"Il faut plus de transparence dans les critères de classement" de Parcoursup, estime l'économiste Julien Grenet
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 20 %Défensif 50 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:48OuverteRéponse partielle
Parcoursup était censé être plus transparent qu'APB, mais l'est-il vraiment ?
- 1:07OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui manque de transparence dans les critères de classement ?
- 3:19OuverteRéponse directe
Est-ce que les lycéens voient enfin quelque chose à la fin ?
- 5:41OuverteRéponse directe
Le Premier ministre envisage de corriger Parcoursup, est-ce que ça changera vraiment beaucoup de choses ?
- 5:56OuverteRéponse directe
Est-ce que le problème est au-delà de Parcoursup ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:02PrésentateurChiffre
« On est passé de 63% d'une cohorte à 80% en quelques années. »
- 4:58InvitéChiffre
« Il y a seulement un élève sur trois qui réussit sa licence en trois ans. »
- 6:24PrésentateurChiffre
« On pourrait avoir 10 000 boursiers de plus qui accèdent à une formation du supérieur. »
Temps de parole
- Présentateur70 %
- Invité28 %
- ?2 %
≈ 7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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France
Inter,
Mathilde
Munoz,
le 5-7. Il est 6h20, Parcoursup supprime nos rêves, notre avenir n'est pas un algorithme. Voilà le genre de slogan que l'on entendra encore aujourd'hui dans les manifestations lycéennes. Cette plateforme Parcoursup cristallise la colère des jeunes, mais est-elle vraiment une ignominie, pour reprendre le mot de Jean-Luc Mélenchon ? C'est la question du jour et elle vous est adressée, Julien Grenet. Bonjour. Bonjour. Vous êtes directeur de recherche au CNRS, professeur à l'école d'économie de Paris, directeur adjoint de l'Institut des politiques publiques. Votre domaine à vous, c'est l'éducation. Vous avez même fait partie du comité éthique et scientifique de Parcoursup à ses débuts.
Parcoursup qui est accusé d'être un système opaque, stressant et inégalitaire. Ces trois reproches sont fondés.
C'est vrai que quand Parcoursup a été mis en place, la grande promesse qui avait été faite, c'était que cette plateforme serait plus transparente que celle qui l'avait précédée, admission post-bac.
Et
on peut dire quand même que cette promesse n'a pas du tout été satisfaite. Parcoursup reste quand même extrêmement opaque.
Qu'est-ce qui manque de transparence
?
Ce qui est vraiment opaque, c'est la manière dont les formations classent les candidats. C'est-à-dire que les formations très souvent utilisent des formules, des feuilles Excel pour classer les candidats en fonction des éléments de leur dossier scolaire, leurs notes, mettre des coefficients sur les différentes matières. Et en fait, cette petite cuisine n'est pas rendue publique, alors que très souvent, elle s'appuie sur des formules qui sont des formules mathématiques qui pourraient être en théorie communiquées. Pourquoi
c'est
caché
?
Parce que je pense qu'il y
a
des choses pas complètement avoibles dans ces formules, et notamment la prise en compte du lycée d'origine, par exemple, parce que les formations n'ont à leur disposition que les notes au contrôle continu. et les pratiques de notation ne sont pas exactement les mêmes d'un lycée à un autre, donc ça peut motiver ce
type. Oui, on entend des
lycéens qui disent, moi, si je mets mon lycée de Seine-Saint-Denis, c'est sûr, je n'ai aucune chance. Si j'écris, enfin, ce n
'est
pas si j'écris, s'il n
'a
pas le choix, il dit qu'il vient d'un lycée de Seine-Saint-Denis, ça va handicaper ses chances.
Et le problème, c'est qu
'il
n'y a absolument aucun contrôle scientifique de la manière dont ces repondérations peuvent être faites. On peut comprendre le point de vue des formations qui disent, mais moi, je veux pouvoir comparer des candidats qui ne viennent pas d'établissements comparables, comment je fais, ce qui manque avant tout, c'est des notes comparables. Il n
'y a
pas assez de notes du bac qui sont disponibles au moment de Parcoursup, il y a essentiellement le français, c'est tout en première. Et je ne
suis
pas le seul à le dire, le Défenseur des Droits, la Cour des Comptes, le Comité éthique et scientifique de Parcoursup répètent depuis des années qu'il faut plus de transparence dans les critères de classement utilisés.
Donc, opaque,
c
'est fait, stressant et inégalitaire.
On a déjà
abordé un peu les deux aussi.
Stressant, oui, parce que c'est une procédure qui s'étale dans le temps, de janvier jusqu'à juillet. Admission post-bac, c'était plus resserré. Et c'est vrai qu'il y a ce système d'offres en continu, de propositions en continu, ce qui fait que les lycéens, les élèves de terminale, ils préparent le bac tout en devant consulter régulièrement les propositions qui leur sont faites ou pas faites. Certains n'en reçoivent pas pendant très longtemps. Donc, c'est une procédure qui a un côté très anxiogène. Et tout ça est redoublé par le fait que, ne connaissant pas très bien la manière dont ils sont classés, ils ont un peu de mal à anticiper, finalement, les propositions qui vont leur être faites.
Est-ce qu'à la fin,
ils
vont voir quelque chose ?
Mais avant, quand c'était le bac qui déterminait tout, les lycéens disaient aussi, c'est super stressant, le bac,
c
'est un examen coup près, c'est très dur. Donc, en fait, le stress s'est déplacé, mais ça a toujours été stressant.
Oui,
et le stress, il existait aussi dans l'admission post-bac, la procédure qui précédait. Donc, ça, c'est quelque chose qui est un peu indépassable quand il s'agit d'entrer dans le supérieur. Mais ça se nourrit aussi du fait que beaucoup de lycéens ne vont pas trouver la place qu'ils souhaitent. Il y a beaucoup d'insatisfaction créée, qui est en lien aussi avec le fait qu'il y a une énorme augmentation de la population étudiante, du nombre de bacheliers au cours des dernières années. On est passé de 63% d'une cohorte à 80% en quelques années. Et l'offre de formation pendant ce temps, elle ne s'est pas ajustée. Donc, ce
n
'est
pas tant Parcoursup en soi, le problème. Il y a des problèmes avec Parcoursup, mais le problème, c'est les débouchés, c'est le supérieur qui n'a pas suivi, c'est ça
? Oui, c
'est-à-dire qu'on a ce qu'on appelle une vague de massification, une troisième massification. Et l'offre, ce n
'est
pas du tout adapté. Et en fait, les moyens aussi investis dans le supérieur n'ont pas suivi l'évolution de la population étudiante. Juste pour rappeler, le nombre d'étudiants, il a augmenté de 30% depuis 2010. La dépense par étudiant, elle, en euros constants, elle
a
baissé de 8% depuis cette période. Donc, il n
'y a
pas assez de moyens investis. Les places, elles sont insuffisantes dans un certain nombre de débouchés, particulièrement dans la voie professionnelle, les BTS, les BUT. Donc,
les élèves, quand ils n
'ont
pas de place dans les BTS, ils se retrouvent à la fac par défaut. Et c'est pour ça aussi qu'on a l'un des plus mauvais taux de réussite des pays de l'OCDE. Il y
a
seulement un élève sur trois qui réussit sa licence en trois ans. C
'est
à cause de problèmes d'orientation,
notamment
? Et on ne peut pas reprocher à un bachelier professionnel qui souhaite s'inscrire en BTS d'échouer en licence alors que ce n'était absolument pas ce qu'il souhaitait faire. Et en licence,
pour
information, un bachelier pro, il a moins de 10% de chances de l'obtenir à la fin. Même pas en trois ans, même en cinq ans. En BTS, il a au moins une chance sur deux d'obtenir son BTS. Donc, là, il y a vraiment une incohérence. C'est-à-dire qu'on a démocratisé l'accès au bac, notamment le bac professionnel. Mais on n'a pas du tout adapté, on n'a pas accompagné ça par une transformation de l'offre dans le supérieur.
Mais donc, le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui dit envisager de corriger Parcoursup, est-ce que, même si on réussit à améliorer le système, et il faudrait le faire en plus à court terme, je ne
sais
pas si c'est possible, est-ce que ça va changer vraiment beaucoup de choses ou pas ?
Est-ce que le problème est au
-delà de Parcoursup
?
À court terme, l'inadéquation de
l
'offre de formation avec le profil des candidats, ça, ça va être compliqué à régler. Je pense néanmoins qu'il
y
a quelques améliorations qui peuvent être faites à la procédure. Du point de vue de la transparence, beaucoup de personnes le réclament depuis des années, je pense qu'il peut y avoir des progrès. Il peut y avoir aussi des progrès du point de vue de l'équité. Il y
a
un centre d'outils qui ont été mis en place, notamment des quotas en faveur des étudiants, enfin des candidats boursiers. Et aujourd'hui, il y
a
un centre de travaux qui montrent qu'on pourrait faire beaucoup mieux sans changer la loi. On pourrait avoir 10 000 boursiers de plus qui accèdent à une formation du supérieur. On pourrait satisfaire beaucoup mieux les quotas de boursiers. Et ça,
c
'est quelque chose qui a zéro coût. Donc, pourquoi ne pas le faire ?
Et c'est possible de le faire dès cette année, dès le parcours sub de cette année ?
Alors, il ne reste pas beaucoup de temps parce que paramétrer la plateforme, c'est un peu un mammouth. Donc, il faut le faire assez vite. Mais là, on est encore suffisamment tôt. La plateforme, elle ouvre en janvier pour les inscriptions. Donc, il est encore temps de faire quelques ajustements.
Et
on écoutera attentivement à l'interview d'Edouard Geffray tout à l'heure sur France Inter, invité de Benjamin Duhamel, le ministre de l'Education nationale, à 7h50. Merci beaucoup, Julien Grenet, directeur de recherche au CNRS, professeur à l'École d'économie de Paris et directeur adjoint de l'Institut des politiques publiques.