistes dont ne relevait jusqu'ici que les Arabes d'Algérie, les coulis de l'Inde et les d'Afrique. Dans Gaza, il y a aussi comme l'ont montré Sonia Feman, Béatrice Sor et Michel Siboni, il y a la transfiguration de l'antisémitisme européen en philosémitisme comme d'habitude beaucoup trop postentatoire pour être honnête.

Et donc Schlomoosand parlant alors en tant que juif a donné la formule sans doute la plus lapidaire en disant ceci : "Les Européens nous ont vomis sur les Arabes." Dans Gaza, il y a le déboussolement porté à son comble quand l'État représentatif d'un peuple qui a subi le génocide commet un génocide à son tour. Quand les dirigeants d'un peuple pour le martyr duquel a été forgé la catégorie de crime contre l'humanité sont poursuivis pour crime contre l'humanité à leur tour. Dans Gaza, enfin, il y a un dernier élément qui entre dans le mélange en fusion et qui n'est pas le moindre et c'est essentiellement celui-là que je voudrais parler.

Si étonnant que ça puisse paraître, Gaza vient potentialiser des situations nationales de classe dans une conjoncture très particulière de crise organique du capitalisme. On comprend rien, me semble-t-il, à la violence faite au soutien de la cause palestinienne, à la criminalisation des faits et gestes de ce soutien si l'on ne regarde que Gaza isolément et si l'on n'a pas en tête ce paysage de classe et de lutte des classes.

Donc si l'on ne voit pas que cette criminalisation circonscrite a priori offre l'occasion inespérée d'une criminalisation étendue, celle de toute contestation de l'ordre bourgeois car la bourgeoisie, elle a très bien compris ce qui se joue pour elle à Gaza, ni plus ni moins que la préservation de son hégémonie. On ne comprend donc rien aux intensités paroxistiques qui environnent Gaza si on n'y inclut pas les enjeux fondamentaux que la bourgeoisie engage. Or, il y a un connecteur de toutes les données hétérogènes de cette conjoncture qui est devenue par coalescence internationale et nationale indistinctement. Et ce connecteur, c'est le signifiant arabe.

Le arabe dont la variante génocidaire du sionisme a fait un objet à écraser raisonne immanquablement avec le arabe de l'islamophobie nationale. Dans un cas comme dans l'autre, arabe est identiquement le mauvais objet à expulser et à détruire pour restaurer la paix des dominants. Le paradoxe du signifiant arabe dans notre conjoncture nationale, c'est qu'il n'est presque jamais prononcé comme tel alors qu'il y est devenu centralement agissant symboliquement et politiquement. Mais on sait en psychanalyse que les mots non dit, les mots absents sont parfois les plus présents et les plus chargés de pouvoir organisateur.

Alors, par un mécanisme en fait très classique et que vous connaissez fort bien, les contradictions de l'accumulation du capital que les institutions politiques bourgeoises ne sont plus capables de réguler, elles s'en déchargent sur un groupe social élu comme réceptacle de ces tensions non accommodées. Quelle métamorphose en tension raciale violente. Tout ça est parfaitement connu. Et ici, il faudrait ajouter un mot à propos de ce mécanisme auxiliaire très caractéristique qui conduit à adhérer viscéralement à des idées d'abord épousé sur un mode opportuniste pour leur propriété fonctionnelle en quelque sorte dans une situation politique donnée.

De là que le racisme anti-arabe d'abord solution politique instrumentale de la bourgeoisie est devenue sa passion la plus authentique et pour finir son véritable ciment moral. Le trait le plus saillant d'un portrait moral de la bourgeoisie politique et médiatique d'aujourd'hui, c'est son racisme. Et voilà que survient l'événement Gaza. Alors, tout se connecte, même à longue distance, même des éléments qui en première instance sembleraient étranger les uns aux autres. L'énormité historique du crime israélien appellerait normalement la réprobation universelle.

Donc de prendre partie sans réserve pour les populations arabes massacrées à Gaza mais alors au risque de mettre en péril la solution politique domestique anti-arabe. Pour la bourgeoisie, c'est tout à fait impossible puisque la préservation de ses intérêts hégémoniques passe avant toute autre chose. Tout entre alors en résonance. Le philoosémitisme factice de la bourgeoisie forme supposément expiatoire en fait simplement inverti de son antisémitisme criminel des années 30 40. Son philosémitisme commande son ralliment à Israël et ceci avec d'autant plus de fanatisme que ce ralliment vient préserver et même consolider la chose précieuse entre toutes la solution domestique anti-arabe.

Et ceci tout en facilitant la répression générale des forces de gauche qu'on peut attaquer sur des motifs entièrement fallacieux d'antisémitisme ou d'apologie du terrorisme pour recouvrir les motifs réels. Bien sûr, car ce sont des forces engagées contre l'ordre bourgeois dans une situation de contestation de l'ordre bourgeois. Alors se produit un phénomène politique global absolument fascinant où les époques et les espaces entrent en communication et semblent passer les uns dans les autres et de ce creusit. Nous voyons émerger les trois côtés du triangle de l'ordre bourgeois d'aujourd'hui révélé donc par Gaza.

Premièrement, le pouvoir du capital à maintenir et la guerre de classe radicalisée en situation de crise, ça c'est la base. Deuxièmement, le philosémitisme opportuniste de la bourgeoisie. Troisièmement, son racisme anti-arabe comme solution politique de restabilisation. Trois côtés d'un triangle au milieu duquel on ne trouve plus que d'échéance morale et violence politique, complicité génocidaire par défaut et policiarisation des opinions non conformes. Rappelons ici que catastrophe signifie étymologiquement renversement. À cet égard, on peut bien dire que la situation est est catastrophique. En effet, tout est renversé.

Le RN, noyau radioactif d'un antisémitisme invétéré, passe pour l'amie des Juifs. L'antisionisme devient l'unique figure de l'antisémitisme alors qu'il est l'unique rempart contre l'antisémitisme puisqu'il offre le seul moyen de découpler les juifs de leur état génocidaire et de ne pas leur faire porter indistinctement le crime de Gaza. Le soutien aux victimes du crime devient le crime. Et pour finir, bien sûr, le fascisme c'est de s'opposer au fascisme. Alors, je finis par où j'ai commencé. Et toi là-dedans Anas ? Et bien, tu es la figure de ce qui marche sur ses pieds dans un monde qui marche sur la tête. Et comme tout est inversé, on dit bien sûr que c'est toi qui va à l'envers.

Alors que tu es par excellence l'anticatastrophe au cœur de la catastrophe. Il faut décidément de la force d'âme pour se tenir à l'endroit dans un monde renversé. C'est que l'hégémonie sur la tête est bien décidé à faire payer cher ceux qui osent encore rester sur leurs pieds. Alors avec un un supplément de hargne qui est peut-être la marque d'une confuse mauvaise conscience, elle tombe sur ceux qui osent et dans tous les secteurs, de la politique à l'université en passant par le syndicalisme et même jusque dans les milieux du spectacle. On n'en finirait pas de dresser la liste de ceux qui payent pour avoir eu raison trop tôt et dont l'histoire dira qu'ils avaient eu raison à temps.

Car il ne faut pas en douter. La honte et l'prre vont changer de camp. Toute la propagande du monde ne pourra rien contre l'irrésistible vérité de ce qui s'est commis à Gaza, ni contre celle de tous les propos génocidaire par connexité chaque fois qu'ils auront tenté de nier ou de minimiser voire de demander qu'Israël aille plus loin encore et comme l'aura dit un personnage deux fois misérable de finir le boulot. Ces gens-là finiront ensevelis sous une honte historique. Mais notre tâche est de ne pas attendre le futur verdict de l'histoire pour qualifier adéquatement les faits et gestes ignobles de cette bourgeoisie.

Mais une fois qu'ils auront été accomplis, notre tâche est de lutter pour que cette vérité soit universellement reconnue. Maintenant, si pénible qu'en soit l'épreuve, c'est aussi cela que permet peut-être ton procès, Anas. Je crois que les gens qui te poursuivent sont encore plus bêtes qu'ils ne sont méchants, ce qui n'est pas peu dire. Ils sont même tellement bêtes que agents patentés du renversement, ils vont finir à force d'outrance par renverser leur propre renversement de sorte que de leur vérité sur la tête pourrai peut-être finir par sortir la vérité sur ses pieds tel qu'elle te rejoindra toi puisque tu n'as jamais cessé d'être debout. Alors voilà, merci.

Non plus mon pauvre Anas mais mon cher Anas.

11:12
Non speech

[Applaudissements]