Budget, censure, PS... L'interview de Jean-Luc Mélenchon en intégralité
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Alors de quoi vous voulez qu'on parle ? C'est pourquoi vous êtes là aujourd'hui, c'est-à-dire votre pétition sur les frais bancaires. Voilà. Encore pour vous, c'est important de mobiliser le gouvernement. Ben, je n'arrive pas à comprendre qu'une décision pareille ait pu être prise. Parce qu'au point de départ, c'était une directive européenne, c'est passé au Parlement européen, et ça concernait les crédits à la consommation. Donc on peut parfaitement comprendre qu'il y a une politique pour dire attention au surendettement.
D'autant que la finance mondiale est en ce moment très fragile, et ça va tourner à une catastrophe, mais bon, bref. Là-dessus, ça arrive en France, ça arrive à l'Assemblée nationale, on en discute. Les députés insoumis présentent une demande d'abrogation de la proposition qui est faite par l'Europe, parce qu'ils craignent justement que ça soit utilisé pour autre chose. Et c'est ça qui se passe. On a une... aussitôt, on a une décision qui, là, vient du gouvernement,
et par ordre... par ordonnance, qui fait du découvert bancaire un crédit à la consommation. Alors là, ça va plus, parce que, pour ceux qui ne le sauraient pas, qui n'ont jamais de découvert, un découvert, c'est une situation... ça vous arrive un mois, pas forcément le suivant, et si ça vous arrive plusieurs mois de suite, ben, il y a une solution, il n'y a qu'à augmenter les salaires, et vous verrez, il n'y aura plus de découvert bancaire. Donc vous comprenez bien que c'est pas pareil d'avoir un découvert à la fin du mois
que de dire, tiens, j'achète, je sais pas quoi, moi, une voiture de luxe, ou une immense... ça n'a rien à voir. Le découvert bancaire, c'est ce qui permet aux gens d'assurer la continuité, de... voilà. Alors, tout ça est tellement absurde, on se dit, on peut avoir une décision qui l'annule. Et si on annulait ça, eh bien, ça facilite la vie des gens, ça fout la trouille, de savoir qu'on n'a plus le droit à un découvert bancaire. Mais ça, ça sera en novembre prochain.
Donc entre maintenant et novembre, on a le temps de... de mener la lutte. C'est pourquoi Clémence Guettet a pris l'initiative de faire cette pétition. Et moi, je viens, comme tous les autres insoumis partout dans le pays, distribuer des tracts. Ce matin, Sébastien Lecourne est encore Premier ministre. Est-ce que le spectre de la censure s'éloigne aussi celui de la dissolution ? Ben là, ça dépend plus de nous, les insoumis, puisque de toute façon, nous, nous sommes décidés
à déposer la motion de censure. Et... mais, mais, il semble que... Les socialistes... Les socialistes d'un côté... Mais aussi le Rassemblement National n'aient pas envie qu'il y ait censure pour que ça ne fasse pas tomber le gouvernement, je pense. Alors là, bon, voilà, ça dépend d'eux. C'est eux qui tiennent en vie ce gouvernement et monsieur Macron. Mais je crois que beaucoup de Français peuvent se dire « Ah, mais comment ça se fait, les insoumis, encore la censure ? »
Ben oui, encore la censure, c'est les gens. Vous n'avez qu'à regarder ce qu'il y a dans le budget. Vous pouvez avoir froid dans le dos, hein. Donc, si on fait tomber le gouvernement, ça veut dire que, ben, c'est pas cette politique-là. Qui s'appliquera. Ni celle sur la sécurité sociale, qui est extrêmement cruelle, hein. Je ne sais pas quel est le type qui a inventé d'aller taxer les indemnités quotidiennes des gens qui sont en soins de longue maladie, vous voyez,
notamment pour le cancer. Bon, voilà où on en est, mais on va faire notre devoir, et puis après, ben, c'est la démocratie, que voulez-vous, hein. C'est l'Assemblée Nationale qui décidera. Mais comment vous voulez convaincre les socialistes qui sont engagés dans un... visiblement une tentative de compromis avec le gouvernement sur le budget, visiblement une tentative de compromis avec le gouvernement sur le budget, comment vous voulez convaincre de voter la censure ?
Ben, on pense que les gens sur le terrain, ils peuvent beaucoup, parce que la direction du Parti Socialiste, le premier secrétaire, M. Hollande, M. Vallaud, c'est une chose, mais des socialistes, je veux dire, comme tout le monde, quoi, qui ont un budget familial, qui ont des malades à la maison, ben, eux, ils ne sont pas d'accord avec cette politique-là. Donc, je compte sur la base socialiste pour faire pression. Et puis, au passage, je leur dis, la prochaine fois, si vous voulez être sûr du résultat,
ben, élisez plutôt des Insoumis. Vous comprenez leur stratégie, aux socialistes tout de même, de revendiquer des victoires sur les retraites, sur la nouvelle taxe ? Oui, oui, bien sûr. Je comprends très bien leur stratégie, c'est comme d'habitude, raconter des bobards pour essayer de faire croire à des choses qui n'existent pas. Parce qu'il n'y a pas de victoire. Et là encore, ben, enfin, j'ai compris, comme tout le monde, ils ont changé d'alliance.
Ils étaient alliés à gauche, avec nous, avec les communistes et avec les Verts, et maintenant, ils veulent s'allier avec M. Attal et avec ce qu'ils appellent, eux, le centre-gauche. Bon, je ne vois pas ce qu'il y a de gauche dans M. Attal, mais voilà, c'est ça leur calcul. Donc, pour ça, ils donnent des signes abondants de, comment dire, de bonne conduite. Donc, ils ne votent pas certains amendements de gauche, ils votent des mesures qu'ils inventent au milieu de la nuit,
comme l'histoire, là, sur l'impôt sur la fortune, qui est une espèce de folie qu'ils ont inventée, qui fait que maintenant, les très riches vont payer encore moins qu'avant. Alors... C'est vous dire, il y a de leur part aussi un amateurisme. Et l'amateurisme, le manque de professionnalisme, ça signifie qu'en réalité, ils s'en foutent de ce qu'ils votent. Ce qui compte pour eux, c'est juste qu'ils ont montré qu'ils pouvaient s'entendre avec M. Attal.
Voilà tout. Voilà. Quoi d'autre ? Non, je n'ai pas vu... Ah ouais ? Ouais, ouais. Bah, je ne peux... Ecoutez, sans faire de mauvais esprits, comme d'habitude, on le fait tous, hein, c'est-à-dire que les sondages sont bons, quand ils sont bons, et mauvais, quand ils sont mauvais. Mais moi, j'ai du mal à prendre un sondage, même qui m'est favorable, dans lequel la base de départ ne tient compte ni des quartiers populaires, puisque personne ne répond au téléphone pour se faire sonder,
puis imaginez-vous, vous allez répondre au téléphone, oui, oui, je vote insoumis, il y a votement de l'autre côté. Et puis, qui n'interroge pas non plus les d'hommes et les d'hommes que moi, voulez-vous que je prenne ça au sérieux ? Alors moi, quand il y a un sondage à mon sujet, je pars, il me manque déjà cinq points, d'ailleurs, il se trompe de cinq points à chaque fois. Voilà, bon bah, si la nouvelle est bonne, ça va donner du baume au cœur, et puis voilà,
mais moi, ça me fait ni chaud, ni froid. Ni comme c'est bas, ni comme c'est haut. Mais je n'ai pas besoin de surfer, c'est nous qui la créons. Je vous ai demandé aux gens qu'il y a ici, qu'est-ce qu'ils en pensent. Alors, qu'est-ce que vous préférez, Mélenchon ou Macron, monsieur ? – Mélenchon. – Ah oui, Mélenchon, franchement, et vous là-bas ? – Merci. – Mélenchon ou Macron, qu'est-ce que vous préférez ? – Mélenchon. – Ah, merci monsieur, merci, je lui dirai, ça va lui faire plaisir.
– Pour revenir à Saint-Martin-le-Cornu, certains disent, il est finalement très habile le Premier ministre, il fait parler l'Assemblée, il n'utilise pas le 49-3, il laisse les débats avancés, les propositions votées par des alliances parfois improbables à l'Assemblée, vous le trouvez comment ce Premier ministre ? – Bah, il fait ce qu'il peut pour survivre, comme tous les premiers ministres de la Terre, mais tout le monde n'a pas la chance incroyable
d'avoir un président qui nie le résultat des élections et qui nomme un gars qui ne devrait pas être là Premier ministre, et tout le monde n'a pas non plus la chance d'avoir un parti d'opposition qui vote pour vous, comme c'est le cas du PS pour monsieur Lecornu. Alors évidemment, c'est plus, vous savez, bon voilà, il est dopé quoi, hein, ce n'est pas son état normal, voilà ce que j'ai à dire de lui. – Les débats à l'Assemblée, vous les avez quand même suivis,
ces débats toute cette semaine, vous trouvez que c'est bien que l'Assemblée amende, fasse croquer à sa tombe de Chine ? – Ah bah oui. – Je ne vais pas dire le contraire, c'était ce que nous-mêmes on proposait de faire quand on a gagné le NFP les élections, on nous a dit comment vous comptez faire, on a dit on compte faire comme ça, on vient, on fait des propositions, l'Assemblée vote ou vote pas, mais je vous fais remarquer que ça fait déjà deux fois par exemple qu'on fait voter la taxe,
la taxe sur les multinationales, mais il faut que les gens comprennent bien, on n'est pas en train de les raqueter à la sortie de la messe, hein, on leur prend un impôt sur ce qu'ils font réellement comme bénéfice en France, c'est-à-dire on leur dit écoutez, vous allez payer comme tout le monde, et c'est-à-dire pas beaucoup pour ce qui est des grandes entreprises, ça fait deux fois qu'on fait voter ça, ça rapporte 26 milliards, donc c'est énorme, eh bien ça fait deux fois que l'Assemblée le vote
et que le gouvernement dit qu'il n'en veut pas, et que ça ne passe pas, donc vous voyez tout ça, il y a une part de comédie, parce qu'on vote des choses et ensuite elles ne sont pas appliquées, c'est surtout ça qu'il faut voir, donc monsieur Lecornu n'est ni plus, ni moins habile que monsieur Bayrou ou monsieur Barnet, il a juste un concours de circonstances qu'il favorise, et ce concours de circonstances c'est essentiellement le fait que les socialistes ont changé d'alliance,
ils sont passés de l'alliance avec nous à l'alliance avec monsieur Attal, ben c'est arrivé à tout le monde dans la vie de se faire avoir, eh ben c'est ce qui nous est arrivé les gars, voilà. – Ça justifiera pour vous des mesures de rétorsion municipales contre le socialisme ? – Mais non, nous on n'est pas dans… on n'en fait pas une affaire personnelle, on ne règle pas des comptes, ils ont dit qu'ils ne voulaient pas de nous, ni au premier, ni au deuxième tour,
ben qu'ils nous fassent confiance, ils nous auront ni au premier, ni au deuxième tour, voilà. Autre chose, bon moi ça me met de bonne humeur le marché, merci à vous en tout cas de votre journée, oui oui j'aime bien, mais là ce n'est pas les marchés de Paris qui sont plus bourgeois, c'est quand même vous n'avez qu'à voir les prix, ce n'est pas les mêmes, mais ce n'est pas les mêmes prix
Jean-Luc Mélenchon