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interviewBFMTV· 26 juillet 2022 13 min

Cameroun: le discours d'Emmanuel Macron à Yaoundé en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

On devrait s'écouter le Président français.

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Emmanuel Macron

Parmi vous, au Cameroun, et je tenais à vous remercier pour l'accueil que vous nous avez réservé. Ce déplacement, vous l'avez parfaitement dit, Président, marque pour nous un moment important. Et ce n'est pas un hasard, en effet, si j'ai choisi de venir dans votre pays pour la première étape de cette petite tournée africaine, la première depuis ma réélection. D'abord, du fait de la profondeur de la relation franco-camerounaise et du caractère exceptionnel de l'amitié entre nos deux pays. Ensuite, parce que le Cameroun est un partenaire stratégique en Afrique centrale, région avec laquelle je souhaite, justement, consacrer plus de temps lors de ce second quinquennat.

Enfin, parce que, je dois le dire, je suis très admiratif de la jeunesse camerounaise. Nous en avons longuement parlé. Le niveau d'excellence des jeunes diplômés camerounais, les talents qui sont ici présents, sont une fierté pour le pays. Et je pense que le rôle de la France est d'aider au maximum, justement, à leur donner une place et leur permettre de réussir. Cette relation forte et ancienne qui unit le Cameroun et la France se traduit par une coopération exceptionnelle. Nos priorités communes ont fait du Cameroun l'un des premiers partenaires de l'Agence française de développement.

Aux côtés du gouvernement camerounais, elle a financé des projets à hauteur de 2 milliards d'euros ces dix dernières années. Et les quelques 200 entreprises françaises présentes dans le pays, actives dans tous les secteurs, participent au dynamisme de votre économie. Et c'est une force pour nous tous. Alors, cette présence française, elle a été concurrencée ces dernières décennies. C'est bien normal par d'autres. Il nous appartient d'être meilleurs, plus efficaces. Devraient ensemble aussi à une plus grande transparence des marchés, à une plus grande efficacité collective.

Là aussi, nous en avons longuement parlé, mais je souhaite qu'on puisse diversifier cette coopération au-delà des grandes infrastructures et des commodités, qu'on puisse regarder dans le domaine de l'agriculture, de la formation, du numérique, également des industries culturelles et créatives et du sport, comment faire davantage. C'est d'ailleurs le sens de la délégation qui m'accompagne. Je salue également la qualité de notre coopération de sécurité et de défense. Mais là aussi, nous voulons la renforcer, en particulier en matière de formation. J'ai bien pris note de vos demandes, Président.

Et cette coopération, c'est celle qui nous permet d'agir contre le terrorisme dans le bassin du lac Tchad. Et nous avons ensemble évoqué, évidemment, cette situation, notre volonté de lutter contre le terrorisme, de le faire en lien avec tous les pays de la région qui sont touchés par ce phénomène, comme d'ailleurs la France, vous le savez, y est engagée depuis de nombreuses années. Nous avons également ensemble évoqué la situation de plusieurs pays de la région, notamment la République centrafricaine, et de notre préoccupation commune à l'égard des ingérences qui s'y font jour.

Nous sommes également convenus avec le Président Biya de continuer, de travailler à l'approfondissement des liens entre nos deux pays sur plusieurs volets, et en particulier en matière de développement économique. J'évoquais quelques-unes des pistes et des secteurs sur lesquels nous voulons avancer, également en matière de paix, de prospérité, de stabilité. A cet égard, conformément à nos engagements, je tiens à renouveler, et nous en avons là aussi longuement parlé, le soutien de la France au processus de décentralisation.

Je demeure en effet convaincu, je l'ai dit au Président, que la régionalisation constitue une réponse à la grave crise qui continue d'affecter le pays dans ces régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et que c'est par ce processus politique de dialogue, de réforme, d'avancée, de conciliation, qu'une solution durable pourra être trouvée. Cette volonté d'avancer ensemble, nous l'avons aussi constatée dans le domaine de la sécurité alimentaire. Vous venez de le rappeler, Président, et juste après notre échange, j'aurai l'occasion de retrouver plusieurs de nos délégations et plusieurs ministres pour avancer dans cette direction.

La hausse du cours des matières premières, les difficultés d'approvisionnement dans un contexte d'inflation qui, pour partie, était due à une reprise non coordonnée mondiale, mais qui a été largement aggravée par la guerre lancée par la Russie en Ukraine, n'épargne ni l'Afrique, ni le Proche et Moyen-Orient, ni l'Europe. Et alors même que nous sortons à peine de la crise liée au Covid-19, ce conflit met à l'épreuve directement nos économies, et en particulier la vôtre. C'est pour faire face à ces conséquences, notamment en Afrique, que nous avons souhaité nous engager.

Nous en avons d'ailleurs parlé il y a quelques semaines ensemble au téléphone, mais dès le mois de mars, nous nous sommes engagés pour cette initiative dite FARM, qui vise d'une part à aider à faire circuler les denrées alimentaires afin d'éviter que cette crise ne les touche et ne bloque la circulation et ne crée des situations de surstockage, mais permettent surtout de produire davantage dans les pays qui en ont besoin, en particulier les pays afriques.

Nous nous retrouverons tout à l'heure, c'est un objectif de formation, c'est un objectif de production accrue sur le plan agricole, c'est un objectif pour bâtir, évidemment, une plus grande autonomie africaine en matière d'engrais et de production renforcée. C'est un partenariat public-privé que nous voulons ainsi établir.

L'investissement de la France dans le secteur agricole au Cameroun est évidemment ancien, mais c'est une manière là de lui donner un nouveau jour, de le renforcer et de permettre de régler la crise qui est la nôtre, comme vous l'avez un instant dit, Président, par de la coopération, coopération entre nos deux pays, coopération entre nos académiques, nos systèmes de formation, coopération entre nos systèmes publics et privés. Ce déplacement est également l'occasion pour moi de maintenir la dynamique créée par le nouveau sommet Afrique-France de Montpellier.

En octobre dernier, en effet, j'avais été frappé par la vitalité, la vivacité des représentants de la société civile camerounaise qui avaient fait le déplacement. C'est pourquoi, en fin de journée, je me rendrai au village Club Noah pour écouter, échanger avec les nouvelles générations camerounaises et françaises sur la politique française en Afrique, la relation entre nos deux pays et nos jeunesses. Nous parlerons des enjeux de participation citoyenne, démocratie, de développement durable, de patrimoine, de sport, de culture, des enjeux qui nous concernent tous pour nous aider à mieux bâtir encore et renforcer le partenariat qui est le nôtre.

Voilà en quelques mots le sens de la visite qui est la mienne et une partie de ce que nous avons échangé avec le Président à l'instant. Nous avons couvert beaucoup de sujets sur le plan bilatéral, sur le plan de la sécurité régionale, de la coopération régionale. Nous avons fait à peu près le tour du monde. Mais sur chacun de ces points, nous avons défini un agenda précis avec des points de rendez-vous qui seront réguliers. En tout cas, je veux ici que vous tous puissiez n'avoir aucun doute sur la volonté de la France et ma détermination à travailler avec vous dans la direction que je viens d'évoquer. Je vous remercie.

7:29
Présentateur

Monsieur le Président, Yves-Marc Medjo, journaliste à la CRTV, la radio-télévision nationale du Cameroun. Ma question s'adresse au Président de la République française. Monsieur le Président, les Africains et particulièrement les Camerounais sont témoins des concours financiers et de la qualité des matériels militaires que l'Occident apporte à l'Ukraine en guerre. Lorsque l'on sait que les pays africains en difficulté économique ou même en conflit ont du mal à recevoir pareille bienveillance, pareille assistance, Monsieur le Président, comment assumez-vous ces deux poids, deux mesures ? Je vous remercie.

8:29
Emmanuel Macron

D'abord, je pense qu'on dit souvent, quand j'écoute ou je lis, beaucoup d'approximations sur ce qui se passe en Ukraine. Et je ne ferai pas de comparaison excessive. En Ukraine, vous avez un pays souverain dont la souveraineté et l'intégrité territoriale a été violée par une agression unilatérale d'un pays voisin, la Russie. C'est comme ça qu'il faut le qualifier. C'est une guerre lancée par la Russie. Les règles qui sont les nôtres, la Charte des Nations unies, les textes que nous avons signés, que la Russie d'ailleurs a également signé en tant que membre de l'OSCE, font qu'elle a violé à peu près tous ses engagements internationaux. Le choix qui a été fait par les Européens.

Premièrement, n'est en aucun cas de participer à cette guerre, mais de la reconnaître et de la nommer. Là où je vois trop souvent de l'hypocrisie, en particulier sur le continent africain, je vous le dis avec beaucoup de calme et de sérénité, à ne pas savoir qualifier une guerre qui en est une et à ne pas savoir dire qui l'a lancée. Parce qu'il y a des pressions diplomatiques, je ne suis pas dupe. Mais enfin, il faut dire les choses. On vit mieux. Nous, nous avons décidé de tout faire pour stopper cette guerre, comme l'a dit le Président. Et je vous rappelle que moi-même, quelques jours avant, je suis allé en Russie et en Ukraine pour essayer de l'empêcher.

Tout faire pour la stopper sans y participer. Ce faisant, que font les Européens ? Il sanctionne la Russie pour bloquer son effort de guerre. Il essaie, dans tous les sénacles internationaux, de l'isoler diplomatiquement. C'est là où nous avons besoin de vous, parce que sinon, ce schéma se reproduira à l'envie. Ce n'est pas l'ordre international que nous voulons, qui repose sur la coopération et le respect de la souveraineté de chacun. Et enfin, nous aidons l'Ukraine à résister. Des aides économiques et financières, des aides prenant les réfugiés, et des aides militaires en livrant du matériel. C'est ça, la situation, très précisément.

Je ne vois pas sur le sol africain des pays qui soient dans une situation comparable, étant agressés par une puissance voisine, où nous aurions à nous poser tel sujet. Par contre, je vois des pays qui ont pu être déstabilisés par le terrorisme. Ça, c'est tout à fait vrai. Et vous parlez là à un chef d'État qui a l'honneur d'être à la tête d'un pays qui s'est engagé ô combien. Mais je vous le dis avec beaucoup de clarté, monsieur. En Afrique, nous n'avons pas simplement livré des armes. Nous avons envoyé des troupes à la demande d'un État souverain, qui était le Mali, et de l'organisation régionale, qui était la CDAO, pour la défense de sa souveraineté nationale.

Nous avons donc fait beaucoup plus que pour l'Ukraine. Je vous parle avec la gravité d'un chef d'État qui a eu à enterrer des soldats, parce qu'ils sont venus sur le sol africain défendre la souveraineté d'un État qui n'était pas le leur. C'est ça, la réalité. S'il y a deux poids, deux mesures. Ce deux poids, deux mesures, est dans l'autre sens que celui que vous avez évoqué. L'armée française, à la demande du Mali en 2013, est intervenue pour stopper les terroristes qui faisaient route vers Bamako. Puis l'armée française, à la demande de l'État malien et de la CDAO, est restée pour protéger.

Et si aujourd'hui, il n'y a pas un califat territorial au Mali, c'est parce qu'il y a eu l'armée française et que des dizaines de nos enfants sont morts sur le sol africain pour lutter contre le terrorisme. Allez voir beaucoup d'autres que la France pour leur demander les deux poids, deux mesures. La France est le pays qui s'est le plus engagé pour des États africains à leur demande et pour leur sécurité. Par contre, nous le faisons dans un cadre clair. À la demande d'un État souverain et pour lutter contre le terrorisme. Quand ce cadre n'a plus été rempli, après les deux coups d'État militaire au Mali et les choix de la Jeunte, nous avons décidé de partir, de réorienter notre dispositif.

C'est ça la réalité. Maintenant, nous avons des politiques de coopération militaire avec de nombreux pays africains. Le Cameroun en fait partie. Qui passe par des livraisons, de la formation, du partenariat. Et c'est sur cette route que nous continuerons d'avancer, de consolider le lien qui est le nôtre sur le plan militaire. Voilà. Je ne peux pas être plus exhaustif et précis pour faire la différence entre des situations que vous avez évoquées et rappeler la réalité de l'implication de la France.

12:54
Locuteur

Merci.