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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 15 novembre 2024 22 min

Pascal Canfin dénonce "une alliance internationale pour saboter les efforts contre le dérèglement climatique"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

L'invité du grand entretien ce matin est député européen Renew. Il est membre de la commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire. Membre également de la commission des affaires juridiques COP29, Mercosur, l'Union Européenne face aux défis de l'élection de Donald Trump. Déforestation, vos questions, vos réactions chers auditeurs au 01, 45, 24, 7000. Le standard est ouvert ou sur l'application Radio France. Bonjour Pascal Canfin. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue avant d'aborder tous ces sujets qui sont sur votre table. Et depuis longtemps maintenant, à savoir la question du réchauffement climatique, de la question du libre-échange.

On va partir d'abord de la question ukrainienne, de la guerre en Ukraine. Avec cette décision inédite qui a été prise hier, la vice-présidente de la commission, Margrette Verstager, a annoncé avoir pour la première fois financé l'achat conjoint d'armes par les 27 Etats membres. Et c'est quelque chose qui est inédite. Quelle est votre réaction ce matin, Pascal Canfin ? Est-ce qu'il est temps, grand temps de 6 mètres ?

1:15
Pascal Canfin

Bien sûr, plus que temps. C'est un moment historique dans lequel nous sommes. Est-ce qu'on arrive ou pas, et nous nous battons pour qu'on y arrive, à franchir ce pas de la construction d'une Europe de la défense, d'une industrie européenne de la défense, qui achète ensemble, qui produit ensemble, et qui, lorsque c'est nécessaire, livre ensemble à l'Ukraine dans le cas d'espèces. C'est ça. C'est ça l'enjeu historique auquel on est confronté. Et je peux vous dire que cette mesure annoncée par Margret Verstager hier, est le résultat d'années et d'années de travail, de changement des comportements, de changement des idées, de façon à ce qu'on gagne cette bataille de l'Europe puissance.

Et c'est ça le cœur du sujet.

1:58
Présentateur

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'adressera depuis Kiev au Parlement européen la semaine prochaine. Il sera donc face à vous, Pascal Canfin, pour marquer donc les mille jours de guerre en Ukraine. C'est ce qu'a lancé mardi la présidente du Parlement européen. L'Union européenne est à la hauteur de cet enjeu ou pas ? On parlait de cette décision inédite, mais est-ce que l'effort de guerre et l'effort de soutien à l'Ukraine n'est pas en train de faiblir ? Et est-ce qu'il pourra être poursuivi maintenant que Donald Trump est de retour à la Maison-Blanche ?

2:32
Pascal Canfin

Autre question historique du moment dans lequel on est. On a fait plusieurs choses que nous n'avions jamais faites. Vous venez d'en citer une, mais il y en a une autre qui date d'il y a quelques semaines que je voudrais rappeler. C'est le fait d'avoir pris l'argent des avoirs gelés russes, qui font l'objet de sanctions internationales, pour le transférer vers l'Ukraine. Que cet argent ne dorme pas dans les caisses des banques ou des banques centrales, mais qu'il soit transféré et rendu utile pour l'effort de guerre ukrainien. Autre décision que jamais personne n'avait prise avant. Donc on est capable, heureusement, et je m'en réjouis, on est capable de ces décisions historiques.

Mais est-ce qu'on est encore à la hauteur ? Est-ce que c'est suffisant pour battre Vladimir Poutine ? C'est bien la question que je vous pose. Eh bien, au moment où on parle, la réponse est non. Il suffit de regarder le front sur le terrain. Et évidemment, le retour de Donald Trump est une mauvaise nouvelle dans ce contexte, parce que ça veut dire que si les Etats-Unis retirent une partie de leur soutien, voire la totalité de leur soutien, je ne sais pas de quoi Donald Trump est capable, eh bien nous devrons prendre le relais. On devra prendre le relais pour deux choses. Une première raison, c'est le respect de nos valeurs. Notre intérêt européen, fondamental.

On ne peut pas laisser un pays démocratique européen se laisser envahir par une puissance autoritaire comme Vladimir Poutine. D'abord, c'est l'Ukraine. Et si Poutine gagne en Ukraine, c'est quoi la suite ? Et le deuxième élément, c'est qu'une étude allemande vient de sortir récemment, pour ceux qui sont très inquiets sur les questions migratoires. Vous savez combien de millions d'Ukrainiens arriveraient en Europe si Poutine prenait le pouvoir ? Plus de 10 millions. Plus de 10 millions.

Et donc tous ceux qui se disent, oh là là, attention, nous on a des sujets migratoires en Europe, et on en a, mais il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt, pourraient se dire aussi que, attention, toute l'extrême droite qui s'allie à Vladimir Poutine et à Donald Trump, en fait, c'est eux qui génèrent potentiellement ces 10 millions de migrants ukrainiens. Donc moi, je veux que les Ukrainiens soient libres, je veux qu'ils puissent racheter ces jeux et vivre en paix, et donc je me bats pour ces combats.

4:23
Invité

Mais Pascal, enfin, Donald Trump, il a promis de régler cette guerre en Ukraine en 24 heures quand il arrivera au pouvoir.

4:27
Pascal Canfin

Je crois que la réponse est dans la question.

4:29
Invité

Alors, sans vraiment préciser comment, attendez un peu la question, mais les observateurs craignent qu'ils fassent des concessions territoriales au président russe, que certains territoires ukrainiens déjà annexés soient cédés pour de bon à Vladimir Poutine. Ça vous inquiète ? Et qu'est-ce qu'il faut faire ?

4:45
Pascal Canfin

Ce qui m'inquiète, c'est l'irresponsabilité de Donald Trump, et elle est vraie sur le sujet ukrainien. Enfin, qui peut dire qu'il règle la guerre en Ukraine en 24 heures ? Quelle est la moindre crédibilité ? Ah, s'il lâche tous les territoires annexés ! Mais ce n'est pas lui, ce n'est pas Donald Trump qui négocie les territoires. L'Ukraine est un pays souverain, et le président Zelensky va nous le rappeler mercredi, mardi. C'est un pays souverain. Il a un moyen de pression.

Et le fait même que quelqu'un comme Donald Trump disait, c'est moi qui vais régler le problème en tête à tête avec Vladimir Poutine, et ce que dit Zelensky, en fait on s'en fout, c'est incroyablement négatif, enfin ça nie de manière incroyable la souveraineté même de l'Ukraine. Donc c'est insupportable. Et évidemment on est dans ce contexte extrêmement difficile, le retour de Donald Trump, on va en parler sur d'autres sujets climatiques, économiques. Et donc on doit plus que jamais, et on est à la croisée des chemins, on doit plus que jamais construire cette souveraineté européenne, cette odomie stratégique européenne, cette indépendance et cette souveraineté européenne.

Si on ne le fait pas maintenant, nous avons un vrai risque, et je pèse mes mots, un vrai risque de disparaître de l'histoire. De l'histoire écrite par les autres.

5:49
Présentateur

Autre sujet important, c'est la COP 29 qui se déroule en ce moment en Azerbaïdjan, et Pascal Canfin, vous avez travaillé sur la préparation des accords de Paris, accords historiques au moment de la COP 21 en 2015. La COP 29, elle divise les pays les plus riches et les pays les plus pauvres, les pays qui croient encore en l'avenir d'une économie carbonée et ceux qui veulent absolument s'en passer. Est-ce que vous avez peur aujourd'hui d'un recul dans les négociations sur le réchauffement climatique ? On sait qu'on a déjà dépassé les seuils limites fixés à Paris. Qu'est-ce qu'on fait maintenant dans une COP ?

6:28
Pascal Canfin

Alors, c'est une bonne question. Il y a deux grands niveaux d'action si on veut gagner la bataille climatique. Le premier niveau d'action, il est dans chacun des pays et à l'échelle européenne, à l'échelle de l'Union Européenne, pour changer nos modèles énergétiques, changer nos modèles de transport, etc. Ça, ce sont des politiques économiques, des politiques industrielles. C'est le cœur de ce qu'on fait en Europe avec le Pacte vert. On y reviendra peut-être. Puis ensuite, il y a la négociation internationale. Et nous, Européens, on ne négocie pas toutes nos politiques climatiques. Par contre, on en négocie certaines.

Et c'est là où, aujourd'hui, au moment où on parle, je pense qu'on peut dire que c'est totalement dysfonctionnel. On est dans un pays gazier, l'Azerbaïdjan, qui n'a aucun intérêt, mais alors aucun intérêt au succès de la COP29. Et on a la rumeur à la COP29, dans les prochains jours, d'une possible annonce du retrait des États-Unis de la Convention climat,

7:29
Présentateur

comme il l'avait fait en 2005,

7:30
Pascal Canfin

ou de l'accord de Paris, exactement, en alliance, excusez-moi, je finis ma phrase, en alliance avec le président argentin. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'on a une alliance internationale des présidents d'extrême droite, Orban, Trump, Milley, qui s'organisent pour saboter tous les efforts que nous faisons pour lutter contre le dérèglement climatique. Tous, à l'échelle nationale, comme à l'échelle internationale. Et c'est contre ça que je me bats tous les jours. Je peux vous dire que c'est une bataille homérique, mais nous n'avons pas la possibilité, nous n'avons pas le luxe de la perdre.

8:05
Invité

Alors, est-ce qu'il fallait y aller ou pas, cette COP ? Parce que le président de la République n'y va pas, Agnès Pannier-Renaché, notre ministre de la Transition écologique, n'y va pas non plus. Alors, pour des raisons de brouille avec le régime de Bakou, mais est-ce que finalement, c'est pas aussi éviter du greenwashing ?

8:20
Pascal Canfin

Éviter du greenwashing ? Écoutez, le fait...

8:22
Invité

C'est ce que disait Raphaël Glucksmann à ce micro la semaine dernière.

8:24
Pascal Canfin

Le fait d'y participer ou pas, d'un point de vue politique, c'est une décision que je peux comprendre, de ne pas y aller au regard des attaques qui ont été faites contre la France en direct par les responsables en Azerbaïdjan. Néanmoins, il y a toutes les équipes techniques de négociation qui sont là pour faire avancer les dossiers. Néanmoins, ce que je voudrais dire, c'est qu'aujourd'hui, on voit ce qu'on appelle le backlash, c'est-à-dire une contre-attaque, une contre-offensive, contre toutes... Un recul, non ? Je vois d'abord une contre-offensive. Est-ce que ça mène à un recul ? C'est autre chose.

Mais je vois une contre-offensive contre toutes les politiques climatiques que nous menons depuis des années. Et c'est le cas, notamment en Europe, avec une alliance de la droite et de l'extrême droite européenne contre toutes les politiques... On va y venir, un vote important qui a eu lieu il y a quelques jours. Je voudrais... Ok, je reviendrai là-dessus, mais c'est extrêmement important.

9:12
Présentateur

C'est la déforestation, non mais c'est important, la question politique et ce qui se joue en Azerbaïdjan. On a vu une photo, Pascal Canfin, c'est celle du président du Conseil européen, Charles-Michel, qui serre la main du président Azerbaïdjané Aliyev. Est-ce qu'elle vous a choqué, cette photo, pour le dire simplement ?

9:26
Pascal Canfin

Non, écoutez, sincèrement, c'est vraiment pas le sujet. Elle a fait polémique, mais on ne va pas dire machin a raison d'y aller contre un tel à tort de ne pas y aller. Ce n'est pas le sujet. Vraiment, c'est totalement anecdotique. Ce qui se joue, c'est est-ce qu'on est capable de faire front contre la contre-offensive, je vais dire, conservatrice réactionnaire qui touche notamment toutes les politiques climatiques et qui nous empêcheront de respecter les accords de Paris. C'est ça l'enjeu. Le reste est honnêtement totalement anecdotique.

Et moi, ma bataille, c'est de rappeler qu'en Europe, aujourd'hui, on importe 400 milliards par an d'énergie fossile, du gaz et du pétrole, qui est le cœur de ce qui génère le réchauffement climatique. 400 milliards par an. Les Etats-Unis, qui sont les premiers exportateurs au monde, les premiers producteurs au monde d'énergie fossile, eux, gagnent chaque année par des recettes d'exportation presque 200 milliards de dollars. Ça veut dire qu'on commence sur la ligne de départ le 1er janvier avec 600 milliards d'écarts, 400 d'un côté, 200 de l'autre, ça s'additionne, 600 milliards d'euros de déficit avec les Etats-Unis.

Imaginez ce qu'on pourrait faire si, en décarbonant notre économie, en passant au renouvelable, au nucléaire, à l'efficacité énergétique pour sortir des fossiles, combien d'investissements dans nos services publics ? Combien d'investissements dans l'intelligence artificielle ? On réglerait nos problèmes. Et donc, c'est pour ça que moi, je n'oppose pas du tout la compétitivité de nos entreprises et de l'Europe et le pacte vert. Au contraire, ce sont les deux faces de la même médaille.

11:02
Présentateur

Mais compliqué de convaincre le président de l'Azerbaïdjan que le pétrole et le gaz ne sont pas un cadeau de Dieu pour reprendre son expression. C'est exactement pour ça

11:10
Pascal Canfin

que ça pose question d'organiser la COP là-bas.

11:12
Présentateur

On va filer au Standard. Bonjour Alain. Bonjour.

11:16
Auditeur

Bonjour toute l'équipe de France Inter.

11:17
Présentateur

Et bienvenue à vous.

11:19
Auditeur

Bienvenue aussi. Alors, ma question. Aujourd'hui, on parle d'Europe. On parle de mondialisation. Je trouve que les manifestations qui sont faites en France auront un effet très faible. Il fallait surtout voir les pays qui sont pour, les pays qui sont contre. Et vous nous parlez du Mercosur, Alain. Le problème agricole et elle est manifestée en Europe. On a donné tous les pouvoirs à l'Europe. Maintenant, je pense que l'affaire est pliée.

11:48
Présentateur

Merci pour votre intervention. La question du Mercosur, elle est cruciale et elle divise les Européens, Pascal Canfin.

11:54
Pascal Canfin

Absolument. Merci pour votre question sur le Mercosur. Moi, je suis contre l'accord Mercosur.

11:59
Présentateur

Alain est agriculteur dans le Cantal.

12:01
Pascal Canfin

Et je suis contre les accords Mercosur, comme vous, je pense, Alain, pour deux raisons. La première raison, c'est que dans le texte de cet accord tel qu'il est aujourd'hui, il n'y a rien sur le climat et la biodiversité, contrairement à d'autres accords commerciaux que nous avons pu signer.

12:17
Invité

Vous parlez de l'Asie?

12:18
Pascal Canfin

C'est une régression.

12:19
Invité

Vous parlez de l'Asie?

12:20
Pascal Canfin

Non, je parlais de l'accord avec le Chili ou l'accord avec la Nouvelle-Zélande, par exemple, qui comporte des clauses environnementales très strictes, ce qui n'est pas le cas à notre connaissance du texte qui pourrait être signé dans quelques jours sur le Mercosur. La deuxième raison, et elle sera encore plus chère au cœur d'Alain, c'est la lutte contre la concurrence déloyale pour nos éleveurs. Parce que, et c'est sorti il y a quelques jours, vous en avez parlé ici même à ce micro cette semaine. On a découvert, grâce à un contrôle de la Commission européenne, le fait que, alors que c'est interdit depuis près de 40 ans, le Brésil exporte du bœuf élevé avec des hormones interdites en Europe.

Et pourquoi elles sont interdites en Europe? Parce qu'elles sont cancérigènes. Donc c'est à la fois un enjeu de concurrence déloyale pour Alain, et c'est un enjeu de santé publique pour nous.

13:08
Présentateur

Donc rien à voir avec le Mercosur puisque l'accord n'est pas entré en application.

13:11
Pascal Canfin

Exactement. Or, qu'est-ce qu'on s'apprête à faire avec le Mercosur à Libadou? C'est à donner beaucoup plus de quotas d'exportation de bœuf sans tarif douanier aux Brésiliens au même moment. Alors que, cette semaine, nous venons de contrôler et nous avons découvert qu'en fait, il n'y avait aucun système de traçabilité.

13:31
Présentateur

dans l'Union Européenne. Je vais donc totalement dans le sens

13:34
Pascal Canfin

d'Alain et le cœur de ce qui fera la différence. Puisque l'Europe, c'est pas là où j'ai un point de désaccord avec Alain, c'est dans sa formulation sur on a donné tous les pouvoirs à l'Europe. Non, d'abord le on, c'est personne, c'est nous qui nous sommes organisés pour ça. Deux, on n'a pas donné on, enfin les pouvoirs ne sont pas totalement donnés à la Commission Européenne. Heureusement, l'Europe est une démocratie. Ça veut dire quoi? Ça veut dire qu'on peut s'opposer au Mercosur si on est un nombre suffisant de pays.

Et donc la France qui s'opposera au Mercosur, toutes les forces politiques aujourd'hui en France l'ont rappelé, Michel Barnier l'a rappelé, le président de la République l'a rappelé, on doit trouver des alliés pour former ce qu'on appelle une minorité de blocage pour bloquer le Mercosur. Et au Parlement européen puisque ça viendra au Parlement européen pour ratification, l'accord Mercosur doit être ratifié par l'instance démocratique européenne qui est le Parlement, ça sera extrêmement serré. Et donc je le dis à Alain, ce qui fera la différence, c'est la mobilisation agricole. Non pas tant, en France, en France tout le monde est convaincu.

Mais dans les pays qui ne le sont pas encore, en Italie,

14:39
Invité

en Pologne. Mais le journal L'Opinion dit que la commission peut se passer de ce vote.

14:43
Pascal Canfin

Non, pas le vote du Parlement européen.

14:46
Invité

Elle peut adopter le volet commercial du traité à la majorité qualifiée sans consultation des parlements nationaux.

14:51
Pascal Canfin

Je vous avais raison sur le fait qu'il y a une voie juridique qui permet de ne pas faire 27 ratifications nationales, les fameux parlements nationaux dont vous parlez à l'instant. Par contre, il est impossible pour la commission européenne de se passer de l'aval majoritaire du Parlement européen. Et c'est là où la bataille va se mener. Si, comme on s'y attend, même si on fait tout pour que ça ne soit pas le cas, que le Mercosur est signé par la commission européenne dans quelques jours, quelques semaines, il viendra ensuite pour ratification au Parlement européen. Et là, la bataille sera extrêmement serrée. Je peux vous dire, ça se jouera à quelques voix.

15:29
Présentateur

Mais aujourd'hui, la France n'est pas en situation de se passer

15:31
Pascal Canfin

à l'adoption du Mercosur. Et de tous les mouvements syndicaux agricoles en Europe, notamment dans quelques pays clés, en Italie, en Pologne, qui pourront faire la bascule, feront qu'on pourra gagner.

15:42
Invité

Est-ce que vous craignez une alliance de la droite et de l'extrême droite comme on a pu le voir il y a quelques jours, hier, avec le report d'un an de la loi contre la déforestation qui a été reportée par une alliance de la droite avec les forces d'extrême droite au Parlement européen ?

15:55
Pascal Canfin

Ce n'est pas que je la crains, c'est que je la vois. Vous venez de le dire.

15:59
Invité

Et sur cet accord ?

16:00
Pascal Canfin

Je la vois. Alors, sur l'accord Mercosur ? Non. Et c'est tout. L'énorme paradoxe, c'est que la droite européenne, qu'on appelle le PPE, Parti Populaire Européen, dans lequel il y a LR et d'autres mouvements de droite européens, fait campagne aux élections européennes en disant « Nous sommes le parti des agriculteurs ». C'est l'expression utilisée par le chef du parti Manfred Weber.

16:22
Invité

Ils ont dit même que votre présence sur l'église était un doigt d'honneur aux agriculteurs.

16:25
Pascal Canfin

Eh bien, ce parti, le PPE, Manfred Weber, la CDU, le Parti Populaire Espagnol, la Forza Italia en Italie, d'accord, Berlusconi, tout ça, ce sont les plus gros promoteurs du Mercosur, Marion Lour. Ce sont eux qui sont derrière le Mercosur. Et donc, nous sommes face à une imposture totale. Et je le dis à Alain, vous vous faites avoir. Vous vous faites avoir. D'accord ? C'est la droite européenne qui est aujourd'hui la force politique la plus en soutien au Mercosur. Et donc, regardez la réalité des votes et nous, nous sommes à vos côtés. Nous sommes à vos côtés contre le Mercosur.

17:01
Présentateur

Le Parlement européen, c'est un espace où on fait des compromis, où les alliances ne sont pas celles qu'on retrouve dans les parlements nationaux. Quoi de choquant, après tout, que des élus se retrouvent pour voter contre un texte, en l'occurrence, celui qui concerne la déforestation. Est-ce que vous ne critiquez pas la démocratie et son principe même sur le plan européen ?

17:21
Pascal Canfin

Bien sûr que non. On gagne, on perd. Ça, c'est la démocratie. Mais la question, c'est dans quel contexte politique ? Quelle est l'alliance qui est en train d'essayer de vider de son contenu le pacte vert ? Hier, en l'occurrence, le texte sur la déforestation, demain, d'autres. C'est une alliance entre la droite et l'extrême droite. Et donc, encore une fois, il faut revenir à un enjeu majeur qui est qu'on ne peut pas mettre, on ne peut pas gouverner l'Europe. Le lundi, en faisant une alliance entre forces pro-européennes, nous et le centre-gauche social-démocrate et le centre-droit, et de l'autre côté, le mardi, faire une alliance avec l'extrême droite. C'est totalement instable.

C'est totalement instable. C'est impossible de gouverner comme ça dans la durée. Or, c'est exactement le début de crise politique dans lequel nous sommes à l'échelon européen, à savoir que nous sommes en train de générer, nous sommes en train, nous on essaie d'y résister et nous voulons être une force stabilisatrice. Mais la droite européenne est en train de passer des alliances régulières avec l'extrême droite européenne et cela déstabilise profondément notre capacité à construire l'Europe.

Dans un moment où, nous le rappelions en introduction, il y a Vladimir Poutine qui est en Ukraine, il y a Trump et il y a l'enjeu de compétitivité absolument majeur pour notre avenir et notre liberté avec la Chine. On n'a pas le droit de jouer à ce petit jeu politicien. Ça n'est pas du tout à la hauteur des enjeux. Donc moi, je me bats avec mes collègues au Parlement européen, avec Valérie Haillet, la présidente du groupe centriste au Parlement européen pour être une force de stabilisation et une force qui construit l'Europe puissante.

18:55
Présentateur

Mais vous êtes une force qui est peu nombreuse et donc qui a du mal à peser sur les grandes décisions. Nous sommes moins nombreux

19:00
Pascal Canfin

à Libadou. Nous sommes moins nombreux qu'avant. C'est le résultat des élections. Nous l'avons dit pendant la campagne. On l'a dit pendant la campagne. Si nous sommes moins nombreux, la France sera moins forte. C'est la réalité. On l'a dit. On y est. Parce que les électeurs qui se sont portés sur d'autres listes, nous ont de facto affaibli et affaibli la voie de la France. On l'a dit pendant la campagne.

19:21
Invité

Vous avez parlé de l'extrême droite, Pascal Canfin. Cinq ans de prison dont deux fermes ont été requis et cinq ans d'inéligibilité contre Marine Le Pen dans le procès des assistants parlementaires du FN au Parlement européen. La peine fait l'objet d'une exécution provisoire. Ça veut dire que même si un recours est introduit, elle serait quand même appliquée si elle est prononcée au début de l'année prochaine, ce qui provoquerait l'absence de Marine Le Pen à la prochaine présidentielle. Pour Gérald Darmanin, ancien ministre de l'Intérieur, il ne fallait pas, parce que le combat se fait dans les urnes, quelle est votre position là-dessus ?

19:53
Pascal Canfin

Je trouve que cette phrase est extrêmement dangereuse. Extrêmement dangereuse. C'est-à-dire ? Parce qu'elle politise un procès qui est un procès comme un autre. Et je pense que Gérald Darmanin, bien sûr, c'est un procès comme un autre, Ali Badou. Pourquoi penseriez-vous que la justice devrait fonctionner de manière différente parce que c'est Marine Le Pen ou que c'est un délinquant en col blanc ou que c'est un voleur et un cambrioleur ? Pourquoi ? Parce que vous-même, vous avez intégré dans votre question le fait qu'il puisse y avoir une politisation de ce procès. Il n'y a pas de politisation de ce procès. Je ne sais pas qu'elle sera... On a donné des faits.

Dans notre raisonnement, en l'occurrence, le Rassemblement National Gérald Darmanin,

20:36
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon et d'autres font de la question de...

20:41
Pascal Canfin

Eh bien, ils ont tort. Ils ont tous tort et ça, c'est extrêmement dangereux. Et le fait qu'il y ait sur la même ligne de départ telle que vous venez de la lire, la listée Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Gérald Darmanin me donne beaucoup, beaucoup de raisons de penser que j'ai raison dans ma position de ne pas être de leur côté. Pourquoi ? Parce que moi, je ne préjuge pas quel sera le résultat du procès. Mais je ne souhaite rien. Je ne souhaite rien. Regardez, analysez, regardez les pièces du dossier. Il se trouve que c'est une fraude au Parlement européen. Je suis parlementaire européen. J'ai donc regardé d'extrêmement près les pièces du dossier. C'est parfaitement documenté.

C'était totalement systémique, organisé et c'était une fraude à l'argent public. Est-ce que ça conduit... A quel jugement ça conduira ? Je ne le dis pas, je ne le sais pas et surtout...

21:29
Présentateur

C'est sous-entendu dans votre discours.

21:30
Pascal Canfin

Mais pas du tout. Si la justice, si la justice conclut sur la base de l'état de droit, sur la base des règles qui s'appliquent à tous, que Marine Le Pen est innocente, eh bien Marine Le Pen serait innocente. Si, sur les mêmes bases, le même état de droit, elle est jugée inéligible, elle est jugée inéligible. Vous savez, c'est extrêmement grave parce que j'ajoute un autre nom à votre liste. C'est Orban. Qu'est-ce qu'il a dit Orban hier ? Président de Premier ministre de la Hongrie. Il a dit c'est du harcèlement juridique contre Marine Le Pen. Ne vous inquiétez pas, à la fin, on finit toujours par gagner.

22:02
Invité

Comme Trump. Il a fait la courte à raison.

22:03
Pascal Canfin

Comme Trump, exactement. Vous voyez cet international d'extrême droite qui toujours, on parlait climat, on parlait déforestation, maintenant on parle d'état de droit, c'est toujours la même bataille. Et il ne faut jamais, jamais céder.

22:13
Présentateur

Merci Pascal Canfin d'avoir été l'invité du grand entretien et d'Inter ce matin.