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Podcast / conversationFrance Inter — Le téléphone sonne (sur Site radio)· 17 mars 2022 37 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsImmigration & asileSolidarités & familleJustice

Accords d’Evian, 60 ans de non-dits

Source d'origine 4 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:01OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est vous, Philippe, qui avez fini par arriver à faire parler votre père ?

  • 4:47OuverteRéponse directe

    Quand on entend l'émotion encore intacte de Philippe, ça dit tout ce que vous avez travaillé sur la difficulté pour les appelés à expurger cette histoire ?

  • 5:57OuverteRéponse directe

    Pourquoi il y a cette absence totale de narration selon vous ?

  • 6:27OuverteRéponse directe

    Comment vous l'entendez, vous, Slimane Zeguidour, ce genre de témoignage ?

  • 8:55OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il y a cette espèce d'ambivalence que vous traînez, vous aussi, toujours ?

  • 12:59OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il peut vraiment exister, en fait, un grand discours sur la guerre d'Algérie qui reflète toutes les mémoires ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:21PrésentateurFait
    « La colonisation crime contre l'humanité d'Emmanuel Macron, on se souvient de ce que ça a provoqué. »
  • 0:26PrésentateurFait
    « Il y a aussi la reconnaissance de la responsabilité de la France dans la mort de Maurice Audin après la bataille d'Alger. »
  • 0:45PrésentateurPromesse
    « Il a fait savoir également s'il était réélu qu'il y aurait un hommage aux appelés. »
  • 30:35PrésentateurFait
    « Il y a eu une cruauté coloniale dans la conquête, des humiliations fréquentes, peut-être même quotidiennes. »

Temps de parole

  • Présentateur24 %
  • Invité24 %
  • Présentateur 223 %
  • Auditeur8 %
  • Locuteur non identifié6 %
  • Locuteur non identifié 26 %
  • Auditeur 25 %
  • Locuteur non identifié 32 %
  • Locuteur non identifié 42 %

1,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter, 18-20, Fabienne Synthès. Nul n'ignore combien les relations avec notre pays voisin d'Algérie sont parfois difficiles. Nul n'ignore non plus que les tentatives récentes de rapprochements mémoriaux ont été compliquées. Combien chaque initiative est différemment interprétée ? La colonisation crime contre l'humanité d'Emmanuel Macron, on se souvient de ce que ça a provoqué. Il y a aussi la reconnaissance de la responsabilité de la France dans la mort de Maurice Audin après la bataille d'Alger. Le pardon au Harkis, mais rien n'est simple.

Même cette commémoration que l'on prend soin de ne pas appeler célébration, même cette commémoration des accords des Viens provoque des remous chez les pieds noirs. Cette fois qu'ils veulent ajouter combien l'entrée en vigueur du cessez-le-feu n'a pas mis fin aux violences, notamment en rue Disly, massacre déjà qualifié comme impardonnable par le président Macron. Il a fait savoir également s'il était réélu qu'il y aurait un hommage aux appelés. Bref, pour calmer les blessures mémorielles, il en faut pour tout le monde. Et ce soir, trois générations après les accords des Viens, nous allons essayer de voir ce qu'il en reste pour vous.

Justement, la dernière génération de tous ces dits et ces non-dits qui ont traversé ces 60 ans. À vous, le fils d'appelé que vous a raconté votre père. Vous, le fils ou la fille de Harkis. Dans quelle mémoire avez-vous grandi ? Fils ou fille de pieds noirs ? Qu'est-ce qui vous est transmis ? Fils ou fille de combattant algérien ? Qu'est-ce que vous gardez ? Vous aussi, essayons ça ensemble au Téléphone Son ce soir et soyez les bienvenus. Le Téléphone Son, 01-45-24-7000. Le premier, c'est vous, Philippe. Bienvenue et bonsoir.

1:33
Auditeur

Oui, bonsoir. Bonsoir à toute l'équipe. On vous écoute, Philippe. Donc, moi, je suis un enfant d'appelé du contingent qui est parti pendant quelques 18 mois dans le secteur de Bougie, enfin, Béjaya. Mon père nous a toujours... Enfin, il essayait toujours de contourner les questions qu'on pouvait lui poser autour de son séjour en Algérie en tant qu'appelé. Et il a su attendre quasiment 45 ans pour qu'il se livre un petit peu. C'est-à-dire qu'il nous avait raconté quelques histoires pour ne pas nous effrayer, je pense. Nous dire qu'effectivement, bon, il avait accompagné quelques convois qui s'étaient fait tirer dessus, que ceci, que cela.

Mais bon, qu'il était avant tout un mécano qui réparait des chips, des abstraques, enfin, bon, du matériel militaire, quoi. Et voilà. Et puis, bon, 45 ans plus tard, il a fallu que... Enfin, on sache qu'il m'avoue qu'effectivement, il était tireur d'élite. Et donc, à l'issue de ça, mon père est décédé depuis. Et puis donc, j'en ai discuté avec ma mère. Ma mère m'a bien stipulé qu'effectivement, l'homme qu'elle a connu avant son départ en Algérie et l'homme qu'elle a connu après le 4 novembre 1962, date de ce retour en France à Marseille, c'était un homme complètement différent.

3:01
Présentateur

Et est-ce que c'est vous, Philippe, qui avez fini par arriver à faire parler votre père ? Ou est-ce qu'il a choisi un moment particulier et qu'il a fini par vous dire tout ce qu'il avait gardé pour lui toutes ces années-là ?

3:11
Auditeur

En fait, j'ai fait une sorte de chantage et de pression. C'est-à-dire que je lui ai dit que je savais, alors que je ne savais absolument pas ce que son père, à lui, avait vécu. Mon grand-père a été envoyé au STO.

3:26
Présentateur

Respirez un grand coup, Philippe.

3:32
Auditeur

Oui. Donc, il a été envoyé au STO. Et il a fini en Norvège. Et en Norvège, il a réussi à s'échapper. Il est rentré. Il est rentré en France. Enfin, bon, en faisant un event en Angleterre, ils ont embarqué avec un de ses camarades sur un...

3:57
Présentateur

Ce qu'on entend, Philippe, et je ne veux pas vous laisser au milieu de cette très grande émotion, ce qu'on entend chez vous, c'est que ça vient de loin aussi, cette émotion-là, et que les noms-dits de votre père, ils parlent aussi de l'histoire de votre grand-père. Et je ne veux vraiment pas ni vous embêter, ni vous laisser déverser cette émotion si vous ne le souhaitez pas. Et en tout cas, on vous remercie vraiment pour votre témoignage, pour discuter ensemble jusqu'à 20h. Raphaël Branche est avec nous. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris-Nanterre. Vous avez écrit « Papa, qu'as-tu fait en Algérie ?

» On est directement dans ce que vient de nous dire Philippe, qui est édité chez La Découverte. Vous avez écrit aussi « Anguerre » pour l'Algérie, « Guerre » avec un pluriel séché talentier. Slimane Zeguidour est là aussi. Bonsoir, monsieur Zeguidour. Bonsoir. Vous êtes éditorialiste pour TV5Monde. Vous avez, vous, écrit « Sors la route t'attend » publié aux Arènes. C'est vers vous que je vais me tourner, Raphaël Branche.

Quand on entend l'émotion encore intacte de Philippe, quand il parle de son père et aussi de son grand-père, ça dit tout ce que vous avez travaillé, vous, et toute l'énorme difficulté pour les appeler, et donc les fils d'appelés, à expurger cette histoire-là et enfin la raconter. C'est même très étonnant, trois générations après, en fait. Enfin, en tout cas, moi, ça m'étonne toujours. Pas vous, visiblement.

5:10
Invité

Non, pas forcément. Ça ne m'étonne pas forcément. Mais merci, en tout cas, Philippe, de ce témoignage, parce qu'il dit, effectivement, on entend bien trois générations d'hommes, et il s'agit bien de ça. On a parfois une vision des appelés en Algérie trop myopes, et on s'arrête sur l'expérience algérienne, alors que, bien souvent, leurs pères ont été combattants dans la Deuxième Guerre mondiale, et leurs grands-pères dans la Première Guerre. Et c'est toute cette histoire-là qui est présente aussi quand les fils partent en Algérie faire ce qui n'est pas du tout officiellement, à l'époque, une guerre.

5:42
Présentateur

Mais moi, je suis frappée par, effectivement, et alors, on le verra, parce qu'on le verra avec certains pieds noirs, on le verra aussi avec certains harkis, je suis frappée par l'absence de narration, en fait. Et donc, c'est peut-être pour ça que c'est si compliqué aujourd'hui. On a l'impression qu'il faut refaire tout ce chemin d'un seul coup, et c'est beaucoup trop lourd. Pourquoi il y a cette absence totale de narration, selon vous ?

6:00
Invité

Il n'y a pas forcément une absence totale de narration, mais il y a beaucoup de silence et beaucoup de fragments. Donc, c'est compliqué, après, de refaire le fil, de retisser, parfois, entre des mots et par. Et là, ce qu'on a entendu dans l'émotion de Philippe, évidemment, je ne le connais pas, je ne sais pas, mais c'est qu'effectivement, on est traversé. On est traversé par des choses qui viennent du passé, sur lesquelles on n'a pas forcément de prise. Donc, évidemment, refaire un récit fluide, et ça aide.

6:24
Présentateur

Comment vous l'entendez, vous, Slimane Ziguido, ce genre de témoignage ? Et surtout, ce que, Raphaël Ponch dit que ce n'est pas une absence de narration, mais cette difficulté qui a tellement de mal à sortir, précisément parce qu'elle a 60 ans d'âge. Aujourd'hui, on a l'impression qu'il faut tout donner d'un coup, désormais. Comment vous, vous l'entendez ? J'ai l'impression qu'il y a des silences qui, certains parents, notamment des appelés, ces silences ont dû être vécus par leurs enfants comme une blessure silencieuse et que ce silence cachait une véritable tragédie.

Et donc, les enfants ont dû vivre avec ce point d'interrogation, cette curiosité redoutable, parce qu'ils ont toujours peur de trouver quelque chose. Mais je le vois, par exemple, avec mes fils. Moi, j'ai grandi dans un camp de regroupement, que je raconte dans le livre que vous venez de citer, par le menu, le quotidien d'une vie dans un camp de regroupement, sous le contrôle de tirailleurs sénégalais, de légionnaires... Et il faut raconter pourquoi vous étiez dans ce camp-là, parce qu'il y a eu cette période pendant la guerre où, pour éviter les accointances, on va le dire comme ça, entre le FLN et les villageois, on vide les villages, en fait.

Donc, on vous a fait descendre de votre cabili pour vous mettre dans une sorte de camp. C'est ça. Il y a 2,5 millions de paysans, c'est-à-dire la moitié de la paysanerie algérienne, qui a été arrachée à ces hameaux enclavés pour être parqués dans des camps. Et d'ailleurs, des camps assez paradoxaux, parce que c'était des camps d'isolement, de délitement mental, mais en même temps, en même temps, comme c'était des lieux de guerre psychologique où la France voulait montrer le meilleur d'elle-même. Et c'est ainsi que j'ai pu être, moi-même, soigné de la tuberculose et que j'ai pu apprendre à lire et à écrire grâce à des bidasses.

Donc, je vous disais tout à l'heure, cette histoire, mes enfants, j'ai trois fils qui sont nés à Paris, ils sont adultes, je sens leur propre pudeur à me demander de leur raconter l'histoire. Et je dois dire que moi-même, qui suis intarissable, comme je le suis maintenant sur cette histoire, je suis très gêné de la raconter à mes enfants, comme si j'avais peur de susciter chez eux de la douleur. Mais gêné pourquoi, d'ailleurs ?

Est-ce que c'est parce que, à la fois, vous subissez cette guerre, vous êtes déplacés, vous, Algériens, et en même temps, comme vous avez le soin et vous avez l'éducation, c'est très très compliqué parce qu'au fond, à la fois, c'est merci la France et pas merci la France. Est-ce que c'est pour ça aussi qu'il est compliqué, votre récit, y compris vis-à-vis de vos enfants ? Est-ce qu'il y a cette espèce d'ambivalence que vous traînez, vous aussi, toujours ? Oui, alors, c'est une vraie ambivalence. Vous avez raison, parce que, pour moi, les premiers Français que j'ai vus, ce sont des militaires, des bidasses.

J'ai vu des civils français seulement après l'indépendance comme le sont partis à Alger. Donc, j'ai cette ambivalence, mais elle n'est pas conflictuelle chez moi. Je crois que ce qui me retient vis-à-vis de mes enfants, c'est comme si j'avais peur de leur transmettre les souffrances que j'ai vécues et, peut-être par une forme de paternalisme, c'est comme si je l'ai supposé comme moins armé que moi pour digérer ce que moi j'ai pu digérer et surmonter. Pardon, quel âge ils ont, vos enfants ? Parce que je me demande s'il y a un moment... 33 ans, 30 ans et 28 ans. Et bien voilà, donc ils ont l'âge de vous l'avoir réclamé, pourtant, cette histoire.

Et je suis étonné, au fond, qu'ils ne voulaient pas réclamer. Maintenant, vas-y, dis-nous exactement, raconte-nous exactement. Et bien, ils ne me l'ont jamais demandé sur le livre que j'ai écrit, seul l'aîné. Et pourtant, je leur ai dédicacé ce livre en leur disant, afin que vous sachiez. L'aîné l'a lu, le cadet est en train de le lire et le Benjamin, pas encore. Mais les documentaires qui viennent de passer, notamment le documentaire de Raphaël Branche, ils sont en train de le regarder par petites doses, à la petite cuillère.

C'est intéressant, dans le documentaire de Benjamin Stora qui a été diffusé en début de semaine sur France 2, vous dites cette phrase que je trouve incroyable, vous dites, la France, elle te fait souffrir et elle te soigne. Oui, c'est mon père qui l'a répété tout le temps. La France, elle te blesse et elle te soigne. Et c'est vrai que nous avons cette double image de la France, mais pour moi, elle n'est plus contradictoire. C'est la vie. J'ai été ensuite reporter où j'ai couvert une quinzaine de conflits et j'ai toujours été attentif à voir derrière la violence, la jactance des propagandes, la petite lumière d'humanité et il y en a toujours.

Et en fait, la guerre, c'est le pire de l'homme mais c'est aussi le meilleur. Raphaël Branche, est-ce que vous avez le sentiment que effectivement, les générations sont passées, on est à la troisième et que celle-ci, elle demande, non pas des comptes, mais elle demande le récit, elle demande l'histoire ou pas ?

11:02
Invité

Alors oui, la génération des enfants, elle est en souffrance de ces silences ou de ces histoires fragmentaires et de ces interrogations auxquelles elle ne trouve pas de réponse, sans toujours savoir qu'elle est en souffrance de ça par ailleurs. C'est très net, c'est beaucoup plus facile pour les petits-enfants. Je ne sais pas de quelle génération vous parlez, mais la génération des petits-enfants, donc la quatrième plutôt, celle-là, elle a plus d'armes pour questionner, d'une certaine manière, elle a plus de distance aussi parce que c'est aussi une histoire des pères, cette affaire.

Et donc l'image du père et quel père on souhaite être et quel père on peut être, à quel point on peut être différent du père qu'on a mis en scène quand on était le père de ces enfants petits et maintenant ils sont adultes. Ça pose toute cette question-là qui n'a pas encore été assez connue. C'est plus simple quand on est grand-père, manifestement, en tout cas en France, de répondre aux questions des petits-enfants qui sont des questions plus à distance d'une certaine manière.

11:59
Présentateur

Plus de quelque chose d'historique et de moins émotionnel en fait, est-ce que c'est ça que ça veut dire ? Toujours émotionnel,

12:03
Invité

ça reste les grands-parents, mais avec plus de connaissances extérieures qui ont été léguées par l'école en particulier et qui leur permettent de questionner.

12:11
Présentateur

Ça je crois que c'est très très vrai parce que les enfants se sentent beaucoup plus à l'aise avec leur grand-père qu'avec leur père. Je voudrais là-dessus justement qu'on rejoigne Nabil Jarfi qui est avec nous. Bonsoir Nabil.

12:23
Locuteur non identifié

Bonsoir, bonsoir.

12:24
Présentateur

Vous êtes fils de Harki, Nabil, vous êtes surtout membre du groupe Regards de la jeune génération sur les mémoires franco-algériennes et vous avez interpellé et écrit des choses qui sont extrêmement intéressantes et vous dites notamment que votre volonté, ce que vous vouliez, ce qui s'est dégagé au fil des discussions de ce groupe où il y avait des fils, des petits-fils de Harki, de Pieds-Noirs, d'anciens combattants du FLN, etc. Vous dites la volonté d'un grand discours sur la guerre d'Algérie qui reflète toutes les mémoires et au fond, c'est ce grand manque qui existe aujourd'hui parce que ce discours-là, il n'existe pas.

Mais ce que j'ai envie de vous demander, Nabil, c'est est-ce qu'il peut vraiment exister, en fait ?

13:01
Locuteur non identifié

Alors, oui, totalement, totalement, totalement. En termes de récits, alors déjà, tout d'abord, je rejoins énormément vos auditeurs qui, justement, qui disaient, juste au titre, qu'il y a un problème dans la narration et le récit de la guerre d'Algérie, plus que peut-être dans la mémoire de la guerre d'Algérie, parce qu'en fait, il faut bien aussi remettre ça dans le contexte. On a un gros problème pour parler et transmettre cette mémoire. le fait d'avoir tout ce tabou, en fait, contribue nécessairement à la mauvaise... Ah ben, ça m'a... Excusez-moi, excusez-moi. Je vous en prie, j'ai cru qu'on vous avait perdu. À la mauvaise transmission de ce qu'il s'est passé, en fait.

Et ce manque de narration, justement, produit des effets qui sont extrêmement néfastes pour la mémoire. Cultiver un tabou, c'est jamais bon pour notre société. Et si vous me permettez, si vous me permettez un peu cet égard dans un sens peut-être un peu plus politique et historique, je pense que ça a tout à voir non pas avec la difficulté mémorielle que peut représenter la guerre d'Algérie, mais dans le traumatisme que cette guerre a laissé dans les institutions politiques aujourd'hui. Il est évident, c'est peut-être assez choquant aujourd'hui de le rappeler, mais la guerre d'Algérie est quand même fondatrice du résumé politique français aujourd'hui.

Donc, nécessairement, je ne comprends pas qu'on puisse aujourd'hui penser que le tabou viendrait du fait que ce soit dur. Alors, bien évidemment, en termes personnels et d'identité, c'est sûr que c'est un tabou qui est nécessairement humain d'abord, avant tout, mais c'est évident qu'il y a une question hautement politique derrière.

14:38
Présentateur

là-dessus, il y a deux choses, en fait, Raphaël Branchevou, l'historienne, sur le rapport avec les institutions politiques aussi, et puis, juste avant, Nabil a eu cette phrase, il parle d'une mauvaise transmission de ce qui s'est passé, mais le problème, c'est que dans cette histoire, si on s'adresse à un Harki, si on s'adresse à un ancien combattant du FLN, si on s'adresse à un pied noir, si on s'adresse à un appelé, on n'a pas le même récit. Donc, à aucun moment, on n'a le sentiment que le vrai récit, pardon, j'y mets des guillemets, ait été fait, mais au fond, pareil, je ne sais pas s'il existe, ce vrai récit, en fait.

15:11
Invité

Alors, là, vous parlez à une historienne, donc, quand même, je pense qu'on ne fait pas des récits en fonction d'eux. On fait un récit, il vient de quelque part, ce récit, bien sûr.

15:21
Présentateur

J'entends, mais dans la perception aussi de ceux qui l'ont vécu, on a l'impression, et on va le voir au fil de nos questions, que chacun a toujours son propre récit. On va distinguer le récit mémoriel,

15:32
Invité

le récit d'identité, le récit identitaire, par définition, il est singulier, ou il est collectif, mais il est spécifique. Et dans la série à laquelle vous avez fait référence, en guerre pour l'Algérie, on a précisément essayé de donner la parole à un panel très, très large de récits, justement, de faire entendre des voix singulières, mais de toutes ces voix singulières, on peut faire un récit collectif d'une autre nature.

Donc, soit il est politique, et ça, c'est le rôle du pouvoir politique s'il veut s'en emparer, soit il est scientifique, et c'est plutôt ça que moi j'essaie de faire, un récit qui parle à tout le monde en essayant d'expliquer comment les choses se sont passées et pourquoi elles se sont passées comme ça, sans distribuer des bons points ou des mauvais points et sans dire qui a tort ou qui a raison, simplement en situant des choses. Et ce récit scientifique, ça fait quand même 30 ans qu'on l'écrit. Donc, il existe, il est là. La question, c'est pourquoi est-ce qu'éventuellement on a le sentiment qu'il n'est pas entendu ou pourquoi est-ce qu'on répète en permanence qu'il n'existe pas ?

C'est mieux formulé puisque c'est ce que je viens de faire. Vous avez bien raison. Il est transmis dans les écoles pendant très longtemps. À chaque fois qu'il y avait un film qui parlait de la guerre d'Algérie, les journaux titraient le premier film sur la guerre d'Algérie. Des premiers films, il y en a eu 50. Donc, c'est plutôt ça la question.

16:41
Présentateur

Mais est-ce qu'il est vraiment transmis ? Par exemple, vous, Nabil Jarfi, qu'est-ce que vous avez pris à l'école de la guerre d'Algérie ?

16:48
Locuteur non identifié

Alors, absolument, rien du tout. Pardon, vous avez quel âge Nabil ? Absolument, rien du tout. Excusez-moi, je pense qu'on m'entend un peu mal. Oui, si, je vous entends.

16:55
Présentateur

Et vous avez quel âge Nabil ? Pardonnez-moi.

16:58
Locuteur non identifié

25 ans. D'accord, ok. 25 ans. Et la première fois que j'ai entendu l'histoire du récit de la guerre d'Algérie à travers une dimension peut-être universitaire, c'était lors de mon première licence. Donc, c'était vraiment un peu tard dans l'histoire et j'étais en licence de langues et civilisations orientales. Donc, c'est pour ça que j'ai dû passer par là. Mais sinon, je me suis rendu compte que ma génération, il était possible pour ma génération de passer toute une partie de leur scolarité sans entendre parler de la guerre d'Algérie. Et je trouvais ça quand même très problématique.

17:27
Présentateur

Je pense que ma génération aussi, j'ai deux fois votre âge et ma génération aussi a pu passer au travers de récits scolaires sur la guerre d'Algérie. On a progressé là-dessus ? Raphaël Branche ? La guerre d'Algérie

17:38
Invité

est au programme de Terminal Général depuis 1983. Donc, à l'époque où elle était au programme, il y avait très peu de travaux d'histoire et elle était déjà là. Et elle est très très présente.

17:48
Présentateur

J'ai passé le bac après.

17:49
Invité

Elle est très très présente en Terminal depuis longtemps mais alors évidemment la taille des programmes d'histoire est monstrueuse. L'histoire avance et donc se remplit depuis la chute du mur en particulier. Donc, la part qu'on peut consacrer à la guerre d'Algérie qui n'est que la séquence finale de 130 ans de colonisation par ailleurs est évidemment très faible et les enseignants peuvent faire aussi des choix. Donc, tout ça explique cela mais quand on regarde les programmes elle est présente.

Mais bon, une fois qu'on a dit ça ce n'est pas satisfaisant si les gens ont l'impression qu'on ne leur a jamais parlé de la guerre d'Algérie c'est plutôt encore une fois ça qu'il faut questionner et pourquoi est-ce qu'on a cette impression ? Parce que sans doute on n'y trouve pas les réponses qu'on attend. Sans doute on a une vision pendant longtemps on l'a enseigné comme des histoires de relations internationales. Quand on se pose des questions sur ce qu'a fait son père on n'a pas la réponse en cours.

18:33
Présentateur

De toute façon elle a été déclarée comme guerre légalement en France juridique qu'en 1999 jusque-là il n'y avait pas officiellement de guerre d'Algérie.

18:45
Invité

Dans les programmes scolaires on parlait de guerre

18:47
Présentateur

ça c'était un paradoxe. Dans les programmes scolaires on a pris les devants effectivement. Mais par exemple en Algérie il n'y a pas jusqu'à maintenant un narratif de la guerre d'Algérie des 7 ans ne serait-ce que des 7 ans de la guerre d'Algérie je ne parle pas je ne remonte pas au-delà il n'y a pas encore jusqu'ici un narratif complet qui fasse consensus jusqu'à maintenant.

Il y a beaucoup plus un discours incontatoire anticolonialiste de dénonciation des horreurs de la colonisation mais il n'y a pas une histoire au jour le jour une histoire des les seuls quand il y a des séminaires d'écriture de la révolution pas de la guerre d'indépendance c'est seulement et surtout d'anciens moudjahides qu'on emmène pour raconter leur histoire comme si la guerre d'Algérie n'était qu'une suite une succession d'accrochages et d'escarmouches militaires qui n'y a pas eu des déplacements des veuves des orphelins donc il y a par exemple dans le dernier documentaire de Raphaël Branch sont interrogés des témoins visuels de la guerre d'Algérie ces témoins vivent encore sont très vieux vivent en Algérie et bien combien d'historiens ou de journalistes algériens sont allés les voir presque pas il a fallu que ce soit une télévision française qui aille les interroger il y a comme une sorte d'incuriosité algérienne mais ça s'explique parce que d'impossibilité politique non enfin il y a un discours aussi politique derrière mais il y a aussi à la génération qui a dirigé l'Algérie qui dicte aussi cette impossibilité non il y a ça mais il y a aussi la censure par exemple quand Bembella a été renversé en 1965 de 1965 renversement du coup d'état donc du colonel Boumediene au début des années 80 les noms des grandes figures de la guerre d'indépendance Boudiaf Krim Belkacem signataire des accords déviants et Daït Ahmed qui sont quand même des figures historiques il était interdit de les citer dans les médias même pour les maudire c'est à dire qu'ils ont été occultés un peu comme Staline occulté dans les photos les images de Trotsky et il a fallu c'est à dire que pendant 15 ans 15 ans les Algériens des écoles n'ont pas entendu parler de quelques grands imaginez par exemple des manuels français qui ne parlent ni de Leclerc ni de Jean Moulin pendant 15 ans je voudrais qu'on retourne au stand à retrouver Sylvie bonsoir Sylvie bonsoir on vous écoute

21:37
Locuteur non identifié

oui j'ai prêté l'oreille bien sûr à l'émission j'ai l'impression que je ne vais pas élever le débat mais si allez-y voilà simplement j'ai 56 ans j'ai appris lorsque j'avais 17 ans que j'étais une pathos je ne savais pas ça voulait dire tout simplement que j'étais née en France voilà mon frère a 60 ans il est né en Algérie il a été caché bébé il a pris l'avion dans des conditions très particulières et ce que je disais c'est que pour nous la guerre d'Algérie il fait d'être une famille de pieds noirs tout se situe entre l'expression et un réel travail d'expression auquel je souhaite vraiment participer auprès de mon père et une part de tabou aussi voilà donc vraiment il y a ces deux pôles c'est très particulier et je pense que le récit on parle de récit historique le récit se fera par la par la petite porte voilà ça sera l'histoire avec un un accès très privé

22:52
Présentateur

et la tentation Sylvie à l'âge que vous avez vous d'y aller par exemple d'aller en Algérie voir est-ce que vous l'avez eu

22:59
Locuteur non identifié

ouais j'y ai pensé j'y ai beaucoup pensé je sais que mes parents n'ont pas voulu revenir j'y ai beaucoup pensé là c'est vrai que j'ai eu beaucoup d'émotions lorsque je suis allée au Maroc mais la lumière dont j'ai toujours entendu parler les lieux dont j'ai entendu parler mais je ne suis pas certaine la priorité ce serait là de collecter récits et de d'écrire voilà

23:25
Présentateur

et bien écoutez faites-le Sylvie interroger interroger vraiment

23:31
Locuteur non identifié

ça se fait ça se fait assez régulièrement c'est fabuleux c'est très intéressant mais il y a beaucoup de choses qui se transmettent dans la famille donc un déracinement une pudeur des silences des colères et ça ça se transmet au-delà de au-delà de nous voilà

23:50
Présentateur

merci beaucoup pour ce témoignage Sylvie Raphaël Branche j'aime bien quand Sylvie nous dit c'est quelque part entre expression et tabou en fait on est dans ces

23:58
Invité

deux extrémités en fait je pense que il y a une notion ça me fait penser à la notion de post-mémoire d'une chercheuse qui s'appelle Marianne Hirsch et sur laquelle moi j'ai aussi un peu travaillé dans le livre Papa qu'as-tu fait en Algérie en parlant des enfants créateurs les enfants créent avec leur imaginaire comme tous les créateurs un imaginaire sur la vie de leurs parents leurs parents avant eux et de cet imaginaire moi je crois beaucoup effectivement à la vertu libératrice pour ceux qui créent et pour celles qui créent mais aussi pour ceux qui profitent de leur création sur l'Algérie beaucoup de créations c'est 10-15 ans dans tous les domaines artistiques sont le fait d'enfants dont les parents sont morts ou pas parfois ils le sont et ça libère aussi une énergie créatrice donc effectivement et ça nous apporte beaucoup je pense que comme société on a besoin de ces créations culturelles pour arriver à dire et à articuler des souffrances intimes qui ne concernent pas que la famille de X ou la famille de Y mais qui nous parlent à tous

25:01
Présentateur

Siem est avec nous bonsoir Siem oui bonsoir on vous écoute

25:05
Auditeur

Alors moi j'ai 52 ans je suis en France depuis que j'ai 26 ans donc à partir de maintenant je vais commencer à avoir passé plus de temps ici qu'en Algérie et moi mes parents en fait ont vécu la guerre d'Algérie assez durement puisque ma mère quand elle était adolescente a vu sa maison brûler par l'OAS mon père son propre père donc mon grand-père que je n'ai jamais connu était membre du FLN il était tailleur et imam et c'est un monsieur qui a été embarqué un matin alors qu'il allait travailler par l'armée française il a été torturé enfin mes parents mon père et ses frères et soeurs l'ont su après de longues années d'investigation parce que l'histoire en fait au début c'était un monsieur qui disparaissait en allant au travail le matin qu'on n'a jamais revu il n'y a jamais d'époux il ne reste tout il laissait une fratrie de 5 enfants dont mon père était l'aîné il n'avait que 8 ans et bon des années après ça a été réhabilité il y a une rue qui porte son nom assez tif et moi en fait je voulais apporter un témoignage en disant que je n'ai jamais entendu mes parents ni mon père ni ma mère avoir un discours ni de ressentiment ni de d'aigreur ou de rancœur vis-à-vis de la France ce que je trouve à postériorité assez extraordinaire parce qu'ils auraient pu être dans une espèce

26:24
Présentateur

de rancœur

26:26
Auditeur

de rancœur oui ou de haine ou par exemple nous reprocher à nous leurs enfants de nous être installés en France d'être devenus vraiment français c'est-à-dire d'aimer vraiment ce pays alors il n'y a aucun déni dans notre famille on sait tous que voilà mon grand-père a été torturé par les français il est mort dans des conditions probablement atroces etc la maison de ma mère a été brûlée etc mais en même temps qu'il n'y a pas de déni il n'y a pas de rancœur alors je ne sais pas d'où ça vient ce n'est pas une famille spécialement équilibrée ou brésiliente ils ont peut-être plein d'autres névros alors qu'ils n'ont pas focalisé sur celle-là c'est peut-être ça l'histoire mais je me dis que finalement les traumatismes c'est un peu ce qu'on en fait et en tout cas dans cette famille-là la mienne il n'y a aucun il n'y a aucune ardoise avec la France c'est très étonnant et moi je n'en ai aucune et mes enfants connaissent aussi cette histoire j'espère qu'ils la connaissent bien il faudrait que je leur repare parce que là c'est l'occasion j'écoute votre émission et je me dis que peut-être on n'en parle pas suffisamment mais voilà donc je me dis que c'est possible en fait tout en connaissant la réalité et elle n'est pas belle dire voilà c'est terminé on passe à autre chose on a fait nous le choix délibéré, volontaire et éclairé de venir vivre ici et on ne garde rien de ce passé qui a très certainement été douloureux pour nos grands-parents moi je ne les ai pas connus mais ça n'empêche pas en fait une vie une vie sereine en fait avec la France

27:49
Présentateur

Merci beaucoup Syème Slimane Ziguidour elle dit je n'ai pas d'ardoise vous non plus vous n'avez pas d'ardoise vraisemblablement Non Non parce que malgré l'injustice du système colonial malgré l'inégalité juridique quotidienne il n'y a pas un Algérien qui n'a pas eu son quart d'heure d'amitié avec un Européen d'Algérie parce qu'il y avait les infirmiers il y avait les religieuses il y avait les curés et moi j'étais dans un camp où j'ai été instruit j'ai appris à lire et à écrire avec deux bidasses et j'ai été soigné par des infirmiers qui étaient en uniforme et je dois dire à tête reposée aujourd'hui qu'ils étaient d'une humanité irréprochable vis-à-vis de moi ce sont eux qui m'ont valorisé donc c'est toute cette ambivalence qui a fait que effectivement bonhomme allant le peuple français et le peuple avec lequel les Algériens ont versé le plus de sang mais c'est aussi le peuple avec lequel ils ont le plus mélangé leur sang matrimonialement pour créer de la vie et Raphaël quand j'entends Slimane Zegidour quand j'entends le témoignage de SIEM aussi je me dis mais ça ne devrait pas être si compliqué ça ne devrait pas avoir mis 60 ans et s'expurger tout ça parce qu'on entend des choses qui sont extrêmement simples et faciles de vie de tous les jours de zéro ressenti de zéro ardoise

29:22
Invité

absolument c'est bien ça la différence entre les peuples et les états et les régimes entre la France et l'Algérie dont on nous dit qu'ils sont un réconciliable qu'elles sont un réconciliable irréconciliable alors qu'en fait quand on demande aux gens alors qu'au fond on n'a jamais été fâchés mais c'est pas du tout ça qu'on constate c'est pour ça que moi je suis très agacée par l'expression de guerre de mémoire par exemple je ne pense pas du tout que les mémoires soient en guerre que les mémoires soient différentes c'est évident mais la différence c'est la beauté la polyphonie on en a tous besoin donc c'est pas du tout la même chose et là on entend aussi une différence entre la France les français la France la France coloniale et toutes ces nuances ont permis que les individus puissent à la fois dire j'ai été torturée par exemple par un militaire français et en même temps je fais le choix d'épouser une française moi j'ai rencontré des anciens maquisards de la Hélène qui avaient subi les pires choses qui n'avaient aucune parole de haine effectivement à mon étonnement parce que je me disais comment est-ce qu'on peut et qui parlaient français avec moi m'avaient rencontrée et pour certains avaient fait des choix de vie en France donc on est dans des choses qui sont pas du tout binaires

30:34
Présentateur

il y a eu il y a eu une cruauté coloniale dans la conquête des humiliations fréquentes peut-être même quotidiennes mais il n'y a pas eu que ça c'est-à-dire qu'il y a eu un coudoiement un frottement quotidien qui a fait que la gamme des sentiments qui peuvent naître entre des gens qui finissent par se ressembler parce que c'est quoi les français d'Algérie majoritairement ce sont quoi des Andalous des Maltais et des Siciliens c'est-à-dire des gens qui avaient déjà connu une occupation arabe qui avaient des têtes d'arabes et Germain Tillon disait qu'ils avaient probablement plus de 100 arabes que les Algériens il y avait un cousinage il y avait juste cette inégalité juridique deux systèmes juridiques sur le même territoire qui créaient des frictions mais qui n'empêchaient ni l'amitié ni la camaraderie ni le bon voisinage mais du coup Raphaël Branche ce débat sur les excuses qui revient constamment qui a l'air d'être la vraie ligne de frottement est-ce que alors là pour le coup oui un vrai débat politique en fait dont on devrait se sortir parce qu'il provoque ces frottements-là ou est-ce que c'est important finalement ces mots-là et important pour qui surtout ?

31:41
Invité

Alors moi je pense que les politiques symboliques sont importantes le symbolisme ça a du sens et la politique de réparation elle peut passer par les mots elle peut passer par des actes aussi elle peut passer par de l'argent elle peut passer par plein de biais et ça vaut du coup de se poser ce genre de questions quand on est un régime politique post-colonial certainement je dis simplement que à se focaliser sur l'idée qu'il y aurait un mot magique qui résoudrait tout d'un problème qui n'est vu que par un biais on va jamais s'en sortir voilà Myriam bonsoir

32:13
Locuteur non identifié

oui bonsoir on vous écoute Myriam merci pour la qualité de vos émissions oui moi je voulais laisser un témoignage puis une question après moi je suis née d'un père algérien d'une maman française ma mère est rentrée avec ses enfants en 65 mon père a fait le choix de rester il faisait partie du FLN par contre les deux ont été absolument muets sur toute cette période et ma question est quand est-ce que les archives vont enfin s'ouvrir que des gens comme moi puissent finir leur puzzle

32:40
Présentateur

et bien madame l'historienne est-ce que Myriam va pouvoir finir son puzzle

32:43
Invité

alors je ne sais alors il faudrait voir de quelles archives vous quelles archives vous imaginez parce que les archives sont globalement ouvertes en France elles sont globalement ouvertes voilà s'il faut répondre en une seconde dans le détail certaines tout simplement n'existent plus on a perdu beaucoup d'archives le départ très précipité de la France en 1962 est très peu anticipé c'est traduit par plein de choses mais notamment par le fait qu'on a perdu certains documents donc certains n'existent pas mais pour ceux qui sont déposés en France pour des questions personnelles on peut trouver des réponses par exemple Myriam qu'est-ce que vous cherchez spécifiquement ?

33:17
Locuteur non identifié

un petit peu un petit peu tout en fait puisque puisque la entre guillemets la vérité de mes parents je ne l'ai pas eu j'aimerais je crois que c'est monsieur Sarkozy qui avait parlé de les ouvrir et puis après il n'a pas tout ouvert voilà je me demande pourquoi on ne livre pas tout maintenant 60 ans plus tard je pense qu'on pourrait

33:38
Invité

alors les archives sont ouvertes en tout cas les archives françaises sont ouvertes par la loi elles sont globalement à peu près toutes ouvertes sur l'Algérie mais la difficulté c'est que parfois on cherche des choses très précises tellement précises qu'à l'époque elles n'ont pas été documentées de manière si précise donc moi je suis très souvent saisie par des gens qui me demandent des choses sur leur père leur grand-père tel moment donc ça on peut aider éventuellement il faudrait il faudrait de l'aide en fait dans les centres d'archives pour des gens comme vous pour essayer de voir comment vous guider mais c'est vrai qu'il ne faut pas non plus éveiller trop d'espoir des histoires individuelles presque anonymes aux yeux de l'État qui documentent l'essentiel des choses les archives c'est d'abord des papiers de l'État parfois on a du mal on ne peut pas les trouver alors que les archives sont ouvertes

34:23
Présentateur

il nous reste quelques minutes seulement mais Francine on est content de vous avoir quand même bonsoir bonsoir on vous écoute

34:28
Locuteur non identifié

eh bien j'ai eu toujours d'excellents rapports avec mes amis algériens c'était des amis comme des amis français je suis allée c'était mes camarades d'école j'y suis retournée en Algérie je suis retournée les voir en 2002 et en 2015 parce que j'ai ramené ma fille qui est née le 26 mars 62 au moment de la fusillade de la rue d'Isli je je suis allée chez eux je les ai reçues chez moi j'ai d'excellents rapports nous sommes je suis très peinée d'avoir quitté mon Algérie je suis je vous dis j'ai 87 ans je suis en France je suis bien mais l'Algérie c'est toujours pour moi mon grand regret

35:19
Présentateur

et en même temps vous y êtes retournée et j'ai envie de dire c'est tellement rare Slimane Zeguidou des retours de pieds noirs en Algérie il y en a de plus en plus je crois même si ma mémoire est bonne qu'il y a eu avant le Covid on aurait atteint le chiffre de 125 000 européens d'Algérie comme on disait à l'époque qui étaient retournés sur les lieux de leur enfance visiter les temples de leurs ancêtres et revoir le pays mais le problème c'est le visa il n'est pas il n'est pas évident pour un visiteur ça a longtemps été un pays très difficile d'avoir un visa ça a été un pays très difficile à voyager pendant évidemment très très longtemps l'Algérie c'est aussi peut-être c'est toujours le cas et pour les journalistes encore plus alors comme vous dites en effet on le voit bien mais même question pour vous Raphaël Branche vous en connaissez beaucoup vous des pieds noirs qui sont retournés sur les lieux de leur enfance est-ce que ça commence vraiment à exister depuis quelques années ou pas ?

36:21
Invité

alors oui il n'y a aucun doute sur le fait que ça existe y compris d'ailleurs des anciens appelés qui reviennent aussi en Algérie ce que je voudrais dire c'est que moi tous les récits que j'ai eu mais ça ne vaut que ce que je vous raconte là témoignent de l'accueil reçu en Algérie par les Algériens les gens veulent voir leur ancienne maison on leur ouvre la porte on leur dit vous êtes chez vous enfin des choses qui sont très émouvantes et très fortes vous pouvez en témoigner

36:44
Présentateur

c'était probablement la chose la plus extraordinaire qui m'est arrivée de la vie enfin je veux dire un français y est accueilli comme un parent merci beaucoup merci vraiment à tous pour votre participation merci pour cette jolie émission et pour ces très jolis témoignages de chacun merci à tous pour vos très nombreuses questions également