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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 30 avril 2021 26 min

Professeur Philippe Juvin : "On va déconfiner avec des chiffres moins bons que quand on a confiné"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Nicolas Demorand, le 7-9. Les maires de trois villes de France dans le grand entretien de France Inter ce matin, on va analyser avec eux le plan de déconfinement de la France, annoncé hier par le président de la République dans un entretien à lire, je le rappelle ce matin, dans les journaux de la presse quotidienne régionale. Question, réaction, 01-45-24-7000, réseaux sociaux et applications mobiles de France Inter. Je salue Isabelle Assis, bonjour, vous êtes là en duplex, maire de Quimper, c'est très bien, on est très heureux de vous avoir au micro d'Inter ce matin.

Ici en studio, Philippe Juvin, bonjour, maire LR de la Garenne-Colombe dans les Hauts-de-Seine, on vous connaît aussi évidemment comme chef des urgences de l'hôpital européen, Georges Pompidou. On poursuit ce tour de table avec Cécile Gallien, bonjour. Bonjour. Vous êtes maire, on vous entend parfaitement, LREM de Voré en Haute-Loire et vice-présidente de l'Association des maires de France, l'AMF. Merci une fois encore à tous les trois d'être à notre micro. Alors ces annonces, vous les avez entendues dans les journaux ce matin, je vous les redonne à très grand trait.

Quatre étapes du 3 mai au 30 juin au fil des semaines et avec des jauges progressivement allégées, rouvriront commerce, terrasse, lieux culturels, équipements sportifs, restaurants en intérieur. Le télétravail sera très progressivement assoupli. Les heures de couvre-feu seront-elles repoussées jusqu'au 30 juin, date à laquelle le couvre-feu disparaîtra. Alors rapidement, pour commencer, une même question à tous les trois. On commence avec vous Cécile Gallien, vous depuis Voré, 1500 habitants, vous qui avez participé à ces rencontres en visioconférence organisées par Emmanuel Macron avec des maires de France. Ce calendrier vous satisfait-il, vous semble-t-il pertinent et tenable ?

2:03
Cécile Gallien

Écoutez, oui, d'abord c'est une lueur d'espoir, un vent de liberté que nous les maires nous avions demandé. Et cette réouverture, elle est progressive. Les étapes, l'étape essentielle pour moi c'est le 19 mai où le couvre-feu est un petit peu décalé. Surtout il y a la réouverture des commerces, des musées, des cinémas, des activités sportives. Et puis progressivement le 9 juin, les cafés, les restos et la possibilité de faire des festivals. Et la saison touristique est absolument économiquement indispensable pour nous. Je voudrais dire quand même que tout ça dépend bien sûr de la co-responsabilité de nous tous, des maires, mais aussi des habitants.

Et le frein qui pourrait être donné au département qui dépasserait les 400 en taux d'incidence est une chose que les citoyens doivent intégrer aussi.

2:53
Présentateur

Donc il y a un principe de responsabilisation. On va venir évidemment à la question de ce taux d'incidence de 400 qui pourrait marquer une réversibilité du déconfinement. Dans le Finistère, le taux d'incidence est de 89 pour 100 000 personnes. La moyenne en France c'est 289, à Paris c'est 420. Je donne ces chiffres car la situation sanitaire chez vous est bel et bien sous contrôle, Isabelle Assis. Alors estimez-vous avec ce plan avoir la visibilité nécessaire pour les semaines qui viennent ? Ou regrettez-vous que Quimper soit logé à la même enseigne que Paris ?

3:30
Isabelle Assih

Alors j'aurais une réponse un petit peu mitigée si vous me le permettez.

3:34
Présentateur

Bien sûr.

3:35
Isabelle Assih

Tout d'abord je pense qu'effectivement le fait d'avoir une visibilité là sur le déconfinement, c'était très attendu et je ne peux que m'en réjouir. On a besoin de visibilité notamment par rapport à la reprise de la saison touristique. Nous sommes Quimper en Bretagne, un superbe pays, pays de Cornouailles. Et c'est vrai que les acteurs du tourisme, notamment l'hôtellerie, restauration, cafetiers, ont besoin de préparer cette reprise notamment du côté des salariés.

Maintenant ma réponse est un petit peu mitigée parce qu'avec un taux d'incidence, vous l'avez dit, de 89 sur 100 000, on aurait pu penser avoir une approche territoriale puisqu'il faut quand même être prudent dans le cadre de cette reprise. Si on avait une approche territoriale telle que ça a été demandé par le président de la région Bretagne, eh bien on avait la possibilité d'expérimenter et de voir les jauges.

4:25
Présentateur

Être le laboratoire du déconfinement. C'est ça ce qui avait été proposé par le président de la région.

4:31
Isabelle Assih

Exactement. Et je pense que ça aurait été vraiment à la fois bien entendu, bien compris par la population, parce qu'il est normal d'avoir des réponses différentes en fonction du taux d'incidence qui est extrêmement différent d'une région à l'autre. Et en même temps, ça pouvait rassurer les professionnels de la santé qui disent attention tout le monde en même temps, ça peut comporter des risques. Donc c'est mon petit bémol, mais en tout cas une lisibilité qui était très très attendue.

4:58
Présentateur

On va revenir évidemment à la question du tourisme, de l'économie et des vacances. Philippe Juvin, on poursuit et termine ce tour de table avec vous. La question, je la pose non pas au chef des urgences de l'hôpital européen Georges Pompidou, mais au maire LR de la Garenne-Colombe. Les deux mois qui viennent, le plan de déconfinement, ça vous semble aller dans le bon sens ? C'est la bonne dynamique, le bon tempo ?

5:24
Philippe Juvin

Non mais d'abord, je crois que tout le monde en a assez d'être confiné, donc on est tous contents d'avoir un plan de déconfinement. C'est un soulagement. En revanche, il faut quand même avoir en tête que, d'abord la situation est très hétérogène en France, ça c'est le premier point, le maire de Quimper a raison de le souligner. Et deuxièmement, on va déconfiner avec des chiffres moins bons qu'au moment où on a confiné. Il faut bien comprendre que la situation aujourd'hui n'est pas bonne. On avait 4200 patients en réanimation en France quand on a confiné il y a un mois et demi, 4200, et là on est à presque à 6000.

Donc, nous, le sentiment qu'on a, et je ne peux pas ne pas parler avec une casquette de médecin, pardonnez-moi, mais parce que je suis aussi médecin, c'est que les conditions du déconfinement se font un peu à l'aveugle. On a un peu l'impression qu'il faut déconfiner parce que tout le monde déconfine, mais ce que je vous dis est très simple, c'est qu'aujourd'hui nos conditions ne sont pas bonnes.

6:17
Présentateur

Mettez les deux casquettes, si c'est possible, est-ce que le maire peut se réjouir et le médecin s'inquiéter ?

6:23
Philippe Juvin

D'abord, moi je suis là pour vous dire les chiffres, je ne suis pas là pour vous donner des sentiments. En tant que maire, je me satisfais bien sûr de voir des commerces à ouvrir, mais en tant que maire, je m'inquiète aussi de voir une population qui peut tomber malade. Regardez, en France, on doit avoir environ 300 morts tous les jours. En Grande-Bretagne, qui déconfine, c'est un peu notre modèle de tout le monde, il y a 20 morts tous les jours. Donc voyez la différence entre un pays, la France qui est à 300 morts tous les jours, et la Grande-Bretagne avec une population moins importante, 20 seulement. Non, la situation aujourd'hui n'est pas très claire.

Et en plus, les indicateurs qu'on nous donne pour le déconfinement, j'espère qu'on va en parler, sont des indicateurs qui sont très peu robustes et qui sont très imparfaits parce que 400 pour 100 000, ça représente, que les Français comprennent, ça représente 38 000 nouveaux cas par jour à l'échelon national. 38 000 nouveaux cas par jour. Au mois de décembre, le Président de la République avait dit on déconfinera pour le mois de décembre si on est à 5 000. Donc vous voyez qu'on a dégradé nos exigences de déconfinement. Le Président exigeait, il avait raison, 5 000 nouveaux cas seulement au mois de décembre pour déconfiner. Et là, finalement, on n'exige plus que 38 000 nouveaux cas.

Mais qu'aurait-il fallu faire, Philippe Jouvin ? Ne pas déconfiner ? Non mais d'abord, je crois, tout le monde le sait, c'est qu'on a perdu beaucoup de temps entre janvier, février et mars où on aurait pu aller... Le part de mai-juin, là ? Oui, oui, oui. Non mais je vous dis, qu'est-ce qu'on aurait dû faire ? On a perdu du temps et donc on est en train de le payer. Ce qu'il faudrait faire, c'est d'abord, c'est très clairement accélérer la vaccination, ce qu'on ne fait malheureusement pas suffisamment. Et puis, surveiller les variants, ce qu'on ne fait pas aussi, on surveille très peu les variants en France. Et puis, déconfiner, je pense, comme le maire de Quimper, différemment.

Donc, typiquement, dans une région où il y a peu de cas, on peut y aller. Dans une région où il y a beaucoup de cas, c'est très périlleux.

8:13
Présentateur

Cécile Gallien, comment voyez-vous ces mesures de réversibilité dont parlait Philippe Jouvin à l'instant ? En cas d'incidence supérieure à 400 pour 100 000 habitants, de tension à l'hôpital, d'affolement des courbes épidémiques, qu'à ce moment-là, le déconfinement est gelé, là où on aura ce scénario-là. Est-ce, selon vous, une bonne chose ?

8:35
Cécile Gallien

Écoutez, moi, je suis sur un département, d'abord, où je voudrais rendre hommage aux médecins, à tous les gens et aux maires. Nous, on a recensé tous les plus de 75 ans dès le mois de janvier. Aujourd'hui, ils sont tous vaccinés. On a créé des centres de proximité. J'ai eu le directeur de l'hôpital hier encore au téléphone. On est dans une situation un peu quand même risquée, puisqu'on est à 381 en taux d'incidence. On est un département rural, mais on est proche de la Loire, qui est un département plutôt urbain. Donc nous, il faut qu'on fasse très attention à tout ceci. C'est pour ça que j'en appelle à la co-responsabilité des gens.

Aujourd'hui, on a vacciné 30% de la population du département, ce qui est énorme. On a vacciné énormément de plus de 60 ans. On est là, nous les infirmiers, nous les médecins généralistes sur nos territoires, les centres de vaccination, on est là pour accélérer ces vaccinations. L'année dernière, nous n'avions pas de vaccins. Cette année, nous en avons. Alors évidemment, il faut accélérer à toute allure cette vaccination. Après, on est capable, je pense, avec les restaurateurs, avec les petits commerçants qui gèrent les flux, qui gèrent ces gestes barrières, d'ouvrir progressivement, de mettre des demi-jauges. Voilà, nous sommes des gens pragmatiques.

Nous sommes en liaison avec les hôpitaux, nous connaissons les chiffres. Nous sommes là aussi les maires pour responsabiliser nos populations. Donc je pense qu'il faut à la fois gérer l'humain, le vivant, la vie, le lien social, les Français veulent ceci aujourd'hui, et bien évidemment penser aux soignants, aux hôpitaux et aux risques. Voilà, mais je pense qu'il fallait annoncer ce plan progressif de réouverture.

10:17
Présentateur

Oui, pour avoir au moins une perspective. Isabelle Assis, comment se passe la vaccination à Quimper ? Philippe Juvin disait qu'il fallait absolument accélérer, monter en puissance. 15 millions de Français ont reçu une première dose à l'heure où l'on parle, un peu plus de 15 millions. Chez vous, vous la mesurez aussi, cette montée en puissance ?

10:38
Isabelle Assih

Oui, oui, oui, tout à fait. On la mesure, c'est vrai que dans le département du Finistère, on vaccine plutôt bien. Vous m'entendez toujours ?

10:47
Présentateur

Parfaitement.

10:49
Isabelle Assih

Ah oui, excusez-moi. Donc je disais qu'on vaccine plutôt bien. Je suis d'accord avec ma collègue qui vient de j'exprimer. Tout le monde est prêt sur les territoires à organiser et accélérer les possibilités de vaccination en créant de nouvelles files. Pour autant, vous voyez, ce qui nous manque un peu dans cette collaboration, non pas avec les services de l'État parce que vraiment tout le monde coopère, ce qui nous manque, c'est de pouvoir un peu d'avoir des initiatives. Il y a quelque chose qui m'inquiète actuellement et qui mobilise tous les maires, notamment de l'agglomération, parce que je suis également présidente de l'agglomération.

Ça va être l'organisation du scrutin des élections régionales et départementales du mois de juin. Tout le monde dit qu'il est temps d'accélérer d'une manière ciblée pour que ce soit les élus, que ce soit les assesseurs, que ce soit les professionnels, les agents des collectivités, tout le monde soit vacciné suffisamment tôt. Et là, il n'y a pas de plan. Vous voyez, donc, d'un côté, on vaccine davantage, c'est une réalité, mais sur les publics cibles, je trouve que ça manque de lisibilité et j'attends un petit peu plus d'aller-retour avec l'État.

11:52
Présentateur

Philippe Juvin, le débat ou la polémique s'est déroulée ces derniers jours, faut-il ouvrir la vaccination à tous, indépendamment des classes d'âge qu'il organise jusqu'à présent ?

12:03
Philippe Juvin

D'abord, je pense que le gouvernement a eu raison d'avoir des priorités. D'abord, vacciner les plus fragiles, c'était très bien. Maintenant, je pense qu'on entre dans une deuxième vague de vaccination où il faut être très pragmatique. Moi, par exemple, dans ma commune, j'ai vacciné tous les enseignants, quel que soit leur âge. Pourquoi ? Comment d'abord ? Eh bien, en ne prenant pas une dose à quelqu'un d'autre, mais en utilisant les doses d'annulation, il y a des gens qui annulent, ou les septièmes doses quand on arrive à tirer du flacon une septième dose.

Donc, il faut être très pragmatique et se dire que dès qu'une dose n'est pas utilisée par une population cible officielle, entre guillemets, il faut immédiatement l'injecter à n'importe qui, quel que soit l'âge. Parce qu'encore une fois, la manière de s'en sortir, c'est de vacciner massivement 24 heures sur 24 et de 7 jours sur 7, idéalement.

12:48
Présentateur

Est-ce qu'il faut, selon vous, on entend la proposition dans l'entourage de Valérie Pécresse, donner plus de vaccins aux régions où l'incidence est plus forte ?

12:57
Philippe Juvin

Alors, très clairement, c'est frappant de voir que, par exemple, la région Île-de-France, mise à part Paris, qui est un cas particulier, en région Île-de-France, il y a un taux de vaccination qui est moins important que dans le reste général de la population, alors que nous avons un taux d'incidence de la maladie qui est le plus élevé. Donc, c'est vrai un paradoxe. Moi, je pense qu'il faut des stratégies, il faut plus s'appuyer sur les mers. Il y a encore des communes où il n'y a pas de centre de vaccination. Bref, il y a un coup d'accélération à faire de façon agile, là où il y en a le plus besoin.

Et là où il y en a le plus besoin, c'est là où la maladie tape le plus, par exemple, en région Île-de-France.

13:32
Présentateur

On se rapproche de l'été, des grandes vacances. Vous le disiez, Cécile Gallien, d'un mot tout à l'heure. On sait qu'elle se prépare aujourd'hui. Réservation, location, déplacement, activité culturelle. Dites-nous, à Quimper, Isabelle Assis, comment va se passer le réveil de tout ce tissu économique qui comprend autant les commerces que les hôtels, les cafés, les restaurants ? Dans quel état est l'outil, si j'ose dire ?

13:58
Isabelle Assih

D'abord, je pense que les professionnels du tourisme sont prêts. Ils sont prêts avec cette petite limite que les salariés, pour certains, sont partis dans d'autres domaines d'activité professionnelle. Donc, je pense que le point de tension sur lequel il va falloir être attentif, c'est la possibilité d'avoir les salariés ad hoc au moment où on déconfine. Ensuite, du côté, par exemple, de la ville de Quimper, on est prêts à mettre nos terrasses. Et d'une manière gratuite, on va exonérer, on va continuer l'exonération des terrasses et on va l'étendre jusqu'à la fin de l'année 2021.

Non seulement on va étendre cette gratuité dans le temps, mais on va donner toujours la possibilité aux restaurateurs et aux cafetiers.

14:43
Présentateur

Ah, là, on a un petit problème de liaison. Vous avez dû bouger votre téléphone, Isabelle Assis. Le temps qu'on vous retrouve, je donne la parole à Cécile Gallien sur l'état du tissu économique chez vous au moment, à la veille, disons, des grandes vacances, à deux mois des grandes vacances.

15:01
Cécile Gallien

Alors, c'est vrai que sur l'aspect touristique, même chose. Nous allons aussi, comme nous l'avons fait l'année dernière, ne pas faire payer les terrasses. Moi, je suis maire d'une petite commune, Boursentre, mais on a aussi des bars. Sur les villages de vacances, campings, Égypte de France, on s'aperçoit qu'il y a beaucoup de réservations, et notamment du tourisme à la campagne. L'Égypte de France, c'est plus de 25% de réservations par rapport à l'année dernière. L'année dernière, on a eu une belle saison touristique avec beaucoup de Français. Et cette année, avec le pass sanitaire qui est annoncé, on pourra aussi accueillir des touristes étrangers.

On a beaucoup de Hollandais, de Belges, etc. Donc, je pense qu'on va avoir une aussi belle saison touristique, voire plus belle, que l'année dernière.

15:44
Présentateur

Les touristes étrangers peuvent effectivement être accueillis en France avec un pass sanitaire à partir du 9 juin. Philippe Juvin, le pass sanitaire, ça peut permettre de sauver la saison touristique, en plus d'un certain nombre de pans massifs de l'économie ?

16:01
Philippe Juvin

C'est absolument indispensable qu'on ait un pass sanitaire qui nous permette à la fois de profiter d'activités en France. On a parlé des restaurants, on pourrait imaginer les théâtres et les musées. Mais aussi, comme mes deux collègues l'ont dit, d'attirer des touristes qui viennent hors de France. La Commission européenne, il faut regarder ça, il y a un mois, a dit qu'ils allaient mettre en place une stratégie, tenez-vous bien, de corridor sécurisé, sanitaire, pour le tourisme. Sachant que la France est le premier pays mondial du tourisme, il faut absolument qu'on soit dans cette affaire.

et il faut que nos systèmes de pass sanitaire se connectent entre les pass sanitaires allemands, italiens et français. Le tous anti-covid, qui est notre logiciel de surveillance qu'on a sur nos applications, comme vous le savez aujourd'hui, ne se connecte pas avec les tous anti-covid allemands ou italiens. Il faut absolument qu'on ait des systèmes qui puissent interagir pour qu'un Français puisse aller en tourisme en Italie et qu'un Allemand puisse venir en France. Et ça, cet outil, il faut vraiment le mettre en œuvre rapidement.

16:59
Présentateur

Isabelle Assis, on vous a retrouvée sur le réveil du tissu économique d'ici la belle saison, l'été. Oui. Alors dites-nous.

17:10
Isabelle Assih

Oui, je suis désolée, j'ai été déconnectée. Oui, non, je disais qu'il y a l'occupation de l'espace public qui est vraiment à privilégier, d'abord parce que ce sont des bonnes conditions sanitaires, et puis ensuite on peut respecter les protocoles de protection. Maintenant, il va falloir également accompagner les acteurs de la filière culturelle parce que c'est une synergie. Je crois qu'on a tous besoin de retrouver de l'activité, de la sortie, de la rencontre. Et je vois par exemple sur Quimper, il y a le mouvement des intermittents qui demande d'avoir une visibilité.

Et toute l'agilité, tout le rôle des collectivités, ça va être aussi de mettre en lien les filières du tourisme avec les filières de la culture afin de créer de l'animation, mais aussi de permettre aux acteurs économiques de pouvoir travailler. Et ça, on y travaille activement au niveau des collectivités, dans cette mise en lien, et surtout dans ce calendrier prévisionnel des animations et des autorisations d'occuper l'espace public.

18:10
Présentateur

La parole aux auditeurs de France Inter sur l'application Inter. Guillaume nous dit qu'il n'a pas confiance en Emmanuel Macron, et il écrit la chose suivante, « Je n'ai pas confiance dans les décisions d'un homme qui prend ses décisions seul et contre l'avis des épidémiologistes ». Philippe Juvin, je vous transmets la question. Que répondez-vous à Guillaume ?

18:32
Philippe Juvin

Non mais c'est sûr qu'aujourd'hui, vous ne trouverez pas beaucoup de médecins qui vous diront « On peut y aller les yeux fermés, tout va bien ». Je crois qu'un des sujets absolument fondamentaux, c'est la transparence des outils qui vous permettent d'ouvrir ou de fermer la société. Qui faille déconfiner, nous on est tous heureux. La question c'est pas n'importe comment.

18:49
Présentateur

Mais là, c'est n'importe comment qu'on essaye de comprendre. C'est n'importe comment, c'est trop rapide, trop vigoureux.

18:55
Philippe Juvin

Expliquez-nous. Je veux que vous compreniez une chose extrêmement simple, c'est qu'aujourd'hui, les indicateurs qui sont choisis pour déconfiner ne sont pas des indicateurs qui témoignent du taux de remplissage, par exemple en réanimation. Les réanimations, prenez cet exemple, c'est 6 000 patients actuellement en réanimation en France. Et bien, quand on a confiné, on était un peu plus de 4 000. Donc, on a l'impression, enfin, la situation n'est pas vraiment meilleure dans les hôpitaux aujourd'hui qu'elle ne l'était au moment où on a confiné. C'est ça qui nous inquiète. C'est une sorte de stratégie du... Ça passe ou ça casse, vous voyez.

19:29
Présentateur

C'est... On n'écoute plus les scientifiques, c'est ça ce que vous dites ?

19:32
Philippe Juvin

D'abord, quand le président prend une décision, il doit la prendre sur des bases scientifiques, évidemment, lui-même le disait, mais aussi sur d'autres bases sociales. Le ras-le-bol des Français. Économique, il faut que l'économie reprenne. Ça, moi, je comprends cela. Simplement, il faut le dire. Et il faut avoir une totale transparence sur les critères qui vous permettent de dire, je déconfine. Aujourd'hui, on a un peu l'impression que c'est fait aussi aux doigts mouillés pour ne pas être les derniers à déconfiner en Europe.

19:57
Présentateur

Myriam, infirmière au standard. Bonjour, bienvenue. Oui, bonjour. On vous écoute. Oui, bonjour. Vous m'entendez ? Oui, parfaitement. Je suis infirmière à domicile à Colombe, dans les Hauts-de-Seine. Je vaccine aussi énormément dans plusieurs centres du département et maintenant à Colombe. Et on reçoit énormément de doses. Et on ne peut pas vacciner tous les gens qui en ont besoin. On a vacciné, à mon sens, le docteur Julien le contraria peut-être, mais la plus grande partie des personnes âgées, toutes celles qui pouvaient au moins se déplacer. On attend une stratégie pour pouvoir aller se déplacer à domicile chez les gens qui ne peuvent pas sortir.

On nous autorise à vacciner les professeurs de plus de 55 ans et pas ceux qui ont moins. Et moi, je pense qu'on doit élargir la vaccination à toute la communauté éducative, excusez-moi, qui est vraiment demandeuse. Et là, d'entendre qu'on va déconfiner, qu'on n'a pas vacciné les jeunes alors que j'ai plein de doses et qu'on risque d'en... On n'en jette pas, nous, on fait très attention. Mais enfin, on a du mal à finir nos doses parce qu'on n'a pas assez de personnes éligibles et qu'on déconfine. Je voudrais savoir s'il y a moyen que d'ici le début de la semaine prochaine, le gouvernement comprenne et élargisse les éligibilités à toute la population. Vous vaccinez avec quel vaccin ?

AstraZeneca, Johnson, Pfizer ? Alors, à l'AstraZeneca, on en avait dans notre cabinet, mais on n'a plus de demande du tout. Les gens ne veulent pas. Il faut le dire clairement. Les gens ne veulent pas. Et on a du Pfizer, voilà, au centre de vaccination. Merci Myriam pour cette intervention. Comment recevez-vous les mots de notre auditrice, Cécile Gallien ? Est-ce que chez vous aussi, en Haute-Loire, ça se passe comme ça ?

21:39
Cécile Gallien

Écoutez, nous ne jetons pas de doses. En fait, sur les territoires, dans nos communes rurales, quand on a des maisons de santé, des infirmières, des médecins généralistes et des pharmaciens, chez nous, ils vaccinent beaucoup en Astra. Ceux qui refusent, et donc ça marche, ceux qui refusent l'AstraZeneca sont orientés vers les centres de vaccination de proximité ou les hôpitaux qui, eux, vaccinent en Pfizer, en Moderna. Donc, nous ne jetons pas de doses. Et je peux vous dire que les médecins, SOC3 ou les infirmières, le droit étant mieux de ne pas jeter de doses. Donc, ils ont une liste de volontaires qui n'ont pas forcément, on va dire, plus de 55 ans.

Donc, voilà, je crois qu'il faut être pragmatique. Nous, et moi, je propose, comme nous l'avons fait les maires, en tout cas pour recenser les plus de 75 ans, s'il faut qu'on recense tous les volontaires qui veulent se faire vacciner, nous le ferons.

22:33
Présentateur

Isabelle Assis, même question, et même phénomène chez vous à Quimper où des doses restent sur les bras et il faut se débrouiller avec, non ? Pas chez vous ?

22:43
Isabelle Assih

Non, non, non. Alors, moi, je connais particulièrement ce qui se passe au niveau du centre de vaccination. Non, il n'y a aucune dose jetée parce que nous avons aussi procédé à un recensement de personnes de plus de 75 ans ou des personnes qui pouvaient, comment dire, répondre au public cible de manière à appeler ces personnes-là quand il y a deux ou trois doses en plus en fin de journée. Et donc, ça, je suis vraiment sûre que les doses ne sont pas jetées. Pour autant, vous voyez, c'est quand même un système débrouille parce qu'au début, avec l'Agence régionale de santé, il n'était pas question de créer des listes d'attente.

Et ça, c'est vraiment en bonne entente entre les services de la ville, le CCAS et puis l'Union des professionnels de santé du pays de Quimper qu'on est parvenu à ce système-là. Et je suis vraiment... Je comprends tout à fait l'intervention de l'infirmière tout à l'heure. Je suis d'accord avec elle. Il faudrait donner un petit peu plus de possibilités et de flexibilité au centre de vaccination pour étendre la vaccination à des populations cibles. Je suis d'accord sur les écoles. Là, nos jeunes, enfin, ils sont vecteurs de transmission du virus. Il faut protéger les professionnels de santé. Et donc, il faut pouvoir accueillir les enfants pour que les adultes puissent continuer à travailler.

Et ça, on n'a pas encore la main sur cette possibilité. Donc, flexibilité et confiance au territoire, vraiment, c'est ce que j'attends du gouvernement.

24:01
Présentateur

Un mot, Philippe Juvin ?

24:02
Philippe Juvin

Oui, nous faisons pareil dans notre centre de vaccination, on n'a que du Pfizer. On est très flexibles. Mais on va très au-delà des instructions du gouvernement. Comme je le disais, tous les adultes qui travaillent dans les écoles se sont vus proposer un vaccin. Les artisans, les commerçants, les policiers municipaux. Comment ? Tout simplement en utilisant les doses de vaccins qui ne sont pas utilisées par les gens qui avaient rendez-vous ou quand on arrive à tirer une septième dose. On ne jette rien et on dépasse les instructions du gouvernement pour ne rien jeter.

24:32
Présentateur

Aux Etats-Unis, les autorités sanitaires ont indiqué cette semaine que les Américains vaccinés contre le Covid n'ont plus besoin de porter de masques en extérieur, sauf lorsqu'ils se trouvent dans des foules. Dans le plan de déconfinement annoncé hier, on note que masques et gestes barrières sont maintenus après le 30 juin. Est-ce que vous pouvez nous dire, Philippe Juvin, à quelle date pourrons-nous définitivement jeter ces masques à la poubelle ? Quand ?

24:59
Philippe Juvin

Je suis médecin, je ne suis pas devin et même si ça rime, je vous invite ainsi que ceux qui nous écoutent à lire, c'est en anglais, dans le British Medical Journal, Libre Accès. Il y a un très bon éditorial cette semaine sur faut-il ou pas garder le masque en extérieur ?

25:13
Présentateur

Vacciner, j'imagine ?

25:15
Philippe Juvin

Vacciner, bien entendu. Ce qui est très clair, c'est que quand vous êtes tout seul à l'extérieur, vous n'avez pas besoin de la voir. Quand vous êtes en extérieur avec des gens avec lesquels vous vivez en théorie, en pratique, au quotidien, vous pouvez ne pas la voir. Et donc, actuellement, il y a un débat scientifique. Moi, je crois qu'en extérieur, il y a... Enfin, je ne sais pas que je crois, il y a eu très peu de clusters qui ont été décrits à l'extérieur. Donc, le vrai sujet, c'est à l'intérieur.

Et d'ailleurs, on parlait des écoles tout à l'heure, moi, je serais très preneur comme maire qu'on nous donne des instructions pour déterminer des machines éventuellement d'aération à acheter qui nous permettraient d'aérer les écoles. Mais à l'extérieur, on va vers, je crois, une disparition du masque dans les semaines qui viennent,

25:56
Présentateur

Merci, Philippe Juvin. Vous étiez ici en direct dans le studio de France Inter, maire LR de la Garenne-Colombe, chef des urgences de l'hôpital européen, Georges Pompidou. Un grand merci à distance à Isabelle Assis, maire PS de Quimper et à Cécile Gallien, maire LREM de Vauré en Haute-Loire et vice-présidente de l'association des maires de France.