Cabale islamophobe contre un lycée musulman : quand un juge humilie le gouvernement
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Questions et réponses
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- 3:25OuverteRéponse directe
Comment avez-vous accueilli la décision de justice rétablissant le contrat du lycée Averroès ?
- 3:38RelanceRéponse directe
La réaction politique conteste cette décision. Que pensez-vous de cette contestation ?
- 5:15OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que cela dit de la politique d'Emmanuel Macron ?
- 6:26OuverteRéponse directe
Ces interventions politiques ne montrent-elles pas que ce qui dérange, c'est le succès d'un lycée musulman ?
- 8:29OuverteRéponse directe
Peut-on parler d'un manque de contradiction médiatique sur ces sujets ?
- 13:12OuverteRéponse directe
Vous dénoncez une montée de l'islamophobie dans ce texte. Quelles sont vos recommandations ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:47PrésentateurChiffre
« Plus de 173 actes anti-musulmans ont été décomptés en 2024. »
- 7:48InvitéChiffre
« On parle de 0,07% des chiffres de toutes les fédérations et de tous les clubs. »
- 7:51InvitéChiffre
« On parle de 180 000 clubs en France. »
- 28:46InvitéFait
« on est dans une stigmatisation et dans de l'islamophobie pure. »
- 28:52InvitéFait
« Ils n'ont aucune statistique. »
- 29:53InvitéFait
« CNews est une chaîne d'opinion aujourd'hui. »
- 30:01InvitéFait
« Il faut l'assumer en tant que telle. »
- 30:10InvitéFait
« c'est en permanence avec le lien immigration-islam-délinquance en permanence qui est le triptyque de l'extrême droite. »
- 31:07InvitéFait
« la laïcité, ce n'est pas l'interdiction de la religion. »
- 31:23InvitéFait
« Il y a un texte qui a été voté au Sénat il n'y a pas très longtemps sur l'interdiction des signes religieux, notamment dans le sport. »
- 31:41InvitéFait
« La France est le seul pays aux Jeux olympiques et paralympiques qui a interdit le port du couvre-chef et du voile dans les compétitions alors qu'on était pays accueillant. »
- 32:20InvitéFait
« moi je pense qu'on peut dire génocide en cours en Palestine et à Gaza »
- 32:47InvitéFait
« Ce n'est pas un conflit religieux là-bas, c'est un conflit de colonisation. »
- 34:30InvitéFait
« Force est de constater que ce n'est pas le cas aujourd'hui. »
- 34:37InvitéFait
« il traverse par ailleurs l'espace aérien français sans qu'il soit inquiété »
- 35:35InvitéFait
« le refus d'appliquer des sanctions. »
- 36:10InvitéFait
« on entend beaucoup en ce moment le président de la République nous parler de la reconnaissance de l'état de Palestine. »
- 37:17InvitéFait
« j'avais demandé la création d'un groupe d'études islamophobie avec une pétition qui avait été lancée qui a plus de 15 000 signatures ça a été refusé »
Temps de parole
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- Présentateur27 %
- Invité 22 %
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Le lycée privé Averroès situé dans l'Académie de Lille, vous en avez beaucoup entendu parler depuis décembre 2023, lorsque le préfet a décidé de résilier le contrat d'association qui lie cet établissement musulman à l'État Averroès, un établissement emblématique fondé il y a plus de 20 ans, était alors accusé de, je cite, dysfonctionnement administratif majeur lié à des financements reçus entre 2011 et 2014 de la fondation Qatar Charity. Il n'en fallait pas plus pour que la droite et l'extrême droite hurlent à l'entrisme islamiste.
C'était le début d'un bras de fer et d'une polémique interminable teintée d'islamophobie et d'une récupération politique sans gêne de la part du ministre de l'Intérieur de l'époque, Gérald Darmanin. Après près d'un an et demi de bataille, la justice a finalement décidé ce mercredi 23 avril de rétablir le contrat du lycée Averroès, mais c'était sans compter sur l'opiniâtreté du gouvernement qui tranche nettement avec les réactions à la suite du scandale de l'établissement catholique Bétarame. Elisabeth Borne annonce se laisser la possibilité de faire appel et Bruno Retailleau en rajoute une couche.
Évidemment, un contrat d'association ne dépend pas du ministère de l'Intérieur mais du ministère de l'Éducation nationale a indiqué hier qu'elle se réservait le droit de faire appel. Bon, pour ce qui me concerne, moi je pense que, évidemment, et je souhaite que ce soit le cas et que l'État fasse appel. Maintenant, je voudrais être plus précis pour redire que les faits sont graves. Que les faits sont graves, qu'ils sont significatifs de ce que je viens d'appeler l'antrisme islamiste, que je veux combattre avec la plus grande fermeté. Et le lycée Averroès est pour nous un bastion de cet antrisme. Et un antrisme qui, en plus, s'attaque à la jeunesse.
On a dans des établissements, qui devraient être des sanctuaires,
des jeunes consciences qui se construisent. Alors, le cas du lycée Averroès n'est-il pas, finalement, le symbole d'une islamophobie rampante et de plus en plus décomplexée, notamment sur le plan politique, on vient de l'entendre ? Quel est l'état, justement, de l'islamophobie en France ? Alors que, d'après les données du ministère de l'Intérieur, plus de 173 actes anti-musulmans ont été décomptés en 2024. On en parle tout de suite avec Sabrina Sebailly, députée écologiste des Hauts-de-Seine et co-rapporteure d'un texte sur l'islamophobie, justement, débattu à l'Assemblée nationale fin mars dernier. C'est parti pour Au cœur de l'actu. Bonsoir, Sabrina Sebailly.
Merci d'avoir accepté notre invitation. Comment vous avez accueilli cette décision de justice, donc, de rétablir le contrat de l'établissement musulman Averroès et, derrière, la réaction politique qui va dans le sens d'une contestation de cette décision ?
Alors, habituellement, nous, on ne commande pas les décisions de justice. Là, je pense, pour le coup, que le lycée a fait un appel. Il a obtenu gain de cause sur son établissement. Par contre, ce qu'on avait dit dès le départ, c'est que ça nous semblait disproportionner cette rupture de contrat avec cet établissement et qu'on voit bien le ministre de l'Intérieur, dont on se demande, d'ailleurs, de quoi il est ministre, parce que, visiblement, il est ministre de tout. Ministre des Affaires étrangères, la ministre de l'Éducation nationale, ministre de l'Intérieur. Donc, il se mêle de tout. Il a un avis sur tout. Et, bien évidemment, qu'il va continuer sur cette lancée.
Moi, ce que je peux dire, c'est que, quand on connaît le personnage, suite à ses dernières déclarations, rappelez-vous du dernier meeting où il terminait par « Vive le sport et abat le voile ». Ses premiers faits d'armes, c'est quand même de dire qu'il faut interdire les mères voilées accompagnatrices, qu'il faudrait interdire le voile dans les universités. Et donc, ce qu'on peut dire de lui, c'est que, visiblement, l'islam est une obsession pour notre nouveau ministre de l'Intérieur, puisqu'il ne parle que de cela, de l'entrisme islamiste.
Et personne ne nie le fait qu'à un moment, il faut combattre, bien évidemment, toutes les idées qui peuvent conduire à des projets extrêmement dangereux pour notre État, pour notre République, qui pourraient mettre en danger notre jeunesse. Or, là, on a plutôt le sentiment qu'il y a un acharnement sur les Français de confession musulmane dans notre pays. Et c'est un peu, d'ailleurs, ce que traduit, finalement, le rapport dont on a pu débattre à l'Assemblée nationale, encore, il y a quelques semaines de ça. C'est encore très frais.
On en reparlera. Il y a quand même une forme de continuité dans ces accents très offensifs de la part des derniers ministres de l'Intérieur. C'était déjà le cas de Gérald Darmanin. Qu'est-ce que ça dit de la politique d'Emmanuel Macron ?
Eh bien, franchement, je pense que personne n'est incapable de dire ce que dit la politique d'Emmanuel Macron, parce que je pense que personne ne sait ce que veut dire Emmanuel Macron quand on voit les zigzags permanents dans la politique, qu'elles soient internationales, intérieures ou autres.
Par contre, ce qui est certain, c'est qu'on a une partie des ministres, dont Bruno Rotaillot, Gérald Darmanin, juste avant lui, qui ont, effectivement, une cible aujourd'hui qui est claire, qui est celle d'aller courir après l'électorat de l'extrême droite et dont ils pensent qu'en tapant sur une partie de la communauté française ou pas, d'ailleurs, puisque leur cible principale étant l'immigration pour justifier tout ce qui va mal dans notre pays. Alors, Bruno Rotaillot a une spécificité puisque lui, c'est vraiment les Algériens et l'Algérie. C'est le problème en France.
Mais on voit bien que ça cible quand même particulièrement les musulmans et qu'à chaque fois, on utilise la laïcité sous couvert, justement, de stigmatiser une partie de la population. Et c'est bien là le problème. Donc oui, on voit bien, en tout cas, qu'ils ont un objectif, c'est celui d'aller taper dans l'électorat de l'extrême droite et qu'ils pensent, malheureusement, qu'il faut faire le programme de l'extrême droite pour éviter que l'extrême droite arrive au pouvoir.
Alors, justement, on a entendu Bruno Rotaillot parler d'entrisme islamiste sans effectivement expliquer en quoi il y avait de l'entrisme tout à fait. On sait que, que ce soit Bruno Rotaillot ou Gérald Darmanin, ces deux personnalités ont des ambitions politiques, notamment en vue de 2027. C'est aussi une récupération politique en vue des prochaines échéances électorales.
Il y a un agenda politique, c'est évident, pour les deux, oui, qui se voient candidats en 2027 et donc, leur stratégie, encore une fois, c'est d'aller chercher... Vous savez, le RN n'a pas arrêté de se vanter en disant que nous avons eu 11 millions d'électeurs aux législatives. Je pense que leur objectif à eux, c'est d'aller chercher ces 11 millions d'électeurs en pensant qu'ils vont les récupérer en utilisant les mêmes éléments de langage que l'extrême droite.
Nous, ce qu'on dit assez régulièrement, c'est que l'électeur préférera toujours l'original à la copie et donc, pourquoi aller voter pour Bruno Rotao quand ils peuvent voter pour Marine Le Pen si elle peut se présenter ou pour un Jordan Bardella ? Donc, je ne crois pas que ce pari soit gagnant. Par contre, il fracture le pays. Ça, c'est une évidence et j'ai même envie de dire que plus grave que cela, parce qu'on a des personnalités qui occupent médiatiquement cet espace, mais on a aussi des parlementaires aujourd'hui qui sont sur cette ligne politique.
Il y a de cela quelques semaines, il y a eu un rapport qui a été présenté par Caroline Yadant et Julien Oudoul sur l'islamisme et le communautarisme dans le sport. On parle de 0,07% des chiffres de toutes les fédérations et de tous les clubs. On parle de 180 000 clubs en France et là, on nous sort un rapport tapis rouge au niveau médiatique pour aller expliquer que l'islamisme est un danger absolu dans le mouvement sportif et encore une fois, on parle de 0,07%. On ne se base quasiment sur aucun chiffre. Pour vous donner un exemple, dans le rapport, il est indiqué que par exemple il y a un club qui a été fermé parce que sur des photographies, il y avait des sportifs voilés.
On en est là en fait aujourd'hui dans notre pays.
Et quand vous parlez de tapis rouge, j'en souviens que Caroline Yadant justement avait été invitée sur RMC Sports qui a fait polémique parce qu'il n'y avait pas de véritable contradiction de fond en fait aussi. C'est la liberté de dérouler ce discours aussi médiatiquement qui peut gêner aussi.
Oui, absolument, pas de contradicteur. Moi, j'aurais aimé par exemple qu'il nous invite au moment où on a rendu le rapport de la commission d'enquête qui pour le coup, là c'était un travail de six mois où il y a eu des auditions, un travail extrêmement sérieux sur les violences et les dysfonctionnements des fédérations sportives où on sait qu'un enfant sur sept est victime de violences. On a parlé d'agressions sexuelles sur des mineurs dont par exemple le témoignage d'Angélique Cauchy qui expliquait qu'elle avait été violée 400 fois par son entraîneur. On n'a pas été invité sur ces plateaux pour expliquer ce qui dysfonctionnait dans le sport.
Par contre, Caroline Yadant, oui, elle est invitée pour parler d'un rapport où, comme je le dis, moi j'ai assisté à quelques auditions de ce rapport. Les questions qui ont été posées, c'était terrifiant quand même parce qu'on en est arrivé à est-ce que le régime alimentaire est un signal faible d'islamisation dans notre pays ? Donc, il faut quand même préciser de quoi on parle. Alors, est-ce qu'on parle du halal, du cachère ? Est-ce qu'être végétarien aujourd'hui, c'est un signe de radicalisation ? Enfin, je ne sais pas. Il faut poser toutes ces questions-là.
Et visiblement, pour notre collègue parlementaire, non, c'était le fait que dans sa région, les jeunes qui étaient au foot ne mangeaient plus de sandwich au jambon. Et donc, pour lui, c'était un signe d'islamisation. On en est là, on en est à interdire le collant dans les clubs de foot parce que c'est un vêtement de pudeur islamique alors que tous les garçons et toutes les filles ont toujours porté des collants pour s'entraîner quand il fait froid. Donc, voilà, on en est vraiment, on est devenu à la police de la tenue vestimentaire dans le mouvement sportif, à la police du port du voile et c'est une dérive extrêmement grave, je pense, dans notre pays.
Alors, pour revenir au cas du lycée Averroès, ces interventions politiques, notamment gouvernementales, est-ce qu'elles ne montrent pas aussi que ce qui dérange, c'est le succès d'un lycée musulman qui affichait des résultats tout de même excellents ? L'excellence venant d'un lycée qui se présente comme de confession musulmane dérange d'une certaine façon ?
En réalité, oui, c'était un lycée qui avait, enfin, c'est d'ailleurs toujours un lycée qui a des résultats excellents qui sortent des pépites de cet établissement. Moi, je trouve que, enfin, l'État est dans son rôle de contrôler les établissements scolaires. La difficulté aujourd'hui, c'est qu'il faut que ce contrôle, il se fasse de manière égalitaire et identique partout, dans toutes les formes d'établissements. Moi, ce qui me surprend, c'est qu'on en arrive à des telles inégalités, qu'on a des établissements comme Betaram qui n'ont eu aucun contrôle depuis 30 ans, visiblement, alors qu'aujourd'hui, on a plus de 150 plaintes pour faits de violences et d'agressions sexuelles.
Et de l'autre côté, on a des établissements catégorisés comme dits musulmans et là, ils sont contrôlés systématiquement. Alors, pourquoi pas ? On peut contrôler systématiquement tous les établissements. C'est le rôle, après tout, pourquoi pas de l'État de vérifier que nos enfants soient bien éduqués, qu'ils aient des résultats excellents, etc. Là, ce n'est pas le cas. Donc, on voit que Betaram, ce n'est pas le cas. Stanislas, je ne rappelle pas la polémique autour, notamment, d'Amilie Oudea-Castera et de ses enfants et de tout ce qu'on a appris sur cet établissement. Et pourtant, là, personne ne dit rien.
On continue à financer ces établissements, y compris avec des montants qui sont extrêmement importants. Et ça ne dérange personne. Mais dès qu'on parle d'un lycée, d'un établissement où il y aurait des musulmans, eh bien là, tout d'un coup, c'est la psychose généralisée, mais qui est à tous les niveaux. Je regardais il y a quelques jours de cela, lorsque le pape est mort, on a Pascal Praud, quand même, qui nous parle de l'islam, alors qu'on parle du pape. Donc, il y a une obsession, aujourd'hui, de l'islam dans notre pays, une obsession des musulmans. Et c'est vrai que le travail qui a été fait, les auditions qu'on a pu faire ont montré que, finalement, tout cela est une continuité.
Parce qu'aujourd'hui, d'abord, il y a une continuité parce qu'on pense qu'un homme barbu ou une femme qui porte un voile, eh bien, on mélange tout. On passe de musulmans à islamistes, à djihadistes. En fait, on fait l'amalgame de tout cela. Et du coup, la réalité, c'est que quand on voit une femme voilée, eh bien, on pense djihadiste, terroriste, alors que c'est une femme qui pratique sa religion. Et on parle de prosélytisme pour des femmes qui sont voilées. Et de l'autre côté, on a une continuité parce que nous, dans les auditions qu'on fait, on nous explique qu'en réalité, il y a 40 ans où on disait Salbouniou, le Salarabe, on ne peut plus le dire aujourd'hui.
Et donc, pour stigmatiser ces personnes-là, on passe par l'islam parce qu'on a le principe de laïcité qui nous permet de dire « Ah oui, mais là, ce n'est pas la laïcité, donc il faut mettre de côté cette religion dans notre pays. » C'est la même chose. C'est une continuité d'un racisme qui dure depuis des années dans notre pays qu'on n'a pas traité et qui vise d'ailleurs essentiellement les maghrébins parce que vous pourrez poser la question à tout le monde quand ils parlent de musulmans, ils ne pensent pas aux Indonésiens par exemple, alors que c'est le pays où il y a le plus de musulmans à travers le monde.
Alors, vous m'avez tendu une perche concernant Bétaram. On est en plein scandale Bétaram, on peut le dire, et c'est difficile de ne pas faire le rapprochement entre le sort des deux établissements. L'un au sein duquel on a eu des cas de violences très graves pendant des décennies couvertes par des politiques dont peut-être le Premier ministre, on verra ce qu'en diront les auditions à venir, et l'autre qui simplement reçoit un financement venu du Qatar et est d'emblée accusé de manquement grave au principe républicain. La députée LFI, Mathilde Pannot, a commenté et critiqué ce double standard. C'était au micro de nos collègues de TF1. On l'écoute.
Je trouve révoltant le deux poids de mesures qui existent dans notre pays avec Elisabeth Borne qui a annoncé hier vouloir faire appel sur la décision du tribunal administratif qui a réinstauré le contrat d'association entre le lycée Averroès, vous savez, le lycée sous contrat musulman et l'État, et que c'est révoltant parce que la décision du tribunal dit que c'était discriminatoire. Or, pour Bétaram, il n'y a aucune mesure qui a été prise et Mme Borne parle toujours à les prendre.
Et je trouve ce deux poids de mesures révoltant et indigne de notre République parce qu'encore une fois, on voit qu'il y a une différence entre des établissements sous contrat catholique et des établissements sous contrat musulman et la République ne peut pas l'accepter.
Vous êtes d'accord avec ce que vous venez d'entendre, Sabrina Sebailly ?
Oui, oui, absolument. Je pense qu'il y a effectivement un double standard de la manière dont on traite les établissements et c'est ça qui pose problème en réalité. Moi, je le disais, qu'on contrôle les établissements, c'est normal, l'État est dans son rôle. Il faudrait d'ailleurs donner peut-être plus de moyens à l'inspection pour pouvoir faire son travail. C'était le cas dans les fédérations sportives, c'est le cas dans l'éducation aussi. Mais par contre, c'est vrai que là, avoir des ministres qui disent qu'ils vont faire appel d'une décision de justice alors que le rendu du tribunal est très clair sur le fait que c'était disproportionné, que c'était discriminatoire.
Et de l'autre côté, on a le cas Bétharam où il ne se passe rien, c'est-à-dire qu'on a le sentiment que l'État est passif par rapport à ce qui est en train de se passer. En tout cas, c'est le sentiment que ça donne de l'extérieur. Et on a une commission d'enquête qui est en cours, donc on verra effectivement les auditions et les résultats qui en sortent, mais on n'a pas le sentiment de les voir s'activer autant sur cet établissement Bétharam et d'ailleurs sur d'autres établissements dont on a encore des plaintes qui sont en train d'arriver sur des établissements aussi catholiques.
Donc voilà, l'idée n'est pas de stigmatiser l'un ou d'opposer l'un par rapport à l'autre, ce n'est pas du tout le propos, mais par contre, il faut que tout le monde soit traité de la même manière dans notre pays. La devise républicaine, c'est celle-ci aussi, c'est de dire égalité. Donc l'égalité, c'est l'égalité de traitement aussi pour tous les citoyens, quel que soit le choix qu'ils font. Et d'ailleurs, dans les établissements privés qui soient catholiques ou musulmans ou même juifs, aujourd'hui, vous n'avez pas que des étudiants qui sont musulmans, catholiques ou juifs.
Vous avez aussi des étudiants, des lycéens qui n'ont pas de religion et dont les parents font choix des établissements privés.
Cette montée de l'islamophobie en France, vous le dénoncez dans ce texte présenté à l'Assemblée nationale. Quelles sont vos recommandations ?
À l'échelle politique. Oui, d'abord, on a un vrai problème. C'est que, d'abord, sur le mot islamophobie, ça cristallise le débat public aujourd'hui.
Parce que même au sein de la gauche, je le précise, l'emploi du terme a fait débat, notamment certaines voix venues du Parti socialiste qui estimaient que le terme islamophobie ne caractérisait pas, qu'on aurait dû préférer le terme haine anti-musulman au terme islamophobie. C'est une diversion. On ne parle pas du fond en se préoccupant uniquement de la sémantique comme ça ?
Je pense que oui. Je pense qu'en s'occupant de la sémantique, c'est une manière de nier qu'il y a un problème dans notre pays sur l'islamophobie. Après, par exemple, sur le rapport qu'on a rendu, on avait une co-rapporteure qui était socialiste pour qui le terme ne posait pas de problème. Mais tous les sociologues qu'on a interrogé nous disent que le terme islamophobie a été utilisé pour la première fois en 1910 par la France pour parler des Algériens, des indigènes à l'époque en Algérie et pour stigmatiser spécifiquement les musulmans indigènes. Donc le terme initial quand il est utilisé en 1910 c'était Bzin pour stigmatiser les musulmans.
Entre-temps, c'est un mot qui a été un peu oublié, réutilisé pour d'autres choses, pour dire qu'il ne fallait pas critiquer la religion et l'islam. Nous, on a été très clair, on est dans un pays laïc où le droit à la critique de la religion est un fait. Ce n'est pas la peine de revenir dessus. On sait qu'on peut critiquer les religions dans notre pays. Par contre, aujourd'hui, il est clair que ceux qui utilisent le terme d'islamophobie et les victimes principalement, eh bien en fait, quand elles parlent d'islamophobie, elles parlent bien de discrimination envers les musulmans. Donc je ne vois pas en fait l'idée de dire qu'il ne faudrait pas utiliser ce terme.
Mais j'ai presque envie de dire que ça, c'est secondaire. Qu'on utilise le mot haine anti-musulman ou islamophobie, l'essentiel est de le traiter, ce problème. Et effectivement, on a dans notre pays une ambiance et un climat qui posent problème. Dans le rapport, on l'avait mis en évidence. Quand vous avez, par exemple, une chaîne comme CNews qui, en 2023, sur 365 jours, utilise dans le bandeau le mot islam 335 jours sur 365 jours. Donc islam et immigration. L'amalgame parfait et absolu. Je ne parle même pas de certains bandeau qui parlent de l'islam comme étant un virus. Vraiment, on a le droit à tout et n'importe quoi. Donc c'est un problème.
Et dans l'une des recommandations, justement, il est proposé de renforcer le rôle de l'ARCOM parce qu'aujourd'hui, on voit bien la difficulté d'ailleurs pour des victimes ou pour des personnes qui se sentiraient victimes de pouvoir obtenir un gain de cause en faisant des signalements à l'ARCOM sur les propos qui sont tenus sur les chaînes. Et il y a très peu, finalement, derrière, de remises en cause. Vous savez, moi, j'avais posé la question. On me dit oui, mais par exemple, si on dit une partie des musulmans, eh bien, ce n'est pas un problème. C'est si on dit tous les musulmans que c'est un problème.
On en est là, en fait, de la subtilité pour pouvoir ou pas condamner des propos qui sont tenus sur un plateau au même titre que vous pouvez tenir des propos qui sont absolument abjects comme certains l'ont tenu parfois en disant qu'il fallait réguler la présence des musulmans en Europe ou des choses comme celle-ci. Eh bien, à partir du moment où le journaliste régule la parole, on considère que le travail a été fait et qu'il n'y a pas besoin d'intervenir. Là, c'est un problème. Mais il y a aussi dans le rapport des recommandations pour une formation, par exemple, des policiers, de la justice pour mieux prendre les plaintes. Parce que vous avez évoqué 173 faits d'islamophobie.
en réalité, c'est beaucoup plus que ça. Vous avez 50% des musulmans en Europe qui se disent avoir été victimes de discrimination. C'est énorme. Quand on parle et quand on auditionne les gens, ils nous disent mais en fait, on est victime tout le temps. Tous les jours, on subit de l'islamophobie. Sauf que comme il n'y a plus de confiance dans les institutions, que par ailleurs, ils ont le sentiment que les plaintes ne seront pas suivies des faits, il n'y a plus de plainte. Il n'y a plus de signalement, il n'y a plus de plainte.
Et c'est grave quand on en arrive à ce niveau-là et qu'une partie de notre société n'a plus confiance dans la police et la justice pour pouvoir faire ce travail et d'avancer sur la question des plaintes et de la merde dont elles seront traitées, c'est un problème. Donc il y a cette volonté d'aller sur une formation, de mieux faire connaître. On a eu l'occasion d'auditionner ex-Twitter France. Par exemple, en Grande-Bretagne, ils ont fait une grande campagne de prévention sur l'islamophobie.
Les pays anglo-saxques sont quand même beaucoup plus avancés sur la question.
Pour le coup, en Grande-Bretagne, ils ont fait une grande campagne de prévention et de communication sur X pour appeler à la vigilance, pour faire de la prévention sur l'islamophobie. J'ai posé la question, pourquoi pas en France ? Ce n'est pas du tout dans les radars aujourd'hui, alors que vous avez des musulmans. D'ailleurs, c'est Olivier Stéves, par exemple, qui avait écrit un des livres qui s'appelle « La France, tu l'aimes mais tu la quittes », qui explique le départ massif des Français de confession musulmane de notre pays, pas parce que forcément ils ont été victimes, mais parce que le climat et l'ambiance est insupportable pour eux.
Et donc, c'est une double perte parce que d'abord, on perd des gens qui sont formés, qui vont à l'école de la République, qui sont formés, qui ont des métiers et qui décident de quitter. Donc, ils vont dans d'autres pays où le climat est meilleur pour eux. Et c'est vraiment, c'est une perte immense en fait pour notre pays.
Mais vous, en tant que député, c'est difficile d'être audible sur ces questions quand on a cette surenchère politique permanente entre deux ministres, Bruno Retailleau et Gérald Darmanin, qui n'hésite pas à parler comme l'extrême droite, sinon à prendre des positions dignes du rassemblement national ou de reconquête.
Mais c'est extrêmement difficile parce que d'abord, alors d'abord, si vous utilisez le mot islamophobie, le débat s'arrête. On va vous dire, l'islamophobie n'existe pas puisqu'on a le droit de critiquer l'islam. Donc, ils décident de prendre une seule version de la définition du mot. Donc, c'est extrêmement compliqué. Quand vous allez parler de ce sujet, on va vous dire, oui, il y a eu 173 signalements, finalement, ce n'est pas grand-chose. C'est pour ça que moi, ce que je dis à chaque fois, c'est signaler.
Il faut signaler systématiquement parce que sinon, si on n'a pas de signalements et donc, il y a tout un travail à faire aussi pour pousser les gens à aller faire des signalements, on a même évoqué à un moment un me-too de l'islamophobie parce que je crois à un moment que si ce sujet ne devient pas... Enfin, si on ne pousse pas les gens à signaler systématiquement l'effet de discrimination dont ils sont victimes, en fait, on ne pourra jamais se dire que c'est un sujet important et qu'il faut mettre des moyens et une politique publique en face pour y répondre. Donc voilà, moi, je vous dis tout le temps, signaler systématiquement à chaque fois que vous avez un fait comme cela.
Et puis, de toute manière, à chaque fois que vous en parlez, on est islamo-gauchiste, on est des éco-terroristes, enfin, vraiment, on se fait disqualifier du débat public parce qu'on ose pointer des sujets qui sont extrêmement importants. Mais moi, j'ai envie de leur dire ce qui est grave, finalement, c'est qu'au contraire, nous, on est dans une logique de fédérer notre pays et la nation et de dire qu'il n'y a pas de distinction à avoir entre les citoyens, quelle que soit la religion ou pas. D'ailleurs, on a le droit aussi d'être athée dans notre pays. Et en fait, l'objectif étant pas de distinguer les gens en fonction de leur religion.
Sauf que là, on part du principe que parce qu'on est maghrébin, on est forcément musulman. Et c'est aussi un problème. Vous savez, on a des parents qui nous disent mais en fait, c'est le cas à la cantine où quand il y a des enfants avec des prénoms en conscience maghrébine d'office, on ne leur donne pas de viande ou on ne leur donne pas de port. Enfin, vraiment, on est dans des préconçus, dans des schémas en France qui sont assez inquiétants. Et je crois d'ailleurs qu'y compris le terme islamophobie, par exemple, on l'utilise au Conseil de l'Europe. Il y a des résolutions qui ont été votées. Donc, on voit bien qu'on a des problèmes, on a une spécificité en France.
Mais encore une fois, du travail qu'on a réalisé, on se rend bien compte que la question coloniale, la question du Maghreb et donc la question de l'islam sont très liées en France. Et c'est aussi pour ça qu'il y a une spécificité.
Alors, est-ce qu'on peut aller jusqu'à parler d'irresponsabilité d'État parce qu'on voit des attaques de mosquées et on voit aussi le danger avec des mouvements néofascistes, violents, qui se constituent et qui ont pour projet de passer à l'acte contre les musulmans mais contre toutes les autres minorités. Est-ce qu'il y a une irresponsabilité de la part de l'État de ne pas mettre en place les conditions pour faire reculer ces discriminations ?
Ah mais moi, je pense que, oui, il y a une forme de nonchalance en tout cas et de stigmatisation précise envers les musulmans en France qui peut être extrêmement dangereuse. Vous aviez encore il y a quelques semaines de cela Manuel Valls qui expliquait que l'antisémitisme était essentiellement arabo-musulman dans notre pays. Donc, on pointe, on utilise une communauté pour taper sur l'autre. Ensuite, ça a été, les Asiatiques, vous savez, c'est quand même des bons immigrés parce qu'eux, ils ne font pas trop de bruit, on ne les entend pas trop. Donc là aussi, on utilise une communauté pour taper sur l'autre. C'est pour ça que je parlais de fracture dans notre pays.
Pour moi, de mon point de vue, c'est ça qui est le plus dangereux en réalité dans notre pays. C'est cette fracture-là qu'ils veulent mettre en place artificiellement justement pour pouvoir aller engranger un électorat d'extrême droite. Moi, ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui, on a des actes extrêmement graves dans notre pays, des mosqués qui sont attaqués, une explosion de l'antisémitisme, du racisme de manière générale. Et il est de la responsabilité de l'État de travailler à l'apaisement et à la résolution de ces problématiques parce que sinon, vers quelle société est-ce qu'on veut aller ? C'est vraiment, moi, parfois, je suis très inquiète.
Je me dis, mais en fait, qu'est-ce qu'on raconte à notre jeunesse et qu'est-ce qu'on veut faire de notre société, de notre pays quand on a des personnalités à ce niveau-là de l'État qui utilisent des mots pour stigmatiser, pour monter les uns contre les autres, pour provoquer la fracture dans notre pays. Ils ont une responsabilité, bien sûr, dans l'ambiance et dans le climat qui règne dans notre pays. Et je crois qu'à la fin, ils seront perdants, en réalité. Moi, j'en suis persuadée.
Alors, vous avez commencé à l'évoquer. Il y a aussi la responsabilité médiatique qui se pose pendant le Ramadan, notamment, on a pu entendre des séquences assez hallucinantes comme celle-ci sur BFM TV.
Les oeufs, on les utilise encore plus en période de fête. Et là, typiquement, en ce moment, on est en période de ramadan. Et alors, ça peut représenter une explication parmi d'autres. Oui, tout à fait. Dans certains supermarchés, on trouve moins facilement des oeufs d'habitude. Tout à fait. Au niveau, au moment du Ramadan, les gens consomment énormément d'oeufs. Ils cuisinent, ils font leurs gâteaux, ils font tout ce qui va... Donc, oui, il y a une grosse consommation d'oeufs actuellement.
Alors là, on est sur BFM TV, mais on aurait pu avoir la même séquence sur CNews. En pire, je pense. CNews en pire même, puisque CNews consacre très souvent des heures, à la moindre occasion, des heures d'émission dès qu'elle peut faire des émissions racistes ou islamophobes. Est-ce qu'il y a clairement une dérive médiatique aussi à pointer du doigt ?
Oui, moi je... Enfin, vraiment, moi je... Pareil, on regarde les émissions. J'avais dit tout à l'heure l'exemple des bandeaux CNews, les débats, la manière dont ils sont menés, le fait qu'il n'y ait pas de confrontation d'idées. On est vraiment dans un déroulement de tapis rouge sur les propos islamophobes largement avec des experts. On ne sait pas ils sont experts de quoi, mais ils sont experts visiblement de l'islam. On n'invite jamais les principaux concernés sur les plateaux pour en parler. Et là, en l'occurrence... Alors, cette année, c'est les oeufs. L'année dernière, c'était l'huile. Je tiens à le rappeler parce que c'était déjà le cas l'année dernière pendant le mois du Ramadan.
Ils avaient expliqué qu'il y avait une pénurie d'huile à cause des musulmans. Cette année, c'est les oeufs, mais il faut dire que cette dame ne semble pas bien connaître quand même le fonctionnement du Ramadan et des musulmans parce qu'en général, les gâteaux, c'est plutôt les derniers jours du Ramadan. Là, on était au début, il y avait déjà la pénurie des oeufs. Je ne crois pas que ça soit de notre fait, mais pourquoi pas, après tout ? J'avais dit un peu par ironie, l'année prochaine, ça sera le beurre. Chaque année, sa pénurie due au Ramadan. Non, non, là, vraiment, on est dans une stigmatisation et dans de l'islamophobie pure. Ils n'ont aucune statistique.
Là, voilà, on pose des vérités, enfin, on pose des phrases comme si c'était des vérités. Là, ce n'est pas le cas du tout. Il n'y a pas de chiffres. On ne sait pas d'où sort cette analyse, mais c'est comme ça. Et là, vous allez avoir toute une partie de la population qui va dire oui, c'est vrai, c'est le Ramadan. Il y a sûrement une pénurie des oeufs à cause de cela. Mais des propos comme ça, il y en a tout le temps. Vous savez, au moment de l'affaire Crépole, on avait quelqu'un qui avait dit oui, que visiblement, peut-être, l'auteur serait musulman. Ça n'a jamais été contredit par quoi que ce soit. Régulièrement, on parle de la civilisation arabo-musulmane.
On ne sait pas trop ce que ça veut dire. Et donc, on pointe comme ça. On stigmatise sur les médias. Et j'avoue que là aussi, je pense que l'État aurait matière à... Alors, il y a la liberté de la presse, bien sûr. Personne ne dit qu'il faut museler les journalistes. Mais je crois qu'il y a certaines chaînes qu'il faut appeler maintenant des chaînes d'opinion. Et il faut les assumer comme telles. Pour moi, CNews est une chaîne d'opinion aujourd'hui. Il n'y a pas de débat. Il n'y a pas de contradiction. On est vraiment sur un déroulement d'idées d'extrême droite. Il faut l'assumer en tant que telle. Et je pense qu'il faut régler cette question. C'est ce que je disais tout à l'heure.
On parle de la mort du peuple, on nous parle d'islam. On parle d'agression, on nous parle de musulmans. Voilà, c'est en permanence avec le lien immigration-islam-délinquance en permanence qui est le triptyque de l'extrême droite.
Et questionner aussi le financement de ces médias qui viennent souvent de propriétaires multimillionnaires ou milliardaires qui ont cette idéologie très intégriste mais aussi très islamophobe et quasiment assumée.
Oui. Et bien sûr, il y a une concentration des médias aujourd'hui avec ces idées-là. Mais c'est très surprenant parce que le même qui, en l'occurrence, détient certains médias, ça ne le dérange pas d'aller au dîner des bâtisseurs et là, avec tous les catholiques qui pèsent dans notre pays sans aucun problème. Là, on ne parle plus de laïcité. Si on avait fait le même dîner avec des musulmans.
Ce serait du communautaire.
Ouh là là ! Alors là, ça aurait été de l'islam politique, de l'entrisme, de l'islamisme. On aurait eu le droit à tout. Alors que là, ça ne pose absolument aucun problème. Et moi, j'ai presque envie de dire que la laïcité, ce n'est pas l'interdiction de la religion. Ce n'est pas le fait de faire disparaître la religion. C'est de faire en sorte que chacun puisse la vivre librement dans notre pays. La difficulté aujourd'hui, encore une fois, je l'ai dit, c'est qu'on utilise des textes de loin pour stigmatiser une partie de nos concitoyens. Il y a un texte qui a été voté au Sénat il n'y a pas très longtemps sur l'interdiction des signes religieux, notamment dans le sport.
Là aussi, il y a des athlètes qui se sont mobilisés pour dire que ce n'était pas possible. Moi, j'avais eu l'occasion de recevoir les hijabeuses, baskets pour toutes, qui aujourd'hui ne peuvent plus pratiquer leur sport parce qu'elles sont voilées. Je rappelle que la France est le seul pays aux Jeux olympiques et paralympiques qui a interdit le port du couvre-chef et du voile dans les compétitions alors qu'on était pays accueillant. Franchement, c'est quand même une bien triste distinction pour notre pays.
Il y a eu d'ailleurs cette ironie d'avoir l'une des médaillées qui portait le voile à la cérémonie de clôture alors que les athlètes françaises ne pouvaient pas le faire. Alors, la mobilisation d'une frange de l'opinion en faveur des Palestiniens, en faveur des Gazaouis massacrés par Israël, est-ce que c'est à mettre aussi en lien avec cette montée de l'islamophobie ?
Alors, moi je pense qu'on peut dire génocide en cours en Palestine et à Gaza parce que d'abord ce qui est en train de se passer est extrêmement grave. On parle beaucoup de Gaza à raison mais il ne faut pas oublier ce qui se passe en Cisjordanie avec une extension des colonisations et des morts aussi en Cisjordanie encore là dernièrement. Mais je crois surtout que ce à quoi il ne faut surtout pas céder, ce serait de nous faire dire que le conflit serait un conflit religieux. Ce n'est pas un conflit religieux là-bas, c'est un conflit de colonisation. Il y a un colonisateur et un peuple colonisé. Donc un peuple colonisateur, un peuple colonisé. C'est une guerre de territoire.
Et je crois qu'il faut vraiment ne pas céder à cela parce que si on céde à cela, eh bien en fait finalement on prend les éléments de langage d'une partie notamment de la droite et de l'extrême droite qui relativisent ce qui se passe là-bas en disant c'est une guerre entre les musulmans et les juifs.
Pas du tout. Vous comprenez le sens de ma question, c'est qu'il y a une déshumanisation des Gazaouis liée aussi du fait de leur religion. Les chrétiens d'Orient suscitaient plus d'émotions de la part des opinions ou des médias, pardon, des grands médias que les Gazaouis aujourd'hui.
Est-ce que c'est vraiment que leur religion ou est-ce que c'est leur origine ? Moi, je n'ai pas senti beaucoup d'empathie pour les catholiques de Palestine. Ils ont été chassés de l'église encore à Pâques. Je n'ai pas entendu d'indignation collective en parlant de ça. C'est pour ça que je dis la question de l'origine, pour moi, le fait qu'ils soient arabes fait que pour certains leur vie vaut moins que celle d'autres. Je ne suis pas certain que ce soit uniquement la question de la religion. Mais il y a un continuum. Pour eux, être palestinien, ça veut dire forcément être musulman. C'est là où ils se trompent parce qu'en réalité, il y a toutes les religions là-bas.
C'est le berceau des trois religions monothéistes. Je crois vraiment que là, pour le coup, c'est évident qu'il y a une indignation à géométrie variable. D'ailleurs, je n'arrête pas de le dire. Le droit international n'a ni couleur de peau ni religion. On devrait l'appliquer partout de la même manière. Force est de constater que ce n'est pas le cas aujourd'hui. Quand je vois que M. Netanyahou se rend tranquillement en Europe sans être inquiété alors qu'il a un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale qu'il traverse par ailleurs l'espace aérien français sans qu'il soit inquiété, ça dit quand même beaucoup de notre pays et de l'application du droit international.
Et je crois malheureusement que ça va laisser des séquelles extrêmement importantes parce qu'on ne peut pas donner des leçons au monde entier sur l'application du droit international et le pays des droits de l'homme et laisser ce génocide se poursuivre sous nos yeux, le génocide le mieux documenté de l'histoire malheureusement pour nous et dire que finalement on appliquerait les règles de manière totalement identique quel que soit le pays qui nous fait face. C'est faux et je crois que Gaza est venu nous rappeler à quel point il y avait une hypocrisie des pays européens et occidentaux par rapport à la situation qui se passe là-bas.
Et la France aussi se montre malheureusement assez transparente voire donne son soutien conditionnel comme on a pu l'entendre encore et encore au gouvernement de Benjamin Netanyahou.
Oui et puis le refus d'appliquer des sanctions. Vous savez nous on avait dit c'est pas compliqué il suffisait de prendre la feuille de sanctions pour Poutine et la Russie et de changer Russie par Israël et Poutine par Netanyahou et en fait on avait une feuille de sanctions qui était assez réalisable.
On pouvait tout à fait suspendre les accords d'association d'Union européenne avec Israël on ne l'a jamais fait on pouvait arrêter faire un embargo sur la vente d'armes on ne l'a jamais fait donc on voit bien que derrière les belles paroles il n'y a absolument aucun acte et c'est bien cela à mon avis qui devrait tous nous interroger aussi parce qu'on entend beaucoup en ce moment le président de la République nous parler de la reconnaissance de l'état de Palestine.
C'est intéressant parce que ça fait des mois qu'on le demande ça a même été voté en 2014 en France sans jamais être appliqué là aussi il y aurait beaucoup de choses à dire sur le gouvernement de l'époque qui n'a pas mis en oeuvre les résolutions qui ont été votées mais moi j'entends parler de la reconnaissance de l'état de Palestine j'entends pas parler des frontières de 67 j'entends pas parler de la question des 700 000 colons qui sont installés en Cisjordanie tout ça c'est des questions éminemment importantes dire juste reconnaître l'état de Palestine sans rien donner derrière ça veut rien dire du tout
c'est un coup de communication et ça ne changera pas
le quotidien des Palestiniens
Emmanuel Macron pour en revenir au sujet de l'islamophobie quelle est la suite parlementaire que vous comptez donner s'il y a une suite parlementaire à donc ce texte sur l'islamophobie qu'est-ce que vous prévoyez pour le futur ?
alors nous ce qu'on alors d'abord je dois dire que c'était assez miraculeux d'avoir ce débat dans l'hémicycle parce que c'est un sujet dont on parle beaucoup partout et dont en fait on n'a jamais eu un temps de débat ce débat on l'a eu alors qu'on avait demandé moi j'avais demandé la création d'un groupe d'études islamophobie avec une pétition qui avait été lancée qui a plus de 15 000 signatures ça a été refusé on avait demandé à avoir un temps d'échange là-dessus ça n'a pas eu lieu et là il a fallu que le groupe écologiste utilise un droit de tirage donc là on ne peut pas dire non donc c'est un droit de tirage une fois par session pour obtenir ce débat sur l'islamophobie donc maintenant la suite c'est de lancer un groupe de travail transpartisan sur la question pour pouvoir approfondir le travail parce qu'en quelques semaines c'était quand même compliqué d'auditionner toutes les personnes qu'on aurait voulu avoir pour justement traiter ce sujet en profondeur et donc l'idée c'est d'avoir un groupe de travail qui approfondisse le travail pour aller éventuellement sur des propositions de loi pour travailler spécifiquement et pour sanctionner spécifiquement ce qu'on appelle islamophobie haine anti-musulmans encore une fois peu importe pour moi l'essentiel étant de traiter le sujet
Merci beaucoup Sabrina Sebailly députée des Hauts-de-Seine d'avoir accepté notre invitation merci à vous de nous avoir regardé un merci particulier spécial et de toute la rédaction du Média se joint à moi pour remercier le réalisateur de cette émission Elie qui est un grand professionnel très sympathique très jovial et solaire et qui nous a accompagnés pendant six années six années de loyaux et très salutaires services à la régie du Média merci à Elie et vous je vous remercie et vous incite notamment pour avoir des grands professionnels comme Elie à continuer de donner au Média c'est grâce à vos dons que nous pouvons réaliser au cœur de l'actualité que vous avez regardé sur la Freebox sur Molotov sur la chaîne YouTube du Média 24-7 ou sur le Média tv.fr n'hésitez pas à nous laisser un commentaire si vous avez regardé sur YouTube ou bien à nous envoyer par mail votre réaction si vous avez regardé à la télévision et donc je le disais si vous en avez les moyens soutenez-nous soutenez le travail d'un journalisme véritablement indépendant en allant sur le Média tv.fr restez connectés à nos antennes et bonne suite des programmes sur le Média et vous abonnez-vous
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