Stéphane Lenormand, député LIOT de Saint-Pierre-et-Miquelon | La politique et moi
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Questions et réponses
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Bonjour Stéphane Lenormand.
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Ça fait quelques années que vous êtes engagé en politique, mais l'engagement il prend plein de formes différentes : syndicalisme, associations, milieu associatif.
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Le gamer qu'on vient de voir, c'est vous. Vous avez pris la tête d'une association de jeux vidéo en réseau au début des années 2000.
- 2:02OuverteRéponse directe
Mais les jeux vidéo, j'aimerais qu'on en parle quand même. Ça reste une passion chez vous aujourd'hui ?
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Il y a eu un tissu associatif très riche, mais alors, quand j'ai fouillé les archives, on vous retrouve partout : ping-pong, volet, badminton, foot. Chez vous, l'engagement, c'est dans votre ADN ?
- 3:18OuverteRéponse directe
Et alors justement, comment la politique est arrivée dans votre vie, l'engagement politique ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:29Invité politiqueFait
« ce cadre, j'ai eu la chance de l'inaugurer en tant que président de la collectivité puisque c'est quelque chose qui faisait partie des projets politiques que l'on portait, le désenclavement de notre territoire. »
- 5:50PrésentateurChiffre
« Vous avez été élu avec 1329 voix sur un total de 5053 électeurs. »
- 6:13Invité politiqueFait
« moi, je pense que oui, parce que le député, il est à la fois un élu national, mais aussi un élu de circonscription »
- 7:15Invité politiqueFait
« On est le territoire d'outre-mer le plus proche de Paris à vol d'oiseaux. »
- 8:42Invité politiqueChiffre
« Ça dépend lequel, mais vous pouvez avoir des 12, 13, 14, 15 euros. »
- 9:29Invité politiqueFait
« Et il va disparaître. »
- 12:04Invité politiqueFait
« En fait, les trois peuplements d'origine, ce sont des Normands, des Bretons et des Basques. »
- 12:26Invité politiqueFait
« Non, moi, je suis Normand. »
Temps de parole
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C'est un petit bout de France à l'autre bout du monde, un archipel de quelques milliers d'habitants à peine au large du Canada. Mon invité est le député de Saint-Pierre-et-Miquelon. Il siège au sein du groupe Liotte à l'Assemblée. Bonjour Stéphane Lenormand. Bonjour. Alors ça fait quelques années maintenant que vous êtes engagé en politique, mais alors chez vous, l'engagement il prend plein de formes différentes. Pas que politique, il y a eu le syndicalisme et puis alors il y a les associations, le milieu associatif. J'ai retrouvé une archive vidéo de vous assez étonnante, ça date de 2002.
Je suis dans la peau d'un soldat allié dans les Ardennes. Le débarquement vient d'avoir lieu. Nom de code, First Personal Shooter. Ce sont les jeux PC d'action et de guerre les plus prisés. Âmes sensibles, s'abstenir. Désormais, les amateurs du genre peuvent se retrouver en réseau au sein de l'association SPM LAN pour s'adonner à leur passe-temps favori. Finis donc les parties en solo ou sur Internet. Plus on est de fou, mieux on joue.
Alors le gamer qu'on vient de voir, c'est vous. Vous avez pris la tête d'une association de jeux vidéo en réseau au début des années 2000. Je comprends mieux pourquoi vous faites souvent référence à ce câble sous-marin qui relie Saint-Pierre-et-Miquelon au Canada et qui vous permet d'avoir l'Internet au débit.
Et d'ailleurs, ce cadre, j'ai eu la chance de l'inaugurer en tant que président de la collectivité puisque c'est quelque chose qui faisait partie des projets politiques que l'on portait, le désenclavement de notre territoire. Alors, ce n'est pas forcément lié à mon appétence pour le jeu vidéo, mais disons que, et vous l'avez un peu évoqué, on a une vie très riche à Saint-Pierre-et-Miquelon. C'est un tissu insulaire et naturellement, tout ce qui est associatif est extrêmement fort et permet à la plupart des jeunes qui veulent s'investir d'avoir ce tremplin, de se lancer dans l'intérêt général en fait.
Mais les jeux vidéo, j'aimerais qu'on en parle quand même. Ça reste une passion chez vous aujourd'hui ?
Ça reste toujours une passion. Je suis encore un joueur... Quel jeu vidéo ? World of Warcraft. Je continue un peu un classique et de temps en temps, je fais quelques parties. C'est vrai que ça m'apaise un peu tellement le cadre politique est assez parfois violent et demande finalement d'évacuer un peu tout ce que l'on entend à droite et à gauche.
Alors, vous l'avez dit, il y a eu un tissu associatif très riche, mais alors, quand j'ai fouillé les archives Vina, on vous retrouve partout. J'ai trouvé des images de vous jouant au ping-pong, président d'un club de ping-pong, jouant au volet. Je crois que vous avez d'ailleurs présidé le club de volet. Je crois que vous avez fait pareil dans le badminton, dans le foot. Chez vous, l'engagement, c'est dans votre ADN ? C'est quelque chose...
Oui, j'ai toujours eu ce côté... Là, on vous voit jouer au volet, par exemple. Voilà, oui, oui, avec quelques kilos de moins. Mais oui, oui, non, non, ça a toujours été une volonté de ma part de participer. J'aime beaucoup tout ce qui représente les sports collectifs, les échanges. La troisième mi-temps aussi, ça fait partie, comment dire, de l'avantage des sportifs, comment dire, du dimanche, comme on dit chez nous. Donc voilà, c'est vrai, c'est sans doute ce qui m'a conduit aussi quelque part à la politique, cette appétence pour être avec les autres.
Et alors justement, comment la politique est arrivée dans votre vie, l'engagement politique ?
Alors, la politique est arrivée, je ne peux pas vous dire que je rêvais quand j'étais gamin. Mais c'est arrivé parce que j'avais deux patients quand j'étais jeune, le foot et le hockey sur glace. Le hockey sur glace, c'était naturellement le cas d'Agnan de Montréal, parce que je suis aussi un nord-américain. Et pour le foot, j'écoutais les multiplexes du championnat de France. Donc j'ai découvert un peu, exactement, qui, dans le père, avait une relation avec Saint-Pierre-et-Miquelon, puisqu'il s'était présenté comme député. Ah, je ne savais pas. Et donc, j'ai commencé à avoir une cartographie de la France.
Et en 77-78, j'ai écouté les élections municipales, qui avaient été assez importantes, puisque ça avait, de mémoire, une victoire assez de la gauche. Puis les élections législatives de 78. Et donc, j'ai associé un peu les villes de foot que je connaissais avec les résultats, finalement, des municipales. C'est original. Et ce qui fait qu'assez jeune, à 15 saisons, tout le monde dit « Ah, mais tu vas faire de la politique ? » Pas parce que j'avais vraiment une attirance pour, mais parce que je connaissais assez bien la cartographie politique. Et sportive et footballistique. Exactement. Voilà, donc c'est un peu arrivé comme ça, cette idée que tout le monde me voyait faire de la politique.
Alors, votre engagement politique, il a d'abord été local, conseiller municipal, conseiller général, vice-président, puis président de la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon. Et puis, en 2017, vous êtes présenté aux législatives. Qu'est-ce qui vous a amené comme ça à abriguer un mandat national, pour le coup ? On sort du tissu associatif local, là, on n'est plus…
À un moment donné, si vous voulez, la dimension sociétale, les enjeux, les montées aussi d'une forme de radicalité politique, m'ont poussé un peu à m'investir aussi modestement au niveau national, parce que je crois qu'on a devant nous des enjeux qui sont très importants dans les années à venir.
Donc, c'était un levier plus puissant pour vous.
Voilà, plus puissant, puis aussi une maturité, une expérience très forte du terrain, un pragmatisme qui, je l'avoue, et sans vouloir juger certains collègues, il y a des députés qui sont quand même hors seuls, quoi. Et moi, je n'avais pas ça, et je me disais, purée, il faudrait quand même peut-être remettre des gens qui ont l'habitude d'être au contact des citoyens, qui ont l'habitude d'être confrontés à des problématiques de tous les jours pour justement rendre parfois des textes de loi beaucoup plus cohérents et beaucoup plus, comment dire, opérationnels dans leur déclinaison pratique. Donc, voilà, c'était un peu tout ça qui a fait qu'en 2017, j'essaye une première fois.
Alors, il a fallu attendre 2022 pour que vous soyez élu. Et là, j'aimerais qu'on s'arrête sur un chiffre quand même. Vous avez été élu avec 1329 voix sur un total de 5053 électeurs. Alors, peut-être que nos téléspectateurs ne sont pas au courant, mais le nombre moyen d'électeurs par circonscription en France, c'est quand même 85 000. C'est-à-dire que votre voix dans l'hémicycle, aujourd'hui, elle pèse autant que celle d'un député qui aurait été élu par 15 ou 20 fois plus d'électeurs. Est-ce que c'est normal ?
Écoutez, moi, je pense que oui, parce que le député, il est à la fois un élu national, mais aussi un élu de circonscription si on met de côté les députés qui sont issus des pays, enfin des Français vivant dans les pays à l'étranger. Et je crois qu'un petit territoire comme Saint-Pierre-et-Miquelon, c'est aussi un morceau de la France. Il y a une dimension géostratégique qu'on ne peut pas nier. Mais il y a une histoire qui est très forte. On pourrait parler de la Grande Pêche, de la Prohibition. On pourrait aussi parler de la Deuxième Guerre mondiale, où le territoire de Saint-Pierre-et-Miquelon a été le premier territoire à regagner la France libre.
Donc je crois que c'est une partie de la France de son histoire.
Ça s'explique par l'histoire, mais il y a un principe, le principe d'égalité des Français devant le suffrage. Et là, il est un peu tordu quand même.
Oui, mais il y a le principe aussi que toutes les sensibilités, toutes les histoires soient aussi représentées.
Alors, vous êtes élu d'un territoire un peu particulier. Vous en avez dit un mot quand même. Un archipel au large des côtes canadiennes à combien de kilomètres de Paris ? En ligne droite, on doit être à peu près autour de 4400.
On est le territoire d'outre-mer le plus proche de Paris à vol d'oiseaux.
50 fois plus petit que l'île de France. À quoi ça ressemble la vie d'un député de Saint-Pierre-et-Miquelon au quotidien ?
Alors, ce qu'il faut savoir, c'est que le territoire a un statut particulier. Moi, je travaille avec les deux maires et avec le président de la collectivité. Mais je travaille aussi auprès de l'Union européenne, puisque le statut spécifique de Saint-Pierre-et-Miquelon fait qu'on a une relation particulière avec l'Union européenne qui intervient dans le financement de nos projets et pour lequel, naturellement, il faut s'astreindre à leurs exigences. Mais on est aussi représenté dans des instances internationales de pêche, comme l'Opano, qui est l'organisation des pêches de l'Atlantique Nord.
Donc, il y a un travail supplémentaire du député de Saint-Pierre-et-Miquelon que n'ont pas la plupart des députés exigences.
Mais comment vous répartissez votre temps entre Paris et Saint-Pierre-et-Miquelon ?
Alors, le cœur du métier reste quand même à Paris pour un député. Mais comme je suis très impliqué aussi dans les dossiers du territoire et que je les pousse en bonne cohérence avec les élus locaux, je fais en sorte d'être à peu près trois semaines à Paris et une semaine chez moi. Parce que c'est un petit territoire. En 8-10 jours, j'arrive à avoir l'essentiel... Il faut régler les problématiques des habitants.
Et alors, parmi tous vos combats politiques, il y en a un qui est quand même commun, si l'on peut dire, à tous les territoires ultramarins. C'est la lutte contre la vie chère. Juste pour se faire une idée, une boîte de camembert, ça coûte combien à Saint-Pierre-et-Miquelon ?
Ça dépend lequel, mais vous pouvez avoir des 12, 13, 14, 15 euros.
Il y a un vrai sujet, si vous voulez. C'est un sujet majeur. Alors, il y a une de vos dernières prises de parole à l'Assemblée qui était pour vous plaindre du peu de considération que porte l'État français à votre territoire. Alors, les quais du port de Saint-Pierre ne sont plus entretenues. Le seul patrouilleur que vous avez, il est en fin de vie et pour l'instant, il n'est pas remplacé. Vous avez un seul petit avion pour relier toutes les îles de l'archipel. Vous vous sentez un peu abandonné par la métropole ?
Non, on ne peut pas dire ça, pas à ce point-là. Par contre, oui, ma colère, elle est par rapport au décalage entre moi qui suis un hulu de terrain et les grands discours parisiens.
Ça, c'est le petit avion qui permet de relier les îles de Saint-Pierre.
Et qui intervient essentiellement aussi pour Miquelon, mais pour les évacuations sanitaires. Et il va disparaître. Et là, on se retrouve vraiment dans une situation où il y a un danger, il y a une rupture d'égalité du citoyen par rapport à la prise en charge de l'urgence. Donc, c'est un dossier qui est très chaud en ce moment et sur lequel on travaille. Pour revenir à l'histoire des quais, c'est qu'on ne peut pas prétendre à Paris, dans les grands discours, dire que la France rayonne dans le monde par ses territoires d'outre-mer et avoir un quai qui risque de s'écrouler à n'importe quel moment. Donc, il faut mettre le discours en phase avec la réalité du terrain.
Alors, décidément, quand on fouille la boîte à archives de l'INA, on trouve pas mal de choses vous concernant. Je suis tombé sur un reportage qui était consacré aux étudiants mi-clonés à Caen. C'était en 1985. Et à l'époque, vous étiez en formation pour devenir enseignant.
Trois ans d'études ici à l'école normale ? Oui, trois ans de formation qui ressemble finalement à une formation professionnelle avec des stages pratiques et des stages théoriques qui se cumulent lors des trois années. Avec une obligation de revenir exercer à Saint-Pierre-et-Miquelon ? Disons que oui, une obligation est précisée quand même au terme du contrat. Mais précisément, à votre avis, il voudrait mieux s'installer ici, en France ? Ou c'est avec grande joie que vous reviendrez vers Saint-Pierre-et-Miquelon ? Je pense que c'est avec une grande joie que je reviendrai quand même à Saint-Pierre-et-Miquelon.
Même si je me suis assez bien adapté à la vie en France, je crois qu'on n'est jamais aussi bien que chez soi. Je pense sincèrement revenir.
C'est pas la France Saint-Pierre-et-Miquelon ? Parce que vous le reprenez pas. C'est ça, c'est un peu le discours. C'est toujours pareil, métropole et France.
C'est l'hexagone maintenant. Mais on est français, mais c'est vrai qu'on est très attaché. Quand vous êtes insulaire, l'insularité, c'est un sentiment spécifique. Et on a cet attachement à notre caillou.
Le journaliste a l'air presque surpris que vous vouliez retourner à Saint-Pierre. Vous n'avez jamais envisagé de faire votre vie ailleurs ?
Non, non, non, non. C'était clair pour moi. J'ai eu trois enfants et mes trois enfants ont fait toute leur vie à Saint-Pierre-et-Miquelon. Aujourd'hui, ils veulent de leur propre aile. Ils sont à droite et à gauche. Mais non, non, on a une qualité de vie aussi. Vous savez, regardez ces images. C'est lumineux. Il n'y a pas de pollution. Tout le monde se connaît. On finit le boulot à 18h. À 18h30, on était avec les copains à faire une partie de tennis ou de badminton. On a aussi cette richesse-là.
On va conclure l'émission par notre petit quiz habituel. Je vais vous proposer des phrases que vous allez devoir compléter. Si l'Assemblée était un jeu vidéo... World of Warcraft. Oui, à ce point-là. Ça défouraille. La pelote basque à Saint-Pierre-et-Miquelon ? Une tradition. C'est étonnant. Peut-être qu'on peut l'expliquer.
En fait, les trois peuplements d'origine, ce sont des Normands, des Bretons et des Basques. D'ailleurs, qu'on retrouve sur notre drapeau, les trois drapeaux de ces régions-là. Et les Basques ont gardé une très forte identité. Les jeux... Davantage que les Normands et les Bretons ? Et qui ont plus fusionné, qui se sont plus mélangés, alors que les Basques, c'est une identité très forte. Et elle est restée aussi à Saint-Pierre-et-Miquelon.
Vu votre nom, j'imagine que vous, vous n'êtes pas Basque. Non, moi, je suis Normand. Si Donald Trump décide d'occuper Saint-Pierre-et-Miquelon ?
Alors, aucun risque, puisqu'il n'a pas cette culture géographique de savoir qu'on existe. Vous êtes à l'abri.
Merci à vous, Stéphane Lenormand, d'être venu dans La Politique et moi. Merci à vous.
Stéphane Lenormand