Bénéfices records de TotalEnergies, réforme des retraites, débats parlementaires, intervention d'Adrien Quatennens... Ce qu'il faut retenir de l'interview de François Ruffin
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
François Ruffin, le groupe français Total Energy annonce ce matin des profits records, 19 milliards d'euros dégagés l'an dernier. Est-ce que c'est une bonne nouvelle pour les salariés et pour l'économie française ? Non.
Quand on a Total qui fait 20 milliards d'euros de bénéfices, quand c'est la même chose pour le transporteur de conteneurs CMA-CGM qui fait 20 milliards d'euros de bénéfices, quand on a BNP Paribas qui fait 10 milliards d'euros de bénéfices et qui en même temps décide de licencier près de 1000 personnes, à quoi on assiste ? On assiste au gavage des uns, au rationnement des autres. On assiste à une prédation de la nation. Maintenant, moi, ce qui m'embête le plus dans tout ça, c'est même pas Total, CMA-CGM, BNP Paribas. C'est le politique. C'est l'État.
L'État, normalement, il a pour responsabilité de venir rééquilibrer les plateaux de la balance, de venir être en faveur des faibles et venir un peu taxer l'effort. Or, ça fait maintenant trois ans qu'on traverse des crises successives. Crise du Covid, on a eu les assureurs qui se sont gavés. On a eu la grande distribution qui s'est gavée. On a eu le numérique qui s'est gavé. On a eu l'industrie pharmaceutique qui s'est gavée. On n'a pas touché à rien chez eux. Maintenant, on a les portes-conteneurs. On a l'énergie. On a l'industrie agroalimentaire qui se gavent et on n'y touche pas.
Total réinvestit chaque année entre un quart et un tiers de ses bénéfices dans les énergies propres, dans l'éolien, dans le solaire. Est-ce que ce n'est pas bien d'avoir un champion français dans ce domaine plutôt que de faire confiance aux entreprises chinoises ou américaines ?
Vous faites autant que vous pouvez l'évocate Total, mais je vois que vous avez bien du mal quand même. La réalité de Total, c'est l'essentiel de ses bénéfices est redistribué en dividendes.
Vous savez qui est le premier actionnaire de Total ?
L'État français ?
Non. Non, c'est un groupe entièrement privé. Ce sont les salariés.
Les salariés.
Premier actionnaire, ce sont les salariés du groupe. 85% d'entre eux sont actionnaires de leur entreprise.
Alors, allons-y là-dessus. Allons-y. Les dividendes français... Vous savez, le jour où Elisabeth Borne annonce la réforme des retraites, le même jour, la une du journal Les Échos de mon ami Bernard Arnault, c'est 80 milliards d'euros de dividendes pour les entreprises du CAC 40. Les dividendes en France, chez Total comme ailleurs, ils ne vont pas aux deux tiers, ils ne vont pas aux 10% les plus riches en France, ils ne vont pas aux 1% les plus riches, ils vont aux 0,1% les plus riches.
Mais là, François Ruffin, on vous parle de Total. On vous dit que 7% de l'actionnariat, 7% du capital, ce sont les salariés. 65% des salariés de Total sont actionnaires. On vous dit aussi que les salariés ont touché un mois de salaire en plus, en moyenne 3 600 euros, qu'ils ont une augmentation de 7,5%. Mais moi, je ne vous parle pas des salariés... Tout ça, ça ne va pas dans votre sens ?
Non, je ne vous parle pas des salariés, et vous l'entendez très bien. Je vous parle des Français.
Les salariés, ce sont quoi ?
Non, je vous parle des Français. Je vous parle de tous les Français. Je vous parle de tous les automobilistes français. Je vous parle de tous les contribuables français qui, eux, payent des impôts en France, pendant que Total ne paye pas d'impôts sur les sociétés en France.
Ça va commencer cette année.
Formidable.
Mais parce que les raffineries étaient déficitaires.
Non, mais formidable. C'est faux. C'est absolument faux. Je veux dire, c'est de l'habillage.
C'est-à-dire, sur ce point précis, Total, effectivement, n'avait pas payé d'impôts sur les sociétés en 2021, car le groupe affirmait qu'il était déficitaire sur les activités en France, qui représentent une petite partie, puisque c'est le raffinage. Vous dites que c'est faux ? Mais oui, bien sûr.
C'est-à-dire, les comptes n'étaient pas exacts. Mais c'est évident. Comment ça se fait que Total place tous ses dividendes aux Pays-Bas ? Pourquoi c'est bénéfique ?
Pour payer les producteurs d'énergie ?
Mais non. Pourquoi c'est aux Pays-Bas ? Parce que là-bas, il n'y a pas d'impôts sur les plus-values. Il y a un déguisement de toutes les sociétés du CAC 40 pour avoir à payer le minimum d'impôts en France, qui fait qu'on a des TPE et des PME qui sont aujourd'hui taxés sur les sociétés à 24%. Le CAC 40, c'est 4%. Et on a des sociétés comme Sanofi ou Total qui arrivent à faire 0%. Je veux dire, on a une situation qui est scandaleuse. Qui est scandaleuse pour tous les Français. Et le pire... Alors j'entends votre complicité médiatique aujourd'hui. Complicité médiatique ? Oui, oui. Pour venir... Mais ça s'appelle de la contradiction. Mais non, ce n'est pas les faits.
Et vous parlez de complicité médiatique. Ce n'est pas les faits. Est-ce que c'est vous qui êtes venu dire que Total payait 0% d'impôts sur les sociétés en France ? Vous n'êtes pas venu le dire ? Oui, c'est un fait. Oui, mais c'est un fait, mais vous n'avez pas choisi d'apporter ça. Vous faites les avocats de Total. Très bien. Non, mais très bien. C'est votre opinion. Oui, c'est mon opinion. Très bien. Maintenant, il y a une autre complicité qui m'y gêne beaucoup plus. C'est la complicité politique. Oui, ça fait 3 ans où on demande aux Français de se rationner. On a Total et compagnie qui se gavent. Et Bruno Le Maire, est-ce qu'il bouge le petit bout d'oie ?
Quand il y a un scandale, comme par exemple les Open Lux. Où on voit que les grandes familles françaises, Mulier, Arnaud, Hermès et compagnie, sont les premières à aller placer leur capitaux au Luxembourg. Quand on interpelle Bruno Le Maire, il dit oui, oui, je vais voir ce que je peux faire. Je ne suis pas très au courant de ça. Et il n'y a rien qui se produit. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'aujourd'hui, au sommet de l'État français, on a une complicité dans la prédation de la nation. Ça veut dire qu'aujourd'hui, au sommet de l'État français, on devrait avoir une police économique. Une police économique pour faire quoi ? Une police économique pour protéger les Français.
Pour faire que ce ne soient pas les seigneurs qui accumulent les fortunes et ne payent pas d'impôt là-dessus. On devrait avoir une police économique pour faire ça. Et à la place, qu'est-ce qui se passe ? À la place, qu'est-ce qui se passe ? C'est comme si, à la tête de la police, on avait placé Al Capone. Bercy s'en lave les mains, il ne touche pas ça, il laisse faire.
Vous pensez que les services fiscaux en France, ils laissent intentionnellement les grandes richesses partir à l'étranger, en tout cas de faire de l'évasion fiscale ?
Je pense qu'il y a une grande complicité avec ça, que oui, on ferme les yeux. Oui, on n'y met pas les moyens pour aller chercher l'argent là où il se trouve. Quand vous regardez Amazon, qui fait des bénéfices en France, qui fait des bénéfices gigantesques en Europe, qui n'a jamais fait autant de bénéfices que pendant la crise Covid, et qui ne paye pas d'impôts sur les sociétés en France, qu'est-ce qui se passe ? Il se passe qu'en fait, plus on est petit, plus on est taxé gros. Plus on est gros, plus on est taxé petit. Voilà ce qui se passe dans notre pays. Et donc, évidemment, c'est une situation qui est tout à fait scandaleuse, et que chacun ressent dans son porte-monnaie.
Mais quand c'est sur de la TVA qu'on vient faire des impôts, quand c'est sur les impôts locaux que ça touche, c'est pas juste, on est dans un... Voilà ce qui est blesse. Vous savez, je pense que ça résonne avec le conflit sur les retraites en France aujourd'hui. On va en parler dans un instant. Ça résonne, parce que c'est ce sentiment d'injustice qui blesse aujourd'hui le cœur des Français. C'est nous, on travaille, nous, on paye nos impôts, et on a du mal à en vivre. Et pendant ce temps-là, il y a les gros là-haut qui échappent et qui bénéficient d'une complicité.
Les retraites et la stratégie de la NUP, on va en parler dans un instant, si vous voulez bien. François Ruffin, 8h40, le fil info, Marie Maeux. Les perturbations à la SNCF continuent aujourd'hui contre cette réforme des retraites. C'est à l'appel de deux des quatre syndicats représentatifs, la CGT et Sudrail. Comptez deux TGV sur trois et un TER sur deux en moyenne. Grève reconduite également dans la plupart des raffineries de Total Energy. La mobilisation dans les rues, elle, est à la baisse. 800 000 personnes ont défilé hier, selon la police. Près de 2 millions pour les syndicats. Ils appellent déjà à des manifestations massives ce samedi pour la quatrième journée d'action.
Près de 9 000 morts en Turquie et en Syrie. Dernier bilan, toujours provisoire après de violents séismes. La France va déployer un hôpital de campagne dans le sud-est de la Turquie. Une mission de reconnaissance par ce matin. Au Mondial de Ski Alpin, on attend la française Tessa Worley à Meribel sur le Super G. Aujourd'hui, le super slalom géant. Hier, Alexis Pinturo a remporté l'or en combiné. France Info. Le 8.30 France Info. Salia Brakia, Marc Fauvel.
François Ruffin, la mobilisation contre les retraites a marqué le pas hier. Dans la rue et dans les entreprises publiques. Le patron de la CGT, Philippe Martinez, disait, toujours hier, qu'il va falloir aller vers des grèves plus dures, plus nombreuses et reconductibles. C'est quoi l'étape supérieure ? C'est le blocage du pays ?
Ça, c'est aux travailleurs d'en décider chacun dans leur secteur. Moi, je ne suis pas Philippe Martinez. Je ne suis pas Laurent Berger. Donc, simplement, je peux dire, en revanche, l'état de tension dans lequel ça met notre pays. Vous savez, quand il y a une, deux, trois manifestations, un, deux, trois millions de personnes qui disent non, quand dans la durée, vous avez sept Français sur dix qui disent non, quand vous avez plus de neuf salariés sur dix qui disent non, mais quand, ensuite, vous avez la CNSA qui dit que ça traduit une vision de la vie qui rompt avec les valeurs des pères fondateurs du régime par répartition, alors que c'est un organisme qui dépend de Matignon.
Quand vous avez des chefs de l'hôtellerie qui disent, comme Thierry Marx, peut-on travailler comme serveur jusqu'à soixante-quatre ans ? Non, je ne crois pas. Quand vous avez, y compris les artisans, les entreprises du bâtiment qui disent c'est une bêtise, et bien à un moment, je pense que si on ne veut pas mettre notre pays en tension, si au contraire, on veut le réparer, si on veut le soigner, si on veut le ressouder alors qu'il est aujourd'hui extrêmement divisé, et bien on ne doit pas faire ce genre de choses-là. Ce n'est pas la priorité du moment.
Vous avez dit que ça va peut-être se régler par une révolte.
J'ai dit soit par une révolte... Soit par un dégoût durable. Oui, voilà. Je ne souhaite ni l'un ni l'autre. Moi, ce que je souhaite, c'est que simplement, on ait une société française... Vous savez, les gens qui sont dans la rue hier, qu'est-ce qu'ils souhaitent ? Ils souhaiteraient pouvoir continuer à enseigner, à soigner, à construire, à instruire, à conduire, à faire leur métier plutôt que de perdre des journées de salaire. On est dans un temps où qu'est-ce qui se passe ? On a l'hôpital qui est le pilier d'État social et qui est en lambeau.
On a l'école pilier de la République qui recrute ses enseignants en job dating et on voit que la Cour des comptes dit qu'il y a une grande chute de l'attractivité là-dedans. On est dans un moment où, dans le rail, il nous manque des conducteurs pour les trains.
Et ce que dit le gouvernement, c'est que si on ne réforme pas les retraites, en fait, tout l'argent qui est nécessaire pour l'hôpital, l'école, on va devoir le mettre sur la réforme, sur les retraites, justement, pour en flouer le déficit.
On n'est plus dans un débat budgétaire. C'est absolument faux depuis le départ, puisque dans le même temps, on l'a déjà démontré, ils donnent des milliards d'euros pour la suppression de la contribution valeur ajoutée des entreprises. Ensuite, si on voulait parler budget, sérieusement, je suis venu avec ma courbe quand même. La chose dont il faudrait parler, c'est le déficit commercial de la France, 169 milliards d'euros. On nous dit qu'on va avoir sur les retraites un déficit de 12 milliards d'euros. On ne sait pas trop quand, mais on va l'avoir. Là, c'est aujourd'hui et c'est 14 fois plus. Et ça, c'est motus et bouche cousue du côté du gouvernement. Dans un contexte particulier.
La guerre en Ukraine, la crise Covid. Soit, soit. Je suis prêt à faire long là-dessus. Maintenant, je vais vous dire la tension, la division de la société française. Hier, je termine la manif. Je vais dans une brasserie chic, place de l'Opéra. Je vois un serveur. Il me serre la main. Il dit non, je ne suis pas le serveur. Je suis gérant de la boutique. Ici, il y a 40 salariés. Et je vais vous dire, j'ai voté Macron. Je suis République en marche. Mais là, ce qu'il fait, ce n'est pas bien. Passer de force comme ça, ce n'est pas bien.
Mais il y a un débat au Parlement, François Ruffin. Vous êtes parlementaire.
Moi, j'ai 40 salariés. Je respecte mes salariés. C'est eux qui font ma valeur ajoutée. Mais passer de cette manière-là, ce n'est pas bien. Il y avait d'autres sources de financement. Il dit, ce qu'il fait là, ce n'est pas bien. Et ce sont des gens comme moi qu'il est en train de perdre.
Pourquoi ce débat-là, François Ruffin ? Vous ne le portez pas à l'Assemblée nationale, qui est le lieu du débat en République, plutôt que de déposer 13 000 amendements sur des virgules, sur des articles...
Ce n'est pas vrai. Il n'y a aucun amendement sur une virgule.
Il y en a 67 qui... Mais il y en a plusieurs qui se répètent. Voilà. Il y en a 13 000 au total. Ce qui fait que les députés n'examineront peut-être même pas l'article qui repousse à 64 ans.
Non. Je le redis. Moi, je souhaite qu'on étudie l'article 7 qui repousse à 64 ans. Mais ce n'est pas le choix qui a été fait par votre groupe. On verra. Écoutez, il y a une opposition. Elle s'oppose. Cette loi ne doit pas passer. On doit tout faire pour que cette loi ne passe pas.
Mais est-ce que votre opposition s'oppose correctement avec 13 000 amendements ? Est-ce que vous demandez à vos collègues d'en retirer pour atteindre l'article 7 ?
J'ai dit qu'à un moment, il y aura des amendements qui tomberont par gros paquets pour que nous soyons maîtres du calendrier, que ce ne soit pas le gouvernement, que ce ne soit pas la majorité très relative aujourd'hui, qui soit maître de ce calendrier-là. Maintenant, il est très clair que cette loi ne doit pas passer. Elle ne doit pas passer parce que le pays souhaite que cette loi ne passe pas. Moi, je suis là pour quoi ? Je suis là pour faire que cette loi ne passe pas. Je suis là pour parler des auxiliaires de vie qui, à 50 ans, ont déjà le dos usé, ont déjà les épaules brisées et se demandent comment elles vont pouvoir tirer jusqu'à 64 ans et ça leur paraît impossible.
Je suis là pour parler des serveurs qui ne courent plus assez vite et qui sont mis au chômage bien avant 60 ans.
Vous pouvez en parler et faire avancer le texte avec vos amendements, sauf que quand il y en a 13 000 sur le papier, vous savez très bien qu'en 8 jours, c'est impossible de les aborder.
D'abord, pourquoi il n'y a que 8 jours ? Quand on donne 2 ans de plus aux Français, quand on donne 2 ans fermes, pourquoi le gouvernement met en place un calendrier où on n'a que 8 jours pour en débattre ? Est-ce qu'ils acceptent qu'on pose sur la table toutes les pistes d'autres financements ? Puisqu'il y a des tas d'autres pistes de financement. Puisque c'est un choix très, très dogmatique de M. Macron de venir décider que ça sera 2 ans de plus, 2 ans fermes. Alors que, par exemple, il pourrait y avoir, comme le suggère François Béroud, un relèvement des cotisations patronales.
Alors qu'il pourrait y avoir, comme le suggère le Conseil d'analyse économique, une fin d'exonération sur les hauts salaires. Alors qu'il pourrait y avoir, pour nourrir le minimum vieillesse, par exemple des taxations sur Toctal, la CMA, CGM et compagnie.
Est-ce que votre position aux 64 ans, François Ruffin, elle est valable pour tout le monde ? Ou est-ce que vous dites, à l'avenir, certaines professions, les moins fatigantes, les moins usantes, pourraient, un jour, dans un avenir plus ou moins proche, travailler jusqu'à 64 ans ?
Mais quelle est la réalité, M. Fauvel, aujourd'hui ? La réalité, elle est déjà pour plein de gens qui vont... Je parle de l'âge légal. Non, non. Il y a 40 ans, nous sommes favorables à 40 ans de cotisation. Donc, 40 ans de cotisation, moi, j'ai commencé à travailler tard et j'ai des trous dans ma carrière, parce que, vous voyez, il y a un tas de personnes... 40 ans de cotisation, mais âge légal à 60 ans, c'est le programme... Oui, tout à fait. Vous savez, les gens qui commencent à travailler à 20 ans et qui ont 40 ans de cotisation, c'est qu'ils sont dans des boulots qui sont durs.
Mais c'est-à-dire, vous considérez que c'est le sens de l'histoire et qu'un jour, donc si la gauche revient en pouvoir, ce sera 60 ans, mais peut-être après, ce sera 59, 58, 57, qu'on travaillera de moins en moins tard dans la vie, même si l'espérance de vie s'allonge.
En tout cas, quand en 1982, la retraite passe à 60 ans, on sonde les Français et une majorité dit, bientôt, la retraite sera à 55 ans. Et ça apparaissait comme étant le sens de l'histoire. Quel est le sens de l'histoire ? C'est la fin du travail des enfants. Et vous savez, moi, j'ai étudié ce texte sur la fin du travail des enfants. Quand on regarde ça, il y a déjà des députés à l'époque qui disent compétitivité, paresse, c'est pas normal, on a les macronistes de l'époque.
Donc un jour, on y viendra. Un jour, on sera à 59 ou 58.
Je ne sais pas dire. Moi, j'ai un autre souhait. J'ai le souhait que les gens se réalisent en se réalisant, qu'ils s'émancipent par le travail, que le travail soit un espace de liberté et aussi de réalisation de soi. Or, aujourd'hui, on ne comprend pas l'aspiration des gens au travail si on ne voit pas comment il s'est durci.
Mais vous ne pensez pas qu'il y a des gens qui sont heureux au travail à 62 ou 63 ?
Que les gens qui sont heureux au travail à 62, 63, 64 ans, qui sont dans des types de métiers, s'ils veulent continuer à travailler, qu'ils travaillent, il n'y a pas de souci, on ne va pas les forcer. Vous savez, les enseignants, j'entends des enseignants qui disent à 60 ans, c'est mon métier qui me quitte. Ben oui, comment on peut penser à aller enseigner aux enfants jusqu'à 65, 66, 67 ans ? Maintenant, la question aujourd'hui à laquelle on doit affronter, moi, je veux penser pour mon pays, je veux penser pour la France.
Je vous ai dit l'état dans lequel se trouve l'école, l'état dans lequel se trouve l'hôpital, l'état dans lequel se trouve le rail, mais même qu'on trouve plus de soudeurs, plus de zingueurs pour réparer les réacteurs, qu'il faille aller chercher les Canadiens ou des Américains, qu'aujourd'hui, on a un choc climatique à un Français qui supporte une grande transformation de tout dans notre pays, des déplacements, de l'industrie, de l'énergie, de tout ça. Ça veut dire que tout ça réclame du travail. Ça réclame du travail. Mais aujourd'hui, à quoi on assiste ? On assiste à une crise des vocations. Je le voyais déjà.
C'est-à-dire, les gens qui, à l'hôpital, sont usés parce qu'ils se sentent empêchés dans leur travail, parce qu'on leur demande de revenir le week-end, de revenir en semaine. Est-ce que, et de la même manière, à l'école, il y a une crise des vocations ?
Il faut réorganiser le travail, améliorer les conditions de travail. C'est ce que dit aussi le gouvernement, qui prépare une loi travail. On voit dans votre département, en Picardie, une expérimentation, la semaine de 4 jours, lancée par Gabriel Attal, le ministre des Comptes publics. Vous dites ça va dans mon sens ?
Avec 36 heures en 4 jours. C'est un gadget. Est-ce qu'avant de passer la retraite à 64 ans, ils ont fait une expérimentation sur l'URSSAF Picardie ? Non. Non, là, ils l'ont imposé aux Français. D'accord ? Et là, il s'agit qu'ils sortent des trucs de leur chapeau dans tous les sens. Ça fait un peu de mousse dans les médias. Mais si ça va dans ce sens-là ? Ça fait un peu de mousse dans les médias. Il n'y a pas un Français aujourd'hui qui y croit. Pourquoi ? Parce qu'on les a vus à l'œuvre pendant 6 ans. Ils ne sont pas neufs. Et même, on les a vus à l'œuvre pendant 40 ans. C'est quoi ? Moi, j'ai proposé pour les femmes de ménage qu'elles aient...
Vous savez, la femme de ménage qui passe ici, qu'elles puissent travailler en journée et ne pas être contraintes de venir faire des petits bouts de contrat le matin et des petits bouts de contrat le soir. Refuser. J'ai proposé que le burn-out sera reconnu comme une maladie professionnelle. Refuser. J'ai proposé que pour les auxiliaires de vie sociale, ça ne soit pas des petits bouts pareils d'une maison à l'autre, mais qu'on ait du travail en continu. 7h, 14h pour une équipe, 14h, 21h pour une autre équipe. Refuser. Quand ce sont les mêmes qui ont supprimé les comités d'hygiène et de sécurité, alors que la pénibilité au travail s'est renforcée, ce sont eux. Vous dites que c'est le moment
où il faut revoir les 35 heures, par exemple.
Ce sont les mêmes qui ont éliminé 4 critères de pénibilité. Ça veut dire des choses très concrètes. Ça veut dire que quand il y a des gens qui travaillent dans les cimetières de la Somme, sur des tracteurs, vous savez, qui bougent toute la journée ou qui passent la tronçonneuse et la débroussaillose, ça vibre tout le temps. On sait que ça produit du mal de dos. C'est cette France, aujourd'hui, la France qui se réveille. C'est une France qui va au boulot, qui se lève tôt, qui a mal au dos. Eh bien, critères de pénibilité qui étaient virés, les vibrations. Ce sont les mêmes qui font ça et qui, aujourd'hui, veulent prétendre aménager une société du travail. Mais pour qui ?
On a aujourd'hui le risque d'un salariat à deux vitesses. J'insiste. Oui, un salariat à deux vitesses. C'est quoi ? C'est les 5 millions de travailleurs de la deuxième ligne qui sont les permanents oubliés. C'est eux qui ont été au front pendant le cœur de la crise Covid. C'est eux qui sont oubliés sur les salaires parce que l'inflation vient rogner leur petit salaire. Ce sont les manutentionnaires, les caristes, les auxiliaires de vie, les assistantes maternelles, les agents d'entretien, les caissières, les ouvriers de l'industrie agroalimentaire. Tous ces gens-là sont des oubliés permanents. Et qu'on ne me fasse pas croire que la semaine de 4 jours, le bidule machin truc de M.
Attal, ça va être pour cette deuxième ligne-là qui est en permanence oubliée. Et voilà qui vient défendre. Et je viens la défendre pour la France. Parce que la France, elle a besoin d'eux. La France, elle a besoin que demain, ils aient envie d'aller travailler. qu'ils soient bien sur leur lieu de travail pour reconstruire une France qui se relève et qui n'ait pas ce déficit commercial de 169 milliards d'euros. François Ruffin, invité de France Info. Pardon, excusez-moi. Je m'arrive de parler avec passion.
Et un petit peu fort. 8h51, le fil info. Marie Maheu, on vous retrouve dans un instant. Près de 9000 morts et 20 000 blessés en Turquie et en Syrie, deux jours après de violents séismes. Mais l'ambassadeur de Turquie en France craint qu'il y en ait beaucoup plus. Nous avons essentiellement besoin de secouristes, dit Ali Onaner. 80 Français supplémentaires vont se rendre sur place. Le groupe Total réalise le meilleur bénéfice de son histoire l'année dernière. Près de 20 milliards d'euros. On assiste au gavage des uns et au rationnement des autres, dénonce sur France Info le député insoumis François Ruffin. Près de 500 tracteurs attendus dans les rues de Paris.
Aujourd'hui, ils convergent en ce moment vers la porte de Versailles. Manifestation d'agriculteurs contre les restrictions d'usage des pesticides. Les betteraviers ne peuvent désormais plus utiliser de néonicotinoïdes interdits dans l'Union Européenne. Et puis en classique, ce soir pour les huitièmes de finale de la Coupe de France de football, OM-PSG sur la pelouse du Vélodrome. Le Dauphin reçoit le leader. Les Parisiens sont toujours privés de Kylian Mbappé. France Info Le 8.30 France Info Salia Braquia, Marc Fauvel. Toujours avec le député insoumis de la Somme, François Ruffin.
Hier soir, à l'Assemblée nationale, Adrien Caténin s'a pris la parole pour la première fois depuis son retour à l'Assemblée suite à sa condamnation pour violences conjugales. Intervention qui a provoqué la colère de plusieurs députés. Des députés de gauche ont quitté leur place. La patronne du groupe Renaissance, Aurore Berger, a dit que c'était une honte qu'il parle à nouveau devant l'hémicycle. Est-ce que vous comprenez ces critiques ?
Il y a des critiques que je comprends. Je ne comprends pas d'Aurore Berger. Je pense que plutôt que de regarder la paille que l'autre a dans son oeil, on doit regarder la poutre qu'on a dans le sien. Et quand on a sur ses bancs Damien Abad, je pense que ça doit rester une question qu'on doit prendre avec modestie dans le cas d'Aurore Berger. Maintenant, je vais vous dire la position qui est la mienne et qui est la mienne avec constance depuis le début de cette histoire-là. Moi, je suis pour qu'on se donne le temps. Qu'on donne le temps que la poussière retombe, que les esprits se calment. J'étais contre au départ une démission forcée, mais je suis contre un retour forcé.
Et je pense qu'une année, une année sabbatique, le temps de digérer les événements, de digérer le jugement, serait fait du bien à tout le monde.
Il aurait dû se mettre en retrait pendant un an en restant député ?
Oui, je l'ai déjà dit.
Mais en restant député ?
Pourquoi pas ? Tout en reversant, j'ai proposé que les émoluments soient reversés. Voilà quelle était ma position depuis le départ. Et cette position n'a pas changé.
Ce n'est pas la position retenue par votre mouvement qui a décidé de l'exclure pendant 4 mois, mais dans quelques semaines, il revient.
On verra ça d'ici quelques semaines. Vous allez siéger à ses côtés. Il doit y avoir un vote, une clause de revoyure. Donc, il y aura cette discussion qui sera à nouveau ouverte. Donc, voilà. Maintenant, je regrette ce retour à ce moment-ci de notre histoire, de notre histoire sociale, parce que je préférerais nettement être interrogé sur les critiques d'air de bilimidité éliminé par Emmanuel Macron et qui prétend la réintroduire que sur Adrien Catenin.
Vous n'étiez pas présent à ce moment-là dans l'hémicycle hier soir, je crois. Certains de vos collègues députés insoumis l'ont applaudi au moment de son retour. Vous l'auriez fait, vous, ou pas ? Non.
Je crois que ce n'est pas la majorité qui... Mais voilà. Je le redis...
Mais vous voyez le point de crispation.
Oui, je vois le point de crispation. C'est pour ça que je dis... Chez vous et au sein de la gauche aussi. Je pense que c'est pour ça que ça n'est pas le bon moment. Je le redis. Je pense que c'est de nature à diviser dans un moment où on a besoin d'être tous unis. Tous unis. Et on l'est tous. Il y a des syndicats unis. Il doit y avoir une gauche unie pour aller soutenir un mouvement sur les retraites qui est très profondément ancré dans le pays et qu'on n'a pas besoin d'autre chose.
Si Adrien Catenin, ce n'était pas un proche de Jean-Luc Mélenchon, est-ce que le traitement qui lui a été réservé aurait été le même ?
J'en sais rien. J'en sais rien. Vous n'en savez rien ? Le traitement, là, il est quand même qu'il est exclu du groupe. Ce qui n'est pas le cas, je le redis, de Damien Abad. Mais Jean-Luc Mélenchon n'a pas de pouvoir à ma connaissance sur Damien Abad. Je redis encore une fois, il s'agit de regarder la paille qui est... Pas seulement la paille qui est dans l'œil de voisin, mais aussi la poutre qui est dans la sienne. Je pense qu'il n'y a pas de leçon en la matière à recevoir de renaissance. Il n'y a pas de leçon à recevoir d'un autre groupe politique. Je veux dire, je suis pour quoi, moi ? Je suis pour qu'on ait une charte nationale sur cette question-là.
Que ça ne soit pas réglé à la petite semaine. C'est-à-dire que tous les partis
s'engagent sur la même chose. Pas seulement les partis. Vous savez,
on est dans l'histoire des violences sexuelles.
C'est-à-dire que ça pourrait passer, par exemple, par une sorte de peine d'inéligibilité après une condamnation pour...
Les violences sexuelles et sexuelles ne sont pas un phénomène des partis. C'est vrai dans tous les syndicats. C'est vrai dans tous les médias. C'est vrai dans toutes les entreprises. C'est vrai partout. Donc, quand ça représente... Quand il y a 30% des femmes qui disent qu'aujourd'hui, elles se sentent subir des violences sexuelles et sexuelles, c'est un phénomène... Mais là, en l'occurrence,
on parle d'un député de la Nation qui fait partie de votre mouvement.
Mais j'ai dit ce que j'en pensais, il me semble, avec clarté. Donc, on peut y passer 5 minutes, si vous voulez. Mais il me semble que j'ai dit ce que j'en pensais avec clarté. Maintenant, comment on sort de ça par le haut ? Non pas seulement pour M. Catenins, mais pour tout le monde. Je le redis en posant des principes qui font qu'il y a une charte qui vaut à la fois pour TF1, qui vaut pour ICI, qui vaut pour LFI, qui vaut pour Renaissance... Mais qui contiendrait quoi ? Qui contiendrait quoi ? Qui contiendrait comment on procède quand il y a des faits de cette nature-là qui se produisent, quand ces faits-là sont internes à l'organisation, ce qui n'est pas le cas avec M.
Catenins ou qui sont externes. Bref, qu'il y ait une aide, je le dis, qu'il y ait une aide pour toutes les organisations. Je pense que ce n'est pas facile pour aucune institution de se retrouver avec, à gérer ce genre d'histoire-là.
Mais vous souhaitez, pour dire les choses autrement, François Réfin, qu'il y ait une forme de peine après la peine. Vous dites, par exemple, dans le cas d'Adrien Catenins, il aurait dû se mettre en retrait pendant un an après sa condamnation. La justice est déjà passée.
Il faut qu'il y ait quelque chose après la justice ? C'est deux choses séparées. Vous savez ? Non, mais pour moi, ce n'est pas la justice qui fait tout. C'est-à-dire que quand il y a une caissière qui est, on dit qu'elle a piqué un crayon de bois, il y a une peine qui est donnée par l'entreprise et qui est indépendante du jugement de la justice. Donc, si jamais il y a des affaires de corruption à l'intérieur d'un parti, le parti peut prendre des mesures à lui seul qui ne relèvent pas de la justice. Il faut donner l'homme. Il y a une distinction entre les sanctions qui sont prises par un parti, par un syndicat, par une entreprise et la peine de justice.
Ça vaut comme ça sur des tas d'histoires. Vous voyez ? Donc, sur ça aussi, ça pourrait valoir. Merci, François Ruffin.
Et bonne journée à vous.
Merci à vous, mais enfin, l'essentiel, quand même, c'est d'être samedi dans la rue avec les landos, les berceaux, les copains, les gamins, les collègues, les cousins. Samedi 11, dans la joie et pour faire reculer le gouvernement.
Merci, François Ruffin. Bonne journée.
François Ruffin