"Un mouvement est en train de naître" - Pompiers français et belges unis contre Macron et l'EU
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Racontez-nous comment vous avez eu l'idée de cette action et comment vous l'avez coordonnée.
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Vos problèmes, les problèmes français sont les problèmes belges. Quels sont ceux que vous rencontrez particulièrement en Belgique ?
- 2:39OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'en disent nos voisins ?
- 3:33OuverteRéponse partielle
Ces images de manifestants violemment réprimés, vous les avez vues ? Vous avez été de la même façon aussi choqués ?
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Moi, j'aimerais bien recueillir justement aussi votre regard sur la façon dont ce système, cet exécutif, vient réprimer ces manifestations.
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Est-ce que c'est également une de vos préoccupations, Pierre Adams ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« On a pris contact, les pompiers belges ont pris contact avec nos camarades d'un autre syndical, le syndicat UNSA des sapeurs-pompiers. »
- 1:57InvitéFait
« En Belgique, il y a également un mouvement qui s'est lancé, mais spécifiquement au niveau des pompiers. »
- 1:59InvitéFait
« C'est qu'on nous demande d'exercer un métier qui est à un niveau d'exigence physique et d'aptitude qu'on ne peut pas laisser perdurer ça indéfiniment. »
- 2:12InvitéFait
« Donc, il y a un problème de financement au niveau des zones de secours en Belgique. Et donc, le nombre de pompiers ne suit pas l'augmentation de la charge de travail depuis des années. »
- 2:21InvitéFait
« Et maintenant, on arrive simplement à la limite de ce qu'on arrive à faire. »
- 15:09InvitéChiffre
« Donc, en Belgique, on considère que c'est 7 ans de diminution d'espérance de vie, c'est conséquent. »
- 15:57InvitéChiffre
« À Bruxelles, on est passé en un peu plus de 10 ans de 60 000 interventions ambulances à plus de 100 000, avec le même effectif à peu près. »
- 16:07InvitéChiffre
« À Bruxelles, on est un peu moins de 1 000 agents réellement opérationnels pour remplir les casernes. »
- 16:53InvitéFait
« Nous, on a eu des premières journées d'action à la fin du mois de janvier à Bruxelles. »
- 16:57InvitéFait
« Le mouvement s'est étendu au mois de mars et devient maintenant vraiment national au niveau des pompiers. »
- 17:03InvitéFait
« On a au mieux une écoute polie de quelques minutes sans réponse et sans aucun suivi. »
- 17:22InvitéFait
« Est-ce que vous avez vu une seule fois une publicité en disant devenez sapeur-pompier professionnel ? »
- 17:46InvitéFait
« Ils ne viennent pas parce qu'ils ne connaissent pas le métier. »
- 17:58InvitéFait
« L'État, c'est les départements qui doivent gérer, les départements nous disent c'est à l'État de communiquer. »
- 19:12InvitéFait
« Pour la première fois il y a eu réellement des actions de grève à Bruxelles. »
Temps de parole
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Ils nous ont offert une belle démonstration de force hautement symbolique à laquelle ont participé Pierre Ruiz, pompier FASPP, PATS et Pierre Adams, pompier délégué syndical, CGSP en Belgique. Ils sont avec nous ce soir. C'est l'heure de l'entretien d'actu, messieurs. Pompiers français et pompiers belges, main dans la main devant l'arc de triomphe. C'était beau à voir. Bonsoir, messieurs. Racontez-nous comment vous avez eu l'idée de cette action et comment vous l'avez coordonnée.
On a pris contact, les pompiers belges ont pris contact avec nos camarades d'un autre syndical, le syndicat UNSA des sapeurs-pompiers. Une fraternité qui existe déjà dans notre métier, un métier d'action. Donc, on a cet esprit de tendre la main dès qu'un collègue est en difficulté. Aujourd'hui, on se rend compte qu'on a une convergence des luttes puisque nos problèmes sont également leurs problèmes. Donc, c'est nos camarades belges qui ont fait le premier ce pas en avant vers nous. Et bien entendu, on les a accueillis à bras ouverts puisqu'on est sur le même chemin.
Vos problèmes, les problèmes français sont les problèmes belges. Quels sont ceux que vous rencontrez particulièrement en Belgique ?
Alors, en Belgique, il y a également un mouvement qui s'est lancé, mais spécifiquement au niveau des pompiers. Donc, essentiellement, c'est l'âge de la pension. C'est qu'on nous demande d'exercer un métier qui est à un niveau d'exigence physique et d'aptitude qu'on ne peut pas laisser perdurer ça indéfiniment. Donc, il n'y a rien à faire. Il y a des limites au niveau des capacités humaines. Et alors, en Belgique, ça s'est lancé aussi sur le manque d'effectifs. Donc, il y a un problème de financement au niveau des zones de secours en Belgique. Et donc, le nombre de pompiers ne suit pas l'augmentation de la charge de travail depuis des années.
Et maintenant, on arrive simplement à la limite de ce qu'on arrive à faire.
D'accord. Donc, forcément, vous comprenez ce que nous, on vit ici en France et en particulier, effectivement, les pompiers. Donc, Pierre Adams, je le rappelle, vous êtes pompier en Belgique, un pays qui observe ces mobilisations qui durent depuis plus de deux mois. Qu'est-ce qu'en disent nos voisins ?
Alors, moi, je le vois d'un point de vue pompier d'un côté où là, on a effectivement une communauté de besoins et des problèmes communs. Et puis, chez nous, on voit que la mobilisation au niveau vraiment de la population ne prend pas la même ampleur. Parfois, on peut se demander pourquoi, vu la situation dans laquelle on est également en Belgique. Et donc, on pense que donner cette image de participation et d'échange, ça aussi peut-être inspirer au niveau de la population belge l'idée qu'il y a une lutte possible et que ce n'est pas une fatalité.
On avait vu un parlementaire d'ailleurs belge qui avait interpellé le pouvoir, l'exécutif belge, en leur demandant de condamner les violences policières ici en France. Ces images de manifestants violemment réprimés, vous les avez vues ? Vous avez été de la même façon aussi choqués ?
Alors, là, on est sur un sujet qui est vraiment très particulier. Nous, notre ADN en tant que pompier, c'est sauver, aider et ne pas porter de jugement sur les personnes. Et c'est vrai que dans une manifestation, on voit différentes choses qui se passent. Et moi, dans ce cadre-là, je reste un peu sur cette ligne de conduite de dire, voilà, je ne suis pas apte à juger des situations, comment elles se sont déroulées, comment elles se sont passées. J'ai un regard qui est superficiel. Donc, voilà, je ne vais pas porter un jugement vraiment de valeur ou sur une nécessité à ce niveau-là.
D'accord, je vais respecter votre devoir de réserve.
La violence, c'est toujours quelque chose de triste et qu'on voit de façon lamentable en tant que pompier parce qu'on connaît les conséquences sur les gens. Les conséquences directes de la violence, c'est celle qu'on traite, qu'on soigne, sur laquelle on intervient. Donc, voilà, la violence, pour nous, reste quelque chose qui est peu tolérable.
Oui, d'ailleurs, Pierre Ruiz, on les a vus aussi, ces images, on va dire, d'affrontements, en tout cas de tensions entre des policiers et des pompiers. Moi, j'aimerais bien recueillir justement aussi votre regard sur la façon dont ce système, cet exécutif, vient réprimer ces manifestations.
Excusez-moi. Je vous en prie. On est face à deux forces de sécurité civile dans deux uniformes différents, mais on est quand même face à deux hommes, deux hommes avec un grand H, qui font leur métier. Comme dit Pierre, mon camarade, la violence, c'est quelque chose qui a du mal à s'expliquer. Néanmoins, moi, ce que je voudrais attirer l'attention, c'est que cette violence-là, c'est que le début de la violence de la rue. Pourquoi ? Parce que, comme Pierre, comme les pompiers belges, comme les pompiers français, tout ce système qui est en train de se mettre en place petit à petit, les retraites, le panier commun qui augmente, l'augmentation des prix, ça crée une vraie détresse.
Comme les pompiers belges, nous, au quotidien, on le vit, ça. Pourquoi ? Parce qu'on intervient dans des zones qui sont plus ou moins difficiles. Peu importe milieu social, il y a toujours quasiment les mêmes problèmes. Et on sent cette grande, cette violence qui est là. Et donc, en fin de compte, on cristallise peut-être une corporation, les forces de l'ordre, les pompiers. C'est vrai que c'est très marquant, parce qu'on est, rappelez-vous, on travaille ensemble. C'est-à-dire qu'ils nous sécurisent, et nous les sécurisons. C'est vraiment, on est des frères d'armes. C'est peut-être difficile à entendre, mais on est des frères d'armes.
Mais ce qu'on voit là, c'est peut-être les dernières barrières avant que ça saute et que le système s'enchaîne. Donc c'est vraiment ça. Nos camarades, quand ils font acte de violence, nous, quand on va au contact, c'est pour prévenir et dire, attention, aujourd'hui, on est deux corporations qui se respectons. L'histoire a parlé. La commune de Paris, il arrive un moment, quelques officiers, quelques corporations se sont rebellés contre le système. Il est temps que nos institutions comprennent vraiment fortement qu'il y a une vraie détresse sociale.
Et ce n'est pas en augmentant l'âge de la retraite, puisqu'on a des techniciens, des gens qui ont des compétences qui nous disent qu'on peut faire autrement. Donc il est vrai qu'il est temps qu'ils nous écoutent. Et je rejoins la discrétion de Pierre de ce fait de se dire d'avoir ce devoir de réserve.
Alors Lisa Lap, notre reporter, qui était à l'arc de triomphe, nous a fait savoir que les pompiers belges protestaient contre la paupérisation du peuple européen. Est-ce que c'est également une de vos préoccupations, Pierre Adams ?
Alors c'est une vraie préoccupation au niveau humain. De base, les pompiers, on est quand même très impliqués dans la vie de la société. Et puis, il y a de façon plus égocentrique, peut-être plus égoïste, c'est aussi une préoccupation parce qu'on a un peu les pansements de la misère sociale. Donc quand des situations s'installent, ça augmente clairement. les besoins en termes d'intervention et on a l'impression qu'on n'est pas forcément le bon interlocuteur pour solutionner les problèmes des gens et on n'intervient que dans des situations qui sont déjà détériorées. Donc on a une conscience assez aiguë de la détérioration vraiment de la société.
Alors on a le sentiment que la mobilisation prend une dimension internationale et ça nous fait penser à un vibrant discours de Muriel Morland. C'était au Congrès de la CGT. On écoute.
Il y a aussi une dimension internationale à notre mouvement. D'abord parce que partout dans le monde les travailleurs nous regardent mais aussi parce que l'Angleterre est au bord de la grève générale et ensuite parce que ce lundi a commencé une grande grève dans les transports en Allemagne. Nous devons aller vers une action commune avec les travailleurs de ces pays. Si nos grèves prennent un caractère international construit, voilà qui devra affoler les classes dirigeantes et les gouvernements et donc nous renforcer. Est-ce que c'est un appel
que vous avez entendu et qui vous a décidé à un engagement commun ?
On a entendu bien entendu ces paroles puisque le réseau de camarades camarades de lutte et non pas camarades par rapport à une étiquette syndicale ou politique, bien entendu, ça fait un certain temps qu'on essaye de faire fédérer les gens autour d'un mouvement. Ça me fait penser encore une fois à l'histoire. Il est vrai que aujourd'hui, chaque mouvement qu'on veut mettre en place, chaque déplacement, on essaie de le faire fédérer avec d'autres corporations, d'autres pays. Et je pense que ce premier pas aujourd'hui avec les pompiers belges, demain certainement avec les pompiers anglais, il est temps.
Il était vraiment temps que le gouvernement écoute et peut-être que l'Europe prenne conscience que le peuple européen n'est pas juste là pour enrichir peut-être quelques multinationales.
Et vous, Pierre Adams, est-ce que vous avez le sentiment, peut-être conscience que vous êtes en train d'ouvrir la voie à une action transfrontalière transfrontalière ?
Alors, on n'est pas parti avec une ambition parce qu'on ne parle de rien. Mais quelque part, il y a intuitivement, il y a quelque chose qui nous fait ressentir que c'est important de passer par cette solidarité, par ce partage, que l'Europe, c'est une entité qui est essentiellement économique avec des dysfonctionnements qui sont perceptibles et analysés et que, quelque part, construire l'Europe sociale, c'est peut-être les gens eux-mêmes qui vont le faire et faire des mises en place et donner effectivement un message d'internationalisme de dire, oui, on parle de l'Europe, mais on va lui donner une autre valeur que celle dans laquelle elle se trouve.
En tout cas, notre collègue et camarade, Jemille Sangli était aujourd'hui à la raffinerie d'Anvers en Belgique qui était en grève en soutien à la mobilisation française. Il y a quand même quelque chose qui se prépare, un reportage à venir, mais on a réussi à voler quelques images à Jemille. Regarde.
Alors, qu'est-ce qui se passe ce matin ici ? Nous sommes en action. Nous sommes en action de solidarité parce que la direction de Total Energy en Belgique a annoncé assez fièrement qu'elle livrait en carburant la France suite aux actions menées par nos camarades français. Et donc, la direction de Total Energy en Belgique se profile clairement comme étant des briseurs de grève et ça, ça ne passe pas chez nous. Et donc, vous disiez tout à l'heure, on vous entendait dire que vous, non, vous n'êtes pas là, vous n'êtes pas des briseurs de grève, vous êtes des créateurs de solidarité. Est-ce que c'est bien ça que vous disiez ? Oui, nous sommes des faiseurs de solidarité.
En fait, Total Energy prouve que le capitalisme ne connaît pas de frontières et nous, aujourd'hui, nous prouvons que la solidarité ne connaît pas de frontières. On a des camarades français qui sont en action parce qu'on veut prolonger leur carrière. Ça nous touche aussi directement et nous, nous sommes en action pour venir en aide avec eux et il ne peut pas y avoir du carburant de Belgique qui aille en France. Et vous faites ça un peu aussi en risque de pénurie de votre propre région, de votre propre pays et comment ça peut, comment les autorités réagissent à cela ? Aujourd'hui, en tout cas, ça, ce n'est pas mon premier souci.
Aujourd'hui, c'est une réaction spontanée parce que nous devons exprimer une solidarité directe par rapport aux camarades français. Comment réagiront le politique, les employeurs, etc. Je ne sais pas. Moi, je connais la réaction syndicale et c'est une réaction de solidarité parce qu'on a voulu briser la grève qui est tout à fait légitime de nos camarades en France.
C'est beau, c'est fort. On rappelle que le secteur de l'énergie est quand même un secteur stratégique dans le cas de cette mobilisation. Solidarité, c'est vraiment, c'est cette valeur qui ressort de ce qu'on vient d'entendre également, de vos discours. voulaient peut-être réagir à ce que vient de dire ce monsieur au micro de Jemil.
On voit que il y a quand même intuitivement, les gens sentent qu'il y a une nécessité et ça s'exprime un peu partout sans concertation. Et donc, ça donne une forme de spontanéité qui est rassurante quand même de se dire ok, les gens se sentent impliqués dans le devenir les uns des autres. C'est une réalité et il va falloir clairement au niveau du monde politique qu'il y ait une prise en compte de ça. Il y a eu quand même toujours une volonté de compartimenter les choses. Chacun dans son petit secteur essaye de se débrouiller en petit nombre. Je pense qu'on doit revenir vers quelque chose qui est beaucoup plus unifié au niveau des travailleurs et sur un message de solidarité. Pierre-Luc ?
Absolument, je rejoins les propos de mon camarade. Il est temps qu'on se mette tous ensemble que l'on soit français, espagnol, allemand. On a tous des chaînes financières si je peux prendre ces termes-là. Donc, il faut alimenter la famille, remplir le frigidaire, payer les traites de nos appartements. La vraie question, c'est la vraie question. La vraie affirmation, c'est qu'aujourd'hui, on sent vraiment, mais vraiment, qu'il y a ce mouvement qui est en train de naître et tout à fait de façon naturelle. On sait toujours que le politique a quelques temps de retard.
Donc, peut-être que ce discours très, comment je dirais, un discours qui m'apporte beaucoup de bonheur, eh bien, en fin de compte, c'est peut-être simplement déjà l'écho de la rue qui est là. Et donc, cet écho, moi, j'invite vraiment aujourd'hui toutes les différentes corporations à se unir, à aller chercher les autres camarades des autres pays. Et aujourd'hui, ensemble, on peut faire bouger ce système voyer total énergie qui ne veut faire que du business, en fin de compte. Donc, peut-être qu'il est temps qu'ensemble, on remette de l'humanité dans ce pays.
Donc, il y a également ce rejet d'un système capitaliste libéral au-delà de la réforme des retraites.
On ne peut que constater les nuisances. Et c'est vrai que dans notre profession, on a cette particularité d'être un peu partout chez les gens, chez eux, dans leur intimité. on intervient régulièrement. Et donc, on a un statut d'observateur privilégié de ce qui se passe, mais en étant personnellement très impliqué dans ce qu'on constate aussi. Puisque l'intervention, c'est toujours être confronté à la misère de quelqu'un, c'est la partager d'une manière. Et donc, on a un regard direct dessus.
Et je pense qu'on fait partie des professions qui peuvent témoigner de ça et effectivement, qu'il y a une symbolique autour de notre métier qui fait que, quand on porte ce message, il a des chances d'être entendu.
Vous êtes un peu les porte-voix, on va dire, du peuple. En Belgique, c'est aussi peut-être le cas de la France, mais là, on est en train de parler de la Belgique. Vous disiez d'ailleurs au début de cette interview que les pompiers se mobilisent beaucoup, qu'il y a un mouvement qui se dessine pour notamment dénoncer les conditions de travail des pompiers. Est-ce que vous êtes soutenu justement par cette population ?
Alors, on conserve quand même un vrai capital sympathie au niveau de la population. Je pense que l'avantage aussi, c'est que quand on... Voilà, les gens sont confrontés à notre métier, ils savent quand même ce qu'on fait.
Quand on leur parle de le réussir, de leur venir en aide à un âge aussi avancé que ce qui est attendu, les gens se rendent parfaitement compte qu'on ne sera pas en mesure de leur apporter la même efficacité, la même rapidité dans le secours et que donc, la prolongation, par exemple, de nos carrières, c'est une nuisance pour nous puisqu'on a quand même des conditions particulières de maladies développées professionnelles, d'espérance de vie qui est considérablement réduite par rapport à la moyenne de la population.
Donc, en Belgique, on considère que c'est 7 ans de diminution d'espérance de vie, c'est conséquent et qu'en plus, on risque de se retrouver avec des pompiers qui ne sont pas en état de fournir le service dans l'urgence avec la performance avec laquelle ils le font maintenant. Donc, quelque part, il y a cette compréhension des gens qui disent oui, ce que vous demandez, il nous paraît cohérent parce qu'on a besoin de vous et on a besoin de vous efficace. Et donc, ça, ça permet effectivement une compréhension de nos revendications par tout le monde.
Et vous parlez de conditions de travail très difficiles, est-ce que vous pouvez les décrire et voir si, effectivement, c'est un peu les mêmes conditions que celles que connaissent les pompiers en France ?
Alors, nous, en Belgique, notre travail est mixte entre ce qui est aide médicale urgente, un peu comme ici d'ailleurs, et la partie incendie. Donc, clairement, au niveau de la partie ambulance, on a une charge de travail. Par exemple, à Bruxelles, on est passé en un peu plus de 10 ans de 60 000 interventions ambulances à plus de 100 000, avec le même effectif à peu près.
De combien à peu près cet effectif ?
À Bruxelles, on est un peu moins de 1 000 agents réellement opérationnels pour remplir les casernes. À côté de ça, il y a toute la partie incendie et secours technique où là, la sollicitation physique, les montées en puissance en régime 24 heures sur 24, l'exposition à la chaleur, aux toxiques, ça fait des dégâts importants au niveau santé. Donc, il y a une période pendant laquelle c'est tenable et puis il y a une période simplement où il y a un épuisement. Passé 55 ans, les risques cardiovasculaires commencent à flamber.
N'importe quel médecin généraliste peut l'expliquer et on a l'impression que c'est vu comme quelque chose de très théorique et qu'il n'y a aucun investissement au niveau du monde politique dans le fait de prendre ça en charge et de le gérer en mon père et en famille, pour le dire simplement.
Et cette mobilisation date de quand ? Est-ce que vous êtes entendu, vous, par les pouvoirs publics ?
Alors, jusqu'à présent, pas du tout. Donc, nous, on a eu des premières journées d'action à la fin du mois de janvier à Bruxelles. Le mouvement s'est étendu au mois de mars et devient maintenant vraiment national au niveau des pompiers et jusqu'à présent, on a au mieux une écoute polie de quelques minutes sans réponse et sans aucun suivi.
D'accord. Un peu ce qu'Elisabeth Borne a fait à Matignon hier avec les syndicats.
Claire Ruiz. Je vous permettez, vous voyez, c'est vraiment ce parallèle que nous avons. C'est qu'aujourd'hui, nous avons les mêmes contraintes et peut-être qu'une simple question, est-ce que vous avez vu une seule fois une publicité en disant devenez sapeur-pompier professionnel ? Je pense que vous n'en voyez jamais. Devenez militaire, devenez gendarme, devenez gardien de prison, mais ne devenez pas sapeur-pompier. Pourquoi ? Parce qu'en fin de compte, c'est vraiment une politique nationale de sécurité civile de faire une politique de sécurité civile à moindre coût.
Donc aujourd'hui, le problème qu'on a, nous, sapeurs-pompiers, en France, c'est qu'on essaie de recruter des jeunes, mais ils ne viennent pas parce qu'ils ne connaissent pas le métier. Ils ne connaissent pas le métier parce qu'on ne communique pas dessus. On a un fonctionnement qui nous dit l'État, c'est les départements qui doivent gérer, les départements nous disent c'est à l'État de communiquer. Et aujourd'hui, on se retrouve sans jeunes qui veulent être sapeurs-pompiers parce que le métier de pompier n'existe pas simplement dans une démarche d'économie basée sur des pompiers volontaires qui sont donc payés, pardon, indemnisés.
C'est mieux parce qu'on n'a pas le droit de dire payés sinon c'est des travailleurs. Donc ils sont indemnisés. C'est quand même génial d'avoir un pays qui embauche des fonctionnaires au black, si je peux fondre ce terme-là parce qu'ils sont déchargés d'impôts. C'est sans critiquer nos camarades volontaires qui sont vraiment engagés dans le combat comme nous. Mais c'est vraiment une vraie démarche de politique en fin de compte. L'hôpital se casse les figures, les médecins se cassent les figures et quelle est la dernière bouée comme Pierre et moi ? C'est les sapeurs-pompiers. On appelle les sapeurs-pompiers parce que j'ai mal aux dents.
On appelle les sapeurs-pompiers parce qu'il y a une crise familiale, une engueulade de famille tout simplement parce que les équipes de psychologues d'avant ne sont plus sur le terrain donc qui sait qu'on envoie les sapeurs-pompiers. Donc on est vraiment face à cette détresse sociale. Il y a ce manque étatique puisqu'on est un métier de passion. Les gars iront toujours au travail. Ils iront toujours. Voilà. Le Bipson. C'est un point important parce que je pense qu'on est en partie dans les protestations qu'on formule. On est un peu victime de notre idéalisme dans le sens où ici pour la première fois il y a eu réellement des actions de grève à Bruxelles.
Le corps des pompiers de Bruxelles lié vraiment à cette agglomération existe depuis 50 ans. Les pompiers avaient tout refusé quel que soit le manque d'effectifs, quelle que soit la situation, les heures accumulées de se mettre en grève parce qu'ils estiment que ça n'est pas dans leur droit. Et là effectivement il y a des actions de grève. Les pompiers ont travaillé sur réquisition. C'est quelque chose qui est totalement neuf et qui laisse voir quand même que la situation arrive à une limite. Pour en arriver là avec des gens qui ont toujours refusé de le faire, il y a vraiment une gravité.
Donc ce n'était pas dans la culture de ce corps de métier de se mettre en grève. Vous êtes vraiment à bout de souffle. Donc finalement il y a vraiment les pompiers en Belgique comme en France en tout cas protestent contre la réforme des retraites mais contre le démantèlement donc ce que vous disiez des services publics. On va parler de l'avenir. Je vous ai quand même beaucoup retenu donc je respecte quand même votre temps. On va parler des actions. Quelles sont celles que vous envisagez pour la suite ? Ça ne peut pas s'arrêter là.
Ça ne peut pas s'arrêter là. Il est clair qu'un partenariat va certainement se mettre en place, se met déjà en place. Mais comme on a vu nos camarades belges bloquer des dépôts, peut-être que demain les sapeurs-pompiers français iront soutenir les éboueurs. Peut-être que demain les éboueurs et les sapeurs-pompiers iront soutenir les gars des centrales électriques. Voilà. Et on est vraiment dans une marche en avant d'une corporation qui se met ensemble, le peuple qui se met ensemble en disant écoutez-nous.
Pierre Adams.
Je pense que c'était un très beau mot de la fin. Très bien.
Merci infiniment à tous les deux. Pierre Adams et Pierre Ruiz, tous les deux pompiers en France et en Belgique. Merci.