Macron joue sa dernière carte : la face cachée de Lecornu à Matignon
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Pour ne rien rater de nos programmes, n'oubliez pas de vous abonner à nos deux chaînes YouTube, le Média TV et le Média 24-7, et d'activer la cloche. Bonjour tout le monde et bienvenue pour un nouvel épisode des Indiscrets sur le Média, votre rendez-vous hebdomadaire politique avec Nils Vilqueux. Grâce à son carnet d'adresses bien fourni et sa connaissance fine, les acteurs politiques et ça de tous bords, Nils nous permet d'arpenter chaque semaine les coulisses et ce qu'il se trame dans la politique française.
La politique française, il y a plein de partis politiques bien évidemment et justement l'extrême droite aidée par les médias financés par les milliardaires cherche à imposer sa vision, vous le voyez sur les chaînes d'info au mainstream. Alors le Média contre cette politique et lance Riposte, une campagne citoyenne cruciale pour bâtir une chaîne d'information indépendante est populaire sur les réseaux sociaux mais aussi sur la TNT francilienne. Et cette bataille pour la démocratie nous concerne toutes et tous, alors rejoignez-nous et soutenez la Riposte sur campagne.lemédiatv.fr.
Au sommaire de cette émission, bien évidemment l'actualité, un show de politique Emmanuel Macron est-il à bout de course ? En nommant Lecornu, fidèle parmi les fidèles, le président semble davantage préoccupé de garder le pouvoir jusqu'en 2027 que de répondre à la colère du peuple français. Alors Nils a enquêté sur les coulisses de cette nomination et ce qu'elle révèle du règne crépusculaire du chef de l'État. Regardez, restez avec nous, il y aura plein de scoops aujourd'hui. Mais qui est-il Sébastien Lecornu, le nouveau Premier ministre, le 7e depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron, garde une large part de mystère. Et ce mystère, on a tenté de le percer.
Et justement, enfin Nils a tenté de le percer. Et puis enfin, Nils va également nous parler de ceux qui ont tout donné, ceux qui ont cru, je parle bien évidemment, des nombreux candidats à Matignon qui se sont fait, on peut le dire, balader en beauté par notre président. Non, il s'agit par exemple de Yaël Brunpivet, de Xavier Bertrand, d'Olivier Faure et de Catherine Vautrin. Et oui, ils étaient tous candidats, on peut les appeler les cocus de la République. On en parle tout de suite, c'est parti pour les Indiscrets.
Salut Amira et salut à toutes et à tous. Ça fait du bien d'être en chair et en os sur le Média.
Et oui, pour la première fois. C'est inédit. En tout cas, ravi d'être avec toi, Nils. Tu as plein de choses à nous dire aujourd'hui. Et puis on va bien évidemment parler de Sébastien Lecornu. Je le disais en introduction, en nomination du nouveau Premier ministre. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne connaît aucun, je dis bien aucun, état de grâce.
C'est clairement une prise de fonction sans concession de la part des oppositions, de la presse, des médias et aussi des Français. À part le camp présidentiel et encore tous les partis ont critiqué sa nomination. Et pire pour lui, les sondages montrent qu'il a débuté à Matignon avec la pire cote de popularité pour un Premier ministre à peine 34%.
Il fait pire que Bayrou, c'est dire. Plus des deux tiers des Français disent que ce choix ne correspond pas à leurs attentes. Le chiffre fait mal, Pierre Cazeneuve, 69%. Et les trois quarts des Français disent, ce Premier ministre, il ne tiendra pas 12 mois. Et on va rejouer le film qu'on a déjà vu, déjà plusieurs reprises, avec la nomination d'un nouveau Premier ministre.
Alors, pas de quoi perturber en apparence notre président de la République, Emmanuel Macron, qui fait comme si tout allait bien, selon l'un de ses interlocuteurs réguliers que j'ai eu en ligne pour préparer cette émission. Alors, on ne sait pas s'il s'auto-persuade que tout va bien ou s'il pense vraiment qu'il est encore dans le game. C'est ce que m'a confié ma source. Alors, il faut dire aussi que la presse a déjà acté sa fin, à la fois en France. Il y a eu des dossiers qui sont sortis. Mais aussi, et c'est plus inquiétant pour le président, à l'étranger. Par exemple, la presse allemande, pourtant assez conservatrice, assez pro-Macron.
On se rappelle ses débuts, son idylle avec Angela Merkel, etc. Le voit déjà sur le départ. On le voit là sur cette une du Frankfurter Hohen Show. En revoir, président. Tee Online, un site en ligne politique, parle d'un président en faillite. Et pour Le Guardian, donc le quotidien britannique, le président doit faire face, je cite, à la réalité. La presse française n'est pas en reste, comme l'hebdomadaire Challenge, pourtant peu suspect de gauchisme. C'est un portrait crépusculaire du chef de l'État, la tragédie Macron, qui paraît cette semaine. On parle quand même d'un magazine qui appartient à Perdriel, qui était quand même très, très macroniste.
Donc, voilà, c'est quand même assez dramatique pour lui. Alors, le président, lui, se concentre d'ailleurs très officiellement sur sa prochaine opération diplomatique. C'est son grand œuvre. Son discours à l'ONU, ce sera le 22 septembre. Ce jour-là, le chef de l'État doit annoncer officiellement que la France reconnaît la Palestine comme un État à part entière. Donc, ce sera l'occasion de la 80e Assemblée Générale de l'ONU, qu'il va présider aux côtés du prince héritier d'Arabie Saoudite. Alors, évidemment, c'est une conférence sur la fameuse solution à deux États. Et il a d'ailleurs rencontré, mercredi cette semaine, des familles d'otages israéliens retenus à Gaza.
Ça, c'est pour battre, évidemment, en brèche le procès en antisémitisme qu'on lui a fait. Bon.
On a quand même, Nils, tu m'arrêtes si je me trompe, mais on a quand même un peu l'impression qu'on veut nous faire croire qu'Emmanuel Macron est en train de se désintéresser de la politique intérieure.
Oui, tu as raison de te méfier. Parce qu'effectivement, pour le grand public, il y a cette idée qu'Emmanuel Macron serait en hauteur, surplombrerait les partis. Et en réalité, évidemment, notre président continue en sous-main de rêver d'influer sur les affaires nationales. Le Premier ministre est libre. C'est ce qu'il dit, en tout cas, officiellement, de mener la politique de la nation. En réalité, il fait pression pour éviter toujours que son bilan ne soit détricoté. On parle évidemment de l'ignoble réforme des retraites, mais aussi et surtout la taxation des grandes fortunes, donc ses meilleurs amis, réclamées notamment par le Parti Socialiste pour ne pas censurer le nouveau gouvernement.
Le président est contre notamment la taxation des successions et surtout la fameuse taxe Zuckman, dont Lisa a parlé avec Thomas Porcher tout au long de la semaine. Alors, en privé, surtout, Macron peste contre les socialistes dont il pense qu'il réclame trop de concessions. Un président finalement fidèle à lui-même, malgré ses multiples promesses de changement. Alors, il y a un petit épisode qui en dit long, notamment, qui m'a été rapporté par un conseiller politique. Il a reçu à l'Élysée, à déjeuner, François Bayrou, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et Édouard Philippe. C'était le 2 septembre, donc c'est tous les chefs du socle commun.
Le mot d'émission a tout de même été prononcé entre la foire et le fromage. Comme on dit, Emmanuel Macron a balayé cette hypothèse. On a un an et demi encore, donc jusqu'en 2027, c'est long. Et il y a plein de choses à faire, a déclaré le président. Bref, pour reprendre l'expression d'un familier de l'Élysée, il plane.
Alors, Emmanuel Macron qui plane, en tout cas, il a nommé Sébastien Lecornu. C'est qui, ce Sébastien Lecornu ? Comment on explique qu'il a été nommé Premier ministre par Emmanuel Macron ?
Oui, parce que les Français ne le connaissent pas. Alors, c'est un fidèle parmi les fidèles. Quand j'ai interrogé mes sources sur les raisons qui ont choisi Macron à le choisir, comme je pense tous les journalistes, on m'a répondu que c'était le choix du cœur. Je cite, alors Lecornu, il était aux responsabilités depuis 2017. Rendez-vous compte, c'est quand même un survivant du macronisme. Et donc, il a d'ailleurs évoqué une volonté de rupture quand il est arrivé à Matignon. On regarde.
La deuxième des choses, c'est dire aux Françaises et aux Français qu'on va y arriver. Parce qu'au fond, vous venez de le dire, il n'y a pas de chemin impossible. Il faut qu'on arrive à mettre fin, au fond, à ce double décalage. Le décalage entre la situation politique et le décalage avec ce qu'attendent légitimement nos concitoyens et nos concitoyens pour leur vie quotidienne, pour la situation économique et sociale, leur sécurité. Bref, ce pourquoi, évidemment, nous sommes missionnés. Et ce décalage entre la vie politique du pays et la vie réelle devient préoccupante. Et pas que pour celles et ceux qui gouvernent, pardonnez-moi, mais pour l'ensemble de la classe politique.
Voilà, donc on va revenir sur cette volonté de rupture un peu plus tard. Mais il faut d'abord parler du côté un peu plus sulfureux de Lecornu. Parce qu'effectivement, alors évidemment, la Macronie nous le vend, je dirais, comme un pur produit macroniste, mais qui est capable de faire un pont avec la droite. Et c'est vrai aussi qu'il a un côté un peu plus sulfureux, dont le grand public est peu informé. Par exemple, il avait été épinglé par Mediapart dès 2017 pour avoir loué une maison de vacances avec Darmanin.
Selon le média d'investigation, les deux membres du gouvernement à l'époque d'Edouard Philippe avaient loué pour leurs vacances en Corse une maison appartenant à Christelle Godani, donc Miss Corse 93, ça à la limite, mais elle était surtout compagne de l'ancien président de la Chambre de commerce d'Ajaccio, Gilbert Casanova, ça ne s'invente pas, ex-trafiquant de drogue qui les aurait accueillis chaleureusement à leur arrivée ici.
Donc Nils, c'est bien compris, on a encore un Premier ministre qui a des casseroles, j'ai envie de dire, on a un peu l'habitude. Et on rappelle quand même que Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin ont perdu leur procès en diffamation contre Mediapart.
Voilà, il n'y a pas eu de diffamation effectivement, et par ailleurs, on rappelle aussi que Lecornu était le supérieur d'Alexandre Benalla. On retrouve l'ancien chargé de mission d'Emmanuel Macron quand il était réserviste de la gendarmerie dans l'heure, donc c'est son fief politique, au début des années 2010. A l'époque, le futur chargé de mission de Macron n'avait pas encore été licencié par l'Elysée après la révélation d'une vidéo le montrant, usurpant l'identité d'un policier et frappant un manifestant. Et il y a quelques mois, d'ailleurs, Lecornu est revenu sur cette amitié, disons pour le moins sulfureuse, lors d'un entretien avec Guillaume Plé, regardez.
Alexandre Benalla, l'ancien territoire de la sécurité de l'Elysée, était gendarme à l'époque, en même temps que vous, et vous aurez sauvé la vie. Quand j'étais sous-lieutenant, plus lieutenant, je commandais régulièrement une vingtaine de gendarmes. On faisait de la lutte, prévention contre les cambriolages, etc. Et sur une opération qui aurait pu très très mal tourner, il était conducteur de la voiture dans laquelle j'étais et on a vraiment été confronté à un individu assez dangereux avec un début de course-poursuite. Et à un moment donné, il a failli de plein fouet percuter la voiture de gendarmerie dans laquelle j'étais, comme passager. Et il a su faire la marche arrière à temps.
Donc c'est une histoire vraie ? C'est une histoire vraie. Et Benalla était un bon gendarme. Je sais que quand on le dit, parfois ça fait réagir. Et par ailleurs, il m'a sauvé la vie quand même.
Voilà, donc il a un peu voulu déminer le terrain. On sent qu'il pressentait que cette histoire allait le rattraper. Et d'ailleurs, Sébastien Lecornu représente un tel mystère que la presse abuse du terme discrétion à son sujet. Regardez le monde qui use de cet euphémisme pour expliquer que notre Premier ministre est très discret sur sa vie privée. Alors en réalité, il faut dire les choses clairement. C'est le second Premier ministre à n'avoir ni femme ni enfant. Après Gabriel Attal, ses grands amis sont notamment le décorateur Jacques Garcia, architecte et mondain, grand consommateur de commandes publiques, très proche des femmes de politiciens et homosexuels déclarés.
Le Monde rappelle par ailleurs qu'il a été le plus jeune assistant parlementaire en 2005. Il avait à peine 19 ans. Le plus jeune conseiller ministériel, cette fois au cabinet de Bruno Le Maire en 2008. Élu en 2015, encore une fois, plus jeune président du conseil départemental de l'heure. Donc c'est la Normandy Connection. Puis l'un des plus jeunes du gouvernement, d'Edouard Philippe, une autre façon plus élégante de dire qu'il n'a jamais bossé en dehors de la politique de toute sa vie. Au point qu'il a sérieusement flippé après la dernière dissolution et le remaniement qui a suivi pensant qu'il était fini politiquement.
Qu'est-ce que je vais devenir ? Je suis ministre, je ne sais rien faire.
On n'a plus qu'à chercher une place, tous les deux, Monseigneur.
Oh vous ! Foutez-moi le camp !
Il se paraissait que je ne vous vois jamais ! Et mes gages ? Qui me fera mes gages ? Vos gages ! Tenez les poils !
Voilà, donc les journalistes survendent sa supposée rondeur. Je cite sa proximité avec Emmanuel Macron qui le ferait rire avec ses imitations à la Audiard autour d'un whisky. Mais en réalité, on le dit aussi arrogant et volontiers cassant, voire brutal dans sa manière de traiter les petites mains qui travaillent pour lui. Et parfois, cette arrogance, elle transparaît en public comme lors de cet entretien à Guyane 1ère. C'était en 2021. Regardez.
Alors, finalement, quel projet pour les énergies renouvelables ? Vous l'avez dit dans votre interview, une écologie qui ne veut rien dire. Bonne question. Bonne question, parce que... Mais ne prenez pas les choses sur le terrain de la polémique, s'il vous plaît. Et soyez fiers d'être guyanaise ce soir sur les transitions énergétiques. En termes de biomasse, c'est le territoire sur lequel ça avance le plus. Vous n'avez pas de leçon de fierté en termes de guianité à mentionner, M. le ministre. La centrale de cacao. Les choses fonctionnent bien. Si vous le prenez sur ce ton agressif, madame, ce n'est pas la peine de me poser des questions. Ce n'est pas du tout agressif, M. le ministre.
Je suis en train de vous expliquer que la Guyane est un territoire en avance en matière de transition énergétique. Et vous me dites que je n'ai pas de leçon à vous donner. Vous êtes française, je suis français. J'aime la Guyane tout autant que vous, même si je ne suis pas guyanais. Il n'y a pas de monopole du cœur en la matière. Et je vous explique que les moyens que nous mettons ici en Guyane sont des moyens de l'État, sont des moyens du contribuable de la République.
– Finalement, on vient de le voir, Nils, Sébastien Lecornu n'est pas si docile que ça.
– C'est ça. Alors sa nomination peut aussi s'expliquer par son entente parfaite avec Macron lui-même, certes, mais aussi avec sa femme Brigitte. L'influence de l'épouse du président est déterminante, même si elle affirme qu'elle ne fait pas de politique. On en avait parlé dans les Indiscrets lors de la nomination de Gabriel Attal. C'est elle qui a imposé le plus jeune Premier ministre à son époux. Et pareil avec Lecornu. Lecornu, c'est un peu le fils que les Macron auraient aimé avoir. C'est ce qu'a glissé un député macroniste à notre consoeur, Sophie Dravinel. Bref, après détention dans leur relation, les Macron ont-ils réussi à se réunir grâce à Lecornu ?
– Lecornu, il faut le dire, on n'en parle pas assez aussi de sa précipitation à se rendre chez Sarkozy juste après sa nomination. Qu'est-ce que ça veut dire ?
– Pas de vidéo, pas de photo d'ailleurs de cette rencontre. Regardez.
– Oui, 24 heures seulement qu'il est à Matignon et Sébastien Lecornu consulte à tout va. Il est même allé rencontrer ce midi l'ancien président Nicolas Sarkozy dans ses bureaux. Selon l'entourage de l'ancien président Nicolas Sarkozy était heureux de rencontrer le Premier ministre. Il lui a redit son amitié et lui a apporté son soutien. Les deux hommes se connaissent bien. Sébastien Lecornu est un ancien membre de l'UMP et aussi du Parti Les Républicains.
– Mais des rapports dans la presse, notamment de la part de Paris Match, qui parle, « Allez voir le parrain et le premier réflexe pour tout élu de droite et un passage obligé pour tout premier ministre fraîchement nommé. » C'est ce qu'écrit le magazine, dont on ne sait d'ailleurs si le terme « parrain » est choisi par ironie ou à prendre au sens littéral. Voilà l'article de Paris Match. On rappelle que l'ancien président était définitivement condamné pour corruption et trafic d'influence. On ne s'en lasse pas. À trois ans d'emprisonnement, donc un an ferme, sous bracelet électronique. Alors, on a fini par le retirer à cause de son grand âge.
Il est arrivé à 70 ans avec trois ans quand même d'inéligibilité. Et par ailleurs, Sarko risque sept ans d'emprisonnement, 300 000 euros d'amende, cinq ans d'inéligibilité cette fois dans l'affaire du financement libyen de sa campagne décision fin septembre. Bref, on peut se demander s'il était opportun pour le nouveau premier ministre de se rendre chez Sarkozy-Fissa. Pour l'exemplarité, en tout cas, on repassera.
– Alors, Nice, on vient de parler de ces rapports particuliers avec Nicolas Sarkozy. Il y a aussi des rapports particuliers et puis, on peut le dire, une ambiguïté de Sébastien Lecornu avec le parti d'extrême droite, l'URN.
– Oui, il y a eu ces révélations fracassantes de Libé sur ses dîners avec Marine Le Pen qui l'ont beaucoup agacé. D'ailleurs, Lecornu, à l'époque, dans Le Monde, on peut lire que c'était l'un de ses premiers faux pas, soi-disant. Et un familier de l'Elysée me disait que c'est toute cette petite bande toxique finalement qui gravite autour du président comme Thierry Solaire, etc. Alors, Lecornu a démenti avec vigueur dans un premier temps ses dîners avec le Rassemblement national.
Lors des révélations de nos confrères de Libération avant de reconnaître, quatre mois plus tard, finalement, via son entourage au Monde, l'existence de deux rendez-vous, toujours discrets, évidemment, avec l'ex-candidate à la présidentielle du RN, dont un dîner chez le fameux Solaire avant les européennes, mais pas le 16 mars avant de parler de l'Ukraine, notamment. Alors, parler avec le RN de l'Ukraine alors que le parti de Marine Le Pen a été financé avec l'argent russe, c'est pour le moins particulier.
– Nils, est-ce qu'on peut dire finalement que Lecornu, il aime bien le RN ?
– Je crois qu'on peut dire qu'il adore le RN, en tout cas, qu'il s'en sent proche. Il y a une vraie proximité. Alors, ils ne sont pas non plus amis politiquement, mais disons en tout cas qu'il s'est rapproché du RN. Et d'ailleurs, la gauche est quand même très attentiste par rapport à Sébastien Lecornu. On a vu le PS hausser le ton, notamment ces dernières heures, parce qu'on sent bien qu'il a quand même une tendance naturelle à aller vers la droite et l'extrême droite. Alors d'ailleurs, Lecornu a eu un petit mot pour le RN. C'était lors de son discours de passation de pouvoir, qui a été un brin glacial d'ailleurs.
Avec François Bayrou, on sent que le BR n'a toujours pas digéré d'avoir été éjecté par les députés. Regardez ce que dit Sébastien Lecornu.
Alors pour cela, il va falloir aussi changer, être sûrement plus créatif, parfois plus technique, plus sérieux dans la manière de travailler avec nos oppositions. J'aurai l'occasion d'y revenir. On vient d'en parler très longuement tous les deux. Mais je le dis aussi, il va falloir des ruptures. Et pas que sur la forme. Et pas que dans la méthode. Des ruptures aussi sur le fond.
Voilà. Alors beaucoup ont cru que c'était une critique de François Bayrou, une pique envoyée. Mais en réalité, c'était un message au Rassemblement National qui ne s'y est pas trompé. Réponse au propos de Bardella. Regardez. Nous sommes à la tête du premier groupe à l'Assemblée Nationale. Soit il y a rupture, soit il y aura censure. Nous avons toujours été fidèles à nos principes, celui de ne pas censurer a priori, et d'écouter le discours de politique générale, et d'écouter les orientations, sans illusion, qui sont celles du Premier ministre nommé par le Président de la République. Je n'ai aucune illusion. Voilà.
Et au cas où on n'aurait pas compris qu'il fallait absolument, effectivement, que Lecornu rompe avec la politique macroniste, le RN en a remis une couche le soir même sur TF1 via Marine Le Pen. Regardez ça.
Je lui demanderais de rompre avec le macronisme. C'est la rupture ou la censure ?
Voilà. Et puis aujourd'hui, encore, au cas où Lecornu n'aurait pas recompris le message...
Ça continue.
Voilà. Jacob Elie en a remis une couche cette fois sur BFM. Et nous attendons M. Lecornu qui fasse une politique de rupture, comme il l'a promis.
Alors, je vais prendre un exemple concret. Sinon, ça arrivera avec un autre mot s'il ne le fait pas. Le mot censure.
Donc au cas où on n'aurait pas compris, il faut une rupture. Alors, une rupture, les socialistes ont compris que c'était une rupture pour aller à gauche. Le Rassemblement National, lui, voudrait une rupture plutôt vers ses idées d'extrême droite. Voilà. Donc pour le moment, c'est très flou. Et quand c'est flou...
Ben, il y a un loup.
Voilà. Alors, il a dirigé quand même pendant quelques années le département de l'Eure. Donc sur le terrain, évidemment, il a noué des contacts avec les élus. Et son grand lègue quand même en Normandie, c'est d'avoir réussi à faire basculer le presque ensemble des circonscriptions du côté du Rassemblement National. Je ne sais pas si on peut parler de succès. En tout cas, au Rassemblement National, on est très content de compter désormais quatre députés sur cinq dans son territoire depuis les dernières législatives.
Bon, alors Nils, on l'aura compris, le RN et Sébastien Lecornu, c'est une très grande histoire. Mais pour autant, le RN ne semble pas décider à lui faire de cadeau à ce nouveau Premier ministre.
Oui, alors le RN l'a prévenu publiquement, je dirais. Et puis j'ai quand même sollicité une source du parti d'extrême droite qui m'a dit s'il nous emmerde, on le fera tomber. C'est fort. C'est fort. Alors Marine Le Pen ne fait pas mystère de ses intentions. On en parlait la semaine passée. Elle veut pousser Macron à dissoudre une nouvelle fois l'Assemblée et à nous pourrir la vie, à nous, journalistes politiques. Mais effectivement, le but de Marine Le Pen est tout à fait personnel. Elle veut se présenter à des législatives anticipées, malgré sa peine d'inéligibilité. On le rappelle dans l'affaire des emplois fictifs.
Elle veut en profiter en fait pour déposer une question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel avec pour objectif de mettre les sages au pied du mur. Bref, pour reprendre les mots d'un élu macroniste, on s'est mis entre les mains du RN. Ce n'est pas nouveau, mais c'est quand même un triste constat.
Alors Sébastien Le Cornu-Nil, c'est le grand élu. C'est celui qui a été nommé par Emmanuel Macron. Mais il y en avait plein d'autres qui gravitaient autour de lui et qui voulaient eux aussi accéder à Matignon.
C'est quand même bien triste. Mais Matignon, c'est connu. Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. On témoigne les nombreux noms qui ont circulé pour prendre la suite de François Bayrou après la chute du gouvernement. On pensait que le poste de premier ministre intéressé, plus grand monde, on a entendu tous les noms circuler, Borloo, Moscovici, mais ce sont quatre d'entre eux qui nous intéressent en particulier parce qu'ils y ont cru de toute leur force ou parce qu'ils ont faim d'y croire.
On a vu notamment Yael Brunpivet, la présidente de l'Assemblée nationale qui se disait au service des Français au perchoir proposer ces services pour Matignon, évidemment sans arrière-pensée, n'est-ce pas ? Alors elle lui a dit en personne lors d'un entretien avec le président à l'Élysée lundi, c'est ce qu'a expliqué le monde. Et puis elle en a mis une couche sur RTL directement en sortant de l'Élysée.
Parfois on me dit oh là là, l'hôtel de la Cesse est confortable et donc tu veux y rester. Eh bien non, moi je ne suis pas comme on dit une assise. Je suis capable évidemment et je l'ai montré dans toute ma courte carrière politique que je prenais des risques. Donc si d'aventure il fallait assumer cette mission-là, évidemment je ne rechignerai pas mais c'est le choix du président de la République.
Voilà, alors à l'Élysée on s'est un peu moqué des ambitions d'Yael Brunpivet, c'est ce qu'on m'a dit. D'abord parce qu'elle s'entend très mal avec Emmanuel Macron donc lui n'a pas du tout envie de la nommer. Il s'est déjà tapé François Bayrou pendant 8 mois. Ce n'est pas pour nommer Yael Brunpivet juste après mais en réalité les dés étaient pipés puisque le Rassemblement National a annoncé qu'il l'a censurée si elle était nommée Premier ministre à peine l'interview terminée sur RTL. Regardez ce qu'a dit Sébastien Chenu. Yael Brunpivet, on la censurera.
Ce n'est pas une tâche facile. Je comprends quand même que...
Voilà, alors ça a amusé l'un de ses anciens collaborateurs Yael Brunpivet qui me disait bah dis donc tous ses efforts pour courir après l'extrême droite pour finir par être trahi avec ce couteau dans le dos. Effectivement, cet ancien collaborateur se souvient de la mine effarée des huissiers du palais Bourbon en voyant Yael Brunpivet claquer la bise à Sébastien Chenu quand elle avait été élue au perchoir. J'avais révélé notamment les liens d'amitié qui l'unissent avec le vice-président du RN ou encore les liens cordiaux qu'elle entretient avec Marine Le Pen ce qu'elle dément évidemment officiellement.
Alors il faut se demander si c'est pas plutôt une mise en scène qui lui permettrait de prouver qu'elle n'est pas un féodé au RN puisqu'elle vise évidemment la présidentielle en 2027 comme à peu près tous les macronistes.
Ok, très bien Nice. Alors comment on peut expliquer qu'elle porte autant d'estime à Sébastien Chenu ? Tu l'as dit puis on l'a vu tu l'as dit elle lui a claqué la bise.
Alors je vais poser la question à un ancien membre de son cabinet à l'époque où j'avais fait ces révélations. Lui m'expliquait elle pense que c'est un mec du RPR. C'est vrai que Sébastien Chenu vient de l'UMP il avait notamment fondé Guélib.
Ah bah comme le cornu.
Exactement. Et donc cette source me disait elle pense que c'est un mec du RPR de la droite et pas un nazi. Et donc si Yael Brantivet cultive aussi ses bonnes relations avec le RN c'est qu'elle ne dissimule plus son envie de se poser en recours pour le bloc central pour 2027. On en a largement parlé dans cette émission. Alors on va parler d'un autre cocu c'est Xavier Bertrand le pauvre lui aussi qui d'abord candidate à la fonction suprême depuis un certain nombre d'années sans résultat et puis qui avait quand même lui aussi fait savoir qu'il ne serait pas complètement désintéressé par le poste.
Mais il échoue à chaque fois qu'il essaye quelque chose.
Exactement pauvre Xavier Bertrand alors lui cultive son image d'opposant au RN dans son fièvre de la région des Hauts-de-France. On peut dire que l'ancien ministre de la Santé juive d'un réseau solide à droite et d'une stature nationale et il est quand même très détesté de l'extrême droite et en particulier de Marine Le Pen. J'en parlais avec un cadre LR pour préparer cette émission qui me dit ils sont dans un conflit quasi personnel c'est presque irrationnel entre Marine Le Pen et Xavier Bertrand et d'ailleurs Xavier Bertrand a redit tout le mal qu'il pensait du RN ce vendredi. Xavier Bertrand pourquoi je n'ai pas commencé l'interview en disant bonjour monsieur
le premier ministre ce matin ?
Je crois que j'ai répondu à cette question dix jours dans ce pays. Une grande partie de la classe politique trempe devant Mme Le Pen et M. Bardella et vous savez bien ce qui se passe. Ils n'ont certainement pas l'intention qu'à la tête d'un gouvernement je fasse ce que je fais dans la région c'est-à-dire qu'avec des résultats je les fais reculer. Moi je n'ai pas peur d'eux.
Voilà alors le petit souci quand même c'est que sans le Rassemblement National un gouvernement macrodiste a quand même peu de chances de se maintenir au pouvoir. On l'a vu avec François Bayrou et puis avant avec Michel Barnier également.
Alors c'est vrai que Xavier Bertrand est tout de même apprécié sinon respecté à la fois par les écolos Marine Tondelier qui le connaît localement et Fabien Roussel également au niveau local qui soutiennent son combat contre le RN et c'est vrai aussi qu'Emmanuel Macron l'apprécie comme le rappelait le Parisien cette semaine au point d'avoir failli le nommer l'an passé après la dissolution ratée qui avait suscité donc ce fameux choc dans son propre camp mais c'est vrai que Xavier Bertrand lui-même n'y croyait plus vraiment à cette hypothèse.
D'abord il a annoncé avant tout le monde que Sébastien Lecornu était en train de constituer son gouvernement ce qui a beaucoup embêté le nouveau Premier ministre. Voilà bon ça c'est pour le petit coup de pouce amical et puis de toute façon un de ses proches me disait honnêtement il n'y a vraiment que des coups à prendre que ce soit à droite ou à gauche dans ce poste de Premier ministre faut-il vraiment y aller ? La réponse est non.
Alors tu parlais de coquifiage pour reprendre tes termes c'est du coquifiage il y en a aussi avec la gauche.
Ah oui alors avec la gauche on peut dire que c'est le coquifiage permanent Emmanuel Macron a quand même piétiné le choix des électeurs qui ont placé le NFP le nouveau Front Populaire en tête de nombre de sièges à l'Assemblée en 2024 et finalement en nommant Michel Barnier François Bayrou puis maintenant Sébastien Lecornu c'est un peu le BBL façon Macron cette fois c'est Olivier Faure qui en est la victime consentante puisque le premier secrétaire du Parti Socialiste s'est en effet déclaré de lui-même à la disposition du chef de l'État dis donc pour discuter des conditions dans lesquelles la gauche pourrait gouverner on en a parlé la semaine dernière et d'ailleurs son entourage et puis l'Elysée ont joué toute la semaine à expliquer que les deux hommes entretenaient des contacts réguliers voilà alors une source OPS me disait oui enfin c'est quand même un jeu de dupe on voit mal Macron nommer un socialiste à Matignon ce serait quand même à l'opposé ou presque à l'opposé de toute la politique qu'il a menée depuis huit ans l'idée en fait du Parti Socialiste c'est de peser un maximum dans les négociations dans le contrat en fait de gouvernement qui va être passé en échange d'une non-censure notamment d'obtenir des garanties pour taxer les grandes fortunes voilà et plutôt effectivement que d'avoir des éléments socialistes au gouvernement et puis un cadre un cadre PS un petit peu plus méchant disait si Emmanuel Macron était sérieux avec les socialistes il prendrait une pointure comme Boris Vallaud par exemple plutôt qu'un Olivier Faure voilà pas très sympa
pas très sympa pour Faure
non non non et puis alors la dernière c'est un peu la candidate maudite à Matignon la discrète également comme Sébastien Lecornu Catherine Vautrin il faut dire que plusieurs fois on l'a donné on l'a donné effectivement à Matignon alors il faut un petit peu revenir en arrière pour expliquer pourquoi Catherine Vautrin a toujours échoué à Matignon et bien c'est parce que Emmanuel Macron n'est plus le seul maître à bord le président doit maintenir de nombreux équilibres politiques au sein de son entourage dont celui de son épouse Brigitte dont l'influence politique déterminante a notamment permis à Gabriel Attal de devenir le plus jeune premier ministre de l'histoire en 2024 on l'a dit en début de démission et c'est vrai qu'il n'a plus les cartes en main la mauvaise expérience les mésaventures de Catherine Vautrin le prouve la pauvre à chaque remaniement dès 2022 son nom circule pour Matignon c'est ce qu'avait révélé notre confrère Marc Handelvelt qu'on a le plaisir d'accueillir régulièrement aux médias c'était aussi le choix d'Emmanuel Macron le premier choix me rappelle le conseiller politique Jean-Bernard Gaillot-Renucci qu'on salue au passage qu'on a déjà eu et que j'ai consulté pour préparer cette émission mais c'est vrai que la pauvre Catherine Vautrin a eu l'heure de déplaire à Alexis Collère qui était le tout puissant secrétaire général de l'Elysée à l'époque et bras droit du président depuis parti à la Société Générale vers de nouvelles aventures financières et lui craignait en fait que son patron ne s'émancipe sous l'influence de Catherine Vautrin alors patatras une fois effectivement sa nomination sa future nomination annoncée par Marc Handelvelt et bien les positions conservatrices de l'ancienne présidente du Grand Reims sur le mariage pour tous ont refait surface sur les réseaux sociaux bronca de l'ensemble des macronistes dit de l'aile gauche de la Macronie et sa candidature est rapidement tombée à l'eau
alors tu l'as dit en off Nils il aurait aussi pensé à Jean Castex
oui alors c'est ce que me disait Jean-Bernard Gallio Renucci c'est le seul premier ministre qu'il ait vraiment choisi après Edouard Philippe et surtout Jean Castex a quand même une immense qualité c'est qu'il ne fait pas d'ombre grand patron pas d'ombre Emmanuel Macron tu vois que les critères pour choisir les premiers ministres sont tout à fait déterminants alors comme Sébastien Lecornu finalement en fait alors en plus Sébastien Lecornu il a été plutôt malin pour le coup contrairement à François Bayrou il a multiplié les coups de fil à gauche c'est ce que m'expliquait une source OPS c'est ce qu'on vient d'expliquer effectivement cette fin de sujet et puis on peut dire qu'il a eu une bonne idée puisqu'il l'a finalement emporté alors pour combien de temps on en est à 7 premiers ministres rappelons-le et bien l'avenir nous le dira
alors Nice on a Lecornu Sébastien Lecornu en premier ministre et à ton avis on connaîtra quand le nom l'identité des ministres qui ont formé ce gouvernement
je sors ma boule de cristal attention non non plus sérieusement il est en train de lancer des consultations alors il a reçu tous les membres du bloc central Edouard Philippe François Bayrou pour le modem ça a dû lui faire bizarre d'ailleurs de revenir à Matignon par la petite porte mais on va pas connaître la composition du gouvernement avant à mon avis une bonne semaine voire même deux semaines après l'entourage de Sébastien Lecornu ça va prendre quand même un certain temps sachant qu'il veut soit disant ouvrir son gouvernement à gauche on a hâte de voir ses preuves d'ouverture
on a hâte comme tu l'as si bien dit Ninth en tout cas merci on a appris plein de choses aujourd'hui
merci beaucoup à toi
et puis à la semaine prochaine peut-être qu'on connotera le nom des membres du gouvernement
absolument à la semaine prochaine salut
vous l'aurez compris c'est la fin de cette émission merci de la suivre chaque semaine et si vous l'avez aimé si vous aimez les autres émissions du média pensez donc à nous soutenir également à soutenir notre campagne ça s'appelle Ripost et ça se passe dès maintenant sur campagne.lemedia mediatv.fr excellente journée sur les médias à très bientôt Sous-titrage Société Radio-Canada
Emmanuel Macron