Croissance, une forme olympique ? Marine Tondelier est l'invitée du 30 juillet 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez des 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Marine Tondelier qui s'installe sur notre plateau. Bonjour et bienvenue dans ces 4V olympiques, Marine Tondelier. Bonjour. On vient de découvrir les chiffres de la croissance pour le deuxième trimestre. C'est pas si mal, plus 0,3%. C'est mieux que ce qu'espérait l'INSEE. Il n'est pas si mauvais que ça, ce gouvernement, finalement ?
Je suis sûre qu'ils trouveront plein de régions de se réjouir toute la journée. Mais moi, vous savez, tant qu'il y aura 9 millions de pauvres dans ce pays, je me réjouirai de pas grand-chose. Et je trouve ça même triste qu'on trouve des régions de se réjouir quand cette croissance bénéficie à de moins en moins de monde en France.
Donc c'est un chiffre positif mais qui est mal utilisé ?
Un cache-misère.
C'est un cache-misère.
Mais la misère est encore là.
Qu'est-ce que vous dites à Bruno Le Maire qui prépare le budget de 2025, budget qui devrait être adopté cet automne, quel que soit le gouvernement en place ?
Je lui dis que j'aime pas trop qu'on prenne pour une andouille. Et je pense que les Français, c'est pareil. Il faut savoir quand même qu'Emmanuel Macron nous explique là qu'il peut pas nommer de nouveaux gouvernements parce que c'est les Jeux olympiques. C'est pas le moment en Brésie. Une question à lui poser. S'il pouvait pas nommer de nouveaux gouvernements cet été, ok. Mais pourquoi a-t-il demandé une dissolution ? Est-ce que c'était pour nous occuper au mois de juin ? Parce que j'imagine qu'il savait qu'il avait décidé de pas nommer de gouvernement cet été. Et donc il nous a fait perdre beaucoup de temps. Il nous a quand même mobilisé des semaines.
Les Français ont été votés comme jamais en termes de participation. Il ne l'avait fait. C'est qu'il pensait que ce bulletin de vote changerait leur vie. Et donc il peut pas là maintenant, sous couvert de Jeux olympiques, dont il savait quand même qu'ils allaient être organisés, je pense qu'il était bien au courant, nous dire qu'on nous vole cette victoire et que finalement on va tout continuer comme avant.
Vous dites-vous, il faut discuter maintenant, il faut avancer maintenant et pas attendre la fin des Jeux ?
Bah écoutez, moi j'entends...
Avoir un ministre de l'Intérieur en place pendant les Jeux olympiques, avoir... Non, c'est comme...
Je l'ai entendu hier à votre micro dire ces quatre mensonges sur l'émission des Quatre Vérités, sur les arrestations et les 45 arrestations dont il se réjouissait. 44 ont été relâchées sans aucune suite, sans aucune suite. Certains ont passé 11 heures en garde à vue pour avoir collé un autocollant dans le métro. Les JO, c'est pas Jojo. On va 11 heures en garde à vue pour ça aujourd'hui sous Gérald Darmanin. Mais moi je peux entendre qu'on dise qu'on ne change pas le gouvernement pendant les Jeux olympiques, donc on aurait pu le faire juste avant. Et puis si on décide de le faire juste après, on peut appeler Lucie Casté, notre première ministre du Nouveau Front Populaire.
On peut l'appeler et lui dire, tu as 15 jours pour te préparer. Parce que ce qui se passe en ce moment dans les ministères, il faut le dire, c'est que tout le monde est en train de boucler ses budgets. Et donc, ce qu'on ne fait pas maintenant, ce qu'on ne fait pas la semaine prochaine, ce qu'on ne fait pas fin août, c'est du temps perdu pour les Français. On dit tous qu'il y a une urgence sociale, qu'il y a une urgence environnementale.
Et donc évidemment que si on ne peut pas préparer la rentrée, si on ne peut pas préparer un autre budget, un budget qui soit conforme à ce que les Français ont voté, 73% des Français aujourd'hui dans les sondages voient une rupture politique avec le macronisme.
Il faut les laisser faire. Si on fait de l'arithmétique niveau sixième, on l'a déjà beaucoup dit, beaucoup répété. Normalement, je devrais y arriver alors. Moi, je ne suis pas sûr. Mais il n'y a pas de majorité absolue. C'est-à-dire que, admettons, vous êtes nommé demain, vous proposez un budget, le risque c'est qu'il passe au 49,3 et le risque suivant, c'est qu'il tombe après une motion de censure.
Mais vous avez raison, nous n'avons pas au Nouveau Front Populaire, nous n'avons pas la majorité absolue. Vous avez raison. Mais Emmanuel Macron l'a encore moins. Il l'a encore moins. Il a reconnu sa défaite. Et donc, il n'a pas reconnu la victoire des autres. Donc, en termes de Jeux Olympiques, normalement, quand il y a des perdants, il y a des gagnants. Et ça, c'est niveau sixième aussi. Mais vous voyez, il ne peut pas comme ça dire, j'ai perdu, mais personne n'a gagné. Bon, là, on attend, c'est la trêve. Parce que, personnellement, je suis capable de faire plusieurs choses en même temps.
Et je pense que tous les gens du Nouveau Front Populaire aussi, on peut se réjouir, trembler avec les Français, s'émouvoir de leur victoire, s'émouvoir aussi de leur défaite. Moi, j'ai été très touchée par l'équipe de la gymnastique, par exemple. Je suis tout ça. Mais on prépare aussi, on est au travail avec Lucie Casté, avec l'ensemble des partenaires du Nouveau Front Populaire. Et on travaille pour la rentrée. On ne peut pas voler cette victoire aux Français. On ne peut pas leur dire, vous avez demandé un changement, mais Emmanuel Macron, il ne veut pas nous laisser travailler. Et puis après, en septembre, il nous dira que c'est trop tard parce que le budget est dans un mois.
Il aura raison, parce que les services travaillent maintenant.
Est-ce qu'il sera plus facile après le 11 août ou au mois de septembre pour former un gouvernement qui tienne, quelle que soit sa couleur ? Est-ce que vous êtes prêt à une coalition ? Pascal Canfin, eurodéputé Macron, se demandait hier dans Le Monde, il disait, il faut maintenant que le Nouveau Front Populaire tende la main aux autres. Vous êtes prête à vous mettre autour de la table avec peut-être DLR, avec d'autres alliés potentiels ?
Mais c'est ce qui va se passer, évidemment, à l'Assemblée nationale. Mais moi, je distingue deux choses. Il faut un gouvernement de combat, un gouvernement compact, solide, solidaire, resserré.
Et exclusivement NFP ?
Je pense qu'en même temps, on a donné dans ce pays, qu'on a vu où ça nous emmenait, c'est-à-dire pas très loin. Donc le gouvernement doit être compact, solide et solidaire. Par contre, évidemment, qu'à l'Assemblée nationale, il faudra aller chercher des majorités, texte par texte et amendement par amendement. Par contre, moi, ce que je veux dire aussi, c'est qu'on se rend bien compte qu'il va falloir avancer pour les Français. Et qu'aujourd'hui, on a un gouvernement démissionnaire.
On a l'impression qu'il y a Lucie, c'est l'apin du racel, qui se cogne contre le mur, qui dit « je veux être premier ministre », et de l'autre côté, le mur qui répond « qu'est-ce qui m'intéresse ? »
Elle a une énergie non épuisable et parfaitement renouvelable, donc vous allez voir qu'on va tenir longtemps comme ça. Mais la question, c'est qu'aujourd'hui, on a un gouvernement qui n'est plus un gouvernement, qui est un gouvernement démissionnaire. Ils ont le droit d'expédier les affaires courantes et d'agir quand c'est urgent. Mais il y a plein de choses importantes qui sont ni du domaine des affaires courantes, ni du domaine des affaires urgentes. C'est-à-dire qu'il y a plein de sujets importants sur lesquels on n'avance pas.
Moi, je discutais avec des hauts fonctionnaires du ministère de l'Environnement, à qui je pense fortement, parce qu'ils avaient plein les besaces, des idées fantastiques qu'ils avaient envie de mettre en œuvre. On leur dit « 2 milliards de coupes budgétaires brutales au printemps », puis on leur dit « c'est les européennes », on leur dit « c'est la dissolution », et maintenant on leur dit « gouvernement démissionnaire ». Puis après, en septembre, on leur dira « le budget, comme on n'a pas nommé de Premier ministre du Nouveau Front Populaire, on ne peut rien bouger ». Et puis du coup, en 2025, il n'y aura pas de changement, et on dure combien de temps comme ça ?
Alors qu'on parle de trêve olympique, mais il n'y a pas de trêve sur l'urgence sociale, il n'y a pas de trêve sur le climat, il n'y a pas de trêve pour les 9 millions de pauvres.
Est-ce que votre candidate est la bonne ? Raphaël Glucksmann, après législative, a avancé le nom de Laurent Berger. Est-ce que ce n'est pas l'ancien secrétaire général de la CFDT qui pourrait peut-être apaiser un peu tout ça ? Il n'est pas marqué LFI, parce qu'on sait que ça bloque un peu chez d'autres partenaires potentiels, avec Lucie Casté, qui est un peu trop marqué à gauche, semble-t-il pour eux ?
Je crois que tout le monde est trop marqué à gauche pour ce gouvernement. Mais vous savez, il faut quand même quelqu'un qui soit soutenu par l'ensemble des forces du Front Populaire, et surtout quelqu'un qui ait envie d'y aller. Laurent Berger a dit non. Donc partant de ce principe, c'est quand même plus compliqué. Lucie Casté, elle est porte-parole du collectif Nos Services Publics. Quel message positif envoyer aux fonctionnaires qui sont méprisés depuis 7 ans ? Quel message positif envoyer dans ce pays à toutes celles et ceux qui ont besoin de plus de services publics, d'amplitude horaire plus large, de services publics plus proches de chez eux, de services publics plus accessibles ?
Parce qu'aujourd'hui, tout se passe par Internet. Il y a plein de gens qui sont largués, y compris parfois moi-même, donc je sais de quoi je parle. Et donc, c'est un message super pour les Français. C'est un message qu'on les a entendus et qu'on les a compris. Nous, on demande une seule chose, c'est de pouvoir travailler.
Il y a visiblement quelques groupuscules qui tentent de mettre le bazar dans ces Jeux Olympiques qu'on évoquait. On a eu des sabotages contre la SNCF, des attaques contre des réseaux de télécommunication et de fibres optiques hier. L'ultra-gauche dit vouloir cibler des aéroports français. Vous portez sur toutes ces opérations ? Une forme de compréhension ou une condamnation sans réserve ?
Je pense qu'il ne faut pas tout mélanger. J'ai toujours condamné toute forme de violence, quelle que soit la cible de cette violence. Il faut la condamner tout le temps. Par contre, des actes de désobéissance civile, je vous ai parlé à l'instant de quelques personnes qui ont passé 11 heures en garde à vue parce qu'ils avaient collé dans le métro le 23 septembre des autocollants. Les JO, ce n'est pas Jojo. Aujourd'hui, on fait 11 heures de garde à vue.
Ce n'était pas leur projet, ils voulaient aller un peu plus loin quand même. Non, c'était ça le projet dans le métro. Ils avaient du matériel.
C'est exactement ce qu'ils ont fait dans le métro, y compris les policiers, se confiaient à eux en disant qu'ils étaient choqués, qu'ils avaient quand même autre chose à faire et s'échangeaient leurs autocollants comme des cartes Pokémon pour avoir un souvenir de à quel point ils avaient passé une journée inutile pour la France. Ensuite, le 26 septembre, d'autres membres d'Extension Rébellion étaient arrêtés au bois de Vincennes parce qu'ils escaladaient des arbres. Alors on a dit, ah, ils veulent saboter l'ouverture des JO, sauf que comme s'ils s'entraînaient à escalader un pont.
En fait, ils voulaient le lendemain matin déployer une banderole qui appelait la démocratie participative et à faire des assemblées citoyennes pour préparer une nouvelle constitution parce qu'on était dans un point dur institutionnel en ce moment, ce que tout le monde reconnaîtra. Et donc si aujourd'hui, on ne peut plus mener de débats publics, y compris par des autocollants, y compris par une banderole dans la rue, alors je m'inquiète pour mon pays.
Et les sabotages ?
Voilà, ça c'est le sujet. D'empêcher des gens de se déplacer, de faire des coupures d'électricité, ça c'est le sujet. Mais vous voyez bien que M. Darmanin, par son obsession contre quelques militants écolos assez inoffensifs, souvent rate sa cible. Il s'est vanté hier sur votre plateau d'avoir fait interpeller 45 militants écologistes. Ce qu'il a oublié de vous dire, c'est que 44 avaient été relâchés sans aucune poursuite. C'est-à-dire qu'il fait perdre du temps au service de police, qu'il fait perdre du temps à beaucoup de monde dans ce pays. Ce n'est pas possible de faire ça. Qu'on se concentre sur les vrais dangers pour la sécurité nationale.
Donc les sabotages de type SNCF, ça vous condamnait ?
Évidemment, on voit bien le bazar que ça a mis, mais qu'on me démontre que ça vienne d'écologie, ce que sous-entend le ministre de l'Intérieur, ce n'est pas les informations que j'ai. Si, parce qu'il dit ultra-gauche, et donc comme pour lui, tout ce qui est à sa gauche est d'ultra-gauche, c'est-à-dire beaucoup de monde, on voit bien à chaque fois l'ambiguïté qui plane autour de ses propos. Évidemment que ce n'est pas le nouveau Front populaire qui a organisé de tels sabotages. Vous le savez bien, je le sais, tout le monde le sait.
Est-ce qu'on verra des Jeux olympiques dans les Alpes en 2030 si vous êtes au gouvernement ? Ou est-ce que vous allez casser le... Parce que le CIO a dit, oui, mais il faut des garanties budgétaires avant la fin de l'année. Si vous êtes au gouvernement, vous les donnerez ces garanties ou vous mettrez le projet par terre ?
La première question, c'est ce qu'on verra de la neige dans les Alpes en 2030. Et si on nous empêche de sauver le climat cet été, vous allez voir que ça va être quand même assez compliqué. Moi, ce que je pense, c'est que les Jeux olympiques, c'est quand même beaucoup d'argent. On le voit. On le voit là en ce moment à Paris. Mais c'est aussi une fête. Nous, on n'est pas contre la fête. On n'est pas contre le sport. On est les premiers à s'émouvoir devant notre télé, je vous l'ai dit tout à l'heure. Mais les Jeux olympiques d'hiver, c'est quand même particulier. C'est glorifier un modèle qui a bout de souffle en ce moment. On ne sait pas combien ça va durer encore de temps.
On est dans le temps additionnel. C'est oui ou c'est non les Jeux ?
Moi, je pense qu'il faut une consultation territoriale. Il faut demander aux habitants. Parce qu'évidemment, tout l'argent qui ira, par exemple, dans la réfection de la piste de bobsleigh, qui sert quand même peu de fois par an, ça n'ira pas dans les services publics. Et donc, c'est des vrais arbitrages. Il faut que les gens savent que l'enveloppe n'est pas extensible.
Mais votre avis à vous de Marine Tondelier, c'est quoi ?
Mon avis, c'est qu'on ne peut pas imposer comme ça des projets sur des territoires. Et donc, moi, je m'en remets à la stagesse des habitants du territoire. Et je demande ce référendum. La démocratie n'a jamais fait de mal à personne.
Merci Marine Tondelier dans les 4V. Bonne journée. Merci également à Fabrice Penaud pour la traduction en langue des signes. Dans un instant, on va aller faire du beach volley du côté de la tour Eiffel là-bas. Ça vous intéresse le beach volley ?
Énormément, mais je n'ai pas de place.
Restez là, on voit bien d'ici. Merci, à tout de suite. C'était les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Marine Tondelier