Le black friday, comment résister à la tentation de la surconsommation ?
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Mais qu'est-ce qui nous pousse à vouloir participer à cette frénésie d'achat qu'est le Black Friday ? Cette journée de grande consommation qui nous presse d'acheter en nous promettant des rabais comme jamais. Ce vendredi noir vient des Etats-Unis quand les rues sont noires de monde et les Français y sont de plus en plus sensibles. Black Friday, puis Black Monday le lundi suivant, puis Black Week dans la foulée. Et à l'inverse de cette fuite en avant, certains vantent les mérites de la déconsommation pour le porte-monnaie sûrement, mais aussi peut-être et surtout pour le respect de l'environnement.
Alors on se demandera ce soir ce que vaut le marché de la seconde main, surtout dans les vêtements. Est-ce un simple effet de mode ou est-ce que ça annonce au contraire une génération prête à consommer autrement, consommer durablement selon des critères plus éthiques ? Venez nous dire ce soir comment vous remplissez ou non vos armoires. Est-ce que ce vendredi noir vous a fait craquer, de façon assumée ou honteuse d'ailleurs, ou bien boycottez-vous cette journée ? Le standard est ouvert, le téléphone va sonner jusqu'à 20h. Le téléphone sonne, 0145 24 7000. Avec un premier témoignage au standard, Michel Le nous appelle. Bonsoir Michel, vous êtes en Bretagne. Oui, oui, oui.
Une question ou un témoignage ? Un témoignage. Il s'agit juste d'une petite réflexion. Je ne vais pas se freiner du Black Friday, moi. Mais quand on me propose 40% sur les parfums, parce que c'est le Black Friday, et que de toute façon je vais les acheter à la fin de l'année pour Noël, je ne suis pas idiote, forcément je les achète. Et vous avez craqué pour les parfums. Pardon ? Et vous allez donc craquer ou vous avez déjà craqué pour les parfums ? Ben oui, bien sûr. Merci de ce témoignage avec ce soir pour vous répondre. Trois invités. Fanny Paris, vous êtes anthropologue de la consommation, spécialiste de l'évolution des modes de vie.
Vous êtes l'autrice du livre « Les enfants gâtés, anthropologie du mythe du capitalisme responsable ». C'est édité chez Payot. Invité également Grégory Carré. Vous êtes directeur de l'Observatoire de la consommation à l'UFC Que Choisir. Et en ligne également Franck Leued, qui est directeur d'études et de recherches au Credoc, où vous êtes spécialiste des comportements et des consommateurs. Alors notre auditrice nous disait qu'elle avait craqué simplement pour les 40% promis pour un parfum. Fanny Paris, je vous pose peut-être la première question. Est-ce que les consommateurs sont certains de faire de bonnes affaires à ce Black Friday ? Alors, effectivement, ils sont persuadés de le faire.
Pour eux, ils gagnent. Ils font une bonne affaire à travers une illusion de maîtrise du pouvoir d'achat. Ce qui va être intéressant avec le Black Friday, c'est un petit peu un miroir grossissant des contradictions que les individus vont avoir avec la consommation, avec d'un côté les injonctions à déconsommer. L'autre, le fait que la consommation s'est perçue comme quelque chose d'important, de nécessaire et surtout de rituel collectif. Avec les fêtes de fin d'année, avec le Black Friday, c'est vraiment un rituel collectif d'abondance qui va permettre de servir une sorte de récit émotionnel. L'événement, l'urgence, le sentiment d'accès qui tombe à pic avant les fêtes de fin d'année.
Franck Leudé, quand les marques affichent des prix de départ barrés, largement peut-être surévalués juste avant le Black Friday, est-ce que cette arnaque est répandue dans ce vendredi noir ?
Alors, là, il faudra plutôt le demander à l'UFC qui saura répondre à cette question-là. Moi, ce que je peux vous dire, c'est que les Français attendent ce moment-là. Ils sont 80% à nous dire qu'ils vont acheter au moment du Black Friday. À l'arrivée, ils sont un tiers à le faire parce qu'ils n'ont pas nécessairement trouvé une offre qui correspondait à leurs attentes, soit parce que justement les rabais n'étaient pas suffisants, soit parce que le prix facial, le prix qu'ils voient du produit ne correspond pas, enfin, est toujours trop important pour eux. Mais il y a une attente qui est forte, en tout cas, de la part des consommateurs.
Grégory Carré, donc l'UFC Que Choisir, je vous pose la question. L'arnaque des prix surévalués pour mieux montrer une belle remise, cette arnaque connue, est-ce qu'elle est répandue ?
Elle est extrêmement répandue et elle est très spectaculaire, particulièrement au moment du Black Friday. Elle est spectaculaire sur tous les domaines, vêtements ? Non, ça va être beaucoup sur Internet. Black Friday, c'est surtout une augmentation des achats sur Internet. Mais maintenant, c'est vrai que les magasins physiques ne sont pas épargnés. Et en fait, vous avez deux types de manipulation. Alors, on ne va pas pouvoir parler d'arnaque parce que c'est autorisé par des textes de loi extrêmement mal rédigés. Deux types d'arnaques. Deux types de mauvaise pratique. Première mauvaise pratique, je manipule le prix de mon produit. J'ai tellement de produits, je peux le faire.
Un mois avant, j'augmente le prix. Et puis, je vous dis, par rapport au prix que j'ai pratiqué au mois d'octobre, je suis en baisse. Ça, c'est le cas le moins fréquent. C'est un cas qui peut être puni par la loi. Et le cas le plus fréquent, c'est que je ne vous affiche pas une promotion. Mais en fait, je me compare à un prix. J'affiche une comparaison. Et en fait, je vends mon produit 300 euros comme toute l'année. Mais je dis, je vous le vends à 300 euros au lieu de 400 euros. J'ai la seule règle à respecter de vous dire que le 400 euros, je suis allé le chercher où ? Je suis à peu près libre d'aller le chercher où je veux.
Et je peux vous dire, par exemple, c'est le prix que m'a conseillé le fabricant.
Est-ce qu'il y a des comparateurs de prix d'ailleurs assez faciles à trouver si on a un doute sur le prix de départ ?
Oui, il y a des comparateurs de prix qui peuvent être faciles à trouver. Et puis même, le mieux, c'est quand même de préparer ses achats et puis de se dire, effectivement, j'ai besoin d'acheter un produit. Quelques semaines avant, je vais relever le prix. Et puis au moment du Black Friday, je vais regarder et je vais constater que le prix d'ailleurs n'a pas du tout évolué. Mais il y a effectivement des comparateurs de prix qui existent. Alors, je ne peux vous recommander que choisir. Malheureusement, il est réservé à nos abonnés. Donc, pour ceux qui ne sont pas abonnés, vous pouvez éventuellement en trouver sur les moteurs de recherche qui vont vous suggérer.
Et vous verrez l'historique des prix. Et vous allez constater, vous allez vous dire, ah ben tiens, c'est marrant, mais le 200 euros au lieu de 300, mais le 300, je ne le vois nulle part. Ben oui, vous avez raison.
Annie nous appelle de La Rochelle. Bonsoir Annie.
Oui, bonsoir.
Vous êtes à l'antenne.
Oui, je suis à l'antenne. Alors moi, c'est un témoignage. Donc, le vendredi noir, je n'y vais jamais. Ça ne m'intéresse pas. Moi, je suis plutôt exactement dans l'inverse, dans la démarche inverse, c'est-à-dire une démarche anticonsumériste depuis plusieurs décennies déjà. Ce qui veut dire que je suis une calamité pour la société de consommation parce que je n'achète quasiment rien, enfin sauf l'alimentaire bio en vrac, mais sinon en ce qui concerne le petit mobilier, enfin tout ce dont j'ai besoin. Enfin, j'achète exclusivement en vie de grenier. À La Rochelle, on a des ressourceries. Et puis surtout, je rénove, je répare, je réutilise, je recycle. Donc, je fais beaucoup de bricolage.
Je fais des confitures avec les fruits de mon jardin. Bref, moi, ce qui m'intéresse, ce n'est pas d'acheter, c'est de redonner une vie à des objets qui sont encore tout à fait réutilisables. Et puis aussi de faire moi-même les choses, voyez-vous, plutôt que d'acheter. Alors, j'applique en quelque sorte les méthodes de la sobriété heureuse de Pierre Rabhi. « Oui, ça marche très bien. Je suis quelqu'un d'heureux. Je ne vis pas vraiment dans le minimalisme. J'ai tout ce qu'il faut à la maison, mais je n'ai rien de superflu. » Et quand j'ai de superflu, je fais un vie de grenier et je me débarrasse de ce dont je ne me sers pas.
Alors qu'au vendredi noir, beaucoup de gens vont acheter des articles qu'ils utiliseront un ou deux jours et hop, ça va dormir dans un tiroir. Ce n'est pas bon pour le porte-monnaie, ce n'est pas bon pour le moral, ce n'est pas bon non plus pour la planète.
Merci beaucoup de ce témoignage, Franck Luédé, au Crédoc. A l'inverse de la surconsommation du Black Friday, il y a donc la déconsommation. Que disent vos études sur l'adhésion des Français à ce principe de déconsommation ?
Alors, l'adhésion à la déconsommation, elle est très très faible. Les Français sont, depuis l'avènement de cette société de consommation, depuis la sortie de la Seconde Guerre mondiale, habitués à une promesse qui est de dire « tu travailles bien à l'école, tu auras un bon travail, tu auras les moyens d'acheter des produits et des services ». Et c'est la contrepartie de ce qu'on te demande, en contrepartie du temps que tu nous donnes dans les entreprises dans lesquelles tu travailles. Et cet élément-là, il est toujours fondamental.
C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les consommateurs sont bien conscients qu'il y a besoin de changer les comportements de consommation parce que, d'un point de vue environnemental, ces comportements ne sont pas adaptés. Donc ça, c'est vraiment quelque chose qui est assez répandu dans la population française. Deux tiers des Français nous disent qu'ils sont inquiets pour l'avenir de la planète. À peu près la même proportion disent qu'ils vont devoir changer leur comportement de consommation pour justement tenir compte de ces impératifs environnementaux. Mais après, il se passe plein de choses, en fait. La première chose, c'est qu'ils ont l'impression de faire déjà le job.
C'est-à-dire que la plupart d'entre eux nous disent « Ma foi, moi, je ne surconsomme pas. » J'ai, en matière de consommation, une consommation responsable, raisonnable. Je consomme comme il faut. Et j'ai mis en place déjà des comportements qui peuvent permettre d'être dans la sobriété. Je trie mes poubelles. Je limite le chauffage dans l'appartement ou la maison. J'essaye d'un peu moins prendre l'automobile pour me déplacer. Et donc, du coup, j'ai fait le job. Ça, c'est le premier point. Le deuxième point, c'est qu'il y en a un certain nombre aussi qui nous disent « De toute façon, moi, je n'ai pas le choix. » Par exemple, pour tenir compte... Le porte-monnaie, d'abord.
Non, il faudrait que je prenne ma voiture. Je prenne moins ma voiture, mais je ne peux pas faire ça. Parce que du coup, je suis en milieu rural. Et à juste titre, trouver des solutions alternatives pour se déplacer, ce n'est pas évident. Donc, il y a une deuxième dimension, c'est cette question de « Je ne peux pas faire autrement. » Et la troisième, c'est le fait de dire « Mais j'ai le droit de consommer. Je souhaite exprimer qui je suis, prendre plaisir à acheter des produits neufs dans cette société de consommation auxquelles j'ai droit. » Donc, il y a vraiment une notion d'avoir le droit d'accéder à des produits neufs qui dominent largement sur les problématiques de sobriété.
Franck Luedé, ce que vous dites est très intéressant, mais dans la forme, mais c'est notre faute probablement, la qualité sonore de la ligne téléphonique n'est pas bonne. On va essayer de vous rappeler, je vous demande de raccrocher. Et les techniciens derrière la vitre, les réalisateurs, vont tenter de vous rappeler pour une meilleure qualité d'écoute pour les auditeurs. Fanny Paris, je rappelle que vous êtes anthropologue de la consommation. Est-ce que les Français vous semblent prêts aujourd'hui à passer du superflu au suffisant ? Alors, dans le discours, certainement, et auprès d'une population de plus en plus importante.
Par contre, en pratique, on va observer une tension entre leurs valeurs, ce discours sur une aspiration au changement, et des routines quotidiennes qui ont certes changé, mais qui vont être assez éloignées de ces enjeux de déconsommation. Concrètement, on va observer une envie déclarée de déconsommer, mais on va avoir des pratiques réelles qui ne vont pas forcément suivre par fatigue écologique, contraintes financières, un marketing émotionnel très puissant. Et on s'aperçoit que la déconsommation ne peut pas fonctionner si elle ne devient pas un nouveau récit collectif et pas une injonction morale, en quelque sorte. Et les individus se situent, les individus consommateurs, dans un paradoxe.
Ils veulent consommer moins, mais ils ne sont pas prêts à renoncer aux bénéfices psychologiques de la consommation. Et en ce sens, d'un point de vue anthropologique, l'enjeu n'est pas de consommer moins, mais d'apprendre à renoncer, ce qui est précisément ce que notre société n'a plus l'habitude de faire. Et avec des événements et des rituels collectifs, comme le Black Friday et même la structuration de l'expérience de navigation sur des sites d'ultra fast fashion, on en est encore très loin. Grégory Carré, à l'UFC Que Choisir, cette tendance à la déconsommation qui s'affiche, mais qui ne se traduit pas forcément dans les faits. Vous sentez cette ambiguïté à l'UFC Que Choisir ?
Oui, il y a une aspiration d'un côté et puis il y a la réalité économique de l'autre. Le signal le plus efficace pour déconsommer, c'est ce qui s'est passé en 2022-2023, une hausse des prix et les gens se sont serrés la ceinture. Mais le résultat a-t-il été souhaitable ? En tout cas, les politiques ont constaté que l'humeur des gens était assez négative. Alors après, il existe des possibilités de consommer un peu différemment, c'est d'acheter un peu de la seconde main. Donc là, on voit que les choses bougent, mais tout est un peu paradoxal.
C'est-à-dire que si vous regardez le secteur du textile, les deux marques qui émergent, vous avez d'une part Vinted, qui est de la seconde main, puis de l'autre côté, vous avez les plateformes chinoises. On a beaucoup parlé de Shein avec Wish un petit peu avant, qui a été bloqué. Donc on a le paradoxe des deux, avec effectivement peut-être une aspiration exprimée oralement dans les enquêtes, mais dans la réalité des faits, ça tarde à se traduire quand même.
Au standard de France Inter, il y a Catherine. Bonsoir Catherine.
Oui, bonsoir. Alors j'avais envie d'appeler pour deux choses. La première, je n'ai pas envie de dire que je déconsomme, mais en tous les cas, je vis beaucoup plus simplement. Et ça n'a pas été un effort pour moi. Moi, j'ai voulu tenter l'expérience et en fait, ça m'a rendue joyeuse de tenter l'expérience de m'alléger et de ne plus avoir les mêmes centres d'intérêt qu'avant. Ça, c'est la première chose. Et puis, ça m'a beaucoup aidée de voir qu'il y avait beaucoup de cochonneries dans les magasins, en fait, au niveau textile surtout.
Et la deuxième chose, c'est effectivement d'aller vers la seconde main, où là, je me suis rendue compte que je pouvais avoir accès à des marques françaises en très bon état et avec des composants textiles qui correspondaient, moi, à la qualité de ce que j'avais envie de porter et à aussi protéger la nature.
Merci beaucoup de ce témoignage. On a retrouvé Franck Leued, directeur d'études et de recherche au Credoc, spécialiste des comportements des consommateurs. Mal égé en consommation m'a fait du bien, dit cette audétrice Catherine à Saint-Nazaire, notamment le marché de la seconde main. C'est un marché de la seconde main qui augmente depuis six ans très régulièrement.
Oui, en fait, en termes de nombre d'individus qui vont sur ce marché, le développement se fait depuis le milieu des années 2010. En fait, c'est l'arrivée des plateformes online qui ont permis de mettre en relation les consommateurs entre eux, qui fait exploser, en fait, ce marché de la seconde main. Et donc, Vinted, tout à l'heure, a été cité et c'est typiquement ce type de plateforme.
Si on cite une marque, je vais être obligé d'en citer deux autres, Giv ou Gio, jusqu'au label Emmaüs, tiens, d'ailleurs.
Et c'est, en fait, cet intérêt des Français pour la seconde main, votre auditrice Catherine l'a bien expliqué. Il y a à la fois une dimension, je dirais, générale. Il y a l'environnement, au bienfait que peut avoir le fait d'utiliser plus longtemps un vêtement. De l'autre côté, il y a aussi des éléments qui sont très personnels. Le fait de pouvoir accéder à des produits qu'on n'aurait pas pu acheter neufs parce qu'ils sont de marques, ils coûtent plus cher en étant neufs et les avoir d'occasion, c'est une dimension qui est forte.
Et alors, il y a une troisième dimension qu'on voit apparaître depuis quelques années, c'est le fait de se distinguer des autres de cette manière-là, en disant, regardez, moi, je l'ai fait. Je me mets en valeur à travers le fait de dire, j'ai eu un comportement favorable pour l'environnement, j'ai eu un comportement qui m'a fait plaisir, moi, également. Regardez, je suis très beau, très belle dans ce vêtement. Et en plus, du coup, je vous le dis et ça me met en valeur par rapport à vous.
Fanny Paris, je rappelle, vous êtes anthropologue de la consommation. Le Black Friday, c'est aussi une communication agressive. Quels sont d'ailleurs les leviers pour faire craquer le consommateur et le rendre plus sensible à ce vendredi noir ? Alors, les leviers dont je peux vous parler d'un point de vue anthropologique vont être tous ceux que l'on va appeler les dark patterns. Donc, ça va être toutes les incitations un petit peu négatives que les individus vont avoir à travers une sur-sollicitation cognitive pendant notamment l'expérience d'achat sur des plateformes de e-commerce. Donc, ça va être des promotions marquées en très gros, les bonnes affaires à suivre.
Ça va être également pas mal d'éléments qui vont popper à chaque fois que l'on va cliquer sur un article, qui vont nous donner des temps spécifiques et des décomptes pour pouvoir avoir accès à des réductions supplémentaires. Quand vous parlez de décompte, c'est « il me reste un article, vous avez encore deux jours pour le faire ? » Exactement. Ou « il vous reste dix minutes pour profiter de cette offre », etc. Ça va être également de la sollicitation de produits suivant nos goûts via les recommandations algorithmiques.
En fait, c'est tous ces éléments qui vont un petit peu brouiller ce qui se passe dans notre manière de décider et de faire du shopping en ligne et qui va amener les individus à se réfugier encore plus dans cette capacité à se dire « j'ai de la chance, je fais une bonne affaire » et du coup, en résultat, mon panier va être plus important que la motivation initiale que j'avais autour d'un besoin ou autour d'une liste qui avait été pré-rédigée par l'utilisateur. Fanny Paris, est-ce que c'est ce qu'on appelle de l'achat à l'impulsion ou à l'émotion ?
Alors, d'une partie, oui, à travers la réaction immédiate d'achat, mais d'un autre côté, ça révèle surtout un paradoxe qui est très intéressant, c'est que les individus, quelle que soit la posture qu'ils vont avoir autour de la consommation, de l'hyperconsommation ou de la déconsommation, en fait, vont se trouver des bonnes excuses pour pouvoir justifier cet achat et le rendre non seulement désirable, mais important dans leur quotidien et dans la continuité de ce qui a été dit précédemment. Et c'est vraiment une rupture que l'on observe au sein des études sur la consommation.
C'est qu'il n'y a plus vraiment, en fait, de profil de personnes qui se font avoir par des fausses bonnes affaires ou qui vont consommer pendant le Black Friday. Ça va être potentiellement tout le monde. Et ils vont avoir des stratégies, notamment celle du crédit moral, qui va leur permettre d'avoir certaines bonnes actions, comme on disait précédemment, trier ses déchets, moins prendre sa voiture. Et ça va les autoriser, d'un point de vue moral, entre guillemets, à acheter au Black Friday ou à surconsommer sur des plateformes. Et puis, il y a un autre phénomène qui est aussi intéressant, c'est celui de l'illusion de l'empreinte négative.
Où les individus vont avoir l'impression de faire un achat qui va être responsable d'un point de vue social ou écologique, alors qu'en réalité, pas forcément. C'est notamment Vinted, qui effectivement permet d'avoir accès à de la seconde main, mais qui permet aussi de justifier de nouvelles formes de surconsommation autour de ces plateformes et même de justifier l'achat de nouveaux objets neufs et même d'objets issus de la fast fashion, parce que, d'un autre côté, ils ont fait le job en achetant une partie de leurs vêtements, par exemple, sur Vinted. Sur Vinted.
Et donc, une contradiction parmi ces plateformes de vente en ligne, Black Friday ou bien des consommations, on en parle jusqu'à 20h. Patrice nous appelle de la Meuse. Bonsoir, Patrice.
Oui, bonsoir. On vous écoute. Écoutez, moi, je me demande si c'est quand même pas une vision un peu manichéenne, un peu réduite, de parler de la surconsommation du Black Friday, parce que je pense qu'il faut quand même passer par la surconsommation et en parler sur toute l'année. On est sans arrêt envahi par la publicité qui nous pousse à consommer. Quand on pense, par exemple, à ce qui s'est passé avec les magasins en Chine qui sont ouverts il y a très peu de temps sur Paris, bon, il y a des gens qui ont vraiment des besoins d'acheter quelque chose parce qu'ils sont dans une certaine misère.
Mais quand on entend dire que les fringues vont durer un ou deux mois et on passe à un autre habillement, à un autre vêtement, on peut se quand même poser des questions. Moi, je prends un exemple très simple. Mes parents tenaient un magasin dans les années 60-70 sur Bar-le-Duc qui vendait des vêtements ordinaires qui avaient un certain coût mais qui duraient. Les gens du coin, les paysans, les gens qui n'avaient pas des fortunes venaient chercher un vêtement, un pull, un chapeau. Ça durait un certain temps. Et puis on n'en changeait pas tous les mois. Et ces gens-là n'avaient pas forcément, ne gagnaient pas des fortunes.
Donc ce qui est important, je crois, c'est de lutter justement sur des plateformes qui vont nous vendre des saloperies et qui sont mauvaises pour l'environnement et pour les gens qu'ils fabriquent.
Lutter contre les plateformes, dites-vous, Grégory Carré, à l'UFC Que Choisir, est-ce que les consommateurs se manifestent et comment se manifestent-ils pour lutter, quand ils l'envisagent, contre ces plateformes de ultra-faste consommation ?
Alors les consommateurs sont un peu victimes. On a réalisé plusieurs études dans ce domaine. Déjà, la première chose qu'on avait constatée, c'est que massivement, ces plateformes, et pas seulement elles, recourent à des interfaces un peu trompeuses, comme l'a expliqué la personne tout à l'heure. Fanny Paris. Voilà, c'est ce qu'on appelle les dark patterns, c'est-à-dire ces faux comptes arbours, ces choses qui clignotent, qui vous font miroiter une belle affaire. Deuxième chose, on a constaté que les produits qu'on trouvait sur ces plateformes étaient finalement, c'est vrai, d'une qualité assez déplorable.
Alors, on parle beaucoup du vêtement, ce n'est pas forcément les vêtements d'ailleurs qu'on achète beaucoup au moment du Black Friday, c'est plus de l'équipement. Et là, c'est plus problématique. Quand on a réalisé les tests avec nos confrères européens à l'UFC Clossoisir, on a constaté que 95% des recharges de téléphone qu'on avait achetées étaient défectueuses, avec un vrai danger derrière, un risque d'incendie. C'était la même chose pour les jouets, donc des jouets qui ne respectaient pas du tout les normes européennes, ça veut dire des pièces trop petites, donc un risque de blessure pour les enfants. Pour les bijoux, c'était moins grave, mais c'était quand même catastrophique.
Il y avait un tiers des bijoux qui avaient des problèmes de cadmium, de plomb, etc., avec des concentrations beaucoup trop élevées. Là-dedans, le consommateur est trompé. Il est trompé parce qu'il croit faire confiance, parce qu'il croit qu'il existe des contrôles. Il faut savoir qu'il n'y a pas de contrôle. C'est le vendeur qui doit vérifier derrière s'il vend ça. Et la seule chose que peut faire l'État, c'est de dire « Si je vous prends les doigts dans le pot de confiture, je vais vous sanctionner. » C'est la question qu'il y a eu autour de Chine. Mais là, on voit qu'il n'a pas été vraiment sanctionné. Par le passé, Wish avait été sanctionné, un distributeur américain.
Il en a d'ailleurs payé très cher parce qu'il a quasiment disparu. Mais voilà. Donc, le consommateur est plutôt victime de ces plateformes à double titre parce qu'il pense faire une bonne affaire. Il n'en fait pas. Il achète des produits de qualité déplorable, voire extrêmement dangereux.
Franck Luédé, spécialiste au Credoc des comportements des consommateurs, au Black Friday. C'est une question d'auditeur. Est-ce qu'on vient aussi pour les cadeaux de Noël ? Est-ce que les deux rendez-vous sont liés ? Est-ce qu'on le sait, ça ?
Alors, les deux rendez-vous se lient de plus en plus. Là, cette année, il y a la moitié des Français qui envisagent de faire une partie de leurs achats de Noël au moment du Black Friday. C'est le lancement, en fait, de la période des achats de Noël. Ce moment-là du Black Friday tombe à point pour commencer à faire ces achats de Noël. Et donc, la moitié de la population pense le faire. Comme, par rapport au Black Friday, au global, ils ne seront pas la moitié vraiment à le faire. Mais en tout cas, il y a une appétence qui est forte. Le marché du jouet est le deuxième marché qui est mis en avant par les consommateurs au moment du Black Friday.
Tristan est en ligne. Bonsoir, Tristan. Bonsoir. Vous êtes à l'antenne.
Oui, ben voilà. Moi, c'était pour à la fois un témoignage et une question. Pour moi, le Black Friday, c'est vraiment un synonyme de conflit familiaux parce que j'ai une famille qui est très, très consommatrice. Là où, moi, je n'ai jamais été très consommateur et j'ai toujours apprécié aller au marché aux puces et revenir avec des sacs poubelles de fringues qui m'habillent depuis bientôt 20 ans. Et finalement, Ben, Noël, c'est un sapin avec 50 cadeaux à ouvrir qui viennent des grandes enseignes de Temu ou Chine, des choses comme ça que moi, je n'arrive pas à garder chez moi et que généralement, je laisse sur des poubelles pour que ce soit récupéré par des personnes qui le désirent.
Et du coup, je me pose la question, finalement, est-ce que cette surconsommation, est-ce que ce Black Friday et la consommation pour Noël, pour le sapin et tout, est-ce que ce n'est pas une manière de prouver un amour qui ne se prouverait que de cette manière-là ? Est-ce que, finalement, ce n'est pas fait pour rassurer les liens entre les individus ? Tout ça au détriment de la planète, bien sûr. Mais voilà, du coup, ma question, elle est un peu floue.
Non, elle n'est pas floue, on l'a bien comprise. Merci beaucoup de ce témoignage, Tristan, et je me retournais vers l'anthropologue de la consommation, Fanny Paris. Si on s'intéresse à ce qui se passe dans notre cerveau, notre auditeur parle d'amour, le fait d'acheter, est-ce que c'est un acte qui est fait aussi pour nous rassurer et donc penser que ça nous fait du bien et aux autres ? Alors, dans une perspective anthropologique, le fait d'acheter et de s'inscrire dans la société de consommation, c'est une pratique de réassurance dans un présent anxiogène et un futur incertain.
On va se tourner vers des pratiques dites de réassurance, c'est-à-dire des choses où l'on va avoir l'impression de maîtriser. Donc, ça va être la consommation, ça va être le soin de soi, de sa famille et de sa maison et la consommation en fait partie. Ça, c'est le premier élément. Et ensuite, il y a une logique de don et de contre-don qui est relativement transversale à l'échelle de l'humanité qui s'est totalement inscrite dans les logiques capitalistes où le fait de donner et de recevoir maintenant s'inscrit dans des logiques marchandes.
Et d'après et en réaction par rapport au témoignage de cet auditeur, ce qui est intéressant, c'est que cette logique de don et de contre-don qui est un système d'alliance pour maintenir un équilibre entre deux personnes, entre un groupe, que ce soit la famille ou des amis, va venir se coupler à la fois aux stratégies de réassurance où acheter, ça va faire du bien et plaisir, à la fois à soi et aux autres, mais également comme un refuge dans une période qui semble un peu échapper à beaucoup d'entre nous. Olivier nous appelle des Pyrénées-Orientales. Bonsoir Olivier. Bonsoir. On vous écoute.
Je voulais juste dire que la commune a mis un petit magasin de 100 mètres carrés en place et c'est gratuit. On peut donner toutes les affaires qu'on veut, que ce soit matériel électroménager, fringues, matériel de ski, tout ce qu'on veut. Dites-nous la commune
pendant qu'on y est et on ira peut-être. Dites-nous, vous êtes où ?
Aux angles. Dans les Pyrénées-Orientales. Merci. C'est à côté de Font-en-Eau, au-dessus de Perpignan. Tout est gratuit. On peut arriver les mains dans les poches, récupérer toutes les affaires qu'on veut et si on a une vieille paire de baskets, n'importe quoi, on les amène. Il y a des bénévoles qui font le tri, qui le donnent,
etc. Voilà. Merci beaucoup de ce témoignage. Merci bien. Est-ce qu'on évoque les ressourceries ? Je retourne vers vous, Fanny Paris. Ça ressemble un peu à une ressourcerie. On remet en état et on redistribue. C'est un phénomène qui se développe, là encore ? C'est un phénomène qui se développe et parler des ressourceries en même temps que Black Friday, c'est parler de la réalité des Français et de plus en plus d'initiatives qui sont faites à l'échelle individuelle comme collectives ou communales et qui permettent de faire différemment. Et ça, c'est éminemment positif.
Après, toute la complexité, si on dézoome de ces pratiques individuelles, de ces changements, de ces initiatives, on se rend compte que ce n'est pas pour autant d'un point de vue global que le volume de consommation d'objets neufs et notamment associés au Black Friday va diminuer. Et en fait, c'est tous les paradoxes. Et d'un côté, on est quand même sur une prise de conscience, sur un discours et des pratiques qui changent.
et de l'autre côté, on a un regard d'intérêt aussi pour l'hyper-consommation et j'ai même envie de vous dire que la consommation n'a jamais été aussi présente dans la vie des gens qu'actuellement, quelles que soient les raisons pour lesquelles on choisit de se positionner ou de se revendiquer comme un consommateur éco-responsable ou d'un autre côté qu'on se revendique comme un droit à consommer en justifiant les achats sur des plateformes d'hyper-fast fashion. Grégory Carré, à l'UFC, c'est que choisir. On parlait de ressourcerie, on a parlé tout à l'heure de marché de seconde main du côté des consommateurs. Il y a une appétence
pour ça. Oui, oui. Alors, ça se développe dans des secteurs qui étaient de moins en moins touchés mais derrière, il y a une vraie professionnalisation de ces marchés-là. Si vous prenez le marché des smartphones, on parle de produits reconditionnés. Donc là, ce n'est pas seulement de la vente de gré à gré, c'est un produit qui est repris en main par des professionnels, qui est remis en état et les pièces à changer sont changées et l'argument numéro un des consommateurs quand même derrière, c'est le prix. Si on achète un produit de seconde main, c'est d'abord parce qu'il est moins cher. Voilà, c'est d'abord parce qu'il est moins cher.
Le marché le plus emblématique qui est très ancien, c'est celui d'automobile. Il faut savoir que pour une voiture neuve achetée, il y a 10 voitures d'occasion qui sont achetées. Donc les consommateurs, s'ils achètent des voitures d'occasion,
d'auditeurs que je soumets à Franck, les UED au Credoc, y a-t-il des catégories socioprofessionnelles plus sensibles que d'autres à cette journée du Black Friday ?
Oui, on a en effet les moins de 45 ans qui sont plus sensibles au Black Friday parce qu'on va acheter du vêtement par exemple et ça c'est plus des achats de jeunes populations. Parce que si on va acheter de l'électroménager, du meuble et donc du coup là c'est pareil, c'est quand on s'équipe, quand on s'installe, donc quand on se met en couple, quand on quitte le foyer familial, quand on a des enfants, donc ça va toucher plus les jeunes. Après il y a une autre catégorie qui est en fait les diplômés, donc il faut avoir des moyens pour faire le Black Friday.
Donc du coup quand on est diplômé en général on a un salaire ou des revenus qui sont plus importants donc on va trouver plus de diplômés et puis on voit des gens qui assument complètement ce désir de consommer en disant oui, on cherche à me faire acheter des choses, j'en suis conscient, on va m'inciter ce jour-là à acheter des choses dont je n'ai pas nécessairement besoin mais tant pis, moi je vais chercher à être plus malin que ces incitations et je vais tirer mon épingle du jeu en achetant des produits à bas prix ou des produits dont j'ai envie.
01 45 24 7000 Valérie nous appelle du Jura. Bonsoir Valérie.
Oui, bonsoir et merci. Voilà, en tant qu'ex-citadine, j'ai vécu 33 ans dans une très grande ville, maintenant étant en milieu rural je suis moins exposée à tout ce qui est consommation et c'est vrai que c'est lié à l'histoire de chacun et à son présent. En l'occurrence, nous sommes retraités, nous avons beaucoup moins de besoins et en étant à la campagne aussi, il y a beaucoup de choses qui nous paraissent beaucoup plus essentielles que de consommer. Voilà, c'est tout ce que je voulais dire.
Le fait d'être citadin, ça nous expose davantage parce que pour ce qui est du, je dirais, de l'habillement, on a de belles choses à voir alors qu'en campagne, il y en a aussi de belles choses mais notre frein, nous, c'est de commander par correspondance et en fait, ça ne nous intéresse pas vraiment et on a, voilà, la gestion Vous consommez
donc un peu moins
On est moins sollicitées
Merci de ce témoignage que je vais soumettre à notre anthropologue Fanny Paris, anthropologue de la consommation. Le lieu géographique détermine la façon de consommer ?
Alors, il y a énormément d'éléments qui vont déterminer la manière de consommer et le rapport que l'on va avoir à ce type d'événement c'est avant tout au-delà du lieu le style de vie donc ça va être quel capital économique, social, culturel on a, de quelle catégorie socio-professionnelle on fait partie, à quel moment de notre vie on est et donc oui, effectivement, également, notre environnement de proximité et donc notre lieu de vie mais ça va plus être la somme de tous ces éléments qui vont créer un style de vie et qui vont créer un rapport différent à la consommation et plus précisément aujourd'hui au Black Friday.
Une question peut-être pour terminer Grégory Carré il nous reste une grosse minute je lis que le succès du Black Friday a ringardisé les soldes d'abord est-ce que c'est vrai et si oui pour quelles raisons ?
Alors, on l'a vu tout au long des échanges qu'on a eus le Black Friday déjà est un succès même s'il marque le pas sérieusement depuis deux ans pour des raisons conjoncturelles c'est un succès Il marque le pas
à cause de l'inflation et puis à cause du Covid il n'y a pas longtemps ?
Non, non, plutôt l'inflation des consommateurs qui procèdent à des arbitrages mais malgré tout il recule depuis deux ans mais il est en très forte hausse sur dix ans alors deux raisons un, la promesse de prix qui n'est pas au rendez-vous mais parce qu'on a envie d'y croire deux, parce que c'est un moment d'achat qui est beaucoup plus intéressant que les soldes on est à l'amorce de Noël et donc effectivement on a un peu envie de consommer il y a toutes les lumières voilà, il fait un peu froid on n'a pas grand chose d'autre peut-être à faire et donc c'est vrai qu'on va aller dans les magasins
Après le Black Friday on t'en parlait du Black Monday du Black Weekend du Black Week ça vient des Etats-Unis ça risque d'arriver en France ?
Oui, oui c'est déjà en France vous avez le Black November et puis là j'ai vu il y a un commerçant qui a dit ça a commencé pour lui début novembre il dit ça va jusqu'à Noël donc maintenant ça va durer deux mois
Eh bien merci beaucoup à tous les trois d'être venus répondre aux auditeurs de France Inter le téléphone sonne c'est terminé à suivre l'heure philo de Patricia Martin ce soir avec l'anthropologue français Philippe Descola ce sera après le flash de 20h et après les petits bateaux tous ces bouts de choux qui ont toujours une question bien pertinente à poser Bonjour je m'appelle Clément j'ai 8 ans et j'aimerais bien savoir pourquoi une pyramide ça s'appelle une pyramide merci au revoir