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InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 27 mai 2026 22 minContradictoireFond programmatiqueÉconomie & entreprisesImmigration & asileÉducation & rechercheEurope & international

"J'ai envie de me battre pour la France", affirme Raphaël Glucksmann sans annoncer de candidature

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 65 %Attaque 25 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 87 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Bonjour Raphaël Glucksmann, merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.

  • 0:19FerméeRéponse partielle

    Pourtant, vous n'êtes toujours pas candidat, vous vous donnez trois mois pour prendre une décision, est-ce que ça veut dire que vous n'êtes pas sûr d'en avoir envie ?

  • 1:04FerméeRéponse directe

    Donc, vous avez envie d'être candidat, si vous avez envie de tout ça.

  • 1:43OuverteRéponse directe

    Alors, sur cet espace politique, simplement pour essayer de comprendre pourquoi vous vous donnez trois mois. Qu'est-ce qui peut se passer pendant ces trois mois ?

  • 1:54OuverteRéponse partielle

    Ce n'est pas une obsession de journaliste. C'est juste qu'à un moment donné, quand on veut porter ses idées et quand on dit précisément avoir envie de réformer la France, il faut incarner une candidature. Qu'est-ce qui pourrait vous empêcher d'être candidat ?

  • 2:54OuverteRéponse directe

    Vous dites, Raphaël Luxman, à nos confrères de l'Obs, ils rapportent cette phrase de vous, « Je dois être président ».

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:32Invité politiqueFait
    « J'ai envie de me battre pour la France, j'ai envie de me battre pour que notre pays renoue avec sa grandeur, avec son destin, avec son histoire. »
  • 2:29Invité politiqueChiffre
    « Je suis le seul sur cet espace politique de la gauche démocratique à avoir fait un score à deux chiffres, à une élection nationale depuis plus de dix ans. »
  • 2:33Invité politiqueChiffre
    « Ces 14% de 2024 m'obligent. »
  • 3:20Invité politiqueFait
    « L'ensemble des services de sécurité du continent européen nous alertent sur le fait qu'avant 2029, il risque d'y avoir une guerre sur le sol de l'Union européenne. »
  • 10:23Invité politiqueFait
    « Je n'ai jamais cru au ruissellement théorisé par Emmanuel Macron. Je n'ai jamais cru à sa politique sociale et économique. »
  • 10:38Invité politiqueFait
    « Les pauvres sont plus pauvres, et les riches plus riches dans le pays d'Emmanuel Macron. »
  • 11:27Invité politiqueChiffre
    « Emmanuel Macron a raté le coche de la transformation écologique. Et qu'à la dernière crise gazière, en 2021-2022, suite au chantage gazier de Poutine et à l'invasion de l'Ukraine, il a préféré dépenser 72 milliards d'euros de subventions aux énergies fossiles. »
  • 13:12Invité politiqueFait
    « Aujourd'hui, c'est l'inverse. C'est deux tiers votre héritage et un tiers ce que vous avez gagné en travaillant. »
  • 14:20Invité politiqueFait
    « Nous sommes devenus, nous sommes en passe de devenir une société de rentiers et d'héritiers. »
  • 16:07Invité politiqueFait
    « La gauche, pendant longtemps, a refusé d'en parler comme s'il n'y avait aucun problème. Ce que ça a fait, c'est que ça a nourri les fantasmes dans la société française. »
  • 18:53Invité politiqueFait
    « On a aujourd'hui des enseignants français dans le primaire qui sont moins payés que des enseignants portugais ou slovéens. »

Temps de parole

  • Raphaël Glucksmann74 %
  • Présentateur15 %
  • Présentateur 28 %
  • Invité3 %

2,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour Raphaël Glucksmann, merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. A la veille de la publication d'un livre, nous avons encore envie aux éditions Alari, dans lesquelles vous déclinez votre vision de la France, votre rapport à la nation, à l'Europe, vous esquissez les grandes lignes de votre programme, économie, immigration, éducation. Pourtant, vous n'êtes toujours pas candidat, vous vous donnez trois mois pour prendre une décision, vous l'avez dit hier soir, est-ce que ça veut dire au fond et contrairement au titre de votre livre que vous n'êtes pas sûr d'en avoir envie ?

0:32
Raphaël Glucksmann

J'ai envie de me battre pour la France, j'ai envie de me battre pour que notre pays renoue avec sa grandeur, avec son destin, avec son histoire. J'ai envie de me battre pour les travailleurs qui ne peinent à boucler leur fin de mois et qui ont le sentiment d'avoir été méprisés, oubliés, depuis dix ans de macronisme. J'ai envie de me battre pour que notre pays ne dépende pas du gaz et du pétrole, pour que les Françaises et les Français, quand ils vont faire le plein de leur voiture, ne soient pas dépendants des décisions de Donald Trump ou de Vladimir Poutine. On va parler de toutes ces envies et vous l'avez déjà dit.

1:04
Présentateur

Donc, vous avez envie d'être candidat, si vous avez envie de tout ça.

1:07
Raphaël Glucksmann

J'ai envie de rassembler ma famille politique. J'ai envie d'utiliser ces trois mois pour convaincre la gauche démocrate et républicaine qu'elle peut gagner l'élection. Et c'est important, Benjamin Duhamel, laissez-moi terminer. Qu'elle peut gagner l'élection et qu'elle le doit. Et notre responsabilité collective est immense, car je suis convaincu, convaincu, que notre espace politique est le seul qui peut battre l'extrême droite en 2027. Parce que les Françaises et les Français ne voudront pas d'un des anciens premiers ministres d'Emmanuel Macron pour la continuité de la même politique. Parce qu'ils veulent du changement avec les mêmes personnes. Ils ne voudront pas cela.

1:43
Présentateur

Alors, sur cet espace politique, simplement pour essayer de comprendre pourquoi vous vous donnez trois mois. Qu'est-ce qui peut se passer pendant ces trois mois ? Et qu'est-ce qui, au fond, pourrait encore, Raphaël Guzman, vous empêcher d'être candidat ? Ce n'est pas une obsession de journaliste. C'est juste qu'à un moment donné, quand on veut porter ses idées et quand on dit précisément avoir envie de réformer la France, il faut incarner une candidature. Qu'est-ce qui pourrait vous empêcher d'être candidat ?

2:03
Raphaël Glucksmann

Ma détermination est totale. Mais je suis convaincu que nous choisirons la bonne personne. Si je ne suis pas cette bonne personne, ce ne sera pas moi. Je suis convaincu que notre espace politique fera face à ses responsabilités. Je suis convaincu qu'au-delà de la division actuelle, nous montrerons le visage de l'unité parce que nous sommes responsables. Et que moi, j'ai une responsabilité particulière, je vais vous le dire. J'ai une responsabilité particulière parce que je suis le seul sur cet espace politique de la gauche démocratique à avoir fait un score à deux chiffres, à une élection nationale depuis plus de dix ans. Ces 14% de 2024 m'obligent.

J'ai réveillé un espoir chez les Françaises et les Français qui croient encore à la solidarité sociale, à la République, à la démocratie, à l'Europe. Et cet espoir-là, je ne le trahirai pas. Je consacrerai toute mon énergie et tout mon temps à réveiller cet espace politique.

2:54
Présentateur

Vous dites, Raphaël Luxman, à nos confrères de l'Obs, ils rapportent cette phrase de vous, « Je dois être président ».

3:01
Raphaël Glucksmann

Ce que je pense, c'est qu'il faut arrêter de vouloir être un candidat de plus. Quand on réfléchit à la présidentielle, il faut se mettre dans la peau de l'exercice des responsabilités. Je dois être président. Vous devez être président. Ce que je dis, c'est que nous avons besoin d'un président qui saura faire face aux crises majeures auxquelles nous sommes confrontés. L'ensemble des services de sécurité du continent européen nous alertent sur le fait qu'avant 2029, il risque d'y avoir une guerre sur le sol de l'Union européenne. Et nous ne sommes pas prêts.

Et moi, j'alerte depuis vingt ans sur le fait qu'il faut réarmer notre nation, qu'il faut réarmer l'Europe, qu'il faut affirmer notre souveraineté, à la fois face aux menaces russes et face au dumping social chinois, au dumping industriel chinois qui ratiboise nos industries, face à Donald Trump qui, finalement, joue au dé avec la sécurité des européennes et des européens.

3:54
Présentateur

Vous vous sentez capable d'être président de la République, Raphaël Lucemann ? C'est cette question.

3:57
Raphaël Glucksmann

Je me sens capable de me battre pour mon pays. Je me sens capable. Mais vous savez, ce n'est pas une histoire de personne. Une présidentielle, on dit souvent que c'est la rencontre d'un homme ou d'une femme et d'un peuple. C'est vrai. Mais c'est surtout, surtout, la rencontre de la France avec elle-même.

Et ce que je dis dans ce livre, ce que j'appelle mes amis de la gauche à comprendre, c'est que si nous n'avons pas un discours sur la France, si nous ne sommes pas capables de mener la bataille du patriotisme contre l'extrême droite, si nous ne sommes pas capables de montrer que nous avons, nous, plus de passion française, plus de fierté française, plus d'agenda de souveraineté pour notre pays que les patriotes de pacotille de l'extrême droite, eh bien, nous perdrons ces élections comme nous avons perdu toutes les autres. Ce que je vous dis, c'est que le combat qui s'annonce...

4:44
Présentateur

On va parler de vos propositions, évidemment. Mais est-ce que trois mois, ce n'est pas laissé un boulevard à Jean-Luc Mélenchon qui dit « moi, ma candidature, elle est carrée » alors que la vôtre se fait désirer ?

4:54
Raphaël Glucksmann

Il a déjà commencé sa campagne. Et c'est plus facile quand vous êtes absolument maître d'un espace qui n'est pas démocratique. Et donc, moi, ce que je veux vous dire aujourd'hui, c'est que, contrairement à la petite musique qu'ils cherchent à installer, eh bien, entre Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella, il n'y a pas rien. Il y a même l'essentiel. Il y a la République. Il y a des millions de Françaises et de Français qui croient encore dans la démocratie, dans l'Europe, dans la transformation écologique, dans la solidarité sociale.

5:19
Présentateur

Mais il est aujourd'hui, Raphaël Guzman, le mieux placé à gauche, Jean-Luc Mélenchon ?

5:22
Raphaël Glucksmann

Il est le mieux placé à gauche pour perdre au second tour, dans les grandes largeurs, face à Jordan Bardella. Et il faut avoir conscience, et je sais que les électrices et les électeurs de gauche, dans leur grande majorité, en ont conscience. Il faut avoir conscience qu'envoyer Jean-Luc Mélenchon au deuxième tour, c'est garantir le triomphe de l'extrême droite. Jean-Luc Mélenchon est aujourd'hui devenu un agent électoral de Jordan Bardella et de Marine Le Pen. Et nous allons proposer une alternative qui va enthousiasmer. Parce que, je vais vous le dire, cette élection, ce ne sera pas un barrage. On l'a déjà fait, trop de fois. On ne pourra pas simplement appeler à la raison.

Il faudra réveiller dans le pays une envie, un désir. Un désir de gauche, un désir de transformation sociale, un désir de démocratie, un désir de France, un désir de souveraineté, un désir de rapporter des usines dans notre pays, un désir de retrouver une forme de dignité collective, un désir de retrouver du lien entre nous, un désir de réparer les solidarités qui ont été à ce point mises à mal ces dix dernières années.

6:19
Présentateur

Alors, rentrons précisément dans le vif du sujet de ce contrat patriotique que vous proposez aux Français. Ce que vous mettez en avant, ce sont des valeurs qu'on n'entendait pas beaucoup à gauche ces derniers temps. Le drapeau français, la fierté nationale, on l'a entendu, le refus de l'essentialisation, de l'assignation aux origines. Ce discours-là, il avait disparu, il a été laissé trop longtemps à d'autres forces politiques que celle de la gauche ?

6:45
Raphaël Glucksmann

Ce que je veux, c'est que la gauche renoue avec son histoire. Et son histoire, c'est celle du patriotisme français. Il faut relire l'armée nouvelle de Jaurès. Il faut voir les mots qu'il a sur la patrie. Il faut comprendre que l'histoire de France a été écrite, que le récit français a été écrit pendant extrêmement longtemps par la gauche, par les républicains, par ceux qui voulaient faire de notre pays, pas simplement une ethnie, une généalogie, mais une promesse. Il a été fait, ce récit français, par les révolutionnaires de la nuit du 4 août qui ont aboli les privilèges, par les révolutionnaires du 26 août qui ont fait que la France a parlé la langue de tous les hommes.

7:24
Présentateur

La gauche est patriote. Assumé de parler d'identité aussi, qui est un mot qui a quelque peu disparu du livre du discours à gauche.

7:32
Raphaël Glucksmann

Ce livre, c'est une réflexion sur ce que ça signifie d'être français. Ce fait merveilleux d'être français et qu'on ne raconte plus à gauche depuis trop longtemps. Vous savez, moi, quand j'étais à l'école primaire, j'ai à un moment eu un prof, un instituteur, qui nous a demandé de faire notre arbre généalogique. Et il voulait comme ça nous initier à l'histoire, nous faire rencontrer le passé. Et je me suis retrouvé dans une situation, puisque ma famille venait de loin et que je n'en savais rien, dans une situation compliquée, parce que je n'arrivais pas à remplir la moindre case.

Et je suis rentré chez moi le soir, un peu tétanisé, en disant « Mais comment se fait-il que je ne sache pas d'où viennent mes grands-parents ? » Et je me suis rendu compte que mon père, à qui je posais la question, ne le savait pas plus que moi, mais que lui, ça ne l'inquiétait pas du tout. Et il a commencé à m'expliquer ce que c'était que de chercher ses ancêtres dans l'histoire de France. Et pendant des heures, on a construit notre arbre généalogique avec Olympe de Gouges et Voltaire. Et je découvrais ces noms, et je découvrais ces ancêtres qui sont encore plus vrais que mes ancêtres biologiques.

8:31
Présentateur

C'est l'anti-Nouvelle-France de Jean-Luc Mélenchon sur le discours que vous voulez porter ?

8:36
Raphaël Glucksmann

Entre la Nouvelle-France de Jean-Luc Mélenchon et l'ancienne France de la droite et de l'extrême droite, il y a la France, il y a cette promesse qui faisait vibrer des gens, mais à travers le monde entier. Pourquoi la mère de Romain Garry, dans une forêt lituménienne, lui raconte l'histoire de France avec une telle passion ? Parce que la France est une promesse, une promesse républicaine. Et c'est cette promesse-là qu'il nous faut retrouver aujourd'hui. Parce que si on ne la cultive pas, si on ne la raconte pas, eh bien elle s'effondre.

9:03
Présentateur

Et c'est ce que des élites indolentes ont fait depuis 40 années. Alors justement, Raphaël Gluceman, vous parlez des élites, et on va parler dans un instant de propositions concrètes que vous faites. L'autre leitmotiv de votre livre, c'est ce que vous appelez un refus originel du macronisme. Sauf qu'il s'avère qu'une note confidentielle rédigée par votre équipe a fuité dans la presse, et où il vous était au fond recommandé de vous adresser au même public qu'Emmanuel Macron, c'est-à-dire négliger les jeunes, les catégories populaires qui ne votent pas ou peu pour Emmanuel Macron, pour vous concentrer sur les plus aisés et les plus diplômés comme cible électorale.

Alors vous avez répondu en disant, cette note je la mets à la poubelle, je vais faire l'inverse. Mais vous voyez bien que ce qui vous colle à la peau, Raphaël Gluceman, c'est cette idée que vous seriez le candidat ou futur candidat des bien-nés, des bien-heureux. Vous seriez déconnecté, hors-sol. Pourquoi est-ce que ça vous colle autant à la peau ? Et pourquoi est-ce que vous n'arrivez pas à casser cette image-là ?

9:51
Raphaël Glucksmann

Alors déjà, les dirigeants politiques reçoivent des dizaines de notes. Et celle-ci, j'ai dénoncé ses conclusions dès l'origine.

9:58
Présentateur

Mais encore une fois, au-delà de la note, Raphaël Gluceman, ce que ça dit de l'image que vous avez et de la stratégie qu'on vous colle à la peau.

10:05
Raphaël Glucksmann

Oui, je vois qu'on veut dire, le nouveau Macron, c'est partout. Oui. Mais moi, si j'avais cru au macronisme, j'aurais rejoint le macronisme. Si j'ai refusé leurs avances, leurs propositions depuis le début, depuis avant même qu'ils prennent le pouvoir, c'est parce que, fondamentalement, je n'ai jamais cru à cette offre politique. Pour deux raisons, principalement. La première, c'est que je n'ai jamais cru au ruissellement théorisé par Emmanuel Macron. Je n'ai jamais cru à sa politique sociale et économique. Je n'ai jamais cru, et j'ai toujours su, que sa politique favoriserait les plus riches et qu'elle défavoriserait les plus pauvres. Et dix ans plus tard, qu'est-ce qu'on voit ?

Eh bien, c'est que les pauvres sont plus pauvres, et les riches plus riches dans le pays d'Emmanuel Macron. Et la deuxième raison, c'est l'écologie. J'ai tout de suite compris qu'ils n'avaient absolument rien compris à l'immense transformation écologique que nous devons opérer.

10:50
Présentateur

Vous avez vu la canicule... Non, mais vous vous entourez, Raphaël Glucksmann, de personnalités qui ont travaillé de façon extrêmement proche avec Emmanuel Macron, Aurélien Rousseau, ancien collaborant, ancien ministre, Sacha Houllier, ancien député macroniste.

11:01
Raphaël Glucksmann

Je vais vous répondre, mais d'abord, j'aimerais continuer sur l'écologie, parce que vous avez vu, c'est la canicule. D'accord ? C'est la canicule au mois de mai. Et en plus, les Français, aujourd'hui, payent le prix des guerres de Donald Trump quand ils vont faire leur plein à la pompe. Pourquoi ? Parce que pendant dix ans, nous avons raté le coche. Emmanuel Macron a raté le coche de la transformation écologique.

Et qu'à la dernière crise gazière, en 2021-2022, suite au chantage gazier de Poutine et à l'invasion de l'Ukraine, il a préféré dépenser 72 milliards d'euros de subventions aux énergies fossiles plutôt que d'engager cette grande transformation qui permettra à la France de se libérer de son addiction au gaz et au pétrole et de redevenir souveraine. Et aux Français d'économiser de l'argent quand ils vont faire leur plein puisqu'ils auront accès à des voitures électriques. Donc moi, ce que je veux faire, c'est l'antithèse de ce qui a été fait depuis dix ans.

11:49
Présentateur

Et vous ne vous demandez pas sur le macronisme ?

11:51
Raphaël Glucksmann

Et donc, mais par contre, moi je n'en peux plus de cette gauche sectaire qui dirait que c'est parce que des gens ont fait un choix une fois, eh bien il faut les bannir à vie. Moi, je pense que la seule manière qu'on aura de remporter cette élection, c'est d'être ferme sur nos convictions de gauche et d'être ouvert. Ouvert à tous ces Français, à toutes ces Françaises qui ont fait d'autres choix et qui aujourd'hui veulent rejoindre l'espace de la gauche démocratique et républicaine. Nous ne sommes pas des videurs de boîtes de nuit. Et il y en a marre de ce sectarisme absolu. Vous savez, depuis que je suis engagé en politique, je suis trop ci, trop ça, pas assez ci, pas assez ça. Je m'en moque.

Je dis ce en quoi je pense. C'est dans ce livre. Je me livre dans ce livre comme jamais. Je raconte mon rapport très particulier, très singulier, très personnel à la France. Et je pense que c'est ainsi qu'on doit faire de la politique, parce que le soupçon d'insincérité est ce qui mine aujourd'hui la démocratie.

12:42
Présentateur

Alors, parlons un peu d'économie pour voir, comprendre où vous vous situez et où est-ce que vous voulez emmener les Français. Vous dites qu'il faut rééquilibrer la taxation entre le travail, le capital, la retraite et l'héritage. Ça consiste en quoi ? Qu'est-ce qu'on augmente comme impôts ? Qu'est-ce qu'on baisse ? Comment on fait ?

12:59
Raphaël Glucksmann

Il y a 40 ans, à la fin de votre vie, votre fortune personnelle était constituée à deux tiers parce que vous aviez gagné en travaillant et un tiers parce que vous aviez hérité. Aujourd'hui, c'est l'inverse. C'est deux tiers votre héritage et un tiers ce que vous avez gagné en travaillant. Nous sommes devenus, nous sommes en passe de devenir une société de rentiers et d'héritiers.

13:20
Présentateur

Donc on taxe l'héritage ?

13:21
Raphaël Glucksmann

Et ce que je veux faire, c'est qu'on redevienne une société de travailleurs. Il faut qu'en France, le travail paie plus. Il faut que les travailleurs soient au cœur du contrat social, que leur voie soit mieux prise en compte dans leur entreprise. Il faut...

13:34
Présentateur

Si on met le pardon, mais quand on veut présenter la République, on propose un certain nombre de choses concrètes. Là, la question c'est, il y a aujourd'hui des impôts qui doivent augmenter, qui doivent baisser. Prenons un exemple très précis. Vous dites qu'il faut faire contribuer davantage les retraités les plus aisés. À partir de combien on est un retraité aisé ?

13:49
Raphaël Glucksmann

Alors, déjà, Benjamin Niemel, vous aurez noté que ce livre présente une vision, que ce n'est pas le programme. Que le programme va venir, qu'il y a 500 personnes qui en ce moment travaillent justement sur l'élaboration de mesures concrètes, précises. Et que ce temps-là n'est pas venu. Et que nous nous retrouvons dans trois mois. C'est quoi un retraité aisé ? Maintenant, je vais vous répondre sur l'héritage, parce que c'était la première question. Donc on comprend en fait taxer l'héritage, c'est ce qu'on dit, et alléger les cotisations sociales. Taxer les plus hauts patrimoines. Pourquoi ?

Parce qu'aujourd'hui, nous sommes dans une situation où les ultra-riches échappent à la taxation commune. Donc, taxation des plus hauts patrimoines, oui. Taxation des super-profits comme ceux de Total en ce moment en pleine crise énergétique, oui. Taxation des plus grands héritages, pas des héritages modestes, des plus grands héritages, oui. Pourquoi ? Parce qu'en fait, il faut rétablir une forme de patriotisme dans ce pays. Et le patriotisme, ça suppose que ceux qui ont le plus contribué le plus à l'effort de redressement du pays. Et ça, c'est une différence essentielle, par exemple, avec le macronisme dont vous parliez.

14:44
Présentateur

Et donc, je repose ma question. Taxer les retraités aisés, ça veut dire quoi ? À partir de combien on est un retraité aisé ?

14:50
Raphaël Glucksmann

Je ne vais pas vous donner un seuil aujourd'hui. Il est évident qu'aujourd'hui, les retraités les plus aisés devront contribuer. Et que, oui, aujourd'hui, nous sommes dans une situation très paradoxale.

15:00
Présentateur

Et donc, vous ne savez pas encore à combien vous fixez là-bas ?

15:02
Raphaël Glucksmann

Mais je ne vais pas vous donner de chiffres aujourd'hui. Les actifs, les actifs, et en particulier les jeunes actifs, sont les victimes aujourd'hui du statu quo et du contrat social. Et par contre, effectivement, pour la première fois, il y a plus de richesse chez les retraités. Et comme on a touché la question de l'héritage, je vais vous le dire, il y a un autre problème. C'est qu'on hérite de plus en plus tard, ce qui en soit une bonne chose, puisque ça veut dire que les gens vivent de plus en plus longtemps. Simplement, on hérite souvent quand on est déjà à la retraite. Ce qui veut dire que les transferts de richesse ne sont plus entre les retraités, entre les générations.

Et qu'à la fin, il va falloir qu'il y ait un nouveau contrat intergénérationnel.

15:39
Présentateur

Autre sujet que vous traitez dans le livre avec une position singulière, c'est la question de l'immigration. Vous proposez la mise en place d'une convention citoyenne sur le sujet, sur le modèle de ce qui a pu être fait sur le climat ou sur la fin de vie. Est-ce que ce n'est pas une façon, au fond, un peu hypocrite de mettre à distance un sujet qui clive ? Une façon de dire que ce sera une convention citoyenne qui traitera de ce qu'il faut faire sur l'immigration ?

16:00
Raphaël Glucksmann

C'est tout le contraire de ça. Tout le contraire. La gauche, pendant longtemps, a refusé d'en parler comme s'il n'y avait aucun problème. Ce que ça a fait, c'est que ça a nourri les fantasmes dans la société française. Et donc ce qu'il faut organiser, au contraire, c'est le débat sur la question migratoire. C'est encadrer un débat pour qu'on puisse confronter les points de vue, qu'on puisse avoir des experts qui viennent et qui nous exposent les différents aspects de la question migratoire. Qui nous exposent le fait qu'on a un immense problème avec l'exécution des OQTF.

Mais qui nous exposent aussi le fait que quand on nous explique qu'il faut une immigration zéro, ça tuerait l'économie française. Et moi, vous savez, je ne sacrifierais pas l'économie française à aller à la xénophobie ambiante.

16:39
Présentateur

Mais c'est intéressant que vous utilisiez le mot du fait que la gauche n'a pas voulu voir. Parce que j'ai retrouvé une phrase que vous aviez tenue à nos confrères de l'opinion au sujet de ce qui s'était passé à Cologne au nouvel an en 2016. Je rappelle des agressions sexuelles collectives. Vous disiez, ouvrez les guillemets, ce n'était pas les Syriens arrivés via la politique d'Angela Merkel. C'était principalement des Algériens et des Marocains qui ont agressé et violé en pleine rue. Comme la gauche n'a pas osé dire les choses clairement, l'extrême droite s'est nourrie de ces renoncements. Ce n'était pas des Algériens. En tout cas, c'est la phrase qui est citée dans la colonne de l'opinion.

Qu'est-ce que vous vouliez dire par là ?

17:09
Raphaël Glucksmann

Parce que moi, je voulais comprendre l'explosion de l'AFD, de l'extrême droite allemande. Et que je voulais aller à la racine de ce phénomène politique incroyable. Parce qu'en Allemagne, il y avait le tabou ultime sur l'extrême droite. Et c'était largement lié au viol qui avait lieu à Cologne. Et l'extrême droite allemande a rendu responsable Angela Merkel et sa politique d'accueil des réfugiés syriens de ce qui s'était passé. Et ce dont on se rend compte quand on se plonge dans les archives de la police de Cologne, c'est qu'en réalité, ce n'était pas une question de droit d'asile. Ce n'était pas une question. Il n'y avait pas un seul Syrien sur cette place.

Ce n'était pas une question d'accueil des réfugiés. C'était, oui, il y avait un problème d'intégration. Et donc, moi, dans ce livre...

17:48
Présentateur

Donc, vous faisiez le lien entre intégration, immigration et délinquance ? C'est ce que vous faisiez ?

17:52
Raphaël Glucksmann

Ce à quoi je réponds dans ce livre, c'est au risque de désintégration de notre société. Et si on veut justement faire baisser la tension sur la question migratoire, eh bien, ce qu'il nous faut faire, c'est relancer la machine à intégration. Aujourd'hui, toutes les structures qui intégraient la France, qui fabriquaient la France, sont en crise. Toutes les structures collectives, on a supprimé le service militaire sans jamais se poser la question de le remplacer par quelque chose. Et c'est pour ça que je propose un service civique universel. On a laissé péricliter les organisations collectives. Même les colonies de vacances sont aujourd'hui en crise.

Celles qui assuraient la mixité des enfants. Vous savez, vous ne pouvez pas construire une société multiculturelle, une société cosmopolite, sans structure collective forte. Et c'est cela que je veux faire. Je veux reprendre le métier à tisser de la France. Je veux qu'à nouveau, on fabrique de la France. Et la première des raisons, et je veux en parler parce que c'est la source de toutes les crises, la première des raisons, c'est l'abandon de l'école publique. Ce qui se passe dans notre pays, c'est qu'on a aujourd'hui des enseignants français. Laissez-moi finir parce que c'est vraiment quelque chose de fondamental pour moi.

18:56
Présentateur

Il y a un éditeur qui peut intervenir et qui peut vous poser une question.

18:58
Raphaël Glucksmann

On a aujourd'hui des enseignants français dans le primaire qui sont moins payés que des enseignants portugais ou slovéens. On a les professeurs les plus mal payés, les plus mal traités d'Europe. On a 30% de nos écoles qui sont délabrées. On a une école qui reproduit les inégalités sociales alors qu'avant elle les corrigeait. Et le combat, s'il faut augmenter les professeurs, diminuer le nombre d'élèves par classe, il faut investir dans l'éducation et dans l'école, c'est fondamental parce que l'école fait la France. La France a été construite par l'école.

19:30
Présentateur

Très bien. Alors je propose qu'on donne la parole à Bernard, au standard de France Inter. Bonjour, bienvenue Bernard. Vous avez une question importante à poser puisque maintenant la difficulté pour vous, Raphaël Glucksmann, ça va être de rassembler la gauche. Allez-y Bernard.

19:42
Invité

Bonjour Bernard. Oui, bonjour M. Glucksmann, bonjour à tous. Nous sommes nombreux à vouloir que ce soit nos idées de gauche qui arrivent au pouvoir, des valeurs humanistes, sociales, écologiques et démocratiques. Et à gauche, du NPA jusqu'à place publique, on les défend ces valeurs. On dit à peu près tous la même chose. Alors pourquoi ne pourriez-vous pas tous vous mettre autour d'une même table, parler programme et faire de nos désaccords minimes, je le rappelle, des solutions fécondes ? Pourquoi ne pas constituer une équipe de gouvernement et laisser les citoyens et citoyennes désigner celui ou celle qui fera le job ? C'est tout simple.

20:20
Présentateur

Réponse de Raphaël Glucksmann. Merci Bernard pour votre question. Réponse courte parce qu'on arrive vraiment à la fin.

20:24
Raphaël Glucksmann

Nous allons nous mettre autour d'une table. Nous allons discuter. Je vous invite le 13 juin au doc de Paris, à Aubervilliers. Vous verrez qu'il y aura des milliers de personnes qui partagent ces valeurs humanistes et cette vision de la France et du monde. Mais par contre, il n'y aura pas un seul candidat de gauche pour une raison très simple. C'est qu'avec Jean-Luc Mélenchon, nous avons des divergences tellement fortes, des visions du monde tellement opposées que ce ne sera pas possible. Par contre, sur le reste de l'espace politique de gauche, il faut qu'il y ait une seule candidature. Et c'est ce à quoi je vais œuvrer sans relâche, sans délai, dès aujourd'hui.

21:03
Présentateur

Et il nous reste quelques secondes, Raphaël Glucksmann. François Hollande, il dit la même chose que vous. Il est sur le même espace que vous. Il pense à peu près la même chose que vous. Est-ce qu'il ne serait pas un meilleur candidat que vous ?

21:11
Raphaël Glucksmann

J'ai entendu qu'il se prépare et j'en suis très content. Vous savez pourquoi ? Parce que je pense que tout le monde doit se préparer. Parce que cette élection est fondamentale. On joue l'avenir de notre nation. Je ne laisserai pas la France basculer dans le camp du poutinisme, dans le camp du trumpisme, dans le camp de la xénophobie. Et nous sommes l'alternative. Nous allons gagner cette élection. Et j'aimerais convaincre les électrices et les électeurs de gauche. On n'y va pas pour être premier à gauche. Ça ne m'intéresse pas. On ira pour gagner l'élection et transformer la France.

Faire en sorte qu'elle soit à nouveau cette promesse de justice à celles et ceux qui ont besoin de la politique pour vivre. Parce qu'ils sont victimes des inégalités. Et c'est cela la clé de tout. Ma volonté est inébranlable. Rien ne m'empêchera d'ouvrir.

21:53
Présentateur

Merci Raphaël Glucksmann d'être venu au micro d'Inter ce matin. La revue de presse est suivante.

21:57
Raphaël Glucksmann

Merci à vous.

"J'ai envie de me battre pour la France", affirme Raphaël Glucksmann sans annoncer de candidature — Raphaël Glucksmann · Pourquijevote