"Il faut supprimer des postes de fonctionnaires, faire mieux avec moins", affirme François-Xavier Bellamy
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Bonjour François-Xavier Bellamy. Bonjour. Est-ce que vous êtes le sauveur de la droite ? Non, c'est d'abord ce qu'on vit aujourd'hui, c'est vrai, cette belle dynamique qui porte cette campagne, c'est d'abord le résultat de tout un travail d'équipe. Et moi je voudrais dire à quel point je suis heureux de ce qu'on vit aujourd'hui. Une vraie unité autour d'un projet fort, d'un projet clair, qu'on porte depuis trois mois maintenant, partout sur le terrain en France. Au départ avec Agnès Sévren et Arnaud Dangean, avec lesquels j'ai été investi. Et puis ensuite avec toute l'équipe qui m'a rejoint. Et je pense que c'est ce rassemblement qu'on vit aujourd'hui qui fait la force de cette campagne.
Est-ce que vous savez ce qui plaît chez vous, chez les électeurs de droite ? Encore une fois, moi je ne voudrais surtout pas mettre en avant des personnes. C'est peut-être d'ailleurs ce qui a fragilisé la politique pendant trop longtemps. Ce qui compte c'est d'abord des idées. Et nous, nous portons une Europe qui je crois correspond assez profondément à ce que veulent les Français. Nous croyons vraiment que l'Europe est nécessaire pour relever tous les défis de demain. Mais nous croyons vraiment aussi que pour qu'elles nous permettent de relever ces défis, il faut la refonder en profondeur. Et c'est ce que nous défendrons sur les questions économiques. Ça tout le monde l'a dit quasiment.
Je ne crois pas. Je pense qu'aujourd'hui on a voulu nous faire croire que le match c'était entre ceux qui étaient pour l'Europe, comme s'il fallait seulement dire qu'on était pour l'Europe, et ceux qui voulaient la défaire. Et bien il me semble qu'au fond, il faut absolument offrir ce vrai choix d'une Europe qui ne soit pas seulement imposée d'en haut, mais qui correspond vraiment à ce dont nous avons besoin. Vous vous sentez capable d'aller chatouiller les deux listes qui pour l'instant font la course en tête ? Nous nous continuons patiemment et humblement à faire ce travail de terrain. Et oui, en tous les cas, aujourd'hui, il y a une vraie dynamique qui nous porte.
C'est ce que je vois partout sur le terrain, dans les meetings que nous faisons, où les salles sont pleines et où il y a une très belle ferveur vraiment qui accompagne cette campagne. Et oui, je crois qu'on peut continuer de travailler comme ça pendant les 18 jours, les 17 jours qui nous restent.
Mais vous parlez d'une belle dynamique, d'un envol, d'une forte progression. Dans les sondages, quand on regarde, vous êtes à 13-14%. François Fillon, il y a deux ans, il a fait 20%, ce qui à l'époque était, a valu d'ailleurs à la droite, une élimination historique dès le premier tour.
Vous avez tout à fait raison. Le travail de reconstruction de la droite, il est en cours et je crois qu'il n'est pas nécessaire.
Ce n'est pas de la reconstruction, c'est du recul. Le recul continue, en bon ordre, mais il continue.
En même temps, il faut prendre l'étape intermédiaire. Quand j'ai été investi à la tête de cette liste, on était donné à 8 ou 9% dans les sondages.
Un peu plus, 11 à peu près.
Alors, on a connu des sondages à 8 ou 9%. Lorsque j'ai été investi deux jours plus tard, je me souviens d'une manchette du Monde qui disait que les Républicains pouvaient passer derrière Nicolas Dupont-Aignan, on est quand même revenu de loin, je crois. Et donc aujourd'hui, c'est vrai, on se reconstruit petit à petit. Vous limitez les dégâts, c'est ça ? Vous sauvez les meubles ou vous sauvez la droite ? On va continuer de travailler, mais ce qui est très important, c'est que c'est indispensable, pas seulement pour la droite, c'est indispensable pour le débat politique français.
Parce que moi, je n'ai jamais cru que le débat politique devait se réduire à l'opposition, à mon avis artificielle et stérile, entre populistes et progressistes, qui, on le voit bien, s'alimentent l'un l'autre, en fait. Vous dites aux électeurs de droite, revenez à la maison, dès de retour. Je dis à tous les électeurs de France qu'il faut effectivement qu'ils puissent s'intéresser aujourd'hui à cette question européenne qui est tellement décisive et faire l'effort, et je crois qu'ils en sont désireux, de dépasser une politique de posture et de slogan. La question n'est pas de savoir contre qui on se bat, mais pour quelle Europe on veut voter.
On va parler d'Europe, mais d'abord le pouvoir d'achat, Renaud Delis.
Oui, parce que cette élection européenne, elle survient dans un contexte bien particulier, le mouvement des gilets jaunes, le grand débat, et le Premier ministre, Edouard Philippe, au sortir de cette période, a fait un certain nombre d'annonces concernant le pouvoir d'achat. Il s'est exprimé hier à l'issue du Conseil des ministres.
Le pouvoir d'achat moyen par habitant va progresser de plus de 2% en 2019. C'est la plus forte augmentation du pouvoir d'achat depuis 12 ans. C'est un gain moyen, encore un chiffre, de 850 euros sur l'année par ménage.
La plus forte progression depuis 2007, est-ce que vous applaudissez, Edouard Philippe ?
Si le pouvoir d'achat augmente, c'est tant mieux, mais je crois que ce n'est pas ce que ressentent les Français sur le terrain. En tout cas, ce que beaucoup de Français vivent... Est-ce que c'est la réalité ? J'ai le dit depuis le début de cette période.
Vous distinguez la réalité et le ressenti.
D'abord, une moyenne, ça n'est jamais, en tant que telle, la réalité que vivent les Français. Comme vous le savez, ça c'est une question quasiment de philosophie, mais la moyenne, par définition, c'est un chiffre artificiel. Ça ne veut pas dire que ça ne renvoie à rien. C'est-à-dire qu'il y en a qui ont plus que 850 aussi ? Ça veut dire que c'est, par définition, un calcul qui fait un total et qui ensuite le divise. Ce n'est pas forcément... Cette moyenne, vous ne la remettez pas en cause. Si vous prenez la moyenne des notes d'une classe... Le chiffre moyen, vous ne le remettez pas en cause. La moyenne des notes d'une classe, c'est la note d'aucun élève. C'est le prof de philo qui parle.
Je ne remets pas en cause les statistiques. Je dis simplement ce que je vis tous les jours sur la réalité du terrain. Parce que ça fait trois mois maintenant que je suis en campagne, et ce que je vis tous les jours, c'est la rencontre avec des Français qui travaillent et qui peinent à s'en sortir, et qui peinent à joindre les deux bouts. Parce que la question du pouvoir d'achat, c'est une question qui est très compliquée à calculer. Si vous mettez bout à bout toutes les charges contraintes, on le voit encore aujourd'hui avec la flambée du prix de l'essence et des carburants, on le voit avec l'annonce de l'augmentation des tarifs de l'électricité.
Beaucoup de Français vivent de façon très forte l'augmentation de ces charges qui pèsent sur leur budget. Et on le voit bien aujourd'hui dans notre pays. Il y a évidemment une difficulté majeure qui touche à la question du poids de la pression fiscale, à la question du poids de la dépense publique. Sur ces sujets-là, malheureusement, je crois que rien n'a été vraiment entrepris en profondeur pour résoudre des problèmes.
Justement, sur la pression fiscale, François-Xavier Bellamy, Gérald Darmanin annonce ce matin que la baisse de 5 milliards d'impôts sur le revenu, elle concernera 95% des contribuables. Dit-il, et là encore, ça va être une moyenne, mais une baisse moyenne par foyer fiscale de 300 euros sur l'année qui vient. Quand elle était au pouvoir, la droite n'a pas fait ça.
Il faut absolument pouvoir baisser la pression fiscale. C'est indispensable.
Ce que la droite n'a pas fait lorsqu'elle était au pouvoir.
Le président de la République, il hérite aujourd'hui de difficultés qu'il n'a pas causées. Je ne lui jetterai pas la pierre pour des problèmes qui remontent à bien longtemps. Cela étant dit, il est très clair qu'aujourd'hui, les choix qui sont devant nous sont évidents. Ceux que nous avons défendus en 2017 dans un contexte très difficile. Il faut baisser la pression fiscale. Mais pour baisser la pression fiscale, il faut baisser la dépense publique. Et si on fait l'un sans l'autre, on accumule la dette qui est les impôts de demain. Et on fait porter aux générations qui viennent le poids de nos inconséquences d'aujourd'hui.
C'est exactement, malheureusement, ce qu'on est en train de vivre maintenant. La baisse de la fiscalité, ça fait longtemps que nous la demandons. Mais nous disons, sans aucune espèce de difficulté, sans aucune espèce d'ambiguïté, qu'il faut aussi pouvoir baisser la dépense publique. Si rien n'a été fait sur ce sujet, et ce n'est pas le cas aujourd'hui, nous ne pouvons pas considérer que le problème soit réglé. Sur les carburants, François-Xavier Balami, on fait quoi ? On laisse les Français digérer la hausse et le retour des prix à la pompe qui sont en train d'atteindre à nouveau leur niveau record ?
Il faut qu'on puisse faire en sorte de moduler la fiscalité qui pèse sur les carburants de manière à éviter qu'effectivement, ceux qui ont besoin de leur voiture, notamment pour aller travailler, ceux qui ont besoin de carburant pour le mettre dans leur tracteur, dans leur véhicule de service... Donc on baisse les taxes, le dispositif qu'on avait appelé la TIPP flottante du temps de Lionel Jospin, c'est-à-dire des taxes qui baissent quand le cours du pétrole monte ? En tous les cas, il faut sans doute à moyen terme repenser notre fiscalité. Nous avons aujourd'hui la pression fiscale et sociale la plus élevée au monde. J'avais eu l'occasion de le dire déjà sur ce plateau.
Il faut qu'on puisse faire baisser globalement cette pression fiscale. Et dans l'urgence, il faut effectivement que les Français n'aient pas à supporter le coût d'une augmentation trop forte des carburants. Et malheureusement, l'augmentation des carburants n'a pas été annulée par le gouvernement. Cette augmentation des carburants contre laquelle les Gilets jaunes se sont élevés depuis plusieurs semaines maintenant, elle n'a été que partiellement effacée. Pardon, je n'ai pas compris votre position. Il faut baisser les taxes sur les carburants ?
Oui, en tout cas, si les prix continuent à augmenter, il faut évidemment que l'État puisse moduler la fiscalité qui pèse sur les carburants, et notamment revenir sur l'augmentation de la taxe qu'il avait effectuée au début de son mandat. Quitte à creuser les déficits publics. Et encore une fois, les déficits publics ne sont pas produits par la baisse de la fiscalité, mais par l'incapacité de l'État à réformer la dépense publique. Et c'est ça qui compte.
Et notamment à supprimer des postes de fonctionnaires ? 500 000 comme le préconisait votre candidat François Fillon en 2017 ?
Il faut supprimer des postes de fonctionnaires, bien sûr. Il faut qu'on puisse arriver à faire mieux avec moins. Ce que voient les Français aujourd'hui, c'est que l'État n'a jamais cessé d'augmenter de taille. Et l'État ou d'une manière générale la fonction publique, et que pourtant les services publics ne se sont pas nécessairement améliorés, on peut faire mieux avec moins, et c'est le défi devant lequel nous sommes aujourd'hui. On poursuit dans quelques instants, si vous le voulez bien. François-Xavier Bellamy, le temps du rappel de l'actualité à 8h41 sur France Info, c'est Édouard Margué.
La quasi-totalité des contribuables concernés perdront moins d'impôts sur le revenu, 95% précisément. Le ministre des Comptes publics précise la baisse annoncée pour l'année prochaine dans le journal Le Parisien Aujourd'hui en France. Ce matin, ça représente 300 euros en moyenne par foyer. La prise d'otage d'hier soir à Blagnac, près de Toulouse, est bien finie. Les 4 femmes retenues ont été libérées saines et sauves. Le preneur d'otage a été interpellé peu avant minuit par le RAID. Il s'agit d'un homme de 17 ans, très connu des services de police. C'est le 8 mai, aujourd'hui, commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale partout en France.
Le président de la République remontera les Champs-Elysées à partir de 10h50, après avoir déposé une gerbe devant la statue du général de Gaulle. Puis, il passera en revue les troupes à 11h précises, place de l'étoile. Liverpool réalise l'un des exploits de l'histoire de la Ligue des Champions de football. Les Anglais éliminent Barcelone en s'imposant 4 buts à 0 à domicile. Une remontada, donc, après la défaite 3-0 au match allé. Les Reds joueront la finale contre l'Ajax Amsterdam ou contre Tottenham. C'est l'autre demi-finale. Le match retour a lieu ce soir à 21h.
L'homme qui conduira les Républicains à la bataille au soir du 26 mai pour les Européens est l'invité de France Info ce matin, François-Xavier Bellamy, avec Renaud Delia à mes côtés.
Samedi dernier, vous êtes rendu à Athènes, François-Xavier Bellamy, pour invoquer un retour aux racines de l'Europe. Vous jugez qu'aujourd'hui, la civilisation européenne est menacée ? Par quoi ? Par qui ?
La civilisation européenne est menacée de sortir de l'histoire par notre impuissance à faire face aux défis économiques et de la mondialisation qui est devant nous. Et on le voit directement en Grèce, qui a subi, comme aucun autre pays, sans doute, la violence de la crise économique et des déséquilibres de la zone euro. La civilisation européenne est menacée aussi par notre incapacité à faire face aux nouvelles menaces qui montent. On le voit très bien aujourd'hui sur la question iranienne. Nous avons beaucoup de retard maintenant en matière de défense pour préserver notre autonomie stratégique.
Et puis enfin, bien sûr, et c'est aussi le cas directement en Grèce, j'ai eu l'occasion de rencontrer les responsables opérationnels de Frontex, l'agence européenne qui travaille sur les questions migratoires. Nous sommes évidemment impuissants face à la crise migratoire, face aux défis migratoires qui est très largement devant nous et non pas derrière nous. Et il faut qu'on arrive à apporter des réponses à ces questions pour faire en sorte que nous puissions demain continuer d'écrire notre histoire plutôt que de la subir.
Et sur la question des valeurs, vous dites que l'Europe devrait inscrire dans ses institutions les racines chrétiennes de l'Europe, ce que la droite avait refusé en 2004 lorsqu'elle était au pouvoir en France.
Pas seulement chrétienne, il faut inscrire, je crois, dans les traités européens que l'Europe est une civilisation et que ses sources, elles sont plurielles, elles sont effectivement en Grèce, ce sont ces racines qui nous viennent de la pensée grecque, de la naissance de la démocratie. Il va falloir inscrire toutes les racines de l'Europe. C'est-à-dire, on va citer la Grèce, la Rome antique, la tradition chrétienne, c'est quand même un grand élément d'inspiration. Les lumières, elles sont directement greffées aussi sur cette tradition à la fois rationaliste qui nous vient de l'Antiquité et sur cette tradition chrétienne.
Il y a dans la modernité critique dont nous héritons aujourd'hui la somme de toutes ces influences et de tout cet héritage. Et je crois que c'est très important de pouvoir le redire. Contre quoi cette inscription ou ces inscriptions nous protégeraient aujourd'hui ? Elles nous protégeraient, en tous les cas, de cette fracturation de la société que nous sommes en train de vivre. Jérôme Fourquet a écrit un livre passionnant qui s'appelle L'archipel français et qui montre à quel point la France risque de devenir une juxtaposition de communautés qui ne se reconnaissent plus de liens communs.
Alors ce qu'il fait une société, c'est pas seulement une addition d'individus, c'est pas seulement une pluralité de communautés séparées par leurs valeurs respectives. Ce qui fait une société, c'est le fait que nous sommes liés les uns aux autres par un héritage commun. Je le dis comme enseignant, mon premier engagement a été pour dire que nous sommes en train de vivre une crise de la transmission. Parce que nous ne savons pas dire qui nous sommes et que c'est parce que nous ne savons pas le dire que nous ne réussissons pas ce défi de l'intégration qui est là aussi un défi majeur pour préparer notre avenir.
Savoir redire qui nous sommes, ça n'est pas exclure, c'est au contraire pouvoir proposer à chaque jeune qui grandit en France de rejoindre cet héritage commun pour pouvoir le prolonger. C'est le magnifique héritage de la culture auquel chacun peut participer, quelle que soit son histoire. Encore faut-il l'offrir et savoir le nommer. Et vous avez raison de le dire, je crois que la France a été en première ligne dans cette erreur historique qui a consisté à refuser de dire que l'Europe n'était pas seulement un projet mais aussi une civilisation.
La France en l'occurrence était la droite française.
Bien sûr mais je ne suis pas là pour... C'est un péché de la droite à l'époque. C'est une faute que la France a commise dans le débat européen. En tout cas je le considère comme tel et j'ai toujours pensé dès le début que cette erreur allait avoir des conséquences concrètes. Si aujourd'hui tant de jeunes se tournent vers un islamisme sectaire et dangereux, c'est d'abord parce que cet islam radical remplit dans beaucoup de quartiers le vide que nous avons laissé derrière nous. En ne sachant pas proposer à tous ces jeunes un héritage qu'ils puissent rejoindre, en n'ayant pas su leur donner quelque chose à aimer, quelque chose à aimer comme la France et comme l'Europe.
C'est parce qu'on n'a pas inscrit les racines chrétiennes de l'Europe qu'il y a des jeunes qui se tournent vers l'islam radical. C'est un symptôme de notre incapacité. Vous n'allez pas les forcer à se convertir. D'abord, les racines de l'Europe n'appartiennent pas aux chrétiens qui se disent aujourd'hui croyants. Quand Notre-Dame de Paris a brûlé, que nous soyons croyants ou non... Un musulman qui habite aujourd'hui en France, il est tout aussi européen que vous et moi, non ? Un musulman, quelqu'un qui ne croit pas, a pu être touché profondément par le fait de voir Notre-Dame de Paris brûler. Et c'est ça qui au fond est magnifique.
C'est que c'est le signe que c'est un héritage commun, qui n'appartient pas qu'aux croyants, qui appartient à tous les Français, à tous les Européens. J'étais d'ailleurs le lendemain de cet incendie à Strasbourg, où nous dignions avec toutes les têtes de liste de notre famille politique en Europe. Et chacun d'entre eux me disait à quel point ils s'étaient sentis touchés par les images de cette cathédrale en train de brûler. Nous avons tous ressenti cela. Eh bien, il s'agit de pouvoir le nommer de nouveau et de nouveau dire, oui, nous sommes liés les uns aux autres par quelque chose qui nous précède.
Et il est clair, et je crois que ce débat sur les racines de l'Europe a été symptomatique, que pendant trop longtemps, nous avons oublié de dire qui nous sommes, que nous avons considéré que c'était presque une agression envers ceux qui venaient d'ailleurs, alors qu'au contraire, c'était la condition d'une générosité pour les intégrer et les accueillir vraiment.
Il y a un ancien président de la République, de votre camp, Nicolas Sarkozy, qui, il y a quelques jours, c'était vendredi, a fait peur de ses craintes sur le devenir de l'Occident. Je propose de l'écouter.
Je ne peux pas cacher mon inquiétude sur une forme de disparition de l'Occident dans l'état du monde. Pendant des siècles, l'axe du monde était un axe occidental. Ce n'est pas être un décliniste que de dire que l'axe du monde est aujourd'hui oriental.
Et c'est ça, Nicolas Sarkozy, il précisait que c'était une réalité démographique et qu'il n'y avait rien à y faire.
Alors je ne crois pas qu'il ait dit qu'il n'y avait rien à y faire, et à la suite de son discours, on ne l'indique pas. Je crois qu'il a raison de dire qu'aujourd'hui, nous avons souvent le sentiment que l'histoire se fait ailleurs qu'en Europe. C'est une réalité démographique.
4 milliards d'individus sur 7 milliards habitent sur le continent asiatique.
Si vous me permettez, ce n'est pas seulement une réalité démographique. Si l'Europe, comme le disait Nicolas Sarkozy, a largement contribué à écrire l'histoire du monde, pour le pire parfois et pour le meilleur souvent, ce n'était pas parce que les Européens étaient les plus nombreux, mais c'est parce que sur le plan de la technique, sur le plan de la science, sur le plan de la littérature, de la culture, sur le plan de la politique, l'Europe a su rayonner.
Et ça, c'est fini à vos yeux ?
Aujourd'hui, nous avons le sentiment de subir une histoire qui se fait sans nous. Regardez où se font, par exemple, les grandes découvertes.
C'est le sentiment ou c'est une réalité ?
C'est pour une très grande part une réalité. Et pourtant, je crois que nous avons aujourd'hui en France, en Europe, nous avons tous les moyens de rayonner encore longtemps. Si les GAFA viennent chercher nos ingénieurs et nos scientifiques, c'est parce que nous avons une capacité de transmettre la connaissance, la culture et la science avec une véritable excellence. Le problème, c'est que la crise éducative fait que c'est de moins en moins de jeunes que cette culture et cette science se transmettent.
Et que sur beaucoup de sujets, sur les questions éducatives, sur les questions scientifiques, sur les questions de recherche, mais aussi, bien sûr, sur les questions militaires, les questions d'industrie, les questions de défense, nous avons le sentiment de perdre petit à petit notre autonomie stratégique et de devenir progressivement dépendants de grandes puissances dans le reste du monde. Je crois que cette élection européenne est un moment capital, un point de bifurcation, parce que la question, c'est de savoir si l'Europe va sortir de sa naïveté pour se donner les moyens de l'indépendance.
Il faut davantage d'Europe, davantage d'intégration européenne, construire une Europe de la défense pour justement affronter ses concurrents.
Il faut davantage de stratégie européenne. La question n'est pas plus ou moins d'Europe, la question, c'est quelle stratégie l'Europe se donne. Quand on veut croire que c'est plus ou moins d'Europe, au fond, on retourne à ce choix binaire pour ou contre l'Europe. Le sujet, c'est par exemple, comment faire en sorte, on en a parlé hier soir, on a consacré une soirée entière à cette question avec Arnaud Dangean et Frédéric Péchenard, la question de la sécurité en Europe. Comment faire en sorte de se doter d'une vraie autonomie en matière d'industrie de la défense sur la scène européenne ?
Et bien sûr, sur la question de l'industrie de la défense, il faut une coopération beaucoup plus forte.
Et justement, ça ne veut pas dire qu'une armée européenne soit la bonne solution. Et vous voyez, c'est ça, rentrer dans la complexité des sujets. C'est pas plus ou moins d'Europe. Pourquoi c'est pas une bonne idée ? Parce qu'une armée européenne, d'abord, c'est une chimère, ça n'arrivera jamais. Pourquoi ? Nos pays sont séparés par des cultures d'intervention extrêmement différentes. L'Allemagne n'a pas du tout le même type de rapport à la chose militaire que la France, du fait de son histoire, du fait de notre histoire. Et donc, il faut évidemment qu'on avance. Vous ne pensez pas pour peser face aux Chinois, face aux Américains, face aux Russes, justement.
Il faut montrer qu'on est au moins capable de s'entendre là-dessus et de mettre en place une force commune. On aurait fait quoi au moment de la guerre en Irak si on avait eu une armée européenne ? On n'aurait sans doute envoyé personne, faute d'accord. Justement, le problème, c'est qu'on aurait sans doute été paralysé dans toutes les situations. Ça veut dire qu'au Mali, on n'aurait aussi envoyé personne parce qu'on aurait été incapable de se mettre d'accord. La question, c'est comment est-ce qu'on fait en sorte d'avancer de manière pragmatique ? Vous savez, l'Europe n'a jamais, quand elle a été forte et efficace, elle n'a jamais été piégée par des chimères ou par des fictions.
Et l'Europe n'a pas commencé par l'idée qu'elle allait déposséder les États de leur souveraineté. Elle a commencé quand des États ont décidé de mettre en commun des stratégies fortes. C'était la communauté européenne du charbon et de l'acier pour pouvoir faire en sorte de résoudre ensemble les problèmes auxquels ils étaient confrontés. Eh bien, faire en sorte qu'une vraie stratégie en matière d'industrie de la défense nous permette de garder cette autonomie stratégique. Construire effectivement une solidarité budgétaire pour financer les opérations. Ça, c'est beaucoup plus important que de se laisser piéger par la chimère d'une armée européenne qui n'existe pas et qui n'existera jamais.
8h51, on s'interrompt quelques instants, François-Xavier Bellamy avec Édouard Margué.
Il a fallu 8 heures de négociations pour mettre un terme à la prise d'otages à Blagnac, près de Toulouse, hier soir. Les 4 femmes retenues ont été libérées et sont saines et sauves. Le preneur d'otages a été interpellé peu avant minuit par le RAID. Il s'agit d'un jeune homme de 17 ans, très connu des services de police, notamment pour avoir été arrêté pendant une manifestation des Gilets jaunes. Sur le nucléaire, l'Iran reprend les menaces. Le pays cesse même d'appliquer certains engagements pris dans le cadre de l'accord international il y a 4 ans. Rien ne serait pire qu'un retrait de l'Iran de ce traité, réagit ce matin la ministre des Armées Florence Parly.
Le ministre des Comptes publics précise la baisse des impôts sur le revenu prévu l'an prochain dans le Parisien Aujourd'hui en France ce matin. Près de 95% des contribuables en bénéficieront pour une baisse moyenne de 300 euros par foyer fiscal. Demi-finale renversante en Ligue des Champions de football. Liverpool réalise l'exploit. Qualification en finale. Les Reds ont battu Barcelone 4 buts à 0 en match retour hier soir. Ils avaient perdu 3-0 à l'aller. En finale, les Anglais affronteront soit l'Ajax Amsterdam, soit Tottenham qui joue ce soir à 21h.
Sur plusieurs sujets, François-Xavier Bellamy et Emmanuel Macron n'ont pas rechigné ces derniers temps au bras de fer avec Angela Merkel. Notamment pour s'opposer au transfert du Parlement de Strasbourg à Bruxelles que réclame la CDU allemande. La CDU allemande c'est votre allié au sein du groupe PPE. Est-ce que vous êtes du côté du PPE de la CDU ou est-ce que vous êtes du côté d'Emmanuel Macron sur le siège du Parlement européen ?
Alors attention, c'est une position que la CDU a prise mais pas le PPE. Nous, nous sommes membres du PPE et nous sommes absolument opposés à l'abandon du siège de Strasbourg qui figure dans notre été.
Vous êtes en désaccord total avec votre partenaire, la CDU ?
Et nous sommes en désaccord total avec l'Allemagne sur ce point précis, avec en tous les cas la CDU allemande sur ce point précis. Cela étant dit, pour gagner ce bras de fer, je crois qu'il faut compter sur d'autres qu'Emmanuel Macron qui est profondément discrédité sur la scène européenne. Si Mme Kramp-Karrenbauer a fait cette réponse à Emmanuel Macron en mentionnant l'abandon du siège de Strasbourg, c'est une manière de dire que malheureusement le chef de l'État, en réponse à sa lettre aux Européens, compte peu aujourd'hui dans le débat européen.
Même chose sur la transformation du siège permanent, de membre permanent au Conseil de sécurité de la France en siège européen. Vous êtes du côté d'Emmanuel Macron contre la CDU.
En tous les cas, nous sommes du côté de la France et nous sommes pour dire évidemment qu'il est hors de question de partager ce siège européen. Nous le devons à ceux qui ont donné leur vie pour la liberté de notre pays et nous sommes le 8 mai. C'est un jour important pour redire effectivement que ce siège permanent au Conseil de sécurité, c'est un siège qui engage la France à peser de tout son poids par son indépendance.
Donc vous approuvez la position d'Emmanuel Macron.
François-Xavier Benhamie, sauf énorme catastrophe pour vous au soir du 26 mai. Vous avez toutes les chances de siéger au Parlement européen de Strasbourg. Est-ce que vous êtes prêt à le faire et à siéger dans le même groupe que le Premier ministre hongrois, Viktor Orban ? Ce qu'il faut, c'est qu'on évite absolument la fracturation de l'Europe qui est en train de se dessiner à cause de cette dialectique populiste progressiste qui ne conduira nulle part. Moi, je crois que l'Europe, c'est un dialogue exigeant avec des gens avec lesquels on n'est pas toujours d'accord. Vous venez de le signaler. Par exemple, nous avons des points de désaccord très forts avec la CDU allemande.
Ça ne nous empêche pas de siéger dans le même groupe. Est-ce que vous siégerez à côté de lui ? Dans le même groupe. Moi, ce qui m'inquiète, je vous le dis, c'est cette fracturation. Et je crois qu'il faut absolument qu'on puisse redéfinir la vision du PPE pour l'avenir et que sur la base de cette vision commune, on puisse reconstruire une alliance qui soit une alliance partagée.
Est-ce que vous siégerez à côté de lui ?
Mais je vous le dis, oui, j'espère que nous n'allons pas aboutir à cette fracturation. Aujourd'hui, Victor Orban est suspendu du PPE. Demain, il faut qu'il y ait un dialogue exigeant sur la question des bases dont on repart pour construire l'action du PPE au cours du prochain mandat. Mais oui, moi, je souhaite que nous évitions absolument de jeter M. Orban, par exemple, dans les bras de ceux qui aujourd'hui... Clairement, oui, c'est votre famille, même si vous avez des sujets de fâcherie avec lui, c'est bien votre famille politique. Oui, tout à fait, c'est notre famille politique. Le Fidesz, j'ai rencontré la tête de liste du Fidesz il y a quelques jours de cela à Paris.
Le Fidesz, c'est le parti politique qui a libéré, qui a contribué à libérer la Hongrie du totalitarisme soviétique. C'est la famille politique qui a incarné cette liberté en Hongrie. Nous avons des désaccords, de vrais désaccords avec M. Orban, mais nous avons aussi, notamment sur la question migratoire, une préoccupation partagée. Nous voulons absolument que l'Europe puisse maîtriser ses frontières. Et je crois qu'aujourd'hui, sur ce conflit qui se dessine, rien ne peut sortir de bon pour l'Europe. On ne rentre pas dans le débat européen avec des anathèmes et des exclusions, sauf à vouloir défaire l'Europe.
Et je crois que ceux qui se prétendent européens aujourd'hui sont en train de menacer la manière dont elle se construit.
Vous dites souvent que l'Europe, elle est trop naïve vis-à-vis de ses concurrents commerciaux, notamment les États-Unis. La semaine prochaine, Victor Orban va rencontrer à Washington le chef d'État qu'il admire le plus. Il l'a dit et répété à de nombreuses reprises, Donald Trump.
Eh bien, c'est justement exactement le piège auquel il ne faut pas céder. C'est-à-dire cette fracturation de l'Europe. On voit bien que les adversaires ou les concurrents de l'Europe, je ne mets pas d'ailleurs sur le même plan la Chine et les États-Unis. La Chine est potentiellement un adversaire sur beaucoup de sujets. En tous les cas, elle a une vision très agressive de sa politique industrielle et commerciale. Les États-Unis sont des concurrents, mais tous les deux cherchent à isoler les États européens. L'Italie, en ayant été la cible directe et solitaire... C'est Orban qui a pleu de Trump.
La droite européenne, le PPU n'ont pas l'air extrêmement cohérent.
Mais c'est la raison pour laquelle il faut absolument réussir à reconstruire ce lien. L'Europe est en train, effectivement, de voir s'écarter les plaques tectoniques qui la constituent. Et je crois que ce serait une catastrophe si nous laissions les choses se faire ou si nous les aggravions en essayant d'installer ce clivage qui, à mon avis, ne peut pas réussir à reconstruire l'unité dont pourtant nous avons plus besoin que jamais. Question personnelle, François-Xavier Bellamy. Vous avez donc toutes les chances d'être élu au Parlement dans quelques jours. Ça veut dire qu'on ne vous verra pas en France sur la scène nationale dans les cinq années qui viennent ?
Alors, je crois que ce qui compte, c'est de faire que l'Europe... Vous irez jusqu'au bout de votre mandat ? Oui, je l'ai dit. Vous ne démissionneriez pas en cours de route ? Ce qui compte, c'est, en revanche, et ça c'est très important, que le mandat européen soit vécu sur le terrain. Donc vous faites la promesse devant les électeurs d'aller au bout de votre mandat ? Je fais la promesse devant les électeurs de tout donner pour faire que ce mandat soit le plus utile possible à leur service et d'aller au bout de mon mandat. Mais je leur fais aussi la promesse de passer une partie de ce mandat sur le terrain, partout en France, avec tous ceux qui seront élus avec nous.
Parce que je crois qu'il faut vivre ce mandat de parlementaire européen comme un mandat d'élu local. Je suis adjoint au maire depuis dix ans dans ma ville et je crois que c'est sur le terrain que les meilleurs décisions peuvent se prendre. Donc tous ceux qui s'inquiètent dans votre parti en disant ça y est, il a déjà des fourmis dans les pattes, il va peut-être nous revenir sur la scène nationale. Vous les rassurez tout de suite. Vous serez en Europe et rien qu'en Europe. Je n'ai jamais fait de billard à quatre bandes, je n'ai jamais fait de calcul. Cette élection, elle n'était pas prévue pour moi.
Je m'engage à fond pour pouvoir être utile, en espérant pouvoir être utile avec ceux qui seront élus avec moi.
Juste avant d'être envoyé quelques jours devant le tribunal correctionnel pour détournement de fonds publics, recel le détournement de fonds publics à but de biens sociaux, François Fillon, il a glissé un journal à Paris Match qu'il vous soutenait, qu'il se reconnaissait dans votre discours. C'est un soutien important pour vous, François Fillon ?
Ce qui me touche, c'est effectivement de recevoir ce soutien comme beaucoup d'autres soutiens. Récemment, beaucoup de maires qui peut-être parfois avaient pris un peu leur distance avec notre famille politique ont décidé de soutenir notre liste. Et moi, je suis très heureux de ce rassemblement qui s'opère. François Fillon est une figure importante de cette famille politique et je crois que ce soutien a évidemment du poids.
Vous prolongez un peu son combat, le combat qu'il n'a pas pu mener, en tout cas, dans des conditions sereines lors de la présidentielle ? Vous êtes le Fillon sans les affaires. Non, je ne suis pas le Fillon sans les affaires.
Je ne prétends pas du tout répliquer le travail qu'il a pu faire. Mais ce qui est vrai, c'est que je crois qu'en 2017, nous avons manqué un débat qui était décisif pour l'avenir de la France. Parce que ce débat qui devait nous permettre d'avoir le courage de la vérité, c'était le mot qu'il avait choisi comme titre de sa campagne. Il devait nous permettre de sortir de la crise en faisant enfin les choix clairs dont notre pays a besoin. Aujourd'hui, dans ce débat européen qui s'engage, nous avons besoin de faire là aussi des choix clairs.
Et j'espère que nous pourrons faire en sorte de susciter la confiance du plus grand nombre possible de Français pour donner à l'Europe le nouveau cap dont elle a besoin. Merci à vous, François-Xavier Bellamy. Merci à vous. Merci à vous. Et ce matin, l'invité de France Info.
François-Xavier Bellamy