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interviewLCI· 7 mars 2025 6 min

Marine Tondelier : "l'Europe s'organise, que cela déplaise à Poutine est rassurant"|LCI

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour Marine Tondelier. Bonjour. Vous êtes secrétaire nationale des écologistes.

Est-ce que Emmanuel Macron a eu raison de hausser le ton quand on voit l'escalade que ça ? Bon écoutez, on va pas se faire trop de soucis pour les états d'âme de Vladimir Poutine, c'est pas son avis et son ego blessé qui compte aujourd'hui, c'est l'avenir de la paix et de nos démocraties en Europe, c'est aussi simple que ça. Et donc oui, l'Europe a compris depuis l'élection de monsieur Trump qu'elle était seule, qu'elle était au pied du mur et l'Europe s'organise, que ça déplaise à monsieur Poutine est normal et même plutôt rassurant.

Et vous savez ? Qu'est-ce qu'a dit, est-ce qu'a fait Emmanuel ? Bah oui, je pense qu'il y a besoin de monter le ton clairement.

On a deux impérialismes dont nous dépendons dont nous dépendons aujourd'hui y compris pour nos approvisionnements énergétiques, pour nos engrais hein pour l'agriculture. Et donc nous devons nous organiser à la fois pour montrer qu'on ne laissera pas tomber l'Ukraine mais également pour arrêter d'enrichir ces impérialismes. On ne peut plus aujourd'hui dépendre autant des importations de GNL hein le le le le la France est le premier importateur de GNL russe en Europe.

On ne peut plus dépendre de autant pour nos engrais pour l'agriculture donc ça veut dire aussi faire un pas de côté sur le productivisme agricole. Vous voyez, les écologistes proposent un modèle qui permet à la fois de résister très fortement au côté de l'Ukraine mais aussi d'isoler Poutine en isolant par exemple nos maisons pour faire en sorte qu'on dépende moins du gaz, c'est bien un problème un programme global que l'on propose. Notre arsenal ne doit pas être composé que d'obus et d'armes.

Et en ce sens, le leadership français qui est en train de prendre Emmanuel Macron, c'est une bonne chose ou est-ce qu'une autre nation aurait pu faire peut-être ? Oh la réalité c'est que avec l'arme atomique dont on dispose, mécaniquement ça nous met un peu en figure de proue. Et on n'est pas au moment où on va faire l'arbitre des élégances en disant toi d'abord, toi d'abord.

Si quelqu'un a quelque chose à dire qu'il le dise et qu'il le fasse. Ce qui est important surtout, c'est pas la France devant et les autres derrière, c'est tous ensemble. Au niveau européen, on voit bien que ces dernières années si la défense européenne ne s'est pas construite, c'est que certains pays voulaient pas trop fâcher les États-Unis, voulaient pas trop être ambitieux, avaient un peu peur, avaient des réticences.

Et on a vu surtout que il y a eu un virage à 180° de certains pays, je pense au Danemark par exemple, à l'Allemagne aujourd'hui en quelques jours. Et donc c'est bien qu'il y a un danger imminent dont les dirigeants européens se sont saisis et ils ont compris que ce qui ferait leur force était leur union. Justement, il va falloir maintenant qu'on qu'on mette le paquet sur la budgétisation de cette défense.

Est-ce que selon vous, il va falloir automatiquement faire des compromis et notamment par des hausses ? On nous promet que non jusque-là. Ce qu'il faut dire déjà, c'est que cette nuit a été prise une grosse décision en Europe, il va y avoir un engagement européen de 30,6 milliards d'euros en 2025 alors que depuis 2022, il y avait eu 30 milliards.

Donc on voit bien que ça va être assez massif. Il y a plusieurs manières de le financer, on a quand même 200 milliards d'avoirs russes gelés dans nos banques que l'on pourrait saisir. Alors il y a des débats juridiques mais mais je je fais partie des personnes qui pensent que c'est possible, souhaitable et même urgent.

Il y a aussi la possibilité de faire voilà, de placer ça en dehors des règles du pacte de stabilité comme on l'a fait pendant le Covid. Quand il y a un danger imminent, il faut pouvoir réagir. Je note d'ailleurs qu'on devrait aussi être capable de le faire pour le climat qui est le deuxième risque existentiel en réalité pour les habitants de l'Europe.

Et puis si à la fin il faut ça coûte cher et qu'il faut des efforts budgétaires, il faut que ces efforts budgétaires soient justes, c'est-à-dire qu'ils pèsent plutôt sur les plus riches. Il y a d'ailleurs des gens qui vont faire beaucoup de profit avec cette guerre. Et qui devront être taxés en proportion, on ne peut pas voilà s'enrichir sur le dos de la misère et de la guerre.

Et vous voyez bien que si à la fin ça devait être encore plus d'austérité pour les plus vulnérables, c'est aussi le soutien à l'Ukraine qui s'effriterait en France. C'est l'extrême droite qui en profiterait et ça ça n'est pas possible. Je rappelle que quand on parle de Poutine, de Trump qui font de l'ingérence dans nos démocraties, des cyberattaques qui veulent perturber nos scrutins, c'est pas en l'air, c'est au service d'une cause, c'est-à-dire l'extrême droite.

Et donc ça aussi nous devons l'avoir en tête tout le temps. Et donc assécher le leur terreau électoral, pas juste pour assécher leur terreau électoral mais aussi parce que ce sont des mesures qui font du bien à la justice sociale et donc du bien aux Français. Est-ce que vous pensez qu'on va assister à un retour du service militaire en ?

Si je vous pose la question, c'est parce que l'Allemagne y pense par exemple. Alors j'ai entendu le ministre en charge des armées hier sur une une matinale dire l'inverse. Ce qu'il dit, c'est que chacun doit montrer une force de persuasion et même de dissuasion.

Nous en France, nous avons cette dissuasion nucléaire. L'Allemagne ne l'a pas et donc sa manière à elle de montrer qu'elle s'organise et qu'elle organise sa dissuasion, c'est ce débat. J'ai compris qu'en France ce n'était pas d'actualité.

Ce que disait d'ailleurs le ministre, c'est que si on rétablissait le service militaire à l'ancienne, à part faire en terme social, se rencontrer des gens, c'était pas ça qui allait nous aider à mieux nous battre en Ukraine. Je précise par ailleurs que quand on parle de troupes pour l'Ukraine, c'est pas pour aller se battre au front, c'est plutôt pour organiser des garanties de sécurité autour de l'Ukraine en cas de cessez-le-feu. Est-ce que toutes ces questions et finalement aussi tous ces budgets qu'on réalloue ça et là, est-ce que selon vous ça ça met je veux dire un coup de pelle quelque part à l'écologie en France qui déjà avait du mal à ?

J'ai entendu avec stupéfaction le ministre de la défense hier expliquer que oui, il allait falloir des choix qu'avant en fait il y avait les le régalien et que l'État devait arrêter de se disperser dans les trucs qui servent à rien. En substance, il disait notamment on a mis des milliards dans le plan vélo, est-ce qu'on en a vraiment ? Alors premièrement, je sais pas où il a vu les milliards dans le plan vélo, c'était 250 millions par an.

Donc voilà et en plus la ligne du plan vélo l'année dernière était à 0 euro. Donc si vous voyez, moi c'est ça qui m'embête, c'est qu'on fasse de l'écologie le bouc émissaire. L'ennemi facile à chaque fois on dit ah on prendra sur l'écologie, ce qui n'a pas de sens puisqu'il y a déjà plus beaucoup d'argent sur l'écologie.

Et comme je vous l'ai expliqué, si on arrête d'isoler nos maisons, si on arrête de promouvoir des alternatives par exemple à la voiture et au pétrole, et ben on continuera de dépendre de ces deux impérialismes fossiles que sont les États-Unis et la Russie. Donc ça n'a aucun sens d'opposer les les mesures pour la paix et les mesures pour l'environnement puisque les deux vont dans le même sens, c'est en plus ne rien comprendre au changement climatique. Merci beaucoup Marine Tondelier d'avoir été notre invitée.

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