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Conférence de presseC dans l'air (sur YouTube)· 13 juillet 2024 66 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalSolidarités & familleImmigration & asile

Crise politique : nos institutions vont-elles tenir ? #cdanslair 12.07.2024

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Quels sont les pouvoirs de la Constitution face à l'instabilité politique actuelle?

  • 4:00OuverteRéponse directe

    La Seine peut-elle vraiment être baignée après 36 ans de promesses?

  • 8:00OuverteRéponse directe

    Un gouvernement démissionnaire peut-il encore prendre des décisions importantes?

  • 12:00OuverteRéponse directe

    La lettre d'Emmanuel Macron est-elle un aveu de faiblesse ou une stratégie?

  • 16:00OuverteRéponse directe

    Pourquoi le Nouveau Front populaire peine-t-il à désigner un Premier ministre?

  • 20:00OuverteRéponse directe

    Huguette Bello a-t-elle une chance d'être nommée Première ministre?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 28:00J.FourquetChiffre
    « 63% des Français sont favorables à une nouvelle Constitution. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Votre échantillon gratuit sur decolorstop.fr. ... - M.Lauqué: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". Depuis le second tour des législatives il y a 6 jours, on s'interroge beaucoup sur le nom du futur ou de la future Première ministre. Et puis, il y a aussi ces phrases qui reviennent souvent dans la bouche des politiques ou des observateurs.

Ils répètent que la France va être ingouvernable, que les citoyens en ont marre du pouvoir vertical, et en même temps, qu'on n'a pas la culture du compromis et du parlementarisme. Ils disent que l'Assemblée ne représente pas les Français. On a eu envie de se demander ce que contenait notre Constitution, quels sont les pouvoirs qu'elle donne, les limites qu'elle pose.

A-t-elle anticipé l'instabilité politique que nous traversons? Est-elle toujours en adéquation avec notre époque? Le Nouveau Front populaire parlait dans son programme de VIe République.

Nos institutions vont-elles tenir? C'est le titre de notre émission. Avec nous ce soir, N.Saint-Cricq.

Vous êtes éditorialiste politique à France Télévisions, auteure du livre "L'Ombre d'un traître". J.Fourquet, bonsoir.

Vous êtes directeur du département opinion de l'institut de sondages Ifop. Votre livre s'appelle "La France d'après: Tableau politique". Bonsoir, B.Morel.

Vous êtes constitutionnaliste, maître de conférences à l'université Panthéon-Assas, auteur du livre "Le Parlement, temple de la République". A.Schwartzbrod, vous êtes directrice adjointe de la rédaction de "Libération'.

Votre dernier livre: "Eclats", publié aux éditions Mercure de France. Avant d'entrer dans le vif du sujet, quelqu'un a-t-il des nouvelles d'A.Oudéa-Castéra?

A-t-elle des boutons sur le corps? Après ce plongeon...

Cette glissade, plutôt...

Ca a pu prêter à sourire, mais c'est une image forte. - J.Fourquet: On pourrait parler du "serpent de Seine".

Ca faisait très longtemps que les politiques avaient pris des engagements devant les Français selon lesquels on pourrait se baigner dans la Seine. La 1re fois, c'était J.Chirac en 1988.

Ca fait 36 ans qu'il disait qu'à horizon 5 ans, on pourrait se baigner dans la Seine. Quand A.Hidalgo a relancé cette promesse, beaucoup de Français ont souri.

C'est devenu un enjeu politique. Le politique est-il capable de tenir ses promesses? Quand on interrogeait les Français en 2021, ils considéraient en majorité que la Seine était le fleuve le plus pollué de France.

Si on avait parlé de la Loire ou de la Garonne, plus de Français auraient adhéré. Il y avait un vrai enjeu dessus. Sans doute aussi une course de vitesse pour se baigner avant A.Hidalgo.

Et une autre course de vitesse pour se baigner en tant que ministre, avant d'être démissionnée au moment de l'inauguration des Jeux. - M.Lauqué: Il y avait donc plusieurs messages. - N.Saint-Cricq: Probablement.

Dans cette atmosphère lourde et pénible, l'idée qu'ils se baignent tous...

Avec cette envie d'assister à quelque chose d'un peu ridicule ou de compliqué, c'est quelque chose qui doit aérer les Français, les distraire. On n'a pas tant de sources de distraction. - M.Lauqué: Elle voulait gagner du temps, griller la priorité à A.Hidalgo? - A.Schwartzbrod: A.Hidalgo s'était engagée à se baigner dans la Seine il y a déjà un moment.

C'est de bonne guerre. Elle a tout fait pour faire ce plongeon dans la Seine. C'est peut-être le dernier. - M.Lauqué: C'est à la fois un pari réussi et raté, puisqu'on a parlé de ce bain aujourd'hui, mais qu'on va vite replonger dans la crise politique.

Nous sommes 6 jours après le second tour des législatives. Un gouvernement démissionnaire mais pas encore démissionné. Ca veut dire que ce gouvernement fonctionne normalement? - B.Morel: Pour l'instant, il fonctionne normalement.

Vous êtes un gouvernement de plein droit tant que la démission n'a pas été acceptée. Il n'y a aucune différence juridique par rapport à il y a un mois. S'il démissionne, il est dans l'expédition des affaires courantes.

S'il y a un motif d'ordre public, il peut prendre les mesures nécessaires. Il y a déjà eu un précédent sous la Ve République. On a de larges prérogatives.

C'est un gouvernement de zombies. Votre gouvernement est réputé être déjà tombé. Quel est l'effet d'une motion de censure d'obliger le gouvernement à démissionner?

Le 2e élément, c'est que vos ministres ne sont pas ministres juridiquement. Ils font office de ministres. Ils peuvent devenir députés parce qu'il n'y a pas d'incompatibilité. - M.Lauqué: Les 17 ministres élus ou réélus députés vont donc pouvoir siéger sans problème. - B.Morel: Ils pourront voter pour la présidence de l'Assemblée.

C'est arrivé en 1976 et 1988. Ils pourront présider des groupes parlementaires. Ca tient à peu près la route.

En revanche, politiquement, faire traîner plusieurs semaines ou plusieurs mois un gouvernement comme ça, démocratiquement, ça peut être relativement mal reçu par l'opinion, mais c'est un autre sujet. - M.Lauqué: 76 % des Français estiment qu'E.Macron n'a pas renouvelé la façon de faire de faire de la politique.

Sa lettre, dans laquelle il laisse les partis s'organiser pour construire un gouvernement, n'est-ce pas un 1er pas pour changer sa façon de gouverner? Ou est-on dans de la tactique? - A.Schwartzbrod: Cette lettre était assez lunaire.

D'après ce que j'ai entendu, elle a été corrigée dans l'avion qui l'amenait à Washington au sommet de l'Otan. Ce qui était surtout lunaire dans cette lettre, c'est qu'il était dans le déni total de sa perte d'influence, de l'échec de son camp aux dernières élections. Ca aurait pu être pire, certes.

C'est sans doute grâce à G.Attal, qui a vraiment mouillé la chemise. Ca aurait pu être bien pire pour eux.

Ils ont réussi à sauver les meubles. Mais quand même, c'est un échec total. Leur nombre de députés a considérablement diminué.

Quand on lisait cette lettre, on avait l'impression qu'E.Macron avait toujours les ficelles en main et qu'il pouvait continuer à actionner les uns et les autres, à faire jouer les uns contre les autres, comme il l'a fait pendant ce mandat et demi. C'était totalement hors sol.

On voit qu'E.Macron n'est pas du tout dans la gravité de cette crise. Il a l'impression qu'il compte encore alors qu'en réalité, autour de lui, on voit bien que la campagne de la présidentielle 2027 a commencé.

Tous ces hommes forts sont dans les starting-blocks, y compris G.Attal. Sinon, les oppositions sont en train d'essayer de se structurer.

Cette lettre était vraiment le dernier signe que le chef de l'Etat a un peu perdu le sens des réalités. - N.Saint-Cricq: La lettre, ça peut vouloir dire dans un 1er temps qu'on déplace le centre de gravité au Parlement, qu'on est de bonne volonté, qu'on les laisse essayer de se mettre d'accord.

C'est la 1re lecture, plutôt sympathique. La 2e lecture, moins sympathique, consiste à dire: "Je vous laisse vous débrouiller", alors qu'il est à l'origine de cette dissolution. On ne peut pas se satisfaire d'un président qui s'en lave les mains.

Deuxièmement, sur les affaires courantes, c'est sympathique pendant 15 jours ou 3 semaines. B.Le Maire continue à faire comme si de rien n'était.

Mais on est quand même dans un pays où il y a des attentes fortes que ce soit en politique étrangère, sur la hausse du Smic, sur les retraites, les entreprises qui se demandent si elles vont investir en France...

Mais là, il faut savoir quel sera le régime fiscal. Pour ceux qui voulaient embaucher ou remplir leur carnet de commandes...

Il y a une incertitude dans la société qui fait qu'on peut expédier les affaires courantes pour qu'il n'y ait pas de vacance du pouvoir. On nous avait dit que la rentrée des classes et l'école étaient un dossier majoritaire. Personne n'est d'accord.

N.Belloubet continue de dire qu'elle va réformer le choc des savoirs. Le budget part, et quelqu'un arrive en Premier ministre et va dire: "On change tout." C'est très bien, mais c'est aussi très mal dans un pays dont on se dit qu'il ne va pas bien au point de se permettre d'attendre que ça se passe en ne prenant aucune décision. - M.Lauqué: Il y a des attentes.

Il y a peut-être des impatiences, mais dans l'opinion, il y a aussi une lassitude de cette séquence électorale. Et peut-être une demande de trêve. C'est ce sur quoi parierait E.Macron. - J.Fourquet: E.Macron a dit qu'il attendait de voir comment l'Assemblée allait se structurer.

On prend un peu de recul et on essaie de voir si des blocs, des coalitions peuvent se mettre en place. Mais ce n'est pas forcément le calendrier que les Français ont en tête. Quand on parle des Français, on a aujourd'hui 3 blocs, et chacun attend des choses différentes et a un ressenti très différent sur ce qu'il s'est passé.

Les macronistes estiment qu'ils ont limité la casse et que ce n'est pas si grave que ça, même si beaucoup s'interrogent sur la décision du président. L'électorat du RN a l'impression de s'être fait voler sa victoire. Ils avaient tout pour réussir, et il y a eu une coalition du "système".

Tout ça pourrait être encore accentué si, la semaine prochaine, à l'élection aux postes clés à l'Assemblée, le RN n'a pas grand-chose...

Et il y a cette belle surprise, pour l'électorat de gauche, de terminer 1er en nombre de sièges. Il y a une forte impatience. On a le sentiment qu'E.Macron fait de la politique comme avant et qu'ils sont en train de s'arranger pour nous voler la victoire.

Ce n'est pas facile de contenter les Français. Chaque bloc attend quelque chose de différent. - M.Lauqué: "Il est temps qu'E.Macron respecte les institutions", dit F.Ruffin.

Il ne les respecte pas, aujourd'hui? - B.Morel: Que dit l'article 8 sur le Premier ministre?

Il dit que le président nomme qui il veut en tenant compte des équilibres à l'Assemblée nationale. Là-dessus, la lettre d'E.Macron n'est pas délirante.

Personne n'a de majorité absolue. Un gouvernement du NFP, sur le papier, c'est joli. Le problème, c'est que ça tient 48 heures.

Il y a besoin de 289 députés pour voter une motion de censure. Beaucoup ont dit qu'ils voteraient la motion de censure s'il y avait des LFI au gouvernement. On ne voit pas une motion de censure être évitée.

On est dans un régime parlementaire européen, quoi qu'on en pense. Les élections au suffrage universel direct, il y en a ailleurs. Vous commencez par trouver 289 députés.

Souvent, le président de la République, ou bien le roi, en Espagne ou en Belgique, nomme un coordinateur pour lui dire: "Trouvez-moi une majorité absolue." Ensuite, vous regardez ce que pensent ces 289. Vous établissez un programme.

Vous composez votre gouvernement eu égard aux rapports de force et vous trouvez le nom du Premier ministre. Là, dans tous les camps, on cherche un Premier ministre, on se répartit les postes, et ensuite, on s'en fiche un peu. Ca ne peut pas fonctionner.

Si vous ne nommez pas un coordinateur pour trouver une majorité absolue, si les blocs ne s'ouvrent pas à des majorités plus larges, on rentre dans une situation paralysée. - M.Lauqué: Les dernières infos, c'est ce conseil national du PS qui a débuté il y a une heure environ pour asseoir sans doute la proposition de candidature d'O.Faure pour Matignon.

Sa concurrente surprise, H.Bello, proposée par les communistes, semble séduire même au-delà du NFP. - Voilà bientôt une semaine que les politiques français naviguent en eaux troubles.

Au sens propre... - Elle est douce! - Comme au figuré.

Tandis que la ministre des Sports se baigne dans la Seine, le Nouveau Front populaire se cherche toujours un Premier ministre. Parmi les dernières propositions... - H.Bello, maire. - H.Bello, élue en 2021, présidente de région à La Réunion. - J'étais la candidate naturelle. - Est-elle vraiment une candidate naturelle?

L'idée aurait germé dans la nuit de mercredi à jeudi dans la tête des communistes alors que les discussions n'avançaient plus à gauche. - F.Roussel: Elle se bat.

A la tête de notre République, pour construire des majorités, je pense qu'elle pourrait avoir ces compétences. - A 73 ans, H.Bello a passé du temps aux côtés des communistes sur les bancs de l'Assemblée avant de se rapprocher de LFI.

Elle figurait même sur leur liste aux européennes. - H.Bello: Votons pour l'Europe de la solidarité, de l'égalité. - Alors même que J.-L.Mélenchon se laisse séduire. "Une Première ministre qui ferait honneur à la France", dit-il. - J.-L.Mélenchon: Huguette est une femme et nous sommes à l'ère des femmes.

Huguette est une femme racisée, et la nouvelle France est racisée. - Sur les réseaux sociaux, le nom d'H.Bello est relégué, porté par les insoumis.

La majorité présidentielle a aussi toujours salué La Réunion. - G.Attal: C'est une grande républicaine. - G.Darmanin: Je connais son engagement et sa ténacité. - E.Borne: On partage la volonté d'agir dans l'intérêt général. - Mais au PS, certains choix d'H.Bello posent problème.

L'ancienne députée n'a pas voté la loi sur l'interdiction du port des signes religieux à l'école et s'est abstenue sur le mariage pour tous. - Si on veut que le gouvernement NFP tombe dans les 48 prochaines heures, on ne s'y prendrait pas mieux. Si on souhaite donner à voir qu'on est en capacité de diriger le pays, alors il faut une candidature comme celle d'O.Faure. - Le socialiste appelle à un vote des parlementaires de gauche pour désigner le Premier ministre.

M.Le Pen a tranché. "Il y a une chose qui est sûre: le groupe RN censurera tout gouvernement où des LFI et des écologistes auraient des responsabilités ministérielles." Tandis que le NFP s'enlise, la Macronie se divise.

Hier, à l'Elysée, face aux ténors de la majorité, E.Macron a déploré "un spectacle désastreux", et demande à ses troupes de privilégier "la nation plutôt que les ambitions prématurées". Un rappel à l'ordre après des jours de tensions entre un G.Darmanin favorable à un rapprochement avec la droite et un G.Attal qui défend une alliance jusqu'aux communistes. "On est 96 heures après la débâcle et ils se battent pour un gâteau périmé.

C'est affligeant." C'est finalement le Premier ministre qui a été élu président de groupe aujourd'hui. L'espoir d'un sursaut, mais pas sûr que cela suffise, à l'heure où certains représentants de la majorité actent déjà la fin du macronisme. - L'élection d'E.Macron en 2017 et en 2022 fait partie de cette parenthèse.

La rivière va revenir dans son lit. La vie politique va à nouveau se structurer autour des familles de droite et de gauche. - D'ici là, il va bien falloir avancer avec, la semaine prochaine, l'élection du président de l'Assemblée.

E.Macron pourrait également accepter la démission du gouvernement dans les jours qui viennent. - M.Lauqué: Si vous avez des questions pour nos experts, flashez le QR code en bas de l'écran. "Que reproche G.Darmanin à G.Attal?

Pour quelles raisons affirme-t-il que sa nomination à la tête de Renaissance ne résout rien?" - N.Saint-Cricq: Il lui reproche d'être un obstacle sur sa course à l'Elysée.

Il ne faut pas chercher les trucs idéologiques très profonds. G.Darmanin incarne un centre-droit.

Il ne s'en est jamais caché. G.Attal vient du PS, mais a beaucoup mis d'eau dans son vin à propos de sa ligne idéologique.

Ils sont en concurrence pour succéder à E.Macron. - M.Lauqué: Ca s'est nettement accéléré.

On parle de guerre totale entre les 2 clans Darmanin/Attal. - A.Schwartzbrod: Exactement. "Libération", le papier raconte que G.Darmanin accuse G.Attal d'avoir fuiter cette petite phrase qu'il imputait à G.Darmanin, vous savez, "les blédards qui seraient partis en vacances".

Ca a fait pas mal de mal à Darmanin. La guerre est ouverte. G.Darmanin voit que G.Attal prend plus la lumière que lui.

G.Darmanin est quelqu'un de clivant et ambitieux. Mais G.Darmanin, ça fait un moment qu'on sent qu'il veut Matignon.

Il voit passer beaucoup de trains devant lui. Il voit que G.Attal est jeune, à l'aise.

Il a, malgré son jeune âge, une certaine autorité. Il fait un peu plus consensus que lui. Il sait que s'il veut la peau de G.Attal, il faut qu'il commence maintenant.

Ca y est. On est dans l'après Macron. Macron, c'est fini.

Là, ce sont les jeunes loups qui sont partis en chasse. Il y avait cette autre phrase dans cet article de "Libération": "G.Attal est un loup solitaire, mais là, il est en train de constituer sa meute." - J.Fourquet: On peut ajouter un 3e héritier putatif qui a été assez déstabilisant dans sa stratégie, c'est E.Philippe.

Il voit ces 2 jeunes prétendants se mettre en mouvement. Le président a beau déplorer, et c'est quand même assez cocasse, que tout cela ressorte dans la presse, que ses troupes ne le soutiennent pas correctement, mais en appuyant sur le bouton de la dissolution, il a accéléré le temps politique. Ca veut dire la préparation de l'après-Macron.

Avec la situation qui prévalait avant la dissolution avec cette majorité relative à 249 députés, on aurait vu E.Philippe faire un pas de plus à la rentrée, G.Darmanin piaffer davantage, G.Attal s'affirmer davantage, mais c'est tout.

Désormais, tous les coups sont permis. Ce groupe macroniste est divisé. En façade, G.Attal a été réélu très largement président du groupe... - N.Saint-Cricq: 84 sur 98, mais il n'y avait pas d'autres candidats. - J.Fourquet: Le coeur nucléaire du clan macroniste.

De l'autre côté, il y a le MoDem et Horizons, la formation d'E.Philippe. On n'a pas trop entendu F.Bayrou, mais il va se faire entendre dans les prochaines semaines.

Le président de la République fait comme s'il était encore le grand ordonnateur et le maître des horloges. Tout le monde s'est mis à son compte. C'est comme dans les romans policiers sur la mafia.

Aujourd'hui, vous avez des lieutenants qui se mettent à leur compte et qui ne tiennent plus compte de ce que souhaiterait le chef de famille. - M.Lauqué: Renaissance transformée en mafia. - N.Saint-Cricq: Vous n'avez pas cité B.Le Maire. - B.Morel: Ce n'est pas une mafia, mais ce n'est pas un parti.

Qu'est-ce qu'un parti? C'est quelque chose qui vient vous chercher à la sortie du lycée, où vous allez dans les collectivités territoriales, où vous rencontrez des gens...

Ce sont des lieux de sociabilité. Vous construisez une identité politique. Eux, ce n'est pas le cas.

On l'a vu lors du second tour. Ils n'ont pas le même avis. Si le groupe est fragilisé demain, vous devenez quoi?

Ca implique une stratégie de survie et une absence de cohésion globale. Il y aura une autre bataille, celle du parti. G.Darmanin a déjà annoncé ses ambitions.

Ce qui récolte l'argent, c'est le parti. Si vous voulez gagner une élection présidentielle demain, c'est environ 20 millions. C'est le parti politique.

C'est la 1re bataille gagnée par G.Attal. Il y en aura une 2e. - M.Lauqué: Ca nous donnera de quoi discuter sur ce plateau.

A gauche, les discussions se poursuivent sur le casting de Matignon. Le nom d'H.Bello est sorti du chapeau hier.

Pas grand monde l'avait vue venir, j'imagine. - A.Schwartzbrod: Dans "Libération", en 2024, alors qu'elle venait de rafler la région à la droite, on a fait son portrait.

Le titre, c'était: "Réunion de la gauche". Je ne voudrais pas me lancer des fleurs, mais c'était assez bien trouvé. C'est malin de la part de Roussel et sans doute de Mélenchon.

Je pense que Mélenchon n'est pas trop éloigné de cette décision. On ne saura jamais qui vraiment de Roussel ou Mélenchon a lâché ce nom. - M.Lauqué: J.-L.Mélenchon aurait été le 1er à appeler H.Bello. - A.Schwartzbrod: C'est difficile d'être contre.

C'est une femme d'outre-mer. Quand on sait qu'un des gros dossiers du moment, c'est la Nouvelle-Calédonie...

C'est pas mal. Elle est féministe. C'est un des combats de l'ensemble de la gauche.

Elle a montré qu'elle savait faire l'union de la gauche à La Réunion. Elle coche pas mal de cases. Certes, il y a ce que les opposants soulignent, le faite qu'elle s'est abstenue sur le mariage pour tous, mais bon, on sait qu'elle est assez catholique.

Est-ce que ça va jouer? Est-ce qu'il valait mieux qu'elle s'abstienne ce jour-là? Mais elle a été la 1re à célébrer un mariage homosexuel.

Manifestement, je n'ai pas entendu de paroles négatives sur cette femme. Ca va être compliqué de s'y opposer. J'ai l'impression qu'il y a une envie de nouveauté, de nouvelles têtes.

Peut-être que ça peut être l'occasion d'essayer autre chose. - M.Lauqué: "Madame Bello a-t-elle vraiment une chance d'être nommée par E.Macron?" Y a-t-il envie de nouvelles têtes? - J.Fourquet: Il y a sans doute envie de changement.

Ce qu'on voyait dans votre reportage, c'est qu'elle peut compter sur une absence d'hostilité d'une partie des gens qui ne sont pas au NFP. Elle n'est pas forcément un repoussoir absolu, notamment dans le camp macroniste. C'est un point positif auquel ont pensé les parrains ou les promoteurs de cette idée.

Mais il y a un vrai sujet. Autre atout pour F.Roussel et pour J.-L.Mélenchon, ça éviterait au NFP de se doter d'un Premier ministre socialiste.

C'est uniquement les socialistes qui bloquent au sein du NFP. Peut-être qu'il y a une autre clé de lecture qui nous ramène dans notre histoire. Au moment de la désignation au moment des rois capétiens, tous les barons s'étaient mis d'accord sur le moins fort d'entre eux parce qu'il n'allait faire d'ombre à personne.

Peut-être que beaucoup de ces chefs de partis qui ont en tête 2027 se disent que ce gouvernement, de toute façon, peut se faire censurer du jour au lendemain. "Il ne faut pas qu'on prenne l'ascendant et qu'on ait le plus petit dénominateur commun qui coche un certain nombre de cases." On verra combien de temps ça durera.

Peut-être qu'on aura la réponse du PS avant la fin de l'émission, à savoir si on donne l'accord à cette option ou pas. - N.Saint-Cricq: Personne n'a dit publiquement tout le mal qu'il pensait de cette candidature.

Mais je peux vous dire que par derrière, d'abord, les socialistes ne veulent absolument pas. Certains écologistes aussi. Sa déclaration au moment du massacre du 7 octobre était alignée sur celle de LFI, c'est-à-dire qu'elle ne qualifiait pas les attaques de terroristes.

C'est un leurre. C'est une PCR qui était sur la liste de LFI. C'est une LFI déguisée.

L'idée était "pas de LFI". Mais pour l'instant, j'ai l'impression que le PS ne veut pas en entendre parler, considère que pour la Calédonie, ça pourrait être un atout, mais que la France entière, métropole et DOM-TOM, comporte des tas de problèmes et ne peut pas résumer un choix à la Calédonie. Les socialistes sont habitués aux choses tordues comme LFI et les écologistes.

Proposer quelqu'un qui a l'air consensuel de manière à imputer l'échec de cette désignation aux socialistes et leur dire: "Vous voyez, vous n'êtes pas capables de voter pour quelqu'un de capable." Ils se rajoutent un degré de complexité dans cette histoire. Ils sont pour l'instant sur O.Faure.

Entre les déclarations d'un certain nombre de personnes du genre "On ne veut pas de LFI", certes, elle ne s'appelle pas LFI, mais elle est LFI. On ne peut pas imaginer qu'il n'y ait pas de LFI dans un gouvernement. On ne peut pas imaginer qu'il n'y ait que des socialistes.

E.Macron dit qu'il ne veut pas d'extrêmes. Certes, il n'est pas clair, mais on a bien compris que c'était ni le RN ni LFI.

C'est donc envoyer H.Bello au casse-pipe. Je ne suis pas optimiste sur cette candidature.

Mais on peut se tromper. - B.Morel: Il y a peu de chances que ça survive plus de 48 heures.

C'est le temps qu'il faut pour discuter une motion de censure. Au-delà du profil d'H.Bello, nous avons a priori un casus belli suffisant pour la majorité de l'Assemblée.

E.Macron sait qu'il n'y a pas de carte à jouer derrière, pendant les JO. Il y a de grosses incertitudes.

Il faut comprendre la stratégie de J.-L.Mélenchon.

Que fait J.-L.Mélenchon quand il dit: "Nous avons gagné"?

Il met la pression sur ses partenaires. "Si Vous lorgnez vers une alliance au centre, vous serez demain les traîtres." Au regard d'un électeur de gauche très unioniste.

L'idée est de dire: "Regardez, les socialistes et les écolos ont trahi. Je suis la seule gauche." Cette situation prend les socialistes au piège, qui font comme ils peuvent pour trouver une solution.

H.Bello est une façon de leur faire porter la responsabilité de la rupture. - N.Saint-Cricq: On est là, à suivre les réunions secrètes pour voir si un nom va sortir.

LFI ne veut pas être au gouvernement. Ce n'est pas un secret. Regardez la stratégie de J.-L.Mélenchon depuis le début de cette crise. "Je peux me retirer si ça pose problème." Et 2h après, de dire: "Non, c'est nous." Revendiquer en donnant 4 personnages: M.Bompard, M.Panot, C.Guetté...

Il sait très bien que LFI effraie. Pour lui, c'est sa grande élection. Il a passé son temps à dire qu'il n'en voulait pas vraiment.

C'est l'hypothèse du chaos le plus total. Une présidentielle qui se terminerait avec M.Le Pen et lui.

Dans ce cas-là, peut-être aurait-il une chance. Ca a l'air d'être politicien, mais quand on regarde les éléments... - A.Schwartzbrod: Ca l'est. - N.Saint-Cricq: J.-L.Mélenchon envoie des signaux pour faire peur aux autres.

Vous avez vu les sondages sur le gouvernement LFI. Les Français, même s'ils sont pour, n'en veulent pas. L'image de J.-L.Mélenchon est dégradée.

A chaque fois qu'on croit que ça va s'arranger entre les partis de gauche, il en remet une couche pour saper la construction de l'union. - A.Schwartzbrod: On oublie qu'il y a eu les résultats de dimanche soir.

Ca a soulevé, au sein du bloc de gauche...

Et pas seulement, mais aussi au-delà. Il y avait une telle peur de voir le RN arriver à Matignon. C'était une peur viscérale pour beaucoup de gens, et bien au-delà de la gauche.

Il y a eu un tel soulagement, et ça a soulevé un tel espoir, que j'ose espérer que J.-L.Mélenchon, qui a plein de défauts...

Il a une qualité, c'est qu'il n'est pas bête. - N.Saint-Cricq: Il est tacticien. - A.Schwartzbrod: Il n'aurait aucun intérêt à décevoir cet espoir immense soulevé dimanche soir.

On en parle tout autour de nous, que ce soit à Paris ou ailleurs en France. Les gens n'en peuvent plus de cette "politicaillerie", de ces calculs politiciens, de ces querelles d'egos surdimensionnés. Il faut trouver une porte de sortie.

Même si ce n'est pas pour les Français, au moins pour que ces Jeux olympiques se déroulent de façon correcte devant les yeux du monde entier. Aucun politique responsable ne peut se permettre de jouer la montre, de calculer au 3e niveau. Il faut que tout le monde montre un esprit de responsabilité. - M.Lauqué: Ce que veulent beaucoup de Français et d'électeurs, c'est qu'il y ait davantage de dialogue, de compromis à l'Assemblée nationale.

Beaucoup de nos voisins européens le font déjà. La Belgique a un conseil à nous communiquer. - Tous les partis français ont le regard porté sur 2027.

Dans ces configurations-là, une coalition est impossible. Chaque partie va se dire: "Je vais réfléchir à l'échéance suivante." Et c'est naturel.

Si demain, une partie de la gauche essayait de former un compromis avec les centristes, ils perdraient assurément les prochaines élections, c'est-à-dire les présidentielles ou des législatives anticipées une fois de plus. Ce serait un boulevard ouvert pour l'extrême droite. En revanche, il y a la solution qui se pratique dans les pays nordiques, d'avoir un gouvernement minoritaire qui gouverne au jour le jour, qui applique une partie de ses programmes par voie exécutive et qui doit former des compromis pour le reste au sein du Parlement.

C'est sain car ça revitalise l'action parlementaire. Ca redonne de la vigueur au débat parlementaire. On ferait bien de s'inspirer du Danemark ou de la Suède, qui ont pratiqué ce type de vie politique de manière efficace. - M.Lauqué: Sauf que depuis lundi, on entend qu'en France, ce n'est pas notre culture, qu'on ne sait pas faire, qu'on y arriverait pas...

Et pourquoi pas? - B.Morel: Lisez des auteurs de la IVe République qui disaient aux gaullistes: "Le présidentialisme, ce n'est pas notre culture.

Ca a fini en empire quand on a essayé. Ce n'est pas notre ADN." L'Italie n'a pas dans son ADN les gouvernements techniques, pas plus que l'Allemagne a la coalition dans son ADN.

On n'a pas l'habitude de prendre des compromis. Comment fonctionne la Ve République? On n'a pas une majorité absolue dans ce pays avant 1960.

Notre Constitution a été pensée par de Gaulle et R.Debré pour gérer des gouvernements minoritaires. En 2020, c'était des cas particuliers.

La IVe République est un régime parlementaire comme on en trouve partout en Europe. Ca a donné la Constitution allemande, italienne, allemande. A partir de 1947, on ne peut plus.

On ne peut pas s'allier avec les gaullistes car de Gaulle n'en veut pas et ils sont contre les institutions. Il y a des formations très peu disciplinées. Ce qui nous arrive actuellement, c'est un peu ça.

La seule coalition possible va des communistes aux LR. Comprenez bien qu'ils ne pensent pas la même chose. Ils sont très nombreux.

La difficulté est là. Nos voisins peuvent nous apprendre ça, mais ils construisent des coalitions avec un mode de scrutin proportionnel qui favorise les compromis. Il y a une question d'apprentissage.

Vous ne gouvernez pas contre 50 % de l'électorat, sinon, par définition, ce n'est pas stable. - M.Lauqué: Il était l'un des soutiens d'E.Macron en 2017.

Aujourd'hui, il n'a pas de mots assez durs à son égard. L'essayiste ne pardonne pas au président de la République cette décision de dissoudre l'Assemblée nationale. Il se demande même comment il pourra faire. - A.Minc: La Ve République a une grande vertu.

C'est une pâte à modeler. On a connu la Ve République "Louis XIVe". On a connu la Ve République de cohabitation.

Là, on nous fait un moment de Ve République parlementaire. Le moment difficile, c'est maintenant. Le droit de dissolution a disparu.

Il faut passer cette année en cassant le moins de vaisselle possible. C'est ça, le devoir de Macron. C'est pour ça qu'il faut qu'il manoeuvre d'une manière telle qu'on ne dise pas qu'il pratique un déni de démocratie.

Mélenchon a accrédité l'idée qu'ils ont gagné. Je pense qu'il faut faire la preuve démocratique qu'ils n'ont pas gagné. Macron devrait dire: "Si le NFP me présente un ou une candidate, je le nommerai Premier ministre à une condition, je veux son engagement qu'il demande la confiance de l'Assemblée." C'est extrêmement vicieux.

Si le Premier ministre demande la confiance de l'Assemblée, il ne l'aura pas, mais au moins, vous aurez levé l'hypothèque. Le discours de Mélenchon sera levé. Après, il peut dire: "Je passe au 2e groupe de l'Assemblée".

C'est comme par hasard le groupe Ensemble. Et il leur demande la même chose. Là, il y a une chance que le gouvernement du centre puisse se faire.

Il y a une chance qu'avec le temps, les socialistes reprennent leur autonomie face aux insoumis. Je pense que les Français vont détester cette espèce d'agitation parlementaire dont nous avons perdu l'habitude. Tout ça est du pain béni pour madame Le Pen.

Elle a gagné, dimanche dernier. Elle est débarrassée de Bardella, qui devait commencer à lui mordre un peu les mollets. Elle a eu une réussite considérable en termes de voix, de sièges, d'argent public dont elle va bénéficier.

Elle va pouvoir faire un grand numéro d'antiparlementarisme sur le thème "Regardez, je ne participe pas de ces magouilles". Elle a énormément de cartes en main. Le macronisme était un astre mort le soir de sa réélection.

Il a simplement accéléré gravement le rythme de mort de cet astre. Lui affaibli, son parti éclaté...

On parle du groupe Ensemble. Mais il n'y a pas un groupe. Il y a maintenant une mosaïque de chapelles, de micro-chapelles.

Macron est radioactif à l'Assemblée. Il ne s'en rend pas compte. Il n'y a que des gens qui ont été battus et qui lui en veulent, ou des gens qui ont été élus et qui disent qu'ils ont été élus en faisant abstraction du président.

Il faut faire très attention. Si on n'a pas un débouché assez rapide de la crise, une unanimité va se faire à l'intérieur du jeu politique pour dire que c'est désormais le mandat du président qui est en cause. Je considère qu'il serait dramatique qu'il le cède aujourd'hui.

S'il décidait de démissionner, son successeur ne pourrait pas dissoudre non plus. Il faut résoudre cette crise le plus vite possible. - M.Lauqué: Sur cette question de la démission, on a une interrogation: "Macron va-t-il tenir encore 3 ans avec les motions de censure et les dissolutions à répétition qui s'annoncent?" - J.Fourquet: Je pense qu'on peut apprendre de ses échecs et le président a payé cher cette décision qu'il a prise de manière totalement imprévue, un soir de défaite électorale pour son camp.

Ensuite, sur la question de la démission éventuelle du président, si les assemblages envisageables ne se mettent pas en place à l'Assemblée, la pression, inexorablement, va monter. On entend déjà J.-L.Mélenchon, M.Le Pen.

On va en entendre d'autres dire: "Le responsable de cette crise doit en tirer les conclusions." Vous parliez du texte et de l'esprit de la Constitution. Quand de Gaulle redonne la parole au peuple, car c'est ce que le président a dit, si son camp est désavoué, il tire des conclusions politiques et non pas juridiques de cette nouvelle situation politique et il s'en va.

Mais là, on en a pris pour un an avec cette Assemblée. Je ne vois pas comment la pression ne peut pas monter de manière vertigineuse sur le président de la République. Surtout si, de surcroît, il dit à ses troupes qu'elles ne sont pas à la hauteur.

Même le dernier carré de fidèles va finir par trouver que ça fait un peu beaucoup. - M.Lauqué: La destitution du président, c'est prévu dans la Constitution?

Toutes ces possibilités sont-elles envisagées? - B.Morel: C'est prévu.

L'article 68 permet de démettre un président. Mais les majorités pour y parvenir sont plus compliquées à obtenir que les majorités qui vous permettraient de modifier la Constitution pour supprimer la fonction de président de la République. Il y a 2 façons de faire démissionner un président.

Il y a la façon Restauration dans les années 1830, ou refuser le budget. En 1920, ils ont rejeté tous les gouvernements. Une dissolution, c'est un décret de dissolution.

Il fait disparaître votre Assemblée nationale. L'article 12, celui qui prévoit la dissolution, est extrêmement clair. On ne peut pas dissoudre l'Assemblée nationale moins d'un an avant une dernière dissolution.

Mais ce décret, le Conseil constitutionnel s'est déclaré incompétent pour le contrôler, de même que le Conseil d'Etat. Un président nouvellement élu qui dirait qu'il ne se sent pas tenu par la décision du précédent président et qui voudrait dissoudre, aurait constitutionnellement tort. Mais personne ne pourrait vraiment l'en empêcher.

On ouvrirait une nouvelle séquence. On jouerait la légitimité contre la légalité. C'est ce qu'a fait le général de Gaulle.

C'est possible, mais ce serait un coup d'Etat institutionnel. - N.Saint-Cricq: Si on résonnait comme Alexandra, avec des gens positifs, constructifs, qui ont envie que ça se passe bien, qui s'oublient eux-mêmes... - A.Schwartzbrod: On peut rêver. - N.Saint-Cricq: Je suis totalement pour le rêve.

Dans ce cas, on peut imaginer que la meilleure des choses serait d'avoir des majorités, d'environ 6 mois...

Si L.Wauquiez, à la suite de l'écriture de son pacte, pouvait négocier...

On pourrait imaginer ça. Après, on peut imaginer un moment de ras-le-bol d'E.Macron.

Après, l'histoire, ce sera la preuve que les autres ont fauté. E.Macron n'avouera jamais que c'est lui qui a commencé à semer la zizanie.

D'un coup, il pourrait dire: "Je jette l'éponge." Je ne crois pas que ce soit dans sa volonté. Mais on ne peut pas exclure...

D'habitude, quand on élit un président, on dit qu'il lui faut une majorité. Après, on peut dire qu'on n'a pas de majorité et qu'il nous faut un président pour mettre les choses dans l'ordre. Ce serait étrange.

Mais on en reviendrait à l'état des forces, c'est-à-dire être sur le perron et passer le pouvoir à M.Le Pen. G.Larcher ferait l'intérim.

Tout ça, c'est en fonction des situations politiques au jour le jour. C'est difficile d'être dans la tête d'E.Macron, mais il est encore jeune et il peut avoir envie de faire autre chose. - A.Schwartzbrod: Ca, je n'y crois pas une seconde.

Le ras-le-bol d'E.Macron, je n'y crois pas. Cet homme a un ego surdimensionné.

Ses dernières interventions le montrent bien. On a l'impression que c'est toujours lui, le maître des horloges. Ou bien la façon dont il a tancé ses proches collaborateurs en leur disant qu'être ambitieux aussi vite, ce n'était pas bien, en oubliant comment lui-même avait trahi F.Hollande en partant avec l'élection présidentielle en tête.

Cet homme est dans un autre monde. Il a une très haute opinion de lui-même. Il ne reconnaîtra jamais sa défaite.

On l'a bien vu ces derniers temps. - M.Lauqué: Puisqu'on parle aujourd'hui de nos institutions, il y a ce sondage: 63 % des Français sont favorables à une nouvelle Constitution.

Ca veut dire quoi? Qu'est-ce qu'ils entendent par là? - J.Fourquet: On va dégager une majorité sur le constat qu'on n'est pas d'accord.

Mais là où ça se complique, c'est quand on se demande ce qu'on va mettre à la place. LFI propose une VIe République. D'autres forces politiques vont dire qu'il faut davantage avoir recours au référendum.

Rappelez-vous du fameux RIC demandé au moment de la crise des "gilets jaunes". Il y a peut-être 2 constats qui peuvent être relativement partagés. D'abord, une volonté des Français d'être davantage associés.

On peut se dire que c'est un peu paradoxal. Hormis cette élection, il y a un taux d'abstention important. Mais le fait que l'on tranche davantage par référendum...

Encore faut-il qu'il soit appliqué. On se rappelle de 2005. Le 2e constat relativement partagé est celui de davantage d'efficacité.

Les Français sont capables de se mobiliser lors d'une échéance politique importante, mais l'un de leurs moteurs, c'est: est-ce que ce qu'on a fait advenir dans les urnes va changer ma vie? Après, les cultures, plus parlementarisme ou présidentialisme, ça intéresse une minorité de Français. - M.Lauqué: Frédéric nous dit: "Notre Constitution n'est-elle pas inadaptée à notre époque et à notre classe politique?" - B.Morel: Le problème n'est pas d'abord constitutionnel.

La Constitution de la Ve République est une IVe amendée, qui est elle-même une IIIe amendée. Un de mes livres portait sur une réforme des institutions. Pourquoi pas.

Mais ici, ce n'est pas un problème institutionnel. On a 2 blocs, le RN et LFI. Donc on ne peut pas s'allier avec eux, on a une crise politique.

Ce qui peut faire bouger les choses, c'est le mode de scrutin car la proportionnelle permet de rationaliser le paysage politique. Il y a 5 groupes au Bundestag. Ca peut permettre d'avoir plus de leviers.

L'autre élément, c'est que vous ne perdez pas tout et vous pouvez entrer dans des stratégies de coalition. Ca permet plus de compromis parlementaires pour des acteurs plus libres. Ca donne une meilleure représentativité.

La proportionnelle n'est pas dans la Constitution. Ca passe uniquement par une loi ordinaire. Tous les gouvernements promettent de la faire quand ils arrivent, mais finalement, c'est l'arlésienne. - N.Saint-Cricq: Si on fait tout en même temps, on dit qu'on ne peut rien faire.

Mais si on avait un système où ce n'est pas en même temps, on aurait un rappel aux urnes régulier et on n'aurait pas l'impression d'être pieds et poings liés pendant 5 ans. - M.Lauqué: Les électeurs du RN sont prêts à attendre jusqu'en 2027 et la présidentielle.

Pour eux, le résultat du vote de dimanche est moins une défaite qu'une victoire différée. C'est en tout cas l'argument des dirigeants du RN. Mais il y a encore beaucoup de frustration.

Reportage dans une circonscription des Bouches-du-Rhône, où le RN l'a emporté. - Dans cette station balnéaire à Carry-Le-Rouet, près d'un électeur sur deux s'est tourné vers le RN. Alors ici, les résultats nationaux des élections législatives ont eu l'effet d'un coup de massue.

Claude est un ancien cheminot, retraité depuis 15 ans. Ce fidèle électeur du RN ne digère toujours pas la victoire du NFP. "C'est la douche froide", dit-il. - Les 10 millions qui ont voté RN, on est 10 millions de fascistes?

Non. On aime la France. C'est la différence avec les autres.

Ils font tout pour que le RN ne passe jamais. - Ce NFP arrivé en tête effraie à plus d'un titre. - En France, il nous faut des immigrés, mais des bons, des immigrés qui travaillent. - Tu imagines s'ils désarment la police? - Le sentiment d'insécurité, l'une des principales motivations du vote pro-Bardella, sur la plage aussi. - Vous ne pouvez plus rien dire.

On sort un flingue, un couteau...

Des petits minots de 14 ans qui plantent tout le monde, on ne les punit pas. Les gens en ont ras le bol. - Pour ce couple encore déboussolé par la défaite, il y a le sentiment de s'être fait voler la victoire par des jeux d'appareil. - Ils se mettent tous ensemble.

On dit: "Le RN, c'est le choléra et Mélenchon, la peste." - C'est fou. Ils se mélangent tous entre eux.

Dans 6 mois, ils vont se battre... - Il y a les pessimistes et ceux qui se résignent à attendre patiemment la prochaine présidentielle, confiants. - En 2027, vous allez voir. 2 ans, ça va changer les choses. - C'est-à-dire? - Tout le monde va passer à droite.

Ils veulent tous la 1re place, être en haut de l'affiche. - De son côté, M.Le Pen a prévenu: son parti censurera tout gouvernement comprenant des ministres insoumis ou écologistes.

Difficile dès lors de défendre les couleurs du NFP dans la région. A quelques kilomètres, Saint-Victoret. Ici, le RN a totalisé près de 70 % des voix au 1er tour.

Cette esthéticienne pro-LFI en a fait les frais. - J'étais à fond dans la lutte contre la montée du racisme, du RN. Quelques heures après avoir posté mon avis, j'ai vu des rendez-vous annulés à cause de certaines opinions que j'ai pu partager.

Quand ce sont des clientes qu'on connaît depuis un moment et avec lesquelles on s'entendait bien, il y a un peu de déception, mais c'est la vie. - Alors que leur adversaire politique tente de se mettre d'accord sur le nom d'un futur Premier ministre, les électeurs RN ont déjà en lieu de mire: briguer la mairie en 2026. - M.Lauqué: Ils ne remettent absolument pas en cause les dirigeants du RN.

L'entre-deux-tours a pourtant été plus compliqué pour le RN. - J.Fourquet: Il y a une très grande déception dans l'électorat RN, qui s'est mobilisé très fortement au 1er comme au 2e tours.

Dans de nombreuses circonscriptions, par exemple dans l'Ouest, où le RN atteint quand même 30 %, ces électeurs savaient qu'il y avait peu de chances que leurs candidats soient élus. N'empêche qu'ils sont revenus un 2e dimanche mettre un bulletin RN. Il y a eu une forte mobilisation.

La déception est à la hauteur des espérances qui étaient nées. Le grand enjeu, pour la direction du RN, c'est de faire en sorte que ce soit ce type de discours qui s'impose, selon lequel le système, la coalition des partis en place, leur aurait de manière indue et injuste barré la route. Il y a un autre narratif possible, le "décidément, on n'y arrivera jamais parce que nos représentants n'étaient pas prêts".

Il y avait le plan Matignon, le "shadow cabinet"...

Les textes de loi, on disait qu'il ne manquait pas une virgule. On s'aperçoit que ce n'était pas du tout le cas. Une des inquiétudes, c'est que la situation qui s'est passée se reproduise.

En 2002, J.-M.Le Pen accède au 2e tour, à la surprise générale.

Un gros espoir naît dans l'électorat FN, mais il se fait battre massivement au 2e tour. Il y a une gueule de bois. L'électorat FN se dit qu'à 82 % contre eux, ils n'y arriveront jamais.

C'est sur cette déception que la candidature Sarkozy va s'engouffrer en disant de manière subliminale à l'électorat FN: "Je parle moins fort que J.-M.Le Pen, mais avec moi, une partie de vos idées seront au pouvoir." Aujourd'hui, la situation est différente.

La gauche est à portion congrue, mais il faut maintenir les troupes mobilisées. M.Le Pen dit que ce n'est qu'une victoire différée.

Ils ont franchi une étape. Si le front républicain n'avait pas été réactivé, le bilan aurait été beaucoup plus favorable pour le RN. Il y a des dizaines de circonscriptions où le RN est à 2 ou 3 points de la victoire.

C'est ça qui se joue, le récit que l'on impose. Et puis, mobiliser ses troupes, ne pas faire en sorte que la déception et l'aigreur vis-à-vis de l'état-major et des généraux ne se transforment en colère, et que ces électeurs partent vers l'abstention ou soient attentifs à une autre offre politique. - M.Lauqué: Maintenir ses troupes, la stratégie de la cravate, on l'évoquait hier sur ce plateau, mais le RN va poursuivre ça aussi à l'Assemblée nationale?

Rester calme, peut-être même voter certaines lois? - A.Schwartzbrod: On va voir.

Mais il faut lutter contre l'idée que le système aurait volé la victoire du RN. Il ne faut jamais cesser de rappeler qu'ils ont fait beaucoup d'erreurs aussi, d'abord en investissant n'importe qui. Et ça, grâce à certains médias, dont "Libération", qui ont pu montrer qui était... - M.Lauqué: Et France 3 Régions également, avec les débats. - A.Schwartzbrod: Certains médias ont fait leur boulot pour montrer la réalité des choses.

L'histoire des binationaux, ça a été une erreur monumentale qui, à mon avis, a coûté beaucoup de voix au RN. Tout à coup, à force de dire: "Mais non, on n'est pas racistes, on est des gens très bien", certains ont réalisé que ce n'était pas le cas. C'était un projet totalement xénophobe.

Il faut dire les choses. Le RN a perdu...

Entendons-nous. Malheureusement, il n'a pas perdu totalement. Ils ont fait beaucoup d'erreurs, mais ils constituent une force importante.

Les hommes et les femmes politiques ont une responsabilité énorme, c'est d'essayer de répondre à toute cette frange des Français qui ont voté RN, non pas parce qu'ils étaient racistes ou xénophobes, mais parce qu'ils n'avaient plus confiance en personne et voulaient autre chose, ce qui montre qu'ils étaient perdus et se sentaient abandonnés des "élites parisiennes", comme ils disaient. Il faut répondre à la colère de tous ces gens. C'est une responsabilité énorme que porte la gauche, mais aussi la droite, et le centre.

Il faut répondre à cette colère et ne jamais oublier que le RN est là, en embuscade, et que si rien n'est fait et ne se passe, si les "politicailleries" continuent, on est assurés d'avoir M.Le Pen en 2027. - M.Lauqué: Une question. - N.Saint-Cricq: C'est toute l'ambiguïté.

Elle était sur la liste de M.Aubry aux européennes. Quand on regarde cette déclaration, elle est assez proche de LFI, même assez proche.

Mais F.Roussel l'a proposée. - M.Lauqué: Autre question. - J.Fourquet: Les partenaires de LFI sont engagés dans le contrat qu'ils ont signé avec le NFP.

J.-L.Mélenchon le leur a rappelé à 20h06.

Il y avait cette notion du "social traître". - N.Saint-Cricq: "On leur a donné 100 circonscriptions de plus". - J.Fourquet: Les socialistes sont pieds et poings liés avec ce contrat.

Ils ne peuvent pas désespérer l'électorat de gauche qui s'est mobilisé, qui a aspiré à l'unité et qui a vu ce que ça avait donné... - N.Saint-Cricq: Et qui a adopté le retrait républicain.

Il y a eu une discipline. - J.Fourquet: Pour l'instant, personne ne peut se dédire face aux engagements pris. - M.Lauqué: Pour l'instant, ça veut dire que ça peut finir par arriver? - J.Fourquet: Au bout d'un moment, si on parle comme un macroniste, les gens raisonnables viendront sur les positions macronistes.

Tout l'enjeu est de maintenir le Front populaire uni, et pour les autres composantes, de le faire éclater. - A.Schwartzbrod: On n'a pas beaucoup parlé du programme.

Il y a des choses intéressantes que beaucoup attendent dans ce programme du NFP, notamment la revitalisation des services publics. C'est quelque chose qui a alimenté le vote RN, le fait que les services publics ne fonctionnent plus. La lutte contre les inégalités salariales, avec la hausse du SMIC...

Il y a une attente de beaucoup de gens sur ces projets. Ca va être compliqué à un moment, de voter contre un élément du programme qui est attendu par beaucoup de gens, au-delà même de la gauche. - M.Lauqué: Autre question. - B.Morel: Ce n'est pas évident.

En voyant E.Macron et son caractère, s'il veut adopter la position d'un président de la République en régime parlementaire, il ne faudrait pas mépriser V.Auriol et R.Coty.

Il devrait tendre la main à des formations politiques qui ne sont pas de son camp et qu'il n'a pas envie d'entendre, l'inverse de la lettre qu'il a fait paraître. - B.Morel: On vit une crise institutionnelle.

Dans le peuple français, il y a le sentiment que le politique ne peut pas agir sur le réel. Le politique ne peut pas changer la vie, c'est la vraie crise que l'on vit au-delà de nos frontières. - M.Lauqué: C'est tout pour ce soir.

Merci d'avoir participé à ce "C dans l'air" en direct. Vous pouvez voir cette émission en replay ou l'écouter en podcast.