Plan électrification : "Ça nous permet de gagner en souveraineté", affirme le député Raphaël Schellenberger
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Il est 6h20, 200 entreprises invitées aujourd'hui à l'Elysée. Emmanuel Macron les présente comme son équipe de France de l'électricité. Il y aura des fournisseurs d'énergie, EDF évidemment, mais aussi des fabricants de pompes à chaleur, des acteurs de la filière automobile, la SNCF, des représentants de la grande distribution, du BTP. Le chef de l'État leur demande de passer à la vitesse supérieure pour accélérer l'électrification de la France. Mais comment sortir des énergies fossiles ? C'est justement ce sur quoi vous travaillez, Raphaël Schellenberger. Bonjour. Bonjour. Vous êtes député du Haut-Rhin, ex-SLR aujourd'hui non inscrit.
Le gouvernement vous a chargé d'identifier ce qui freine dans l'électrification de l'industrie. Vous avez déjà remis un pré-rapport. La version définitive est prévue pour le mois de juin. Et l'exécutif, de son côté, a présenté le mois dernier un plan d'électrification. Donc maintenant, Emmanuel Macron dit aux entreprises, à vous de jouer, c'est ça ?
Il dit déjà qu'il faut consommer de l'électricité. Et c'est une rupture majeure. Ça fait des années que la politique énergétique est plutôt construite dans l'autre sens, en disant économie d'énergie, voire même, lors de la crise de 2022, sobriété. C'est-à-dire que ce n'est même plus seulement être efficace dans la consommation, mais c'est consommer moins. Et aujourd'hui, finalement, on dit qu'on produit largement de l'électricité. L'électricité est une énergie.
On en produit plus qu'on en consomme, d'ailleurs ?
On en a toujours produit plus. Ça fait très longtemps que la France produit beaucoup plus d'électricité qu'elle en consomme et qu'on exporte de l'électricité. Mais ce décalage augmente parce qu'on a décidé depuis 2022, le discours de Belfort, d'additionner les productions. Jusqu'en 2022, on pensait réduire la production nucléaire et la remplacer par des énergies renouvelables. Depuis, on les additionne, on produit plus. C'est un intérêt parce que l'électricité, c'est une énergie qui est produite en France. Quand la géopolitique revient, quand le monde est à nouveau instable, ça nous permet de gagner en souveraineté. Donc le message maintenant, c'est allons-y, consommons cette électricité.
Et le message, il s'adresse à qui ? Aux Français ? Aux entreprises ? Aux industriels ? A l'industrie lourde en particulier ? A qui ?
Je crois qu'il s'adresse à tout le monde. Il s'adresse, de mon point de vue, qui conduit une mission sur l'électrification de l'industrie, d'abord aux investisseurs industriels. On peut y aller, on peut changer les procédés. Et je pense notamment les petites industries diffusent qui ont besoin d'investir dans leurs procédés industriels, qui ont besoin de réinvestir dans leur usine. Si un investissement doit se faire, c'est le moment de le faire à l'électrique. Mais aussi à chaque Français, c'est l'occasion de dire, les technologies électriques, elles sont matures. C'est mature de se déplacer avec une voiture électrique, c'est mature de se chauffer à l'électricité.
Et c'est parfaitement acceptable. C'est vrai que pendant longtemps, on a pu dire, utiliser une énergie aussi intelligente que l'électricité, pour seulement faire de la chaleur, c'est dommage. Et bien aujourd'hui, utiliser une énergie électrique, c'est d'abord faire le choix d'une énergie souveraine.
Pour en revenir aux entreprises et à l'industrie, puisque c'est l'objet de la réunion d'aujourd'hui à l'Elysée, est-ce que tous les outils de production sont adaptables ?
Immédiatement, certainement pas. Est-ce grave ? Non. Je pense que si on électrifie déjà tout ce qu'on peut électrifier, c'est-à-dire la production de chaleur à basse pression, basse température, en gros de la vapeur. Beaucoup de procédés industriels consistent à produire de la chaleur sous forme de vapeur qu'on va utiliser pour transformer un produit. De l'agroalimentaire, du textile, traiter des surfaces en métallurgie. Et bien tout ça, produire cette vapeur, on peut parfaitement le faire grâce à des chaudières électriques, par exemple. Donc il n'y a pas de difficulté à la faire.
Plutôt que de chercher à adresser des procédés très compliqués, comme la production d'acier par Arcelor, comme la production d'ammoniaque, allons-y avec les procédés simples. Production de vapeur, c'est facile à électrifier.
Et là, on parle d'acteurs économiques. Qu'est-ce qu'ils ont à y gagner ? Si ce n'est pas rentable, ils n'y vont pas. Et ça a un coût de faire cette adaptation ?
Aujourd'hui, ça l'est, c'est rentable. Certaines entreprises ont déjà fait le pas. Elles pensaient utiliser, avec des modèles intéressants, en disant, voilà, on garde une chaudière gaz et on met une chaudière électrique, et on fait des arbitrages. En fonction du moment où c'est le plus intéressant économiquement. Et bien elles sont toutes en train de plus mobiliser l'électricité qu'elles ne le pensaient au départ. Parce que nous sommes en surcapacité de production. Il y a des moments dans la journée où les prix de l'électricité sont négatifs. C'est une opportunité économique à saisir d'urgence.
Et il y a un problème de fiscalité, là aussi. Parce que l'électricité est plus taxée que le gaz.
Moi, j'ai vu, dans le cadre de ma mission, des entreprises qui ont fait ce choix de basculer, d'avoir un mode alternatif.
Et elles arrivent à y gagner financièrement.
Et 60% du temps, c'est plus intéressant de passer sur l'électricité.
Comment c'est possible ?
Mais parce que le prix de l'électricité est particulièrement bas par moment dans la journée. On a des moments où l'électricité a des prix négatifs. Vous voyez, maintenant que les beaux jours arrivent, la fiscalité n'est plus un problème.
Quels sont les secteurs les plus compliqués à électrifier ?
C'est l'industrie vraiment très lourde. La transformation de matières premières. Je parlais de l'acier. Il y a des gros investissements qui ont été annoncés à Dunkerque. C'est intéressant, mais on aura besoin d'un plan stratégique plus important. Tout ce qui touche à la production d'engrais. Il y a un vrai sujet de souveraineté sur l'engrais. Parce qu'on est complètement dépendant de certaines régions du monde instables. C'est notre souveraineté alimentaire. Électrifier la production d'engrais, c'est compliqué. Mais ce n'est pas forcément la première chose par laquelle aller. Moi, c'est le propos du rapport que j'ai rendu. Commençons par les choses simples. Ayons des logiques pragmatiques.
Avec cette volonté d'électrifier, d'accélérer l'électrification, il y a quand même deux questions importantes. C'est un, la production. Est-ce qu'il faut la renforcer ou telle qu'elle est actuellement ? Si on électrifiait tout, est-ce que ça suffirait ? Et puis deux, est-ce que le réseau est capable de supporter une hausse de la consommation ? Quand on fait tourner l'échauffage à fond l'hiver ou la clim l'été, on nous dit, oh là là, attention, il y a un risque de blackout, de saturation. Est-ce que ça peut marcher ?
Il y a différents enjeux qui ont tendance à regarder ce qui se passe dans l'énergie du voisin. Aujourd'hui, notre réseau est robuste en France. On a un des réseaux les plus robustes, les mieux structurés, parce qu'historiquement, nous avons fait des choix qui nous ont conduit à construire un réseau très robuste. Et aujourd'hui, un certain nombre de règles de gestion sont particulièrement rigides pour préserver la robustesse de ce réseau. Et je crois plutôt à l'inverse qu'il faut un peu assouplir certaines règles de gestion pour permettre d'accélérer l'accès au réseau. Mais il n'y a pas de risque sur la tenue du réseau en France.
Et c'est bien pour ça que de temps en temps, on entend des messages, parce qu'on est particulièrement attentif à ce qu'aucun problème majeur n'arrive.
Le mois prochain, la Commission européenne doit elle aussi présenter un plan pour l'électrification, pour accélérer la transition énergétique du continent. Comment ça peut ou comment ça va s'articuler avec ce qui est en train de se mettre en place en France ? Est-ce que c'est fait de manière coordonnée ou pas ?
Je crois que ce qu'il faut retenir de ça, c'est que tout le monde prend conscience qu'il y a un enjeu à retrouver de la souveraineté sur notre système énergétique. Et l'électricité, c'est une énergie qui est produite chez nous.
D'être moins dépendant des énergies fossiles importées.
En gros, ça veut dire arrêter d'importer des produits fossiles de pays dans le monde qui ne sont pas toujours amis, qui sont dans des zones géopolitiques instables. L'électricité, on la produit chez nous, on la maîtrise. Alors, elle peut avoir parfois des coûts plus élevés, mais elle sécurise toute la géopolitique. Tout le monde est en train d'en prendre conscience. Tant mieux. C'est l'occasion aussi de rappeler que l'électricité en France, on l'achète à un prix français. Oui, on échange de l'électricité aux frontières des différents pays en Europe, mais l'électricité, le marché de l'électricité en France, il est français.
Donc, même si les différents pays d'Europe autour de nous ont des choix qui influent ce qui se passe en France, c'est d'abord une préoccupation nationale.
Raphaël Schellenberger, merci. Invité du 5-7 ce matin, vous êtes député du Haut-Rhin. Sous-titrage Société Radio-Canada
Raphaël Schellenberger