La grande interview de Laurence Ferrari avec Jean-Pierre Farandou
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Europe 1. La grande interview Europe 1 C News, Laurence Ferrari. Et notre invité ce matin dans la grande interview C News et Europe 1, c'est Jean-Pierre Farandou. Bonjour à vous, ministre du Travail et des Solidarités. On va évoquer évidemment l'impact de la crise énergétique sur le marché du travail dans notre pays. Un mot d'abord de la crise des carburants, évidemment, il flambe, chacun le sait. Est-ce qu'on va vers une crise de l'approvisionnement en France, Jean-Pierre Farandou ?
Vous savez, pour le moment, on n'a pas de crise d'approvisionnement parce qu'on est moins exposé au pétrole venant du Golfe et au gaz de la même manière.
Et comment on explique les pénuries dans une station sur cinq aujourd'hui ?
Les pénuries s'expliquent aussi pas mal par un comportement de précaution. On voit bien que les gens, et c'est normal, veulent être sûrs d'avoir le plein, donc ils se précipitent pour faire le plein. Et aussi, on sait qu'il y a des marques de distributeurs qui ont des prix peut-être un peu plus bas et c'est particulièrement ces stations-là qui sont encombrées. Mais je le redis très clairement, au moment où on se parle, il n'y a pas de problème d'approvisionnement ni en carburant ni en gaz dans notre pays.
Mais vous avez parcouru la France peut-être récemment, vous avez vu les files d'attente devant certaines stations, vous avez vu qu'il y a des endroits où il n'y a plus de carburant, tel ou tel carburant. Donc, on ne peut pas dire qu'il n'y a pas de crise.
Non, mais ce qu'on voit, c'est le comportement des gens. Vous savez, dès qu'il y a l'idée peut-être qu'il y aurait un problème, les gens se précipitent. C'est pareil, il y avait des bouteilles d'eau dans les supermarchés. Donc, c'est beaucoup les comportements qui peuvent expliquer les queues qu'on peut voir dans des stations-services. Mais je le redis de manière globale et de manière quantitative, on a ce qu'il faut.
Mais c'est peut-être aussi un problème des approximations du gouvernement qui nous a dit, mais non, il n'y aura pas de crise, et puis ça va augmenter un tout petit peu. Ah bah finalement, ça augmente beaucoup. Ah bah finalement, oui, il y a un problème. En fait, il y a des vérités successives qui font qu'évidemment, les Français sont inquiets.
Non, mais la crise, elle est suivie de tous les jours. Vous savez, il y a une cellule de crise qui est au ministère de l'Économie. Le ministère du Travail en fait partie aussi pour voir les conséquences sur l'emploi des entreprises. Donc, c'est un peu au jour le jour. On voit bien que les déclarations ou les actes posés par le président Trump ou par d'autres acteurs changent la situation quasiment de manière quotidienne. Donc, il n'est pas normal que le gouvernement s'adapte. On ne connaît pas la durée, on ne connaît pas les modalités, on ne connaît pas les blocages. Voilà, tout ça demande un pilotage au quotidien et des décisions au quotidien.
C'est ce qui se passe et c'est comme ça que le gouvernement gère cette crise.
Madame Binek, vous connaissez bien la CGT, demande un prix maximum à la pompe de 1,70€. Il y aura une inflexion dans cette direction ou pas, selon le gouvernement ?
On fait très attention aussi aux finances publiques. Vous savez qu'on est très endettés, on essaie de réduire le déficit pour notre pays, pour les Français, pour les protéger. Sinon, les taux d'intérêt qu'on verse aux gens qui nous prêtent de l'argent vont finir par être le premier poste budgétaire de l'État. Donc, il faut être sérieux. Non, on a une approche ciblée. On a commencé par les secteurs directement touchés, dont les transports, bien évidemment, la pêche et les agriculteurs. On est en train de regarder aussi ce qu'on pourrait faire pour les infirmières libérales, par exemple, et les gros rouleurs. Donc là, il y a des mesures d'aide, des mesures de trésorerie, des prêts.
Moi aussi, de mon côté, côté ministère du Travail, de chômage partiel pour les entreprises les plus touchées. Donc, on accompagne les entreprises les plus touchées. Et quand on traite les entreprises, on traite aussi les salariés, bien évidemment, qui travaillent dans ces entreprises.
Mais le chômage partiel, c'est ce que vous proposez, le télétravail. Encore une fois, ce n'est pas des cotères sur une jambe de bois. On ne peut pas encourager l'activité économique, plutôt que de dire, allez-y, utilisez le chômage partiel.
Alors si, bien sûr, on encourage l'activité économique. Je le fais d'ailleurs pour des secteurs très importants en France, comme le secteur de l'armement. Vous savez que j'ai demandé à France Travail de renforcer son équipe, de faire une taxe force qui est dirigée par une générale pour apporter les dizaines de milliers de salariés nécessaires au secteur de l'armement. Je vais prendre exactement la même décision pour le nucléaire et pour l'énergie, où là, c'est plus de 500 000 postes dont on aura besoin dans les années qui viennent.
Renforcement aussi avec une force stratégique qui va aider France Travail à recruter les centaines de milliers de salariés qui sont nécessaires au secteur du nucléaire et de la transition écologique.
On s'adresse aux jeunes, là, ou aux gens qui sont déjà formés sur ces métiers de la défense ?
Oui, j'ai fait un appel aux jeunes. Parfois, les jeunes ne savent pas trop quoi faire. Orientez-vous vers ces métiers. C'est des beaux métiers. C'est des métiers très variés. Il y a des ingénieurs, bien sûr, mais il y a aussi des chaudronniers, des métiers techniques. J'ai visité l'entreprise Dassault la semaine dernière à Sergy. C'est tout à fait passionnant. En plus, ça a beaucoup de sens parce que c'est la souveraineté du pays. C'est la défense du pays. Et pour le nucléaire, c'est pareil, d'ailleurs, aussi. Ça, c'est l'énergie, les soins énergétiques. Et vous savez qu'il y a une programmation pluriannuelle de l'énergie. On veut faire la part belle à l'électricité.
On a la chance, en France, d'avoir l'énergie nucléaire, l'énergie renouvelable. Ce sont de très, très beaux métiers pour les jeunes, mais pas que pour les jeunes aussi. Les seniors, les hommes, les femmes. Les femmes aussi peuvent aller sur ces sujets-là. Les travailleurs en situation de handicap, venez dans les secteurs de la défense, venez dans le secteur du nucléaire. Il y a de formidables métiers pour vous.
Jean-Pierre Farandou, vous êtes ministre du Travail. Est-ce que ça veut dire qu'on est en train de se rapprocher d'une économie de guerre ?
Je pense que l'économie française, elle s'adapte à la situation. C'est à la fois une décision de souveraineté. Il faut être souverain dans l'énergie nucléaire et transition écologique. Il faut être souverain d'un point de vue militaire. Et c'est comme ça qu'on est respecté dans le monde. Donc oui, industrie de l'armement. On peut aussi parler de l'aéronautique. On a la chance avec Airbus d'avoir un des deux grands fabricants d'avions dans le monde. Oui, c'est une forme d'industrie qui doit s'adapter à la situation et qui doit renforcer la souveraineté de notre pays.
Mais économie de guerre, c'est un sens très précis. Est-ce qu'on va passer vers une économie de guerre ou pas ?
En ce moment, ce qu'on demande, bien sûr, aux industriels, c'est de se renforcer. D'être capable de produire davantage. Il est clair que tout ce qui est munitions en particulier, il faut que les cadences de production se renforcent pour permettre aux armées de disposer des moyens dont on a besoin. Vous savez, pour être respecté, les leçons de l'Ukraine, les leçons de l'Iran, c'est qu'il faut être fort au plan militaire. Sinon, vous n'êtes pas respecté. Deuxièmement, il faut faire les bons choix énergétiques et pas trop dépendre des autres. Et c'est ce que nous avons fait. Et enfin, il faut des alliés. On voit bien que le président de la République cherche à...
Si vous ne voulez pas être le vassal des Etats-Unis et de la Chine, il faut trouver d'autres pays. Le Japon, l'Inde, le Canada, une Europe forte. Il y a aussi des grandes décisions stratégiques qui sont prises pour rester souverain. Le mot souveraineté, il est majeur. Et moi, je veux que mon pays soit fort au sein d'une Europe puissance.
Jean-Pierre Farrandou, vous avez annoncé ces mesures de chômage partiel pour les entreprises. Vous avez déjà un retour. Vous savez combien d'entreprises les ont utilisées ? Dans quelles mesures ou pas ?
Oui, pour le moment, il n'y a pas un afflux de demandes. Pourtant, tous les services du ministère du Travail sont prévenus. On a une trentaine d'entreprises pour le moment. Ça veut dire que l'activité n'est pas encore touchée. Le coût du programmeur a joué sur les prix et sur les coûts. Mais l'activité, pour le moment, ne s'est pas affaissée. Peut-être qu'un secteur qui a souffert et que nous avons aidé tout de suite, c'est le secteur du voyage. On a pas mal de gens qui annulent leur voyage. Donc, on sait que le secteur du tourisme et du voyage est touché. Donc, nous avons décidé de les aider.
Il y a aussi une annonce vendredi de près à 3,8% pour les TPE et PME. Ça veut dire que vous incitez les entreprises à emprunter pour qu'elles payent leurs charges courantes, c'est ça ?
On donne des facilités de crédit. Vous savez, il peut y avoir des soucis de trésorerie. Donc, moi, par exemple, au ministère du Travail, j'ai accepté que les entreprises versent plus tard toutes les cotisations sociales. On le décale dans le temps. On décale, voilà. On décale. Voilà, il y a déjà eu des prêts de la BPI. Il y a d'autres prêts qui arrivent. Voilà, c'est aider les entreprises dans la trésorerie qui est un peu chamboulée par la situation que nous connaissons.
Un mot de la croissance, évidemment, qui est en baisse. Une inflation qui pourrait augmenter aussi et atteindre les 2%. Là encore, ça aura un impact sur l'emploi, sur le chômage, selon vous ?
Oui, alors, on est très attentif. Pour le moment, les impacts à court terme ne sont pas encore trop durs puisqu'on a une prévision de croissance qui est passée de 1,9% à 0,9%. Donc, ce n'est pas un drame. Côté inflation, oui, il y a une petite poussée. Elle pourrait toucher les 2%. Les 2%, c'est important parce que si on touche le cap des 2%, le SMIC sera indexé. Donc, ça, pour le coup, de ce côté-là, les mécanismes d'indexation joueront et donc de protection des salariés qui ont des salaires modestes. Voilà, donc, on suit Versailles attentivement. Les 2 facteurs importants, c'est la durée de conflit et le coût du baril du pétrole.
Ce qu'on ne maîtrise évidemment pas ni l'un ni l'autre.
Exactement.
Le projet de loi anti-fraude est présenté à l'Assemblée nationale. Vous allez le défendre cet après-midi à l'Assemblée. Il s'agit de renforcer les contrôles effectués par France Travail pour durcir les sanctions. D'abord, combien d'argent comptez-vous faire rentrer dans les caisses de l'État, Jean-Pierre Farandou ?
Oui, la fraude sociale dans notre pays est évaluée à 13 milliards d'euros. Donc, c'est quand même très important. Et frauder, c'est voler l'argent des Français. Voilà, c'est voler l'argent de la sécurité sociale. Donc, c'est très important qu'on s'attaque plus fort à la fraude. Et cet après-midi, d'ailleurs, les députés auront un choix à faire. Quel message est-ce qu'ils envoient ? Est-ce qu'ils envoient un message pour renforcer la lutte contre la fraude et pour protéger les Français honnêtes et les entreprises nombreuses qui règlent leur charge sociale ? On laisse faire. Moi, je ne veux pas laisser faire. Je veux m'attaquer à la fraude. Et quelle fraude ?
Notamment la fraude au travail dissimulé dans les entreprises qui ne font pas leur cotisation. On aura des instruments nouveaux. D'abord, on pourra croiser des bases de données pour mieux repérer les entreprises qui fraudent et être plus efficaces en matière de contrôle. Et deuxièmement, aussi, on a une capacité de flagrance et qu'on bloque les comptes dès qu'on suspecte une entreprise de frauder. Ce qui fait qu'on peut mieux récupérer l'argent. Parce qu'à la fin, on veut récupérer l'argent pour la sécurité sociale. On a aussi une fraude à la formation. Vous savez qu'on a mis beaucoup d'argent, par exemple, dans l'apprentissage. 15 milliards d'euros.
Vous avez des margoulins qui arrivent et qui trichent. Donc, à la fois, ils font des formations de mauvaise qualité. Donc, ils pénalisent l'argent public et ils pénalisent les jeunes. Les jeunes se retrouvent avec des formations au rabais. Ils ne peuvent pas se retrouver du travail avec. Et donc, on sera très ferme. Et on a commencé déjà à fermer des centres de formation, d'apprentissage qui sont frauduleux.
Un mot sur les entreprises. Procédure de flagrance, donc, pour saisir à titre conservatoire les actifs. C'est-à-dire que vous tuez une entreprise, en fait.
Non, on ne tue pas en bloc. C'est con, après on regarde. Mais vous savez, cette entreprise, elle est frauduleuse. Elle n'a pas déclaré les salariés. Elle a triché. Elle a fait une concurrence déloyale avec les nombreuses entreprises qui, elles, respectent les règles. Je crois qu'il faut être ferme. Les Français nous demandent ça. Les Français sont prêts à payer les impôts. Les Français sont prêts à payer les charges sociales. Dans la mesure où le gouvernement fait preuve d'une grande fermeté avec les fraudeurs. Je leur dis, cet après-midi, rendez-vous à l'Assemblée nationale.
Il faut voter pour le fait de renforcer les moyens pour que le gouvernement soit encore plus efficace pour les honnêtes gens, pour les entreprises qui payent leurs charges pour s'attaquer aux fraudeurs.
Et pour les fraudeurs, alors les particuliers, est-ce qu'il s'agit d'un flicage des précaires, comme le dit la gauche, qui estime que cette suspension à titre conservatoire des allocations en chômage est inique ?
Non, pas du tout. On a rappelé, j'ai rappelé plusieurs fois au Parlement, qu'on conservait le droit à l'erreur, par exemple. On pouvait être bienveillant aussi pour certaines négligences. Par contre, quand la fraude est répétée, intentionnelle et caractérisée, et qu'on a par exemple en main les preuves qu'une personne abuse du système et touche des aides auxquelles elle n'a pas droit, on se donne la capacité de suspendre le versement de ces aides dont on est sûr qu'elles sont injustifiées. Le recours est toujours possible, le contradictoire est toujours là. Voilà, c'est du bon sens. Pourquoi payer une aide quand on sait qu'elle est injustifiée ?
Je crois que les Français ne le comprendraient pas et au contraire, les Français nous demandent de faire preuve de plus de fermeté et de logique dans la manière dont nous luttons contre les fraudeurs.
Jean-Pierre Farandou, est-ce que vous maintenez un montant minimal quand même d'allocations pour ceux qui sont fraudeurs ou pas du tout ?
Oui. C'est zéro ? Non, non, ça a été un amendement. D'ailleurs, on a accepté un amendement qui venait de la gauche, je crois, du Parti Socialiste qui nous a demandé et c'était logique qu'il y ait un minimum qui puisse rester, une espèce de minimum pour vivre et donc c'est à peu près du montant du RSA en gros qui sera maintenu quoi qu'il arrive. Donc au fond, on a su aussi écouter des amendements qui étaient proposés notamment par la gauche.
Sur tout ce plan, combien fait rentrer dans les comptes de l'État ? Combien d'argent ça va rapporter ?
On espère rattraper très vite un milliard et demi d'euros. C'est quand même considérable. Au moment où on a besoin d'argent, on s'est dit, à la fois pour la sécurité sociale mais peut-être aussi pour aider les entreprises et les Français. Et moi, j'ai bon espoir qu'après que dans la durée, au fond, la fraude se réduise parce que par dissuasion, c'est-à-dire si la lutte contre la fraude est très lourde et très efficace, les entreprises se rendront compte que ça ne vaut pas la peine de frauder. C'est une manière de récupérer en tapant les fraudeurs et en les incitant à ne plus frauder.
Bien sûr. Alors, la fraude sociale, c'est 13 milliards d'euros environ chaque année. Il y a tout le volet fraude fiscale qui est un peu moins dans votre dossier mais c'est 80 à 100 milliards d'euros. Et là, la gauche dit mais il n'y a presque rien sur la fraude fiscale. Tout est sur la fraude sociale donc sur les petites gens.
Non, la fraude fiscale, bien sûr, c'est important. Il faut s'attaquer à la fraude fiscale, bien évidemment. D'abord, beaucoup a été fait déjà dans la fraude fiscale. Il y a des organismes puissants qui existent. Donc, c'est un complément sur la fraude fiscale. On était peut-être un peu en retard sur la fraude sociale. On est en train de rattraper ce retard et fraude fiscale et fraude sociale sont au programme de cette loi. Je le dis aux députés, votez pour cette loi. C'est une bonne loi qui nous permettra d'être beaucoup plus efficace.
Je le redis, c'est une notion de justice, justice sociale par rapport aux Français qui ne fraudent pas, justice sociale par rapport aux entreprises qui jouent le jeu.
Ça fait trop faible que vous nous dites ça depuis le début de l'interview. Ça veut dire que vous n'êtes pas sûr que ça sera voté. On est d'accord. Il y a pas mal d'oppositions qui sont contre votre texte.
J'ai bon espoir quand même. Je pense que les débats parlementaires, vous savez, on a regardé quasiment 800 amendements. Je crois qu'il y en a 200 qui ont été retenus. On a même eu des amendements qui ont été votés à l'unanimité, notamment un amendement qui permet de remonter aux établissements de tête de pont des plateformes asiatiques qui trichent ou incitent leurs sous-traitants français à tricher. Donc, cet amendement a été voté à l'unanimité. Donc, j'ai bon espoir mais je veux donner le sens profond de ce vote. Il faut voter pour le fait de renforcer les moyens de mieux lutter contre la fraude.
Il y a aussi une volonté de s'attaquer aux inflations d'arrêt maladie en interdisant les prescriptions par télé médecine. Tout ça, ça va dans le même sens. C'est économiser et éviter les fraudes ?
Oui. Alors, sur les arrêts maladie, il y a d'abord quelque chose qui désorganise les entreprises. Quand les gens s'arrêtent au dernier moment, les entreprises sont désorganisées. Ça leur pose des problèmes. Deuxièmement aussi, je pense que la bonne idée, c'est de bien sûr soigner les gens quand ils sont malades mais essayer de les ramener le plus vite possible au travail. D'abord pour eux-mêmes. Si vous restez trop longtemps sans travailler, ce n'est pas facile de revenir. Bon, voilà, c'est important et puis pour l'activité économique et puis enfin, c'est le troisième sujet. C'est ce qu'on a vu pour la fraude. Oui, il y a quand même des gens qui abusent et qui fraudent.
Il faut les repérer, il faut les sanctionner.
Il faut leur taper dessus.
Ben oui, c'est parfois le seul moyen d'arriver à faire cesser des mauvais comportements.
Jean-Pierre Farandou, vous êtes ministre du Travail. Il y a aussi les ruptures conventionnelles. Le Sénat a donné son feu vert à la diminution de la durée d'indemnisation des bénéficiaires de cette rupture conventionnelle passant de 15 mois maximum au lieu de 18 actuellement. Pourquoi cet accord ? Là encore, il y avait des dérives constatées ?
Évidemment, c'est un bon accord. C'est un accord qui a été signé par les partenaires sociaux. Trois organisations patronales, les trois, et trois organisations syndicales dont la CFDT. La CFDT d'ailleurs qui a pris la parole ce week-end en disant c'est une bonne loi, c'est un équilibre. Les partenaires sociaux ont trouvé un équilibre. Il faut que la loi valide complètement cet équilibre. Parce qu'au fond, les ruptures conventionnelles, ça représentait plus du quart du coût de l'assurance chômage. Donc, c'est devenu quand même un petit problème économique. Et quand on regarde de près, il y avait là aussi un mauvais usage.
Ça devenait une alternative aux démissions d'un côté ou au licenciement de l'autre. Bon, ce n'est pas possible. Là aussi, il fallait agir. Et les partenaires sociaux, on leur a demandé de travailler comme dit le gouvernement, ils ont pris leurs responsabilités. Vous savez qu'ils sont les gestionnaires paritaires de l'assurance chômage. Ils ont décidé, la mesure phare, la mesure principale, c'est de réduire la durée maximale du chômage pour les gens qui sortent du rupture conventionnelle de 18 mois à 15 mois. On peut aussi rajouter quelque chose de très positif dans l'accord.
C'est le renforcement de l'accompagnement notamment des salariés seniors qui ont aussi le droit à la reconversion à 50 ans, 52 ans. Et on est prêt à les accompagner par France Travail pour leur donner une nouvelle perspective professionnelle.
On est seniors à 50 ans aujourd'hui en France ?
Moi, je ne trouve pas. On n'est jamais seniors. Alors, c'est dans la tête. Vous connaissez mon âge. Et pourtant,
le marché du travail pour les plus de 50 ans est compliqué.
Oui, mais il faut se battre là-dessus. Franchement, on en a besoin. On a besoin que les gens de plus de 50 ans, de 55 ans restent au travail. D'abord, ils le souhaitent eux-mêmes. On n'est pas fini à 55 ans. Ça ne veut rien dire. Bien au contraire, on a 10 ans de travail potentiel devant soi. Ça peut passer par des reconversions. Et je le redis, France Travail a des instruments qui permettent aux gens de redéfinir un nouveau projet professionnel.
Jean-Pierre Farandou, le 1er mai s'approche doucement. Il y a 73,7% des Français, selon un sondage commandé par la CPME, qui voudraient avoir le droit de travailler ce jour-là, le droit de travailler le 1er mai. Gabriel Attal lui-même va lancer une proposition de loi pour que les boulangers puissent travailler. Il dit en France le 1er mai, un McDonald's peut travailler, mais pas une boulangerie ou un fleuriste. Il faut juste que nos boulangers, nos fleuristes puissent ouvrir pour qu'ils puissent bosser tout simplement. Vous êtes d'accord avec lui ? Vous allez signer sa pétition ?
Mon travail n'est pas si des pétitions. Mon travail, c'est de soutenir des lois quand elles passent au Parlement. Oui, alors que ce soit clair, on sait bien que le 1er mai, c'est un symbole. En tant que ministre du Travail, je suis bien sûr très attaché au symbole de la fête du travail. Donc, ce n'est pas ça qu'on veut ajuster. Non, c'est juste une pratique installée depuis des décennies. Les boulangers sont ouverts le 1er mai. Les fleuristes avec la vente du muguet sont aussi ouverts le 1er mai. Or, notre code du travail, il a un petit trou dans la raquette. Voilà, il faut qu'on le complète.
Et je sais que donc, Ensemble pour la République, le parti dirigé par Gabriel Attal va présenter une proposition de loi qui va permettre de régulariser cette situation. Je serais bien sûr favorable.
Mais vous vous dites ce 1er mai, on ne veut pas y toucher, mais c'est encore un sens dans un pays où il y a 3500 milliards de dettes, où le taux de chômage est très haut, à 8%. Est-ce que ça a encore du sens de s'arrêter de travailler pour fêter le travail ?
Ah, c'est un débat, c'est un bon débat. Là, tu me le ministre du Travail, quand je ne suis pas insensible. C'est un symbole. Non, non, mais même c'est de la conviction, ce n'est même pas de passe mouillée. Oui, qu'il y ait un jour dans l'année où on célèbre le travail, où on célèbre les avancées sociales qui ont été permises par les organisations syndicales. Je crois qu'il faut respecter notre histoire. En 2026,
on a le temps encore de ça ? On a le temps de regarder ce qui s'est passé il y a 70 ans ?
Oui, ce sont nos racines. C'est notre ADN, c'est l'équilibre entre l'économique et le social. Moi, je l'ai toujours porté. Vous savez qu'à la SNCF, ça a été mon credo. Trouver ces équilibres-là, je pense que cette fête symbolise ça. Alors par contre, il faudrait que c'est une fête de concorde, une fête de rapprochement, une fête de réconciliation. Ça ne l'est pas, hein ? C'est plutôt ça le débat. Moi, je voudrais que ce soit une fête de réconciliation. Vous savez, il n'y a pas de travail sans les entreprises, donc c'est complètement inutile d'opposer l'un à l'autre. Le travail, il vient de l'emploi, l'emploi, il vient du développement des entreprises. Je porte ce continuum.
J'ai lancé, derrière, une conférence sur ce sujet-là, travail, emploi, retraite, tout ça, c'est un tout. Et je suis à la fois le ministre des employés, mais aussi des employeurs. Et tout ça, ça marche ensemble.
Vous venez du monde de l'entreprise, vous l'avez dit, vous avez été longtemps à la tête de la SNCF. Qu'est-ce qui vous a choqué le plus quand vous êtes arrivé dans ce monde politique, quand vous avez vu l'Assemblée, le chaos généralisé de l'Assemblée nationale ?
Oui, alors les méthodes sont un peu particulières. C'est vrai que l'Assemblée, c'est spécial, c'est difficile de s'entendre, c'est difficile de s'écouter, c'est pas très bien d'ailleurs. Moi, je voudrais que les débats soient un peu plus sereins, parfois un peu plus respectueux. Parfois, il y a un peu plus vite aussi. On a parfois de l'obstruction dans la procédure parlementaire un peu inutile qui nous empêche de travailler. Ce qui m'a aussi surpris, c'est peut-être une vision insuffisante. Je pense qu'il faut se projeter vers l'avenir. Oui, on a des difficultés de court terme et c'est la responsabilité du gouvernement d'y faire face.
On a une nouvelle crise avec l'Iran, mais il faut aussi donner un cap à ce pays. C'est un beau pays, la France. C'est un pays qui a des atouts extraordinaires, des atouts industriels, des atouts culturels. Il faut absolument que notre pays retrouve un cap au sein de l'Europe. J'en suis convaincu parce que pour peser par rapport aux Chinois et aux Américains, ensemble, on sera plus fort. Mais voilà, je voudrais que la politique retrouve le sens du long terme, le sens de l'engagement, le sens de la vision.
On ne l'a pas. D'abord, l'échéance présidentielle est toute proche et votre cap, c'est quoi ? Vous dirigez à la semaine, au mois, au maximum ? C'est quoi votre vision ?
Vous savez, ce gouvernement souhaite d'être utile, j'espère, pour l'année qui vient. Il y a beaucoup de travail. J'ai déjà deux projets-lois qui sont à présenter. J'en ai d'autres qui arrivent. Il faut travailler sur l'emploi des jeunes, sur l'emploi des seniors. Il faut préparer des grands débats dans ce pays, peut-être autour du travail et des retraites, autour du financement de la sécurité sociale. Cette année de préparation, j'espère qu'elle servira à avoir une élection présidentielle de très haut niveau avec de vrais projets présentés par des candidats de grande valeur.
Notre pays en a besoin et si je peux modestement aider à ça au ministère du Travail, ça sera une bonne chose pour les Français. Et vous pensez que ce sera le cas ?
Est-ce que vous pensez qu'il y a des projets économiques valables qui sont proposés aujourd'hui par des candidats ou portés par des candidats ?
Il y a du travail, il faut qu'ils travaillent. C'est le ministre du Travail ? Il faut qu'ils se lancent. Il y a déjà des candidats qui veulent proposer des projets pour les retraites, par exemple. Je suis convaincu que les sujets sociaux seront au cœur. Les retraites d'un côté, financement de la sécurité sociale, c'est très important. C'est le pacte social entre les Français et la nation. Oui, j'espère que les candidats auront de belles propositions pour sécuriser la sécurité sociale. Elle a 80 ans. En l'état, elle ne tiendra pas peut-être 80 ans. Il faut la réformer en profondeur et j'espère que cette campagne présidentielle permettra ce débat et ces décisions démocratiques.
Merci Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, qui était notre invité ce matin sur CNews et sur Europe. Bonne journée à vous.
Merci Jean-Pierre Farandou. Merci Laurence Ferrari. Vous restez avec nous dans un instant et Nicolas Carreau, bien sûr, 8h33.
Jean-Pierre Farandou