Nos Outre-mer ont-ils un avenir en France ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %
Questions et réponses
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- 2:02OuverteRéponse directe
Sylvie Kaufmann, quel est votre regard aujourd'hui sur ce morceau de France où vous avez vécu et travaillé pendant plusieurs années ?
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Mais un processus de décolonisation qui n'aboutit pas à la décolonisation, qu'est-ce que c'est ?
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Et est-ce qu'on a une participation ?
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Thierry Pêche ?
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Il faut quand même dire aux auditeurs aussi...
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Les listes électorales sont gelées depuis 1998 ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« La Calédonie compte 270 000 habitants et un espace maritime gigantesque d'un million et demi de kilomètres carrés, soit plus de 10% de l'espace maritime français à travers le monde. »
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« Elle est l'élément central de la présence française dans une zone d'expansion chinoise. »
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« La Calédonie qui devrait rester française. »
- 1:56PrésentateurChiffre
« La participation était de 41% à trois heures de la fermeture du scrutin. »
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« Et donc une période effectivement très agitée et qui a finalement débouché sur le massacre d'Ouvéa en 88 et donc les accords de Matignon dont on clôt en quelque sorte le processus avec ce troisième référendum. »
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« Selon la chaîne de télévision Nouvelle-Calédonie, la première, le non, le non à l'indépendance l'emporte à 95,5% selon donc des résultats partiels et dépouillements de 84% des bulletins. »
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« Les indépendantistes canaques, aujourd'hui, c'est un peu moins de la moitié de la population. »
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« Les Européens, métissés ou pas, c'est un quart de la population. »
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« Et ils se sont invités dans la problématique depuis maintenant des décennies, des gens qui venaient de Wallis et Futuna, donc des Wallisiens et des Futouniens, qui sont un peu plus de 20% de la population. »
- 9:03InvitéFait
« On a dit que ceux qui n'étaient pas là il y a 20 ans ne peuvent pas voter. »
- 10:01InvitéChiffre
« Vous avez en gros 40 000 personnes qui ne votent pas à ce référendum parce qu'ils n'en ont pas le droit. »
- 22:11PrésentateurFait
« Il y a trois jours le dernier barrage de Guadeloupe a été démantelé par les forces de l'ordre. »
- 24:10InvitéFait
« Il y a un très bon papier dans le monde de Raphaël Baquet sur l'état de Pointe-à-Pitre. »
- 26:45InvitéChiffre
« En Calédonie 50 000 calédoniens sur 280 000 vivent en dessous du seuil de pauvreté. »
- 28:52InvitéChiffre
« L'ensemble de l'outre-mer c'est 1 600 000 électeurs ça pèse 4 à 5 points d'un premier tour de présidentielle. »
Temps de parole
- Invité30 %
- Invité 220 %
- Présentateur18 %
- Invité 316 %
- Invité 416 %
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Bonjour et bienvenue pour ce nouveau numéro de l'Esprit Public en direct jusqu'à midi avec les journalistes Sylvie Kaufmann et Gérard Courtois, le directeur du Fintang Terra Nova Thierry Pech et le directeur de l'Institut français des relations internationales Thomas Gomart. Au sommaire de nos débats, les jeux dangereux autour de l'Ukraine, déploiement militaire et escalade verbale entre occidentaux et russes. Et puis l'outre-mer, nos outre-mer ont-ils leur avenir en France ?
L'outre-mer qui ne figure dans l'agenda politique et les actualités de la métropole qu'à l'occasion de crises, émeutes et protestations souvent liées à la misère sociale ou dernièrement à la défiance vaccinale, on reviendra dans un deuxième temps sur la situation de la Guadeloupe. Mais je voudrais d'abord évoquer la Nouvelle-Calédonie, territoire du Pacifique qui vient de vivre son troisième référendum d'autodétermination dans un processus politique entamé il y a plus de 30 ans après des années de violence. La Calédonie compte 270 000 habitants et un espace maritime gigantesque d'un million et demi de kilomètres carrés, soit plus de 10% de l'espace maritime français à travers le monde.
Elle est l'élément central de la présence française dans une zone d'expansion chinoise. Le territoire est enfin le cinquième producteur mondial de nickel, filière dont dépend environ un quart des emplois privés sur place. La Calédonie qui devrait rester française. Les bureaux de vote ont fermé il y a deux heures, mais les indépendantistes du FLNKS, ayant décidé d'appeler au boycottage de ce scrutin, les résultats s'annoncent sans surprise. La participation était de 41% à trois heures de la fermeture du scrutin. Sylvie Kaufmann, quel est votre regard aujourd'hui sur ce morceau de France où vous avez vécu et travaillé pendant plusieurs années ?
Oui, il y a longtemps.
Oui, mais ça marque.
Oui, absolument. Il se trouve que j'ai ouvert, j'ai été envoyée par l'agence France Presse à l'époque pour ouvrir un bureau sur ce territoire et dans une période très très agitée puisque c'était après la mort d'Eloi Machoro, donc leader indépendantiste tué par la gendarmerie mobile, si je me souviens bien. Et donc une période effectivement très agitée et qui a finalement débouché sur le massacre d'Ouvéa en 88 et donc les accords de Matignon dont on clôt en quelque sorte le processus avec ce troisième référendum. Et je trouve que la genèse de ces accords est vraiment très intéressante.
Il y a un petit livre qui a été publié en 2019 par une petite maison d'édition, je crois que ça s'appelle Double Ponctuation et c'est une conversation entre une journaliste qui s'appelle Odile Conseil et Michel Rocard qui lui raconte comment il s'y est pris, c'est un peu sur le titre je crois, c'est Faire la paix et donc il raconte vraiment sa méthode et pourquoi ?
Parce qu'il a été nommé Premier ministre juste quelques jours après ce massacre d'Ouvéa et pourquoi il a décidé et comment, à quel personnage de la République et de la société civile française il s'est adressé pour fomenter ce dialogue, pour donner naissance à ce dialogue qui a débouché sur les accords de Matignon et dix ans après l'accord de Nouméa. Et je ne vais pas trop rentrer dans les détails mais c'est un processus de décolonisation, c'est bien de ça qu'il s'agit et c'est ça qui est vraiment intéressant parce que ça a été bien fait, je crois, je crois qu'on peut dire que ça a été bien fait il y a eu encore des soubresauts mais voilà, alors ce troisième référendum finalement...
Mais un processus de décolonisation qui n'aboutit pas à la décolonisation, qu'est-ce que c'est ? Voilà, absolument. J'en profite pour dire qu'on a une première estimation du résultat du référendum selon la chaîne de télévision Nouvelle-Calédonie, la première, le non, le non à l'indépendance l'emporte à 95,5% selon donc des résultats partiels et dépouillements de 84% des bulletins.
Et est-ce qu'on a une participation ? Non, voilà, parce que c'est un test évidemment important puisque le FNLKS a demandé de boycotter ce scrutin dont il avait demandé le report à cause de la situation sanitaire.
Donc décolonisation disiez-vous et effectivement le territoire est inscrit sur la liste des territoires
du comité de décolonisation de l'ONU. Alors, c'est la fin d'un processus et c'est l'ouverture d'un autre et on ne sait pas trop ce que ça va être mais en effet, même si le nom visiblement l'emporte, donc c'est un nom à l'indépendance, mais il faut qu'un autre processus s'ouvre. Et là, il faut commencer autre chose, il faut inventer autre chose, toujours dans cette optique d'une décolonisation souple. Vous disiez tout à l'heure, ces Outre-mer ont-ils leur avenir en France ? Et là, c'est peut-être plutôt la Nouvelle-Calédonie, quel avenir avec la France ?
Alors, on se souvient qu'Edgar Pisani, qui donc avait été mandaté dans les années 80 par François Mitterrand pour essayer de trouver une solution, il avait proposé la souveraineté-association C'était une formule intéressante, mais qui n'avait pas été possible d'appliquer parce qu'il y avait trop d'opposition caldoche, je crois. Mais voilà, ce sont dans des formules souples, nouvelles, agiles, qu'il faut essayer de trouver une solution, je crois. Et c'est vraiment une nouvelle période qui va s'ouvrir.
Sachant que l'autre territoire bénéficie déjà d'une autonomie politique extrêmement poussée.
Thierry Pêche ? Je ne suis pas sûr qu'il s'agisse vraiment d'un processus de décolonisation. Il s'agit de mettre en place les moyens d'une cohabitation sur place entre des communautés qui n'ont pas du tout la même conception de leur avenir. Bien sûr qu'il y a des éléments de décolonisation, et ils ont été pour une large partie déjà engagés, insuffisamment aux yeux des indépendantistes, mais tout de même beaucoup plus que dans certains autres territoires d'outre-mer. Mais le problème, et c'est ce que disait déjà François Mitterrand au seuil des années 90, il disait que la République française et la métropole sont dans une position d'arbitre de conflits locaux. C'est ça qui est très compliqué.
Les indépendantistes canaques, aujourd'hui, c'est un peu moins de la moitié de la population. Les Européens, métissés ou pas, c'est un quart de la population. Et ils se sont invités dans la problématique depuis maintenant des décennies, des gens qui venaient de Wallis et Futuna, donc des Wallisiens et des Futouniens, qui sont un peu plus de 20% de la population. Et ces gens-là ne regardent pas l'avenir du tout de la même façon. On est focalisé sur le discours des indépendantistes, bien sûr, puisque c'est eux qui ont demandé cette dernière consultation. Absolument, oui. Au terme des accords de Nouméa, il pouvait y avoir trois consultations référendaires. Il y en a eu deux.
Une qui a rejeté l'indépendance à 57%, une deuxième à 53%. Et là, ils ont demandé une troisième parce qu'ils se disaient la pente est bonne pour nous et on va mobiliser encore plus et on va y arriver. Mais enfin, ils n'y sont pas arrivés, vous venez de le dire. Alors, bien sûr, ils ont boycotté le scrutin et on aura un niveau de participation probablement historiquement bas qui délégitimera cette dernière consultation d'une certaine façon. Mais si ce résultat est ce qu'il est, c'est aussi parce qu'il n'y a pas eu de campagne, parce que le débat politique finalement n'a pas eu lieu. Et moi, ce que je crains, c'est qu'on se retrouve au point de départ, exactement au même endroit.
Le chef de l'État a déjà parlé de la possibilité d'avoir, dans deux ans, je crois, ou dans un an et demi, un référendum de projet, cette fois-ci sur une proposition d'association à laquelle il faudra dire oui ou non. Mais au fond, les termes du problème tels qu'ils étaient posés dans les années 90 sont à peu près ce qu'ils sont encore aujourd'hui. Les violences en moins. Les violences en moins pour le moment, parce que, attention, je ne sais pas du tout comment tout ça va évoluer, comment les indépendantistes vont réagir. Mais ce qu'il faut trouver, ce n'est pas les moyens d'une décolonisation au sens classique du terme, c'est les moyens d'une cohabitation.
Et si juste, je peux te permettre, Thierry, c'est que, par rapport à il y a 30 ans, la moitié de la population a moins de 30 ans. Donc, c'est quand même une approche nouvelle aussi pour cette partie-là de la population. Il faut quand même dire aux auditeurs aussi... Donc, il y a des choses qui ont changé quand même. Oui, mais il faut quand même dire aux auditeurs aussi qu'on a gelé le corps électoral et que beaucoup de ceux qui sont arrivés depuis ne votent pas. Songez que, pour pouvoir voter en 1998, il fallait pouvoir rapporter la preuve de sa présence sur le territoire calédonien depuis 20 ans. Donc, on a dit que ceux qui n'étaient pas là il y a 20 ans ne peuvent pas voter.
Et c'était compréhensible. Les débats du Conseil constitutionnel sur cette question, c'était comment on définit les populations intéressées. On n'allait pas donner le droit de vote à quelqu'un qui était arrivé il y a 6 mois sur un poste de fonction publique et qui repartirait un an plus tard. Donc, vous avez depuis 1998, aujourd'hui, des gens qui sont privés du droit de vote depuis 23 ans aux élections provinciales et aux consultations référendaires. Les listes électorales sont gelées depuis 1998 ? Non. Je pense qu'il s'agit des votes nationaux pour l'élection présidentielle. Ah oui, oui.
Ou pour la participation au référendum, en l'occurrence.
Oui, c'était une des conditions des accords de matrimon. Vous avez en gros 40 000 personnes qui ne votent pas à ce référendum parce qu'ils n'en ont pas le droit. Oui, c'était pour ne pas pouvoir manipuler le corps électoral dans un référendum sur l'indépendance. Ne pas amener des populations en plus, ce qui aurait modifié l'équilibre.
Mais je pensais que le corps électoral avait été révisé depuis.
Le grand problème des Canaques, pardon Patrick, après j'en termine, le grand problème des Canaques, ils l'ont dit, c'est qu'ils luttent contre, si Zemmour nous écoute, ça l'intéressera, un processus de remplacement historique. C'est ça qu'ils contestent et qu'ils rejettent. Alors, on en saura plus un peu plus tard
puisque l'Élysée fait savoir à l'instant que le président de la République s'exprimera à 13 heures tout à l'heure sur le résultat de ce dernier référendum d'autodétermination, une prise de parole du chef de l'État qui devrait durer une dizaine de minutes. Donc, après ce résultat, que ce n'est pas encore officiel, mais que j'annonçais tout à l'heure comme étant négatif, c'est-à-dire non à l'indépendance à une très très large majorité. Gérard Courtois. Je ne vais pas arbitrer entre
ce que disait Sylvie Kaufmann, processus de décolonisation, ou l'amendement que faisait Thierry après, Thierry Pêche, ce n'est pas exactement ça. Simplement, et c'est logique qu'on soit dans ce flou, parce que le préambule de l'accord de Nouméa de 98, qui, au fond, après celui de Matignon, tracait la démarche, le processus qui aboutit aujourd'hui. Le préambule était pour le moins, comment dire, alambiqué. Je cite, « Le passé a été le temps de la colonisation ». C'est un beau texte, d'ailleurs. « Le passé a été le temps de la colonisation, le présent est le temps du partage et du rééquilibrage ».
C'est en partie, sur le plan politique, ou également économique, opéré depuis 20 ans, en partie seulement. Et il a ajouté, « L'avenir doit être le temps de l'identité dans un destin commun ». Et c'est après que ça se complique. Il faut refonder un contrat social entre toutes les communautés qui vivent en Nouvelle-Calédonie, et par un partage de souveraineté avec la France sur la voie de la pleine souveraineté. Ouah, ouah, ouah ! Si je puis dire ! Partage de souveraineté avec la France sur la voie d'une... Donc, il est clair que l'horizon est celui de l'indépendance.
D'une indépendance à définir et d'une indépendance que, jusqu'à présent, les Canaques ont plutôt imaginé comme une indépendance en partenariat, comme on dit. C'est une des formules retenues par l'ONU. pour ce genre de processus. Alors, la question aujourd'hui, effectivement, c'est maintenant... Alors, moi, ce qui... Enfin, et la question immédiate, on verra ce que dit le chef de l'État dans deux heures, mais la question immédiate, c'est que tout ce processus passionnant et intelligent engagé depuis 30 ans, par deux gouvernements socialistes, d'ailleurs, à l'époque, ils étaient au pouvoir. Ça a existé. Ça a existé.
Ce processus repose depuis 30 ans sur la confiance entre les trois acteurs, l'État, la communauté canaque et ce qu'on appelle les loyalistes. Et toute la question, me semble-t-il, aujourd'hui, est de savoir jusqu'à quel point la confiance, cette confiance qui a été maintenue de manière très, je disais encore, très... assez remarquable depuis 30 ans, compte tenu du passé, jusqu'à quel point elle est écornée ou rompue à l'occasion de ce référendum, vous l'avez rappelé, qui a été... qui a été prévu, qui a été demandé par les indépendants, par les canaques, qui...
dont la date a été fixée au mois de juin par une partie, par le ministre des Outre-mer et le président de la République et une partie du FLNKS qui était présente, l'autre n'étant pas venue. Oui, mais la partie présente a dit oui explicitement à cette date. Et puis, la communauté canaque ou les responsables canaques plus exactement, sont revenus en arrière parce que le Covid qui jusque-là était... ne faisait aucun dégât en Calédonie a commencé à en faire à l'automne.
Et donc, je veux dire, cette non-participation dont le taux de participation est extrêmement faible par rapport aux deux précédents référendums que ce taux de participation montre à quel point elle a été suivie, respectée par les électeurs appartenant à cette communauté canaque, jusqu'à quel point le résultat de ce référendum qui sera parfaitement légal, il n'y avait pas de quorum de participation fixé, sera-t-il légitime et accepté ? Bon.
Est-ce que, à partir de maintenant, la logique est que demain ou après le scrutin présidentiel français parce que c'est une autre inconnue, c'est assez difficile d'imaginer qu'on s'engage dans des négociations aussi complexes avec à quatre mois d'une élection présidentielle. Mais en tout cas, les négociations devraient logiquement s'engager sur la base d'un statut pérenne inscrivant la Calédonie dans la République française, selon des modalités à définir. est-ce que, compte tenu de leur objectif, les Canaques accepteront de s'engager sur ces bases-là ? C'est un gros point d'interrogation.
Et le deuxième point d'interrogation qu'évoquait Thierry d'un mot, c'est qu'on est dans une période de latence de six mois, grosso modo, jusqu'au terme du processus électoral français, présidentiel, législatif. en six mois avec... Je veux dire, c'est un enjeu qui ne sera sûrement pas central dans la campagne présidentielle, mais qui peut être très urtiquant. On l'a déjà vu, Mme Le Pen, M. Zemmour, Mme Pécresse, d'un côté, reprochent au président de la République une neutralité qui n'existe pas en réalité. Le président de la République a dit je ne veux pas m'engager, mais la France sans la Calédonie serait moins belle.
Bon, c'est assez clair et le Premier ministre a été encore plus explicite il y a quelques jours. Donc, voilà, il va y avoir un débat sur ce sujet dans la campagne, certainement, et par ailleurs, sur le terrain, qu'est-ce qui peut se passer ? Rien ne dit, Sylvie, rappelez que la population calédonienne est très jeune, qu'elle n'a pas connu le passé des années 80, de la quasi-guerre civile de cette époque-là, qu'elle peut réagir de manière imprévisible, voire violente. Et donc, ce genre de trouble en pleine campagne présidentielle, de trouble éventuel, possible, est particulièrement compliqué à gérer.
Thomas Gomart, avez-vous un oeil plus géopolitique sur la position et la situation de la Calédonie ?
Oui, j'en ai un, mais avant cela, je voudrais faire juste une observation sur la séquence dans laquelle on est, parce qu'on a eu une situation extrêmement tendue en Nouvelle-Calédonie en décembre dernier, en décembre 2020, où vraiment, la tension était très vive. Et moi, ce qui me frappe, c'est le facteur sanitaire, en fait, dans cette séquence, parce que ce facteur sanitaire, il a joué sur le scrutin en Nouvelle-Calédonie, il pourrait jouer en métropole dans les mois qui viennent. C'est-à-dire que la gestion de la crise sanitaire, à mon avis, est un élément extrêmement important de la séquence électorale que nous avons traversée en Nouvelle-Calédonie et que nous traverserons en métropole.
C'est la première observation. Et je rappelle aussi qu'UVA, ça s'était effectivement passé dans un entre-deux-tours d'élections présidentielles et que j'irais dans le sens de Gérard, je pense qu'il faut être extrêmement attentif à, on verra ce que le chef de l'État exprime, mais sur les suites de ce processus. Je ne sais pas ce qu'on n'est plus là. Oui, mais bon, on peut toujours imaginer des scénarios et je pense que ce qui s'est passé au mois de décembre dernier, encore une fois, je pense, a aussi attiré l'attention sur la difficulté qu'il peut y avoir. Il y a un caractère toujours très instable en Nouvelle-Calédonie, malheureusement.
Sur le contexte, je pense que ce qui est intéressant pour répondre à votre question, Patrick, c'est que, en fait, le contexte géopolitique a complètement changé entre les accords de Matignon et même ceux de Nouméa, d'ailleurs. Moi, ça me semble tout à fait clair que les accords de Matignon étaient dans une logique de décolonisation. C'est-à-dire, ce qui était l'esprit, c'était d'arriver à l'indépendance. Et ça avait été conçu comme ça par Michel Rocard.
Or, on est aujourd'hui, à mon avis, dans peut-être un changement de pied, au fond, non exprimé de la part des autorités françaises parce que la Nouvelle-Calédonie, dans son environnement régional en 1989, en 1998, n'a plus grand-chose à voir avec l'environnement régional de 2021. C'est-à-dire qu'effectivement, il y a une sorte de fin de processus de décolonisation, vous avez mentionné la liste de l'ONU, et on est dans un moment où elle est objet de convoitises tout à fait explicites de la part d'un certain nombre d'acteurs, en particulier la Chine, mais pas seulement.
Je rappelle que la Nouvelle-Calédonie avait, aux yeux des États-Unis, un rôle tout à fait important pendant la guerre du Pacifique et ça s'est resté présent. L'importance que l'Australie lui accorde aussi fait qu'il y a une dimension, à mon avis, à prendre en compte sur le plan stratégique après la décision d'Ocus de ce pacte entre l'Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni au mois de septembre, qui fait que l'enjeu de la Nouvelle-Calédonie, à mon avis, a changé dans la compréhension que les autorités françaises pouvaient avoir. Je ne sais pas quand datait ce changement. Est-ce que c'est entre... à partir de 2008 ?
Est-ce que c'est après le fait que le nom n'a pas été voté de la même manière entre le premier et le deuxième référendum ? Mais moi, je sens très bien ce changement de pied, c'est-à-dire au fond de voir la Nouvelle-Calédonie comme un enjeu géopolitique et c'est quelque chose de plus en plus exprimé par les autorités françaises dans le cadre de ce qu'on appelle la stratégie indo-pacifique. Sauf que cet argument-là, pour les gens sur place, ça compte très peu. C'est-à-dire que c'est vraiment une vision, pour le coup, de la métropole et qui, au fond, déroge l'ambition en fait internationale de la France, la manière dont elle se voit comme puissance à l'échelle globale.
Ou est-ce qu'elle considère qu'au fond, elle a vocation à rester dans le Pacifique et en ce sens, c'est aussi la seule présence de l'Union européenne dans le Pacifique ou alors, ce qui s'annonce, c'est peut-être la fin de ce cycle-là et une sorte de, comment dirais-je, par retour, oui, mais au fond, de dire, non, au fond, il n'y a plus de raison d'être présent dans le Pacifique pour l'Union européenne et pour la France. Et donc ça, pour moi, il y a un changement de pied entre l'état d'esprit qui était celui des accords de Matignon et l'importance renforcée donnée à la Nouvelle-Calédonie sur le plan stratégique.
Je voudrais qu'on se donne quelques minutes pour un tour de table sur la situation d'un autre confetti de l'Empire comme selon l'expression inventée par Jean-Claude Guillebeau il y a un demi-siècle maintenant dans un livre retentissant et qui s'interrogeait d'ailleurs sur le fait que dans les années 70 la France était la dernière puissance coloniale du monde il le disait avec un point d'interrogation.
C'est la situation aux Antilles après l'embrasement de ces dernières semaines notamment en Guadeloupe violence, pillage et barrage routier liés d'abord au refus de l'obligation vaccinale des soignants même si les organisations à l'origine du mouvement syndicats UGTG notamment ont élargi leur doléance à la vie chère. Il y a trois jours le dernier barrage de Guadeloupe a été démantelé par les forces de l'ordre.
Des discussions se sont enclenchées entre intersyndicales et élus locaux mais sans représentation de l'Etat puisque les organisations sur place ont refusé de condamner les violences elles ont même exigé de la libération des acteurs violents qui ont été arrêtés et pour certains emprisonnés et donc le ministre a dit qu'il n'était pas question de discuter dans ces conditions. Thierry Pech quel est l'avenir de ces territoires ?
C'est compliqué mais d'abord par rapport au sujet précédent la Nouvelle-Calédonie fait figure de confettis riches par rapport au territoire que vous venez de citer. la situation sociale économique la très grande dépendance de ces territoires à l'aide métropolitaine et construit un paysage complètement différent. Bon il y a eu trois crises qui se sont agrégées en Guadeloupe une crise sanitaire une crise sécuritaire une crise sociale. la crise sécuritaire était la condition pour que les deux autres puissent enfin la résolution de la crise sécuritaire était la condition pour que les deux autres sujets puissent être évoqués plus calmement.
Ça semble être le cas mais il faut quand même se souvenir de ce qu'on a vu. On a vu des manifestants tirer aval réel sur les forces de l'ordre. C'est pas tout à fait rien et donc ces champs de facteurs peuvent créer des situations quasi insurrectionnelles. Bon c'est à peu près rentrer dans l'ordre mais on a deux sujets la situation sanitaire la situation sociale. La situation sociale on la connaît bien elle n'est pas nouvelle il y a eu des crises dans le passé les problèmes socio-économiques de ces îles sont bien documentés mais le pourrissement de ces questions a poursuivi sa route. Regardez il y a un très bon papier dans le monde de Raphaël Baquet sur l'état de Pointe-à-Pitre bon c'est une
la ville préfecture dans un état de délabrement
complet avec un niveau d'endettement des collectivités locales qui est supérieur donc il va falloir reprendre ces sujets qu'on connaît bien à la racine ça nécessitera de l'investissement public ça nécessitera une aide de la métropole ce qu'on a fait pour Marseille de façon spécifique pourquoi ne l'imaginerions-nous pas demain pour la Guadeloupe et singulièrement pour la zone de Pointe-à-Pitre ensuite il y a une problématique sanitaire la défiance vaccinale est à mes yeux une forme d'expression de la défiance à l'égard des institutions je pense qu'il y a un lien entre ces deux ces deux choses bon ça veut dire qu'il faut renouer les fils d'un minimum de confiance c'est ça que ça veut dire bon par ailleurs ça expose cette population évidemment au ravage de l'épidémie et ça c'est très triste 850 morts
auraient pu être évitées par la vaccination disait il y a quelques jours une étude sur la Martinique et sur la Guadeloupe et pour les seuls deux mois d'été de la quatrième vague Gérard Courtois
vous le rappeliez Patrick en intro les confettis les derniers confettis de l'empire colonial oui avec et je veux dire ça laisse des traces c'est une histoire lourde extrêmement vivace dans la mémoire des peuples autrefois colonisés et si je vais être un peu abrupt mais si le statut colonial a disparu le système colonial n'a pas complètement disparu on le voit dans toutes les communautés dans toutes les collectivités d'outre mer les les intérêts économiques les intérêts économiques des inégalités sociales qui recouvrent pour l'essentiel des inégalités ou des une carte ethnique ou des inégalités ethniques donc alors les inégalités sociales j'ai un exemple qui se trouve être calédonien mais qui m'a frappé je veux dire en Calédonie 50 000 calédoniens sur 280 000 vivent en dessous du seuil de pauvreté 70% d'entre eux sont canac et c'est le territoire au monde qui compte le plus de Porsche Cayenne par habitant voilà c'est une espèce d'image qui paraît caricaturale mais qui n'en est pas moins réelle c'est pire en Guadeloupe pas pour les Porsche Cayenne mais pour le taux de pauvreté un autre très caractéristique mais qui renvoie également à ce passé colonial qui reste prégnant c'est le rapport complètement schizophrénique à l'Etat et à la métropole qui d'un côté est le cordon nourricier de ces collectivités sous perfusion économique qui sont des économies sous perfusion sous perfusion budgétaires sous perfusion de transferts sociaux et qui en même temps nourrissent une espèce de rancœur vis-à-vis de Paris et de la métropole
rancœur parfois entretenue par les élus locaux aussi et par les organisations syndicales sur la défiance vaccinale j'ai entendu il y a quelques mois à l'Assemblée nationale un député de Guadeloupe expliquer qu'on ne pouvait pas forcer des populations qui avaient été soumises à l'esclavage à se faire vacciner parce que ça les remettrait en esclavage 20 citations
et le refus de Mme Taubira en Guyane d'inviter d'inciter les Guyanais à la vaccination s'il était moins caricatural dans sa forme n'en était pas moins elle n'allait pas moins dans le même sens et alors j'ajoute c'est un peu par rapport aux enjeux complexes de la Guadeloupe mais aussi de la Martinique et des autres à des degrés divers à la Réunion ou à Mayotte avec des situations spécifiques différentes mais avec les mêmes ressorts j'ajoute une remarque un peu qui va paraître un peu triviale mais l'ensemble de l'outre-mer c'est 1 600 000 électeurs ça pèse 4 à 5 points d'un premier tour de présidentielle donc l'enjeu électoral il est loin d'être mince pour le gouvernement et pour l'ensemble des candidats pour mémoire rappelons que 74 non que Jospin que Lionel Jospin a manqué d'être qualifié au second tour à 250 000 voix que François Fillon a manqué d'être qualifié au second tour à 450 000 voix l'enjeu électoral immédiat pour la présidentielle n'est pas négligeable Sylvie Coffin oui juste je n'ai pas d'expertise particulière sur cette région des Antilles mais par rapport à ce que disait Thierry tout à l'heure sur il faut l'aide de la métropole mais elle existe cette aide si j'ai bien compris elle existe alors est-ce que le problème n'est pas justement dans la manière dont elle est exercée dont elle est distribuée dont elle est utilisée sur place il y a un problème de modèle économique aussi quand on voit en effet qu'il y a toujours 33% je crois un tiers donc ça doit faire 33% des gens en Guadeloupe qui vivent en dessous du seuil de pauvreté quand en effet ils sont 20% en Nouvelle-Calédonie ce qui est déjà beaucoup trop mais la différence est très frappante donc là il y a une sorte de tous les produits alimentaires par exemple sont beaucoup plus chers c'est un des gros problèmes tout ce qui est alimentation est importé et donc revient beaucoup plus cher parce qu'il faut y incorporer le coût du transport forcément pour le niveau de vie des gens c'est dramatique mais est-ce que ce ne sont pas des îles où on peut vivre autrement je veux dire ou produire autrement je crois que là il y a vraiment aussi un problème d'imagination et de créativité dont la France dont l'Etat a su faire preuve d'une certaine mesure en Nouvelle-Calédonie et qui manque visiblement dans ce cas là
Thomas Gomart
peut-être pour conclure sur ce point vous avez mentionné Confetti d'Empire je voudrais répondre avec une étude rédigée par Elie Tenenbaum qui s'appelait Confetti d'Empire au point d'appui un peu dans le prolongement de la première intervention c'est-à-dire que il faut peut-être voir ça aussi dans cette logique de quelle forme d'évolution de la présence française à travers le monde sur les 5 continents en fait c'est-à-dire que ces Drumcoms ils sont présents sur les 5 continents et ils sont associés ce domaine maritime que vous avez mentionné dans votre introduction qui en termes à la fois géoéconomique et géopolitique suscite là encore beaucoup de convoitises actuellement et il ne faut pas voir ça à mon avis uniquement sur un simple plan de présence militaire mais de plus en plus sur des problématiques d'environnement de gestion de l'environnement je pense en particulier à la situation dans le canal du Mozambique avec ensuite la situation aussi à la réunion Mayotte ce sont à mon avis des grands sujets sur lesquels il faut peut-être réfléchir pour proposer des dynamiques nouvelles effectivement c'est-à-dire que sortir un peu de cette logique de perfusion mais comprendre en même temps que ces espaces à la fois ces territoires et ces espaces maritimes suscitent aujourd'hui beaucoup de convoitises et ces espaces
sont à mon avis et ces espaces sont à mon avis et ces espaces