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AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 20 avril 2026 25 minContradictoireMixte

La Chine : un acteur clé de la guerre au Moyen-Orient ?

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0:00
Présentateur

France Culture, question du soir. Quentin l'a fait. Jeudi dernier, la Chine affichait des résultats économiques déconcertants en temps d'incertitude. En pleine guerre entre les Etats-Unis et l'Iran, un PIB en progression de 5%. Si ces chiffres sont à relativiser, reste que la Chine, partenaire économique et stratégique de l'Iran, semble épargnée par les conséquences de cette guerre. Pourtant, le blocage du commerce mondial serait certainement une catastrophe pour l'économie chinoise qui repose sur les exportations. Alors, sur le plan économique ou diplomatique, quels sont les atouts de la Chine dans cette guerre ? Quelle est sa place ? Et est-elle vraiment un agent de stabilité ?

Un invité pour nous éclairer ce soir, Marc Julienne. Bonsoir. Vous êtes directeur du Centre Asie de l'IFRI, l'Institut français des relations internationales. Merci d'être avec nous ce soir dans Question du soir.

0:53
Invité

J'ai dit aux Etats-Unis que s'ils ne lèvent pas le blocus des ports iraniens, le trafic maritime sera certainement restreint. Malgré l'accord de cesser le feu conclu entre les parties concernées, les Etats-Unis ont renforcé leur déploiement militaire et mis en place un blocus ciblé. Ce qui ne fera qu'exacerber les tensions, c'est un comportement dangereux et irresponsable.

1:27
Présentateur

Nous nous proposons à toute ingérence dans les affaires intérieures d'autres pays. Rappelons que la souveraineté et la sécurité de chaque Etat doivent être pleinement protégées par le droit international et nous rejetons l'usage de la force ou la menace de son emploi dans les relations internationales.

1:41
Invité

Le PIB annuel a atteint 2,5 milliards de yens, soit une augmentation de 5% par rapport à l'année précédente.

1:53
Présentateur

Et commençons par ce chiffre, Marc-Julien. 5% c'est la progression du produit intérieur brut en rythme annuel au premier trimestre 2026 de la Chine. La Chine ne connaît-elle pas la crise ?

2:07
Invité

C'est un très bon chiffre qu'il faut manipuler avec des pincettes puisque c'est un chiffre officiel et on ne connaît pas exactement les détails de la manière dont la Chine calcule son taux de croissance. C'est un problème que l'on a structurellement en Chine depuis des années. Elle aurait ses méthodes à elle ? Oui et parfois un peu sélectives en matière de statistiques.

Le fait est qu'il semble qu'il y ait effectivement une croissance très importante qui s'inscrit dans une certaine continuité de 2025 où la Chine a réussi et avec d'ailleurs c'est une surprise à créer de la croissance et notamment à augmenter grâce et tiré par les exportations chinoises alors même qu'en 2025, on s'en souvient tous, il y a eu cette guerre commerciale très importante avec les Etats-Unis, guerre tarifaire qui a percuté fortement la Chine et la Chine a réussi avec une très grande agilité à pivoter ses exportations et combler le manque à gagner des Etats-Unis vers l'Union Européenne et ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour nous et vers l'Asie du Sud-Est.

Donc il semblerait que le premier trimestre 2026 semble indiquer cette dynamique-là, la continuité de cette dynamique-là. Néanmoins, il ne faut pas en tirer des conclusions trop rapides sur le reste de l'année 2026 puisque sur le premier trimestre, il y a eu un mois de guerre en Iran avec l'augmentation des prix des hydrocarbures, ce qui veut dire une augmentation aussi des prix de production industrielle, l'augmentation du pétrole à la pompe et tout ça, ce sont autant de mauvaises nouvelles pour l'industrie chinoise, pour le consommateur chinois, mais aussi d'ailleurs dans nos contrées plus proches.

3:35
Présentateur

Et dans le même temps, Marc-Julienne, est-ce que cette hausse des prix du pétrole, des hydrocarbures de manière générale, cette hausse n'est-elle pas une bonne nouvelle dans le même temps pour la Chine ? La Chine fait face depuis plusieurs années à un problème structurel que l'on appelle la déflation, c'est-à-dire la baisse générale du niveau des prix. Est-ce que la hausse du pétrole ne peut pas lui permettre justement de faire face à cette spirale déflationniste ?

4:01
Invité

Alors effectivement, pour la première fois depuis trois ans, il y a de nouveau de l'inflation en Chine. Et à première vue, ça devrait être une bonne nouvelle puisque trois années de déflation, c'est encore une fois un signe de mauvaise santé économique. Je ne pense pas qu'on puisse interpréter ce retour dans l'inflation comme une bonne nouvelle, malheureusement, puisqu'en réalité cette inflation est générée par des facteurs exogènes à l'économie chinoise, par justement cette crise pétrolière et puis cette crise aussi sur beaucoup de minerais et de ressources qui transitent par le détroit d'Hormuz.

Et en réalité, c'est une inflation par les prix et donc qui ne résout pas l'un des problèmes structurels de l'économie chinoise, c'est-à-dire une consommation extrêmement basse et qui ne décolle pas et mécaniquement une épargne extrêmement élevée. Et donc si on augmente le prix de l'essence à la pompe, si on augmente les prix de production et donc des produits, et bien finalement, ça risque de peser encore plus sur une consommation qui est extrêmement basse et donc ça ne va pas rendre l'économie chinoise plus dynamique. Et c'est pour ça que je serais moins optimiste en fait pour les prochains trimestres pour l'économie chinoise.

5:09
Présentateur

La Chine a acheté 15% de son pétrole à l'Iran qui lui destinait 80% de sa production. Est-ce que ce moment est pour la Chine, pour l'intelligentsia chinoise, le moment aussi pour réfléchir à cette dépendance stratégique ou bien cette réflexion a-t-elle été entreprise il y a déjà fort longtemps ?

5:29
Invité

Alors oui, là je pense qu'il faut saluer une politique ancienne et astucieuse de la Chine depuis 25 ans. Au début des années 2000, c'est le président Hu Jinta à l'époque qui vient d'arriver au pouvoir en 2003, qui fait un discours devant le comité central du parti et qui explique en fait justement la dépendance massive, forte de la Chine à ses approvisionnements extérieurs de pétrole, pas que du golfe Persique mais en grande partie. Et c'est ce qui sera ensuite appelé le dilemme de Malacca.

C'est-à-dire que la Chine en fait, toute l'économie, l'industrie chinoise est dépendante du détroit de Malacca en mer de Chine du Sud puisque à l'époque, plus de 90% de son pétrole était acheminé par ce détroit-là. Et un détroit, on le voit aujourd'hui, c'est facile à bloquer volontairement ou par accident et donc c'était quelque chose qu'il fallait absolument, un dilemme qu'il fallait absolument dénouer. Et donc depuis 25 ans, en fait, la Chine a diversifié à la fois les voies d'approvisionnement, alors par la mer toujours mais aussi par pipeline, et puis les fournisseurs, les États.

Donc maintenant, on a aujourd'hui un pipeline gazier qui provient de Turkmenistan, on a énormément de pétrole qui vient de Russie, le Venezuela de l'autre côté du Pacifique était un fournisseur important de la Chine et donc ce qui fait qu'aujourd'hui, le golfe Persique représente quand même la moitié des approvisionnements chinois en hydrocarbures, ce qui est très important. Et c'est là, et on va peut-être y venir, c'est là que l'Iran finalement n'est pas le seul problème, la seule question en réalité. Et c'est toute la région qui est un enjeu pour la Chine.

6:58
Présentateur

On va y venir, mais je reste un instant tout de même sur le pétrole. Marc-Julien, vous avez parlé de la diversification impressionnante que la Chine a entreprise depuis le mi-temps des années 2000. La Chine est aujourd'hui capable, dans le même temps, de constituer des réserves de pétrole impressionnantes, un chiffre, un seul. La Chine a constitué des réserves stratégiques. Celles-ci s'élèvent aujourd'hui à environ 1,3 milliard de barils. C'est l'équivalent de 4 mois d'importation.

7:27
Invité

C'est colossal. C'est absolument colossal. C'est les plus grandes réserves. Alors même si le chiffre que vous citez, ce sont des estimations, puisqu'en réalité ce sont des réserves stratégiques, donc par définition confidentielle et classifiée. Et puis, pour être tout à fait complet sur la question de la diversification, là je parlais des approvisionnements extérieurs, mais aussi la Chine a fait énormément d'efforts sur le plan intérieur, en développant les énergies renouvelables. Aujourd'hui, la Chine est le plus gros producteur de panneaux solaires et de turbines éoliennes.

Ce qui là aussi n'est pas forcément toujours une bonne nouvelle pour nous, puisqu'il y a 10-15 ans, ça a décimé une industrie européenne naissante. Et aujourd'hui, c'est ce qui peut se passer dans d'autres industries, notamment automobiles, mais aussi le développement du nucléaire. Et la Chine produit aussi de plus en plus de gaz.

8:12
Présentateur

Alors comment les autorités chinoises, si je reviens à ce conflit au Moyen-Orient, comment ces autorités perçoivent-elles cette guerre ? Si on commence depuis le début, comment la Chine a-t-elle perçu l'entrée en guerre de la coalition israélo-américaine en Iran ?

8:28
Invité

Alors, bien évidemment, la première réaction, ça a été une réaction d'opposition, de contestation, et pour des raisons que l'on peut comprendre, que les Etats-Unis et Israël ont lancé une opération militaire, des frappes, sur un partenaire stratégique de la Chine. Donc, d'une part, ça n'a pas été perçu d'un très bon oeil, mais en plus, et pour des raisons sur lesquelles on pourra se rejoindre, c'est que c'était en violation totale du droit international. Et donc, évidemment, c'était une déstabilisation, en plus de l'Iran, mais une déstabilisation de l'ensemble de la région.

9:00
Présentateur

Ça a été un fait objectif, le fait que ce soit illégal, mais au-delà, on a senti, certains experts ont senti, que dans les propos tenus par la Chine, il n'y avait pas, dans les semaines qui suivirent, une condamnation ferme, une condamnation directe de ce que Israël et les Etats-Unis avaient entrepris. Comment le comprendre ?

9:19
Invité

Oui, tout à fait. C'est-à-dire qu'il y a eu des premières contestations relativement limitées, relativement timorées, tout d'abord. Et puis, ensuite, effectivement, une très grande réserve, et je regardais encore, d'ailleurs, les déclarations, aujourd'hui, du ministère chinois des Affaires étrangères, qui critiquent, finalement, extrêmement peu les Etats-Unis. Ce qui se passe pour la Chine, c'est que, certes, elle a un partenariat très étroit avec l'Iran sur le pétrole. Vous l'avez rappelé, 80% du pétrole iranien est destiné à la Chine. Donc, la Chine est le premier client, et de très, très loin, du pétrole iranien.

La Chine a besoin de ce pétrole, mais c'est aussi un partenaire, y compris sur le plan militaire, puisque la Chine fournit des systèmes d'armes ou des technologies de défense. Néanmoins, et je commençais à l'esquisser tout à l'heure, il n'y a pas que l'Iran qui est un partenaire de la Chine dans la région. Et, en réalité, si 50% des hydrocarbures de Chine proviennent du Golfe Persique, c'est en partie d'Iran, mais aussi d'Arabie Saoudite, du Qatar, de l'Irak, du Koweït.

Et donc, finalement, prendre parti, comme on aurait pu l'attendre, très fermement, très clairement, du côté de l'Iran, c'était aussi prendre le risque de s'aliéner d'autres partenaires de la région qui sont importants, mais qui sont aussi proches des États-Unis et des Occidentaux que sont l'Arabie Saoudite, justement, le Qatar, l'Irak et d'autres. Et donc, finalement, pour ne pas, quelque part, insulter l'avenir et se créer d'éventuelles frictions futures, aussi parce qu'au début de la crise, et encore aujourd'hui, on ne sait pas quelle en sera l'issue, et on ne sait pas si le régime iranien perdurera.

Et à ce moment-là, la Chine ne veut pas se couper des liens, ne veut pas condamner d'éventuelles relations avec un prochain gouvernement, quel qu'il soit en Iran.

11:02
Présentateur

Du point de vue du matériel militaire, Marc Julien, vous l'avez mentionné, en quoi la Chine est-elle l'un des fournisseurs de ce matériel ? Même très concrètement, qu'est-ce que la Chine fournit concrètement à l'Iran ?

11:15
Invité

Alors, l'Iran dispose de radars de surveillance et de défense aérienne chinois. La Chine a aussi, depuis les années 80-90, travaillé avec l'Iran sur des technologies de missiles balistiques court de portée. Mais finalement, comparé à un fournisseur comme la Russie, c'est quelque chose d'assez limité. Et puis après, il y a cette coopération de défense qui est ancienne, qui date de plusieurs décennies. Mais il faut bien concevoir que la Chine n'a pas d'alliance avec l'Iran. D'ailleurs, la Chine n'a pas d'alliance de manière générale. Et donc, c'est ce qui explique aussi que la Chine n'a pas soutenu immédiatement et de manière claire l'Iran.

Et c'est aussi pour ça, et là, je vais peut-être entrer dans plus de spéculations, mais que je ne crois pas que la Chine ait, ou aille à l'avenir, fournir du matériel de défense à l'Iran pendant que la guerre se perpétue. Puisque je pense que la Chine ne veut pas justement devenir belligérant, ne veut pas faire face aux Etats-Unis dans cette crise et dans ce conflit, puisqu'à ce moment-là, elle s'exposerait à des mesures de rétorsion américaines, a priori économiques et financières. Et d'ailleurs, on peut tirer un parallèle avec la guerre en Ukraine, où la Chine soutient l'économie russe sans aucune ambiguïté.

En revanche, il n'y a pas de transfert direct d'armement, et on ne retrouve pas d'armement chinois sur le théâtre ukrainien, du côté russe, parce que la Chine ne veut pas tomber justement dans la position du belligérant et donc être visée par les Etats-Unis en retour.

12:42
Présentateur

Je reviens un instant au Moyen-Orient, à cette guerre qui a cours en Iran, notamment, Marc Julienne. Quelle est, selon vous, la stratégie chinoise dans ce domaine ? Peut-on la résumer sobrement en expliquant qu'au fond, la Chine attend que les Etats-Unis s'embourbent un peu plus encore ?

13:00
Invité

En fait, je ne sais pas s'ils ont intérêt à ce que les Etats-Unis s'embourbent, parce qu'encore une fois, ils subissent cette crise actuellement. Ils ont un prix du pétrole qui augmente massivement. Vous avez rappelé qu'ils ont des réserves stratégiques très importantes autour de 4 mois. On ne sait pas encore vraiment s'ils y ont touché, mais en tout cas, si la crise devait perdurer, ça créerait de l'incertitude pour l'économie, mais aussi pour l'appareil de défense chinois, parce que ces réserves stratégiques, avant toute chose, elles sont quand même prévues en cas de pépins sérieux et pourquoi pas de guerre.

Donc, en fait, la Chine a plutôt intérêt à ce que le détroit d'Ormouz réouvre le plus vite possible, de manière durable, j'entends. Et d'ailleurs, c'est ce que les officiels chinois rappellent quotidiennement en ce moment.

13:44
Présentateur

Mais ça, Marc-Julien, c'est pour la dimension strictement économique, dans le même temps, du point de vue politique, diplomatique, relationnel. Est-ce que la Chine ne bénéficie pas d'un moment peut-être opportun pour avancer ses pions sur l'échiquier mondial ? On sait qu'elle peut désormais incarner, en miroir de la décrédibilisation potentielle des États-Unis dans ce conflit, elle peut incarner un contre-modèle vivifiant, selon certains.

14:11
Invité

Oui, absolument. Je voudrais juste souligner qu'au total, la Chine n'est pas à l'initiative dans cette guerre et qu'elle a montré, d'ailleurs, elle a démontré une certaine impuissance puisqu'elle n'a pas été en mesure de dissuader les États-Unis ou Israël d'attaquer. Elle n'est pas aujourd'hui en mesure de siffler la fin de la récréation et de mettre tout le monde autour de la table. Elle me semble assez marginale pour parler de paix qui ont lieu à l'initiative et organisée par le Pakistan.

Et en ce sens, quand on observe la puissance chinoise économique, militaire, qui parfois se présente quand on écoute le discours officiel chinois, qui se présente à parité avec les États-Unis, eh bien, en réalité, là, ils sont d'une certaine manière un peu un nain géopolitique. En fait, ils n'ont pas de prise sur ce qui se passe.

14:58
Présentateur

Qui lui reproche, je vais vous laisser finir, pardonnez-moi, mais qui lui reproche à cette Chine contemporaine d'avoir manqué de dissuader la coalition israélo-américaine d'intervenir en Iran ? D'autres pays du Sud ?

15:10
Invité

Non, je voulais juste mettre en... Je pense que personne ne lui reproche particulièrement. C'est juste qu'il y a une certaine dissonance dans une certaine perception que l'on peut avoir de la Chine de très grande puissance qui utilise des leviers commerciaux énormes, par exemple, sur l'Union européenne, mais qui, en fait, en situation de crise, que ce soit la guerre en Ukraine, que ce soit la guerre Israël-Gaza, que ce soit la guerre actuellement au Moyen-Orient, en réalité, la Chine ne pèse pas. Peut-être en raison d'un manque de capacité, d'expérience dans la gestion de crise, mais aussi, très certainement, par manque de volonté.

C'est-à-dire que je n'accuse pas, je ne pointe pas du doigt, je note justement ce différentiel de perception de la Chine que l'on a parfois. Et donc, rappeler que, finalement, c'est un acteur qui est encore très, très, très en retrait des grandes questions internationales en matière de sécurité, en tout cas. Néanmoins, ayant dit tout cela, et c'est pour ça que je pense que la Chine finalement subit, subit sur le plan économique, subit un petit peu sur le plan diplomatique, parce que, quand je dis tout cela, c'est aussi pour montrer qu'il y a un certain discrédit d'une certaine manière de voir cette aussi grande puissance qui n'est pas en mesure de peser sur cette crise-là.

Ayant dit tout cela, il est vrai que le discrédit américain est tel que, mécaniquement, naturellement, eh bien, la Chine devient un acteur effectivement plus stable, peut-être même plus digne de confiance.

Alors, je ne pense pas que la Chine ait gagné en confiance auprès de son voisinage, auprès de l'Union Européenne ou au Moyen-Orient, mais en réalité, les États-Unis sont tellement une source de déstabilisation, on l'a vu sur le plan commercial tout au long de l'année 2025, on le voit dans le domaine sécuritaire, particulièrement aujourd'hui au Moyen-Orient, on le voit aussi dans le multilatéralisme et dans le droit international que Donald Trump remet en question tous les jours, voire bafoue tous les jours, et donc finalement, quand on voit un tel facteur de déstabilisation, eh bien la Chine paraît effectivement un peu plus stable.

17:06
Présentateur

Les propos de Donald Trump sur CBS News, il est interrogé par Elisabeth Palmer.

17:11
Invité

En quoi cela change-t-il la dynamique de cette rencontre avec le président Xi ? Cela ne change rien, il a besoin de pétrole, pas nous. Je m'entends très bien avec lui, il a répondu à une lettre que je lui avais adressée parce que j'avais entendu dire que la Chine fournissait des armes à l'Iran. Je lui ai demandé de ne pas le faire et il m'a répondu en disant qu'il ne le ferait pas.

17:35
Présentateur

On en entend parler, Marc-Julienne, depuis des mois maintenant, ce fameux sommet sino-étasunien qui devrait avoir lieu selon les propos de Donald Trump, donc c'est à prendre avec des pincettes, mais les 14 et 15 mai prochains. Qu'attendre de ce sommet d'abord et ensuite, à quel point est-il historique ou non ?

17:55
Invité

Alors s'il a lieu, puisqu'il y a eu un faux départ, il avait été annoncé il y a un mois et puis finalement, il n'a pas eu lieu, probablement d'ailleurs peut-être aussi en raison de cette guerre. La question, est-ce que Donald Trump serait prêt à se rendre à Pékin, rencontrer Xi Jinping alors même qu'un conflit est en cours, conflit dont il ne peut pas pour le moment, enfin cela dit, Donald Trump ne doute de rien mais c'est difficile de se présenter comme victorieux dans le contexte actuel. Et donc, qu'est-ce qu'on peut en attendre ?

Beaucoup de choses, il est historique parce que ça fait des années qu'il n'y a pas eu de sommet, le dernier date du mandat de Joe Biden et ce n'était pas une vice d'Etat, c'était une rencontre en marge d'un sommet de l'APEC à San Francisco, la dernière rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping a eu lieu au mois d'octobre dernier mais là encore c'était en terrain neutre si je puis dire, c'était en Corée du Sud et ça fait bien longtemps qu'un président américain ne s'est pas rendu en Chine.

Alors, les enjeux sont importants pour les deux parties et c'est là où justement la Chine a sans doute bien mené je dirais le rapport de force en 2025 puisque c'est Donald Trump qui est à l'initiative de tout ça, la guerre tarifaire, etc. Mais finalement, la Chine a déployé plus de leviers qu'elle a utilisés de manière beaucoup plus déterminée et Donald Trump est revenu calmement, gentiment, avec le sourire à la table des négociations ce qui montre qu'il est aujourd'hui bien plus en mesure de discuter avec la Chine. Il y a beaucoup de sujets sur la table, les principaux sont économiques.

Donald Trump veut absolument que la Chine continue d'importer du soja qui est produit aux Etats-Unis dans les Etats du sud des Etats-Unis, des Etats pro-Trump. Il souhaite aussi que la Chine ne réimpose pas la menace qu'elle avait fait planer au mois d'octobre de mettre des mesures de contrôle d'exportation sur les métaux critiques que la Chine a suspendues seulement pour l'an 12 mois donc jusqu'à novembre de cette année et donc qui pourrait handicaper assez fortement l'industrie en particulier l'industrie de la tech américaine. Et puis du côté chinois il y a la volonté de réduire les mesures coercitives économiques américaines à l'égard de la Chine et il y en a beaucoup.

Et puis aussi la question de Taïwan est très très importante pour Xi Jinping.

20:14
Présentateur

Sur Taïwan justement j'allais y venir Marc-Julienne vous nous expliquiez en préparant cette émission que la Chine était peut-être en train d'opérer un tournant un virage en matière de stratégie vis-à-vis de Taïwan. Expliquez-nous justement comment ce changement de pied pourrait aussi avoir des conséquences sur ce sommet.

20:31
Invité

Oui alors la stratégie de la Chine depuis 10 ans depuis 2016 est l'arrivée au pouvoir de la présidente Tsai Ing-Wan à Taïwan donc une présidente du parti démocrate progressiste en gros le parti qui est absolument honnie par Pékin que Pékin considère comme des furieux indépendantistes depuis l'arrivée au pouvoir de ce parti la Chine a cessé tout contact avec Taïwan que ce soit avec le gouvernement bien évidemment mais aussi avec le parti d'opposition le Kuomintang alors qu'il y avait des discussions avant entre d'un côté le parti communiste chinois et de l'autre côté le parti nationaliste qui est présent à Taïwan et puis non seulement il y avait zéro contact mais il y avait une politique qui était extrêmement coercitive de la part de la Chine sur le plan informationnel sur le plan militaire sur le plan diplomatique et sur le plan économique également

21:17
Présentateur

donc en somme

21:17
Invité

à un rapport de force absolu absolu unilatéral et sans aucun compromis depuis le mois de février on a vu les choses évoluer on a vu le mois de février un forum réouvrir un forum qui existait qui n'a pas eu lieu depuis dix ans entre le parti communiste chinois et le Kuomintang le KMT taïwanais de l'autre côté et puis l'annonce et la réalisation d'une visite par la présidente de ce parti politique le Kuomintang en Chine il y a deux semaines et un sommet historique entre cette présidente de ce parti taïwanais et le Xi Jinping qui là en l'occurrence était le secrétaire général du parti communiste pas le président de la république populaire de Chine qui se sont rencontrés et la réunion s'est plutôt même très bien passée et ce qui montre à mon sens une volonté de Pékin de vouloir engager de nouveau le Kuomintang de manière pacifiée de manière beaucoup plus engageante plutôt que de simplement privilégier la stratégie de la coercition

22:15
Présentateur

unilatérale qu'est-ce que tout cela signifie pour bien comprendre ce que vous êtes en train de nous expliquer Marc-Julien que la perspective même d'une guerre d'une Chine qui viendrait envahir Taïwan qu'elle revendique par ailleurs tout cela semble s'éloigner

22:31
Invité

je pense que la Chine joue aujourd'hui sur deux fronts elle continue une certaine coercition et d'ailleurs quand la présidente de ce parti taïwanais était présente à Pékin il y avait des exercices militaires chinois dans le détroit de Taïwan ce qui montre que la pression à mon avis ne va pas être levée dans le détroit de Taïwan mais que la Chine essaye une stratégie d'engagement de ce parti d'opposition taïwanais et à mon avis cela peut être utilisé par Xi Jinping comme un argument vis-à-vis de Donald Trump dont on pense qu'il ne se soucie qu'il se soucie assez peu de Taïwan en tout cas c'est ce que l'on pense et donc ça permettrait de montrer à Donald Trump finalement avance de notre côté finalement ceux qui déstabilisent la région ce sont les indépendantistes au pouvoir comme le pense Xi Jinping mais si vous nous aidez et bien nous sommes capables de discuter de dialoguer avec Taïwan et pour nous aider ce qu'il faut faire c'est ne pas soutenir le gouvernement en place à Taïwan d'une part et cesser les exportations d'armement à Taïwan d'autre part

23:35
Présentateur

sur le dossier taïwanais justement le président américain Donald Trump est-il une chance ou bien l'inverse dans ce dossier certains disent au fond Donald Trump est si ératique qu'on a du mal à comprendre ce qu'il sera capable de faire dans deux jours ou une semaine que c'est un risque trop grand d'envahir Taïwan pour la Chine parce que les Etats-Unis pourraient pourraient venir à défendre Taïwan

24:00
Invité

Oui c'est ça on entend différentes choses on pense que certains disent que Donald Trump n'a que faire de Taïwan et qu'en fait il serait capable de mettre ça dans un grand deal avec Xi Jinping et de s'en débarrasser et les Taïwanais avec je ne pense pas pour ma part puisque je pense que la politique taïwanaise des Etats-Unis est beaucoup plus complexe que simplement ce que pense ou ne pense pas le président des Etats-Unis certes il est très important c'est le chef de l'exécutif mais autour de lui on connait son entourage qui pour la majorité sont des soutiens fervents et depuis longtemps de Taïwan un autre contre-pouvoir c'est le Congrès qui de manière bipartisane continue aujourd'hui de proposer de travailler sur des projets de loi qui soutiennent Taïwan et enfin un acteur parfois un peu sous-estimé c'est l'industrie américaine et plus encore l'industrie de la tech la Silicon Valley dont Nvidia Amazon Google ne peuvent se passer pas plus d'une semaine ou deux des semi-conducteurs qui sont fabriqués à Taïwan

25:02
Présentateur

Merci beaucoup Marc Julien directeur du centre Asie de l'IFRI l'Institut français des relations internationales c'était passionnant et éclairant de vous écouter merci également à celles et ceux qui ont préparé cette émission Bertie Bourdon Bruno Barada Rodier et Ken une émission réalisée et mise en nom par François Richet Merci à mes Tipeurs

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