"Indemnité inflation" : "Il fallait cibler les ménages modestes", regrette l’économiste Eric Heyer
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Chapitres
Questions et réponses
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- 0:28OuverteRéponse partielle
Est-ce que cette réforme de l'assurance chômage est plutôt utile ou plutôt injuste ?
- 1:02OuverteRéponse directe
L'UNEDIC annonce 500 000 emplois créés cette année. Qu'en pensez-vous ?
- 3:05OuverteRéponse directe
L'État a dévoilé une indemnité inflation de 100 euros pour 38 millions de Français. Est-ce que c'est efficace ?
- 5:09OuverteRéponse directe
Beaucoup de ménages sont en difficulté. Est-ce que c'est la question des salaires qui doit se poser ?
- 6:31OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est la question des salaires qui doit se poser ?
- 7:01OuverteRéponse directe
Le bal est dans le camp des entreprises ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:53InvitéChiffre
« L'UNEDIC nous dit que le chômage va réaugmenter, très légèrement, mais réaugmenter l'année prochaine. »
- 3:26InvitéFait
« Non, ce n'est pas la bonne méthode. »
- 3:34InvitéChiffre
« L'inflation aujourd'hui, elle est de 2,2%. »
- 4:26InvitéFait
« Il fallait cibler sur les ménages qui ont perdu. »
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Bonsoir à tous. La réforme de l'assurance chômage dans son nouveau volet est donc validée. Le Conseil d'État rejette le recours des syndicats. En référé, il donne son feu vert au nouveau mode de calcul de l'allocation. Une allocation souvent plus faible, même si elle est versée plus longtemps. Bonsoir Éric Ayer, économiste, directeur aussi du département. Analyse et prévision de l'OFCE. La situation de l'emploi s'améliore, c'est vrai. Mais pour vous, dans le fond, est-ce que cette réforme, dans ce qu'on voit aujourd'hui, elle est plutôt utile ou plutôt injuste, Éric Ayer ?
On peut quand même revenir sur votre première question. Est-ce que le marché du travail se porte si bien que ça ? La réponse à le Conseil d'État, des conjoncturistes apparemment, qui disent si, c'est bon, maintenant la situation est bonne. Elle est peut-être trop bonne. Parce qu'aujourd'hui, il faut quand même avoir en tête qu'effectivement, on a plus d'emplois aujourd'hui qu'avant la crise, alors qu'on est encore en récession. C'est-à-dire que l'activité aujourd'hui est en dessous du niveau d'activité d'avant crise. Donc, vous voyez, il y a quelque chose d'assez perturbant. On en perd notre latin.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Je vois encore aujourd'hui, l'UNEDIC dit, sans doute 500 000 emplois créés cette année.
C'est très étonnant. Ça voudrait dire que maintenant, on est dans un nouveau monde où, avec moins d'activités, on crée plus d'emplois. Alors qu'avant, il nous fallait beaucoup plus d'activités pour créer de l'emploi. Donc, vous voyez, moi, je pense que ces chiffres-là sont tout de même un peu trop beaux pour être vrai. C'est-à-dire que globalement, il y a encore ce qu'on appelle de la rétention de main-d'oeuvre. C'est-à-dire que des entreprises ont gardé en leur sein un certain nombre de salariés parce qu'il y avait des difficultés à recruter avant la crise, parce qu'il y avait encore des aides de l'État. Mais attention, de deux choses l'une.
Soit demain, l'activité n'est pas aussi bonne que prévue et auquel cas, les licenciements vont arriver, mais vont arriver un peu plus tard. Soit l'activité est bonne, mais il n'y aura pas de création d'emplois ou beaucoup moins parce que les entreprises vont utiliser, justement, cette main-d'oeuvre qui est encore disponible et mal utilisée dans leur entreprise pour produire plus. Donc, attention, la situation du marché du travail. D'ailleurs, l'UNEDIC nous dit que le chômage va réaugmenter, très légèrement, mais réaugmenter l'année prochaine. Nous, à l'OFCE, on est un peu plus pessimiste qu'eux. On pense que le chômage va un peu plus augmenter.
Donc, vous voyez, la situation n'est pas si mauvaise que ça. Mais attention, ce n'est pas non plus un cocoréco.
Et cette réforme, donc, c'était la première question ?
Et cette réforme, alors, la question sur le fond, c'est est-ce qu'il fallait la faire ? Vous voyez qu'il y a plusieurs réformes dans cette réforme. La dégressivité, il ne fallait absolument pas la faire. En tout cas, il y a une littérature abondante qui nous indique qu'il ne faut pas mettre de la dégressivité. C'est sous-optimal. On n'a pas le temps de l'expliquer, mais globalement, il faut avoir en tête que ce n'est pas la bonne façon d'indemniser. Et ensuite, vous voyez, c'est très curieux de se dire que cette réforme a pour but tout de même d'économiser entre 1,8 milliard d'euros à l'assurance chômage, plutôt sur des chômeurs qui ont des revenus assez faibles.
Donc, vous l'avez bien dit, ça va faire des allocations plus faibles, mais plus longtemps, dans l'espoir qu'il reste moins longtemps et donc qu'on fasse des économies. Mais vous voyez, aujourd'hui, on a un problème de pouvoir d'achat, on va en parler. C'est quand même très étonnant, aujourd'hui, alors qu'on a un problème de pouvoir d'achat, de baisser l'allocation de modestes, en tout cas de personnes qui sont relativement modestes.
On en revient à cette question majeure du pouvoir d'achat, Éric Ayer, puisque Jean Castex a donc dévoilé hier cette indemnité inflation, 100 euros, je le rappelle, pour 38 millions de Français. Avant, il y avait eu, on s'en souvient, le chèque énergie, le bouclier tarifaire sur le gaz et l'électricité. Mais l'État donne de l'argent, donne de l'argent. Est-ce que c'est efficace ? Est-ce que c'est la bonne méthode ?
Non, ce n'est pas la bonne méthode. Encore une fois, il faut voir, l'inflation, enfin, ils ont mis inflation, ils n'ont pas mis carburant, ils ont bien mis inflation. Donc, ça veut dire que puisque l'inflation redémarre, alors il faut avoir en tête, l'inflation aujourd'hui, elle est de 2,2%. Vous voyez, ce n'est pas non plus une inflation à 14%, enfin, à deux chiffres, 2,2%. Bon, on était à une inflation plutôt à 0,5% avant la crise ou pendant la crise, mais à 2,2%. C'est une inflation qui est relativement maîtrisée, c'est la cible de la Banque Centrale. Donc, vous voyez, si on se dit, à partir du moment où on est sur la cible de la Banque Centrale, on trouve que c'est trop élevé.
Donc, on aide les ménages à consommer plus. Et vous voyez, mais si vous consommez plus, l'inflation va augmenter. Parce que si aujourd'hui, les prix augmentent, c'est parce que la demande aujourd'hui est forte par rapport à l'offre. Et donc, en subventionnant aujourd'hui, en fait, vous n'aidez pas à maîtriser l'inflation. Au contraire, vous allez la stimuler. Et puis, vous voyez qu'au cours de cette crise, on a des ménages qui ont gagné, des ménages qui ont perdu. Ça, c'est le bilan que fait l'INSEE comme l'OFCE. Et bien, il fallait cibler sur les ménages qui ont perdu. Et donc, si vous deviez faire une aide pour cette inflation, il fallait vraiment la cibler.
Mais la cibler sur les ménages modestes qui ont perdu au cours de cette crise. C'est très difficile à faire, dit le gouvernement. C'est vrai.
Techniquement, extrêmement compliqué.
Bon, ben d'accord. Donc, vous ne pouvez pas le faire. Et donc, vous faites quelque chose qui n'est pas optimal. C'est-à-dire que vous allez quand même dépenser 3,8 milliards en finalement donnant une allocation à quasiment les trois quarts des adultes français. Et donc, ça ne va pas être efficace puisqu'on sait très bien que les trois quarts des adultes n'ont pas perdu pendant cette crise. Et donc, vous allez donner 100 euros à des ménages qui n'en ont pas besoin. Et vous n'allez donner que 100 euros à des ménages qui en auraient besoin de beaucoup plus.
Vous vous rendez compte, Éric Ayer, que vous dites que beaucoup n'ont pas perdu pendant cette crise. Mais que parmi ceux qui nous écoutent, ceux qui nous regardent, beaucoup sont peut-être en train de faire le plein à la pompe, en train de réfléchir à la manière dont ils vont payer leurs factures.
C'est aussi la réalité. Mais vous avez raison. C'est-à-dire que, vous voyez, c'est assez simple. L'INSEE nous dit que le pouvoir d'achat des ménages, si on le fait bien, c'est-à-dire en prenant les unités de consommation, c'est stabilisé en 2020. Il y a eu zéro augmentation du pouvoir d'achat. Quand vous avez zéro en moyenne, c'est qu'il y en a qui ont gagné et donc il y en a d'autres qui ont perdu. Et donc, l'idée, c'est de savoir qui a perdu et pourquoi ils ont perdu. Et donc, c'est aider ponctuellement des ménages qui ont perdu. Là, quand vous arrosez assez large, finalement, vous voyez, du coup, vous ne faites pas le tri entre les gagnants et les perdants.
Vous dites, allez, c'est pour tout le monde. Et c'est assez peu, finalement, parce que vous voyez, 100 euros, c'est assez peu, finalement, pour certains ménages qui ont beaucoup perdu. Ce n'est pas ça qui va changer leur vie. Et d'autres vont dire, mais je n'ai pas besoin de ces 100 euros parce que, pendant cette crise, j'ai pu épargner davantage. Et ça va coûter 4 milliards, quasiment 4 milliards. Est-ce que c'est à l'État de jouer ce rôle ? Ben non, parce que normalement, quand vous avez 2% d'inflation, encore une fois, on serait dans un choc pétrolier avec 10-14% d'inflation.
On pourrait se poser la question, comment on compense, puisqu'on a beaucoup de recettes liées à l'augmentation, comment on compense un certain nombre de ménages ?
Mais là, pour vous, on n'en est pas là.
Mais non, on est à 2% d'inflation.
Alors, est-ce que c'est la question des salaires, à nouveau, qui doit se poser ? C'est ça ? Certains le disent à droite et à gauche, d'ailleurs.
Mais bien entendu, vous voyez, vous y avez des négociations chaque année. Et vous négociez à peu près votre pouvoir d'achat, c'est-à-dire au moins les salaires, au moins l'inflation. Et donc, quand vous avez 2% d'inflation, il est normal que vos salaires progressent de 2% et donc qu'ils compensent, finalement, cette inflation. Donc, aujourd'hui, on n'est pas à un niveau d'inflation qui est un niveau d'urgence, qui nécessite à chaque fois un chèque. Parce que, vous voyez...
Donc, le bal est quoi ? Dans le camp des entreprises, aujourd'hui, c'est ça ? Bien entendu. Parce qu'elles disent aussi qu'elles sont encore en difficulté pour certaines, et certaines le sont.
Oui, et certaines sont en difficulté de recrutement. Elles nous le disent aussi très clairement. Donc, vous voyez, quand vous êtes en difficulté de recrutement et que vous avez une inflation à 2%, il est normal que, finalement, dans les négociations salariales, il y ait des salaires qui progressent de 2%. Ça ne mettra pas en péril leur compétitivité. Ça permettra au pouvoir d'achat de se maintenir chez les classes qui sont relativement modestes. Et ce n'est pas à l'État intervenir à ce moment-là.
Et ce sera le mot de la fin. Merci, Éric Ayer, le directeur du département Analyse et Prévisions de l'OFCE. Invité Éco de France Info ce soir.