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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 27 août 2025 25 min

Vote de confiance pour Bayrou, vers une nouvelle crise politique et sociale ?

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Nicolas Demorand, Benjamin Duhamel, la grande matinale. Et avec Benjamin Duhamel, nous vous proposons ce matin une table ronde sur la situation politique, peut-être la crise ouverte par la décision de François Bayrou de solliciter la confiance des députés. J'attends vos questions évidemment au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. Trois invités au micro d'Inter pour en parler, Benjamin.

Marc Lazare, bonjour, merci d'être avec nous, historien, professeur émérite à Sciences Po, vous publiez chez Gallimard en novembre pour l'amour du peuple, histoire des populismes en France, 19e, 21e siècle, bonjour Néla Latrousse, merci d'être avec nous, éditeuriste politique à BFM TV et bonjour Jérôme Sainte-Marie, sondeur en charge du campus Émera, c'est l'école de formation des cadres du Rassemblement National. Soyez les bienvenus et revenons donc à cette conférence de presse de François Bayrou lundi. La seule annonce d'envergure a été cette décision de solliciter le vote de confiance des députés.

À ce stade, les oppositions ne lui accorderont pas la confiance et sa chute est donc probable. Première question, la même à tous les trois. Avez-vous compris, tout simplement, cette décision de François Bayrou ? Est-ce du panache ou une forme de suicide politique, Néla Latrousse ?

1:25
Invité

François Bayrou anticipe ce qu'il pensait inéluctable au mois de décembre. Au fond, il fait ce qu'Emmanuel Macron avait fait un an avant avec la dissolution. Dissolution pour éviter la censure au moment du budget. François Bayrou utilise le seul outil institutionnel qui est à sa disposition. Enfin, l'un des seuls. Il aurait pu annoncer qu'il ferait un premier 49-3 pour mettre au défi les oppositions de le faire tomber via une motion de censure. Il choisit une voie qui, pour tout vous dire, m'a étonné. Car l'issue est bien plus lisible que celle d'une motion de censure. Une motion de censure, il faut absolument 289 députés pour le faire chuter.

En passant par le vote de confiance, il s'expose à une majorité simple qui le fasse chuter. Et donc, de ce point de vue-là, je l'ai analysé, peut-être me trompe, j'ai peut-être l'avenir me donnera tort, j'espère raison. Je l'analyse comme une anticipation d'une issue inéluctable et un François Bayrou qui préfère finalement choisir sa date de sortie.

2:23
Présentateur

Marc Lazard, Néla Latrousse, comparait cette annonce de François Bayrou à la décision de dissoudre du président de la République. On a vu le résultat et les conséquences politiques aujourd'hui. Y a-t-il la moindre rationalité dans cette décision du Premier ministre de se soumettre à un vote de confiance le 8 septembre ? Alors, c'est difficile à être dans le cerveau de François Bayrou. Manifestement, d'après ce que vous, journalistes, nous dites, il y a eu un entretien fort de prévention avec le président de la République. Donc, ce serait en accord avec le président de la République. Je pense qu'il y a plusieurs calculs.

Je crois qu'il ne s'attendait pas à une réaction aussi immédiate des oppositions, du Rassemblement National et du Parti Socialiste, même si le Parti Socialiste a mis un peu plus de temps que la France Insoumise. On voit bien qu'hier, lors de son réunion avec la CFDT, où il est allé à la CFDT, il a essayé de lancer quelques signes. Donc, il essaye de se battre comme un chien. Dites-vous, vous, les journalistes, ou plus exactement, paraît-il, c'est les termes... C'est François Bayrou qui le dit à la confrère de l'Express, je me battrai comme un chien. Exactement. Mais moi, je crois qu'il y a un calcul politique, c'est clair.

Prendre les Français, expliquer aux Français qu'ils mettent les autres partis politiques devant leurs responsabilités, c'est en ce sens-là qu'on pourrait parler d'une forme de panache. Attention, je pense aussi que c'est quelqu'un qui n'a pas renoncé à d'autres ambitions, notamment pour 2027. Il faut quand même rappeler que François Bayrou s'est toujours battu sur la question de la dette, donc il y a une certaine cohérence. Je crois que c'est un calcul très incertain. Mais surtout, je pense que c'est du réalisme, ça vient d'être dit, c'est l'analyse de la situation au Parlement. Et moi, je vois deux points comme historien qui me frappent.

D'une part, que la Ve République ressemble de plus en plus étrangement à la Ve République. Quatre Premiers Ministres depuis 2022, c'est absolument inédit. Et surtout, c'est le constat de quelque chose de très grave. Y compris pour nos institutions. C'est-à-dire que François Bayrou était peut-être celui dont on pouvait penser, un peu aussi avec Michel Barnier, qu'il pouvait créer une forme de, entre guillemets, de démocratie parlementaire. D'essayer de redonner du pouvoir au Parlement, qui est une des grandes obsessions. On dit que le pouvoir exécutif est trop fort et qu'il fallait un peu plus de Parlement. Il faudra essayer de comprendre ce qui s'est passé.

Je pense que c'est un peu trop tôt. Parce que c'est l'échec, aussi, de cette pratique parlementaire dont on dit souvent qu'il existe dans d'autres pays. C'est impossible. On va y revenir sur ce point. Jérôme Sainte-Marie, retour à la 4ème République, disait Marc Lazard. Est-ce que François Bayrou est à la recherche de son moment Mendes France, président du Conseil, qui a œuvré pendant quelques mois et qui a fini par partir bloqué par les contingences politiques ? Est-ce que c'est ce que revise, ce que recherche François Bayrou ?

5:02
Intervenant

Je trouve cette rhétorique extrêmement indulgente. En réalité, François Bayrou se trouve dans une impasse politique totale. Il le sait parfaitement. Il pratique une forme de refus d'obstacle. Puisque j'ai le plaisir de débattre avec l'historien Marc Lazard un tout petit peu d'histoire politique, ça m'a un petit peu rappelé, voyez-vous, le refus d'obstacle de Jacques Delors quand il renonce à être candidat en décembre 1994, donc pour l'élection de 1995. Et il le dit d'ailleurs dans cette émission, il le dit, donc il y a un effet de surprise, et il déclare, oui les sondages sont bons pour moi, mais je n'aurai pas la base politique pour mener la politique que je souhaite.

Là, de manière encore plus évidente, François Bayrou sait bien qu'il n'a pas cette base politique au Parlement. Et une des raisons pour lesquelles il ne l'a pas au Parlement, c'est qu'il ne l'a pas dans le pays. Je rappellerai un sondage IFOP tout à fait récent, montrant que seuls 18% des Français font confiance à François Bayrou comme Premier ministre. Donc ce n'est pas un problème d'absence de dialogue au Parlement, c'est le fait que les Français ne veulent pas de la politique qui a été proposé à travers ce budget relativement punitif et sans réforme de structure proposé par François Bayrou.

6:13
Présentateur

Et maintenant alors, si le gouvernement tombe, que peut-il se passer ? Jean-Luc Mélenchon était à ce micro hier, il a parlé de crise de régime, vous faisiez un point d'histoire, lui aussi a fait un point d'histoire. Il évoquait 1788, soit la veille de la Révolution française, et 1957, quand la Quatrième République était à bout de souffle. Crise de régime, a-t-il dit ? Est-ce que vous partagez ce diagnostic, cette analyse, Marc Lazard ? Non, je crois qu'on n'en est pas encore là, ou pas encore. On est dans une crise politique particulièrement grave, donc encore une fois quelque chose qui évoque la Quatrième République, mais on n'est pas sous la Quatrième République.

Le Président de la République a encore justement toute la Constitution à sa disposition pour agir. Donc, on est dans une situation, évidemment, Jean-Luc Mélenchon, c'est son espérance, ce n'est pas la première fois qu'il annonce et qu'il fait ce type d'annonce, il est dans cette idée, j'allais presque dire obsession, de la Révolution citoyenne, en plus avec le mouvement social du 10 septembre, donc la combinaison d'une action sociale plus d'une action politique. Il insistait sur le fait qu'on vivait un moment de bascule historique.

C'est certainement un moment important, là, de ce point de vue-là, je le rejoins, parce qu'en tout cas, on va voir ce que va décider le Président de la République. On sait ce qu'il a comme possibilité, il va essayer de nommer un autre Premier ministre, normalement, avec Emmanuel Macron, il y a toujours des surprises, donc il faut faire très attention. Quel type de Premier ministre il peut trouver ? Quelqu'un de son camp ? Quelqu'un d'un autre camp ? Vous vous souvenez peut-être, Nicolas Demran, que vous aviez eu l'amabilité de m'inviter pour la notion de gouvernement technique à l'italienne ? Bon, on en avait parlé, mais tout ça est très incertain pour deux raisons.

D'une part, parce qu'il se retrouvera dans la même position qu'il est, dans la même situation qu'il est depuis 2022, pas de majorité. Et d'autre part, et là je rejoins Jérôme Sainte-Marie, oui, parce qu'il y a une impopularité, une défiance politique considérable dans ce pays. Sinon, crise de régime n'est la latrousse, du moins, blocage institutionnel, un budget qui doit être voté, au risque de se retrouver dans la même situation qu'il y a un an, une majorité introuvable. C'est le résultat et la donne politique que François Bayrou et le Président de la République doivent gérer aujourd'hui.

8:30
Invité

Oui, et quand on dit majorité introuvable, ce que l'on dit, c'est pas de budget alternatif. C'est-à-dire qu'à ce stade, qu'est-ce qu'il se passe après le 8 septembre, que François Bayrou reste ou ne reste pas, votre invité Gabriel Attal le disait il y a quelques instants, il faudra trouver un budget. Et pour l'instant, en l'état des forces politiques à l'Assemblée nationale, il n'y a pas de budget alternatif qui réussisse à convaincre une majorité de députés ou qui, en tout cas, puissent à ce stade éviter la censure du gouvernement. Et donc c'est à la lumière de cette donne-là qu'effectivement réapparaissent ces notions de gouvernement technique.

Emmanuel Macron, ce qui lui incombe institutionnellement, c'est de nommer un Premier ministre. Si ce Premier ministre est exposé à la même méfiance des députés, à cette même impossibilité de faire passer un budget dans un contexte compliqué qui est aussi celui de municipal qui arrive l'année prochaine et donc pour un certain nombre de groupes politiques, de projections dans des élections et dans une possible sanction des Français. Dans le refus du Parti Socialiste de voter la confiance et même dans l'annonce qui est faite de voter contre, il y a cette idée que 7 Français sur 10 sont opposés et que cela pourrait avoir des conséquences au moment des municipales prochaines.

Donc pour l'instant, effectivement, blocage institutionnel. Ce qui fait dire à Jean-Luc Mélenchon, mais pas seulement, mais aussi à Jean-François Copé du côté des Républicains que la solution se trouve du côté du Président de la République et que c'est à lui de reprendre l'initiative.

9:52
Présentateur

Jean-François Copé dit carrément qu'il faut qu'il programme sa démission au lendemain des municipales.

9:56
Invité

Sinon démission, en tout cas, Emmanuel Macron, qui avait évoqué lors de ses voeux la possibilité de référendum, peut peut-être essayer de trouver là une sortie institutionnelle. Reste à trouver la question.

10:05
Intervenant

Jérôme Sainte-Marie ? Oui, j'ai envie de tirer encore le fil historique puisque vous me dites que Jean-Luc Mélenchon a parlé de 1788. On peut faire quelques parallèles. Mais 1788, c'est une crise financière qui est due à l'impéritie du régime, enfin d'ancien régime. Il l'a dit, hein ? Voilà. Ah bon, vous voyez, je ne l'ai pas entendu. Vous parlez comme Jean-Luc Mélenchon. Voilà, et donc je n'ai pas entendu, mais de fait, vous avez effectivement une crise financière que le régime en place essaye de faire payer au peuple. Nous en sommes exactement là, avec le discours moralisateur et assez indécent, à mes yeux, de François Bayrou. Vous ne l'avez pas trouvé réaliste, ce discours ?

10:39
Présentateur

Non, pas du tout. Quand on regarde les chiffres, ce n'est pas glorieux.

10:42
Intervenant

Nous expliquer que c'est parce que les Français consomment trop que nous en sommes là est assez inconcevable. Quand on est un pays qui, à l'issue des choix, notamment aux Européens, prôné par François Bayrou et ses amis, par Emmanuel Macron, nous sommes dans une situation de désindustrialisation dramatique. Il y a eu un excellent rapport d'Alexandre Loubet, député RN, cet été. Pardon, mais plutôt que de dire que c'est les Français qui consomment trop. On a un problème de production, un problème, etc., est lié au choix des majorités antérieures. François Bayrou dit surtout que l'État dépense trop. Là-dessus, nous sommes d'accord. Mais c'est aussi les problèmes budgétaires.

Si nous sommes sous la menace des marchés financiers, c'est bien parce qu'on a un problème de production qui est massif. Je continuerai la comparaison de 1788, si vous me permettez, sur le fait que 1788, ce n'est pas encore la révolte populaire. C'est la crise avec ce qu'on appelait les parlements et la journée des tuiles à Vizille, proche de mon département des Hautes-Alpes.

11:33
Présentateur

Marc Lazare, vous qui êtes un grand spécialiste de l'Italie, pays qui a la réputation d'être instable politiquement, est-ce qu'il y a quelque chose d'italien aujourd'hui dans la vie politique française ? Est-ce que nos institutions dysfonctionnent ou est-ce qu'elles se rapprochent tout simplement d'un modèle parlementaire plutôt banal ? Alors, mon cher Nicolas Demerand, cette idée que l'Italie est instable... Réputation ! Oui, réputation, mais ça s'arrête à partir de 1993-94. Voilà, donc ça remonte dans le temps. Donc il faut actualiser vos connaissances historiques, permettez-moi de vous le dire. Je ne l'aurais pas dit. Depuis les années 90, on a un système d'alternance en Italie.

Alors c'est vrai que depuis le début du XXIe siècle, il y a eu des moments de très grande instabilité, parce qu'il n'y avait pas de majorité parlementaire. Quand même ! Voilà ! Merci de le reconnaître ! Je vous rattrape, je vous rattrape. Merci beaucoup ! Mais depuis 2022, justement, après plusieurs années où à chaque élection, il n'y avait pas de majorité, est sorti un gouvernement de droit, dirigé par Giorgia Meloni, qui est le résultat d'une majorité de votes. C'est vrai que quand on regarde les médias italiens, il y a un certain sourire un peu narquois de la part des Italiens, en disant que la France est dans une situation de grave instabilité, alors que nous, nous sommes stables.

Donc incontestablement. Et ça renvoie d'ailleurs, toujours vu d'Italie, mais je reviens juste après à votre question, que pendant longtemps, un certain nombre de partis politiques, y compris du côté de la gauche, regardaient du côté de la Ve République comme un modèle pour essayer d'avoir un pouvoir exécutif plus fort, pour sortir des instabilités parlementaires. Donc moi, je crois que justement, ce qui est intéressant d'un point de vue historique, c'est quoi qui va se passer, quelle que soit la situation qui va sortir, quelle que soit la solution, s'il y en a une qui va sortir, je crois qu'il y a une réflexion sur les institutions. Ça, c'est incontestable.

Certains veulent la VIème République, comme Jean-Luc Mélenchon, mais quoi qu'il en soit, je pense qu'il y aura une nécessité de repenser, en tout cas, les institutions de la Ve République, incontestablement. Néla Latrousse, pour tenter d'éclairer les auditeurs qui se posent la question de l'après, au-delà du symptôme et de ce que cela dit d'une éventuelle crise des institutions de la Ve République, il se passe quoi ? Il y a un nouveau Premier ministre qui est nommé le lendemain. Pourquoi il ou elle réussirait mieux ou davantage que François Bayrou ? Est-ce qu'au contraire, on rentre dans l'inconnu ? Le 8 septembre au soir, si François Bayrou tombe, que se passe-t-il ?

14:03
Invité

Un Premier ministre est nommé, institutionnellement. Ce Premier ministre chargé, ça peut prendre un peu de temps. Et puis, j'ai le souvenir que l'été dernier, l'été 2024, cela avait pris du temps pour Emmanuel Macron, pour espérer trouver le Premier ministre qui pouvait résoudre cette équation politique. C'était Michel Barnier. Il a duré trois mois. François Bayrou a réussi à passer l'écueil du budget, mais dans ces circonstances particulières d'une censure que l'on n'avait pas vue depuis plus de 60 ans. Et donc, de ce point de vue-là, le nouveau Premier ministre pourrait espérer aller à un moment de sidération dans le pays qui lui permette de faire passer un budget.

Mais là encore, la perspective des municipales me fait douter de cette possibilité-là. Et puis surtout, plus l'on approchera de la présidentielle, puisqu'on n'a pas encore prononcé la date de 2027, mais qui est de fait dans tous les esprits, plus il deviendra coûteux pour un mouvement politique d'accepter des choix difficiles. Pour tout vous dire, au-delà de ce budget, 2026, ce qui m'inquiète, c'est également le budget 2027. Dans les prévisions qui sont faites par le gouvernement, l'objectif, c'est de trouver pas moins de 120 milliards d'économies, 160 même, il me semble, d'ici 2030. On est bien au-delà des 44 milliards qui sont proposés par François Bayrou.

Tout cela sous le regard des marchés financiers. Donc, de fait, pour répondre à votre question, Benjamin, un nouveau Premier ministre devrait non seulement passer l'écueil de l'Assemblée nationale, mais également passer l'écueil des marchés financiers, passer l'écueil des prochaines municipales. Que se passe-t-il s'il passe un budget et si son mouvement politique est balayé aux prochaines municipales ? Est-ce que l'on n'en tirera pas tous la conclusion que, là encore, les Français ont de nouveau exprimé une défiance ?

15:46
Présentateur

Juste, d'un mot, Marc Lazare, puisque, là encore, je sollicite votre expertise et notamment comparaison avec l'Italie, Néla Latrous parlait de la situation financière. Hier, à ce micro, le ministre de l'Économie et des Finances, c'est Éric Lombard, pointé et parié sur le fait que, dans les 15 jours qui allaient arriver, l'Italie se financerait moins cher que la France sur les marchés financiers que ce qu'on appelle les OAT, les obligations pour refinancer la dette à 10 ans, eh bien, serait à des taux plus avantageux que la France.

Là encore, pour un pays, l'Italie, qu'on qualifiait d'homme malade, femme malade de l'Europe, cela montre bien que cette crise, elle est beaucoup plus large qu'une seule simple crise politique. Non, incontestablement. Et justement, en Italie, on en parle beaucoup de ce renversement de situation. Oui, du côté italien, ça avait commencé avec le gouvernement Mario Draghi. Alors, il y a une série de circonstances exceptionnelles. Giorgia Meloni, du point de vue de sa politique économique, est dans la continuité de ce qu'a fait Mario Draghi.

Et par ailleurs, elle bénéficie d'énormes fonds venus de la Commission européenne, ce qu'on appelle, je suis désolé de ce que je vais dire en an, le Next Generation EU, c'est-à-dire le programme d'aide considérable. En même temps, l'économie italienne présente aussi beaucoup, beaucoup de faiblesses en Italie. En France, actuellement, il y a une sorte de mélonymania qui m'étonne. On la considère comme femme absolument pro-européenne ayant réussi d'un point de vue économique, etc. Les analystes économiques en Italie sont beaucoup plus prudents. Mais incontestablement, il y a un renversement. On est à fond renversé en ce moment entre la France et l'Italie sur ce sujet.

On va passer au standard inter où nous attend Gérard. Bonjour Gérard, bienvenue. Bonjour. On vous écoute.

17:19
Invité

Je vous remercie. Bon, moi, je voulais dire un truc très court, très simple. Depuis hier, sur tous les plateaux télé, on voit déjà tous les politiques de tous bords qui s'engueulent pour pouvoir dire c'est moi qui ai raison, c'est toi qui as tort. Moi, moi, Français, j'ai besoin d'avoir la stabilité. Moi, ce que je veux, c'est le vote de confiance à François Bayrou. Moi, ce que je veux, c'est que les entreprises ne licencient pas. Ce que je veux, c'est la sécurité pour moi, les enfants et l'avenir de mon pays.

17:58
Présentateur

Vous redoutez autrement le chaos ?

18:02
Invité

Le chaos, nous y sommes là. Là, aujourd'hui, nous y sommes dans le chaos. J'écoute votre émission depuis le début, là, bien sûr, parce que je vous écoute tous les jours. Là, vous êtes en train de parler de l'Italie. Non, mais je crois rêver. On compare. On compare. Nous, ici, en France, nous avons des problèmes par-dessus la tête depuis des années. On a pris les gilets jaunes en pleine gueule. On a pris la Covid. On a pris des tas de trucs. Maintenant, nous devons avoir face à nous les solutions permettant de régler des problèmes liés aux intérêts de la dette en sachant que quand nous allons faire des crédits pour l'achat d'une voiture ou d'une maison, les taux seront augmentés.

Et que font nos politiques, là, depuis hier ?

18:55
Présentateur

Il se dispute, comme vous le disiez, Gérard. Merci infiniment pour cette intervention. La parole à Jérôme Sainte-Marie qui veut réagir ?

19:06
Intervenant

Je retiens de cette intervention, effectivement, le fait que la plupart des Français ne souhaitent pas le chaos et constatent à la fois, c'est dit à l'instant par l'auditeur, que le chaos est déjà là. Donc, il y a effectivement un problème, une crise politique qui se surajoute à la crise sécuritaire, à la crise économique, etc., et qui, effectivement, ne me semble pouvoir être raisonnablement résolu que par un recours au vote. C'est ce qu'a dit Jordan Bardella hier, mais effectivement, un recours au vote, notamment à l'issue d'une dissolution, voire plus. Vous pensez que c'est ça, la solution ?

C'est la seule façon, c'est la seule façon, si vous voulez, de retrouver une légitimité pour un pouvoir qui puisse, effectivement, mener sereinement une politique. C'est pour ça, d'ailleurs, que le Rassemblement National n'est pas sur des problématiques d'agitation, mais encore une fois, de résolution. Il y a eu toute une série de démarches, je vais les rappeler, par exemple, la lettre écrite et envoyée par Marine Le Pen le 25 juillet dernier, qui soulevait tout à fait une série de problèmes dont on voit la concrétisation aujourd'hui.

Dernière chose, il faut quand même rappeler, quel que soit le propos de l'auditeur, que quand même, les trois quarts des Français, d'après les récents sondages, se sont opposés au vote de la confiance à François Bayrou.

20:16
Présentateur

Retour au standard. Bruno, bonjour, bienvenue.

20:20
Invité

Bonjour, bonjour à vos invités. Oui, voilà, je voudrais savoir, pour le coup d'après, comment vont-ils s'entendre ? A l'effet, François Bayrou s'est roulé par terre pour avoir le poste, il l'a eu, il a démontré son incompétence, maintenant il s'en va en jouant les victimes du genre « vous me reverrez bientôt ». Et on sait très bien que le 8 septembre, il ne va pas obtenir la majorité, plus de 350 députés se sont déjà prononcés contre du L.A. au Rassemblement national, mais ça va être évidemment le mariage entre la carpe et le lapin, entre le loyer de Mélenchon et le roi des selfies et du Rassemblement national, ils n'ont pas une compétence.

Est-ce que là, le temps d'une émission, s'il vous plaît, ils peuvent nous montrer sur quelles décisions ils seraient d'accord ? Là, maintenant, tout de suite, pendant votre émission, la dernière minute qui reste, s'il vous plaît.

21:15
Présentateur

Eh bien, écoutez, merci et je passe le témoin à Marc Lazard. Ça tombe sur vous pour commencer. C'est bien difficile de répondre dans l'état actuel. Malheureusement, je ne vois pas les accords qu'il pourrait y avoir. Ce que je constate, c'est qu'effectivement, la dissolution semble inévitable parce que, quel que soit, encore une fois, le gouvernement qui soit en place, un Premier ministre suggéré par le Président de la République, avancé, le nom avancé par le Président de la République, je pense qu'il aura de grandes difficultés à avoir une majorité. Je remarque quand même qu'il y a un parti qui n'a pas envie de la dissolution. C'est le Parti Socialiste. Boris Vallaud l'a dit hier soir.

On voit bien que le Parti Socialiste redoute la dissolution immédiate. Il n'est pas prêt. Et donc, est-ce qu'il y a là une possibilité de compromis autour peut-être d'un gouvernement technique ou d'une figure d'un Premier ou d'une Première ministre qui pourrait faire un certain nombre de concessions ? C'est peut-être la toute petite marge de manœuvre qui reste. Sinon, il y aura dissolution et effectivement, les Français trancheront.

22:18
Invité

Bruno, des tentatives ont été essayées au cours du précédent budget pour voir s'il pouvait y avoir un budget alternatif. Elles se sont soldées par beaucoup plus de recettes mais pas beaucoup de taille dans les dépenses et les économistes étaient plutôt circonspects sur la faisabilité de ces budgets alternatifs.

22:34
Présentateur

Il y a ce vote de confiance le 8 septembre et le 10 septembre, cette journée de mobilisation sociale, bloquons tout. Une journée de mobilisation sociale qui est vue avec pas mal de prudence du côté du Rassemblement national dont vous êtes proche, Jérôme Sainte-Marie. Est-ce que cette journée de mobilisation a encore du sens ? Est-ce qu'elle peut encore prospérer maintenant que François Bayrou va vraisemblablement chuter le 8 septembre ?

22:58
Intervenant

Alors, il faut toujours être très prudent avec les mouvements sociaux, on ne les voit pas venir ou quand on les annonce ils ne se produisent pas. Mais là, on a vu cette émulsion largement médiatique autour de cette journée assez mystérieuse qui n'a pas de mot d'ordre. Ce n'est pas la même chose du tout que les Gilets jaunes, ce n'est pas qu'il y ait une protestation assez vague qui est désormais prise en charge par des partis de gauche qui risquent de dissuader de fait beaucoup de la base de ce qu'a été les Gilets jaunes qui d'ailleurs...

Voilà, donc c'est quelque chose de profondément hybride et surtout, vous savez, pour qu'il y ait un mouvement social assez puissant et sur des motifs plus ou moins politiques il faut qu'il y ait un blocage pour le coup électoral. S'il y a eu les Gilets jaunes c'est quand on était en début du premier mandat d'Emmanuel Macron qu'il n'y avait pas de représentation des forces populaires à l'Assemblée nationale.

Rappelez-vous, le Rassemblement national et la France insoumise ne représentaient à eux deux que 4% des députés ce qui n'est pas du tout le cas aujourd'hui où il y a une représentation assez correcte des forces politiques à l'Assemblée nationale et puis ça a été dit à l'instant il y a aussi des élections qui vont avoir lieu les élections municipales peut-être les élections législatives plus tôt que prévu en tout cas au pire dans un an et demi et donc je ne crois pas si vous voulez qu'il y ait les ingrédients nécessaires pour une forme de conflagration sociale.

24:12
Présentateur

Votre analyse rapide Marc Lazard du mouvement du 10 septembre C'est très difficile à dire parce qu'effectivement c'est très difficile de comprendre ce qui est en cause mais moi je fais de constat d'une part ça exprime incontestablement une colère sociale parce qu'il n'y a peut-être pas des mots d'ordre mais il y a des revendications il y a l'idée il faut supprimer les deux jours il faut avoir des services publics plus importants selon les sites quand on fait une petite recherche et puis il y a l'idée en gros de protestation et moi ce qui me frappe c'est le fait que ça illustre une fois de plus la difficulté de médiation c'est quand même étonnant de voir que les organisations syndicales les confédérations parce qu'il y a beaucoup d'organisations syndicales de base qui participent au mouvement mais que les confédérations une fois plus comme au moment des gilets jaunes sont un peu désarçonnés par ce mouvement on a vu Sophie Binet la leader de la CGT essayer de dire c'est nébuleux je m'en méfie ça vient un peu de l'extrême droite on sent que la CFDT n'y adhère pas une partie du FO est plus favorable mais on voit bien que là il y a cet éternel problème en tout cas c'est un problème historique en France de la difficulté à avoir une forme de médiation sociale Merci à tous les trois Marc Lazare Neila Latrou c'est Jérôme Sainte-Marie merci d'avoir été à ce micro ce matin C'est parti

25:22
Locuteur

Merci à tous les deux