Grève SNCF : "Il y aura un train pour ramener tout le monde dimanche", estime Jean-Pierre Farandou
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le PDG du groupe SNCF. Questions, réactions au 01-45-24-7000 et sur l'application Radio France. Jean-Pierre Farrand, nous bonjour. Bonjour. Bonjour, bienvenue. Oui, bienvenue sur Inter. Beaucoup de questions à aborder avec vous ce matin, alors que s'ouvrait hier à Marseille la conférence sur le financement des transports organisés par le gouvernement. On va y venir en détail. On va évoquer également le prix des billets SNCF qui augmente et qui augmente et ça préoccupe évidemment les Français. Enfin, votre bilan à la SNCF alors que votre mandat s'achève prochainement.
Mais d'abord, la grève à la veille du grand week-end du 8 mai. Plusieurs catégories de personnel sont appelées à se mobiliser par la CGT, Cheminot et Sudrail. L'influent collectif de contrôleurs, le CNA, s'est joint à l'appel à la mobilisation en lui donnant de l'ampleur. Est-ce qu'à partir de demain et jeudi, ça va être le début d'un week-end noir dans l'Hexagone ?
Moi d'abord, je voudrais avoir une pensée pour les voyageurs. Je suis désolé qu'on les embête avec ces grèves. Il y a des voyageurs de TGV, mais il y a aussi des voyageurs du service public. Il y a des lignes de banlieue en Ile-de-France qui sont touchées, quelques TVR en province. On fait tout, effectivement, pour offrir des trains à nos clients. En ce qui concerne les TGV et ce pont, on est assez confiants. Tous les départs vont bien se passer, puisqu'en fait, il n'y a quasiment pas de grève mercredi-jeudi, donc c'est le service quasi normal. Mais les retours ? Voilà, la question, c'est les retours, puisque la grève des chefs de bord, des contrôleurs et du collectif démarre 9, 10, 11.
Ce qu'on peut dire, c'est qu'on va faire rouler un maximum de trains. On va prévenir chacun de nos clients, qui saura exactement s'il a eu un train au départ et s'il a eu un train au retour. On pense qu'on pourra ramener tout le monde. Alors, pas forcément le train précis, mais un train. Il y aura un train dimanche pour ramener tout le monde. Personne ne sera laissé à quai. On se mobilise pour arriver à faire revenir tous nos clients, bien évidemment.
Combien de trains vont rouler ce week-end ?
Je pense qu'on sera pas loin de 90% des trains qui vont rouler. On l'a déjà fait. On avait déjà eu un problème, déjà, avec les contrôleurs TVV. C'était en février 24. On avait fait rouler plus de 80% de nos trains. Et 100% d'ailleurs sur les vallées alpines, puisqu'on était en ambiance sport d'hiver. Voilà, donc on est vraiment confiants de faire rouler tous ces trains. On va se réorganiser. La plupart des clients auront vraiment le train pour lequel ils auront acheté un billet. Et quelques-uns auront peut-être se déplacer d'une heure ou deux. Ils seront prévenus, je l'aurais dit, aujourd'hui ou demain. Ils auront une information précise.
D'ailleurs, en arrivant, une de vos assistantes m'a dit qu'elle était toute contente parce qu'elle avait eu un SMS lui garantissant son train au départ et au retour.
Et donc, à quelqu'un qui hésite à annuler son billet train ce matin pour se reporter sur un autre mode de transport, vous vous dites quoi ? Quel est votre message ? N'annulez pas, votre train roulera.
Ah ben, pour ceux qui... Alors, il y a déjà des gens qui ont annulé. On l'a vu, on a fait moins de ventes pour ce pont du 8 mai qu'on ne fait d'habitude.
Vous avez combien d'annulations ?
Plusieurs milliers. On n'a pas les comptes précis, mais on peut comprendre. Les gens qui ne voulaient pas prendre de risque du tout, ils ont pris d'autres modes de transport. D'ailleurs, nos concurrents rigolent. Nos concurrents rigolent. Nos concurrents ferroviaires. Train Italia, c'est train de soirée à Chiplin. Blablacar, c'est plus 20 ou 30%. Location de voiture, c'est pareil. Voilà, donc ça, quand les cheminots font grève, nos concurrents rigolent. Voilà, il faut le savoir. Voilà, donc ça, c'est déjà fait. Donc, ceux qui ont un billet aujourd'hui, vous allez recevoir un SMS ou deux mains. Non, à mon avis, ce n'est pas la peine de l'annuler. Vous pouvez le faire si vous voulez.
Je le rappelle, on propose à nos clients, s'ils le souhaitent, d'annuler gratuitement en échange, remboursement, tout est gratuit. Sans frais, donc. Sans frais, exactement.
Ils peuvent annuler ce matin sans frais.
Exactement. Même si le billet, normalement, n'était pas remboursable. Là, on a ouvert, tous les remboursements sont possibles. Mais honnêtement, je pense que les gens qui ont un billet aujourd'hui, on sera capable de les amener et de les ramener dimanche.
Donc, vous dites que les TGV devraient être épardiers. C'est ça que vous nous dites ce matin. Je ne veux pas employer de mots à côté de la plaque. En revanche, les lignes régionales, comment ça va se passer ?
Ça va dépendre de la dynamique de la grève. Donc, les contrôleurs, c'est vraiment les contrôleurs TGV qui font grève. Et même quand on regarde, c'est les TGV inouïs. Dans les Ouigo, par exemple, il n'y a que 20% de grévistes. Ce n'est pas énorme. Donc, c'est peut-être lié à l'âge, à la préoccupation de la retraite qui est plus marquée chez les contrôleurs plus âgés des TGV inouïs. En ce qui concerne les TER et les Transiliens, on a bon espoir que le mouvement s'arrête assez vite et que le service public puisse reprendre ses droits. Là, on parle vraiment de trains dont les gens en ont besoin pour aller travailler.
Moi, j'ai confiance que ces trains-là reviennent à la normale très vite maintenant.
Alors, venons-en aux revendications. Les syndicats réclament une hausse des rémunérations. Une meilleure anticipation des plannings également, trop souvent modifiés à la dernière minute. D'après eux, ils vous reprochent d'ailleurs de ne pas avoir ouvert de négociations. Le secrétaire général de la CGT Cheminot disait hier que les négociations ne sont pas ouvertes et la direction bloque de ce point de vue-là. Ouvrez des négociations. Nous avons de vraies propositions à faire. Fin de citation. Vous lui répondez quoi ? Vous allez bouger, ouvrir des négociations ?
D'abord, moi, je veux dire, cette grève, elle est incompréhensible. Elle est un peu incompréhensible pour les Français. On l'a vu, les Français, ils voudraient pouvoir aller voir leurs amis, voir leur famille. Tout va mal. Problème militaire à l'est de l'Europe. Problème géoéconomique avec M. Trump qui fait des misères à l'économie mondiale. Du chômage un peu partout qui commençait à arriver. Voilà, je crois que les Français ne comprennent pas bien pourquoi quelques catégories de cheminots revendiquent encore, en fait, pour de l'argent, il faut être clair, la revendication principale, c'est encore de l'argent.
Et là, vous leur dites quoi pour la revendication de l'argent, la rémunération ? L'augmentation de rémunération, c'est non ?
Écoutez, il faut être clair. Moi, d'abord, je travaille pour tous les cheminots. Moi, je n'aime pas trop les revendications catégorielles qui ne concernent que quelques-uns, au prétexte qu'ils auraient le pouvoir de faire grève. Moi, je suis le patron de 150 000 cheminots. Pas que des chefs de bord ou des contrôleurs et pas que des conducteurs. Voilà, je suis le patron de tout le monde. Et on a fait beaucoup en social pour tout le monde. D'abord, la rémunération, elle a augmenté en 4 ans de presque 20% à l'SNCF, alors que l'inflation, c'est 14-15. Donc, on a fait quasiment un point de plus que l'inflation pendant toutes les années de problèmes de pouvoir d'achat.
Donc, on a non seulement préservé, on a même amélioré. L'emploi, pour la première fois depuis les 35 heures, c'est-à-dire plus d'une vingtaine d'années, l'emploi augmente à l'SNCF. Et les contrôleurs, par exemple, on a fait plus de 11% d'emplois.
Mais je ne comprends pas. Vous dites ce matin, elle est illégitime, cette grève ? Elle n'est pas compréhensible ?
Non, elle n'est pas compréhensible. Et je termine. Et enfin, les accords sociaux. On ne peut pas dire qu'il n'y a pas de dialogue social. J'y reviendrai. L'année dernière, on a signé 8 accords sociaux. Ce n'est pas rien. Ça veut dire qu'on discute avec les syndicats et qu'on peut trouver des compromis. Et notamment l'accord social qui a fait couler pas mal d'encre sur la pénibilité en fin de carrière. Avec des dispositifs, je pense, généreux, avantageux, qui font qu'un Spineau fatigué par 30 ans 3-8 ou 30 ans de travail de nuit peut agencer sa carrière en fin de parcours. Voilà. Donc ça, c'est très clair. Donc là-dessus, on a fait le boulot. Le partage de la valeur, il est là.
Des rémunérations, de l'emploi, des accords sociaux. Alors, pour revenir aux revendications. Sur les plannings, on a déjà décidé des choses. C'est les voyageurs qui gèrent ces gens-là. Par exemple, on a décidé de positionner les repos pendant 6 mois et de ne plus les toucher. Ils ont leur repos pour 6 mois, on n'y touchera plus. On a décidé qu'on ne pourrait changer leur planning de 45 minutes environ qu'une fois tous les 3 mois avec un préavis de 6 semaines. On est dans les transports. On comprend bien que les trains, ils bougent. Ça peut arriver qu'il y ait des aléas. Les trains, il faut les bouger. Et enfin, les demandes de congés seront répondues au bout de 7 jours. Voilà.
Donc, on a déjà fait des efforts. Et en fait, toujours sur les plannings, avec les syndicats qui le souhaitent, et tous le souhaitent, on a engagé des négociations. Là, je ne suis pas d'accord avec ce terme. Les négociations, elles sont ouvertes.
Vous allez les accélérer ? Vous allez en faire plus des discussions ?
Les anticiper ? Il faut du temps pour bien négocier. Moi, je suis partisan des dialogues sociaux à froid. Le plus serein possible pour tous les cheminots, avec méthode, avec écoute. Le fameux accord sur la pénibilité fin de carrière, pas un jour de grève. L'accord sur les Jeux Olympiques, pas un jour de grève. Ça ne sert à rien de faire des grèves catégorielles qui tendent les Français, qui embêtent tout le monde. Il faut avoir une capacité à dialoguer tranquillement, à froid, sereinement, en écoutant tous les syndicats. Par exemple, cela a pris une autre action, qui aussi fait partie des revendications. Tous les syndicats ne sont pas d'accord entre eux. Il faut qu'on les écoute.
Il y a une synthèse à trouver. Voilà, donc il faut donner du temps au temps. Ça ne veut pas dire la cingling-là, ça ne veut pas dire qu'on reporte tout ça. Elles ont démarré. Le 28 avril, les négociations ont commencé avec les conducteurs. Le 29 avril, elles ont commencé à l'échelle de bord. Il y a des rendez-vous qui sont pris pour des tables rondes de négociations début juin, entre ces deux atelats-là.
Vous les anticipez, ces tables rondes ?
On les anticipe, on les a démarrées. Donc, les négociations, elles ont démarré. Entre ces négociations, on voit les syndicats, les uns après les autres, pour justement être en capacité de faire des synthèses et mieux les écouter. Le patron de la CGT, hier, a demandé une négociation sur la formation. J'ai donné mon accord. J'ai dirigé moi-même une table ronde le 7 avril. D'ailleurs, il était là, le patron de la CGT. Les trois syndicats étaient là, avec le choix de ne pas venir. C'est son problème. J'ai annoncé l'ouverture de ces négociations qui visent un grand accord sur la formation professionnelle. La formation professionnelle SNCF est 8% de la masse salariale. Donc, c'est énorme.
Voilà, donc, j'ai aussi annoncé l'ouverture de négociations sur un point de revendication, qui est la convergence entre les systèmes de rémunération, entre les statutaires et les salariés qui sont de droit commun. Donc, on le voit. Donc, les négociations, il y en a beaucoup. Elles sont toutes ouvertes. Il y a des plannings. Voilà, donc, franchement, le dialogue social est ouvert.
Ce matin, vous ne la comprenez pas, cette grève. On comprend ce que vous dites. Philippe Tabarro, le ministre des Transports, avait défendu, quand il était sénateur à l'ère, une proposition de loi l'an dernier qui prévoyait un quota de 30 jours par an durant lesquels les personnels de transport seraient privés de leur droit de grève, avec une limite de 7 jours d'affilée par période d'interdiction. Qu'en pensez-vous d'une telle proposition ?
Moi, là-dessus, je ne m'avance pas sur ce terrain. C'est le terrain des politiques. Moi, je ne fais pas de la politique. Je dirige une entreprise publique. Et moi...
Ça vous concernera.
Oui, oui. Mais moi, mon boulot, c'est le dialogue social. Vous voyez, moi, ce n'est pas la réglementation qui régit le droit de grève.
Le service garanti, vous n'avez pas d'avis dessus ? Valérie Pécresse a encore plaidé pour un service garanti aux heures de pointe.
Non, mais moi, je vous dis, mon action à moi, c'est le dialogue social. Là, j'en fais beaucoup. Par exemple, il n'y a pas de dialogue social. Si, vous savez qu'en trois semaines, il y a eu 35 réunions en ce moment. Donc, c'est tout ça. Quand j'entends dire qu'il n'y a pas de dialogue social, je ne suis absolument pas d'accord avec cette affirmation. Il est riche, il est intense, et je l'ai démontré. Et je m'y implique moi-même. Voilà. Donc, moi, c'est ça que mon travail. C'est, en fait, par le dialogue social, éviter que les grèves n'arrivent. Vous allez dire, moi, je suis pour le droit de grève. Il est constitutionnel. C'est un droit important qui a été acquis par les syndicats.
Recherche de compromis, d'éviter qu'on arrive à des grèves qui pénalisent tous les Français.
Jean-Pierre Farandou, venons-en maintenant au sujet fondamental du financement des transports. Alors qu'une conférence sur le sujet était inaugurée hier à Marseille par François Bayrou, intitulée Ambition France Transport. L'objectif, c'est de trouver de nouvelles ressources pour payer notamment la rénovation du réseau ferré et la mise en place de RER autour des grandes villes. Le tout dans un contexte, vous le connaissez, de restrictions budgétaires. Qu'attendez-vous de cette conférence ? Elle est bienvenue, alors que vous appelez depuis longtemps l'État à accentuer ses investissements dans le rail ?
Je pense que c'est un peu l'heure de vérité. On atteint vraiment un moment où il va falloir savoir est-ce qu'on est capable de mettre l'argent nécessaire dans ce pays pour maintenir en bon état le réseau ferroviaire français à 28 000 kilomètres de lignes où circulent les trains du service public, les trains de marchandises, les trains de nuit, les TV quand ils sortent des lignes à grande vitesse qui irriguent tout le territoire français. Est-ce qu'on est capable de trouver de l'argent ? Sinon ? Sinon, c'est la paupérisation. C'est les pannes. Les pannes après les pannes.
C'est les ralentissements parce que pour des raisons de sécurité, si la voie n'est pas en bon état, on est obligé de ralentir. Et en fait, on a ce qui pourrait se passer, c'est l'Allemagne. En ce moment, l'Allemagne, c'est le collapse ferroviaire. Vous avez des pannes à répétition. Les trains allemands sont refusés en Suisse. Vous voyez, ils en sont rendus parce qu'ils sont trop en retard. Tous les clients se peignent qu'ils voyagent en Allemagne. Si on ne veut pas que ça se passe chez nous, c'est le moment de trouver l'argent nécessaire.
Si vous deviez noter sur 20, l'état des infrastructures ferroviaires en France, vous mettriez quelle note ?
Je mettrais aujourd'hui, je mettrais 13-14, mais si on ne fait rien, ça sera 12-10-8. Voilà, c'est ça le sujet.
13-14, c'est pas mal, c'est correct.
À l'instant T, c'est correct, mais c'est en train de se dégrader. Par exemple, si on ne trouve pas de l'argent en 2028, c'est 4000 kilomètres de lignes qui seront touchés sur les 28.
Alors, on le trouve où l'argent ? Il faut, vous dites, 1,5 milliard supplémentaire à partir de 2027. La SNCF est prête en mettre 500 millions. Le milliard restant, on le trouve où, Jean-Pierre Ferrandot ?
Oui, d'abord, il faut revenir sur le premier point. La SNCF met déjà beaucoup d'argent puisque tous nos bénéfices sont orientés vers la maintenance du réseau. L'année dernière, par exemple, on a fait 1,6 milliard de bénéfices. On a tout versé dans un fonds de concours qui permet la régénération du réseau. Donc, on le fait déjà. On est prêt à rajouter 500 millions d'euros en plus, mais après, on s'arrête parce que sinon, nous-mêmes, alors qu'on a remis la SNCF dans le verre, on serait en risque en matière de déficit. Donc, on remet 500 millions sur la table. Il faut trouver 1 milliard. Ça, la réponse, là encore, ce n'est pas moi qui fais la fiscalité dans ce pays.
Ce n'est pas moi qui s'assied au gouvernement et au Parlement des Sénés.
Vous avez des pistes. Il y a des pistes. Il y a des pistes. Taxer les transports polluants comme les camions ou les avions. Il y a la manne autoroutière qui va arriver puisque les concessions vont... Enfin, le contrat va basculer à partir des années 2030. Où vous espérez trouver l'argent ?
On peut voir ce qui s'arrête.
Si vous aviez une baguette magique, vous le prenez où, vous, l'argent pour les trains ?
Non, mais moi, je ne peux surtout pas vous dire ce que font d'autres pays qui arrivent. Par exemple, en Italie, il y a un gros effort qui est en train d'être fait sur le réseau italien. Ils ont utilisé une fiscalité européenne. Il y a de l'argent qui est arrivé de l'Europe. Ils l'utilisent. Nous, il y a de l'argent qui va arriver de l'Europe à l'horizon de 2027. Le système de taxe carbone européen. Bon, c'est une première piste. Deuxième piste, c'est l'éco-taxe poids lourd. Les Allemands l'ont fait. Devant la masse de travaux qu'ils ont à faire, les Allemands ont mis en place une éco-taxe poids lourd qui leur apporte 8 milliards par an. Vous voyez, il faut un milliard à peu près.
L'éco-taxe poids lourd en Allemagne, c'est 8 milliards. En fait, il y a les autoroutes. D'ailleurs, je crois que c'est la piste qui est mise à l'avant, y compris par le ministre des Transports et qui en parle. Lui, il espère que le renouveau des concessions autoroutières permettra de dégager une recette qui financera les besoins ferroviaires. Voilà, dont les pistes existent.
Et Jean-Pierre Farandou, vos concurrents étrangers qui empruntent les lignes françaises doivent-ils également contribuer à l'entretien du réseau ?
Je pense que, d'abord, il faut dire qu'il paie des péages quand même. Comme les autres, il paie des péages.
On parle d'infrastructures lourdes.
Oui, là-dessus, c'est à voir, c'est aussi à discuter. Moi, je pense qu'il y a un sujet pour les concurrents étrangers, c'est les desserts grandes vitesses d'aménagement du territoire. Aujourd'hui, c'est l'ancienne péréquation à la française. Donc, aujourd'hui, la SNCF a des desserts TGV rentables et d'autres qui ne sont pas du tout rentables. Bon, très bien, on le fait parce qu'on est une entreprise publique, on le fait bien volontiers. Mais il n'y a pas de raison qu'on soit les seuls à porter cette charge d'aménagement du territoire.
Donc, je pense que là-dessus, il y a aussi un sujet d'équité et il serait normal que les nouveaux entrants dans la grande vitesse paient aussi leur cote-part de l'aménagement du territoire.
Jean-Pierre Farandou, ça ne va pas vous étonner les questions des auditeurs sur l'appli porte sur ?
Les prix du TGV.
Et même au standard. Bonjour Pascal. Bonjour. Bienvenue, on vous écoute. Merci.
Oui, alors moi, je souhaitais interpeller au sujet de la tarification des voyages à la SNCF et dénoncer la grande injustice et ce qui est à mes yeux le scandale qui consiste à payer le même service en fonction de la date de réservation du voyage et qui pénalise ainsi une réservation tardive. Voilà, je trouve que le consommateur se retrouve piégé et je ne comprends pas que ce mode de paiement illégitime à mes yeux ait pu se mettre en place aussi facilement. Comment on a pu en arriver là ? Je donne juste un exemple.
Imaginez, je souhaite prendre le train pour assister à des obsèques, j'ai 48 heures pour réserver et je paie 2 à 3 fois, voire beaucoup plus cher qu'un vacancier qui a programmé ses vacances 6 mois à l'avance. Je ne comprends pas ce mode de fonctionnement et de tarification. Merci. Il y a qu'à appliquer ça à tous les biens de consommation et c'est là, voilà.
Merci Pascal. Pour cette question, Jean-Pierre Farrande vous répond.
Oui, je réponds. Je redis d'abord, le TGV, ce n'est pas un service public à zéro subvention. Dans le TGV, il faut qu'il couvre ses coûts même qu'il dégage une marge. Si on veut investir dans les TGV, si on veut investir dans le ferroviaire, il faut accepter l'idée que le TGV à l'SNCF il gagne des sous parce que sinon on ne s'en sortira pas. Bon, premièrement. Bon, deuxièmement, c'est le in-management, ce qu'on appelle l'in-management, c'est-à-dire que les prix dépendent du moment où on achète ses billets et l'offre et la demande. Ce n'est pas nouveau, ça a plus de 30 ans. Donc, on ne va pas le découvrir maintenant. C'est l'aérien qui l'a amené, la TGV à l'SNCF a suivi dans les années 90.
Voilà, donc c'est un principe qui fait qu'effectivement on ajuste les prix en fonction de l'offre et la demande et sur des TGV très chargés, les prix augmentent quelques jours avant le départ. Voilà, ce n'est pas nouveau. C'est quand même le système qui permet de bien remplir les trains parce qu'on a des prix plus bas aussi parce qu'il y a des prix plus élevés. Ça permet d'avoir des prix plus bas quand on ouvre les ventes. Tout ça, ça marche ensemble.
Oui, mais bon, il faut voir à long terme avec vous pour avoir un prix correct. C'est-à-dire, il faut vraiment prévoir ces vacances trois ans à l'avance pour ne pas payer trop cher. J'exagère un petit peu. Oui, un petit peu. On voit votre côté méditerranéen.
Donc, vous exagerez un petit peu. Puis, il faut parler des Wigos. N'oublions pas que c'est une chance stratégique que nous avons pris.
Oui, les Wigos, ils augmentent aussi. Le prix moyen par passager de Wigo est passé de 27 euros en 2019 à 34 euros en 2023. C'est 24% d'augmentation.
Oui, mais ça fait 34 euros. Parce que les coûts ont augmenté, Madame Salamé. Les coûts ont augmenté. L'énergie a augmenté. Les péages ont augmenté. Les salaires ont augmenté. On vient d'en parler. Et comme j'ai dit, comme il faut que le TGV couvre ses coûts, quand les coûts augmentent, les prix du TGV augmentent. Ils augmentent moins d'ailleurs que les coûts.
Oui, il a augmenté de 8% le prix moyen du TGV. C'est pas mal, le 8%. Oui, en plusieurs années. Oui, en plusieurs années.
Mais les coûts ont augmenté bien davantage. Depuis 2019, 8% de plus. Oui, mais regardez l'énergie. Les salaires, j'ai dit que les salaires, ils ont augmenté de 20%. Dans les péages, ils ont augmenté parce que dans les péages, ils ont augmenté de plus de 12%. Mais aujourd'hui,
une famille moyenne française qui veut partir le week-end du 8 mai, qui a deux enfants, qui sont quatre, vous trouvez que les prix sont acceptables ?
Il faut essayer de s'orienter vers les WIGO. Il y a aussi la carte avantage qui est faite pour ça, qui offre des... Elle coûte 49 euros. Elle offre 30% de réduction à toute une famille. Elle limite les prix vers le haut sur le lead management. Donc, il y a des réponses tarifaires. Donc, il y a des familles qui se déplacent. On peut aller sur les WIGO. Les enfants, ce n'est pas cher du tout sur les WIGO. Et je rappelle, la science stratégique, il y a 20% aujourd'hui de place WIGO. On veut passer à 30%.
Au fur et à mesure où les nouveaux TGV vont arriver à partir de l'année prochaine, on sera à capacité progressivement d'augmenter les offres à petits prix sur notre compagnie low cost à nous qui s'appelle WIGO.
Alors, avez-vous convaincu Adeline sur le voyage en famille ? Bonjour. Bienvenue, on vous écoute.
Oui, bonjour. Je trouve ça intéressant parce que moi, j'étais vraiment une adepte du train. J'ai toujours voyagé en train pendant plus de 15 ans pour mes études, pour plein de choses. Et en fait, depuis que j'ai mes deux enfants, je suis assez en colère parce que je voyage toujours en voiture, même pour les longs trajets. Effectivement, la carte avantage, je connais, mais avant, il existait une carte famille qui permettait qui était une carte enfant, en fait, enfant-famille qui était attribuée à l'enfant qui pouvait justement donner une réduction à toute la famille. Et là, c'est le contraire. Il y a des cartes nominatives, donc il faut avoir sa carte.
Par exemple, si j'ai acheté une carte avantage et que mon conjoint ne l'a pas, il doit l'acheter aussi. On ne peut pas voyager avec une carte pour toute une famille. Ce n'est pas exactement vrai. Et je regrette, en fait, parce que c'est vrai qu'on ne prend plus le train à quatre. Donc, voilà, on n'est pas assez nombreux pour avoir la carte famille nombreuse. Donc, je m'interroge. Qu'est-ce que vous proposez comme incitation ? J'entends plus de Ouigo, mais aussi, quand on a des enfants, on a plus de contraintes, en bas âge notamment, plus de contraintes horaires. Et voilà, ce n'est pas évident de trouver des trajets.
Et surtout, quand on va dans des destinations, je ne sais pas, dans le sud de la France, par exemple, assez prisées, eh bien, c'est très cher, monsieur.
Merci Adeline pour cette question. Jean-Pierre Farandou
vous répond. Oui, je voudrais corriger la carte avantage. Il faudra que j'ai les coordonnées, vos coordonnées, si France Interen est d'accord. Franchement, je ne vous dis pas des carabistous. Et la carte avantage, c'est une carte pour toute une famille, parents et trois enfants. Et une seule carte. Donc, peut-être qu'on s'est mal compris, vous avez été mal informés. Donc, je veux bien avoir vos coordonnées. On vous transmettra très précisément les conditions de la carte avantage. Voilà, je le redis, il faut courir les coûts. Vous dites, oui, ça a augmenté, mais les coûts ont beaucoup plus augmenté. Voilà, c'est grâce à l'économie que la SNCF est dans le vert.
C'est grâce à l'économie qu'on peut investir massivement dans les nouveaux TGV qui nous coûtent quand même très cher, 35 millions d'euros la rame. On a commandé 115. C'est une commande de plus de 3 milliards et demi. On va mettre 6 milliards dans le réseau ferroviaire pour que les Français aient la meilleure qualité de service possible. Il faut bien que je gagne mon argent. Voilà, il faut comprendre ça. La SNCF a besoin de gagner son argent pour pouvoir investir pour la qualité de service de demain.
Larissa, sur l'application de Radio France, comment se fait-il en avion reste nettement inférieure à celui du train ?
Oui, alors ce n'est pas toujours. Parfois, on compare le moins cher de l'avion avec le moins cher du train. Souvent, souvent. Bon, mais quand même, quand même.
Souvent, l'avion est moins cher que le train.
Oui, je pense que c'est une question écologique. Pour les petites destinations. Oui, écoutez, moi, je pense qu'il y a un problème aussi écologique, c'est que l'avion pollue beaucoup plus que le train. Donc, si l'avion payait ses coûts, ses coûts d'émission de CO2, on n'en serait pas là. Peut-être qu'un jour, il faudra décider dans la tarification des avions à introduire une part d'émission carbone dans le prix. Et là, vous verriez que les prix seraient beaucoup plus équilibrés.
Brigitte, sur l'appli d'Inter, pourquoi le passeraille n'a-t-il pas été renouvelé qui permettait aux jeunes de voyager moins cher pendant l'été ? Pourquoi il n'a pas été renouvelé en 2020 ?
Le passeraille, c'est une décision qui a été prise l'an dernier ou il y a deux ans par le ministre des Transports avec les régions. Ça coûte de l'argent public. Il y a beaucoup de subventions autour de cette tarification-là. Ce n'est pas l'SNCF qui décide. L'SNCF l'a mise en place mais elle a été décidée par l'État et les régions. Cette année, l'État et les régions ont considéré que ça n'avait pas été un succès commercial aussi important que ça. C'est compliqué d'aligner l'État et les régions sur ce sujet-là. Ils ont décidé dans le contexte de tensions de finances publiques de ne pas le refaire pour cette année.
Jean-Pierre Farandou, vous allez bientôt quitter la présidence de l'SNCF mais quand en fait ? Parce que, pardon de vous le dire un peu brutalement, vous deviez partir depuis des mois déjà mais on vous garde. Ils vous gardent. Ils devaient vous virer mais finalement, ils ne vous ont pas viré. Ils vous gardent. Je comprends plus rien. Expliquez-nous.
Moi non plus. Moi, je suis toujours là. On m'avait dit que je devais partir fin mai. On est bientôt fin mai. On est content de vous recevoir. Merci. Vous me rassurez parce que j'espère que je ne vous dérange pas. Non, non, non.
Pas du tout. Mais concrètement, ça sera quand en juillet ? Qu'est-ce qu'il doit...
Moi, ce que je peux vous dire en étant factuel, c'est que je fais 68 ans le 4 juillet de cette année bientôt. Il y a une limitage à la SNCF. Quand on a dépassé 68 ans, normalement, on ne peut plus être PDG de la SNCF. Donc, si cette règle s'applique...
C'est quand l'anniversaire, vous dites ?
4 juillet. Donc, on s'en rapproche.
Voilà. Mais c'est quoi ? C'est qu'il... De vous à nous, on est entre nous. Ils galèrent à trouver un successeur. C'est quoi l'histoire ?
Il faut demander au gouvernement. Moi, je leur fais confiance. Ils vont trouver quelqu'un de qualité. La SNCF, elle le mérite. C'est une très belle entreprise publique avec 150 méchinois qui sont motivés. Alors, parfois, ils sont un petit peu turbulents. Mais franchement, ils sont tous amoureux de leur entreprise. On est tous amoureux du ferroviaire. On est tous amoureux de la transition écologique. La SNCF mérite un bon président ou une bonne présidente pour poursuivre l'action que j'ai pu entreprendre.
Vous avez des idées ? Vous leur soumettez des idées, des noms ?
Non, non, je n'ai pas d'idées.
Qu'est-ce que vous aimeriez, en deux mots, qu'on dise de votre bilan, Jean-Pierre Farandou, à la tête de la SNCF ?
Moi, c'est toujours un peu compliqué de faire ton bilan. On a commencé par des grèves. Ce n'est peut-être pas le meilleur des moments. Mais quand même, on va en parler. Moi, je voudrais être le président de l'économique, celui qui a redressé durablement cette entreprise, qui ne coûte plus rien aux Français, qui rapporte de l'argent aux Français, contrairement aux idées reçues. Je crois que c'est important. Le président du commercial, plus 15% du TGV, plus 30% dans les TER. Donc, on a réussi à réconcilier, malgré tout, malgré les prix qu'on a encore évoqués aujourd'hui. On a vraiment réconcilié les Français et le train. Et bizarrement, le président du social.
Moi, je pense que j'ai essayé de protéger les cheminots pendant le Covid, pendant la crise sanitaire. On a fait des choses. On a le pouvoir d'achat. On a protégé les cheminots. L'emploi, il s'est redressé. Les accords sociaux. Allez, un regret.
Un regret. Parce que là, vous vous faites un satisfait site total. Un regret.
Non, mais écoutez, je n'en ai pas vraiment. Je les oublie vite. Vous savez, les mauvais moments, je les oublie vite. Et je voudrais parler des Jeux Olympiques. Ça a été formidable aussi. Je n'ai jamais vu la SNCF fonctionner aussi bien. Donc, je ne garderai que des bons souvenirs de ma présidence à la SNCF.
Merci. Merci beaucoup, Jean-Pierre Farandou, patron de la SNCF. Merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin.
Jean-Pierre Farandou