Questions de confiance : Nathalie Arthaud, les 18 centimes de ristourne face à la hausse du carburant, une bonne mesure ? - 29/03
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Nathalie Arthaud, merci de répondre à mes questions de confiance ce matin. Questions de confiance, vous le savez, les 15 derniers jours, avoir toutes les clés pour faire son choix, 12 jours maintenant, avant le premier tour des élections. Vous êtes professeur d'économie-gestion à Aubervilliers, vous êtes porte-parole de force ouvrière, de lutte ouvrière, évidemment, et pour la troisième fois, Nathalie Arthaud, vous êtes candidate à l'élection présidentielle. Troisième fois donc, en 2012, vous aviez fait 0,56% des voix, en 2017, 0,64% des voix, et vous y retournez.
Oui, avec toujours autant de conviction et même de sentiment d'urgence, j'ai envie de dire. Mais vous avez vraiment envie d'être présidente de la République ? J'ai envie de changer cette société de fond en comble. Je pense que la société capitaliste nous condamne, nous condamne non seulement à l'exploitation, au bas salaire, à la crise climatique, mais aussi aux guerres. Voilà, c'est la guerre, elle se rapproche, on a les deux pieds dedans, je pense. Et que oui, ça devient urgent de se dire que cette société-là, il faut la changer. Et j'espère que tous ceux qui en sont convaincus, qui ont envie de l'affirmer, eh bien, ils se regrouperont derrière le vote pour ma candidature.
Alors, on va évidemment rentrer dans les détails, d'ailleurs, de ce que vous venez de dire. Vous dites qu'on a déjà les deux pieds dans la guerre, et vous dites même que c'est cette société dans laquelle on vit qui nous aurait conduit à la guerre. Mais je voudrais qu'on commence par la question du pouvoir d'achat, parce que pouvoir d'achat, santé, sécurité, c'est vraiment les trois questions qui comptent aujourd'hui pour les Français. Les prix, les prix de l'essence, ils explosent à nouveau, et il y aura ces 18 centimes de riz tourne que nous promet le gouvernement. Ce sera officiellement à partir de vendredi. C'est une bonne mesure ?
C'est dérisoire. C'est dérisoire face aux problèmes qui se posent aujourd'hui à de très très nombreux femmes et d'hommes qui travaillent, qui travaillent ou qui ont travaillé toute leur vie. Écoutez, quand on en est à devoir choisir entre manger, se chauffer, quand on en est même à se dire « Mais comment je vais faire le plein de mon réservoir pour repartir au boulot ? » C'est que là, la situation, elle est catastrophique. Mais c'est quand même mieux que rien, non ? Vous auriez d'autres solutions, vous ? Moi, je pense que de toute façon, ça fait trop d'années que les salaires sont bloqués à un niveau trop bas. Donc, il faut déjà une véritable augmentation de salaire.
Une véritable, pas des miettes, 300, 400, 500 euros d'augmentation de salaire, de pension de retraite aussi, parce que tout ça est lié. Et il faut les indexer sur les prix. Donc, ce n'est pas les prix que vous baissez, c'est les salaires que vous augmentez. Oui, alors, les prix, écoutez-moi, tant qu'on ne peut pas, si vous voulez, empêcher de nuire tous ces spéculateurs qui font aujourd'hui flamber les prix, parce qu'il y a évidemment, pour l'essentiel, de la spéculation dans tout ça. Tant qu'on n'est pas en mesure de faire ça, eh bien, moi, je pense qu'il faut que les salariés, les retraités, se disent, voilà, et cette conviction que nous n'avons pas à nous appauvrir dans cette société.
Donc, il faut qu'on sauvegarde nos salaires, ce qui nous permet de vivre, tout simplement.
J'ai bien compris que vous alliez jouer plutôt sur les salaires, mais je voudrais vous reposer la question très clairement. Vous ne bloqueriez pas les prix.
Mais comment bloquer les prix ? Bloquer les prix de qui, d'ailleurs ? Du petit commerçant ? À quel niveau ? À quel niveau ? Vous savez, bloquer les prix, ça veut dire contrôler la société. Moi, je suis pour que les travailleurs contrôlent la société. Ça, c'est certain. Il n'y a pas de problème. Mais ça, ça nécessitera des luttes puissantes, une organisation, une réorganisation même de toute la société. Vous avez dit, empêcher de nuire. Mais tant que ce n'est pas le cas, en effet, il faut que nous nous protégeons. Et nous, la seule façon de nous protéger dans nos conditions d'existence, c'est de nous battre.
De nous battre sur nos salaires, nos pensions de retraite, et de faire en sorte qu'ils augmentent. À chaque fois qu'on voit justement la valse des étiquettes, pas en attendant 12 mois, mais mois après mois, s'il le faut. Et s'il le faut, semaine après semaine. L'indexation des salaires sur les prix. Je voudrais revenir sur plusieurs choses que vous avez dites.
Vous avez parlé d'empêcher de nuire les puissants qui contrôlent ces entreprises. Vous feriez comment si vous aviez les moyens de les empêcher de nuire ? Ça veut dire quoi, empêcher de nuire ?
Moi, je pense qu'on rentre dans une période grave, très grave, où cette guerre, d'ailleurs, on ne sait pas où elle va s'arrêter. Et elle a déjà des conséquences économiques très, très importantes. Elle va en avoir sur nous aussi. Là, on le voit avec la flambée, d'ailleurs, du prix de l'essence. Et toutes les guerres sont ainsi. C'est toujours l'occasion pour les spéculateurs, justement, de faire flamber des prix, de provoquer des pénuries, des rationnements, etc. Et si je vous écoute, c'est comme s'ils faisaient volontairement sier. Ah, mais oui. Alors, toutes les guerres, vous savez, c'est aussi des formidables entreprises commerciales pour un certain nombre.
Beaucoup en profitent des guerres. En général, elles sont faites avec la peau des petites gens, avec la peau des ouvriers, des chômeurs, des pauvres, en fait. Et puis, un certain nombre en tirent les marrons du feu. Donc, dans cette situation-là exceptionnelle, il faut se dire que oui, on devrait absolument empêcher de nuire tous ces profiteurs de guerre. Alors, moi, vous faites comment ? La solution ? Non, ça serait l'expropriation. Vous savez, l'expropriation. Et qu'on fasse la transparence totale, mais qu'on sache... Ce n'est pas juste une nationalisation, c'est une expropriation. Une expropriation.
Et vous savez, en fait, je pense que beaucoup de secteurs devraient fonctionner en étant collectifs et en servant d'abord la population. Aujourd'hui, la plupart des grandes multinationales, c'est vrai pour l'énergie, c'est vrai pour l'alimentaire, c'est vrai pour la santé aussi, ne fonctionnent pas pour être au service de la population, pour répondre à leurs besoins. Moi, j'ai été frappée, écoutée, par les brevets qui ont été mis sur les vaccins anti-Covid, qui en disent l'an quand même de l'état de cette société capitaliste. C'est-à-dire que les profits passent avant la vie humaine. Et c'est vrai pour tout.
Donc moi, je pense que, justement, c'est cela qu'on doit combattre et que l'on peut combattre si, en effet, on expropie ces entreprises et qu'on les fait marcher pour l'intérêt de la population. Expropriation, vous avez parlé aussi,
quand je vous ai interrogé sur le blocage des prix, vous avez dit, oui, mais alors, si on commence à bloquer les prix, on bloque les prix de qui ? Des petits commerçants, des grands commerçants ? Je voudrais vous prendre l'exemple de Leclerc. Les centres Leclerc, certains centres Leclerc, qui ont décidé d'afficher dès maintenant la ristourne des 18 centimes. Alors que, normalement, ça ne devait commencer qu'à partir du 1er avril parce que sinon, il y a une rupture de concurrence.
Est-ce que vous êtes dans ces cas-là plutôt du côté du consommateur et vous vous dites, tant mieux, il y a certaines pompes à essence où ils vont déjà trouver l'essence à 18 centimes de moins ou est-ce que vous êtes plutôt du côté des indépendants de l'essence qui disent, non, pour nous, c'est très injuste ?
Moi, je suis pour la transparence complète. Je l'ai dit et redit, mais je pense que c'est un objectif qu'il faut que tous ceux qui souffrent aujourd'hui, qui sont victimes de cette société, doivent avoir en ligne de mire, c'est l'abolition du secret des affaires. Qu'on sache exactement la réalité des comptabilités des groupes, la réalité de tous les contrats qu'ils passent avec leurs fournisseurs, leurs sous-traitants, la réalité de tous les contrats de travail. Mais là, pardon, ma question était très courte.
Comment est-ce que le fait de lever le secret des affaires va aider l'infirmière qui doit faire son plein pour aller faire sa tournée ?
Parce que, vous voyez, ça permettrait de faire le jour, de faire la lumière sur tous les calculs, les méfaits, les mensonges aussi de tous ceux qui, finalement, nous mènent par le bout du nez. Vous savez, vous avez parlé de Leclerc. Mais Leclerc, comment font-ils, comment fait-il ces marges ? Eh bien, ça, on devrait le savoir parce qu'on sait qu'aussi, Leclerc, de l'autre côté, en faisant beaucoup de publicité, en se répandant souvent sur les médias, eh bien, on sait aussi que Leclerc fait la poche, en fait, des producteurs. Voilà, des producteurs de ceux qui... Les négociations sont d'ailleurs en cours entre les producteurs, les industriels et la consommation. Les cultivateurs.
Donc, il faut qu'on lève le voile sur tout ça, qu'on voit qui se fait les marges. Écoutez, où, comment, par où passent les circuits de l'argent ?
Je vous ai posé la question sur l'essence. Je vais vous la poser de manière encore plus concrète sur la baguette. La baguette à 29 centimes, ça a été un des marqueurs du début de cette campagne sur la question du pouvoir d'achat. On avait, en effet, toujours Leclerc, qui disait nous, on va faire la baguette à 29 centimes parce qu'on est du côté du pouvoir d'achat. Sauf que de l'autre côté, il y a des boulangers, il y a des producteurs de farine qui ont dit oui, mais attendez, nous, de notre côté, c'est une distorsion des prix. La question que je vous pose à nouveau, et j'aimerais bien que vous y répondiez, c'est vous êtes de quel côté ?
Mais juste, moi, je suis contre ces lois capitalistes où les gros mangent toujours les plus petits, où c'est le règne du plus puissant, de celui qui a le portefeuille... Le gros, c'est toujours le méchant ? Le plus épais, c'est celui qui est en capacité, en effet, d'imposer son pouvoir et son diktat sur tous les autres. Voilà, ça, c'est d'une évidence. Et c'est comme ça, c'est le ressort profond de cette société capitaliste, vous savez. Le véritable pouvoir, aujourd'hui, dans cette société capitaliste, il passe par les capitaux, il passe par l'argent, évidemment. Donc, en effet, c'est le problème essentiel.
Donc, moi, c'est la raison pour laquelle, encore une fois, je me bats contre l'ensemble de ce système et de ces lois. Et vous savez, moi, quand j'entends qu'il faut une prime pour... On va avoir une petite ristourne, là, sur l'essence. Il y a deux mois de cela, c'était le chèque de 100 euros, le chèque énergie de Castex, de 100 euros vers... Une prime inflation. Voilà. Je me dis, mais on va où, là ? On va où, là ? Demain, on va avoir un chèque, aussi, pour aller acheter son café, sa bouteille de lait, sa baguette de pain. Mais on va où ? Moi, je pense...
C'est d'ailleurs l'une des propositions d'Emmanuel Macron, candidat, qui parle d'un chèque alimentaire pour les foyers les plus modestes. Vous, vous dites non à ce chèque alimentaire.
Ça suffit. Voilà, les salariés, les travailleurs, ceux qui sont à la retraite, mais qui ont bossé toute leur vie, ils ne demandent pas la charité. Ils ne veulent pas l'aumône. Ils veulent pouvoir vivre dignement de leur salaire. C'est la raison pour laquelle, voilà, c'est une question d'augmentation de salaire et de pension de retraite et d'allocation. Mais là, jusqu'où on le monte ? Très clairement, moi, je ne me pose pas en... Je n'ai rien à voir avec tous ces candidats qui, voilà, distribuent leurs belles promesses, là, du haut de cette campagne. Je dis que tout ça, c'est un objectif de combat. C'est un objectif des luttes.
Mais il faut bien réaliser que quand on appartient, en effet, au monde du travail, quand on est aide-soignante, ouvrier, technicien, enseignant, chauffeur, enfin bon, quand on appartient au monde du travail pour se faire respecter, il n'y a que ça. Il faut se battre. Il faut se battre, s'organiser collectivement.
C'est un programme de lutte.
Donc, de la dignité, c'est ça.
Ce sera ce combat-là pour vivre de son travail. Si j'écoute ce que vous dites, Nathalie Arthaud, et vraiment, dans ce question de confiance, j'ai envie que les gens puissent comprendre exactement et que le moment où ils auront face à eux tous les bulletins de vote, ils puissent choisir en conscience. Quand vous dites, il faut augmenter les salaires. Vous avez peut-être vu hier cet échange entre Emmanuel Macron et un passant à Dijon qui l'a interpellé en lui disant, « Nous, on gagne 4000 euros dans notre foyer, ma femme et moi. » Et pour autant, avec 4000 euros, on est en train de devenir ce qu'il appelait des salariés pauvres.
Il disait, le 5 du mois, quand tout est tombé, il nous reste zéro. Est-ce que vous considérez, comme cet homme, qu'à 4000 euros, il est un salarié pauvre ?
Moi, je le dis depuis le début, parce qu'on a un peu fait nos calculs, c'est que 2000 euros nets, c'est un minimum. Un minimum pour vivre sans être dans l'angoisse permanente. Vous pouvez comprendre son cri de détracé. Bien sûr. D'ailleurs, de toute façon, il faut l'écouter. Et c'est ça aussi, moi, qui me révolte dans cette société. C'est que les travailleurs ne sont jamais écoutés. Moi, j'ai entendu, écoutez, vous avez vu le scandale du cabinet McKinsey. On a besoin d'experts pour savoir comment il faut, comment dire, réorganiser l'éducation nationale, par exemple, supprimer des lits. Non, il n'y a pas besoin d'experts. Il faut écouter les salariés, ceux des hôpitaux, les enseignants.
Avoir un recours à McKinsey
pour le gouvernement, pour l'Elysée, c'était parce qu'il ne savait pas
écouter la population ? Mais c'est parce qu'il ne veut pas écouter la population. Mais encore une fois, il faut bien... En tout cas, nous, travailleurs, il faut qu'on dise, c'est nous les experts. Voilà, c'est nous les experts. Nous savons comment faire tourner cette société. Nous savons comment faire le boulot. Donc voilà. Et c'est de dire, encore une fois, qu'il nous faut un minimum pour vivre. Et oui, les 2 000 euros. Les 2 000 euros, c'est ce qu'il faut pour ne pas se retrouver dans la catastrophe permanente parce que sa voiture est tombée en panne, on n'a pas d'argent.
Et puis, parce qu'on est tombé malade et qu'on ne peut pas aller net, ça doit être une perspective, une perspective de lutte. Et j'entends beaucoup dire, oui, mais ce n'est pas possible, le patronat ne l'accordera jamais. Mais encore une fois, moi, j'ai envie de dire à ceux qui nous écoutent, nous n'avons pas à nous faire petits. Voilà, quand on travaille, nous sommes les essentiels dans cette société. Nous la faisons tourner. Donc, nos intérêts doivent passer avant. Ils doivent passer avant les profits, ils doivent passer avant les dividendes, ils doivent passer avant les grandes fortunes de quelques-uns. C'est cette conviction-là qui doit absolument nous pousser, justement.
Je n'ai pas fait du mal à contre ce qui vous distingue d'un Philippe Poutou. Ah, mais on a beaucoup de choses en commun, bien sûr, avec Philippe Poutou. Mais parce qu'il n'y a aucune raison. Même à deux. Ah bon ? Même à deux.
Vous avez le même ennemi commun, le capitalisme. Vous êtes tous les deux des candidats de lutte. Vous êtes tous les deux du côté des travailleurs. Pourquoi vous n'êtes pas capable de vous entendre ?
On s'entend et on se bat ensemble. Je peux vous dire, dès qu'il y a des grèves, dès qu'il y a des mouvements sociaux, etc. Maintenant, nous sommes deux organisations politiques différentes. Voilà, nous, lutte ouvrière, nous voulons nous concentrer à construire une organisation à partie dans les entreprises, dans les entreprises et dans les... Et d'ailleurs, Philippe Poutou a lancé hier un appel à un troisième tour social. Voilà. Là, vous seriez avec lui. Ah mais, de toute façon, nous sommes toujours ensemble. Dès qu'il s'agit, en effet, de réagir collectivement, de se battre et de s'organiser. Il y aura un troisième tour social pour vous.
Parce que nous sommes convaincus, et ça, je pense que c'est quelque chose que je partage avec Philippe Poutou, que les choses, elles changeront, en effet, par en bas. Par en bas. Vous savez, le président de la République, bon, il n'a, entre ses mains, finalement, que l'ombre du pouvoir. L'ombre, ah, il peut nous imposer de porter le masque, nous mettre une amende, si on ne fait pas ci, si on ne fait pas ça, d'accord. Mais, par exemple, obliger les laboratoires pharmaceutiques de mettre fin à leur brevet, ça, il ne le peut pas. Forcer Total d'arrêter de spéculer, ça, il ne le peut pas.
Vous voyez, c'est-à-dire que la grande bourgeoisie, encore une fois, ce grand patronat, les grands actionnaires, les Bolloré, les Bouygues, enfin, la grande bourgeoisie, c'est elle, en réalité, qui tient les manettes.
Nathalie Arthaud, on a parlé du pouvoir d'achat, il y a une autre préoccupation pour les Français, c'est la question de la sécurité au sens large, sécurité et défense. Sécurité, je voudrais qu'on revienne sur ce qui s'est passé en Corse, violence dans l'île. Est-ce que vous comprenez que les manifestants s'en soient prises à des CRS en leur reprochant, notamment, d'avoir chanté la Marseillaise au moment même où il y avait les obsèques d'Ivan Colonna ?
Moi, ce que je ne comprends pas, c'est qu'on ne respecte pas les sentiments que peuvent éprouver aujourd'hui les Corses, et y compris ce sentiment national que pouvait incarner Ivan Colonna. Voilà, alors là, il y a eu ce drame, cet assassinat quand même, en prison. y compris qui a fait suite à tout un acharnement, un acharnement contre lui.
Vous pensez au fait qu'il n'ait pas été autorisé
à rejoindre l'île pour être emprisonné ? C'était une façon aussi de punir sa famille toute entière. Mais Nathalie Arthaud,
ça veut dire que vous comprenez que les manifestants puissent cibler les CRS ?
Je pense que les CRS qui ont effectivement étaient dans une posture provocatrice, voilà, très clairement. Alors bon, moi je ne vais pas justifier je ne sais quoi, mais c'est... Vous justifiez un peu quand même là. J'explique, j'explique que ces tensions-là, elles sont produites et elles sont créées. Elles sont créées, encore une fois, par un gouvernement, par un État qui méprise la population. L'autonomie, voire l'indépendance de la Corse ? Moi je suis pour la libre disposition des peuples, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Donc il faut effectivement qu'ils puissent dire comment ils ont envie de s'organiser. Vous la chantez-vous ?
La Marseillaise ?
Mais juste une chose, ce que je tiens quand même à dire, c'est que quand on est pauvre, parce que la Corse, c'est un des départements les plus pauvres de France, et quand on est pauvre, quand on est sans boulot, quand on est mal payé, etc., l'autonomie administrative, ça ne suffit pas, vous voyez, pour gagner sa vie. Donc il faut toute autre chose pour le monde du travail. Mais par contre, leur donner plus de sous ? Moi je suis convaincue que ce n'est pas leur donner plus de sous, c'est le combat de tous les travailleurs. C'est le combat de tous les travailleurs.
Vous savez, quand on est salarié, quand on dépend donc de la volonté patronale pour tout, pour ses horaires de travail, pour son salaire, et donc ça détermine sa retraite. Vous voyez tout
comme un rapport de force. Le gros, c'est la métropole et le petit, c'est l'île.
C'est toujours la même chose, c'est toujours la même grille de lecture. Mais ce n'est pas une grille de lecture, c'est la réalité de notre société. Aujourd'hui, ceux qui ont du pouvoir, encore une fois, c'est ceux qui ont l'argent, c'est ceux qui ont les moyens de faire travailler les autres et de les exploiter et de dire « Toi, je t'embauche, toi, je t'embauche pas. Toi, je te paye à ce niveau-là, toi, celui-là. Toi, je t'accorde tes jours de congé, pas à toi, etc. » Toute la société est comme ça. Et quand on est issu du monde du travail, qu'on n'a que ses deux bras et ses deux jambes, il faut effectivement
aller se faire exploiter. Nathalie Arthaud, sur la sécurité, il y a aussi les émeutes à Sevran. Avec cette décision de Transnèv qui s'occupe des transports, de ne plus mettre de bus après 20 heures, est-ce que ça, vous vous dites, c'est une réponse à la violence ?
Non, ce n'est pas une réponse à la violence, évidemment que non. Non, c'est surtout, ça va être encore une fois payé par les femmes et les hommes de ces quartiers-là qui ont besoin des bus. En plus, écoutez, ils travaillent tôt, c'est des femmes et des hommes de ménage, ce sont ceux qui ouvrent les magasins, etc. Des sociétés de bus ou de ceux qui lancent la violence ? Ils sont victimes de cette société toute entière. C'est difficile, vous voyez, de découper tout ça en morceaux. Oui, mais si vous voulez être présidente de la République, j'ai pas très bien compris si vous vouliez l'être ou pas
parce que vous avez dit que... Je veux changer toute la société. Ça se fera pas du haut
de la présidente de la République.
Vous êtes candidate quand même à l'élection présidentielle. En tout cas, c'est ce canal-là que vous utilisez pour faire avancer vos luttes. Pas celui-là, entre nous. Il faut décider quand même... Soit dit,
pas que celui-là parce qu'on milite tous les jours dans les entreprises et dans les quartiers populaires, justement, et dans les quartiers populaires.
Mais à un moment, il faut quand même décider
de qui est responsable, de quoi. Oui, je pense que, encore une fois, les responsables aujourd'hui, les responsables qui sont à la tête de l'État ou à la tête des entreprises, ils sont irresponsables. Irresponsables du point de vue de l'ensemble de la société et qu'il ne faut pas leur laisser ni nos affaires quotidiennes, ni la marche du monde entre nos mains parce qu'ils nous mènent à la catastrophe. Et vous savez, la délinquance, puisqu'on parlait de ça, elle est aussi le fruit de cette société.
Mais tout est le fruit de cette société. Et si vous avez bien compris, la guerre en Ukraine,
c'est le fruit de cette société. Complètement. Bien sûr. C'est Vladimir Poutine qui a fait le choix de cet affrontement armé qui a envahi l'Ukraine et qui est prêt à amener une guerre monstrueuse. Parce qu'on voit, évidemment, toutes les destructions, les morts et c'est révoltant. Mais il n'était pas tout seul. Cette rivalité, vous savez, pour être en rivalité, il faut être deux. Et il y a, en effet, une rivalité et une guerre d'influence dans cette région-là parce que l'OTAN, parce que derrière l'OTAN, les États-Unis et toutes les puissances occidentales cherchent à pousser leur pion dans cette région-là. Et ils ont installé des bases militaires, etc.
Donc, écoutez, on refait toujours l'histoire en expliquant qu'il y a un grand méchant, etc. Sauf que des guerres, ce n'est pas la première guerre. Ce n'est pas la première guerre. En fait, des guerres, on en a toujours eu. Toujours. Elles étaient loin, elles étaient au Proche-Orient, elles étaient en Afrique. Et cette fois-ci,
je reprends votre expression, on a les deux pieds dedans. Je voudrais quand même que vous avancez sur ce qui est tout.
Elles se rapprochent, mais c'est le fruit, encore une fois, du capitalisme, de ces rivalités, de cette guerre économique permanente qui dégénère en guerre tout court.
Nathalie Arthaud, question de confiance sur la santé. Est-ce que vous nationaliseriez les EHPAD privés ? Est-ce que vous exproprieriez, pour reprendre votre programme, ceux qui en sont propriétaires
aujourd'hui ? Oui, bien sûr. Parce que vouloir faire encore des profits sur les vieux jours des anciens, je trouve ça révoltant. Et vous savez ce qui s'est passé avec le rapport d'enquête ministériel qui finalement ne sera pas publié. Au nom de quoi ? De l'abolition, du secret des affaires. Mais c'est dingue ! Moi, je trouve ça incroyable. Alors voilà, on a des grands actionnaires qui ont placé leurs capitaux là, qui veulent les faire fructifier. Alors, ils maltraitent les anciens, ils les affament, ils les affament avec 5 euros par jour. Et puis alors, en rendant tout ça immangeable. Et puis, ils détournent l'argent public. Il y a un rapport diligenté par le ministre, mais il est secret.
Mais on va où là ? Là encore, vous êtes pour la transparence. Mais je suis pour l'abolition du secret des affaires à tous les niveaux. Parce que ce secret-là, vous savez, c'est l'omerta. Et ça sert à quoi ? Ça sert précisément à mentir, à cacher ses méfaits et ses crimes. Et ça sert aussi à cacher tout l'argent qu'il y a dans la société. Et ça, je peux vous dire que les travailleurs, ça leur serait utile de savoir l'argent qu'il y a dans la société. Parce que quand ils se battent précisément pour des augmentations de salaires ou pour obtenir des embauches, qu'est-ce qu'on leur dit ? Il n'y a pas d'argent.
Alors, il y en a toujours pour enrichir les plus grandes fortunes, pour doubler même leurs fortunes. Mais pour les travailleurs, il n'y en a pas. Vous mettriez en place un service public des personnes âgées ? Cette abolition du secret des affaires, vous savez, c'est fondamental. Oui, bien sûr, un service public pour les personnes âgées. Oui, bien sûr. Et on a l'argent, encore une fois. Et on le mesurerait. Vous parliez des puissants.
Deux, trois questions. Le Qatar, est-ce qu'il faut boycotter ? Si vous étiez présidente, vous boycotteriez la Coupe du Monde au Qatar ?
Non, mais vous voyez, alors, c'est intéressant votre question, parce qu'aujourd'hui, on nous explique que là, il faut vraiment être derrière Macron et avec toutes les puissances occidentales et impérialistes contre Poutine, parce que nous sommes le camp de la démocratie, de ceux qui vont libérer le monde entier. Et en fait, il y aura un deux poids, deux mesures. Le camp occidental, c'est le bienfaiteur de l'humanité. La réalité, c'est que le camp occidental, il s'arrange très très bien avec toutes les dictatures, avec les régimes les plus corrompus, les plus criminels, ceux qui contribuent aussi à la misère du monde. Mais ça, c'est anecdotique. Cette question-là, c'est anecdotique.
Moi, ce que je pense, c'est que ces monarchies, ces régimes moyenâgeux, ces dictatures qui pèsent sur la population et sur les travailleurs de toute une région et qui créent justement la misère aux quatre coins du monde, eh bien, il faut les combattre. Il faut les combattre. Je vous pose la question, Nathalie Arthoud. Encore une fois, c'est tout un ordre social, vous savez, qui en fait est établi comme ça. Je vous pose la question, Nathalie Arthoud, à propos des Corses et de la Marseillaise. Est-ce que vous chantez la Marseillaise ? Moi, non, je n'ai pas du tout envie de chanter la Marseillaise. Je ne la chante pas. Moi, je chante l'international.
C'est-à-dire le chant des travailleurs, le chant qui explique justement que nous ne sommes rien mais moi, je suis convaincue, vous savez, qu'il n'y a que les travailleurs, les travailleurs, ceux qui donnent leur vie, ceux qui travaillent avec cœur, avec vocation, etc., qui sont capables de remettre cette société sur ses pieds. Et la lutte, on l'a bien compris, pour vous, elle ne passe pas uniquement
par les élections présidentielles mais tout de même, à ce micro, vous êtes là en tant que candidate à l'élection présidentielle même si d'avoir répondu à mes questions de confiance. Nathalie Arthoud, professeure d'économie et gestion au Bermillier, porte-parole de lutte ouvrière et donc pour la troisième fois, candidate.
Nathalie Arthaud