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InterviewRadio Classique — L'invité de la matinale (sur Podcast)· 9 janvier 2025 13 minComplaisantPortrait personnelJusticeSécuritéInstitutions & élections

«Il est âgé et fragile» : l’avocat de Boualem Sansal, Maître François Zimeray, donne des nouvelles de l’écrivain

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Défensif 70 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 80 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:05OuverteRéponse directe

    Quelles sont les dernières nouvelles concernant Boualem Sansal ?

  • 1:07OuverteRéponse directe

    Que reprochent les autorités algériennes à Boualem Sansal ?

  • 1:14OuverteÉludée

    Ce qui justifie son incarcération en Algérie ?

  • 2:22OuverteRéponse directe

    Comment travaillez-vous avec les avocats algériens alors que votre accès est empêché ?

  • 3:28OuverteRéponse directe

    Que faut-il faire pour calmer les tensions franco-algériennes ?

  • 4:23OuverteRéponse partielle

    Qu'est-ce qui fait avancer un dossier de détention internationale ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:32Invité politiqueFait
    « Il ne va pas mal mais en même temps c'est un homme âgé et affecté d'une maladie grave. »
  • 1:22Invité politiqueFait
    « Ce qui est invoqué c'est une infraction à l'article 87 bis du code pénal algérien qui est un article très long qui réprime tout ce qu'ils appellent les crimes contre la sûreté de l'état. »
  • 2:45Invité politiqueFait
    « Il y a un contexte de la relation franco-algérienne qui est très dégradé, très enflammé, comme vous l'avez vu. »
  • 3:48Invité politiqueFait
    « Tous les Algériens et tous les Français ne peuvent que souhaiter que le climat s'apaise entre les pays. »
  • 4:40Invité politiqueFait
    « La première condition pour avancer, c'est que la personne concernée, la personne détenue puisse tenir. »
  • 7:00Invité politiqueFait
    « On est quelques jours après Charlie Hebdo et je rappelle que Charlie Hebdo, c'est parti du Danemark. »
  • 7:35Invité politiqueChiffre
    « Une trentaine de personnes, c'était vraiment une petite chose. »
  • 8:08Invité politiqueChiffre
    « Fusillade qui a été revendiquée ensuite par Daesh. Et il y a eu six blessés graves, un mort, puis un deuxième mort après. »
  • 11:00Invité politiqueFait
    « Il en pense que c'est une question compliquée et qui mérite mieux que des jugements à l'emporte-pièce. »
  • 11:18Invité politiqueFait
    « La rétention, elle existe déjà d'une certaine façon dans notre code. Elle a été encadrée, elle a été partiellement censurée. »
  • 11:36Invité politiqueFait
    « Mais ce que j'en pense surtout, c'est que ça porte la marque de l'échec de notre système carcéral. »

Temps de parole

  • François Zimeray74 %
  • Présentateur26 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:05
Présentateur

Bonjour François Zimret, merci d'être avec nous ce matin. J'ai omis de préciser que vous avez eu par le passé d'autres clients emprisonnés à l'étranger. Paul Watson, le défenseur des baleines, récemment libéré. Carlos Ghosn qui s'est libéré tout seul et quelques autres. Je renvoie nos auditeurs au portrait que vous a consacré Libération lundi dernier. Ma première question, François Zimret concerne évidemment l'écrivain Boilem Sansal. Quelles sont les dernières nouvelles qui vous sont parvenues de cet homme ?

0:32
François Zimeray

Les nouvelles que j'ai sont indirectes, notamment par ses avocats. C'est pour ça que je souhaite pouvoir le voir et ça me paraît vraiment nécessaire. Il ne va pas mal mais en même temps c'est un homme âgé et affecté d'une maladie grave. Il est actuellement détenu au pavillon pénitentiaire de l'hôpital Moustapha d'Alger. Donc il fait l'objet d'un suivi attentif mais ça ne suffit pas. Il n'en demeure pas moins, encore une fois, qu'il est âgé et qu'il est fragile.

1:07
Présentateur

Pouvez-vous rappeler à nos auditeurs ce que les autorités algériennes reprochent à Boilem Sansal ? Ce qui justifie son incarcération en Algérie ?

1:18
François Zimeray

A mon sens ça ne le justifie pas. Oui, aux yeux des autorités. Ce qui est invoqué c'est une infraction à l'article 87 bis du code pénal algérien qui est un article très long qui réprime tout ce qu'ils appellent les crimes contre la sûreté de l'état. Et honnêtement, j'aimerais pouvoir répondre plus précisément à votre question, c'est-à-dire savoir en quoi les écrits de Boilem Sansal, de surcroît écrits en dehors de l'Algérie, ont pu porter atteinte à la sécurité d'un état de 45 millions d'habitants.

Et j'aimerais bien aussi savoir en quoi, parce que vous savez que pour qu'il y ait une infraction, il faut qu'il y ait un fait matériel, il faut qu'il y ait une intention criminelle, en quoi il a eu l'intention de porter atteinte à cette sécurité de l'état. Donc là on voit bien qu'on a des arguments qu'on entend développer avec les avocats algériens, mais dans le cadre de la procédure qui est ouverte actuellement à Alger.

2:22
Présentateur

Vous parlez de ces avocats algériens, comment vous travaillez avec eux, et comment peut-il avoir des avocats algériens alors que son avocat français est empêché de lui rendre visite sur place ?

2:33
François Zimeray

Écoutez, j'espère que cet empêchement n'est que provisoire, puisque j'ai réitéré ma demande de visa, et je veux croire qu'il ne sera pas fait d'obstacle à l'exercice des droits de la défense. Je pense que c'est l'intérêt de tout le monde. Il y a un contexte de la relation franco-algérienne qui est très dégradé, très enflammé, comme vous l'avez vu. Et je crois que mon rôle, parce que c'est l'intérêt de Boilem Sansal, c'est précisément de l'en préserver autant que possible, qu'il ne soit pas otage de ses difficultés.

Donc il y a une relation franco-algérienne qui est malheureusement ce qu'elle est, nous en prenons acte, et puis il y a un dossier et des avocats qui veulent pouvoir exercer, et qui ont encore confiance dans la possibilité de le faire. Donc on verra dans les prochains jours si ces droits de la défense peuvent être exercés pleinement.

3:28
Présentateur

Alors vous, vous avez, j'ose pas le dire, mais enfin une sorte de double casquette, puisque vous avez été ambassadeur, vous vous êtes roué aux questions diplomatiques, et en même temps vous êtes l'avocat de cet homme qui est emprisonné là-bas. Que faut-il faire ? Calmer le jeu ? Arrêter les amabilités, entre guillemets, que s'échangent le président Tebboune et le président Macron ? C'est ça que vous souhaitez ?

3:48
François Zimeray

Si, si nous avions, d'abord je crois que tous les Algériens et tous les Français ne peuvent que souhaiter que le climat s'apaise entre les pays. Ce sont des pays qui ont une vocation à poursuivre une longue route ensemble, que beaucoup de liens unissent, de divers ordres, et donc nous avons tous intérêt, comme Français, comme Algériens, à ce que les choses s'apaisent. Et plus encore, Boilem Sansal, bien entendu. Mais je n'ai pas, moi, la possibilité de contribuer à cet apaisement, j'ai la possibilité, en revanche, et c'est la ligne que je tiens pour le moment, de me tenir à l'écart.

4:23
Présentateur

Vous avez l'expérience de ces dossiers internationaux où des gens sont détenus, parfois en dépit des droits de l'homme, ou alors dans des conditions juridiques que vous savez contester. Qu'est-ce qui fait avancer un dossier, même si chaque cas est judiciairement différent ?

4:40
François Zimeray

Ah, c'est une bonne question. Alors là, je ne parle pas spécifiquement du cas de Boilem Sansal, mais dans ce genre de dossier, ce qui fait avancer, c'est ce que j'appellerais souvent le... D'abord, la première condition pour avancer, c'est que la personne concernée, la personne détenue puisse tenir. Donc il faut pouvoir l'encourager, pouvoir avoir accès, et ça, c'est la première condition. Ensuite, c'est la persistance de l'entourage. Et puis, lorsque les dossiers revêtent une dimension politique, et je ne dis pas que c'est le cas là, je ne dis pas le contraire non plus. Elle l'est aussi. Oui, c'est le caillou dans la chaussure.

5:21
Présentateur

Boilem Sansal sait qu'il est soutenu en France, qu'il est entouré, qu'il y a des tribunes, qu'il y a des intellectuels qui se réunissent, que vous êtes là.

5:29
François Zimeray

Oui, oui, il le sait. Et c'est d'autant plus troublant, son incrimination, que, vous voyez, c'est un esprit libre. C'est un esprit qui a pu prononcer ou écrire des propos qui ont pu heurter. Mais c'est le contraire d'un provocateur. C'est le contraire de quelqu'un qui veut nuire. Tous ceux qui ont eu la chance de le rencontrer ne peuvent qu'être frappés par son humanité, son affabilité. Ce qui nous ramène à la question, qu'on développera, bien sûr, le jour venu, de l'intention, quel que soit, quel que déplaisant ait pu paraître ses propos, d'abord, on devrait pouvoir dire et écrire, c'est un droit fondamental consacré par la Déclaration universelle des droits de l'homme.

C'est un droit vraiment consacré, ratifié par l'ensemble des nations, celui de parler et de croire. Et donc, et puis, non, ça ne cadre pas. On voit bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Et c'est ce que nous ferons valoir le jour venu.

6:36
Présentateur

François Zimré, invité de la matinale de Radio Classique, il y a dix ans, vous étiez ambassadeur de France au Danemark. Un 14 février, vous êtes invité à participer à une conférence sur les caricatures dans la presse. C'était un peu plus d'un mois après les attentats de Paris qu'on célèbre en ce moment. Et lors de cette rencontre, vous échappez à la mort. Racontez-nous.

7:00
François Zimeray

On est quelques jours après Charlie Hebdo et je rappelle que Charlie Hebdo, c'est parti du Danemark. Pourquoi Charlie Hebdo a été massacré et frappé ? Parce que ce journal a décidé de reproduire les caricatures danoises en solidarité avec des journalistes et des confrères qui vivaient sous protection rapprochée, vivaient sous la menace depuis très longtemps, depuis dix ans. Et donc le monde est sous le choc après Charlie Hebdo. Nous sommes tous, la France est sous le choc. Et les caricaturistes danois, plus encore, ils me demandent de présider une petite réunion publique.

7:35
Présentateur

Il y avait une quarantaine de personnes, c'était pas énorme, énorme.

7:38
François Zimeray

Une trentaine de personnes, c'était vraiment une petite chose. Et dans un centre culturel, ce que j'accepte, non sans m'être renseigné sur ce que c'était, mais tout simplement parce que je considérais que c'était mon devoir, qu'on ne pouvait pas le 11 janvier inviter la terre entière à marcher dans les rues de Paris avec nous. et moi leur dire, non, débrouillez-vous entre vous, c'est pas la place d'un ambassadeur. Si, c'était ma place. Et j'y suis allé. Et puis la fusillade a éclaté. Fusillade qui a été revendiquée ensuite par Daesh. Et il y a eu six blessés graves, un mort, puis un deuxième mort après.

8:20
Présentateur

Devant une synagogue, le gardien d'une synagogue dans la foulée, dans la nuit. C'est vraiment la réplique.

8:24
François Zimeray

C'est-à-dire la cible, la France, les caricaturistes, les juifs. Vraiment la réplique, le miroir de Charlie.

8:29
Présentateur

On vous a reproché de vous être rendu à cette manifestation. Votre employeur, le Quai d'Orsay, vous a dit, mais qu'est-ce que vous alliez faire là-dedans ? Au lieu de s'inquiéter de votre sort, on vous a dit, qu'est-ce que vous alliez faire là-dedans ? Il y avait un côté pas de vague dans les réactions de votre employeur.

8:45
François Zimeray

Alors, c'est vrai que j'ai dû, dès le lendemain, me justifier. Mais en même temps, je comprends, même si c'était douloureux pour moi, parce que ce que j'aurais eu besoin d'entendre, parce que quand on traverse ça, quand on voit le mot fin de sa vie, quand on est par terre, au sol, et qu'on entend cette fusillade interminable, et qu'on se dit, ça y est, c'est notre tour, les gens de Charlie sont morts comme ça, je sais comment ils sont morts, et c'est maintenant, c'est mon tour. Ce que... on met un moment à s'en remettre. On met longtemps à s'en remettre. Et ce qui aurait été, pour moi, à ce moment-là, utile, c'est d'entendre, vous avez fait votre devoir. Vous y étiez.

Or, ce que j'ai entendu, c'est qu'est-ce que vous alliez faire, là ?

9:33
Présentateur

Ni d'un président, ni d'un ministre des Affaires étrangères.

9:36
François Zimeray

Non, non, je pense que c'est plus un réflexe administratif, ça. Non, non, c'est pas les autorités, mais c'est plus l'administration qui... Mais c'est vrai que... C'est vrai que je suis assez surpris, dix ans après, de voir que cet attentat, où un ambassadeur de France a failli perdre la vie en faisant son boulot, et était très clairement visé, il n'y a pas d'équivoque, que j'étais à la tête d'affiche avec le caricaturiste. Il y a eu une sorte d'effacement. Oui, voilà. Donc, or, moi, je ne demande pas plus que simplement ce soit rétabli dans cette séquence de 2015. Mais d'ailleurs, j'observais, vous voyez, ce que disaient les victimes de l'hypercachère hier.

Elle souffre de sentiments d'oubli, d'effacement. Quand on est victime de ça, on met longtemps à s'en remettre, c'est ça que je peux dire. Et tout ce qu'on souhaite, c'est qu'il n'y ait pas de déni de ce que vous avez traversé.

10:33
Présentateur

François Zimret, une dernière question. Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur, envisage d'augmenter la rétention de sûreté pour les prisonniers radicalisés. En clair, ça revient à de la prison après la peine de prison. Alors, compte tenu du contexte des risques, on comprend cette préoccupation du ministre de l'Intérieur. Mais qu'en pense le militant des droits de l'homme et l'avocat que vous êtes ? Qu'en pense celui qui a failli être la victime de la radicalisation et du terrorisme et en même temps qui défend les droits de l'homme depuis longtemps ?

11:00
François Zimeray

Il en pense que c'est une question compliquée et qui mérite mieux que des jugements à l'emporte-pièce. Et que tout le code de procédure pénale tourne depuis très longtemps. Les débats autour de cette question de la sécurité et de la liberté. Que la rétention, elle existe déjà d'une certaine façon dans notre code. Elle a été encadrée, elle a été partiellement censurée. Évidemment, ça pose des questions autour de ce qu'on appelle la notion de dangerosité. Donc, il y a des réglages fins et tout est dans la manière de le faire. Mais ce que j'en pense surtout, c'est que ça porte la marque de l'échec de notre système carcéral.

Parce que cette question ne se poserait pas si la prison faisait pleinement son œuvre de rendre, comme le disait Robert Badinter, les hommes meilleurs. Et au fond, est-ce que la solution n'est pas aussi de ce côté-là ? Ce n'est pas facile. C'est très facile à dire et très difficile à faire, je le sais. Et tous les acteurs sont de bonne foi. A la fois ceux qui ont la sécurité des concitoyens comme préoccupation première. Ceux qui ont le respect des droits et du contradictoire et des droits de la défense et de l'individualisation des peines aussi. Tout le monde est de bonne foi.

12:21
Présentateur

François Zimret, merci d'avoir parlé à nos auditeurs ce matin. Merci d'avoir choisi Radio Classique pour vous exprimer et défendre la cause de Boilem sans salle. Vous nous donnerez des nouvelles évidemment. A bientôt sur l'antenne de Radio Classique. François Zimret à suivre le rappel des titres. La revue de presse d'Hervé Gatégnaud. Et notre esprit libre aujourd'hui. François Zimret, Gisbert, Radio Classique.