Mer rouge : l’autre front de la guerre au Moyen-Orient
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Temps de parole
- Présentateur33 %
- Présentateur 220 %
- Invité17 %
- Invité 215 %
- Présentateur 315 %
≈ 0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
France Culture, Affaires étrangères, Christine Ockrent. Bonjour à tous. Il porte à la ceinture le poignard courbe traditionnel, mais c'est à coup de drones et de missiles qu'il cible désormais en mer rouge des navires occidentaux marchands et militaires. Les Houthis, en lutte contre le gouvernement légal du Yémen, contrôlent depuis dix ans la capitale et une bonne moitié de ce pays qui forme le talon de la péninsule arabique. Armés par l'Iran sans lui être totalement assujettis, les Houthis entendent ainsi participer à cet axe de résistance revendiqué par les ennemis régionaux d'Israël en soutien à la cause palestinienne.
Depuis les horreurs du 7 octobre, en pleine guerre à Gaza, c'est sur la frontière israélo-libanaise que l'on guette à chaque instant les risques d'embrasement. Mais c'est sur cet autre front, au sud et en mer, que le conflit s'est élargi. L'Iran mène-t-il la danse en multipliant ces derniers jours des opérations par procuration en Irak, en Syrie et même au Pakistan ? Ou alors les Houthis poursuivent-ils leurs propres objectifs aux dépens de leur population ravagée par la famine ? De semaine en semaine, leurs attaques continuent. Américains et Britanniques tentent de les dissuader en bombardant leur site de lancement. L'Arabie saoudite, qui n'a pas réussi à les vaincre, évite de s'en mêler.
Quels sont les risques d'escalade ? L'enjeu est majeur puisqu'il s'agit de maintenir la sécurité de navigation en mer Rouge et dans le golfe d'Aden, là où transitent quelques 12% du commerce mondial et 30% du volume de conteneurs, une zone essentielle donc pour l'économie globalisée. Quelles conséquences à ce stade sur le trafic maritime, les coûts de transport et d'assurance ? Quelle incidence sur l'inflation donc sur les consommateurs ? Pourquoi la Chine, directement frappée dans ses intérêts commerciaux, reste-t-elle passive ? Les Européens sont directement concernés, que font-ils ? Pourquoi la France reste-t-elle à l'écart de la coalition navale organisée par les Etats-Unis ?
Eh bien, c'est ce que nous allons comprendre ce matin grâce à Camille Lonce, chercheuse au Conseil européen des relations internationales, Sébastien Jean, professeur d'économie au Conservatoire national des Sars et métiers et directeur associé à l'IFRI, Laurent Bonnefoy, ravi de vous accueillir à nouveau, vous êtes chercheur au CNRS, rattaché au CERI à Sciences Po, et Maxence Brichoux, chercheur au centre Thucydide de Paris-Panthéon-Assas. Maxence Brichoux, on a appris hier, donc après de nouveaux tirs outils sur un pétrolier américain, que les Etats-Unis avaient frappé à trois reprises des pas de tirs outils. Quelle est la situation, j'allais dire, sur le terrain ?
Enfin, sur le terrain et en mer, ce matin ?
Sur le terrain, tout a commencé quand même le 19 novembre de l'année dernière. Les outils ont pris en otage un navire, le Galaxy Leader, qui est toujours en otage avec son équipage, soit dit en passant, dont il y a des retortistes de l'Union européenne, Bulgarie-Roumanie. Et puis ensuite, ils ont commencé à utiliser des moyens beaucoup plus létaux, donc des drones, des missiles, dont ce qu'on appelle des missiles assez sophistiqués, des missiles balistiques anti-navirs. Et donc, il y a eu un effet perturbateur sur le commerce, d'abord sur les portes-containers, et puis après, de plus en plus, sur l'ensemble du trafic, en particulier les hydrocarbures originaires du Golfe Persique.
Et donc, effectivement, un principe de droit international est en jeu, c'est la libre navigation dans les détroits, la liberté du commerce. Donc, ça, c'est clair. Et il y a eu une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies qui l'a rappelée et qui autorise les Etats à défendre leur commerce.
La Russie s'est abstenue.
Alors, exactement. Ce qui est intéressant dans ces heures de crise du multilatéralisme, c'est que ni la Chine ni la Russie n'ont imposé leur veto à cette... Donc, il y a un accord minimal des grands, malgré l'ensemble des tensions, sur l'importance de ce principe de libre navigation, qui est vraiment au cœur de l'économie. On va vraiment en parler. Et Babel Mandel est vraiment un exemple, parmi tant d'autres, de ces détroits stratégiques.
Mais, voilà, les Etats-Unis, en tant que garants, quand même, de la Pax Americana, du libre commerce et de la liberté de navigation, on estimait qu'on ne pouvait pas se contenter de ce qui était le cas jusqu'à début janvier, à savoir une position essentiellement défensive, c'est-à-dire d'interception des missiles, d'interception, voire de destruction des vedettes qui ont cherché à monter sur un porte-conseillnaire de mer, ce qui est donc qu'on choisit de frapper. Et, je dirais que ça va au-delà du symbolique.
C'est-à-dire qu'ils ont quand même envoyé de l'ordre de la centaine de missiles de croisière, depuis des navires, depuis des sous-marins, pour détruire l'arsenal, les sites de lancement, des radars, des centres de commandement. Donc, ça va au-delà du symbolique. Après, évidemment, les outils ont des capacités de résistance. Pardon, je vous interromps,
parce qu'il faut comprendre l'importance des moyens américains et britanniques sur zone, quand même. Donc, c'est Bahreyn.
Oui, exactement. La grande flotte américaine, cinquième flotte, est basée à Bahreyn. Honnêtement, là, c'est quand même essentiellement une opération américaine. Le soutien du Royaume-Uni, c'était quatre jets issus de... Enfin, en provenance de Chypre, donc assez loin, avec probablement un emport d'armes assez limité. Donc, voilà. C'est quand même une opération essentiellement américaine. Et d'ailleurs, l'un des points essentiels, c'est la volonté américaine d'internationaliser la réponse.
Avec donc cette création d'une coalition des volontaires, où il y avait une sorte de vingtaine d'États, mais on n'a jamais eu la liste complète vers le mi-décembre, et un mois après, il s'avère que, essentiellement, c'est l'US Navy qui a la capacité de frapper. Sachant qu'il y a beaucoup de clôtres là-dessus, la France aurait eu les capacités de frapper avec des missiles de croisière, potentiellement, ou des avions qui pourraient venir d'Abu Dhabi. Mais elle a choisi d'en rester à une position strictement défensive et de ne pas contribuer à ces frappes vers la Terre.
Et là, il y a, je crois, une frégate, la Languedoc, et qui a riposté.
Alors, justement, je pense qu'il faut bien distinguer les modes d'action. Le choix de la France, c'est d'avoir une position défensive, de défense en zone, j'ai envie de dire, pour prendre un terme footballistique, et donc d'intercepter les éventuelles attaques des outils contre les navires, et les navires français, CMA, CGM en particulier. Et donc, la France n'a pas pris... Donc, il y a eu une action défensive française qui a réussi. Les interceptions françaises ont été couronnées de succès, si on peut dire.
Mais, donc, au plus haut niveau, je pense que le ministre Lecornu l'a exprimé sur France Inter il y a quelques jours, a bien pris la décision de ne pas suivre les Etats-Unis dans une démarche plus préventive de démantèlement de l'arsenal outils. Mais ce qu'on voit, et j'en conclurai là, c'est que les outils ont quand même changé de statut géopolitique, d'un acteur régional. Ils ont aujourd'hui un impact important sur le commerce, sur les primes d'assurance et ont montré que, même si leur capacité de destruction est faible, ils ont une capacité de perturbation qui est réelle et qui n'est pas si facile à contenir.
Laurent Bonnefoy, ce que l'on voit aussi est le contraste visuel et saisissant puisque les outils, donc, voilà, ils ont leurs poignards gravés, voilà, ils brandissent leurs kalachnikovs, mais ce sont des drones et des missiles de croisière iraniens quand même assez perfectionnés. D'ailleurs, je crois que des pièces détachées de missiles ont été saisies par un navire américain il y a quelques jours et jusqu'ici, seuls les États disposaient en fait de ce type d'armement. Comment expliquez-vous ?
Vous suivez les rebelles outils depuis des années, on les voit à l'œuvre dans la péninsule arabique depuis une vingtaine d'années maintenant, une guerre civile qui est extrêmement cruelle d'ailleurs et longue. Ce changement de statut, comment l'expliquez-vous ?
Alors, les outils, effectivement, s'inscrivent dans une histoire qui est avant tout proprement yéménite, qui est marquée donc par ses spécificités, qui est marquée aussi par une longue séquence de violences qui, comme vous l'avez dit, a débuté en 2004 et qui leur a permis de s'aguerrir de façon connectée avec le contexte régional. Vous l'avez mentionné également, je dirais, l'apport iranien qui a joué un rôle très important dans ce processus-là d'émergence en tant qu'acteur perturbateur avec une grande capacité de nuisance. Donc, il y a eu l'armement mais il y a aussi un processus qui, à l'intérieur du Yémen, leur a permis d'émerger en tant que proto-État.
Ils ont une capacité militaire qui s'est construite en confrontation avec leurs adversaires yéménites mais aussi en confrontation avec l'Arabie Saoudite depuis 2015.
En 2015, donc, le prince héritier Mohamed Bel-Salman, en fait, pour démontrer son autorité nouvellement acquise, lance une guerre qu'il ne parvient pas à gagner. C'est quand même saisissant.
Et la dernière séquence, depuis grosso modo deux ans, illustre bien cette défaite saoudienne face à des outils qui, certes, ont une composante, je dirais, idéologisée, qui s'intègre très directement dans ce qu'on pourrait considérer comme une galaxie iranienne qui intègre effectivement le Hezbollah, qui intègre la Syrie, que certains décrivent comme l'axe de résistance, mais qui s'appuie aussi ce mouvement sur l'intégration dans les structures de l'État, notamment parce que, eh bien, au sortir de la séquence des printemps arabes, ils ont pu s'allier avec l'ancien régime et donc s'appuyer aussi sur toutes les structures militaires internes au Yémen qui étaient restées loyales à l'ancien président.
Et donc, c'est cette espèce de conglomérat qui joue un rôle important et qui conduit à intégrer non seulement le mouvement dans cette dynamique régionale, mais aussi bien dans le conflit yéménite qu'on a eu tendance à perdre de vue. Et je pense qu'un des grands enseignements, c'est que ce conflit yéménite qu'on a oublié, que la communauté internationale a d'une certaine manière laissé pourrir sur pied, eh bien, revient au visage de chacun, illustre combien une société comme la société yéménite ne s'effondre pas à huis clos, mais qui a des conséquences dans un monde qui est très largement interdépendant.
Mais Camille Lonce, ce qui est évident, c'est que sans l'aide de l'Iran, donc fourniture d'armement sophistiquée, entraînement vraisemblablement, entraînement aussi par le Hezbollah dont il faut rappeler la puissance, c'est la plus puissance des, disons, des milices chiites armées par l'Iran et la plus proche aussi de Téhéran, s'agissant des outils, que sait-on du degré de contrôle relatif ou pas exercé par Téhéran sur ce qui se passe en mer Rouge ? Alors, je rejoins en effet ce que Laurent Bonnefoy a dit sur l'importance de l'Iran quand même dans la montée en gamme des capacités militaires outils surtout ces dernières années.
Après, en effet, les outils sont un proxy iranien assez différent du Hezbollah en ce sens où l'Iran n'a pas un contrôle total, les outils maintiennent. Alors, vraiment, je parle sous le contrôle de Laurent qui est le vrai expert des outils, mais les outils ont leur agenda aussi interne en termes de maintenir leur popularité au Yémen mais aussi leur popularité dans le reste de la région et se positionner comme les leaders de la lutte pour la cause palestinienne dans la région.
L'Iran, de son côté, joue un petit peu sur une ligne de crête parce que l'Iran a un intérêt à montrer la force de l'axe de la résistance dans toute la région, maintenir la pression sur différents fronts contre les Etats-Unis et contre Israël. Mais en même temps, l'Iran n'a pas intérêt non plus à avoir une escalade totale dans la région et donc l'Iran maintient un petit peu cet équilibre dans la position aussi. Ce qui est intéressant, ce que l'on a compris à partir du 7 octobre, c'est qu'en fait, Téhéran a semblé surpris par l'initiative du Hamas militaire et à partir de là, alors qu'il y a cette espèce de toile d'araignée chiite qui entoure Israël, le Hezbollah s'est montré jusqu'à présent.
Il y a beaucoup d'incidents tous les jours meurtriers à la frontière entre Israël et le Liban. Néanmoins, Nasrallah, le patron du Hezbollah, semble garder une ligne extrêmement disciplinée. Les outils, en revanche, là, ils y vont. C'est un petit peu le risque, justement, c'est que comme les outils ont un agenda qui finalement est plus détaché des Iraniens, c'est peut-être là où il y a le plus fort risque d'escalade parce qu'on voit du côté, en effet, Hezbollah qui est plus proche de l'Iran où il y a une tentative d'avoir une position très proportionnée, très équilibrée qui évite au maximum le risque d'escalade.
Mais même côté outils, finalement, quand certains observateurs des frappes qui ont été réalisées par les outils dans la mer Rouge, montrent aussi, pointent le fait qu'une partie de ces frappes aussi cherchent avant tout à être des signaux importants, mais certains ont attention aussi de ne pas viser directement certains navires ou de les manquer. Donc, il y a aussi un questionnement là-dessus sur dans quelle mesure les outils font beaucoup de bruit et dans quelle mesure ils essayent vraiment d'aller à l'escalade. Mais il y a une certaine fébrilité iranienne. On a vu ces derniers jours et en particulier dans cet échange de tir avec le Pakistan, enfin au Balouchistan.
Là, il semble que autant Téhérans que les Pakistanis ont décidé de calmer le jeu. Mais il y a eu une attaque iranienne à Erbil, au Kurdistan d'Irak, en Syrie. Ce matin, attaque israélienne à Damas, tuant au moins deux conseillers iraniens. c'est quand même très agité. Il y a un risque vraiment d'expansion du conflit. En fait, pour l'instant, je dirais que la plupart des acteurs, même Israël d'une certaine manière, n'ont pas intérêt à avoir une escalade dans la région.
Le problème, c'est que plus ce nombre d'échanges et de frappes se multiplient et dure dans le temps, plus il y a un risque qu'une ligne rouge soit franchie et qu'il y a un engrenage ensuite d'escalade qui soit difficile à reverser. Sébastien Jean, cet engrenage, pour reprendre l'expression de Camille, ça prouve bien à quel point l'interdépendance économique et commerciale est évidente, les risques géopolitiques aussi. Quels sont à court terme les impacts de ce qui se passe de cette disruption en quelque sorte dans le trafic maritime dans cette partie-là des océans ?
Oui, ça montre bien pour commencer comme vous dites ce pouvoir de perturbation et finalement le fait que la perturbation des flux internationaux devient une arme politique assez puissante, relativement apportée d'un certain nombre de groupes même quand ils ne sont pas extrêmement puissants par ailleurs au niveau international, militairement, politiquement et c'est perturbateur effectivement.
Alors je crois que quand on réfléchit à la perturbation économique, il faut vraiment distinguer le court terme du long terme et donc comme vous le laissez penser, c'est à court terme que cette perturbation va être la plus forte parce qu'on perturbe des flux logistiques qui sont une mécanique extrêmement bien huilée, programmée avec une culture aussi de minimisation des coûts qui fait que très souvent les délais sont comprimés, les stocks sont minimisés et donc là il y a un effet de désorganisation dans le court terme, un effet d'adaptation donc on a une très forte réduction du trafic maritime en mer rouge, je l'avais dit, c'est à peu près 12% du commerce mondial donc c'est très important, c'est un choc qui est en fait assez localisé, c'est dans le sens où assez ciblé géographiquement, c'est-à-dire que économiquement ça concerne d'abord et avant tout le commerce entre l'Europe et l'Asie et le Moyen-Orient donc c'est vraiment ces zones-là qui vont être touchées et d'ailleurs il faut souligner que la perturbation en termes relatifs elle est beaucoup moins forte si vous allez de Shanghai à Rotterdam que si vous allez de Bombay au Caire par exemple où là vraiment c'est là que la perturbation est la plus forte.
C'est d'ailleurs l'Egypte qui souffre le plus économiquement parce qu'il manque 40% de recettes fiscales en moins. Voilà, pour l'Egypte il y a les recettes du péage du canal de Suez qui sont une source de devises très importante et les devises l'Egypte en manque donc là il y a un problème aigu je dirais et purement financier. Maintenant donc s'agissant du commerce on a vu la traduction concrète c'est les taux de fret le prix du transport maritime entre l'Europe et l'Asie qui a bondi dans des multiples par rapport à ce qui se passait jusqu'au mois d'octobre qui sont des x2, x3, x4 dans certains cas. Donc c'est très important. Quelle est la répercussion économique ?
C'est inscrit déjà dans une conjoncture c'est-à-dire ce type de perturbation ça va être d'autant plus douloureux économiquement que c'est dans un moment de tension. Là de ce point de vue-là on n'est pas aujourd'hui dans un moment de tension économique dans le sens où le commerce mondial a plutôt été orienté à la baisse en 2023. On voit bien que c'est un peu le marasme économique en Chine ce n'est pas terrible ni en Europe ni aux Etats-Unis. Et il y a beaucoup d'excédents du côté des armateurs parce qu'ils ont fait des profits absolument gigantesques au moment du Covid et donc du coup beaucoup de bateaux ont été commandés de conteneurs et là il y en a trop en quelque sorte.
Absolument ça c'est une dimension importante parce que dès lors qu'on immobilise les bateaux pendant plus longtemps en fait on réduit d'une certaine façon l'offre disponible pour de nouveaux transports. Donc le fait qu'il y ait un peu de réserve là-dessus ça permet d'éviter une crise aiguë. Il reste comme je vous l'ai dit que les taux de frais ont énormément augmenté donc quelle est la taille de ce choc ? Elle est à la mesure de l'exposition de chaque pays à ses flux de commerce. Pour la France il s'agit du commerce avec l'Asie et le Moyen-Orient c'est à peu près un sixième de notre commerce extérieur.
Ça représente à peu près 6% de notre PIB donc si vous voulez le coût initial pour essayer de calibrer donner des ordres de grandeur à nos auditeurs on a 6% de notre PIB ces importations qui ont une valeur de 10% de notre PIB elles ont un coût de transport qu'on peut estimer en moyenne autour peut-être de 2% initialement là il a peut-être doublé, triplé ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que l'impact sur l'inflation quand ce coût double c'est peut-être 0,1 point et ça peut aller un peu au-delà donc transitoirement effectivement c'est significatif mais encore une fois c'est du court terme et ce qu'on voit aussi c'est que les possibilités d'adaptation les capacités d'adaptation du secteur sont immenses. Mais est-ce qu'on peut craindre Sébastien que les intermédiaires utilisent cet argument de disruption des flux pour augmenter indûment et aux dépens des consommateurs les prix d'un certain nombre d'enrées importées ?
Alors c'est difficile de dire ce qui est dû ou indû mais le fait est qu'il y a des phénomènes un peu de panique parce que derrière il y a des chaînes industrielles qui sont empêchées de fonctionner. Tesla par exemple Tesla en Allemagne. Tesla a dû arrêter une usine Volvo aussi Michina a dit que probablement ça allait être le cas également. Dans un cas comme celui-là au fond pour l'industriel ce qui compte ce n'est pas tant peut-être les 5% de prix qui vont être ajoutés à son composant intermédiaire ce qui compte c'est de ne pas bloquer la chaîne. Donc là ils sont prêts à payer beaucoup plus cher dans le court terme pour passer en premier en quelque sorte.
Donc si vous voulez il y a un effet de court terme vraiment de priorité qui peut donner un ajustement plus important qui n'est pas proportionné par rapport à la taille du choc. Donc est-ce que c'est normal ou pas chacun jugera mais ça peut faire des profits pour un certain nombre d'intermédiaires et de fait les cours des armateurs ont augmenté à la suite de cette crise. Et le pétrole alors en fait c'est plutôt le détroit d'Hormuz de l'autre côté si j'ose dire de la péninsule arabique si on a la carte en tête donc à droite alors que les outils frappent à gauche est-ce que le pétrole et le gaz sont affectés ?
Alors le pétrole c'est une grosse partie je crois que c'est un cinquième à peu près du trafic au canal de Suez et en mer Rouge donc évidemment le pétrole est potentiellement affecté à la fois par cet effet de désorganisation potentiellement et par cet effet de renchérissement du coût donc c'est pas majeur là encore mais ça peut affecter maintenant il peut y avoir aussi un effet je dirais de contrebalancement qui est s'il y a un effet négatif sur les exportations ou sur l'activité le ralentissement de l'activité ralentit aussi la demande de pétrole Maxence Brichoux vous y faisiez allusion d'entrée de jeu en fait les Etats-Unis sur le plan commercial ne sont pas les plus affectés eux ce qui les affecte c'est le canal de Panama qui est à sec mais pour des raisons météorologiques oui environnementales néanmoins les Etats-Unis assument ce rôle en fait de protecteur des océans qui est un rôle traditionnel depuis le siècle dernier
oui exactement donc on est quand même dans une situation marquée par pas mal d'incertitudes voilà les raisons des acteurs et tout ça mais il y a aussi plusieurs paradoxes l'un des paradoxes c'est effectivement potentiellement en termes de commerce par rapport à la Chine ou aux Européens les autres grandes puissances commerciales les Etats-Unis sont potentiellement et même Sébastien pourra le confirmer les moins impactés du point de vue économique parce qu'ils sont quasiment autonomes en termes de pétrole et de gaz et puis évidemment les portes-containers asiatiques traversent le Pacifique et ils vont directement aux Etats-Unis même si il y a toujours des phénomènes de redistribution à l'échelle de la planète donc là ils sont vraiment dans une sorte de ce rôle qu'ils s'attribuent de garant de la libre navigation et qui est quand même l'un des piliers politiques de la mondialisation c'est-à-dire que la mondialisation a fleuri dans les années 90 sur cette base politique sécuritaire de la garantie de la sécurité assurée par l'US Navy qui est vraiment l'une des composantes fondamentales de l'armée américaine avec ses porte-avions l'ensemble de ses bases Bahreï, Naples, Aguam donc c'est vraiment tout ce réseau qui permet d'une part aux Etats-Unis d'avoir les moyens d'autre part d'être pré-positionnés donc pouvoir intervenir de manière relativement rapide ce qui est aussi un enjeu typiquement les Européens s'ils se montaient une opération européenne encore faudrait-il arriver sur place
Alors est-ce qu'il en est question ?
Alors il en est question
Est-ce que les Européens encore une fois ?
Il en est question Alors déjà des Européens il y en a dont la France La France
vous nous l'avez dit qui reste sur une comment dire une réserve dont on peut quand même craindre qu'elle révèle aussi un manque de moyens parce que une frégate c'est pas grand chose
étant donné
l'immensité géographique de l'océan
Oui alors une frégate surtout par rapport au groupe aéronaval Eisenhower actuellement dans le Gove d'Aden c'est pas la même c'est pas la même catégorie comme on dit c'est pas la même échelle Mais on a Djibouti Alors voilà déjà la France elle a comme cet avantage géopolitique et qui n'est pas un avantage qui tombe du ciel c'est des choix politiques qui ont été faits en 2008 de créer notre base à Abu Dhabi le lien entretenu avec l'ancienne colonie qui est Djibouti et donc on a des points d'appui et donc si cette frégate est là c'est pas du tout par hasard c'est qu'elle était prépositionnée parce qu'on estimait qu'il y avait un enjeu de sécurisation du commerce et effectivement ce qu'on retrouve quand même pour là aussi remonter au niveau international au-delà du régional on retrouve le P3 quand même les trois grands acteurs occidentaux c'est les Etats-Unis le Royaume-Uni et la France et donc encore une fois il y a eu un choix je pense totalement conscient et assumé de rester sur une position uniquement défensive et de ne pas de...
voilà et donc l'Europe
C'est ce que Sébastien Lecornu le ministre des armées a expliqué hier soir sur LCI c'est qu'en fait la France jouerait enfin mènerait un jeu diplomatique complexe et il faut le souhaiter d'ailleurs pour essayer d'obtenir un cessez-le-feu à Gaza et qu'une montée en puissance anti-outil si j'ose dire viendrait contredire ces efforts
Oui alors je pense que voilà Camille il y aura des choses à dire mais cette retenue elle est observée aussi dans les autres acteurs régionaux directement impactés comme l'Arabie Saoudite ou l'Égypte donc c'est vrai qu'il y a un arc je ne dirais pas des nôtres mais des gens qui sont très prudents qui veulent aussi j'imagine ramener ça au fait originel qui est la guerre en cours à Gaza et qui ne souhaite pas contribuer à une escalade étant entendu que pour un certain de pays aussi aujourd'hui s'engager militairement frapper même les outils qu'on peut ou pas enfin les américains viennent de les catégoriser comme organisation terroriste donc toutes les appréciations sont possibles mais voilà il n'y a pas de volonté de s'engager directement contre les outils et plutôt quand même un nombre significatif d'acteurs qui souhaitent faire tout ce qui est possible de faire pour ne pas aller vers l'escalade mais encore une fois on ne peut pas ne rien faire non plus quand vos navires sont pris à partie d'où cette position défensive de la France
Camille Lens ce qui est fascinant c'est la Chine c'est à dire qu'encore une fois avec la phraseologie qui les caractérise le porte-parole du ministère du commerce chinois hier a dit à quel point il était préoccupant de voir ces routes maritimes bousculer dans cette zone mais pour le moment Pékin ne va pas plus loin mais en croire à un article du Financial Times ce matin Washington aurait demandé à Pékin d'utiliser ses excellentes relations avec Téhéran pour demander à l'Iran de calmer les outils qu'est-ce qu'il faut en comprendre ?
Les Etats-Unis essayent d'impliquer la Chine un peu plus dans la sécurité régionale pas nécessairement qu'ils aient envie que la Chine soit plus impliquée dans la sécurité régionale mais en tout cas souligner le paradoxe de la position chinoise parce que cette crise-là c'est un petit peu un test de l'implication chinoise dans la région quelques mois avant le début de la crise donc en mars les Chinois avaient joué un rôle diplomatique dans le rapprochement entre l'Iran et l'Arabie Saoudite ce qui avait pris de cours beaucoup d'observateurs et notamment beaucoup de politiques à Washington qui montent l'arrivée de la Chine un petit peu dans la région et puis finalement on voit avec cette crise qu'on retourne un petit peu aux basiques de la position traditionnelle chinoise qui est que au final la Chine est très contente de faire du commerce avec la région mais très contente aussi que les Etats-Unis pour l'instant portent la charge du parapluie sécuritaire un petit peu régional et bénéficient de ça et pour l'instant n'ont pas vraiment d'intérêt à venir risquer de prendre des coups au Moyen-Orient qui est une région qui finalement n'est pas une priorité absolue de la politique étrangère chinoise qui est encore un petit peu loin de leur environnement régional premier Oui mais sur le plan commercial l'Europe est leur deuxième marché Les Routiers ont publié un communiqué je crois avant-hier pour dire que les navires chinois et russes ne seraient pas attaqués Je pense que du point de vue de Pékin les Chinois pensent qu'en tout cas pour l'instant leurs intérêts ne sont pas si impactés que ça ou en tout cas ils le sont en partie bien sûr parce qu'ils ont intérêt à une forme de stabilité dans la mer Rouge c'est évident mais ils considèrent que pour l'instant leurs navires ne sont pas particulièrement impactés et au contraire la crise a quelques avantages pour eux aussi ça absorbe l'attention des Etats-Unis ça érode complètement le soft power américain dans toute la région et donc finalement ils ont assez peu d'intérêt à s'impliquer trop dans cette région là pour le moment et ils ont plutôt intérêt à laisser les Américains faire ce qu'ils ont à faire et surtout prendre les coups et prendre les effets négatifs en termes d'images sur la scène régionale mais aussi sur la scène internationale Laurent Bonnefoy le Yémen est en proie depuis des années maintenant à une crise humanitaire atroce vous disiez tout à l'heure que la communauté internationale a laissé pourrir la situation il y a eu néanmoins des efforts énormes des différents organismes concernés pour acheminer de l'aide alimentaire etc le fait que les Etats-Unis je crois il y a trois ans avaient supprimé l'étiquette terroriste à l'encontre des outils justement pour permettre un accroissement de l'aide humanitaire là les initiatives outils compromettent de façon tragique à nouveau le sort de leur propre population oui
il est certain qu'on était entré dans une phase de négociation de paix qui s'incarnait dans une volonté saoudienne de s'extraire de ce qui constitue à l'évidence un bourbier pour l'armée saoudienne pour l'image de l'Arabie également et donc ces dernières semaines on s'attendait à ce que un accord de paix soit trouvé et même signé en grande pompe pourrait-on dire les outils en ont décidé autrement et je pense qu'on n'a pas encore mentionné leur cible qui est évidemment l'économie israélienne en se disant que c'était un moyen là pour déstabiliser et utiliser ce qui constitue leur propre levier pour s'imposer et de fait
au dépend de leur population je reviens sur cette question là
il est entendu que c'est quelque chose qui se passe dans beaucoup de conflits c'est que les dirigeants et ceux qui bénéficient très directement de la guerre se soucient bien peu de leur population et les réactions des yéménites sont probablement assez contrastées c'est à dire qu'il y a une aspiration profonde à une pacification mettre fin tourner la page à un conflit qui dure depuis 2015 et puis dans le même temps une forme de dimension peut-être un peu bravache de se dire face à une situation qui est tout aussi atroce en Palestine nous avons des leviers nous incarnons une forme de capacité de nuisance et on l'utilise contre les israéliens vous le rappeliez
et c'est intéressant l'idée les premiers tirs yéménites visaient Israël c'était l'ambition mais apparemment il n'y avait pas assez de il y a eu des problèmes techniques sur la longueur des tirs et donc
tout à fait il est entendu
mais l'objectif est bien celui-là
et il est toujours mis en avant dans la déclaration que vous mentionnez d'avant-hier il est bien dit qu'il s'agit de navires qui ont un lien même ténu avec Israël qui sont visés et quand on regarde alors moi je ne suis pas spécialiste du commerce maritime mais quand on regarde effectivement ce qui a été ciblé très largement ils arrivent eux les outils à pointer du doigt une relation soit une halte soit que le fait est que les navires vont ensuite à destination d'Israël donc là il y a tout un jeu de communication autour des cibles qui illustre bien que les outils contrairement à leurs adversaires sur la scène politique yéménite mais aussi les pays qui les ont combattus l'Arabie Saoudite l'Egypte les Émirats aussi et bien eux agissent contre Israël et c'est pourquoi les pays aux alentours face à des populations qui sont extrêmement troublées par la situation à Gaza et bien chacun se trouve d'une certaine manière piégé et les outils ont là une carte à jouer et ils la jouent on pourrait dire dans leur logique de façon extrêmement habile
Sébastien Jean cibler des navires en fonction de leurs liens plus ou moins proches avec Israël c'est d'autant plus difficile que les pavillons de complaisance évidemment abondent et que en fait on voit bien que la manière enfin l'identité des navires visés qu'ils soient qu'ils soient marchands ou qu'ils soient militaires ça devient assez confus même si on peut penser qu'effectivement les chinois et les russes seront épargnés donc ça veut dire quand même qu'à plus long terme cette veine jugulaire du commerce international va être extrêmement atteinte c'est difficile d'être chirurgical pour les outils effectivement dans leur frappe alors vous avez souligné à juste titre qu'il y a beaucoup d'opacité de complexité en particulier dans le secteur maritime qui rend difficile d'y voir assez clair il y a aussi beaucoup d'informations qui circulent il y a des sites spécialisés qui donnent énormément enfin une information assez sidérante même dans la la précision la mise à jour en temps réel donc il y a une capacité finalement à essayer de démêler et on voit que pour l'instant en tout cas il semble que finalement les outils sont arrivés à à peu près cibler ce qu'ils voulaient maintenant vous avez dans le même temps on constate aussi que le prix du transport maritime il a augmenté même pour le transport depuis la Chine jusqu'à l'Europe donc ça ne leur permet pas non plus de complètement cibler de suffisamment garantir à des transporteurs chinois par exemple qui ne seront pas touchés alors c'est ce qu'ont essayé de faire les outils hier ou avant-hier en disant nous pouvons même garantir la sécurité des navires chinois ou russes donc il y a vraiment cette volonté cette volonté d'essayer de discriminer dans leur frappe mais je pense que ça sera très difficile à maintenir un peu à terme donc effectivement ce qui est probable c'est que en tout cas tant que ce problème politiquement n'est pas réglé il y a une perturbation significative sur ce trafic c'est pas sans précédent d'ailleurs il faut rappeler que le canal de Suez il a été purement et simplement fermé pendant 8 ans à la suite de la guerre de 6 jours entre 1967 et 1975 ça n'a pas empêché cette période d'être extrêmement dynamique pour le commerce international mais qui était moins globalisé qu'aujourd'hui il était moins absolument mais bon une fois qu'on est en régime de croisière et là je sors de l'analyse de court terme qu'on faisait tout à l'heure si il faut contourner le cap de bonne espérance pour faire du commerce entre l'Asie et l'Europe ça renchérira un peu les coûts de transport c'est combien de semaines de navigation ?
c'est en gros 10 jours l'ordre de grandeur 10 jours supplémentaires sur un trajet qui dépend évidemment mais l'ordre de grandeur c'est disons 35 jours à la base on rajoute 10 jours donc c'est mauvais environnementalement aussi il y a plus de distance donc plus d'émissions c'est plus coûteux mais enfin quand on raccourcit on doit aussi payer le péage du canal de Suez qui n'est pas tout à fait une broutille c'est plus d'un demi-million de dollars pour un grand navire donc c'est un peu plus cher c'est pas non plus quelque chose qui va être d'un ordre de grandeur différent voilà donc ça va un peu limiter ces flux mais je pense que ce qu'on a vu d'ailleurs au travers d'un certain nombre d'épisodes récents c'est la plasticité de ce système il y a une capacité d'adaptation au moment du Covid ça a été flagrant il y a eu un choc ravageur mais le commerce a rebondi d'une façon extraordinaire le porte-conteneurs japonais qui s'était le Ever Given qui s'était ensablé enfin qui avait bloqué le canal c'était en 2021 si ma mémoire est bonne il y avait une perturbation aussi mais finalement elle n'avait pas eu des répercussions économiques majeures donc cette capacité d'adaptation ça prend du temps à court terme il y a une vraie désorganisation mais après je pense que le passé nous a prouvé qu'elle est très grande cette capacité d'adaptation et qu'au final à mon avis l'impact sur l'économie au niveau international des déflux internationaux ne serait pas immense demeure Camille Lons l'extraordinaire accélération et fragmentation des risques géopolitiques et on voit que de ce point de vue là vous nous expliquez tout à l'heure la manière dont le Hezbollah était errant évidemment qui sont extrêmement proches et liés essaient de contrôler relativement sans perdre la face Israël en revanche multiplie les actions et ce matin encore à Damas une des pêches de l'agence France Presse nous apprend que 4 Iraniens ont été tués dont le chef en Syrie des renseignements des gardiens de la révolution et son adjoint donc à Damas capitale de la Syrie donc on voit bien que les protagonistes dans cet incendie au Moyen-Orient aucun ne fait réellement montre de beaucoup d'ardeur à diminuer le danger de l'embrasement régional sauf Washington mais sans grand succès alors en effet ce qui est un peu problématique c'est un risque vraiment que le conflit embrase le reste de la région surtout que chaque pays défend un petit peu des intérêts qui lui est propre moi je travaille beaucoup sur les pays du Golfe et c'est intéressant de voir aussi comment les pays du Golfe sont en train d'essayer de jongler entre différentes priorités à la fois à la fois les priorités de leur propre politique domestique parce qu'ils sont sous pression de leur population de prendre une position plus forte envers Israël on voit une mobilisation de la population dans le Golfe qui est quand même assez sans précédent dans des pays qui sont autoritaires où il y a peu de liberté d'expression En revanche il y a une grande force d'inertie de la part des régimes Exactement mais qui est justement due cette inertie elle est due à la multiplicité de priorités avec lesquelles ces régimes doivent jongler côté saoudien par exemple il y a le besoin donc d'un côté à la fois de satisfaire leur population de se positionner sur le plan régional un petit peu en leader quand même de la cause palestinienne et de ne pas laisser le monopole de cette cause-là à des rivaux comme l'Iran mais de l'autre côté ils ont aussi tout un tas de priorités de long terme stratégiques que ce soit Laurent Bonnefort en a parlé la négociation avec les Houthis où ils essayent de s'extraire de la guerre au Yémen et donc il y a la crainte pour les Saoudiens que l'escalade régionale vienne fermer la fenêtre d'ouverture sur le Yémen et leur capacité à s'extraire du conflit il y a la relation avec l'Iran que les Saoudiens donc les Saoudiens avaient signé avec l'Iran l'année dernière un accord de rapprochement et malgré tout l'Iran reste vraiment une priorité enfin je veux dire l'Iran est considéré par les pays du Golfe et par les Saoudiens toujours comme comme un enjeu pour leur sécurité majeure et donc et un Iran de plus en plus nucléarisé parce qu'il y a cet avertissement de l'agence de Vienne qui indique que toute négociation avec Washington étant maintenant gelée et bien le taux d'enrichissement de l'uranium iranien monte à 60% et donc ça devient pour Téhéran véritablement la dissuasion nucléaire qui est plus encore que les proxys que les milices chiites tout autour d'Israël c'est la dissuasion nucléaire qui devient l'argument premier c'est un argument très important en fait pour l'Iran c'est la combinaison entre la dissuasion nucléaire les proxys dans la région et le programme de missiles c'est la combinaison de ces trois éléments qui fait la puissance iranienne et qui est un objet de préoccupation majeure pour les pays du Golfe et donc pour les pays du Golfe la priorité c'est de maintenir le plus possible cette normalisation et ce rapprochement avec Téhéran malgré tout et donc on a vu par exemple une accélération de la diplomatie saoudienne avec l'Iran au début du conflit en novembre le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman a accueilli pour la première fois le président iranien Ibrahim Raisi donc ils essayent de maintenir la relation avec l'Iran et puis il y a aussi le dossier israélien parce que avant le début de l'éclatement de la crise les Saoudiens étaient en négociation avec les Etats-Unis depuis plusieurs mois pour une potentielle normalisation des relations avec Israël en échange de garanties de sécurité américaine renforcée et en échange potentiellement aussi d'un feu vert américain sur le programme nucléaire saoudien qui justement répond au programme nucléaire civil mais les Saoudiens ont une position un petit peu ambiguë là-dessus et c'est ça qui a fait que les Etats-Unis ont bloqué pour l'instant la coopération avec les Saoudiens sur le nucléaire et donc pour l'instant pareil sur le dossier israélien les Saoudiens ont mis ce dossier-là en suspens parce que clairement régionalement et même sur le plan domestique c'est compliqué de continuer ce processus-là pour le moment mais ils le gardent vraiment comme un élément important pour le futur qui va être remis sur la table dès que le gros de la crise sera passé Maxence Brichoux il y a un acteur dont on n'a peu parlé jusqu'ici il s'agit des Émirats qui ont vis-à-vis des outils au Yémen mené une opération terrestre si ma mémoire est bonne et là ils ont réussi dans leur propre intérêt à sécuriser me semble-t-il je regarde Laurent Bonnefoy pour en être sûr ils ont sécurisé disons la partie plus orientale pour en revenir au rapport de force dans cette partie-là des rivages de la péninsule arabique comment est-ce que les États-Unis Grande-Bretagne il y a aussi Bahreïn semble-t-il dans cette coalition que les Américains avec leur manière de faire ont intitulé c'est toujours assez
gardien de la prospérité ce qui veut tout dire on est au cœur des sujets
donc comment est-ce que les rapports de force en termes militaires et par rapport aux forces relatives des marines en présence la Chine a quand même une base aussi à Djibouti on n'a pas mentionné
il y a du monde en mer rouge il y a du monde en mer rouge c'est très clair et donc nos marins français doivent avoir passé tout un tas de partenaires ou compétiteurs donc déjà Bahreïn c'est là où est basée la flotte américaine du Golfe donc il y a vraiment un lien à la politique comilitaire directe
ils n'avaient pas le choix et devaient participer
pas d'appréciation sur l'autonomie et la souveraineté de Bahreïn mais effectivement ils sont embarqués dans le jeu Djibouti comme on sait vraiment ce tout petit état coincé avec l'Ethiopie derrière qui par ailleurs l'Ethiopie qui là a annoncé des grandes annonces avec le Somaliland pour avoir accès à la mer mais donc Djibouti dont on sait qu'elle accueille tout un tas de bases navales dont la première base navale extérieure de la Chine mais aussi le Japon l'Italie voilà d'autres états et puis après le long de la mer rouge voilà il faut quand même garder l'idée qu'il y a une côte égyptienne qui sont directement impactées financièrement le Soudan qui fait face à des sujets de guerre civile interne majeure donc c'est quand même une zone extrêmement volatile
et beaucoup d'investissements saoudiens pour acquérir des terres agricoles de l'autre côté
oui donc évidemment les deux sous le contrôle du Camille les deux puissances du Golfe les plus actifs sont clairement l'Arabie Saoudite qui a une façade effectivement les Émiratis vous les avez mentionnés pas de manière plus curieuse mais qui n'ont pas de façade directe sur la mer rouge mais qui ont investi dans un outil militaire naval et dans un outil militaire au global on a pu les comparer à une sorte de Sparte du Moyen-Orient qui ont je crois contribué effectivement de manière terrestre au conflit yéménite et qui ont clairement des intérêts y compris navales des positionnements à Socotra qui est une petite île en face du Yémen et donc voilà aussi des c'est vrai que ça renvoie à la question du parapluie américain quand même fondamentalement et je pense que voilà sur le compte mais il y a une sorte de logique qui est que ces états bon voilà il y a eu le positionnement d'Obama en 2013 vis-à-vis des printemps arabes 2011-2013 et donc des volontés d'assurer quand même partiellement leur propre sécurité et donc ils se sont dotés de moyens militaires pour ce faire et effectivement 2015 l'Arabie saoudite au Yémen avec les Émiratis peut-être qu'on a été un peu surpris du fait qu'ils les ont utilisés de manière quand même assez vigoureuse c'est moins qu'on puisse dire et aujourd'hui ce sont des acteurs pleinement autonomes les Émiratis qui cherchent aussi à jouer quand même un grand jeu je ne dirais pas de non-alignement mais dans le contexte global Russie, Ukraine, Chine, Etats-Unis enfin voilà ils jouent leur carte je crois
ils n'ont pas rompu leur relation avec Israël
mais on sait que les Émirats aussi jouent un rôle important dans les nouvelles formes de flottes plus ou moins grises ou noires qui permettent d'acheminer le pétrole russe il y avait une très bonne émission là-dessus chez Culture Monde il y a deux semaines donc c'est aussi des acteurs qui s'autonomisent et qui se dotent des moyens de poursuivre cette autonomie
Revenons au outil puisque ce sont eux qui sont devenus encore une fois les acteurs les plus décisifs dans ce début de propagation du conflit Israël à masse leur en bonne foi quel peut être à long terme leur objectif
alors je pense que ça dépend essentiellement à quel outil vous posez la question
enfin vous les connaissez mieux que moi individuellement mais
le contexte les amène pour le moment à avoir je dirais une logique maximaliste dans le sens où ils perçoivent bien que le temps joue en leur faveur depuis quasiment le début de la guerre et donc leurs demandes ont augmenté l'appétit vient en mangeant et il y a des objectifs qui sont devenus offensifs c'est à dire qu'il ne s'agit plus seulement de maintenir leur mainmise sur la capitale et sur ce qu'on appelle les hautes terres du Yémen qui concentrent l'essentiel de la population mais bien d'étendre leur capacité au sein du pays quitte à générer une fragmentation un éclatement et un retour à ce qui était la situation pré-1990 c'est à dire deux Yémen un Yémen du Nord et un Yémen du Sud et en ceci ils sont aidés aussi par la stratégie des Émirats Arabes Unis qui appuient le mouvement sécessionniste sudiste et puis je disais que ça dépend à qui vous demandez parce qu'il y a effectivement une frange très idéologisée qui considère que les frontières du Yémen actuel ne sont probablement pas celles qui s'imposent mais qu'il faudrait revenir à un grand Yémen qui potentiellement pourrait aller vers le Nord jusqu'au lieu saint jusqu'à la Mecque qui pourrait mettre la pression effectivement sur Israël et libérer Jérusalem et toute cette dimension idéologique elle est extrêmement perturbante à l'échelle de l'histoire du Yémen aussi puisque les Houthis représentent une minorité et même une minorité à l'intérieur de la minorité c'est à dire une composante qu'on appelle les hachémites les descendants du prophète et s'accompagne cette logique-là qui est portée par notamment le leader Abdelmalek El-Houthis oui en fait
c'est le clan enfin c'est le clan c'est cette famille qui donne son nom
oui qui donne ce nom à un mouvement qu'on pourrait appeler autiste effectivement puisqu'il s'appuie sur cette famille-là il s'appuie sur une logique qui aussi perturbe le tissu social yéménite dans le sens où elle valorise une catégorie particulière qui est la catégorie on pourrait dire noble des descendants du prophète jusqu'à produire aussi une fragmentation à l'intérieur de la société yéménite entre les hommes de tribu qui ne descendent pas du prophète et puis la catégorie des prophètes et c'est là des processus qui perturbent et qui ont aussi en fermant d'autres types de violences et on fait bien de s'intéresser aussi à ces dynamiques-là parce que elles perturbent aussi les yéménites eux-mêmes alors
des descendants du prophète à la fin de Davos Sébastien Jean c'est ce week-end que se termine Davos donc le rassemblement annuel de tous ceux qui prophétisent plus ou moins bien l'évolution de de l'économie mondialisée et en particulier des acteurs en tout genre il y avait une délégation chinoise tout à fait considérable qui s'était forcée de convaincre les investisseurs occidentaux de revenir davantage en Chine en guise de conclusion provisoire vous nous disiez il y a un instant pas de disruption massive du commerce international quelle que soit la vigueur des attaques outils et les risques d'embrasement de ce conflit atroce entre Israël et le Hamas néanmoins comment interpréter la manière dont de plus en plus les fracas géopolitiques sont en contradiction avec les promesses technologiques d'un côté et les intérêts fondamentaux des grands acteurs économiques de l'autre oui cette crise au fond elle est un signe des temps je crois un signe des temps dans la mesure où la capacité de nuisance sur les flux économiques internationaux devient un levier politique très puissant très tentant pour beaucoup d'acteurs aussi donc au-delà des perturbations concrètes logistiques dont on a pu parler je crois qu'une crise comme celle-là elle contribue à une évolution dans l'appréciation que tout le monde peut avoir que tous les acteurs peuvent avoir des risques liés aux flux économiques et financiers d'ailleurs dans une certaine mesure internationaux on voit ces stratégies se développer et chacun anticipe que d'autres peuvent passer à l'acte s'ils en ont l'opportunité donc ça contribue à modifier l'appréciation qu'on peut avoir du risque lié à ces transports lointains à ces dépendances des nœuds stratégiques parce que c'est là aussi que la mondialisation finalement expose ces vulnérabilités c'est qu'on a des réseaux extrêmement complexes qui sont pour certains des réseaux physiques logistiques et là on en a la matérialisation pour d'autres ce sont des réseaux virtuels d'information des réseaux financiers et ces réseaux très complexes ils ont tendance à dépendre et dépendent quasiment toujours de quelques points un peu stratégiques ça peut être un des trois quand c'est du commerce international c'est classique depuis l'antiquité ça peut être le système SWIFT pour la communication interbancaire liée aux transactions internationales au fond ou alors des brevets de propriété intellectuelle dans les semi-conducteurs dans tous les cas on a un réseau extrêmement complexe mais qui est très dépendant de quelques points stratégiques et ces points stratégiques de ce fait deviennent des leviers politiques très importants d'où effectivement cette inquiétude de se dire la mondialisation a besoin d'une sécurisation de ces nœuds qui sont pour une bonne partie des biens communs donc il y a un enjeu lié au contrôle à la sécurisation de ces biens communs qui est très important alors ça peut être utilisé à des fins politiques par tous les acteurs d'ailleurs les Etats-Unis sont premiers à le faire pour les sanctions financières ou pour les contraintes et notamment sur la haute technologie avec la Chine aujourd'hui ça peut être aussi juste un enjeu de sécurisation commune et là je crois que la position de la Chine dans cette crise est très intéressante parce qu'il y a une sorte de contradiction la Chine au fond est potentiellement la première touchée c'est le premier pays commerçant au monde c'est leur flux avec l'Europe qui sont potentiellement touchés mais elle reste très passive donc justement elle est interpellée par les Etats-Unis et à un moment où sa propre économie aurait besoin absolument à un mauvais moment pour elle parce qu'il compte sur les exportations pour relancer leur économie et donc bon c'est un jeu un peu délicat qu'une ligne de crête que je l'ai chinois en considérant que c'est le problème des Etats-Unis d'abord et donc d'où les interpellations par les Etats-Unis et notamment Jake Sullivan à Davos qui a demandé à mot couvert un peu à la Chine de ne pas laisser les outils prendre en otage le monde voilà depuis les outils jusqu'à Davos en passant évidemment par Washington et par Jérusalem merci à vous quatre Sébastien Jean je recommande le papier que vous avez signé avec Thomas Goma une note de l'IFRI interdépendance économique à l'épreuve des rivalités de puissance c'était en novembre dernier Laurent Bonnefoy vous avez écrit Yémen de l'Arabie heureuse à la guerre c'était chez Fayard en 2017 et vous avez co-dirigé l'an dernier une étude sur la jeunesse arabe culture et politique du Maroc au Yémen aux éditions de l'université de Manchester Maxence Brichoux vous avez écrit la géopolitique des mers au PUF l'an dernier le commerce et la force chez Calman Levy c'était en 21 et je n'oublie pas évidemment Camille Lons vous avez écrit pour la revue de l'ISSS l'International Institute for Strategic Studies vous avez travaillé dans cet institut à Bahreïn jusqu'à l'année dernière voilà j'y arrive voilà un papier précisément sur les encombrements de la mer Rouge c'était en novembre l'an dernier à la réalisation ce matin Luc Jean Reynaud Marie Claire Oumabadi à la technique Merci Anne Hésitch m'a aidé à préparer cette émission avec la documentation de Radio France et voici bien sûr Nora Amadi sous les radars très bonjour