Marine Tondelier : Le gouvernement "rabote les derniers remparts à la crise environnementale et sociale"
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France Inter, 8h23. France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, le 6-9. Le grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, nous recevons la secrétaire nationale du parti, les écologistes, figure du nouveau Front Populaire. Question chers auditeurs au 0145 24 7000 ou sur l'application d'Inter. Bonjour Marine Tondelier.
Bonjour Alibadou, bonjour Marion Lourdes. Et je me permets peut-être un petit mot pour souhaiter un bon réveil à vos auditeurs de France Inter. Parce que comme je n'ai pas beaucoup de bonnes nouvelles à leur donner dans l'interview, j'essaye de commencer quand même par une note de douceur dans ce monde de brut. Mais je m'y engage, gardons l'espoir, gardons le moral. Parce qu'on va continuer à se battre, oui, pour des jours heureux. Et pour ça, on a besoin de vous. Et bien bonjour.
C'était le titre d'un de vos livres, Nouvelles du Front, sur le Front justement, celui du budget. Le Premier ministre Michel Barnier a présenté hier les grandes lignes de son budget pour la France 2025. Du point de vue de la patronne du parti Les Écologistes, qu'est-ce que vous pensez de ce budget-là ?
Alors j'ai beaucoup de choses à vous dire sur l'écologie. Mais peut-être commencer par vous dire qu'on voit bien que ce Premier ministre, Michel Barnier, ne doit son maintien à son poste de Premier ministre que quelque part au fait de contenter le Rassemblement National. Ils vont le faire sauter à la corde. Et donc, ce budget en est l'illustration. Peut-être la chose la plus emblématique, c'est le fait qu'il baisse les emplois dans les écoles, 4000 emplois en moins, principalement dans les écoles maternelles et primaires où on sait que tout se joue. Et pendant ce temps-là, il les augmente dans l'armée et dans les prisons, dans la justice.
Et donc on voit bien finalement quelle société ça dessine. Je ne dis pas qu'il ne manque pas de personnel dans la justice. Mais vous voyez, on avait senti qu'Anne dans son discours de politique générale, qu'il n'avait aucune vision pour l'école. Et que par contre, quand il se mettait à parler de sécurité et d'immigration, il avait des choses très précises, très concrètes, très détaillées à dire. Et bien, ça se voit dans le budget. Et franchement, je ne crois pas que ce soit la France qu'on veuille pour nos enfants.
Vous êtes à la tête d'un parti qui s'appelle Les Écologistes. Pourquoi refuser de parler d'écologie en premier lieu ? De répondre d'abord sur ce terrain-là, avant de vous engager sur le terrain politique et du combat contre le Rassemblement National, qui est un combat que vous menez depuis longtemps, puisque vous êtes élue d'opposition à Hénab au moins.
Je comptais vous parler d'environnement toute la suite de l'interview. Donc ça tombe bien. Sur le front de l'environnement, les choses sont alarmantes. On m'a dit plusieurs fois dans des interviews, vous devez être contents les écolos. Vous avez le Premier ministre le plus écologiste de l'histoire des Premiers Ministres. Bon, déjà la barre n'était pas très très haute. Il faut quand même se le dire. Et puis, nous, on savait. On savait que si en 1993, quand il était ministre de l'Environnement, il avait dit dette écologique, ça aurait été une sorte de truc hyper moderne, une révélation. Il avait mis un nouveau concept sur la table.
Ce qu'il oublie quand même de vous dire, c'est que la dette écologique, elle ne se rembourse pas. Donc ce n'est pas vraiment une dette. Tout ce qu'on accumule comme retard, on ne le rattrapera jamais. Le changement climatique, on ne le fera pas revenir en arrière et les espèces disparues non plus. Mais ce qui est dingue, c'est que juste en disant ce mot d'être écologique, il produit à ce que des journalistes viennent nous dire. Alors, vous êtes contents les écolos ? Et donc, on a le choix entre avoir l'air jamais content, avoir l'air sectaire, ou faire seulement se réjouir pour des choses dont on se pourrait...
Non, mais c'est juste pour souligner que pendant 10 jours, c'est ce qu'on nous a demandé. Maintenant que tout le monde a vu le budget, on arrête de nous poser la question. Nous, on avait quand même en tête depuis longtemps que ça se finirait comme ça. Il va prendre 60% du fonds vert. Le fonds vert, il a été créé il y a deux ans par Elisabeth Borne. Il y a deux ans. Pour la transition écologique. Ils se sont dit qu'il faut aider les collectivités pour la transition, pour l'adaptation au moment où une partie de la France s'est inondée. Je pense que chacun se rend compte de ce que ça veut dire. Et donc, c'est un fonds qui a deux ans. Deux ans après, ils enlèvent 60% du budget.
Ils enlèvent aussi beaucoup de moyens aux collectivités territoriales. Pour la métropole de Lyon, juste pour ça, c'est 50 à 70 millions d'euros qui vont être enlevés quand même aux collectivités. Juste pour la métropole de Lyon. En tout, c'est 5 milliards. Et donc, ils sont en train finalement de raboter tous les derniers remparts à la crise environnementale, à la crise sociale.
Mais ils augmentent les crédits écologiques ? Comment ? Ils augmentent les crédits écologiques ?
2,8 milliards d'augmentation ? Vous avez vu sur quoi ils augmentent ? Vous avez vu sur quoi ils baissent ? Je vais vous donner trois exemples. Ça baisse sur la rénovation thermique des logements. Ils avaient déjà enlevé 1 milliard au printemps par un simple trait de plume. D'ailleurs, ils avaient dû enlever 10 milliards au printemps de dépenses en tout. Sur les 10 milliards, ils avaient enlevé 2 milliards à l'écologie, qui ne représente pas un cinquième du budget de l'État. Donc, ce n'était pas du tout proportionnel. Et là, ils s'en prennent à nouveau à ce budget, alors que 5,2 millions de Français vivent dans des passoires thermiques.
Alors, on dit passoires thermiques l'hiver, mais l'été, ce sont des bouilloires thermiques. C'est des gens qui ont des enfants qui n'arrivent pas à se concentrer sur leurs devoirs, qui sont malades, qui ont une santé mentale compliquée parce que c'est très dur de se projeter dans un avenir confiant quand on n'arrive pas à se loger correctement, à se chauffer ou à vivre à des températures décentes. Et ça, ils vont agir à la baisse là-dessus. Ensuite, ils vont baisser aussi les crédits sur, par exemple, les flottes automobiles. On sait que tout le monde doit changer de véhicule si on veut pouvoir avoir un avenir soutenable. Et ça, ils coupent aussi.
Vous vous rappelez qu'ils augmentent le malus ? Ils augmentent le malus ? Oui, mais on ne peut pas punir sans offrir de solution. Ils avaient annoncé en grande pompe, pour vous montrer que ces gens donnent quand même plus dans la communication que dans la transition. Ils avaient annoncé en grande pompe 100 euros par mois un véhicule électrique par leasing pour les plus précaires en France. Et bien, au bout de quelques mois, ils ont arrêté parce que, victimes de leur succès, ils n'avaient pas prévu assez de crédit. Ils font de l'écologie punitive, alors ? Est-ce qu'ils en remettent cette année ? Non, ils en enlèvent encore. Oui, ils font de l'écologie punitive. Mais ils font tout punitif.
Ils font tout punitif. Ce n'est pas que sur l'écologie. Vous voyez, ce gouvernement, on l'a dit depuis 7 ans que Macron, il avait fait des cadeaux fiscaux aux plus riches et qu'un jour, on le paierait tous. Et bien, c'est de l'inaptitude. C'est de l'amateurisme. Et aujourd'hui, qui envoie en première ligne pour corriger leur amateurisme ? Les plus précaires. Ils envoient les retraités en première ligne. parce qu'au lieu d'être indexés sur l'inflation en janvier, ce sera en juin. C'est 15 euros par mois de revenus en moins pour un retraité qu'à 1 500 euros par mois. Ils envoient en première ligne les malades parce qu'ils vont augmenter le ticket modérateur des médecins.
Ils envoient en première ligne nos enfants parce qu'ils vont baisser le nombre de personnels dans les écoles et parce que l'avenir environnemental qu'on leur prépare est apocalyptique. Excusez-moi de vous le dire. Il y a un rapport qui sort hier qui montre que sur les espèces sauvages, alors les espèces sauvages, ça va des éléphants aux grenouilles. C'est le WWF, le rapport qui sort tous les deux ans. WWF nous dit qu'en dix ans, les populations sauvages d'animaux ont baissé de 73%. Moins 73% d'espèces sauvages en dix ans. Je le répète pour que chacun comprenne bien au petit déjeuner ce qui est en train de se passer.
C'est que le vivant est en train de disparaître progressivement de notre faute, à nous les humains, et que dans la vie politique française, dans la vie politique mondiale même, c'est anecdotique. On n'en parle pas. Ça devrait nous obséder tout le temps, du réveil au coucher. Mais non, c'est pas ça qu'on fait. Nous, on préfère continuer de protéger les riches et continuer de faire payer les plus précaires. C'est pas ça la justice sociale, c'est pas ça la justice environnementale.
Alors de nombreuses questions au Standard Inter, Marine Tondelier. Sylvain qui nous appelle de Villeurbanne. Bonjour Sylvain. Oui, bonjour. Bonjour à tous. Et bienvenue dans le grand entretien. Vous aviez une question pour Marine Tondelier.
Oui, alors moi je suis un électeur de gauche. J'ai voté pour le nouveau Front populaire aux dernières élections législatives. Et je me demandais quand est-ce que les Verts et la gauche en général allaient cesser de ressasser le fait que ça soit pas leur candidate qui a été désigné Premier ministre. Quand est-ce qu'ils allaient cesser ce procès en illégitimité de Barnier, du gouvernement et de la politique actuelle ? Nous on a tourné la page et on a l'impression que les Verts et la gauche en général ressassent sans cesse par rapport à ça. Et on aimerait bien en fait qu'ils proposent plutôt des idées et qu'on avance plutôt que de ressasser tout ça.
Merci Sylvain pour votre question ou votre remarque plutôt Marine Tondelier. C'est vrai que ça n'en finit pas de revenir l'éternel retour de ce même discours.
Je m'inscris en faux parce que moi j'en ai pas parlé, c'est Sylvain qui pose la question. Et donc du coup je vais devoir en parler alors que je n'avais pas prévu de le faire. Mais Sylvain a déjà l'avantage de vivre dans la métropole de Lyon qui est une métropole écologiste. Bon il aura 50 à 70 millions de budgets en moins à cause de ce gouvernement. Mais ça ce n'est pas de la faute du NFP. Sylvain a raison de dire qu'il faut qu'on se concentre sur l'avenir, sur des solutions. Hier le nouveau Front Populaire a fait une conférence de presse pour présenter en fait eux comment ils auraient fait pour les recettes du budget. La même se prépare pour les dépenses.
Présenter un contre-budget.
On fait un contre-budget, c'est notre travail. Et je précise qu'on le fait ensemble. Parce que moi j'ai tellement entendu pendant des semaines les rumeurs comme quoi le NFP se déchirait, il n'était d'accord sur rien. Il se trouve qu'on avait fait un programme ensemble. Attendez. Il y a des faits aussi. En 4 jours on a écrit un programme ensemble chiffré, qu'on était prêt à appliquer. On est je crois 18-19 semaines après les législatives. On a fini par répondre à la question du qui Premier ministre, du qui au gouvernement. Ça a pris 3 semaines de plus. Mais toujours pas à la question du pourquoi faire.
Parce qu'au sein de cette majorité qui se présente comme les gens les plus crédibles de France ils sont très très sérieux évidemment parce qu'ils sont de droite. Mais ils ne sont toujours pas d'accord sur des questions aussi futiles que faut-il augmenter l'impôt ou pas en France. Alors ça c'est pas sérieux. Voilà.
Ce contre-budget prévoit beaucoup de hausse d'impôts. C'était aussi dans votre programme Nouveau Front Populaire. On a le mérite de la constance. Quand on lit l'interview de Yanis Varoufakis, cet ancien ministre grec, il dit si on applique, qui n'est pas suspecté d'être de droite, il dit si on applique ce budget, on doit sortir de l'Union Européenne.
Je pense qu'il y a un rapport de force à jouer avec l'Union Européenne que sûrement la Grèce dans les années 2010 n'était pas en mesure de jouer. Nous on peut. Et d'ailleurs l'Europe nous demande absolument pas de faire. Non, on peut jouer un rapport de force. Je ne suis pas dit de sortir. L'Europe ne nous demande absolument pas de faire tout ce qu'est en train de préparer le gouvernement Barnier. L'Europe ne dit pas il y a trop de dépenses. C'est les agences de notation ? L'Europe compare les dépenses et les recettes. Ce que veulent les agences de notation, pareil, c'est de la stabilité, c'est de la prévisibilité. C'est ça que demandent les milieux économiques.
Moi, ce que je vois quand même dans tout ce qui est présenté là, c'est un truc qui n'a pas de sens. On nous explique qu'on va baisser, qu'on va augmenter des recettes pour les plus riches. Mais on dit attention c'est exceptionnel, c'est très très très limité dans le temps. Un an, deux ans, trois ans maximum. Ne vous inquiétez pas les plus riches. Par contre, pour les plus précaires, les baisses des dépenses, là c'est pour tout le temps. On ne nous a pas expliqué que c'était exceptionnel. Je voulais quand même vous rappeler un chiffre. D'un mot. Carlos Tavares, PDG de Stellantis, qui part à la retraite. 36,5 millions d'euros de revenus en 2023.
C'est 1586 fois ce que gagnerait un ouvrier à la chaîne, un intérimaire, en un an. Il faut quand même se rendre compte que les 500 plus grosses fortunes de France, qui avaient 200 milliards de patrimoine il y a 10 ans, en 10 ans, elles sont passées à 1200. C'est plus que fois 5. Et donc oui, il faut mettre à contribution les plus riches, pas comme le fait le gouvernement de manière microscopique, de manière ultra-ciblée dans le temps. C'est partout et tout le temps. C'est un ISF climatique. C'est taxer les héritages, ce qu'on appelle les héritages dorés, quand ils font plus d'une certaine somme. Ça paraît logique, enfin.
Marine Tondelier, vous parliez de rumeurs quand j'évoquais les divisions à gauche, notamment au cœur du nouveau Front populaire. Jeudi, c'est un candidat de droite au poste de président de la Commission des Affaires Sociales, Frédéric Valtou, d'Horizon, qui a été élu. Les députés de gauche sont pourtant majoritaires dans cette commission, mais les élus de la France Insoumise ont refusé de voter pour la candidature du socialiste Jérôme Gage. Vous voulez vraiment nous faire croire qu'il y a unité et objectifs communs et stratégies partagées ?
J'ai voulu vous parler de Jérôme Gage qui n'a pas soutenu le nouveau Front populaire. Donc je peux vous dire qu'au sein du nouveau Front populaire, il y a beaucoup d'unités et je ne vais pas passer toute la matinée à commenter ça. Benjamin Lucas, député du groupe écologiste, a fait un tweet où il explique tout. Vous voulez voir, c'est très bien fait. Moi, je préfère vous parler, comme je vous l'ai dit, d'environnement parce que tout ça ne m'intéresse plus. Je n'arrive plus à m'y intéresser, vraiment. Vous savez, on a un plan d'adaptation climatique qui devait être présenté fin 2023. Alors, ça a été décalé à avril, ça a été décalé à mai, ça a été décalé à juin. On ne l'a toujours pas.
C'est ce plan qui doit nous expliquer comment le pays s'adapte au changement climatique. C'est ce plan qui doit nous expliquer comment font les personnes qui ont des retraits dégonflements d'argile. C'est des millions de logements qui sont concernés en France. On nous explique, Oxfam a sorti quand même des chiffres qui nous montrent qu'en 2030, il y a 1,3 million d'enfants en France qui seront exposés à des chaleurs de plus de 35 degrés en classe. Qu'il y a 5% des hôpitaux de ce pays qui sont menacés par la submersion marine, par l'inadaptation climatique, que c'est 3% des écoles primaires, que c'est 2,3% des maisons de retraite. Et eux, qu'est-ce qu'ils font ?
Une dissolution après une trêve olympique, après ils essayent de faire des gouvernements, après ils nous imposent des baisses de budget et l'adaptation climatique, c'est quand ? C'est criminel de faire ça. Ça met en danger notre avenir et c'est là-dessus que je vais me concentrer.
Bonjour Jean-Pierre et bienvenue sur France Inter.
Oui, bonjour Jean-Pierre de Bédançon. Je voulais poser une question à notre invité pour laquelle j'ai largement donné mon vote l'année dernière fois aux Européennes et je remercie de sa ténacité et de son combat. Je voulais simplement poser une question très très simple. Il y a quelques mois ou quelques semaines, je ne sais plus exactement, il était question de la TTF, la taxe sur les transactions financières que M. Macron avait envisagé avec l'Europe et il serait le seul à refuser cette taxe sur la transaction financière et c'est grandement dommage parce qu'en fin de compte la taxe en question pour les gens qui ont des actions serait minime en termes de frais.
Mais pour l'Europe et la France, ce sera en milliards. Est-ce que j'ai raison ? S'il vous plaît.
Merci pour votre question Jean-Pierre.
C'est une des pistes et la piste aussi qui va dans ce sens-là c'est, vous savez ce qu'on appelle le prélèvement forfaitaire unique, la flat tax que Macron avait décidé d'appliquer en fait aux revenus du capital. Ça veut dire qu'aujourd'hui très concrètement les revenus du capital sont moins taxés que ceux du travail et ça non plus c'est pas juste. On veut supprimer cette flat tax, réintégrer les revenus du capital dans le barème de l'impôt sur le revenu et puis ça paraîtrait quand même assez logique pour financer la transition écologique et la justice sociale dans ce pays.
Marine Tontelier, je voulais vous parler du Rassemblement National, sujet que vous connaissez bien puisque vous êtes élue à Hénin-Beaumont. quand on voit ce qui s'est passé, ce dont parlait Aline tout à l'heure à la commission des affaires sociales, Jérôme Gatch qui n'a pas été élu faute de respect des accords à gauche, ça c'est ce que dit Boris Vallot au Parti Socialiste. C'est un peu compliqué que ça comme vous l'avez compris.
C'est comme ça qu'il l'explique. Quand on change les candidats la veille sans l'expliquer aux partenaires, ça plonge tout le monde un peu dans le désarroi. Vous comprenez la déception des Français c'est important pour construire des partenariats à long terme.
Mais vous comprenez la déception des Français parce qu'il y a une étude récente de la Fondation Jean Jaurès qui explique largement à 50% la progression du RN par cette déception vis-à-vis des politiques.
Je ne pense pas que les gens votent RN parce qu'il y aurait eu un changement de vote dans l'élection de la présidente de la commission des affaires sociales. Vous voyez, ça fait petite cuisine si j'ose dire. Oui, mais en fait je pense que les Français ne voient même pas ça. Ce n'est pas ça leur sujet. Leur sujet, c'est le quotidien. Je vous le dis parce que les écologistes gèrent dans ce pays certaines des plus grosses villes de France mais aussi des villes bien plus petites dont on parle peu que les écologistes changent au quotidien la vie et la ville de millions de Français qu'on améliore leur quotidien et qu'on protège leur lendemain. C'est ça qui les intéresse.
C'est qu'est-ce qu'on fait concrètement pour eux ? Franchement, je crois que le sujet des Français ce n'est pas ce qui se passe dans les boutiques. Par contre, pour celles et ceux qui votent RN, j'en connais énormément puisque j'habite à Élimbeaumont, que j'y suis unique, que j'y ai grandi et que j'y milite aujourd'hui. La plupart d'entre eux se sont laissés berner par Marine Le Pen. Alors il y en a qui sont racistes, xénophobes, je les mets de côté. Ce n'est pas la majeure partie de l'électorat RN. La majeure partie de l'électorat RN, c'est des gens qui sont dans la galère et qui pensent sincèrement qu'avec Marine Le Pen, ça irait mieux. Sauf que Marine Le Pen, qu'est-ce qu'elle a fait ?
Elle les a dupés. Au moment où elle a eu le choix entre laisser faire un premier ministre du NFP qui aurait fait le SMIC à 1600 euros, qui aurait abrogé la réforme des retraites, qui aurait fait les premiers mètres cubes d'eau gratuits, qui aurait fait l'école intégralement gratuite. Elle a dit tout de suite NFP hors de question. Elle a mis un veto absolu. Ça c'était votre programme. Par contre, elle a soutenu un premier ministre, Michel Barnier, qui va faire du macronisme en pire, au service des plus puissants. On est en train de le voir. Et ça, je pense que ces électeurs vont s'en rendre compte assez rapidement.
Mais quand le RN fait ce que le NFP pourrait considérer comme une bonne proposition, je pense à l'abolition de la réforme des retraites qui propose...
Vous voulez dire la réforme qu'ils ont refusé de combattre dans la rue, la réforme sur laquelle ils ne sont pas mobilisés en hémicycle, la réforme sur laquelle pendant les quelques semaines qu'a duré la campagne législative, on n'a absolument rien compris. On ne parle pas de leur cohérence. Rien compris à ce qu'ils voulaient faire. Maintenant, ils mettent dans une niche à l'Assemblée nationale. À la fin octobre. Et ils sont divisés entre eux là-dessus. Vous avez vu quand même que M. Ciotti, qui rejoint le RN en disant à faire l'union des droites, on est très solide, on est la majorité alternative, il ne veut même pas voter leur test. Mais il faut voter avec eux ou pas ?
Deuxièmement, ils n'arriveront pas à la voter entre eux puisque M. Ciotti n'est même pas d'accord avec Marine Le Pen alors qu'ils prétendent gouverner la France ensemble. Franchement, entre l'extrême droite qui n'est pas d'accord sur les retraites, le centre qui gouverne actuellement qui n'est pas d'accord sur les impôts, franchement, c'est très amateur tout ça. Ça ne va pas. Ils veulent juste être... Je ne sais pas, ils veulent être au pouvoir en fait, mais ils ne savent pas pour quoi en faire. Moi, ça me pose un petit sujet quand même.
Vous êtes candidate à votre réélection à la tête du parti de l'écologie. Quel mot emploieriez-vous, Marine Tondelier ? Une écologie qui serait décroissante, une écologie qui serait collapsologique, une écologie enthousiaste puisque vous avez l'air de dire que tout va mal.
Mon écologie, déjà, elle est indivisible parce qu'on a beaucoup reproché au vert de se disputer et puis il fallait choisir notre camp. Est-ce qu'on était pour une écologie crédible ou radicale, pragmatique ? Il y avait plein de qualificatifs et tous ceux qui voulaient qu'on ajoute un qualificatif en fait voulaient nous diviser parce qu'en fait ils voulaient nous affaiblir. Et je suis extrêmement fière avec le travail collectif de tous les adhérents, de tous les élus du mouvement avoir réussi à montrer un mouvement uni, un mouvement déterminé, un mouvement qui attire parce que nous sommes redevenus quand même le parti préféré des Français. Et sur le fond, l'écologie, ça change la vie.
Ça change la vie et ça fait du bien. Ça fait du bien et je pense que c'est quand même de ça dont on a besoin dans la période et surtout, je le dis à un moment où on parle beaucoup d'union de la gauche de 2027, etc. L'union de la gauche et des écologistes, il ne vous échappera pas. Eh bien nous, on sera à ce rendez-vous-là. Je suis assez inquiète en ce moment de voir quelque part la tentation des deux gauches irréconciliables ressurgir. Je pense que comme beaucoup d'électeurs du camp progressiste, ça nous inquiète. Eh bien nous, on sera à ce rendez-vous. On tiendra bon.
On est en train de voir tout le monde un par un, toutes les forces politiques pour en discuter avec elles et pour trouver le chemin, compter sur notre détermination et notre enthousiasme.
Il reste peu de temps, Marine. Puis rejoignez-nous parce qu'on a besoin d'aide. Standard d'abord. Bonjour Françoise. Oui, bonjour Ali. Bienvenue sur Inter. Oui, merci beaucoup pour vos informations inspirantes. Et merci, merci. Merci à vous. Je pose une question toute simple à Marine Tombezier. Nous sommes à Bordeaux. Je suis par ailleurs présidente de Coderan Mon Village, une petite association de bénévoles qui se bat effectivement dans le cadre d'une théorie de compromis avec la mairie écologiste de Bordeaux. Comment peut-on concilier l'économie à l'écologie ? Puisqu'à Bordeaux, par exemple, on développe à juste titre d'ailleurs le rêve, la piste cyclable.
Donc, on supprime les stationnements, on végétalise seulement. Nous sommes dans un secteur économique urbain majeur. Il y a des hôpitaux, il y a des centres sportifs, il y a 52 000 salariés transitent quotidiennement. à Bordeaux et la plupart habitent extra-rocades. Avec une déficience structurelle des moyens de transport, comment ces millions populaires qui ne peuvent pas habiter en ville peuvent-ils venir travailler à Bordeaux et gagner leur croix ? Merci pour votre question, Françoise. Réponse Marine Tondelier ?
Oui, vous avez raison, il faut plus d'un transport en commun, on se bat pour ça au niveau national comme au niveau local. Moi, hier, il y a deux jours, j'ai essayé de revenir de Saint-Etienne à Elimbeaumont en train. Sur la voie Saint-Etienne-Lyon, l'une des plus empruntées de France, de TER, il y avait un éboulement, tous les trains supprimés, je finis par trouver de quoi covoiturer jusqu'au Lyon, j'arrive à Lille et là, le TER, l'île-énin, là aussi, tout est supprimé pour des vols de câbles et en fait, le transport en commun, c'est quotidien mais on se bat pour ça et nous, on ne réduit pas les budgets comme on fait baril. Mais vous n'y avez
la contradiction entre écologie et économie ?
C'est ce que point
du doigt à Françoise.
Non mais M.
Pierre Urmic, qui est maire de Bordeaux, écologiste, vient dans un sondage qui est sorti cette semaine d'être désigné parmi les maires les plus populaires en France parce que la ville change sous les yeux des Bordelais, que leurs cours d'école sont végétalisés, s'il reste un peu de fond vert, on continuera et même s'il n'y en a pas, on se battra pour parce qu'il y a des pistes cyclables, parce que les enfants mangent bio et local à la cantine, parce que la ville est agréable, qu'il y a des îlots de fraîcheur l'été, c'est pour ça qu'on se bat et je ne pense pas que ce soit inconciliable avec le milieu économique parce que vous savez quand les entreprises viennent s'implanter à Bordeaux, elles regardent, dans toute ville, elles regardent le cadre de vie pour leurs salariés, elles regardent si la ville est attractive et oui, toutes les villes écologistes sont attractives.
Marine Tondelier, on arrive vraiment à la fin de l'entretien, donc en un mot, vous avez été au procès Pellico, à Mazan, vous êtes une des rares politiques à vous être rendue sur place, comment vous vous positionnez sur l'inscription dans la loi de la notion de consentement qui est voulue en tout cas par certains de nos ministres et qui est contestée par certaines féministes ou certains féministes ?
Je pense que ça existe dans certains pays et que je vois l'avancée que ça pourrait proposer aux femmes mais ce que je sais aussi c'est que ça ne suffira pas. Vous savez pourquoi je suis allée à ce procès des viols de Mazan ? C'est parce que quand j'ai pris connaissance des faits, j'ai dans un premier temps ressenti beaucoup de compassion envers Gisèle Pellico, c'est-à-dire, on avait envie de souffrir avec elle, c'était terrible, on avait envie de l'aider.
Et puis, petit à petit, quand j'ai vu sa présence au procès, elle s'est battue pour que les audiences soient publiques, elle s'est battue pour que les vidéos le soient également, j'ai trouvé qu'elle faisait preuve d'une dignité et d'un courage absolu et je pense que c'est fondamental. D'ailleurs, j'ai vu que certains étaient choqués que je me rende au procès. Si c'est par ça qu'ils sont choqués sur les violences sexistes et sexuelles en France, on ne vit pas dans le même monde parce que l'histoire de Gisèle Pellico, elle peut paraître hors normes mais finalement, elle est tellement symptomatique de cette société. Il faut quand même dire trois choses.
C'est la fin de cet entretien, malheureusement. Le plus grand danger pour les femmes, c'est dans leur foyer, ce n'est pas des inconnus. 91% des violences sexuelles, ce sont des proches qui vous les font subir parce que le viol, ce n'est pas une pulsion. On le voit très bien dans ce procès, c'est une planification et parce que la culture du viol, elle est partout. L'état de régime, moi je suis désolée quand je vois qu'on est capable d'interdire les sites de jeux en ligne au moins de 18 ans en demandant les cartes bleues, les cartes nationales d'identité et qu'on n'est pas capable de le faire pour les sites pornographiques. Je suis extrêmement préoccupée, oui. Donc on va continuer à se battre.
Merci.
Merci Marine Tondelier d'avoir été l'invité d'Inter.
Et courage à Gisèle Pénicaud et à toutes les autres.
Marine Tondelier