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ChroniqueSébastien Gobert· 17 août 2025 12 minAutoproduitActualité / polémiqueEurope & internationalDéfenseJustice

Quel sort pour les enfants ukrainiens kidnappés dans le cadre des négociations Trump/Poutine?

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  • 7:00Sébastien GobertChiffre
    « Le chiffre auquel on se réfère habituellement c'est environ 20000 enfants qui ont été transportés en Russie pour y être placé et adopté. »
  • 8:30Sébastien GobertFait
    « la publication par les autorités de la République autoproclamée de Louansk d'un catalogue de 294 enfants offerts à l'adoption. »

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On suit quasiment minute par minute la nouvelle séquence diplomatique qui a été initiée par Donald Trump et qui pourrait déboucher ou pas sur la fin de la guerre russe contre l'Ukraine. Mais au-delà des questions strictement militaires ou territoriales qui sont au cœur des tractations en cours, il y a beaucoup d'autres sujets qui rentrent en ligne de compte et Vladimir Poutine par exemple a visiblement bien développé auprès de Donald Trump sur la question des langues et sur la question de l'Église orthodoxe russe. Mais sans trop de surprise, le président russe a oublié de mentionner un sujet crucial pour les Ukrainiens, c'est le sort des enfants kidnappés par la Russie.

Bonjour à tous, c'est Sébastien et bienvenue dans cette nouvelle vidéo où l'on tente de prendre un peu de distance vis-à-vis de cette actualité trépidante puisque tout s'accélère après l'accueil royal que Donald Trump a réservé à Vladimir Poutine le vendredi 15 août en Alaska. Volodimir Zelenski estruxelles ce dimanche 17 août et il sera à Washington le lundi 18 août. Et certains parlent déjà de l'organisation d'un sommet tripartite donc ukrainien, russe et américain le vendredi 22 août.

Ce lundi à Washington, Vladimir Zelenski ne sera sans doute pas reçu aussi bien que Vladimir Poutine en Alaska. Mais cette fois-ci, il y a des chances que l'administration Trump ne lui tente pas le même type de tracknard que à la fin février et notamment car cette fois-ci Volodimir Zelenski sera accompagné d'une ribambelle de dirigeants européens Emmanuel Macron, Friedrichz, George Meloni, le finlandais Alexander Stoub, Oursa van der Layen et le secrétaire général de l'OTAN Marque Route. L'idée officielle de ce voyage de groupe, c'est de dégager une position commune et claire avec les Américains, mais officieusement, c'est surtout d'opposer un front européen Ukraine inclus, qui soit uni face aux États-Unis.

Puisque les Européens ont compris que Donald Trump est trop volatile et que par exemple en Alaska, en passant d'une exigence de cesser le feu à une demande d'un accord de paix global en l'espace d'une conversation de moins de 3h avec Vladimir Poutine, et bien c'est juste que l'Américain s'est fait retourner par le russe qui lui a proposé une version du règlement du conflit qui lui convient très bien, c'est-à-dire continuer à mettre la pression militairement pendant les négociations. Ça c'est la fameuse méthode Gromico. J'en avais déjà parlé dans une précédente vidéo.

C'est un ancien ministre des affaires étrangères de l'URSS qui avait formulé cette doctrine dans le cadre des négociations. Il faut formuler des demandes maximalistes. Ne rien lâcher puisqu'on part du principe qu'il y aura toujours un européen ou un américain pour lâcher avant et mener les pour parler avec une méthode d'ultimatum.

En l'occurrence en maintenant la pression sur le champ de bataille. Les Européens veulent présenter un front uni face aux Américains parce que ils sentent bien et à juste titre que l'Alliance transatlantique ce n'est plus ce que ça a été ces 80 dernières années et que il faut penser à la sécurité européenne en tant qu'européen. Après, d'ici à ce que ça produise des résultats, d'ici à ce que les Européens arrivent à s'imposer entre Donald Trump et Vladimir Poutine et d'ici à ce que les Européens arrivent à prendre des initiatives en matière de sécurité et de défense sans avoir à consulter Washington au préalable, tout ça, on n'y est pas encore.

Mais en tous les cas, quelque chose est en train de se passer. Après la période de janvier à en gros mai où Donald Trump a tenté d'imposer un cesser le feu en Ukraine en minorant Volodimir Zelenski et en faisant tout un tas de cadeaux à Vladimir Poutine, il y a eu une période de flottement pendant laquelle les États-Unis ont fait mine de se désengager. Et puis en juin, une période d'annonce positive pour l'Ukraine, de rencontres productives entre Donald Trump et Volodimir Zelenski, de signatures de vente d'armes à des pays européens pour qu'elle soit livré à l'Ukraine et tout ça en même temps que des menaces de droits douanes et de sanctions secondaires sur la Russie et sur ses partenaires.

Mais ces 10 derniers jours, nous sommes dans une nouvelle phase où Donald Trump a l'air très engagé, très déterminé à régler cette guerre russe en Ukraine et tout cela en passant d'abord et avant tout par un dialogue chaleureux avec la Russie. Alors, pourquoi cet revirement chez l'Américain ? Il nous a évidemment habitué à beaucoup de revirements au cours de sa carrière politique, mais là peut-être qu'il a tout simplement été inspiré par ses succès, qu'il soit réel ou qu'il soit fantasmé dans ses médiations entre le Rwanda et le Congo, entre l'Inde et le Pakistan, entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Peut-être qu'il est aussi heureux des résultats de sa politique commerciale et que ça l'encourage. Ou peut-être tout simplement qu'il voit que la date limite pour la sélection du prix Nobel de la paix approche puisque chaque année le prix est annoncé en général en octobre. Quoi qu'il en soit, Donald Trump est très actif et le grand enjeu du moment, c'est de savoir si il va se faire le simple porte-parole des exigences russe ou s'il est prêt à mettre en œuvre la fameuse formule de la paix par la force, la paix par le rapport de force pour faire pression sur le cremelin afin de défendre un temps soit peu les intérêts ukrainiens.

Jusqu'ici, ça a plutôt l'air d'être la première option. Donald Trump n'a vraiment pas envie de faire pression sur la Russie et après sa rencontre avec Vladimir Poutine, il ne parle plus de droit de douane, il ne parle plus de sanction. Et ça c'est sans doute pour établir une relation constructive avec la Russie pour tenter de la découpler de la Chine.

C'est sans doute aussi par conivance idéologique avec Vladimir Poutine mais comme on le sait et comme je l'ai déjà répété beaucoup sur cette chaîne, ce n'est pas ça qui peut produire des résultats avec la Russie. Face aux circonvolutions de Donald Trump et face aux hésitations des Européens, Volodimir Zelenski tente de sauvegarder ce qu'il peut. Il se montre prêt à négocier et clairement il a envie que cette guerre s'arrête puisque il ne l'a pas provoqué et l'Ukraine paye vraiment un lourd tribut à cette agression.

Mais ces derniers jours, Volodimir Zelenski multiplie quand même les lignes rouges pour ne pas perdre trop dans le cadre d'une négociation. Et celui qui est vraiment inflexible dans cette histoire, c'est Vladimir Poutine. Bien que la Russie ne soit pas non plus dans une position très enviable quant à la réalisation de ses objectifs stratégiques ou quant à l'état de son économie.

Mais depuis 2022, le Kremelin est droit dans ses bottes et la liste de conditions qui a été présentée à Donald Trump en Alaska il y a 3 jours ressemble peu au prou à ce que Vladimir Poutine voulait en 2022, que ce soit au lancement de son invasion ou lors des négociations avec l'Ukraine à Istanbul. Donc là en l'occurrence, on parle d'un contrôle total de la Russie, des oblastes de Donet et de Louansk, ce qui voudrait dire que l'armée ukrainienne devrait se retirer des zones qu'elle contrôle encore et que la Russie n'a jamais conquis. Et ça, ce serait en échange de l'abandon des prétentions russes sur les zones des régions de Zaporigia et de Kerson que la Russie a soit perdu en 2022, soit n'a pas réussi à conquérir depuis le lancement de son invasion.

Et ça évidemment c'est un peu osé de la part des Russes. C'est un peu du genre on vous annexe une région pour qu'on renonce en tout cas sur le papier à envahir une autre région que de toutes les manières on n' pas vraiment réussi à conquérir. Et ça ça fait partie des lignes rouges de Vladimir Zelenski.

On verra à quel point elles seront tenues dans des négociations. Vladimir Poutin demande aussi la reconnaissance de la souveraineté russe sur la Crimée annexé en 2014. la levée des sanctions internationales, la promesse que l'Ukraine ne rejoindra pas l'OTUt, un statut officiel pour la langue russe et la fin des pression sur l'église orthodoxe russe.

Sur l'église, j'ai déjà fait une vidéo que vous pouvez trouver ici. La situation n'a pas vraiment changé depuis sur la question linguistique, il faudrait vraiment que j'enregistre une vidéo là-dessus. Mais comme je le disais dans l'introduction, la liste de demandes russes est longue.

Mais il y a aussi beaucoup de choses que le créelin ne semble pas vraiment considérer comme parmi les conditions de sortie de ce conflit. Et là, on parlerait des réparations de guerre, d'une aide à la reconstruction, de la poursuite des criminels de guerre, du sort des millions d'Ukrainiens qui se trouvent en territoire occupé ou encore celui des enfants kidnappés. Et cette dernière question donc c'est le thème principal de cette vidéo.

C'est une question majeure puisque c'est sur cette question que la Cour pénale internationale a émis deux mandats d'arrêt en 2023 à l'encontre de Vladimir Poutine et à l'encontre de la responsable russe en charge du sort de ses mineurs ukrainiens Marial Vova Belova. Le chiffre auquel on se réfère habituellement c'est environ 20000 enfants qui ont été transportés en Russie pour y être placé et adopté. Ça c'est une estimation.

Pour beaucoup d'Ukrainiens, il s'agit de beaucoup plus d'enfants. Ça pourrait aussi être moins. Et pour être honnête, c'est aussi une situation de guerre dans laquelle il faut dissocier les cas de kidnapping pur et simple des situations issues des malheurs de la guerre, c'est-à-dire des enfants qui ont effectivement perdu leurs parents, leurs proches, leur maison.

Et ça c'est malheureusement le propre de tous les conflits où des vies sont brisées, où des familles sont anéanties, sont séparées, sont éclatées. Et si certains orphelins de guerre ont effectivement pu être pris en charge et ont pu redémarrer une vie ailleurs après avoir tout perdu, et bien tant mieux pour eux. Mais là, ce qui est en cause, c'est le phénomène global de déplacement systématique par les autorités, le déniut et l'entreprise de ruscification de ses enfants par le pouvoir russe.

Et c'est ça qui a justifié ces mandats d'arrêt internationaux. Encore une fois, vraiment cette question, pas la question d'exaction contre des civils, que ce soit à Boucha ou ailleurs ou pas non plus des questions liées au crimes d'écocide, par exemple suite à l'explosion du barrage de Novakarovka en 2023. Mais c'est bien le kidnapping d'enfants qui a fait réagir cette institution de justice internationale.

Et il y a 10 jours, la question est revenue sur le devant de la scène avec la publication par les autorités de la République autoproclamée de Louansk d'un catalogue de 294 enfants offerts à l'adoption. Et en fait, on parle d'une base de données en accès libre qui décrit les caractéristiques physiques des enfants, la couleur de leurs yeux ou de leurs cheveux avec des photos à l'appui et cette base de données décrit aussi leur tempérament comme par exemple obéissant, calme ou rebelle. La publication de ce catalogue en ligne, c'est visiblement une tentative des autorités russes de relancer un mouvement d'adoption des enfants ukrainiens puisque ça s'est ralenti ces derniers mois.

Mais le fait que ce catalogue soit en accès libre expose les mineurs à toutes sortes d'individus malintentionnés qui peuvent ensuite chercher à en abuser. Et parmi les risques, on pense évidemment à l'exploitation sexuelle, à toutes sortes de trafic mais aussi à des changements forcés d'identité. après que ce site a reçu une certaine publicité il y a une dizaine de jours, les autorités russes ont enlevé la plupart des photos des enfants de cette base de données, mais le mal est fait et cela révèle les méthodes systémiques pour faire adopter et russifier ses enfants ukrainiens.

Et le fait que les autorités russes ont enlevé ces photos montre qu'elle se soucie un temps soit peu des critiques, d'autant plus que cette base de données peut constituer des preuves pour de nouvelles poursuites internationales. Et ça, c'est quand même un certain aveu de faiblesse de la part des Russes qui continuent à se soucier de ce que peut faire la justice internationale, notamment au travers de sanctions, même si le Kremelin affirme ne pas en reconnaître la légitimité. Et ça ça tranche avec le discours politique russe puisque dans les récentes négociations à Istanbul, la délégation russe s'est ouvertement moqué de cette question quand elle a été évoquée par la délégation ukrainienne et ils auraient minimisé ce phénomène en s'en moquant comme d'un spectacle pour les vieilles européennes larmoyantes.

Mais pourtant, ça va au-delà et en l'occurrence, c'est une américaine pas connue pour être forcément larmoyante, Melena Trump, la first lady, qui a adressé une lettre à Vladimir Poutine que son mari lui a transmis en Alaska pour l'inviter à se soucier du sort des enfants. Dans cette lettre, Melina Trump n'a pas mentionné les enfants ukrainiens spécifiquement, ni même la situation de guerre. Mais dans ce contexte, il est clair que c'est aux enfants ukrainiens que Meliana Trump a fait référence.

Alors, pourquoi je mentionne ça ? C'est pas forcément parce que Meliana Trump est la première personnalité internationale à se soucier du sort des enfants, mais c'est que en l'occurrence c'est la First Lady, c'est l'épouse de Donald Trump. Et on sait déjà puisque Donald Trump a plaisanté sur ce fait il y a quelques semaines que c'est elle la first Lady qui informait son mari des bombardements russe sur des villes ukrainiennes et que cela contribuait au fait que ça ne lui plaisait pas et qu'il était très déçu par Vladimir Poutine.

Et donc sur cette question comme sur beaucoup d'autres, les Ukrainiens se raccrochent à un peu tout ce qu'ils peuvent parce que c'est un mode de pression comme un autre. Alors, de là à ce que ça soit inclus dans un hypothétique accord de paix, ça reste à voir. Mais la question est majeure et elle montre bien que la Russie est loin d'être la seule à avoir des exigences dans le cadre de cette négociation, loin de là.

On suivra évidemment tous ces développements demain et dans les jours qui viennent. Pour l'heure, merci d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout. Je file et je vous retrouve très vite.