RETRAITES : LE DOCUMENT CONFIDENTIEL QUI PEUT TOUT CHANGER (JÉRÔME GUEDJ)
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Je travaille avec mon cabinet, je travaille avec une multitude de services. Je n'ai pas à rendre de compte ni sur les canaux, ni sur la manière dont je fais les prévisions.
Quand j'ai interpellé Olivier Dussopt, la réponse la plus hallucinante que j'ai rarement entendue et que d'autres, tout le monde m'a dit mais c'est quand même incroyable qu'un ministre un peu poussé à bout, un peu retranché dans les cordes si j'ose dire, à la fin dit je n'ai pas à rendre compte. C'est lunaire qu'un ministre dise je n'ai pas à rendre compte et il ajoute sur la manière dont je construis mes prévisions. Et d'une certaine manière avec l'avis du Conseil d'État, c'était je n'ai pas à rendre compte des choix juridiques que j'ai fait et des risques juridiques que je prends.
Réforme des retraites. Le court temps de débat à l'Assemblée s'est achevé vendredi. La discussion va déménager au Sénat et en parallèle l'intersyndicale appelle à mettre la France à l'arrêt à partir du 7 mars. C'est historique. Le climat est plus que tendu, que ce soit au Parlement ou dans la rue. En effet, cela fait plus d'un mois que la réforme a été présentée par le gouvernement. Et depuis, celui-ci ne cesse de se prendre les pieds dans le tapis entre la nécessité de la réforme, la question des femmes, la pénibilité ou encore ces fameux 1 200 euros minimum par mois qui étaient l'argument social de la majorité et qui depuis a été démonté.
Désormais, nouvelle feuille de conduite pour la Macronie. On ne parle plus des 1 200 euros bruts mais de revalorisation. Et même les nouveaux chiffres sur le nombre de bénéficiaires de la revalorisation promise ont été redémontés, notamment par Jérôme Gage, député du Parti socialiste, vice-président de la mission d'évaluation et de contrôle de la sécurité sociale à l'Assemblée qui est allée les vérifier à la source, c'est-à-dire au siège de la sécurité sociale. Le député a manifestement pu consulter l'avis rendu par le Conseil d'État sur le texte réformant les retraites, ce qui pourrait ouvrir la voie à une remise en cause du projet de loi devant le Conseil constitutionnel.
Jérôme Gage est notre invité ce soir. Bonsoir Jérôme Gage. Bonsoir. Merci d'avoir accepté notre invitation. Alors on parle beaucoup de vous en ce moment. Et d'ailleurs, hier, le site du quotidien Le Point nous annonçait que vous aviez réussi à consulter un avis du Conseil d'État, la plus importante juridiction administrative française, au sujet de la réforme des retraites telle que construite par l'exécutif Macron-Borne. Un avis qui serait manifestement pas très en faveur de la tactique mise en place par le gouvernement pour faire passer sa réforme. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
Alors, je peux évidemment vous expliquer les raisons pour lesquelles je suis allé demander cet avis du Conseil d'État. Parce que derrière cette demande, il y a le questionnement qu'on a tous sur le choix du vecteur juridique fait par le gouvernement, puisqu'il a décidé de réformer les retraites en utilisant ce projet de loi de financement de la sécurité sociale rectificatif. Et dans le cadre des textes budgétaires, l'avis du Conseil d'État, qui d'habitude est automatiquement rendu public, c'est les cas pour une loi ordinaire. Et par exemple, en 2020, pour la précédente tentative de réforme des retraites qui avait avorté, l'avis avait été rendu public parce que c'était une loi dite ordinaire.
Et en choisissant ce PLFSS, le gouvernement a eu plusieurs effets bénéfiques qui lui vont bien, et notamment le fait de ne pas avoir à rendre public cet avis du Conseil d'État. Les autres effets attendus, on les connaît, c'est le fait qu'il y a eu recours à ce fameux 47.1, c'est-à-dire cet article de la Constitution qui, pour les textes financiers comme un PLFSS, limite dans le temps. Et c'est la raison pour laquelle il y aura au total uniquement 50 jours entre le 23 janvier, la date du dépôt du texte en Conseil des ministres et la fin de l'examen.
C'est aussi la raison pour laquelle il n'y a eu que la vingtaine de jours à l'Assemblée nationale et que vendredi à minuit, les choses se sont arrêtées. L'avantage du PLFSS aussi, c'est qu'en cas de 49.3, si jamais le gouvernement n'a pas de majorité, c'est un 49.3 qui ne vient pas tirer sur son quota du nombre de 49.3, vous savez que c'est uniquement une seule fois par session que le gouvernement a le droit de faire un 49.3. Et par contre, sur les textes financiers, c'est autant de fois qu'il le veut. Et on l'a vu au moment du vote du budget et du vote du budget de la Sécurité sociale à la fin de l'année dernière, il y a fait recours une dizaine de fois.
Et donc, ce choix du PLFSS, depuis le début, il est questionné par plein de gens, d'abord sur le principe en disant « on ne réforme pas les retraites » et autour de « réformes », je mets beaucoup de guillemets, parce que c'est une mesure de régression sociale évidemment, avec le terme de réforme égal-vaudée, et avec ce recours au PLFSS, on manque d'éclairage, d'éclaircissement juridique, et donc cet avis du Conseil d'État n'était pas rendu public, ce qui est déjà en soi une forme de déni démocratique.
Le gouvernement a le choix de le rendre public s'il le souhaite, il ne l'a pas fait, et c'est là qu'on en vient au fond, parce que tout le monde se rendait compte, il y avait même eu, a-t-on appris, des indiscrétions de la part du président du Conseil constitutionnel, qui s'était interrogé en privé auprès de journalistes, sur le fait que certaines des dispositions, d'après lui, ne trouveraient pas leur place, puisque un texte financier, comme le PLFSS, doit avoir des incidences financières sur l'année en cours. Et le texte que j'ai pu consulter, on va dire, alimente ces inquiétudes.
Alors, je vous explique mes précautions oratoires, parce que moi je suis un républicain, je suis de l'État de droit, j'ai pu en effet me procurer ce texte, contre la volonté du gouvernement, parce que comme vous l'avez dit, je suis co-président de cette mission d'évaluation des comptes de la sécurité sociale, et ce président, ce co-président, dispose d'un pouvoir d'investigation sur pièce et sur place, sur tout document, je cite, d'ordre administratif ou financier, qui ont trait au PLFSS. Donc j'ai pu me le faire remettre.
Mais ce document participe à la délibération, et donc il est couvert par une autre disposition juridique, c'est un peu ubuesque, qui est qu'il est couvert par le secret des délibérations. Et donc moi, très concrètement, ce document, je l'ai gardé pour moi. Je ne l'ai communiqué à aucun journaliste, je ne l'ai communiqué à aucun autre parlementaire, et je n'ai pas le droit d'en faire état. Vous voyez bien le côté un peu ubuesque de la situation.
Simplement, dans l'hémicycle, j'ai fait savoir que j'avais fait cette visite impromptue à Matignon pour me procurer ce document, et après, des journalistes, vous l'avez mentionné, Du Point et Du Monde, sont allés faire leur job de journaliste, et sont donc allés questionner pour voir sur chacun des points.
Et donc, c'est d'une certaine manière Matignon, dans les articles mentionnés, et notamment celui de Bertrand Bissuel dans Le Monde cet après-midi, qui a pointé les fragilités que nous intuitions les uns et les autres, à savoir qu'il y a quelques articles pour lesquels la question de leur constitutionnalité, en tous les cas leur solidité juridique, parce qu'ils sont dans le PLFSS, est questionnable.
C'est le cas notamment du fameux index senior, vous savez, ce thermomètre pour demander aux entreprises de mesurer le taux d'emploi des seniors dans leur entreprise, on l'avait beaucoup combattu, d'ailleurs l'article a même été rejeté dans le débat parlementaire, parce qu'on trouvait que c'était un autotest bancal qui ne servait pas à grand-chose, mais le Conseil d'État, comme d'autres, semble indiquer que ça n'a pas sa place dans un PLFSS, puisque ça n'a pas d'impact financier, notamment pas d'impact financier en 2023.
Mais au-delà des observations que le Conseil d'État peut être amené à faire, ce qui est intéressant, c'est un, c'est que manifestement le gouvernement a passé outre, et donc a pris le risque que certaines des dispositions ne soient pas juridiquement solides, et au final ce sera le Conseil constitutionnel, le Conseil d'État émet un avis. À ce moment-là, il n'est pas juridiction administrative, il est Conseil juridique du gouvernement. Il émet un avis et il leur dit, nous on pense que ça n'a pas sa place dans le texte.
Le gouvernement prend ses responsabilités, et in fine, c'est le Conseil constitutionnel qui dira si ces articles-là sont conformes à la Constitution, et en l'occurrence, est-ce qu'ils ont leur place dans ce texte. Mais derrière cette démarche, moi ce que je voulais surtout faire, c'était montrer d'abord que ce n'est pas normal, qu'on n'ait pas un avis du Conseil d'État, parce que le gouvernement décide de ne pas le communiquer, alors que si ça avait été une réforme normale, il aurait été communiqué, et ça aurait pu être évoqué et éclairé dans la discussion.
Je trouve aussi très étonnante la réponse, je l'ai lu dans la presse, de Matignon, ou même de Stanislas Guérini sur un plateau télé tout à l'heure, le ministre de la fonction publique, qui dit, au pire, si le texte, si ces dispositions sont censurées par le Conseil constitutionnel, on les remettra dans un autre texte. Ce qui, en creux, veut bien dire ce qu'on dit depuis le début, à savoir que le choix de ce vecteur juridique est vraiment une forme d'abus, de procédure, utilisée par le gouvernement, pour les raisons que j'évoquais tout à l'heure. Voilà, pardon.
Vous avez pris le temps, la clarification, c'est très bien. Est-ce que vous comptez, vous, Jérôme Gage, saisir le Conseil constitutionnel ?
De toute façon, nous, on a dit, comme parlementaires, en complément du mouvement social, qui a son autonomie, du rejet populaire, nous, comme parlementaires, on allait s'opposer à ce texte par tous les moyens dont on peut disposer.
Et au bout du processus, si on n'a pas réussi à empêcher l'adoption du texte au sein du Parlement, le dernier recours qu'on a, c'est de saisir le Conseil constitutionnel, et il est quasi acquis, et encore plus avec les billes, pardonnez-moi l'expression, que j'ai pu déceler dans cet avis, je m'inspirerai évidemment de cette analyse juridique, mais qui d'ailleurs, franchement, rejoint ce que de nombreux juristes, depuis le début, nous disaient sur ces fragilités juridiques.
Alors après, il faut être lucide, ces fragilités juridiques, elles portent sur des points spécifiques, elles ne remettent pas en question l'architecture globale de la réforme et notamment la mesure centrale qui est celle de l'allongement des années et de l'âge légal.
Merci Madame la Présidente. Un mot, peut-être, je cherche M. Gage, en tout cas je cherche ses yeux, mais d'abord pour retirer une expression malheureuse parce qu'elle est un peu grossière et j'en suis désolé, donc je la retire si vous le voulez bien. La deuxième chose, c'est que je ne retire rien de ce que j'ai dit. M. Isaac Sibyl vous l'a dit, je travaille avec mon cabinet, je travaille avec une multitude de services, je n'ai pas à rendre de compte ni sur les canaux, ni sur la manière dont je fais les prévisions.
Comme moi j'ai interpellé Olivier Dussopt, la réponse la plus hallucinante que j'ai rarement entendue et que d'autres, tout le monde m'a dit mais c'est quand même incroyable qu'un ministre un peu poussé à bout, un peu retranché dans les cordes, si j'ose dire, à la fin dit, je n'ai pas à rendre compte. C'est l'unaire qu'un ministre dise je n'ai pas à rendre compte et il ajoute sur la manière dont je construis mes prévisions. Et d'une certaine manière avec l'avis du Conseil d'État, c'était, je n'ai pas à rendre compte des choix juridiques que j'ai faits et des risques juridiques que je prends.
Alors vous avez eu une formule assez piquante lors d'une interview sur France Inter. Vous avez dit en gros que la réforme des retraites est frappée du syndrome Dracula. Elle n'aime pas être à la lumière. Et dans cette logique, vous avez eu de cesse de forcer les portes pour rechercher justement cette lumière, cette vérité au point de vous pointer à la direction de la Sécurité sociale pour en savoir plus sur les chiffres avancés par le gouvernement sur les 1 200 euros minimum ou les revalorisations des pensions retraites. On va regarder une petite vidéo avec vous qui résume un peu les événements des dernières semaines autour des discours sur la réforme des retraites et ses supposés avantages.
2,8 millions de retraités auront une revalorisation de la retraite minimale qui tient compte du nombre d'années travaillées et du salaire. Il manque le chiffre magique de 1 200 euros. Mais les 1 200 euros, je le dis, je l'ai dit sur votre plateau, c'est une carrière complète au SMIC. Pardonnez-moi, on a beaucoup réécouté. Vous ne disiez pas les archives. 2 millions de retraités actuels qui ont une retraite qui est inférieure à 1 200 euros verront leur retraite majorée à 1 200 euros brut par mois.
Vous dire aujourd'hui, mois par mois, je sais exactement combien de personnes vont être concernées par un départ à la retraite avec 168 trimestres aujourd'hui, 172 demain, une moyenne au SMIC et à temps plein. C'est un exercice de voyance. Passons cette réforme pour les retraités actuels. Nous avons 17 millions de retraités. 1 800 000 retraités vont voir leur pension revalorisée. Parmi ce 1 800 000 retraités, vous en avez de la moitié, c'est-à-dire 900 000, qui auront une revalorisation comprise entre 70 et 100 euros.
Et comme ce sont les retraités actuels que nous avons une meilleure capacité à connaître leur situation, vous en avez même 125 000 qui vont aller jusqu'au maximum des 100 euros de revalorisation. Ça signifie, ça peut paraître peu et en réalité c'est énorme. Et lorsqu'on regarde les futurs retraités, c'est un chiffre que j'ai donné à l'Assemblée nationale. Chaque année, vous avez 800 000 nouveaux retraités. Sur ces 800 000 nouveaux retraités par an, 200 000 auront une pension complète, une pension revalorisée, pardonnez-moi. Sur ces 200 000 personnes qui auront une pension meilleure grâce à la réforme que sans la réforme, un gros tiers aura une revalorisation supérieure là aussi à 70 euros.
Et quand on me dit mais combien, grâce à cette réforme, vont passer le cap des 85% du SMIC ? On a une prévision, elle m'est arrivée hier soir, 40 000 personnes de plus chaque année passeront le cap des 85% du SMIC grâce à cette seule réforme.
Donc on parle de ces nouveaux chiffres avancés par Olivier Dussopt. Vous êtes allé les vérifier à la source et assez vite, vous avez lancé la sonnette d'alarme. En gros, vous allez jusqu'à dire le ministre ment, si je comprends bien.
Oui, oui, parce qu'en fait, le dernier extrait que vous avez fait passer, c'est l'intervention d'Olivier Dussopt le jeudi 15 février au matin sur France Inter. Il s'avère que depuis plusieurs jours à l'Assemblée nationale, nous posions cette question parce qu'elle avait fait irruption dans le débat public, ça avait mis du temps. Il faut saluer d'ailleurs le travail d'experts, d'économistes, je pense notamment à Michael Zemmour qui avait beaucoup alerté sur cet aspect des choses. Moi, je l'avais auditionné, rencontré plusieurs fois.
On était plusieurs à essayer de tordre le cou à l'espèce de rouleau compresseur de communication qui fait que depuis le début, depuis le 23 janvier, de plateaux télé en matinale de radio, les ministres, mais aussi des figures éminentes de la Macronie comme Sylvain Maillard, Olivier Véran, Stanislas Guérini, Aurore Berger, etc. Tout cela, psalmodier d'une certaine manière ces éléments de langage, mais de manière un peu raccourcie, en disant, voilà, 1200 euros de pension minimale. Celui qui s'est pris, le plus pris les pieds dans le tapis, si j'ose dire, c'est Olivier Véran.
D'ailleurs, il a été rattrapé par la patrouille, c'était le premier extrait que vous avez mentionné, où il avait même dit une fois, il y aura 2 millions de retraités qui atteindront ces 1200 euros de retraite minimale. Et donc, nous, ça faisait plusieurs jours qu'on demandait des éclaircissements et il nous disait, non, c'est compliqué, on ne peut pas les avoir, on verra plus tard, etc. Et donc, moi, le matin, je prends mon café en écoutant la radio et il dit, on m'a donné des prévisions hier soir et je peux vous dire maintenant que ce seront 40 000 nouveaux retraités chaque année, dit-il, qui bénéficieront de ce montant.
Et donc, je me dis, s'il a des prévisions, c'est donc que quelqu'un les a produites et j'use de ce pouvoir de la mission d'évaluation des comptes de la sécurité sociale et donc, je me rends à la direction de la sécurité sociale qui est une des directions éminentes du ministère de la solidarité, c'est elle qui pilote toutes les finances sociales et qui notamment écrit le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Et donc, je vais très poliment mais fermement demander de me communiquer les prévisions qui ont manifestement été transmises quelques jours auparavant, quelques heures auparavant au ministre pour qu'il puisse faire son annonce.
Et là, qu'elle ne fut pas ma surprise, face à moi, j'ai eu le directeur de la sécurité sociale qui est un haut fonctionnaire respectable et qui avec beaucoup de franchise me dit « nous n'avons rien transmis au ministre ces dernières heures et ces derniers jours ». Et d'ailleurs, ajoute-t-il, c'est aussi très franc, nous nous posons nous-mêmes la question de savoir d'où sort ce chiffre de 40 000 bénéficiaires et en tous les cas de nouveaux retraités qui chaque année atteindront les 1 200 euros.
Et donc, à ce moment-là, moi je pose, je creuse et je dis sur la base de quelles données qu'est-ce que vous avez transmis ces derniers temps ou même depuis le début de la réforme et donc là, ils me sortent les différents documents préparatoires à la réforme ou notamment celles sur les arbitrages et eux-mêmes me disent « il y a une donnée qui ressemble à ça mais qui n'est pas tout à fait ça ».
Alors, c'est là qu'on rentre dans la technique, les choses sont compliquées parce que manifestement le chiffre qu'utilise Olivier Dussopt et ça, je l'ai compris dans l'échange que j'ai eu l'après-midi même du 16 février puisque le matin, je fais ma visite inopinée et à 15 heures, je reviens dans l'hémicycle et fort de ce que j'ai vu, je l'interpelle, il n'est pas très content, c'est à ce moment-là qu'il me dit que je perds les pédales, après ce sera excusé de cette formule mais je comprends dans sa réponse qu'il utilise un chiffre qui ne correspond pas à cette situation pour comprendre en gros le chiffre qui lui a été communiqué et en plus pas l'avant-veille mais depuis la mi-janvier donc en fait il a cette donnée depuis la mi-janvier c'est qu'il y a en effet 200 000 retraités nouveaux retraités qui vont bénéficier d'une revalorisation comprise entre 0 euros et 100 euros et lui il utilise la frange de ceux qui vont atteindre la revalorisation maximale de 100 euros et il y a en effet 40 000 qui vont atteindre la revalorisation maximale de 100 euros mais un pas l'année prochaine mais à l'horizon 2034-2036 puisque ça concerne la génération 1972 je la connais c'est la mienne moi je suis de 72 donc quand je serai à l'âge de la retraite en 2034 ou en 2036 selon qu'il y a un report de deux ans ou pas il pourra à ce moment-là en effet y avoir 40 000 personnes qui toucheront la revalorisation maximale de 100 euros mais moi ce que je me procure comme chiffre c'est que en 2024 c'est-à-dire l'année prochaine et comme lui-même avait dit chaque année on s'attend à ce que ce soit dès l'année prochaine c'est uniquement 13 789 personnes qui en bénéficient donc ça c'est déjà les deux premières erreurs factuelles c'est pas l'année prochaine et c'est pas 40 000 personnes mais surtout et c'est là le plus grave c'est que ce chiffre et ça m'a été confirmé par la direction de la sécurité sociale le chiffre des gens qui ont une revalorisation maximale ça veut pas dire qu'ils atteignent les 1200 euros vous pouviez avoir par exemple 1080 euros de pension minimale auparavant avec la pension avec les 100 euros maximum vous serez à 1180 et donc vous ne serez pas au fameux 1200 euros de retraite minimale et donc au moment où je vous parle on ne sait toujours pas je persiste à le dire on n'a toujours pas un chiffre avéré conforté consolidé qui permet de dire combien de personnes vont bénéficier de ces 1200 euros de retraite minimale c'est la raison pour laquelle après ces échanges parfois un peu houleux dans l'hémicycle moi j'ai écrit une lettre qui synthétise tout ça je l'ai rendu public elle est sur mon compte Twitter où je me suis adressé à Olivier Dussop en disant écoutez maintenant il faut que vous nous disiez d'où sortent ces chiffres qui vous les a communiqués et quelle est la source qui permet d'avérer d'avérer tout ça plutôt que de me répondre je le disais tout à l'heure cette réponse hallucinante qui est de dire je n'ai pas à rendre compte de la manière dont je calcule mes prévisions parce que vous vous rendez compte ça devient terrible ça veut dire qu'un ministre il balance un chiffre il dit croyez moi voilà et tout l'appareil administratif tout l'appareil statistique on s'en fiche on met en avant le chiffre qui m'arrange qui m'intéresse au moment où ça m'intéresse
je ne peux pas laisser dire que notre projet ne protégerait pas les femmes au contraire nous réduisons les inégalités inacceptables entre les femmes et les hommes au moment de la retraite
des femmes qui ont élevé des enfants et qui ont donc eu des trimestres de validés ça va être annulé par le report et ce chiffre là on n'arrive pas non plus à l'avoir parce qu'il est assez explosif parce que et moi je continue mes investigations pour essayer d'avoir ce chiffre et j'aimerais bien l'avoir notamment avant le 8 mars parce que je pense que dans la semaine où le débat sera au Sénat il y a le 8 mars au milieu et l'intuition qu'on a tous et c'est plus qu'une intuition quand on parle avec les chercheurs avec les économistes c'est que celle qui cotise le plus pour cette réforme ce sont les femmes c'est d'ailleurs un chiffre que j'ai pour le coup réussi à obtenir parce qu'il ne figurait pas dans l'étude d'impact on nous dit que c'est pour faire 17,7 milliards d'euros d'économies donc moi j'ai demandé qui porte ces économies et on m'a confirmé que pour environ 60% c'est à dire 11 milliards d'euros ce sont les femmes qui portent le plus gros de l'effort et je continue à gratter et à creuser pour voir notamment ce qu'on appelle par décile par niveau de revenu pour parler de manière simple et concrète concrètement quelles sont ces femmes et là aussi l'intuition et c'est plus qu'une intuition c'est que c'est les femmes des catégories populaires mais aussi des classes moyennes qui vont supporter le plus le coût de la réforme notamment parce que ce sont elles qui vont avoir un allongement moyen de leur durée au travail parce que là on nous dit pour l'instant c'est en moyenne 9 mois de plus pour les femmes et 5 mois pour les hommes mais une moyenne ça masque des extrêmes qui sont là pas forcément petits en termes de volumétrie donc voilà on a à continuer à mettre la lumière donc c'est pour ça que j'avais utilisé cette image pour la petite histoire c'est une image qu'on utilisait quand moi je faisais campagne avec d'autres pour le non à la constitution européenne en 2005 où on essayait en effet d'éclairer chacun des articles du TCE en regardant concrètement les conséquences qu'il allait avoir sur les gens et plus on en parlait plus les médias en ont parlé plus les journalistes en ont parlé plus l'opinion publique s'est retrouvée armée pour pouvoir elle-même être chacun des salariés des retraités des jeunes être le meilleur ambassadeur et maintenir ce haut niveau de rejet de la réforme de l'opinion publique
et Jérôme Gage est-ce que Olivier Dussop a répondu à votre lettre ?
pas encore pas encore moi j'ai rendu mon courrier et franchement je ne vais pas les lâcher parce que je pense que c'est aussi une exigence démocratique quand on fait une réforme nous on apprend ça quand on est parlementaire on nous dit vous devez questionner l'impact de chacune des décisions que vous prenez et là on voit que sur des pans entiers on n'a pas de réponse précise sur des choses a fortiori que eux-mêmes ont beaucoup mis en avant je prends toujours cette comparaison parce qu'elle est parlante parce que les milliards au bout d'un moment ça ne parle plus à qui que ce soit vous et moi si vous avez un crédit immobilier ou un loyer de 1000 euros par mois et qu'il vous manque à la fin du mois 40 euros et bien vous ne vendez pas votre maison vous ne déménagez pas vous essayez de trouver une solution pour ces 40 euros parce que c'est 4% de ce qui vous manque pour rembourser eux c'est exactement ce qu'ils font ce qu'ils font pour un déficit au maximum de 4% de ce qui est versé ils passent tout par-dessus bord en l'occurrence en levant un impôt sur la vie des gens de 2 ans alors qu'il y a une palette de solutions et on a essayé de faire la démonstration avec tous les parlementaires de la NUPES c'est tous les amendements qui ne sont pas des amendements d'obstruction mais notamment quand on a présenté après l'article 2 la taxation des super profits la taxation des dividendes la taxation des retraits de chapeau les distributions gratuites d'action revenir sur les exonérations de cotisations sociales qui ne servent à rien qui n'ont aucun impact sur l'emploi ou sur l'investissement et qui se traduisent par le fait que le paradoxe en France c'est qu'on a un niveau de prélèvement sur les entreprises vous rendez-vous compte cette réforme des retraites c'est la première fois qu'on ne met à contribution que les salariés
Qu'attendez-vous du Sénat qui penche assez fortement à droite ?
Moi j'attends de mes collègues sénateurs communistes écologistes socialistes qu'ils continuent à mener cette bataille avec un style et d'abord un calendrier qui est différent mais qui puisse aussi enfoncer le clou et que ça infuse dans le débat public qu'il y a des choses qui ne sont pas justes qui ne sont pas solides qui ne sont pas nécessaires c'est la raison pour laquelle moi depuis je suis d'ores déjà en contact avec plusieurs sénateurs pour les alimenter des propres données que je continuerai à obtenir et que ce débat au Sénat il prépare en tout cas il alimente ce qui va être quand même le moment clé on ne va pas se mentir qui est la journée du 7 mars parce que je le redis je l'ai dit tout à l'heure c'est le rapport de force qui déterminera la suite des opérations et ce rapport de force il est d'abord sur et moi je suis très content que les organisations syndicales aient expressément indiqué que ce rendez-vous là il se prolongerait qu'elle souhaitait que le pays soit bloqué alors bien sûr ça fait peur mais à un moment donné c'est ce rapport de force il est sain il est légitime il doit être pacifique il doit être non violent évidemment mais il y a des moments où face à l'entêtement d'un gouvernement qui dispose en plus des outils institutionnels parce que entre le 49-3 possible le 47-1 l'accord surtout politique avec les républicains parce que c'est ça qui a justifié en gros la réforme ils avaient la certitude d'avoir un accord avec les républicains ils ont eu des frayeurs parce que ça a tangué y compris au sein des républicains et moi je ne désespère pas que ce soit pour des parlementaires renaissance parce que là ils doivent retourner dans leur circonscription là c'est les entre guillemets les vacances parlementaires mais les uns et les autres sont dans leur circonscription et je peux vous dire qu'ils doivent en entendre des vertes et des pas mûres parce que le niveau de rejet de la réforme dans l'opinion 70% des salariés 70% des français pardon 90% des actifs c'est des gens aussi qui croisent leurs députés qui leur disent mais tu vas vraiment ou vous allez vraiment voter ce truc là et donc un parlementaire à un moment il est tiraillé entre la consigne que lui donne l'Elysée et puis le fait qu'il a des mandants qui ne sont pas favorables à ça selon vous
donc Jérôme Gage la rue peut elle faire reculer Emmanuel Macron ?
C'est ça que j'attends des sénateurs et surtout de la mobilisation du 7 mars et puis après parce qu'il faut considérer que si le rejet persiste même si le texte est adopté même s'il est validé par le conseil constitutionnel moi je fais partie de ceux qui considèrent qu'il ne peut pas y avoir une résignation un abandon et on a connu dans le passé des textes qui même adoptés votés et promulgués pouvaient être retirés je pense évidemment au CPE et ça peut être un des scénarios envisageables
Jérôme Gage vous serez donc dans la rue le 7 mars prochain
oui
bien évidemment en tout cas la seule fois
où je n'ai pas pu être dans la rue ça a été une grande frustration c'était évidemment le 16 février parce que on était en plein dans les dernières heures du débat à l'Assemblée nationale et que contrairement aux autres manifs où j'avais pu y aller entre midi et deux heures ce jour là je terminais ma visite inopinée au ministère de la sécurité sociale donc je me rattraperai le 7 mars évidemment à Paris probablement
les caméras du média seront là certainement et on vous tendra le micro ça j'en suis sûre merci beaucoup Jérôme Gage d'avoir pris le temps de répondre à nos questions
merci merci
merci
Jérôme Guedj