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La question de l'héritage - Fx Bellamy invité d'Alain Finkielkraut sur France Culture

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 55 %Attaque 5 %Défensif 40 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • François-Xavier BellamyFait
    « Nous avons aujourd'hui le système scolaire le plus inégalitaire de tout le CDE. »
  • François-Xavier BellamyChiffre
    « l'âge moyen auquel on hérite aujourd'hui en pleine propriété, c'est 60 ans »
  • François-Xavier BellamyFait
    « En 1964 dans dans les héritiers, Bourdieu et et Passeron s'attaquent d'une manière très déterminée à la mythologie de notre système scolaire »

Modèle claude-sonnet-5 · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

France Culture Réplique la question de l'héritage avec Mélanie Plouvier et François Xavier Bélanie. La fortune héritée représente en 2025 60 % du patrimoine national. Au début des années 70, cette part n'était que de 35 %.

D'où l'idée très répandue que notre société n'est plus, comme le prétend, une méritocratie mais une héritocratie. Pour le bénéfice des plus pauvres et de la collectivité toute entière, de plus en plus de voix s'élève pour mettre fin à cette injustice. Mais comme le note la philosophe Mélanie Plouvier dans un ouvrage précisément intitulé L'injustice en héritage, l'impôt successoral est aujourd'hui décrié.

Les sondages d'opinion le martel, l'impôt sur les successions et de tous les impôts le plus détesté par les Français. L'impopularité de la fiscalité successorale concerne toutes les classes sociales et pas seulement les classes aisées ayant des patrimoines à transmettre. C'est là un constat tout à fait surprenant.

La fiscalité successorale est aussi détestée par les Français les moins favorisés de la population. À Mélanie Plouvier et à François Xavier Benami, député européen et aussi philosophe. Je voudrais d'abord demander comment ils expliquent ce paradoxe.

Mélanie Plouvier, il y a effectivement là un paradoxe, une surprise dans cette aversion largement partagée à l'égard de la fiscalité successorale. Alors concernant les les raisons pourquoi cet impôt est-il si décrié, je crois qu'il y a d'abord des effets de mes connaissances. Globalement hein, des études sociologiques l'ont montré, les inégalités de patrimoine sont sous-estimées par les Français et inversement la fiscalité successorale est très largement surestimée.

On agite très souvent à ce chiffre quelque peu fantasmagorique de 45 % hein. Les successions seraient taxées à hauteur de 45 %. Ce 45 %, c'est ce qu'on appelle le taux marginal supérieur.

C'est simplement pour les transmissions au-dessus de 188 et uniquement pour la partie qui dépasse ce seuil. Donc on voit combien il y a de ce point de vue he un imaginaire qui contribue à cette aversion euh à l'égard de la fiscalité successorale. Je crois aussi que compte énormément la manière dont la question est posée.

Quand on pose la question "Êtes-vous pour plus d'impôts ?" Il y a de bonnes chances que la réponse soit négative. Je crois que ce qu'il faut mettre en face des impôts, c'est ce à quoi ils servent, les usages et en face des impôts, bah il y a des biens publics, des services public.

Et je crois, c'est en tout cas le pari de ce livre que à s'interroger sur les usages alternatifs qui pourraient être fait de l'héritage, c'est ce qu'aide à penser les auteurs du 19e siècle que j'ai étudié, on pourrait, si ce n'est modifier, mais au moins quelque peu décaler cette aversion. En tout cas, je crois que on peut faire bouger les lignes. Oui, Fran Xavami.

Quel diagnostic faites-vous de ce que Mélanie Plouvier vient d'appeler cette aversion ? Je ne la trouve pas du tout surprenante cette aversion. Nous ne sommes pas autour de cette table des avocats fiscalistes, donc je ne serais pas capable de parler de la technique fiscale, mais l'avantage du regard que nous pouvons porter sur la fiscalité, c'est peut-être justement d'en saisir la signification profonde.

Personne n'aime être taxé. Bien sûr, personne n'aime devoir passer par la case de de l'imposition. Ça n'est ça n'est jamais une expérience agréable.

Mais dans l'échelle de l'impopularité des impôts, il y a en effet une impopularité singulière de l'impôt sur les successions qui ne dépend pas de données, de faits, de chiffres. vous l'avez très bien démontré et votre livre le montre de manière très efficace, mais qui me paraît être en réalité lié à une expérience anthropologique extraordinairement importante et qui d'ailleurs d'une certaine manière est l'occasion de porter un regard d'émerveillement sur la condition humaine. Le besoin le plus profond de l'âme humaine, c'est celui de pouvoir transmettre, de pouvoir s'inscrire dans une histoire longue.

Et ce besoin d'ailleurs n'est pas une question de fait, de chiffres, de données de rationalité économique. C'est un besoin anthropologique absolument instinctif, archaïque, j'allais dire d'une certaine manière et qui peut même jouer contre les intérêts économiques des individus. Ce qui est bien le signe que l'impopularité de l'impô sur les successions, j'y vois encore une fois quelque chose de magnifique.

On pourrait penser que ce que les gens déteste le plus, c'est l'impôt sur leur consommation du moment, la TVA par exemple, ou bien l'impôt sur leur travail d'aujourd'hui, l'impô sur le revenu. Mais non, c'est l'impôt sur les successions, même quand il n'est pas celui qui les frappe le plus ou qui les frappe du tout. Je prends un exemple tout simple qui m'avait beaucoup marqué, une conversation avec des viticulteurs d'un terroir extrêmement côté qui voit se multiplier les opérations de prédation de fonds financiers qui rachètent ces terres qui valent un prix fabuleux.

Et l'angoisse de ces viticulteurs, c'était de pouvoir maintenir dans leur famille une terre que ils cultivent depuis des génération. Même si d'un point de vue économique, cette opération a été perdante. Il aurait été infiniment plus favorable du point de vue purement matériel de vendre ces terres pour en réaliser la valeur financière et ensuite ne plus rien faire et vivre une vie de de loisir, une vie de rentier.

Mais non, ils voulaient d'abord la transmettre à leurs enfants et de ce point de vue-là, l'impôt sur les successions était une question. Mais ce qui me paraît marquant, c'est que dans ce désir de transmettre, il y a un désir profond qui peut aller contre l'intérêt immédiat de l'individu et l'impopularité de l'impô sur l'excus. Le fait que cette impôt soit le plus impopulaire de tous me paraît d'abord être l'expression de cette inquiétude profonde.

Mélanie Plouvier, il y a quelque chose d'anthropologique dans cette expérience, voire même peut-être de métaphysique, hein, ce moment particulier de la mort où se joue ce que l'on reçoit, le fait que l'on ne soit pas né d'hier mais que l'on reçoive de ceux qui viennent avant nous. Je me permets de pointer deux nuances. Ce besoin de transmettre, il peut s'exercer sans avoir pour nécessaire destinataire les seuls enfants.

Vous parlez d'une transmission exclusivement au sein de la famille et ce qui est assez fascinant dans les théories du 19e siècle que j'ai étudié, c'est que précisément il travaillent les théoriciens que j'ai étudié travaillent à un élargissement des destinataires de la transmission. Et ce qui est euh vraiment bouleversant pour nous qui euh oui, nous avons un un prisme familial de la transmission, ce qui est bouleversant quand on lit ces textes, c'est que pour eux cet élargissement des destinataires est la condition d'une refondation de la transmission, d'un socle pour nos nos sociétés. Seconde nuance que j'apporterai, effectivement, il y a un besoin anthropologique de transmettre, mais l'exemple que vous avez donné le l'illustre bien hein.

Là, on parle de transmission au sein de gros patrimoines et vous avez intitulé l'émission la question de l'héritage. Si questions il y a, c'est bien parce que il y a injustice, parce que malheureusement tout le monde ne transmet pas. Durka me le dit d'une phrase que je trouve absolument sublime par son caractère synthétique.

L'hérédité de la richesse implique comme contrepartie l'hérédité de la misère. Et il y en a bien quelques-uns qui reçoivent à qui il est transmis mais tant d'autres qui ne reçoivent pas. Mélanie Plouvier, vous citez un certain nombre d'auteurs et c'est le grand agrément, la grande richesse de votre livre qui en effet critiquait l'héritage et le maintien de l'héritage par la révolution française.

Un reste de féodalité, disaient les saints Simoniens. Mais vous citez fich dès lors que quelqu'un sort du monde des phénomènes, il perd ses droits dans le monde. L'héritage en fait fiche plaide pour le droit de chacun à hériter du bien de chaque mort.

Ça, je trouve personnellement que c'est une étrange conception. D'ailleurs, Hegel critiquait Ficht parce qu'il disait que l'héritage, c'est pas une question de propriété. C'est ça se pense à l'intérieur du droit de la famille.

Mais surtout, je relisais en préparant cette émission les réflexions sur la révolution de France de Burk, d'Edmund Burk et il dit à un moment donné que si on rond justement le lien des générations, il n'y aurait plus aucun lien justement d'une génération à l'autre. Les hommes ne voudraient guerre mieux que les mouches d'un été. C'est pour ça je rejoins François Bélami que le désir de transmettre est si fort et effectivement le désir de transmettre au sien c'est aussi ce qui peut donner une raison d'être à la vie un sens à la vie.

Je n'ai pas vécu pour rien pour personne ni pour une abstraction. L'État, le groupement professionnel et cetera. François Xavier Benami, je crois que c'est effectivement au fond derrière la question de l'héritage, derrière la question de la transmission, vous le disiez, cette question métaphysique au fond de ce qui se survit au-delà de la mort.

Il y a quelque chose de fascinant dans le fait que pour les humains que nous sommes, la mort ne soit jamais devenue un phénomène ordinaire. C'est pourtant notre condition la plus certaine. Nous savons tous que nous sommes mortels.

C'est le début de tous les syllogismes de lycée. Tous les hommes sont mortels. Socrate est un homme et nous aussi.

Donc nous sommes mortels bien sûr, mais le fait est que nous ne nous y sommes jamais habitués et que cette révolte de l'homme contre la mort, elle se traduit par la transmission et pas nécessairement par la transmission derrière la question de la richesse. Vous disiez que j'évoquais des gros patrimoines, mais en fait pas du tout. Je parle là de cultivateurs qui héritent de familles qui ont été très longtemps très modestes et qui ont vu soudain le prix de leur terre acquérir une valeur financière considérable.

Mais ils le refusent de réaliser cette valeur financière. Ils refusent de les vendre parce que ce qu'ils veulent transmettre une mémoire, c'est transmettre un savoir-faire, c'est transmettre un certain amour du travail bienfait. Ils transmettent en réalité d'abord des soucis, des inquiétudes.

D'abord le la préoccupation qui se perpétue d'un certain geste de la main de de d'une certaine manière de faire. Eux, contrairement à ces fonds financiers qui exploitent aujourd'hui beaucoup de terres viticoles dans dans certains de nos terroirs, ça ne les dérangera pas de faire de mauvaises années pourvu que la qualité du vin soit préservée. Ils ne veulent pas d'abord maximiser le profit.

Et c'est, je crois, ce qui échappe à la question de la transmission quand on la regarde d'un point de vue purement comptable. Je ne crois pas que, pour reprendre le mot que vous citiez, que la transmission de l'hérédité, que l'hérédité du patrimoine implique l'hérédité de la misère, je pense au contraire que vouloir rompre l'hérédité, c'est vouloir imposer une forme de misère humaine et de misère spirituelle à tous. au fond vouloir imposer cette espèce de rupture avec l'avenir.

On décrit souvent le geste révolutionnaire comme un geste de rupture à l'égard du passé, mais Slutter Dik le décrivait dans dans après nous le déluge comme paradoxalement plutôt un geste de rupture à l'égard du futur, de rupture à l'égard de l'avenir. Et je pense que dans cette contestation de l'héritage, il y a aussi une manière de vouloir arracher à l'homme cette possibilité de de perpétuer quelque chose qui lui survivra, qui n'est pas d'abord une question matérielle, mais qui est d'abord un enjeu qui touche encore une fois à ce qu'il y a de plus profond en nous. Mélanie Plouvier, la transmission dans le sens de l'héritage effectivement mêle des dimensions métaphysiques avec des intérêts matériels.

Ça fait d'ailleurs la singularité de cette expérience anthropologique dont vous parlez. C'est-à-dire que effectivement à la perte d'un proche se mêle un ensemble d'intérêt, tel objet pour tel frère, tel autre pour telle sœur. Cet entremêlement étant euh tout à fait euh singulier et allant même jusqu'à dénaturer la la souffrance en jeu.

Et quand même, on idéalise ce moment, mais c'est aussi quand même un moment de déchirement pour pas mal de familles. Il faut aussi rappeler ça, il y a eu toute une dramaturgie de l'héritage. Balzac se délecte he dans la description de ces moments dramatiques en fait pour les familles où la fraterie se déchalir pour quelques objets matériel et en un sens hein cette grande expérience anthropologique peut être aussi une expérience très mesquine mais ça fait la singularité du moment tout à la fois métaphysique mais baigné d'intérêt matériel.

La difficulté est la suivante, c'est que la distribution n'est pas égale. Bien évidemment que la solidarité intergénérationnelle est primordiale. Elle est le tissu de nos sociétés.

Il ne s'agit pas de de le contester. La question qui est posée, c'est que il n'y a pas simplement un problème dans l'héritage, dans la question de l'héritage, il n'y a pas que le problème de la solidarité entre les générations, de ces liens entre parents et enfants, grands-parents et petits-enfants. Il y a aussi la question de l'équilibre de la distribution au sein d'une génération.

Les chiffres, je suis désolé. Oui, ce sont des chiffres et euh le spirituel n'y peut rien. Les chiffres existent. 50 % de la population reçoit moins de 5 % du patrimoine.

C'est des chiffres qui sont là. Et on ne peut pas faire comme si l'héritage était une réalit. Et d'ailleurs, c'est quelque chose qui est faux dans l'expression de la une société d'héritier.

Tout le monde n'est pas héritier dans les sociétés d'héritier. Certains le sont mais la grande majorité ne l'est pas. Et donc je pense qu'on ne peut pas méconnaître cette réalité.

On peut pas méconnaître cette réalité. Mais avant de passer la parole à François Xavier Bami, je voudrais vous demander Mélanie Plouvier si vous adhérez à cette réflexion de Durkaim, ce n'est pas à l'individu de déterminer préalablement à sa mort par testament ce qu'il adviendra de ses biens après sa mort. Quand même, le testament, c'est une manière pour l'individu de faire confiance. aux autres de s'en remettre à eux pour parler comme Sartre.

Et si on destitue le testament, là il y a quelque chose de terrible enfin qui peut faire peur. Bien sûr que il y a une vie après la mort à travers justement le testament. On peut pas le déchirer, on peut pas en faire ce qu'on veut.

Sinon, c'est effectivement le lien entre les morts et les vivants qui est abîmé, qui est attaqué, qui menace d'être rompu. Mélanie Plouvier, le droit français est régi par le principe de la réserve héréditaire, je me permets de le préciser. Ce qui en fait réduit singulièrement en France la part laissée à la liberté testamentaire.

Aux États-Unis, les pratiques successorales sont régies par la liberté testamentaire. C'est-à-dire qu'un parent euh peut euh favoriser l'un de ses enfants, déshériter euh même un de ses enfants. En droit français, nous ne le pouvons pas.

C'est la Révolution française qui a mis en place ce principe. Les enfants sont héritiers, réservées. Qu'est-ce que ça veut dire ?

Ça veut dire qu'il ils recevront nécessairement une part par exemple dans la configuration d'une fraterie avec deux enfants. Chacun des enfants ne peut pas recevoir moins d'un/ers du patrimoine. On voit là combien déjà le droit successoral encadre le devenir post-mortem des biens.

La loi intervient pour déterminer la manière dont ça doit être distribué. On n'est pas dans une configuration de liberté testamentaire totale comme aux États-Unis. Comme aux États-Unis.

Il n'en reste pas moins que votre question finalement concerne le lien qu'il y a à établir ou le lien qui existe entre droits de propriété et ce qu'on appelle le droit de tester, le droit de faire des testaments. La question est de savoir si le pouvoir de détermination du propriétaire sur ses biens perdure après sa mort sous la forme du testament dans lequel il décide librement de ce que deviendront ses bien quand il ne sera plus là. Les révolutionnaires français étaient radicalement opposés à cette liberté testamentaire qui était l'instrument privilégié du droit des Nè sous l'ancien régime.

Il y a des très belles phrases de Mirabo hein qui dénoncent le despotisme parental à travers cette faculté par testament de favoriser l'un ou l'autre. Que l'on veuille perdurer pour après sa mort. Je crois qu'effectivement ça fait partie de cette expérience métaphysique ou anthropologique dont nous ne cessons de parler.

Ce que dit Mirabo, c'est que le propriétaire à sa mort, il n'est plus, il est poussière, il est sous terre et que en matière de pouvoir de détermination sur ses biens, ce serait accorder un pouvoir des morts sur les vivants. Et vraiment, les révolutionnaires ont voulu rompre avec cette logique. Je pense que vous avez eu la Je me permets de revenir sur ce que disait Mélanie Plouvier à l'instant sur le sur le fait que le l'héritage est certainement le moment où se condense en effet ce qu'il y a sans doute de plus beau dans la condition humaine et en même temps l'humain avec tout ce qu'il est.

Donc aussi ce qu'il y a de plus parfois médiocre, petit et surtout violent. Parce que c'est aussi ce que montre un Marcel Mos dans l'essions le don. Finalement le le don et l'héritage est un don porte avec lui le lien humain le plus fondamental.

Et avec ce lien, parfois une forme de grande violence, on reçoit un don. Ça n'est pas la même chose qu'un échange marchand. On peut disposer très librement de ce que l'on a acheté soi-même, mais ce que l'on a reçu en cadeau euh porte avec soi une forme de force inexplicable que Mose va chercher dans des dans les populations mélanésiennes qui emportent encore la marque très explicite.

Et ce qui est frappant, c'est qu'effectivement dans l'héritage, il y a aussi quelque chose de ça. Il peut y avoir une dimension pathologique de l'héritage. Il faut pas du tout en effet idéaliser cela.

Du coup, ce qui est marquant, c'est de voir qu'avec cette dimension d'héritage, c'est vraiment quelque chose de la personne qui passe jusqu'à vous. D'ailleurs, là aussi, la valeur marchande échappe manque cette dimension essentielle. Vous recevez un bijou de famille, vous pouvez pas le vendre nécessairement, même s'il a une valeur importante parce qu'il porte avec lui quelque chose d'une histoire.

Vous vous héritez d'une entreprise familiale et là encore j'ai eu la chance de le voir en travaillant sur cette question de la transmission de rencontrer beaucoup de d'entreprises familiales. Même si les entreprises familiales traversent des difficultés et cetera, pour un héritier, c'est très difficile de se défaire d'une entreprise familiale ou de la liquider parce que vous avez l'impression que vous êtes en train de défaire toute une histoire qui vous précède. Donc il y a quelque chose de aussi de douloureux et d'éprouvant dans dans l'héritage.

Mais du coup en comprenant tout ce que ça condense, la question que je voulais vous poser parce que en lisant votre livre ça m'a profondément marqué. Est-ce qu'on peut contester l'héritage sans à la fin contester le principe même de la propriété privée ? principe même que les biens que quelqu'un a acquis par l'effort et par le travail sont à lui.

Cette espèce d'extension de soi sur le monde qui est aussi une condition de la liberté d'une certaine manière parce que vous évoquez cette question de la redistribution et vous dites effectivement il y a une très grande inégalité dans la redistribution à travers l'héritage et vous avez ce mot extraordinaire dans votre livre. vous dites il s'agit pas de porter un projet de redistribution ou d'un héritage plus redistributif mais il s'agit de proposer une nouvelle distribution. C'est veut dire que d'une génération à une autre on socialiserait l'héritage en réalité pour le distribuer à neuf d'une certaine manière.

Est-ce que finalement cette révolte contre l'inégalité ne conduirait pas à la fin à abolir ? Parce que cette inégalité de distribution, elle se produit aussi par l'inégalité dans la rémunération du travail, par exemple, par les inégalités dans le fait que chacune de nos initiatives ou de nos entreprises n'est pas payé du même succès. Et donc, est-ce que à la fin, il s'agirait pas finalement de revenir sur ce principe ?

Moi, j'ai le sentiment profond pour le dire en une phrase que oui, nous vivons aujourd'hui une société d'une très grande injustice et surtout que nous vivons déjà les conséquences d'un appauvrissement réel de notre propre pays, de notre société. un appauvrissement qui est payé d'une manière de plus en plus douloureuse, notamment par les classes moyennes et les classes populaires. Mais la question qui se pose, c'est est-ce que ça n'est pas à force de vouloir produire de l'égalité de manière exacte et absolue que nous avons euh enclenché cette spirale de l'appauvrissement ?

C'est en tous les cas derrière cette question de l'héritage une question bien plus large je crois qui se pose en réalité. Mélanie Plouvier, merci beaucoup pour votre lecture et pour cette question. Donc la question he est de savoir si euh en touchant à l'héritage, on ne touche pas plus massivement à la propriété privée jusque dans ces principes.

Ce qui est assez fascinant dans les auteurs hein que j'ai exumé dans ce long 19e siècle qui va de la Révolution française à la Première Guerre mondiale, ce qui est vraiment fascinant, c'est que ils ne sont pas contre la propriété individuelle. Ce ne sont pas les auteurs que j'ai étudié, hein. Euh, Fiches, les Saint-Simoniens, antérieurement euh Mirabo, Pétion de Villeneuve, Aubèes-Pierre, plus tardivement Durkaim.

Ces auteurs ne sont pas pour un quelconque collectivisme, ils ne sont pas même pour l'étatisation de de l'héritage. Ce sont des auteurs qui réduisent mais en même temps fondent la propriété privée au temps de vie de l'individu. Ils sont respectueux de la propriété privée en tant que elle est un moteur économique, en tant qu'elle permet même métaphysiquement, anthropologiquement l'accomplissement de l'individu.

Il ne s'agit pas de déposséder. Il ne s'agit pas de déposséder. Mais pour les saints Simoniens, vous l'écrivez, la propriété individuelle est une concession de la propriété sociale.

Le temps d'une vie. Effectivement, si la propriété privée et selon la formule que je trouve là encore géniale de Durkheim, Durkaim nous dit la propriété individuelle c'est la propriété qui commence et qui finit avec l'individu. Pourquoi cette citation est perturbante ? parce que à la fois elle nous déstabilise en mettant un terme à la propriété avec la mort.

ça nous déstabilise et en même temps c'est une définition qui semble quasiment truisme. La propriété individuelle et la propriété qui commence et finit avec l'individu. Alors une fois dit que le droit de propriété ne perdure pas quand nous sommes poussières, il ne perdure pas sous la forme d'un droit de tester.

Une fois dit ça, la question est de savoir que devient la propriété individuelle quand l'individu n'est plus. Ce que les auteurs que j'ai étudié disent, c'est que c'est à ce moment-là qu'il faut une réflexion collective des institutions démocratique permettant de décider collectivement du devenir post-mortem des biens. Alors effectivement, chez les Saint-Simoniens, ça prend le nom de propriété sociale.

Il y a une socialisation qui, selon eux, doit s'opérer à la mort. Mais ce qui est fascinant, prenez la proposition du chef de fil des Saint-Simoniens, prospère enfantin. On est dans les années 1830.

Il propose que à la mort les biens des individus aillent à une banque publique d'investissement à laquelle il donne une échelle communale. Mais ce n'est pas cette banque publique d'investissement qui va gérer elle-même les biens. C'est cette banque publique d'investissement qui va décider des individus les plus compétents pour continuer ensuite de gérer les biens.

Alors ça peut choquer. Je vois vos regards. Ça peut choquer.

Il n'en reste pas moins que réfléchissons 2 secondes. Ce que les Saintsimoniens nous invitent à faire finalement, c'est interroger ce que nous n'interrongeons pas dans la séquence transmission familiale du patrimoine, nous ne posons aucune question, les biens vont des parents aux enfants. Ce que les Saints Simoniens font, c'est ils mettent un point d'interrogation.

Ils disent "Réfléchissons, est-ce que les enfants seront les plus compétents pour poursuivre l'entreprise, l'activité parentale." Et ce qu'il propose hein, c'est de substituer, ce sont leurs termes, au principe d'hérédité, le principe de capacité. Il s'agit de déterminer les individus qui pourront le mieux continuer l'activité économique.

Et il y a un véritable souci chez eux hein, c'était des partisans de l'industrialisme. Le problème qu'ils affrontent, c'est celui de la perturbation possible de l'activité économique face à l'aléa que constitue la mort. Je donne tout de suite la parole à François Xavier Bellami, mais si j'avais l'air de faire la tête Mélanie Plouvier, c'est à l'idée qu'effectivement la propriété individuelle cesse avec la mort de l'individu parce que pour moi la civilisation c'est malgré tout tient tout entière dans l'idée d'une vie après la mort.

Une vie après la mort mais bon c'est une parenthèse. La vie c'est une chose, les biens s'en est une autre. D'accord.

Vous avez raison. François Xavier Bami. Excusez-moi.

Non non pas du tout. Au contraire, c'est passionnant parce qu'on voit bien à quel point on touche à à ce qu'il y a d'essentiel en réalité derrière cette question finalement qui pourrait paraître technique. Il y a des enjeux qui sont absolument cruciaux.

Moi cette réflexion des saints Simoniens que je ne connaissais pas Prospère Enfantin, je l'ai découvert grâce à vous et en vous écoutant je pense à propos de Prospère Enfantin à ce que Pascal disait dans les pensées des demi-habiles. Qui va être le plus compétent pour pouvoir assurer la succession économique ? À ce moment-là, c'est la question que Pascal se pose sur la transmission du pouvoir à ce moment-là, au moment où une sorte de défense raisonnée de la transmission héréditaire du pouvoir que Pascal propose qui est évidemment sur le plan politique mais qui interroge aussi cette question que Prospér Enfantin évoque, tous diront qu'il mérite.

Nous donnerons le pouvoir à celui qui mérite mais tous diront qu'il mérite et nous voilà un continent au main. Disons donc que ce sera le premier fils de la reine. Cela est incontestable.

Voilà. Et finalement, Pascal voit dans la figure du demi celui qui a compris que le premier fils de la reine n'est pas forcément le plus intelligent, le plus vertueux, le meilleur, c'est certain, mais qui n'a pas encore compris que nous avions besoin de quelque chose d'incontestable. Évidemment, nous avons réformé la manière de répartir le pouvoir et heureusement la la discussion démocratique est une manière d'organiser la conversation civique sur cette question-là.

Mais il y a dans la transmission de l'héritage quelque chose qui échappe à la seule question de la de la compétence. Et le lien des parents aux enfants est un lien qui est bien plus essentiel que celui de la compétence technique ou de la compétence économique pour gérer le capital qui se transmet. Et donc il me semble qu'il y a là quelque chose qui là encore effectivement méprise cette aspiration profonde de la condition humaine.

Dans le mot de Durkaim que vous citiziez, je vois le point de jonction paradoxal entre cette passion de la socialisation des biens économiques à travers le socialisme ou le ce que le communisme a pu vouloir susciter, y compris d'ailleurs de manière très très matérielle. Et puis de l'autre côté une forme de d'individualisme massif. Et d'ailleurs, la première conséquence de la suppression de l'héritage serait cet individualisme dans les comportements économiques.

Ce serait probablement une très très forte fragilisation du réflexe de l'épargne et de l'investissement par l'épargne. ce serait une très forte pulsion vers la consommation immédiate parce que si le bien pour lequel je travaille devait être demain retirer à ceux qui me succéderont, à mes à mes enfants, à ma famille, alors dans ce cas-là, je ne peux peut-être une des un des aspects pathologiques de la société d'aujourd'hui. Je je vais dépenser tout de suite maintenant dans l'immédiat pour ne pas en perdre le bénéfice le plus direct.

Si aujourd'hui les gens épargnent massivement en France, c'est aussi d'abord parce qu'ils réfléchissent autant long. Mélanie Clouvier. Alors, j'étais tout à fait surprise de de vous entendre défendre avec Pascal la transmission héréditaire du pouvoir politique, mais vous avez nuancé.

Mais euh en même temps, c'est très intéressant parce que ces deux questions ne sont pas sans lien et très longtemps, la transmission héréditaire du pouvoir politique s'est adossé sur la transmission héréditaire euh des biens. C'est le cas du FIEF, hein, euh le le Seigneur dans le Fief tout à la fois transmettait le nom, transmettait les biens, transmettait le pouvoir politique. Et c'est la Révolution française qui a opéré cette disjonction entre transmission du pouvoir politique et transmission du pouvoir économique en abolissant la féodalité.

Je reviens à ce que vous disiez sur l'héritage n'est pas qu'une affaire de compétence. Bien évidemment, il faut quand même dire que dans la transmission d'entreprise familiale, il y a aussi la question de de la compétence des héritiers qui vont reprendre l'entreprise que c'était réduire, si je résume ce que vous avez dit, hein, c'est réduire la question à une question exclusivement marchande que de la prendre par ce jour. Il ne s'agit pas de désigner c enfin voilà de réduire l'héritier au plus compétents.

De ce point de vue, je voudrais vous continuer à creuser la piste esquissée par les Saint-Simoniens et telle qu'elle a été reprise par Auguste Comte, grand lecteur des contre réévolutionnaires français que vous citiziez vous citiziez un anglais mais mais qui a été ensuite repris par Bonald et Comte a très largement lu Bonald et s'est inspiré de de Bonald. Auguste Contre sur certains aspects des Saint-Simoniens en proposant que celui qui hérite soit le plus compétent et il propose comme dispositif pour cela la liberté testamentaire la capacité de l'individu à choisir à déterminer qui sera le plus compétent et ce plus compétent n'est pas nécessairement les enfants. Sauf qu'il met en place tout un dispositif pour accompagner cela.

On est dans le cadre de la sociologie conscienne et il ce qu'il invente hein, je trouve cette question absolument passionnante. Il décale l'âge de la transmission de la mort vers la retraite. Finalement ce que nous avons à transmettre effectivement ce sont des savoir-fa sont des compétences accumulées au fil d'une vie de travail.

Et ce que propose Auguste Comte, c'est à travers ce qu'il appelle la cérémonie de la retraite, c'est que l'individu annonce publiquement le successeur qu'il a désigné. Et ce successeur, vous dites que finalement tout le monde va se déclarer compétent à accomplir la tâche. Ce que propose Auguste Comte, c'est queil y ait une période de 7 ans pendant laquelle celui qui va partir à la retraite prépare plusieurs successeurs et le jour de la cérémonie de la retraite choisissent celui qui s'est avéré le plus compétent. ne caricaturons pas.

Je dis pas qu'il faut appliquer euh ça tel quel aujourd'hui, mais simplement qu'est-ce que ça nous donne à voir ? Ça nous donne à voir que ce besoin de transmission dont vous parlez, il pourrait aussi s'exercer autrement. Il pourrait et vous voyez le sort qu'on réserve au seigneor dans les entreprises.

Mais quel dommage, quel gâchi. Ce sont des gens qui savent, qui ont accumulé de l'expérience et qui ont à transmettre euh ce savoir. Ce que pensent mes auteurs du 19e siècle, c'est que finalement ce que nous avons à transmettre le plus, c'est pas forcément des biens matériels.

Ce sont des savoir-faire accumulés au cours d'une vie et que ça se joue aussi dans l'acte de transmission. François Xavier Bami, vous voulez réagir Auguste Comte ? Peut-être un tout petit point pour dire que je ne crois pas que la disjonction de la transmission du pouvoir et de la transmission de l'héritage a été accomplie par la Révolution française.

Typiquement par exemple, on la voit déjà à l'œuvre chez Pascal que je citais dans les trois discours sur la condition des grands. Pascal précisément montre que hériter du pouvoir à l'époque le pouvoir effectivement s'érite, ça n'est pas hérité d'une possession et qu'on ne possède pas le pouvoir que l'on reçoit. C'est ce qu'il essaie d'enseigner à ces jeunes de famille aristocratique dont il est chargé de faire l'éducation.

Il veut leur dire qu'il ne doivent pas attribuer à leur propre mérite ni regarder comme leur possession propre le pouvoir qu'ils reçoivent. Je crois que cette disjonction était de ce point de vue déjà à l'œuvre. Vous parliez de la question de l'âge de la transmission.

Là, je crois qu'effectivement, il y a une question qui ne peut qu'être ouverte aujourd'hui parce que l'allongement de la durée de la vie a aussi modifié le sens de l'héritage et que là, il y a une vraie question politique qui se pose et je partage totalement ce que vous avez exprimé. Quand on a un âge moyen de l'héritage qui fait que les gens qui héritent sont déjà à la retraite, l'héritage n'est plus un moyen de se lancer dans la vie, de construire sa vie. C'est finalement quelque chose qui se transmet d'une génération d'aîné à une génération déjà avancée dans l'existence.

Et ça ça c'est une vraie question en effet. Vous vous le dites d'ailleurs dans votre livre, Mélanie Plouvier avec l'allègement de l'espérance de vie, le patrimoine se concentre de plus en plus dans la poche des seiors. Plus de 6 minages qui héritent sur 10 ont plus de 60 ans.

Un âge où on préfère tésoriser plutôt qu'investir. Et vous citez Thomas Piquetti qui n'y va jamais avec le dos de la cuillère. Il dit ceci.

Il propose un héritage minimal. pour tous versé à l'âge de 25 ans et qui s'élèverait à 120000 €. Le reste irait dans les cas de l'État qui vous le dites en a bien besoin à l'âge de du creusement des déficits, de la crise climatique, de l'écologie et cetera.

Alors, que pensez-vous de cette proposition ? Je demanderai à Thomas Piquetti et ensuite nous parlerons de l'autre héritage, c'est-à-dire le patrimoine culturel qui fait le sujet du livre de François Xavier Bénami précisément intitulé les déshérités. Mais répondez d'abord.

Effectivement, je crois que nous sommes d'accord sur ce constat démographique qui est un fait nouveau qui singularise la question de l'héritage aujourd'hui par rapport à la manière dont elle s'opposait au 19e siècle. Vous l'avez dit, l'âge moyen auquel on hérite aujourd'hui en pleine propriété, c'est 60 ans. Mesurer l'allongement en 1820, l'âge moyen c'était 25 ans.

Songer au personnage de Balzac, l'héritier c'est le jeûne le jeune aristocrate qui reçoit le patrimoine parental et le risque c'est le risque de dilapider. Aujourd'hui, effectivement la configuration et et la la je je crois que nos représentations ne se sont pas encore ajustées à cette réalité démographique. Aujourd'hui, ce sont des seigniors qui héritent.

J'ai appelé ça la seniorisation de de l'héritage et ça pose tout un ensemble de problèmes. Les problèmes des usages qui sont faits de l'héritage, hein. Vous avez mentionné la tésorisation.

André Masson euh pointe combien les investissements qui sont faits par les seniors sont des investissements de court terme alors qu'on a besoin d'investissements de long terme. Je crois aussi effectivement que ça interroge les justifications de l'héritage. Ce n'est plus un point de départ.

Quand on songe à la transmission du patrimoine, on se représente nos enfants comme des jeunes adultes et bah non, nos enfants vont irriter de nous à 60 ans et ça change tout. C'est c'est plus un point de départ et les justifications même sont par la même différentes. Alors après la question est de savoir qu'est-ce qu'on fait face à cette réalité démographique.

Alors Thomas Piquetti propose une dotation en capital pour tout jeune adulte qui serait un moyen de prendre en compte cette réalité démographique puisque finalement c'est là vraiment le le mouvement irait vers la jeunesse, le moment de de l'accession à la majorité en conférant à tout un chacun un capital. Alors incontestablement cette proposition participe d'une égalité des chances. En même temps, c'est vrai qu'elle confie à chaque individu son destin patrimonial en le dotant d'un capital et après bah adviennent que pourra hein chacun s'exprime le jeu de la concurrence des capitaux.

De ce point de vue, je trouve que la solution de Piketti est beaucoup plus individualiste que celle de Durkheim. Vous disiez, monsieur Benami, vous disiez que la solution de Durkheim finalement allait vers un individualisme massif. Je ne suis pas du tout d'accord.

Au contraire, ce qu'il propose, c'est de substituer à un communisme familial, c'est ça qui est lumineux he dans son analyse. Il montre combien l'héritage est un archaïsme de communisme familial. C'est un reste de communauté, mais communauté de la famille au sein du régime libéral de la propriété privée.

Mais pour autant, Durkaim n'est pas un individualiste forceé. Il n'est pas pour le règne complet du marchand et de l'individu. Ce qu'il propose, c'est de substituer à ce communisme familial un communisme plus élargi.

Et ce qui est fascinant dans les propositions du 19e siècle, c'est que c'est communisme, ça fait peur. Mais en gros, il parle des communautés de travail. Il propose que l'héritage soit transféré au groupement professionnel.

Bien. Alors François X, il vous répondez sur ce point et on passe à l'autre héritage tout de suite. Ce que je disais précisément, c'est que la perspective de Durkaim a ceci de fascinant qu'elle elle opère la convergence entre une forme de de communisme en effet et d'individualisme radical pas tant dans la solution que dans la la vision qu'il porte de l'homme.

C'estàd que la propriété commence et finit avec la vie de l'individu. Donc l'individu est une sorte de totalité clause sur elle-même dont l'existence singulière n'ouvre à aucune relation qui se prolongerait au-delà de cette socialisation qu'il propose qui est évidemment une sorte de destination sociale de l'individu. Et ce qui est frappant, c'est on trouve d'ailleurs aujourd'hui dans un certain discours, je dirais même pas d'ailleurs libéral, mais dans un certain discours radicalement individualiste, l'idée que il faudrait abolir l'héritage aussi au nom du fait que l'individu est responsable pour lui-même et que des gens qui ont fait des très grandes fortunes se refusent à les transmettre parce que leurs enfants vont devoir se débrouiller après eux.

Voilà, exactement, c'est des figures qui sont connues et finalement c'est ce qu'on retrouve aussi dans cette perspective de Durkaim que la propriété commence et meurt avec venons-en donc à l'autre héritage parce que c'est bourdieux que vous commentez longuement dans votre livre des hérités François Xavier Benami qui dit le capital culturel se transmet comme tous les patrimoines dans l'espace fermé des ligné des familles des milieux sociaux mais justement la République a dit que ça ne devait plus se faire dans l'espace fermé des familles. L'école, l'égalité des chances. Pour Dieu écrit, les héritiers, il dit l'égalité des sances est un leur.

Ce sont les héritiers effectivement ceux qui ont déjà ce capital culturel, ceux qui connaissent les codes comme on dit qui sont récompensés à l'école. Et là pour Dieu hésitait dans les héritiers. Est-ce qu'il faut continuer dans la voie de l'égalité des chances en trouvant un meilleur type d'enseignant ?

Et puis ensuite, il a radicalisé son propos avec Jean C passeron pour dire qu'en fait la culture ne sert qu'à différencier, hiérarchiser, à reconnaître. Elle permet de reproduire et de légitimer les rapports de domination. Elle n'est rien d'autre qu'un arbitraire culturel.

Donc il faut la mettre hors d'état de nuire et ainsi au lieu de faire de tous des héritiers, on a l'école très culpabilisée par Bourdieux, on est venu à déshériter tout le monde. N'est-ce pas ce que vous regrettez à Mèement dans le livre que vous avez écrit alors que vous étiez encore professeur de philosophie ? François Xavier Benami.

C'est exactement ce que j'ai tenté de montrer. En effet, d'abord l'œuvre de Bourdieu a eu une influence majeure sur notre système éducatif. En 1964 dans dans les héritiers, Bourdieu et et Passeron s'attaquent d'une manière très déterminée à la mythologie de notre système scolaire, celui de l'égalité des chances, celui de l'égalité républicaine, de la promesse républicaine.

Et ils le font en dénonçant les fictions de la nuit du 4 août. L'abolition des privilèges n'a pas eu lieu dit dit Bourdieu et il le montre d'une manière très statistique en démontrant que aujourd'hui les enfants des familles les plus favorisées ont beaucoup plus de chance de rester du côté des élites même quand leurs familles connaissent un accident économique. C'estd que quand le capital économique disparaît dans une famille par un accident industriel, mauvais investissement et cetera, dans une famille fortunée, au sens classiquement marxiste du terme, une famille qui a perdu la totalité de son capital économique devrait se retrouver du côté du prolétariat.

Or, ça n'est pas le cas. Quand le capital économique a été même totalement dilapidé, mais cette famille reste du côté des élites et elle reconstitue rapidement le capital économique qui avait été perdu. Et ce que Bourdieu montre, c'est que ce qui permet cela, c'est le capital culturel.

D'ailleurs, la grande victoire de Bourdieu est que nous ayons tous adopté cette expression de capital culturel qui est rentré dans le langage commun alors qu'elle n'a rien d'une évidence. La culture est une dimension du capital et vous l'avez très bien dit dans la distinction, il il pour Dieu et passeron font l'affirmation que la culture n'est rien d'autre que de la violence sociale. Ça n'est rien d'autre qu'une manière de se distinguer, de se montrer comme appartenant à l'élite ou de ne pas y parvenir en faisant des distinctions de se faire reconnaître des siens un espace social qui est entièrement un espace de violence sociale.

Moi, je crois qu'en réalité cette dénonciation de l'héritage culturel a produit les déshérités que nous voyons aujourd'hui. Nous avons aujourd'hui le système scolaire le plus inégalitaire de tout le CDE. Et pourquoi précisément parce que notre système scolaire s'est finalement organisé autour de cette dénonciation de l'héritage culturel paradoxalement, c'est-à-dire qu'il s'est retourné contre lui-même au sens littéral du terme.

Et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui effectivement nous avons tant de difficultés à transmettre les savoirs les plus fondamentaux. Ça ne vient pas de problème de méthode, de technique, de moyens. Bien sûr, il y a des problèmes de cette nature, mais ça vient d'abord d'un problème de fond qui est que nous ne croyons plus en cette mission.

Et ce faisant, nous avons le système le plus inégalitaire de tous. Puisque si on ne reçoit pas de sa famille ou de son environnement social les connaissances les plus élémentaires pour déployer sa propre existence, pour rentrer finalement dans la conquête de sa propre liberté, et bien ce n'est plus malheureusement de l'école qu'on les reçoit. Et c'était le la question que je posais tout à l'heure.

Je crois que paradoxalement la critique de l'héritage fabrique des déshérrités. Je crois qu'en réalité à force d'une lutte déterminée contre toute espèce d'inégalité, on organise paradoxalement et avec les meilleures intentions du monde, sans aucun doute, les plus grandes des injustices. Mani Plouvier, je crois que Bourdieu, vous l'avez rappelé, il écrit des héritiers en 1964.

On est à un moment où on a même appelé ce moment société de fin de l'héritage. C'est-à-dire qu'effectivement, on était à un moment où la transmission du capital économique pesait moins dans la constitution des patrimoines. Et c'est depuis les années 1970 que ce poids ne cesse de croître.

Le mérite de Bourdieu et Passeron, c'est d'avoir montré combien la reproduction sociale ne se jouait pas uniquement à travers la transmission héréditaire du capital économique. C'était tout le sens he de cette disjonction entre capital économique et capital scolaire culturel symbolique et que donc il y avait des mécanismes de reproduction sociale passant par la transmission familiale d'autres types de capitaux. Je crois que la configuration économique a aujourd'hui changé. on assiste à un retour de l'héritage, le diagnostic est assez largement partagé et que de ce point de vue effectivement cette distinction enfin ou plus exactement le fait d'appréhender le scolaire, le symbolique, le culturel par seul prisme du capital n'est pas aujourd'hui sans poser problème.

Et je suis d'accord avec vous, on ne peut pas accuser l'école de tout. Je suis moi-même enseignante. Nous devrons tant que faire ce peut pour que tout à chacun puisse parvenir.

Nous continuons de croire de ce point de vue-là, nous enseignant en la capacité à ce que chacun puisse réussir, que l'école puisse apporter les conditions de son autonomie individuelle. précisément le problème et le suivant, c'est le retour de l'héritage le problème. Qu'est-ce que je dis à mes étudiants quand ils voient combien par leurs études, quel que soit le caractère brillant de leurs études, quels que soient les diplômes qu'ils ont acquis, quel que soit l'effort qu'ils vont déployer dans leur carrière, ils ne parviendront pas aux positions patrimoniales qui sont celles des héritiers.

Qu'est-ce que je leur dis ? C'est ça le problème aujourd'hui. Mais d'un autre côté, même à l'école, il y a un combat et vous l'avez dit François Mélami contre l'héritage lui-même.

Vous parlez du concours de sciences po qui en 2011 a supprimé les preuves de culture générale et remplacé par un entretien de personnalité permettant d'évaluer la motivation du candidat, son ouverture d'esprit, son goût pour l'innovation, sa curiosité intellectuelle, son esprit critique. l'esprit critique l'esprit critique enfin il faut d'abord recevoir sa capacité à développer une réflexion personnel alors Science pe est en train de changer d'ailleurs ça il faut quand même le remarquer oui François c'est féminé ce qui était le plus intéressant dans la suppression de cette épreuve de culture générale c'est que le motif de cette suppression c'est que la culture est discriminatoire c'était le motif revendiqué et je crois que c'est ça qui me me paraît le plus marquant en effet dans cette critique de l'héritage culturel c'est que on y a vu avec Bourdieu et Passeron ce qui était la clé de la discrimination. Et d'ailleurs, on nous a expliqué à nous professeur, moi j'ai j'ai commencé à travailler sur cette question quand j'ai vécu l'expérience de ma propre formation d'enseignant à l'IUFM où on nous expliquait que nous étions les grands organisateurs de cette discrimination et que la notation par exemple qui est toujours aujourd'hui l'occasion d'un d'un débat très vif était le le l'occasion de cette reproduction et de cette légitimation des inégalités.

Parce que dans l'ancien régime, quand vous étiez fils d'aristocrate, vous restiez aristocrate. Mais c'était d'une manière explicite que l'inégalité était organisé. Aujourd'hui, quand vous êtes en effet ben fils de de médecin, vous avez plus de chance d'être médecin, d'accéder à une profession intellectuelle supérieure, mais on expliquera que c'est parce que vous avez bien travaillé à l'école.

Donc, d'une certaine manière, la violence de l'école, c'est de transformer en mérite ce qui n'est que de l'arbitraire. Et et ça c'est ce qu'on nous expliquait comme professeur. Donc en fait on nous a appris à regarder notre métier avec ce ce soupçon qui a fini par produire ce qu'il dénonçait.

Ma conviction profonde c'est que le travail de Bourdieu et de Passeron la manière dont ce travail a été reçu a produit l'école qu'il dénonçait. Nous n'avons jamais eu une école aussi inégalitaire. et Bourdieu qui lui-même était l'enfant d'un paysan béarnet et qui était arrivé à l'école normale supérieure et au semble-t-il a à retiré derrière lui l'échelle sur laquelle il était monté.

Aujourd'hui, ces destinslà n'existent plus précisément parce que au nom du fait que la culture est discriminatoire, autre exemple, on a retiré l'enseignement des lettres classiques à tous les élèves du public ou quasiment des facto retirés. C'était Naj Volobalcassem, c'était la gauche qui voulait rétablir l'égalité. Mais ce faisant, ben vous avez encore une chance d'accéder à ses savoirs si vous grandissez dans des familles intellectuellement, culturellement, socialement favorisé.

Mais si vous êtes de familles issues de l'immigration, si vous êtes de familles modestes, si vous êtes de familles précaires, ben vous n'avez plus aucune chance d'accéder à cette connaissance. Et donc, on a organisé l'injustice au motif qu'on cherchait à la dénoncer. Alors la chasse aux discrimination, ça me fait penser à cette citation d'Éric Chuillard qui figure en épigraphe du livre de Renault Camu les inhéritiers.

La découverte d'un nouveau cas d'enfant civilisé a vivement ému l'opinion. Les associés ont reçu un signalement de voisin choqué par les bonnes manières de ce garçonnet de 10 ans qui se trouve aujourd'hui dans un état lamentable. Il parle avec aisance quatre langues, connaît le grec et le latin, joue du violon, du piano, touche même du clafsin.

Il s'exprime avec raffinement et distingue sans coup faire rire un ticien d'un tâet. L'enfant est immédiatement retiré à sa famille et placé dans un foyer. Ses parents devraient être mis en examen dans la soirée.

Voilà. Donc, mais c'est vrai l'idée de culture discriminatoire, ça doit vous poser un problème à vous qui êtes professeur. Pour finir, Mélanie Plouvier, je crois quand même que euh un des mérites de l'analyse euh de Bourdieu et de Passeron, c'est d'avoir montré les disjonctions possibles entre capital détention du capital économique et détention du capital culturel scolaire.

Et de ce point de vue, tous les capitaux ne sont pas concentrés entre les mêmes mains. Et je reviens à ce que je disais, ils ont écrit dans un contexte particulier qui n'est plus le nôtre. Nous sommes dans une société de retour de l'héritage, c'est-à-dire dans des sociétés dans lesquelles la transmission héréditaire du pouvoir économique pèse de plus en plus.

Et il ne saurait de question à l'inverse hein d'accuser aussi l'école de tous les mots en considérant que finalement on ne peut plus produire de la culture au sein de l'école et cetera. Je crois que quand même il faut revenir au bon sens. L'héritage aujourd'hui, le poids retrouvé de l'héritage nuit très fortement à l'idéal méritocratique.

Votre conclusion Fran brièvement en un mot, il me semble que la meilleure manière de répondre aux inégalités de transmission patrimoniale et matérielle c'est précisément l'école. En ce sens que la différence entre l'héritage culturel et l'héritage matériel, c'est que quand vous transmettez un héritage matériel, vous le divisez à mesure que vous le transmettez. D'où la difficulté que vous évoquiez tout à l'heure.

Quand vous transmettez l'héritage culturel, la merveille de cette opération, la merveille de l'aventure éducative, c'est que vous multipliez ce que vous transmettez. Vous ne perdez pas ce qui est transmis, vous ne le divisez pas. Et il me semble qu'aujourd'hui la clé, c'est de reconstruire une école qui permette à chaque enfant de pouvoir, quelle que soit l'origine de sa famille, ses conditions sociales, de pouvoir recevoir le meilleur pour écrire sa propre vie.

Et je crois toujours à cet idéal et je pense qu'il n'est pas des merci beaucoup à tous les deux. Merci Mélanie Plouvier. Je rappelle le titre votre livre L'injustice en héritage repenser la transmission du patrimoine aux éditions la découverte et François Xavier Benami les déshérités ou l'urgence de transmettre est aujourd'hui disponible en livre de poche dans la collection j'ai lu.

C'était réplique une émission d'Alain Finkel Creute avec la collaboration de Corine Amar et Jeanne Grappard à la réalisation Alexandra Malka à la technique aujourd'hui Raymond Albouille. La semaine prochaine l'émission rapportite la République de Vaimar mes invités seront Jean-Paul Bla et Johann Chapoutau. Dans un instant concordance des temps de Jean-Noël Jeanetis. [Musique] [Musique] [Musique] [Applaudissements]