UBER FILES : LE DEAL SECRET AVEC MACRON
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Je veux que la France soit une startup nation, c’est-à-dire une nation qui travaille avec et pour les startups. Une fuite de documents internes provenant des échelons les plus hauts du groupe Uber obtenu par le journal britannique The Guardian, est transmis au consortium international des journalistes d’investigation, l’ICIJ. La société de VTC Uber a, pour cela, bénéficié des bonnes grâces d’Emmanuel Macron entre 2014 et 2016 lorsqu’il occupait le poste de ministre de l'Économie.
Cette affaire, est-ce qu’elle peut devenir dangereuse pour le président ? Comme d’habitude, on a des oppositions qui font une tonne de mousse avec un gramme de savon. Emmanuel Macron, dans sa discussion avec Uber, il va leur proposer un deal qui est un peu un deal gagnant-gagnant.
Très sincèrement comme disait un de mes prédécesseurs, ça m'en touche une sans faire bouger l'autre. C’est l’affaire qui a explosé ce week-end. Les Uber Files, des documents internes de la célèbre entreprise de VTC révèlent que pendant son implantation en France, celle-ci a bénéficié d’un allié de de poids au sein du gouvernement, le ministre de l’Économie d’alors, un certain Emmanuel Macron.
L’enquête, menée par le Monde et un consortium international de journalistes, fait beaucoup de bruit au point que certains évoquent déjà un scandale d'État. Mais que contiennent ces documents ? Quel lien existe-t-il entre Emmanuel Macron et Uber ?
A t-il effectivement aidé à déréguler le marché du transport, pour le grand profit du géant américain ? On fait le point tout de suite sur Blast. Décidément, pour Emmanuel Macron, l’été est toujours un petit peu scandaleux.
Après Benalla en 2018 et de Rugy en 2019, le tube 2022 s’appelle Uber Files. Tout d’abord, qu’est ce que c’est Uber Files ? C’est une enquête reposant sur des milliers de documents internes à Uber adressés au quotidien britannique The Guardian.
Cette fuite massive a été transmise au Consortium international des journalistes d’investigation ainsi qu’à 42 médias partenaires, dont Le Monde et Radio France dans l’hexagone. On parle de 124 000 documents, emails, SMS et compte-rendus datés de 2013 à 2017. Ces documents détaillent les pratiques pas très nettes de la firme californienne, qui ont un seul objectif : changer la législation encadrant les taxis pour permettre son implantation partout dans le monde.
Quitte parfois à flirter avec l’illégalité. Pour résumer on découvre notamment dans ces échanges qu’Uber a fait du lobbying tous azimuts auprès des pouvoirs publics, a mis en place des logiciels anti perquisitions pour bloquer ses ordinateurs à distance et ainsi se protéger de la police, c’est le fameux “kill switch” et assume même de mettre en danger ses chauffeurs quand son implantation génére des tensions avec les taxis traditionnels. Bon mais en quoi cela concerne Emmanuel Macron ?
Il faut revenir en 2014. Depuis 3 ans, Uber propose son service Uberpop qui permet de mettre en relation des clients avec des particuliers qui s’improvisent chauffeurs de taxis avec leur voiture personnelle. C’est illégal et les chauffeurs de taxi sont vent debout contre ce qu’ils considèrent comme de la concurrence déloyale.
Manifestations, opérations escargot devant les aéroports parisiens, bagarres. Pour calmer la situation le gouvernement sort une loi, dite Thévenoud, censée rendre les choses nettement plus difficiles pour devenir chauffeur de taxi et donc de facto interdire Uber Pop. Moultes plaintes sont déposées, des enquêtes ouvertes et les dirigeants d’Uber seront perquisitionnés et même placés en garde à vue.
Dans l'exécutif socialiste, que ce soit Montebourg, Cazeneuve ou même Valls, tous sont contre Uber. Tous sauf un. Emmanuel Macron.
Effectivement il y a une exception dans ce gouvernement qui est très critique, dans l’ensemble, d’Uber et qui d’ailleurs fait voter un certain nombre de lois qui vont limiter la capacité de l'entreprise. Cette personne c’est Emmanuel Macron qui, à l’époque, est au ministère de l'Économie à Bercy et qui lui ne le cache pas du tout par ailleurs, est un défenseur d’Uber pense que le modèle de l’entreprise, c’est un modèle d’avenir, queça peut créer énormément d’emplois notamment pour les gens qui sont peu qualifiés. Et donc, il va faire tout son possible pour aider l’entreprise à s’implanter, à se maintenir surtout en France contre l’avis de la quasi-totalité de ses collègues au gouvernement.
Rendez-vous compte, en 18 mois, il y a eu 13 réunions, et des dizaines d’appels ou SMS entre Emmanuel Macron et Uber, toujours selon les documents internes. La première de ces rencontres à lieu le 1er octobre 2014 entre le ministre de l’Économie et Travis Kalanick le sulfureux PDG d’Uber en personne. Voici comment, Mark MacGann, le directeur du lobbying d’Uber décrit cet entretien : “En un mot : spectaculaire, du jamais vu.
Beaucoup de boulot à venir, mais on va danser bientôt.” A partir de là, les dirigeants d’Uber n'hésitent jamais à directement faire appel à leur ami de Bercy. Par exemple, le 6 juillet 2015, les locaux sont perquisitionnés par la police.
Mark MacGann encore lui, écrit directement à Emmanuel Macron par SMS : Plus tard la même année, en octobre 2015, le préfet de police de Marseille, Laurent Nuñez, prend un arrêté interdisant Uber dans les Bouches-du-Rhône. Le lobbyiste en chef dégaine immédiatement son téléphone, cette fois le ministre de l’Économie répond : Mais l’échange de bons procédés va plus loin. Les documents révèlent qu’il y a bien eu un deal secret entre Uber et Emmanuel Macron avec une stratégie coordonnée où les juristes d’Uber ont envoyé clé en main des amendements à des députés français.
Tout ça pour assouplir la législation tout en donnant l’impression que Uber plie devant le gouvernement. Un accord “win-win” dans le jargon. L’arrangement “le plus marquant” dans ce qu’on a pu trouver dans ces documents c’est un arrangement très précis qui se déroule autour de la question des horaires de formation pour les VTC.
Emmanuel Macron, dans ces discussions avec Uber, il va leur proposer un deal, qui est un peu un deal gagnant-gagnant : “Vous arrêtez Uber Pop, comme ça on aplanit la situation et on rétablit une forme de paix sociale et en échange je vais faire en sorte qu’un point précis, notamment qui est un gros problème pour Uber, qui est le nombre d’heures de formation que la loi a rendu nécessaire pour devenir chauffeur VTC, je vais le simplifier drastiquement.” Donc, pour faire ça, il y a une forme de coordination, à la fois dans la communication et dans la manière de faire arriver cette simplification qui va se décider entre Uber, Emmanuel Macron et ses équipes. Uber va faire transmettre à un député socialiste, qui s‘appelle Luc Belot, des amendements qui ont été écrits par des juristes d’Uber, avec l’assentiment sinon les encouragements d’Emmanuel Macron.
Tout le monde dans cette discussion sait très bien que ces amendements ne seront pas adoptés. La majorité socialiste à l’époque, elle est opposée au modèle Uber de manière générale et à ce point précis en particulier, mais une fois que ce débat est soulevé à l’Assemblée, Emmanuel Macron peut s’en emparer et profiter de l’occasion pour dire : “En fait, ce n’est pas une question législative, c’est une question réglementaire, et je vais prendre un décret qui ira dans le sens de ce que souhaite monsieur Belot et tout le monde sera content.” C’est un peu résumé mais en gros c’est ça, c’est un accord. “Vous retirez un service qui est, je le rappelle, illégal à l’époque, et en échange je vais m’arranger pour que les conditions d’accès à la profession de VTC qui, elle, est légale et réglementée, soient simplifiées pour vos chauffeurs.” Reste une question : Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il fait tout cela ?
Quel est son intérêt à aider Uber ? Notre conclusion après avoir épluché des milliers et des milliers de documents, c’est qu’il le fait très sincèrement, c’est vraiment par conviction politique pure. Emmanuel Macron pense qu’il faut libéraliser le marché de manière générale et encore plus le marché du travail et la flexibilité du monde du travail.
Il trouve que le modèle proposé par Uber est hyper flexible et permet de remettre des gens qui sont sortis des schémas classiques de l’emploi, au travail, de créer des nouveaux emplois. Il en est visiblement intimement persuadé. Nous on n’a rien trouvé de, dans ces documents, qui permettent de soupçonner qu’il y ait eu une prise illégale d’intérêts, un renvoi d’ascenseur ou quelque chose comme ça.
On est vraiment dans une forme d’accord politique de fond entre cette grande entreprise américaine et Emmanuel Macron. D’ailleurs il ne le cache pas vraiment puisque, publiquement, il prend position pour Uber. Ce qui est cocasse, c’est que Mark McGann, le lobbyiste en chef dont nous parlons depuis tout à l’heure est aussi à l’origine de la fuite des Uber Files.
Pris de remord sur le tard, il a tout donné au Guardian. Depuis, on a aussi appris qu’il a participé à la levée de fond d’En Marche en 2017 même si, d’après lui, il s’agissait d’une démarche personnelle qui n’avait rien à voir avec son poste à Uber qu’il avait quitté à ce moment-là. Les bons comptes font les bons amis.
La sortie de l’enquête du monde a fait grand bruit. Les oppositions se sont immédiatement saisies du dossier et ont demandé des commissions d’enquête parlementaires. Vous demandez une commission d’enquête parlementaire ?
Je pense qu’il le faut. Je pense que c’est suffisamment énorme de s’apercevoir, ce type de relation, cette imprécation entre des intérêts privés, des intérêts privés étrangers qui viennent en France pour mettre à bas une législation. Je demande la clarté.
Quand on fait une commission d’enquête, justement, on cherche à comprendre. On peut vendre, si vous voulez, toute l’industrie qu’on veut à des entreprises privées américaines ça peut se faire dans des cadres qui sont parfaitement légaux, mais c’est immoral quand on est chef de l’État et quand on est censé défendre les intérêts français et les intérêts de l’industrie française. Donc, s’agissant de notre rôle de parlementaire, nous solliciterons très probablement une mission d’information.
A l’Elysée, on ne voit pas où est le problème. “Monsieur Macron était naturellement amené à échanger avec de nombreuses entreprises engagées dans la mutation profonde des services advenue au cours des années évoquées, qu’il convenait de faciliter en dénouant certains verrous administratifs ou réglementaires.” Si le président assume aujourd'hui, ce n’était pas le cas à l’époque.
Qui est ce que je trouve en train de faire du lobbying dans un restaurant de luxe ? Votre directeur de cabinet, monsieur. Attendez, pardon, vous faites des accusations qui sont très graves.
C’est sorti dans un article. C’est sorti dans un article. Non attendez.
Au mois de juillet il y a eu un article on voyait clairement votre directeur de cabinet, des députés, des sénateurs, en train de manger avec un peu l’écosystème du VTC, les loueurs de véhicules, les vendeurs de pioches. Ils se battaient contre cette loi là. Réponse d’Emmanuel Macron.
Non mais attendez, on ne peut pas dire tout et n’importe quoi. Et pour cause, toute cette affaire a été conclue en catimini, dans le dos des autres membres du gouvernement. Pas très élégant.
Politiquement, l’affaire fait désordre, mais elle n’aura pas forcément de conséquences judiciaires. Tout simplement parce que pour l’instant les documents n’ont rien révélé d’illégal et qu’en France la responsabilité pénale du président ne peut être engagée, sauf en cas de haute trahison. Un ministre a le droit de discuter avec tous les chefs d’entreprises qui le souhaite, à fortiori quand il est à Bercy.
Pour moi, on est plus sur un terrain un peu, de l’éthique et de la zone grise. On est sur des discussions de haut niveau mais qui ne sont pas rendues publiques. Il peut y avoir de bonnes justifications à ça.
Mais là, on est quand même dans un cas de figure un peu particulier où l’activité de cette entreprise est en grande partie illégale sur le sol français où le ministère de l’Intérieur n’est pas consulté sur ce dossier par Emmanuel Macron qui mène ces discussions. Je pense qu’on n’est pas dans l’illégalité, en tout cas du point de vue de la gestion des affaires et du fonctionnement des institutions, par contre on est quand même dans une situation qui pose tout un tas de questions sur le degré de transparence qu’on aurait pu attendre légitimement de ces discussions et la manière dont ces accords et ces décisions se passent. Au final, le grand public n’en n’aurait rien su si on n’avait pas eu, des années plus tard, accès à des quantités gigantesques d’archives.
Zone grise donc. Dans le fond, il n'est même pas surprenant qu’Emmanuel Macron défend et aide à la libéralisation du marché du travail, c’est sa vision du monde. Reste quand même la désagréable impression que pour faire triompher cette vision, il est prêt à tout.
Y compris à faire passer l'intérêt privé d’une entreprise aux pratiques douteuses et connue pour faire de l’évasion fiscale, au-dessus sur la loi française. Difficile ensuite d’adopter une posture de matamor face aux géants d'internet quand on leur ouvre la porte de cette façon. Tout cela appuyé sur une croyance chevillée au corps : celle que l’ubérisation promet des lendemains qui chantent aux travailleurs.
Une conviction qui se discute, à tout le moins. Cette vidéo est à présent terminée. N’hésitez pas à dire ce que vous en avez pensé dans les commentaires, et à nous suivre sur nos différents réseaux sociaux.
N'oubliez pas, votre soutien est le seul garant de notre indépendance. Petite dédicasse à nos amis “Kisskissbankers” qui nous soutiennent depuis le début : votre abonnement arrive à son terme, donc si vous aimez ce qu’on fait, n’hésitez pas à vous réabonner pour une année supplémentaire, ça nous fera bien plaisir. A très bientôt.
Emmanuel Macron