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InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 11 juin 2024 27 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalInstitutions & électionsImmigration & asileSécurité

J-C Fromantin, Philippe Folliot, Thomas Snégaroff, Anne-Charlène Bezzina et Bruno Cautrè

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:16OuverteRéponse directe

    Comment organiser un scrutin en si peu de temps ?

  • 0:26OuverteRéponse directe

    Comment expliquer cette carte de France inattendue ?

  • 1:20OuverteRéponse directe

    Comment organiser un scrutin en 3 semaines ?

  • 1:33FerméeRéponse directe

    Est-ce que c'est prévu par notre droit constitutionnel ?

  • 1:49OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous vous attendiez à une telle progression du RN ?

  • 2:39RelanceRéponse partielle

    Vous avez du mal à expliquer ces votes RN ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:23Invité politiqueFait
    « Peut-être comme jamais un président de la République ne s'était engagé jusqu'à ce jour dans une élection européenne. »
  • 2:35Invité politiqueFait
    « Et que donc dans ce cadre-là, il y a un message sanction. »
  • 3:49Invité politiqueFait
    « le font un petit peu par dépit. »
  • 5:24Invité politiqueFait
    « l'abandon d'une politique d'aménagement du territoire va justement générer à la fois ce déclassement, ce délaissement et aucune perspective. »
  • 9:24InvitéChiffre
    « Il faut dire que la liste de Jordan Bardella a eu un écart de près de 17 points avec la liste de la majorité. »
  • 14:03InvitéFait
    « La question de l'immigration, la question de la sécurité qui est toujours là. »
  • 16:01InvitéFait
    « C'est en effet le délai le plus court qui a été laissé pour une élection législative sous la Vème République. »
  • 17:04InvitéFait
    « les législatives ont été très incertaines pour les Français. C'est-à-dire qu'il y a eu trois blocs qui se sont affrontés. »
  • 20:40Invité politiqueFait
    « Comment est-ce qu'on peut, en trois semaines, donner des réponses à ces enjeux ? On ne les donnera pas. »

Temps de parole

  • Présentateur25 %
  • Jean-christophe Fromantin16 %
  • Philippe Folliot16 %
  • Invité13 %
  • Invité 212 %
  • Invité 310 %
  • Auditeur4 %
  • Auditeur 23 %

1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

La suite de notre édition spéciale parce que la décision d'Emmanuel Macron annoncée hier soir aux alentours de 21h de dissoudre l'Assemblée nationale ouvre de très nombreuses questions. Comment organiser un scrutin en si peu de temps ? Quel est l'état d'esprit des électeurs ? Dans quel état d'esprit seront-ils dans trois semaines, dans un mois pour le second tour ? Comment expliquer cette carte de France inattendue, en tout cas dans ses proportions peut-être, avec un RN en tête dans quasiment tous les départements à l'exception de l'Île-de-France ? Voilà les questions que je vais poser à mes invités dans quelques minutes, que vous nous posez aussi, 01 45 24 7000.

Vous le faites également via l'application France Inter. J'accueille Jean-Christophe Fromantin et Philippe Folio. Bonjour à tous les deux. Jean-Christophe Fromantin, vous êtes maire indépendant de Neuilly-sur-Seine. Philippe Folio, vous êtes sénateur du Tarn. A priori, vous n'avez pas grand-chose à faire ensemble, mais vous aviez pour ambition de monter une liste pour ces élections européennes. Ça ne s'est pas fait. Et avant cela, vous avez parcouru la France à bicyclette, à vélo, à la rencontre des Français et de leurs élus.

Vous allez nous dire ce que vous avez ressenti en traversant le pays et si c'était peut-être annonciateur de ce que nous avons constaté hier soir dans les résultats de ces élections européennes. Nous sommes en ligne également avec Anne-Charlene Bézina. Bonjour. Bonjour. Vous êtes constitutionnaliste et vous allez nous expliquer comment on peut organiser un scrutin en aussi peu de temps, trois semaines, avant le premier tour de ces élections législatives. Est-ce que c'est prévu tout simplement par notre droit constitutionnel ? J'accueille également notre historien Thomas Négaroff. Bonjour Thomas. Bonjour Jérôme.

On va se balader aussi avec vous sur cette carte de France et nous allons aller avec vous en Bretagne, puisque pour la première fois le RN arrive en tête dans cette terre qu'on baptisait autrefois terre de conquête pour les troupes de Marine Le Pen. D'abord votre sentiment à tous les deux, Philippe Foliot, peut-être, sur les résultats d'hier soir. Est-ce que vous vous attendiez à une telle progression du RN ? Écoutez, c'est tout sauf une surprise. Y compris dans ces proportions.

2:02
Jean-christophe Fromantin

Écoutez, tout d'abord quand nous avons parcouru la France à vélo, mais moi aussi dans mon département, nous voyons poindre de la part de nombre de nos concitoyens un sentiment d'insatisfaction à deux niveaux. Un, sur la politique menée, et puis deux, il faut le dire, à l'égard du président de la République. Parce qu'il s'est fortement engagé dans cette campagne. Peut-être comme jamais un président de la République ne s'était engagé jusqu'à ce jour dans une élection européenne. À tel point qu'on pouvait presque se demander si ce n'était pas lui qui était candidat. Et que donc dans ce cadre-là, il y a un message sanction.

Qui a aussi ses origines par rapport, excusez-moi à certains égards, l'élection de 2022 ? Puisqu'en 2017, il y a eu une adhésion à Emmanuel Macron, en 2022, ça a été un rejet de Marine Le Pen au second tour. Et que donc dans ce cadre-là, le socle qui était le sien n'était assurément pas suffisant pour pouvoir faire de telle sorte que tout cela tienne pendant cinq ans. Et puis ensuite, il y a bien entendu dans les territoires un certain nombre d'interrogations. Moi je vois dans mon département, mais c'est aussi le cas dans nombre de départements de notre pays, il n'y a pas d'immigration, il n'y a pas de chômage, il n'y a pas de délinquance.

Et pour autant, le Front National, excusez-moi, arrive en tête. Et donc dans ce cadre-là...

3:29
Présentateur

Et ça vous avez du mal à l'expliquer.

3:30
Jean-christophe Fromantin

Mais il faut se poser un certain nombre de questions. Et puis surtout, il ne s'agit pas forcément de stigmatiser celles et ceux qui ont voté. Parce que s'il y a dans notre pays d'authentiques personnes qui sont vraiment d'extrême droite, mais la plupart de ceux qui votent pour, à l'occurrence hier, Bardella, le font un petit peu par dépit. Et puis c'est un vote qui est un vote d'un cri du cœur pour dire écoutez-nous, entendez-nous.

3:58
Présentateur

On va donner la parole à Victor qui nous appelle de Limoges. Bonjour Victor. Oui, bonjour monsieur.

4:03
Auditeur

Merci pour votre émission, merci pour mon appel. Alors rapidement, mais je vais vous dire, comme votre interlocuteur, je ne suis pas du tout surpris des résultats. Des résultats, c'est-à-dire, je regardais la carte sur France Info ce matin et je voyais surtout cette progression du Rassemblement National qui colle vraiment avec la misère, le déclassement et le chômage. Alors je ne connais pas particulièrement, je vous appelle de Limoges, mais je connais particulièrement bien en Picardie.

4:34
Présentateur

Limoges où le RN est arrivé en tête, Limoges qui a longtemps été une ville socialiste, je précise le contexte.

4:40
Auditeur

Oui, mais qui est déclassée aussi, parce que la bêtise de Hollande avec ses grandes régions, c'est terminé, là maintenant on n'a plus rien. Le jour où le grand s'en ira au niveau industriel, il n'y aura plus rien, il n'y aura plus de gares, il n'y aura plus rien, vous pouvez démonter tout. C'est-à-dire que c'est comme l'ascenseur social monsieur, c'est-à-dire que l'ascenseur social n'existe plus, il est démonté. On a tout enlevé, c'est-à-dire que vous restez en bas et voilà. Alors je pense que les élites parisiennes, il faudrait bien de sortir un petit peu du périphérique de Paname, comme on dit.

5:11
Présentateur

Merci à vous Victor pour ce témoignage. Je vais faire réagir Jean-Christophe Romantin, maire de Neuilly-sur-Seine. Vous êtes sorti du périphérique avec Philippe Folio, vous avez parcouru plusieurs centaines de kilomètres à vélo. Est-ce que vous avez perçu cette colère des Français ?

5:24
Philippe Folliot

Moi ça fait des années que je dis que l'abandon d'une politique d'aménagement du territoire va justement générer à la fois ce déclassement, ce délaissement et aucune perspective. Parce que finalement ce qui a été marquant dans notre traversée à vélo, c'est que les gens disent bon on peut comprendre qu'on ferme, qu'on ouvre ailleurs, qu'on modifie, etc. Mais il nous faut une armature, il nous faut une vision, il nous faut une visibilité, une lisibilité des politiques publiques.

5:47
Présentateur

Mais on ne fait plus du tout d'aménagement du territoire.

5:48
Philippe Folliot

Il n'y a plus rien, il n'y a plus aucune politique d'aménagement du territoire, non plus aucun repère. Et donc ce qui nous a marqué c'est que la plupart des maires de villes, de villages, de villes moyennes, mais aussi les entrepreneurs, les agriculteurs, ont l'impression non seulement d'être abandonnés, mais en même temps de ne pas avoir une feuille de route, de ne pas avoir un point d'accroche sur lequel ils peuvent espérer quelque chose. Et cette difficulté, je la ressens aussi dans les métropoles.

Parce qu'en fin de compte, on dit que c'est les territoires qui sont délaissés, mais quelle ambition on a pour les métropoles, si ce n'est d'agglutiner des millions et des millions de personnes en diminuant leur espace vital, on ne donne pas non plus dans les métropoles une perspective. Donc cette absence de vision de nos territoires, elle est une espèce de grand vide qui est offert aux populations, et c'est le principe de nos engagements politiques. Nos engagements politiques, c'est pour que les gens puissent finalement projeter un projet de vie.

Si on leur dit, écoute, je ne sais pas du tout comment on va organiser le pays, si on ne s'intéresse plus à la géographie, comment voulez-vous qu'ils projettent une perspective de vie, une perspective de bonheur ? Et je pense qu'il y a une énorme frustration qui s'est créée depuis des années, ça a démarré avant Macron, sur le fait finalement que notre géographie, qui est un atout considérable, une perspective aussi de projection, et n'est plus du tout... C'est la philosophe Simone Veil qui en 1942 répondait à De Gaulle à Londres, en disant « Mais comment relancer la France ? » Elle disait au général De Gaulle « Redonner aux Français à aimer la France.

» Mais la France tout entière, pas la France des métropoles, la France tout entière. Juste un point qui m'a surpris, moi, c'est l'adhésion à ce scrutin. Parce que le constat qu'on fait aujourd'hui, s'il y avait une petite participation, on aurait pu le relativiser. Le fait que le constat soit clair et que la participation soit forte, fait de ce moment un moment politique exceptionnel.

7:39
Présentateur

Participation en hausse par rapport à 2019, on est autour de 52% de participation. Hier, c'est Sylvie qui nous dit sur franceinter.fr « Ne faut-il pas rappeler que pour les Européennes, seulement 50% de la population a voté c'est donc loin de représenter la société française, nous dit-elle. » Bruno Cotteres, politologue, chercheur CNRS au CVPOF et prof à Sciences Po Paris, nous a rejoint. Bonjour M. Cotteres. Bonjour. Votre réaction à la carte de France qu'on a découvert ce matin, cette différence profonde entre les régions et Paris et l'Île-de-France ?

8:09
Invité

Oui, alors d'abord, ce qu'il faut remarquer, c'est effectivement la diffusion sur l'ensemble du territoire du phénomène Rassemblement National. Ce qu'on avait déjà constaté dans les élections nationales précédentes, en particulier la carte du premier tour de la présidentielle de 2022, où, rappelons-le, Marine Le Pen était arrivée en tête dans une très grosse majorité des communes. Donc on retrouve ici effectivement un phénomène très important, qui est la diffusion du phénomène Rassemblement National, du vote pour le Rassemblement National, dans des territoires qui ne sont plus seulement le sud-est et le nord-est du pays.

Alors effectivement, avec une grosse différenciation entre l'Île-de-France et le reste du pays. Mais ce qui reste le plus spectaculaire néanmoins, c'est quand même cette diffusion du phénomène et du vote Rassemblement National dans des territoires très différenciés, même s'il y a toujours un sous-bassement sociologique important.

9:06
Présentateur

Est-ce qu'on a déjà vu une carte aussi monocolore ?

9:09
Invité

Rarement, rarement. Le premier tour, à nouveau, de la présidentielle de 2022, quand on regardait effectivement la couleur pour le vote RN, c'était déjà quand même assez impressionnant. Mais là, effectivement, on a franchi un cap. Il faut dire que la liste de Jordan Bardella a eu un écart de près de 17 points avec la liste de la majorité, ce qui aussi était un phénomène qui, effectivement, était assez spectaculaire.

9:36
Présentateur

Je vais revenir vers vous, Bruno Crotteresse, dans quelques minutes pour parler des raisons à ce vote. Parce que Philippe Foliot, sénateur du Tarde, à l'instant, me disait « Moi, je suis dans un département, peu de chômage, peu d'immigration, peu de délinquance et vote Rassemblement National. » Donc, il nous faut interroger aussi les motivations. Mais puisqu'on était sur la carte avec vous, Bruno Crotteresse, restons-y avec Thomas Négaroff. Il s'est passé quelque chose d'historique hier. Thomas, on prend la direction avec vous de la Bretagne.

10:03
Invité

Oui, pour la première fois, en Bretagne, une liste d'extrême droite. Toute élection confondue domine un scrutin. Elle a rassemblé hier 25,58% des voix. Donc, c'est un événement historique dans une région qui a longtemps fait figure de bastions résistants au FN puis au RN. Et ce, malgré le fait tout de même que cette famille politique a un enracinement familial très local.

10:23
Locuteur non identifié

« Je pense que vous tenez à la Bretagne, mais est-ce que vous y tenez vraiment charnellement ? » « Oh, j'y tiens charnellement, physiquement, intellectuellement. Je suis de Bretagne, d'abord, bien sûr, et mon patriotisme est d'abord régional et provincial. Je suis de France, et puis je suis d'Europe aussi. »

10:44
Invité

Jean-Marie Le Pen et sa déclaration d'amour à la Bretagne en janvier 1973. Jean-Marie Le Pen, le borbianais né à la Trinité-sur-Mer. C'est d'ailleurs là qu'il se présente, dix ans plus tard, en décembre 1983, lors d'une législative partielle. Il obtient un bon score, 12%, qui ne lui permet pas de se maintenir au second tour, et même 51% chez lui à la Trinité-sur-Mer. Mais Le Pen a compris qu'il ne sera jamais prophète en son pays, la Bretagne. C'est pour ça qu'il choisira l'île de France et la région PACA pour ensuite se faire élire. Et cette résistance bretonne à l'extrême droite française devient une particularité, presque une exception.

Oui, cette exception bretonne, on la retrouve en particulier lors des élections présidentielles, et notamment le 21 avril 2002, jour d'histoire pour la Ve République, avec la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour, mais pas en Bretagne.

11:28
Locuteur non identifié

La Bretagne n'accorde toujours pas sa confiance à Jean-Marie Le Pen. C'est dans la région qu'il obtient l'un de ses scores les plus bas de France. Avec 11,81%, il progresse de moins de 2 points par rapport à 95. Seul le Morbihan, avec près de 14,9% des voix, a suivi la tendance nationale sur la percée de l'extrême droite.

11:46
Invité

Alors cet exceptionnalisme se poursuivra, malgré des signes de poussée du Rassemblement national, scrutin après scrutin, en 2022. Il y a deux ans, une éternité, au lendemain du second tour de la présidentielle, où le Front Républicain a permis à Emmanuel Macron, en Bretagne, de récolter deux tiers des voix face à Marine Le Pen. Dans le monde, on peut lire le portrait d'une, je cite, région historiquement hermétique aux idées de l'extrême droite. Alors comment l'explique-t-on ? J'emprunte ici les explications de l'historien Christian Beaujard, spécialiste de l'histoire contemporaine de la Bretagne.

Il pointe l'importance de la culture catholique, qui en a fait une terre d'élection de la droite conservatrice, avant une bascule au centre et à gauche, progressivement, à partir des années 60, sous la triple pression du catholicisme social, des syndicats chrétiens, mais aussi des combats culturels, régionalistes et écologistes. En 1974, la Bretagne vote encore largement Giscard. C'est fini. En 1981, ce rapide, très rapide panorama permet de mesurer le choc historique que représente l'arrivée du RN en tête hier. À coup sûr, les trois semaines de campagne seront intenses partout, mais très particulièrement en Bretagne.

12:46
Présentateur

Oui, on verra si ce vote fera figure d'exception, ou bien s'il sera confirmé lors des premiers et seconds tours des élections législatives. Merci Thomas Négarov. Bruno Cotteres, réaction ? La Bretagne, là encore, n'est pas une terre d'immigration. Quel est aujourd'hui le carburant qui permet au RN et à Jordan Bardella de dépasser les 30% ?

13:05
Invité

Il y a plusieurs types de carburant. Vous savez déjà, il y a effectivement un sentiment dans la France aujourd'hui, dans tout le pays, un sentiment, beaucoup de sentiments négatifs. Anxiété, angoisse, pessimisme, défiance politique, ce sont des sentiments que nous étudions beaucoup dans nos enquêtes. À Sciences Po, c'est Vipof. Le tableau qui en ressort est généralement assez impressionnant de voir un pays qui n'a pas le moral, un pays qui ne va pas bien globalement. On le voit dans d'autres données, les données de Santé publique France aussi, qui montrent la santé mentale, le moral des Français. Ça ne va pas très, très fort. Et donc là, il y a un élément très important.

Et puis, un deuxième élément, le deuxième mandat d'Emmanuel Macron n'est pas arrivé à incarner pour le moment. Quelle direction veut prendre le président au bout de ces cinq ans, qui feront maintenant dix ans aussi à l'issue de son deuxième mandat. Il y a un sentiment un peu de confusion, voilà, de confusion. On ne sait plus bien où nous sommes, où est-ce qu'on va exactement. Et puis, alors, il y a d'autres carburants qui nourrissent le vote pour le Rassemblement national. La question de l'immigration, la question de la sécurité qui est toujours là. Et puis, le pouvoir d'achat.

Marine Le Pen, à la présidentielle de 2022, est arrivé à capter une attente sur la question de la vie chère, du pouvoir d'achat et du sentiment que tout est devenu hors de prix. Et la combinaison de tout ceci, eh bien, explique le résultat d'hier, malgré une implication très forte, très forte de l'exécutif, tant du Premier ministre que du Président de la République, sur des thèmes sur lesquels ils jouaient à domicile, c'est-à-dire leur thème à eux, la question de l'Europe.

14:35
Présentateur

Dernière question, Bruno Cotteres, après je vous libère, et ça va nous permettre de basculer sur les élections législatives. Des électeurs qui ont choisi hier, Jordan Bardella, Raphaël Glucksmann ou d'autres, Valérie Ayet, peuvent-ils changer de choix en quelques semaines ? Est-ce que ça s'est déjà vu ?

14:53
Invité

Alors, ça se voit parce que les électeurs sont un peu moins fidèles à leur parti. Par contre, ils sont assez fidèles quand même globalement à leur camp idéologique. Mais à l'intérieur de ça, il peut y avoir de la mobilité d'un candidat à l'autre.

Mais on voit bien quand même qu'en quelques semaines, il serait quand même étonnant que quelque chose soit totalement bouleversé et qu'en quelques semaines, des électeurs qui ont voté Jordan Bardella hier, d'un seul coup, soient convaincus d'aller voter pour d'autres candidats ou que des électeurs qui ont voté pour les listes, par exemple, de Raphaël Glucksmann, de la France Insoumise, des écologistes, d'un seul coup, votent pour des candidats issus de la Macronie. On voit que ça va être en tout cas très compliqué pour l'exécutif.

15:38
Présentateur

Merci Bruno Cotteres pour cet éclairage en direct dans ce 13-14. Politologue, chercheur, CNRS au Cévis. Merci d'avoir accepté notre invitation. Anne-Charlène Bézina est avec nous. Je rappelle que vous êtes constitutionnaliste. Il faut maintenant organiser ces élections. Anne-Charlène Bézina, trois semaines seulement, c'est extrêmement court. C'est l'un des délais les plus courts que l'on ait vu sous la Vème République. Peut-être le plus court d'ailleurs.

16:01
Invité

Oui, c'est en effet le délai le plus court qui a été laissé pour une élection législative sous la Vème République. Et c'est le jeu de la dissolution, même si le président Macron a choisi la fourchette la plus courte, c'est-à-dire l'article 12 de notre Constitution laisse au président entre 20 et 40 jours pour l'organisation des élections. Et là, on sera plutôt sur les 20 que sur les 40. Donc c'est vraiment le timing le plus court qui a été choisi. Alors, il y avait un dimanche 14 juillet, un dimanche de départ en vacances ensuite et le dimanche des JO. Donc c'est vrai que le calendrier était quand même relativement contraint. Mais c'est l'annonce de la dissolution.

C'est le décret de dissolution signé par le président qui a lancé le compte à rebours. Donc on aurait pu évidemment imaginer que le président décale cet effet d'annonce. Je voudrais peut-être revenir un peu sur ce qui a été dit sur le contexte. C'est vrai qu'il ne faut pas oublier que la dissolution, en réalité, depuis 2002, elle est en germe. Depuis 2022, je veux dire, elle est en germe. C'est-à-dire que les législatives ont été très incertaines pour les Français. C'est-à-dire qu'il y a eu trois blocs qui se sont affrontés, extrême droite, extrême gauche et extrême centre. Et tout ça a conduit, en réalité, les Français à un sentiment de déclassement.

C'est-à-dire que la manière dont l'Assemblée nationale a travaillé jusqu'à présent n'a pas permis la confrontation de la diversité des idéaux à laquelle les Français s'attendaient. Donc au fond, il y a un énorme sentiment de frustration.

17:27
Présentateur

Pourtant, on a dit il y a deux ans que l'Assemblée reflétait les courants politiques qui traversent le pays. On a souvent fait reproche à la Ve République de ne pas représenter, c'est tout le débat autour de la proportionnelle, de ne pas représenter les courants politiques français. Là, ils étaient représentés. Et on a aussi dit ça il y a deux ans.

17:42
Invité

Mais précisément, je crois qu'en effet, ce sont plutôt les acteurs politiques qui ne se sont pas saisis du message des Français. C'est-à-dire que ces derniers ont eu besoin de diversité et de confrontation des idées. Mais au final, le débat au sein de l'Assemblée nationale soit a été très dirigé par le gouvernement, soit a tourné à la cacophonie. Et donc, ce message finalement d'entente, de retour à une proportionnelle, puisqu'on a eu un résultat digne de proportionnelle dans un scrutin majoritaire, n'a pas été entendu.

Et je pense que c'est ce ras-le-bol-là qu'on entend dans les urnes des européennes, c'est-à-dire une suite de la crise des retraites, de la crise de l'immigration, dans laquelle, en fait, les Français ne se retrouvent plus.

18:19
Présentateur

Et précisément, hier soir, Philippe Foliot, dans ses mots, le président de la République a fait référence à ce désordre parlementaire. Il a dit la fièvre. La fièvre à l'Assemblée nationale. Est-ce qu'en discutant avec les Français, quand vous avez traversé la France ces derniers mois, il y avait ce ressentiment un peu de ce qui se passait à l'Assemblée nationale ? Est-ce que ça venait dans les discussions ? Manifestement, le président de la République, lui, l'a perçu. Ça lui a été dit, notamment la semaine dernière, en Normandie.

18:43
Jean-christophe Fromantin

C'est une réalité. Et je crois qu'il y a une grande part de responsabilité aussi, à certains égards, de la France insoumise, qui, par ses outrances, à bien des égards, a permis de notabiliser le Rassemblement national avec tout ce que cela représente. Et Mélenchon et toutes ses équipes ont été, à certains égards, des vecteurs de notabilité, donc, pour le Front national. Moi, je crois qu'il y a maintenant une nouvelle situation politique telle que nous ne l'avons jamais connue sous la Ve République.

19:16
Présentateur

Vous vous êtes dit quoi hier soir ?

19:17
Jean-christophe Fromantin

Que ceci nous oblige à prendre nos responsabilités et à essayer de faire de telle sorte de reconstruire, de reconstruire notre édifice, y compris le socle sur lequel nous appuyons, à partir des territoires. Tout à l'heure, votre auditeur a fait une référence qui me paraît tout à fait justifiée, tout à fait adéquate à la loi NOTRe. C'est-à-dire, finalement, cette loi a imposé le regroupement des régions, le regroupement des communes dans des intercommunalités où nos concitoyens ne se retrouvaient plus, parce que nous n'étions plus dans les schémas des bassins de vie quotidiennes.

Et quand on additionne cela avec d'autres irritants, je pense aux zéro artificialisation net, qui ne manquent pas de poser des difficultés au cœur de nos territoires, eh bien, les élus et nos concitoyens ne s'y retrouvent plus. Alors, il y a bien entendu tous les autres enjeux, nous vous en avez parlé, les enjeux migratoires et autres. La dette, dont on ne parle pas, qui est un facteur d'angoisse aussi pour nombre de nos concitoyens, eh bien, tout ceci amène ce résultat. Fallait-il pour autant dissoudre Jean-Christophe Fromentin ?

20:26
Présentateur

Qu'est-ce que vous avez dit hier soir quand vous avez entendu le président de la République annoncer cette dissolution ?

20:31
Philippe Folliot

Ce que je me suis dit, c'est que, compte tenu des enjeux énormes, on a un enjeu économique, on a un enjeu territorial, on a un enjeu de politique énergétique, on a des grands enjeux. Comment est-ce qu'on peut, en trois semaines, donner des réponses à ces enjeux ? On ne les donnera pas. On va avoir une campagne épidermique d'alliance contre nature pour sauver sa peau, d'éléments de langage précipités. On n'aura pas ce dont la France a besoin, c'est-à-dire poser un moment, vous l'avez dit aussi sur le travail parlementaire, les grands enjeux et se donner un peu de temps pour proposer une offre politique nouvelle.

Et quand, avec Phil Folio, on annonce que c'est à partir des territoires d'en bas qu'il faut reconstruire quelque chose, il ne faut pas se leurrer, ça ne se fera pas en trois semaines. Il faut viser une temporalité qui est peut-être celle des municipales, mais il faut absolument ouvrir une offre politique nouvelle. Et je voudrais ajouter quelque chose qui m'a beaucoup choqué depuis que Macron a lancé ça, c'est les conventions citoyennes. C'est-à-dire que les conventions citoyennes détournent aussi l'Assemblée des grands enjeux sur lesquels elle peut débattre.

C'est bien d'avoir une vraie représentativité au Parlement, mais encore faut-il nourrir les parlementaires de matières à débattre qui ne soient pas que les modalités, qui soient aussi les grands sujets de fond.

21:40
Invité

Thomas Négaroff ? Sur l'histoire de la dissolution, on est effectivement dans des eaux, et là je rejoins nos invités, totalement inédites. C'est la sixième dissolution de l'histoire de la Vème République, la première fois que ça se passe après un échec électoral. Donc déjà, on n'a jamais vu ça. La référence, à mon avis, qu'Emmanuel Macron a en tête, c'est la dissolution, non pas de Mitterrand en 81, non pas de celle de Mitterrand en 88, non pas, heureusement, j'espère pour lui, celle de Chirac en 97, c'est celle de 68 du général de Gaulle. Vous avez évoqué la fièvre, l'idée du général de Gaulle, le pari, c'est de dire, ok, on va devant les urnes, on va voir qui est majoritaire dans le pays.

Et face au désordre, les gens ont donné la plus forte majorité de... Ça a plutôt bien marché. A court terme, parce qu'à moyen terme, il a quitté le pouvoir. Mais à court terme, c'était la plus forte majorité jamais obtenue par le pouvoir gaulliste depuis son retour au pouvoir, dix ans plus tôt. Il y a certainement de cette idée-là, mais ça veut donc dire qu'Emmanuel Macron considère qu'il y a un désordre et que les gens vont aller vers l'ordre et qu'il incarne l'ordre. Là, c'est un pari.

22:32
Présentateur

Alors, trois semaines, c'est très court avant ce premier tour. Très court aussi pour ceux qui n'ont peut-être pas voté aux élections européennes, mais qui voudront le faire pour les législatives. Bonjour Emmanuelle.

22:41
Auditeur

Bonjour, oui. Alors moi j'avais deux questions. Vous appelez de Toulouse. Exactement, deux Toulouse. J'ai deux questions. La première question, c'est celle que vous venez d'évoquer, c'est-à-dire quid des gens qui n'étaient pas en fait sur les listes électorales. Nous, on a voté hier, mais pour tous ceux qui, aujourd'hui, enverraient l'enjeu, est-ce qu'ils ont le temps de se réinscrire ? Est-ce qu'il y a un accompagnement de ça ? Voilà, c'est ma première question. La seconde, j'écoutais M. Ruffin et Fort ce matin avec M. Demorand. M. Demorand qui insistait très, très vivement sur oui, mais qui, quelle personne, etc. Donc ma question est la suivante.

Pourquoi toujours une personne en tête de liste, surtout pour ce type d'élection législative, pourquoi est-ce qu'on ne peut pas avoir en tête de liste une collégiale, en fait, une équipe de personnes, en disant que c'est nous quatre, par exemple, les quatre se sont décidés ce matin.

23:34
Présentateur

Merci Emmanuel pour cette question, pour avoir bien écouté l'échange de ce matin. La question était qui comme premier ou première ministre ? Et là, il faut bien désigner un candidat, mais je vais vous faire réagir autour de la table. D'abord, peut-être Anne-Charlène Bézina, inscription sur les listes électorales quand on n'est pas inscrit ?

23:50
Invité

Alors, a priori, le délai, c'est le ministre de l'Intérieur qui le fixe, mais je crains que ce ne soit en effet un petit peu tard, puisque, a priori, vu la précipitation dans laquelle seront organisées ces élections législatives, il est fort peu probable qu'un délai soit laissé pour des inscriptions dérogatoires, même si c'est arrivé qu'on le fasse très rapidement. Donc, ça, c'est le ministère de l'Intérieur qui le décidera sûrement dans une circulaire. Et pour la deuxième question, alors, en réalité, il n'y a pas vraiment de chef sur une élection législative.

C'est 577 petites élections dans toutes les circonscriptions cantonales de France qui vont être amenées à désigner un député et son suppléant. Et la question de savoir si on pourrait avoir un premier ministre collégial, c'est-à-dire plutôt une équipe, ça, ça s'est posé. Ça n'est en effet pas la coutume française, mais il nous faut bien un premier ministre. Mais ça ne serait pas contraire à la Constitution ? Alors, il nous faut un premier ministre, mais ce dernier pourrait tout à fait choisir de gouverner de manière plus ou moins collégiale avec une équipe, en tout cas désigner son gouvernement comme une forme de coalition agrandie.

Oui, ça serait possible, mais il nous faut un premier ministre. Ça, la Constitution nous l'impose.

24:57
Présentateur

On a énormément de questions via franceinter.fr autour des abstentionnistes. Un peu moins de 50% d'abstentionnistes hier. Est-ce que ça peut changer la donne dans la perspective des élections législatives, Philippe Foglio ?

25:09
Jean-christophe Fromantin

Oui, pour une bonne et simple raison. C'est que si ma mémoire ne me fait pas défaut aux dernières élections législatives, nous avions presque 70% de taux de participation. Donc, si nous avons 20% de nos concitoyens supplémentaires et qui se déplacent, ça peut changer les choses. Et puis ensuite, jamais rien n'est sûr en matière politique. Et il y aura aussi un deuxième aspect. C'est peut-être un aspect correctif entre les deux tours, qui pourra jouer, comme ça a été le cas sur des précédentes élections législatives.

Pour l'inscription des listes électorales, juste un point qui est d'ordre technique, mais tous nos jeunes concitoyens qui vont avoir 18 ans d'ici le premier tour, eux seront inscrits automatiquement sur les listes électorales.

25:51
Présentateur

Ça, c'est pour les plus jeunes. Mais ça ne vaut pas pour tout le monde. Sur la possibilité que le rapport de force, Jean-Christophe Framontin, évolue en trois semaines.

25:58
Philippe Folliot

Je vous sens extrêmement sceptique. Oui, parce que trois semaines, c'est encore une fois très court pour proposer une nouvelle offre. Le deuxième élément, c'est que c'est des dates qui correspondent quand même à des départs en vacances et qui ne sont pas faciles. On témoigne simplement nos difficultés dès hier soir à constituer des bureaux pour les prochaines élections. Ça dit beaucoup, puisque ça nous fait un test grand en nature de la présence ou pas des uns et des autres. Et puis, je crois, vous voyez, que sur la collégialité ou sur l'incarnation, moi je crois que ce qui est bon en revanche, c'est que les élus locaux s'impliquent, s'engagent.

Parce que le seul fil de confiance qui reste dans notre système aujourd'hui, ce sont les acteurs locaux. Ceux qu'on peut toucher du doigt, à qui on peut poser des questions, etc. Donc pour moi, cette élection, elle ne marchera, elle ne susciterait une adhésion que s'il y a une forte mobilisation des élus locaux pour dire qu'on en a assez de ce centralisme. Que vous êtes. Voilà, il y en a bien d'autres. Mais pour dire, voilà, c'est à nous finalement aussi d'être médiateurs dans ce futur scrutin.

26:54
Présentateur

Merci à tous les deux d'avoir participé à ce 13-14. Merci à Anne-Charlène Bézina et à Bruno Cotteres de nous avoir éclairés. Merci également à Thomas Négarov. Vous parliez de la participation dernière législative, Philippe Folliot. Elle était très faible, 47,5% au premier tour, 46% au second. Donc il y a eu un rebond aux élections européennes hier. On verra ce qu'il en est dans les semaines qui viennent. On verra ce qu'il en est dans les semaines.