Procès du financement libyen de Nicolas Sarkozy, menace de censure du gouvernement... le "8h30 franceinfo" de Sébastien Chenu
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Bonjour Sébastien Chenu, 7 ans de prison, 5 ans d'inéligibilité requis contre Nicolas Sarkozy, c'est l'affaire des soupçons de financement libyens de sa campagne de 2007, ce qui interpelle évidemment, ce sont ces 7 ans de prison ferme, donc potentiellement une peine non aménageable. Est-ce qu'un ancien président de la République, potentiellement en prison, qu'est-ce que ça vous inspire ?
Moi je ne vais pas parler du fond, parce que je ne connais pas le dossier sur le fond, même si j'ai cru comprendre qu'il n'y avait pas de trace de financement libyen dans cette affaire-là.
Il y a beaucoup de carnets, il y a beaucoup d'écrits.
Il n'y a pas en tous les cas aujourd'hui une trace, mais ça c'est le fond, et j'allais dire, n'étant pas juge, je ne vais pas rentrer dans le fond. Ce que j'en vois de l'extérieur, c'est un réquisitoire d'une violence absolue, avec une dimension d'humiliation. Par exemple, la privation des droits de l'autorité parentale, l'empêcher de pouvoir exercer son métier d'avocat. Il y a une dimension d'humiliation, et on a l'impression d'un parquet financier, d'un parquet national financier, qui est dans une dérive totale.
L'autorité parentale, puisque ça a l'air de vous choquer, mais si on reprend les mots du procureur, il dit que les faits reprochés aux prévenus fissurent la confiance dans nos institutions et contribuent au sentiment de désarroi démocratique, et que celles d'une réponse pénale dissuasée en clair de la prison ferme permettent de combattre ça.
Enfin écoutez, moi je pense que... Moi j'ai l'impression qu'il y a quand même une dérive totale, si vous voulez, dans notre société, dans laquelle des juges aujourd'hui ont envie de se payer ce qu'ils imaginent être les puissants.
Ils prennent Sébastien Cheney aussi en considération le fait que Nicolas Sarkozy a déjà été condamné, il est sous brasselle électronique, donc voilà.
Il a été condamné pour une intention, alors c'est pas non plus du tout la même chose. Il a été condamné, ça aussi, c'était déjà très particulier pour une intention. Mais ça n'en est pas moins les gars, enfin ça n'en est pas tous les gars. Vous l'entendez bien, moi je ne suis pas l'avocat Nicolas Sarkozy, j'essaie de regarder les choses avec une espèce de recul et de froideur. Je dis simplement, le parquet national financier est dans une dérive. Je pense qu'aujourd'hui, il y a la volonté chez un certain nombre de juges de se payer des puissants. Je pense qu'il y a une dimension humiliante qui ne sert pas à la justice de notre pays.
C'est 13 ans d'enquête, c'est, je crois, 500 scellés, vous dites, il n'y a pas d'élément. C'est une énorme enquête, c'est un très long procès, ils ont pris le temps, pour le coup la justice a pris le temps.
Oui d'accord madame, mais regardez, moi ce que je veux dire par là, c'est que la justice, elle doit, par exemple, si elle veut enfermer quelqu'un, c'est parce que cette personne représente un danger pour la société. Achille Tigam, il y a quelques jours, quelques semaines, un type a foncé sur des flics en voiture, il a écopé de 150 euros d'amende. Il n'a jamais vu les murs d'une prison. Et là, on a quelqu'un, et ça pourrait être Nicolas Sarkozy, comme n'importe qui d'autre. Moi, j'ai défendu en son temps, voyez-vous, aussi, par exemple, Éric Coquerel, d'un autre type de sujet, qui était accusé de quoi que ce soit et qui, à la fin, n'a rien eu.
Je veux dire, ils n'ont pas volé, ils n'ont pas tué, est-ce que ce sont des dangers pour la société, au point de devoir les emprisonner ?
Ma réponse est non. On parlait, Sébastien Chenu, de dérive du parquet national financier. Est-ce que ça veut dire, et la suite logique de ce que vous dites, c'est qu'il faut remettre en cause l'existence, peut-être, de juridictions spécialisées, voire en l'espèce du parquet national financier ?
Écoutez, il ne faut jamais faire ça sous le coup de l'émotion. En l'occurrence, vous n'êtes pas concerné directement par cette affaire ? Non, non, non, mais je veux dire, il y a une certaine émotion quand même dans le pays, on le voit bien. Nicolas Sarkozy a été président de la République, de notre pays. Il n'est pas au-dessus des lois, mais il n'est pas en dessous non plus. Je veux dire, il n'a pas moins de droits que les autres. Sur l'existence du PNF, ce n'est pas le moment de regarder ça, je pense. Ce n'est pas ce que je veux dire. Mon sujet n'est pas celui-ci.
Mais en revanche, je pense qu'effectivement, il y a une dérive, la formation d'un certain nombre de magistrats, la tutelle qu'exerce le syndicat de la magistrature sous certains magistrats, la politisation de certains magistrats, est un élément qu'il faut aujourd'hui prendre en compte dans notre pays.
Votre position ce matin, vous ne craignez pas qu'elle soit entendue par tous ceux qui nous écoutent, comme à nouveau ces puissants, ces politiques qui ne veulent pas être jugés. Et accessoirement, ce qu'explore le procès, c'est aussi la responsabilité d'un leader politique pour les actes que d'autres ont fait pour eux, puisqu'on n'a pas parlé de Claude Guéant et de Brice Hortefeux, mais qui sont concernés aussi.
Non, ce que je veux dire derrière, c'est que le doute doit bénéficier à l'accusé dans tous les domaines. Et là encore, je vois ça de l'extérieur. Il y a des carnets avec des sommes consignées dedans. Je ne suis pas juge, vous n'êtes pas davantage. Et donc le doute doit bénéficier à l'accusé en tout état de cause. Et la position que j'ai concernant Nicolas Sarkozy, c'est une position de principe que je peux avoir concernant n'importe quel adversaire politique.
Parce que je pense qu'à partir du moment où vous donnez au juge la possibilité de dire qui peut demain se présenter à une élection, on y reviendra dans le cas probablement de Marine Le Pen, ou en tous les cas de continuer une carrière, eh bien je pense que vous êtes dans une dérive.
Bon, on risque effectivement d'évoquer tous ces points, peut-être en tout cas lundi, en fonction du jugement qui sera rendu contre Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires européens. Le Conseil constitutionnel rend aujourd'hui une décision qui peut avoir un impact sur l'exécution provisoire d'une peine d'inligibilité. Doit-il ou pas être déclaré immédiatement, cet élu inéligible, quelles que soient les voies de recours qu'il utilise ? Le cas, là, jugé, c'est celui de cet élu local de Mayotte, mais évidemment on pense à Marine Le Pen. Qu'est-ce que vous attendez, vous, du Conseil constitutionnel ?
Si je ne vous dis pas grand-chose, je ne veux pas avoir l'air d'être désinvolte, mais je pense que le Conseil constitutionnel...
L'incidence est énorme, quand même.
Oui, d'accord, mais ce que je pense, c'est que le Conseil constitutionnel va aligner le fait que les élus locaux ne puissent pas être déchus de leur mandat au même titre que les élus nationaux. Vous savez que dans ces cas-là, un élu local, par exemple le maire de Toulon, avait été déchu de son mandat, en cours de mandat, alors qu'un parlementaire national ne pourrait pas l'être. Je pense que le Conseil constitutionnel pourrait avoir ce type de position, un alignement des sanctions, quels que soient les élus locaux, ce qui ne crée pas, évidemment, une gérus prudence quelconque dans le cas du dossier qui nous préoccupe.
Alors, on rappelle que dans le cas de Marine Le Pen, effectivement, l'exécution provisoire, donc c'est-à-dire immédiate de la peine d'inéligibilité, a été requise. Peine de mort politique, avait dit Marine Le Pen. Aujourd'hui, elle dit, la peur n'évite pas le danger. Est-ce qu'il y a une forme de déni ou est-ce qu'elle se prépare quand même à cette éventualité ?
Non, parce que nous, nous considérons que nous avons fait la démonstration de l'innocence de Marine Le Pen. Donc, il n'y a pas de raison que Marine Le Pen soit condamnée. Mais si vous voulez, il y a des gens qui pensent exactement l'inverse. Donc, ça ne sert à rien de pleurer avant d'avoir mal. Il faut se préparer. Il y a un vrai changement de posture par rapport à la fin du procès. Là encore.
On avait vu sa colère et la peine de mort politique. C'est une réalité.
Ce que je veux dire, c'est que le réquisitoire et la peine qui est proposée a des conséquences qui sont irrémédiables pour Marine Le Pen. C'est-à-dire que quand un juge demande une exécution provisoire d'une éligibilité pour Marine Le Pen, ça veut dire que la femme politique préférée des Français, candidate trois fois à la présidentielle, annoncée comme candidate à la prochaine élection présidentielle, ne pourrait pas être en capacité de se présenter devant les Français. Ce qui, évidemment, est une conséquence irrémédiable. Ce n'est pas comme si elle pouvait se représenter un an après.
Elle ferait sans doute appel, je présume. Mais est-ce que dans ce cas, un avenir politique, elle aurait toujours un avenir politique, voire un avenir présidentiel peut-être plutôt ?
De toute façon, elle fera appel. Pourquoi il y a un appel ? Parce qu'une chambre de première instance, enfin un tribunal peut se tromper. Et s'il y a un appel, c'est pour corriger cela.
Mais si elle est condamnée.
Mais non, on ne se met pas dans l'idée qu'elle soit condamnée.
Vous ne réfléchissez pas à cette hypothèse ?
Il va falloir l'agir ici. On pense avoir fait la démonstration. Moi, j'étais là lors des plaidoiries de l'innocence de Marine Le Pen. Donc en cas de condamnation, vous n'êtes pas prêt ? Mais prêt à quoi ? Prêt à quoi ? Politiquement, peut-être ? Non, mais nous sommes des gens qui savons gérer... Prêt à réfléchir à 2027, à une candidature de Bardella. Mais nous savons gérer tout ça à 2027. Ça veut dire qu'il nous resterait deux ans. C'est bon, merci, on sait s'organiser. Marine Le Pen a un rôle quand même éminent dans votre mouvement. Nous savons faire face à des situations de crise si elles devaient en venir.
Pour vous, ils sont totalement interchangeables ? Ça ne changera absolument rien ?
Qui est interchangeable ?
Marine Le Pen et Jordan Bardella.
Non, mais personne n'est interchangeable dans la vie. Personne.
Ce que je veux dire, c'est qu'évidemment, vous le savez mieux que moi, ça ne va pas être forcément très simple de rassembler les troupes autour de lui, parce qu'il y a un changement de positionnement.
Non, mais quel que soit l'avenir, je veux dire, nos idées nous dépassent. Les idées que nous portons dépassent les individus que nous sommes. Aujourd'hui, notre candidate à l'élection présidentielle, c'est Marine Le Pen. Elle est prête pour ça. Elle est préparée. Elle en a la dimension. Jordan Bardella est prêt et se prépare pour Matignon. Il en a la dimension. Voilà comment on a organisé les choses. Si demain, on devait les organiser autrement, on s'adapterait face à une situation nouvelle.
Alors, dans le contexte politique à présent, depuis quelques jours, Marine Le Pen réactive la menace d'une censure. « Je vais me fâcher », dit-elle dans le Figaro Magazine. Ça pourrait être au tour de la programmation pluriannuelle de l'énergie que vous voudriez voir débattre et voter à l'Assemblée nationale, alors que la loi ne le prévoit pas obligatoirement. Pourquoi agiter la censure maintenant ? Ça ne fait jamais que trois mois et quelques jours que le gouvernement Bayrou est en place. On n'a pas encore peut-être vu tout ce qu'il pouvait faire.
On a surtout vu qu'ils ne faisaient pas grand-chose et que leur idée était de gagner du temps. On le voit avec le conclave sur la retraite, où ils ont réussi à faire une entourloupe aux socialistes, obtenir le fait qu'ils ne votent pas la censure en échange d'un conclave avec des résultats sur la retraite. Et finalement, il ne se passera probablement pas grand-chose. Donc, c'est un gouvernement qui cherche à gagner du temps. Vous savez, vous dites à François Bayrou, vous êtes Premier ministre pendant 15 ans, et une seule condition, c'est de ne rien faire. Il signe tout de suite. Donc voilà, c'est un gouvernement qui cherche à gagner du temps.
Eh bien, nous, on considère qu'il y a des priorités dans le pays qu'il faut traiter. Et il se trouve que le dossier de l'énergie est une priorité. Si vous n'êtes pas maître, en termes de souveraineté nationale, de votre énergie et de votre immigration, Trump l'a bien compris, alors ça veut dire que vous n'êtes plus libre et indépendant. Vous êtes prêt à censurer sur à peu près n'importe quel sujet ? Non, pas n'importe quel sujet, on l'a montré. Sinon, on aurait censuré sur le budget, qui est un sujet qui n'est pas n'importe quel sujet. Donc non, non, nous considérons que le sujet de l'énergie, du plan pluriannuel de l'énergie...
On ne va pas rentrer complètement dans le fond, dans le détail du sujet. Mais oui, mais en quoi la France perd le contrôle ? C'est quoi ? C'est le calendrier, décarbonation 2050, etc.
Effectivement, c'est la trajectoire, c'est les moyens mis en œuvre.
Ça, vous la remettez en question ? L'objectif zéro carbone de 2050 ? Attendez, on l'abandonne ?
Non, mais la trajectoire n'est pas adaptée, donc il faut la revisiter. Donc on oublie 2050 ? Ah bah oui, c'est intenable. Ça, c'est intenable. La deuxième chose, c'est l'absence de stratégie...
Et toutes les prévisions du GIEC, tout ça...
Non, mais c'est intéressant, le GIEC est intéressant. Moi, je trouve ça très intéressant. Les accords de Paris... C'est intenable. C'est intenable. Financièrement, techniquement, sur les coûts que ça a, c'est intenable. Donc il faut reparler de sa trajectoire. Deuxième chose, il faut construire des stratégies, par exemple sur l'hydrogène, qui aujourd'hui n'existent pas. Il n'y a rien sur l'hydrogène, nous nous considérons que c'est nécessaire.
Et puis, il y a la juxtaposition nucléaire-éolien, qui nous semble extrêmement dangereux, extrêmement coûteux, et avec un affaiblissement du nucléaire dans cette stratégie, dans ce PPE, dans ce plan pluriannuel de l'énergie, qui nous semble, là encore, ne pas nous permettre d'être libres, indépendants et souverains.
Je reviens sur la censure, quand même, Sébastien Chenu. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous allez déposer une motion de censure ? Ça veut dire que vous espérez que la gauche dépose une motion de censure ? Les deux sont possibles.
Mais qu'est l'échéance ? C'est la semaine prochaine ? Non, mais ça ne dépend pas que de nous, ça. Il y a deux choses. Le plan pluriannuel de l'énergie... Vous pouvez déposer une motion de censure de son année. Oui, mais si François Béroux veut passer par voie décrétale, nous en déposerons probablement une. Les retraites, à la fin du conclave, on ne s'empêche pas d'en déposer une non plus. Peut-être que la gauche en déposera une aussi. Vous savez, on a déjà démontré qu'on était capable de voter une motion de censure venant de la gauche et d'en déposer nous-mêmes. On ne s'empêche de rien. Le calendrier, ce n'est pas nous qui le maîtrisons,
puisque c'est le gouvernement qui a la maîtrise de l'ordre du jour. Vous venez de nous donner quelques éléments. Est-ce que ça veut dire qu'à vos yeux, si le gouvernement tombe, c'est automatiquement une dissolution ?
On s'approche de la date à laquelle on peut dissoudre. Et je pense qu'à la fin, quand la machine se grippe ou se bloque, il faut des solutions pour sortir de ce blocage. Et la dissolution est un des... Emmanuel Macron pourrait choisir de nommer un nouveau gouvernement, peut-être avec un Sébastien Lecornu, que vous appréciez. Il pourrait choisir... Il continuera la même politique. Ce n'est pas l'idée d'apprécier ou pas des individus humainement. C'est le fait qu'ils mènent des politiques qui sont, pour la France, mortifères.
Et ce matin, Sébastien Chenu, vice-président du Rassemblement National et député du Nord. Jordan Bardella rentre deux jours en Israël, invité à une conférence internationale sur la lutte contre l'antisémitisme. Beaucoup ont vu ça comme une étape supplémentaire dans la stratégie de normalisation du RN. Interrogé sur l'antisémitisme historique de votre parti, il a répondu « On a tourné la page ». Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que Marine Le Pen avait, elle-même, avec beaucoup de courage, rompu avec le fondateur du Front National à l'époque, Jean-Marie Le Pen, sur ce sujet-là. Et que les années après année, nous avons démontré que nous étions non seulement hostiles à l'antisémitisme, mais que nous étions probablement ceux qui, aujourd'hui, dans le paysage politique, étaient le meilleur bouclier pour nos compatriotes de confession juive qui sont face à un antisémitisme, aujourd'hui, qui vient de l'extrême-gauche, qui vient de la gauche radicale, de l'islamisme, et que ces menaces, évidemment, nous sommes les mieux armés pour les combattre.
Pourtant, Sébastien Chenu, Jordan Bardella, avait dit « Jean-Marie Le Pen n'était pas antisémite ».
Oui, mais Jean-Marie Le Pen avait été condamné pour des propos antisémites. Donc, on tourne la page de quelqu'un qui n'était pas antisémite ? Mais oui, Jean-Marie Le Pen avait été condamné pour des propos... Mais donc, vous confirmez qu'il était antisémite, à vos yeux ? Ah non, je dis qu'il a été condamné pour des propos...
Non, mais si on tourne la page, ça veut dire qu'on tourne la page par rapport à une époque où...
À une époque où il y a eu des propos antisémites. À une époque où il y a eu des propos et des condamnations. Mais Marine Le Pen l'a fait il y a déjà très longtemps. Non, en réalité, ce débat, il est déjà dépassé. Non, pas vraiment...
Juste après le 7 octobre, Jordan Bardella avait eu ces propos. Jean-Marie Le Pen n'est pas antisémite. Donc, c'est pertinent aujourd'hui...
Et vous avez des personnes comme Serge Klarsfeld qui disent « Voilà, le Rassemblement national, aujourd'hui, est plus crédible sur ces sujets-là. » Mais ils n'ont pas encore complètement fait le... On va dire...
Je pense que le voyage de Jordan Bardella nous projette dans une autre dimension. Et il l'a dit lui-même, le Rassemblement national n'est pas le Front national. Marine Le Pen avait beaucoup de courage, car c'est sur ces sujets-là qu'elle a rompu avec le fondateur du Front national. Jordan Bardella marque, effectivement, par ce voyage et cette invitation. Il rencontre le ministre de la Diaspora. Il a rencontré le président de la Knesset. Marque peut-être une ultime étape dans ce qui a été probablement présenté comme une ambiguïté. Alors que, vous savez, moi, ça fait très longtemps que je suis un défenseur de la cause d'Israël, à titre personnel. Moi, je n'ai jamais eu de doute. Aucun doute.
Vous parlez de l'antisémitisme de la gauche, de l'extrême gauche. Je rebondis sur ce que vous disiez. Dans le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, vous savez sans doute, juste peu de temps après le 7 octobre, que ce rapport parlait en France d'un antisémitisme d'extrême gauche, certes, mais qui est sans comparaison avec celui observé à l'extrême droite et chez les proches du Rassemblement national. Et il y a eu, on l'a vu avec les candidats des législatives 2024, il y a eu une foule d'exemples, l'antisémitisme... C'est quoi la foule d'exemples ?
Jocelyn Dessigny et son t-shirt in memoriam, à Paris, Agnès Pajard, qui a appelé en février 2021 à relire Henri Coston, qui était un essayiste collaborationniste connu pour son antisémitisme. Je peux continuer. Et on peut venir à aujourd'hui. Le député RN, Frédéric Bogue-Chiletti. Ce que je veux dire, c'est que...
Il n'a jamais été condamné, d'ailleurs.
Moi, qui a tenu pendant des années à Toulon, cette librairie qui vendait des livres antisémites.
Non, il l'a contesté, il n'a jamais été condamné. Il n'a jamais tenu cette librairie... Il n'a pas tenu une librairie continuelle ? Il n'a jamais été condamné, madame. À un moment, il faut aussi remettre les choses telles qu'elles sont. Vous avez aujourd'hui...
Il faut avoir été condamné pour être antisémite ?
En tous les cas, il faut à un moment que la justice vous l'ait dit. Il l'ait dit. Il n'a jamais été condamné.
Est-ce qu'on peut acter qu'il avait cette activité et que ça pose question ? Non, il le conteste. Il n'avait pas de librairie.
Il ne vendait pas des livres antisémites. Il avait une librairie, oui. Mais il conteste le fait d'être présenté comme une librairie antisémite, oui.
Antinéa, le nom de la librairie, c'est le titre d'un livre de Charles Maurras.
Tout ça, ça a combien de temps, madame ? Ça a combien de temps ? C'est un député qui siège aujourd'hui ? La librairie, elle a combien de temps dont vous parlez ?
C'est un député qui siège aujourd'hui ?
Elle a 25 ans, madame. C'est un député qui siège aujourd'hui ? Je vous dis à le fond de ma pensée. Tout ça, c'est le fond de commerce de ceux qui n'ont plus rien à reprocher au Rassemblement National. D'aller chercher, d'aller traquer... C'est accessoire, ce sujet ? Au fin fond, 25 ans après, d'aller trouver des élèves qui ont 25 ans, madame. L'exemple que vous donnez à 25 ans, c'est le fond de commerce de ceux qui n'ont plus rien à reprocher au Rassemblement National. Ou pire, qui cherchent derrière ça à minimiser ce que l'extrême-gauche diffuse dans notre pays. Aujourd'hui, pas il y a 25 ans. Aujourd'hui, au moment où nous nous parlons.
Juste encore sur ce sujet, est-ce que c'est... Il n'y a jamais eu de repentance ? Je sais que vous n'aimez pas ce mot-là, ORN, sur les dérapages de Jean-Marie Le Pen. Mais est-ce que ça, c'est inenvisageable ? Il y a eu bien plus que ça.
Marine Le Pen a exclu Jean-Marie Le Pen. Marine Le Pen a exprimé elle-même que la Shoah était la pire des abominations. C'est même plus de la repentance.
Je me répète, c'est le bastien chenu, mais c'est vrai que quand on écoute... Pardon de citer à nouveau, mais Serge Klarsfeld, il dit qu'il n'y a pas eu ce travail peut-être fait, même s'il reconnaît qu'il y a eu des progrès sur le fond, mais il dit qu'il n'y a pas eu de travail fait sur ce passé.
Donc, Arnaud Klarsfeld accompagnait Marion Maréchal et Jordan Bardella. Serge Klarsfeld a indiqué qu'il voterait pour le Rassemblement National. Donc, je veux dire, à un moment, vous êtes très exigeants de nous. Et je trouve ça normal, mais je pense qu'on a suffisamment démontré notre bonne foi. Mais vous l'êtes beaucoup moins, peut-être, de cette extrême-gauche LFI qui, matin, midi et soir, fournit, à travers un soutien à l'islam radical, les troupes de l'antisémitisme. Bah oui, mais c'est facile.
On va avancer sur cette visite de Jordan Bardella en Israël. Donc, visite quelque part, presque une visite officielle, puisqu'il a rencontré des officiels sur place. De coutume, j'allais dire, de tradition, quelque part, les politiques français qui se rendent en Israël se rendent aussi dans les territoires palestiniens. C'est le cas d'Emmanuel Macron quand il se rend sur place. Ça a été le cas de Gabriel Attal récemment. Pourquoi il n'y est pas allé, Jordan Bardella ?
Parce qu'il n'y a pas été invité. Aujourd'hui, il a été invité, c'est la première fois qu'il a été invité par, je vous le disais, le ministre de la Diaspora. Il rencontre le président de la Knesset. Il n'y a aucun problème à un jour aller en territoire palestinien, puisque nous, nous sommes favorables à une solution à deux États, qui est la position traditionnelle de la France. Donc, deux États, une capitale, capitale, Jérusalem partagée. Mais une solution à deux États, ça veut dire, effectivement, ce type de conséquences. Mais, par exemple, vous n'êtes pas sur la position américaine, qui est de dire que Jérusalem est la capitale d'Israël.
Évidemment, la position américaine, c'est une position qu'on connaît très bien, que Donald Trump a instituée, d'ailleurs, lorsqu'il a été élu la première fois. Mais nous pensons qu'il faut deux États. Donc, ça, c'est la position traditionnelle de la France. Aller un jour en territoire palestinien, me semble pas, si on est invité, un problème.
Dans ces échanges avec les autorités israéliennes, que dit-il du gouvernement Netanyahou, qui a rompu la trêve en reprenant les frappes, à Gaza, qui ont déjà fait au moins 50 000 morts, et c'est difficile d'avoir des chiffres. Mais que dit l'ami d'Israël que vous êtes, que le RNA ?
Mais vous savez, on peut être d'abord ami d'Israël sans être ami de Netanyahou. Ça existe. Moi, je ne confonds jamais. C'est le cas pour Israël, c'est le cas pour l'Algérie. Je ne confonds jamais les peuples et leurs dirigeants. Dans ce voyage, Jordan Bardella n'est pas venu pour parler du conflit, n'est pas venu pour parler de la réponse militaire d'Israël. Il est venu pour acter la solidarité que nous avons avec Israël, qui subit un antisémitisme et une recrudescence de celui-ci depuis le 7 octobre. Après le conflit, évidemment, entre Israël et les territoires palestiniens, entre Israël et Gaza, on peut en parler.
Non, mais nous considérons qu'Israël a été agressé par des terroristes du Hamas, soutenus ici par la LFI, et qu'Israël a le droit et le devoir de se défendre. Et nous avons le droit et le devoir d'être solidaires d'Israël qui se défend face à des terroristes.
Emmanuel Macron a appelé jeudi hier au bon sens et à l'humanité des autorités algériennes pour qu'elle libère l'écrivain franco-algérien, donc Boilem Sansal, condamné à 5 ans de prison ferme, pour atteinte à l'intégrité du territoire algérien. Vu l'état aujourd'hui des relations franco-algériennes, est-ce que vous pensez réellement qu'il peut être entendu ?
Non, c'est même un peu ridicule cet appel au bon sens. Enfin, Boilem Sansal a été, je crois, hier condamné à 5 ans de prison ferme, il a 80 ans, il est malade, il n'a rien fait. Il n'a rien fait. Il s'est exprimé, il a été un écrivain, il est un écrivain immense, il a parlé, il a lutté contre l'islamisme, il a lutté toute sa vie contre l'obscurantisme, et aujourd'hui il est condamné, ça veut dire presque à une peine de mort, quand on est atteint d'un cancer, qu'on a 80 ans, et qu'on est condamné à 5 ans de prison ferme, on voit bien que les choses vont être difficiles, Emmanuel Macron dit qu'il compte sur le bon sens du président algérien.
Est-ce que vous avez l'espoir, justement, quand même, que le président algérien lui accorde une grâce ? Il y a la fin du ramadan, c'est dimanche, il y a d'autres échéances au moment desquelles il peut y avoir cette grâce ?
Oui, on a bien compris que l'idée, c'est peut-être, peut-être qu'à la fin, le régime algérien dise, notre grande clémence fait qu'on accorde la grâce à Boilem Sansal, et que du coup on réorganise les rapports franco-algériens sans abroger les accords de 68, parce que le bon président algérien était très gentil en graciant le vilain écrivain franco-algérien Boilem Sansal. Enfin, sincèrement, si c'est ça, quelle honte, quoi. Quelle honte.
Votre ligne reste une très grande fermeté, au-delà même de la réponse graduée évoquée par Bruno Retailleau vis-à-vis de l'Algérie, c'est encore trop faible ?
Oui, parce que la réponse graduée, moi je pense que non seulement elle est faible, mais elle est inefficace. Il faut une réponse d'ampleur, se faire respecter, il faut maintenant empêcher la délivrance de visas, il faut empêcher l'aide économique, l'aide au développement que verse la France à l'Algérie, que l'argent, les impôts des Français servent à payer un État, servent à accompagner un État qui est dirigé par des gens qui nous crachent au visage. Je pense que c'est plus possible.
Oui, il faut de la fermeté dans toutes les relations humaines et en particulier diplomatiques, il faut savoir se faire respecter et qu'Emmanuel Macron en soit à saluer le bon sens du gouvernement algérien qui a le honte.
Il y a l'idée que le ministre des Affaires étrangères puisse faire un déplacement dans les prochains jours en Algérie pour rencontrer son homologue, peut-être même le président Tebboune, vous vous dites qu'il ne faut pas y aller ? C'est pour mettre une gerbe au descendant du FLN. Mais ce n'est pas nécessaire de rétablir les relations diplomatiques quand même ?
Mais les relations diplomatiques ne sont pas rompues, elles existent. Très abîmées. Oui, d'accord. Je vous rappelle que Gérald Darmanin a ouvert 20 consulats algériens sur notre territoire, donc je pense qu'on a suffisamment mis le genou à terre.
Merci à vous Sébastien Chenu, député Rassemblement National du Nord, vice-président du RN, d'avoir été l'invité du 830 France Info. Merci Bérangère Bonte. Merci.
Merci. Merci. Merci. Merci.