Le candidat Jordan Bardella répond aux jeunes électeurs
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France Inter, la radio des Européennes, Nicolas Demorand. Et suite et fin de cette matinale grand format, nous sommes depuis 8h20 en compagnie de Jordan Bardella, tête de liste Rassemblement National. Nous sommes très heureux maintenant d'accueillir, comme nous l'avons fait pendant toutes ces matinales, d'accueillir au micro d'Inter deux jeunes citoyens qui vont voter pour la première fois aux Européennes le 9 juin prochain. Inès, Axel, bonjour. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue au micro d'Inter. Inès, vous avez 19 ans, vous êtes en licence de sciences politiques à Strasbourg.
Axel, vous avez 19 ans également et vous êtes étudiant en BUT MMI, ça veut dire Bachelor Universitaire de Technologie, métier du multimédia et de l'Internet. Vous vivez en Seine-et-Marne. Vous êtes sûre d'aller voter ?
Ah oui, évidemment, c'est sûr.
Ça y est, la décision est prise.
Le choix est fait.
Et le choix est fait ? Oui. Vous voulez le partager ou pas ?
Je ne vais pas partager, mais...
Rester discrète.
Bon, voilà.
Et vous avez bossé pour prendre votre décision ou pas ?
J'ai bien lu les programmes, évidemment, pour préparer l'émission aussi, mais du coup, plutôt à gauche. Vous allez le voir avec mes questions, mais plutôt à gauche.
Très bien. Inès est décidée à aller voter et c'est certain.
Et vous, Axel ? Alors moi, j'irai voter. Alors moi, j'irai voter. Le choix final n'est pas encore tout à fait arrêté, je dirais, mais j'irai voter, c'est sûr.
Je fais partie des hypothèses ou que je...
Ça, c'est une question de Jordan Bardella qui vous est posée, Axel. Tous les programmes me paraissent avoir des éléments intéressants. Il va falloir que je trans. Vous avez tout lu ? Vous avez tout lu ?
Il n'y en a pas, tous. Je n'ai évidemment pas tout lu en détail, mais voilà. Mais vous avez scanné quand même, regardé les choses, les propositions, et ça a été un travail important pour vous faire une idée de ce qui est en jeu, là, dans cette élection ?
Oui, parce que je pense qu'on ne peut pas s'arrêter aux simples déclarations assez simples, assez quotidiennes, et qu'il faut regarder un peu plus en détail.
C'est une question que j'ai souvent posée à ceux et celles qui vous ont précédé à ce micro. L'Europe, c'est une idée abstraite pour vous, ou au contraire, très concrète ?
Alors, pour moi, c'est un peu plus concret, vu que moi, c'est aussi mes études, on le voit en cours. Mais je pense que pour la plupart des gens et des jeunes, c'est vachement abstrait. On ne se rend pas compte que beaucoup de décisions, elles sont prises au niveau européen.
Et vous vivez à Strasbourg, c'est quand même une bonne école pour l'Europe.
C'est sûr qu'on en parle beaucoup. On est vachement baigné dans le milieu européen à Strasbourg. Donc ça, c'est sûr, capitale européenne, quand même. Et vous, Axel, l'Europe, une idée abstraite ou pas ? Idée abstraite, non. Je dirais un peu une couche supplémentaire au-delà de la politique nationale. Moi, c'est comme ça que je le vois. Une couche supplémentaire. Bon, allez, vous avez la parole. Axel, posez votre première question à Jordan Bardella. Alors moi, j'ai remarqué quelque chose sur vos affiches officielles. Vous mettez en avant le slogan « La France revient » et « L'Europe revit ». En consultant votre site de campagne, j'ai découvert un autre slogan, une autre image.
L'Europe sans eux. Si vous deviez en choisir un sur les deux, puisqu'ils me paraissent l'un et l'autre très différents, lequel choisiriez-vous et pourquoi pour vous définir ? Jordan Bardella.
Sur les slogans ? Oui. Mon slogan principal de la campagne, c'est « La France revient, l'Europe revit ». Et parce que la France revient, l'Europe peut revivre. Parce que je pense qu'il n'y a que deux pays, au fond, qui peuvent changer la construction européenne, c'est la France et l'Allemagne, qui peuvent en tout cas réorienter le fonctionnement de l'Union européenne. Et la France revient parce que moi, je pense que la France ne défend pas suffisamment ses intérêts sur la scène européenne, alors que, comme je le disais, on est le deuxième pays contributeur net au budget de l'Union européenne.
Donc la France, si elle le voulait, a le pouvoir diplomatique, politique et financier de mieux défendre ses intérêts sur la scène européenne. Et moi, je souhaite qu'elle puisse le faire. Et c'est qui, eux, l'Europe sans eux ? Oui, alors, peut-être pour... Oui, parce que... En fait, on a lancé une campagne qui s'intitule « L'Europe sans eux », qui est une campagne de réseaux sociaux. L'Europe sans eux, c'est l'Europe sans Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen. Voilà, c'est un puissant appel au changement.
Qui donne une image assez inquiétante, finalement, visuellement, en tout cas, des illustrations qui se font de cette campagne.
Je ne pense pas que ce soit inquiétant, mais si vous voulez, c'est...
Argumenté, la politique, c'est un peu inquiétant, pourquoi ? L'image qui représente cette campagne, c'est quand même des deux portraits en avant-plan d'Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen, avec un arrière-plan, des bâtiments, des couleurs, je ne vais pas dire apocalyptiques, mais c'est un petit peu quand même dans l'esprit, une grosse fumée noire à l'arrière-plan. Ça contraste énormément avec votre image très classique, finalement, mais ce n'est pas du tout une critique très politique, classique, qu'on a avec l'autre slogan.
Je crois que c'est Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen qui sont très anxiogènes dans les politiques qui le conduisent. Et c'est aussi un vote sanction dimanche. Après, c'est vrai qu'on a beaucoup investi sur les réseaux sociaux, parce que c'est aussi un moyen de parler aux jeunes. Et moi, j'essaie dans cette élection de politiser aussi les jeunes, parce que peu importe pour qui les jeunes vont voter, alors évidemment, j'aimerais qu'ils aillent voter pour moi, mais il faut que les jeunes se déplacent, parce que ce qui est en jeu, c'est leur avenir, c'est l'avenir de l'Europe, et c'est aussi l'avenir de... c'est leur avenir et c'est l'avenir de leurs futurs enfants.
Vous n'avez pas peur de faire peur, malgré tout ? Non, non, ça va. Mais en revanche, eux font très peur, moi, eux me font très peur. C'est pour ça que je fais la politique.
Inès, vous avez la parole si Axel me la laisse. Allez-y !
Ma question, c'est comment comptez-vous mettre en place vos mesures protectionnistes, alors que ID, votre groupe au Parlement, y est opposé ? Et pouvez-vous vraiment appliquer votre projet sans être vraiment soutenu par votre groupe ?
Jordan Bardet ? Alors, il y a plusieurs choses. D'abord, les groupes, c'est des équilibres actuels. Les équilibres des groupes vont bouger en fonction des résultats du 9 juin. Il y a des groupes, je prends par exemple ECR, qui n'est pas le même groupe que nous au sein du Parlement européen, mais qui, par exemple, sur l'action de l'immigration ou sur la volonté d'une Europe plus souverainiste, basée plus sur la coopération entre États, s'accordent avec nous. Donc, ces histoires de groupe, si vous voyez, ces histoires un peu de cuisine, ce qui compte pour changer le fonctionnement de l'Union européenne, c'est un accord de chef d'État, et notamment un accord de chef d'État au Conseil.
Et c'est la raison pour laquelle, moi, je soulignais tout à l'heure que le mouvement d'idées qu'on porte en France, il est en train de se traduire aussi par des gouvernements partout en Europe. Mais évidemment que le fait d'envoyer un maximum d'eurodéputés qui pensent comme moi en France et dans tous les pays d'Europe, dans l'hémicycle de Bruxelles et de Strasbourg, ça permet de préparer le terrain aussi à ce changement de fonctionnement qu'on souhaite impulser et qu'on impulsera demain à la tête de l'État. Axel, deuxième question.
Oui, dans votre projet pour les européennes, vous défendez de nombreuses idées et de nombreuses mesures. Elles vont nécessiter, au moins pour certaines, la proposition et le vote de nouvelles directives et de nouveaux règlements européens. Les eurodéputés, actuellement, n'ont pas le pouvoir direct de proposition législative. Ils doivent formuler une demande auprès de la Commission européenne qui peut, de manière motivée, la refuser. Comment est-ce que vous comptez vous y prendre pour avoir l'influence nécessaire pour que vos idées puissent être portées ? Jean-Bruns Barnella.
Vous savez, depuis cinq ans, le fait de siéger dans le Parlement sans initiative législative, c'est une contrainte, mais ça ne nous empêche pas de défendre des idées. Ça ne nous empêche pas de porter des projets dans l'hémicycle. Depuis maintenant plusieurs années, on se bat pour que la PAC puisse permettre à chaque État, non pas de voir les subventions se décider depuis Bruxelles et affecter un peu tout azimut, mais de permettre précisément à chaque État de déterminer la manière dont elle affecte les subventions. Ça, c'est une victoire qu'on a obtenue par notre influence et par notre travail au Parlement européen.
Et on se rend compte qu'aujourd'hui, il y a de plus en plus de textes qui se jouent à de moins en moins de voix. Donc, évidemment que d'avoir des eurodéputés du Rassemblement national ou de ses alliés dans les différents pays d'Europe, ça permet de peser sur la politique européenne. Maintenant, il est clair que c'est une aberration de voir un Parlement sans initiative législative qui appartient aujourd'hui à la Commission européenne.
Moi, ça me pose un problème parce que la Commission européenne n'est pas élue et dans l'Europe que je souhaite mettre en œuvre dans les prochaines années, je souhaite renforcer le pouvoir du Conseil et je souhaite que la Commission européenne n'ait plus cette initiative législative qui reviendrait au Conseil et qu'elle ne soit qu'un espace de secrétariat au Conseil en charge de mettre en œuvre les propositions des différents chefs d'État. C'est ça l'Europe des projets et des coopérations.
Yael Goz a une question. Oui, question bonus, je ne suis pas étudiant et je ne suis pas jeune, mais est-ce que vous prenez l'engagement ici, Staten, d'être plus assidu quand vous serez élu dimanche, que vous serez élu au Parlement européen, de contribuer davantage aux travaux de cette institution. Si les eurodéputés doivent jouer un rôle, il faut aussi participer, proposer 76 amendements en l'espace de 5 ans. Avouez que c'est peu quand même.
Vous pouvez me citer un amendement de Mme Aubry ou de M. Bellamy ?
Non, mais est-ce que vous confirmez le 76 déjà ?
76 ? D'abord, vous avez mentionné mon assiduité. Oui. Votre présence, ce n'est pas la question. Si, si, parce que vous avez mentionné mon assiduité. Le travail de proposition législative. D'abord, on va venir sur le travail, mais deux temps. D'abord, vous m'avez dit est-ce que vous vous engagez à être plus présent ? C'est-à-dire que vous sous-entendez que je n'ai pas été présent. D'accord. J'ai un taux de présence de 94%. C'est-à-dire que j'ai l'un des meilleurs taux de présence de tous les eurodéputés français. Quand vous mentionnez le nombre d'amendements, je suis dans l'opposition. Vous voyez, par conséquent, les amendements qui consistent à produire des textes...
Oui, François-Pierre Bellamy aussi, Manon Aubry aussi. Oui, donc, non, non, M. Bellamy, il n'est pas dans l'opposition puisqu'il appartient à la famille politique de la présidente de la Commission européenne et à la famille politique de la présidente du Parlement européen. Donc, il n'est pas dans l'opposition. Madame Aubry, qui a agité cet argument, ça, c'est l'argument que vous utilisez, c'est le sien, a fait, je crois, un peu plus de 3000 amendements, c'est-à-dire des amendements pour déplacer des virgules. Madame Aubry a fait des amendements pour alourdir la vie des Français. Moi, je ne fais pas cela.
Si vous prenez les indicateurs liés aux questions écrites, aux questions orales, aux prises de parole en plénière, j'ai des scores, comme on dit, qui sont meilleurs que la moyenne des eurodéputés français. Donc, on ne va pas jouer au score. J'ai rempli depuis 5 ans le rôle que m'ont confié les Français et que m'a confié la démocratie française. J'ai été le porte-voix des Français et si nous sommes aujourd'hui donnés en tête de ces élections européennes, c'est peut-être que les Français trouvent un intérêt à ce que je sois parlementaire et à m'avoir dans la vie publique. Mais ceux qui ont des comptes à rendre, je veux surtout que nous arrivions au pouvoir.
Et je veux surtout que demain, nous soyons nous en capacité de rendre des comptes. Ceux qui ont à rendre des comptes, ce ne sont pas ceux qui sont dans l'opposition, ce sont ceux qui sont au pouvoir. Inès, question ?
Alors, déjà, pour revenir du coup à ce qu'on parlait, à votre taux de présence, etc., j'aimerais vous dire que, par exemple, au niveau des rapports, ce n'est pas vous qui les avez soumis dans votre groupe et que vous demandez dans 5 ans quand on sera au pouvoir, mais vous devez déjà rendre des comptes parce que vous étiez déjà député européen. Jordan Bardella ? C'est-à-dire ? Vous étiez déjà au Parlement européen. Donc la question du bilan, c'est ça ? Oui, la question du bilan, on pourrait vous la demander déjà actuellement.
Mais mon bilan, j'en suis très fier. J'ai combattu, par exemple, le pacte vert qui va accroître les importations et qui va augmenter le prix des denrées alimentaires en diminuant pour nos agriculteurs leur capacité à produire. J'ai combattu le pacte migratoire, par exemple, qui prévoit, selon la volonté d'Emmanuel Macron et de Mme Van der Leyen, l'accélération de la répartition des migrants qui arrivent dans les portes de l'Union européenne dans les différents États membres par ce qu'ils appellent le mécanisme de solidarité.
Je me suis opposé, par exemple, à la directive sur le devoir de vigilance qui a été mise en place par l'Union européenne et qui rend nos chefs d'entreprise, chefs de TPE, PME, encore plus dépendants à la paperasse administrative et qui voient peser sur eux des contraintes qui ne sont pas nécessairement appliquées aux produits qu'on fait rentrer dans l'Union européenne. Donc, j'ai défendu les idées sur lesquelles j'ai été élu il y a cinq ans. Maintenant, ceux qui ont des comptes à rendre sur les politiques qu'ils ont menées, ce sont ceux qui appuient sur les boutons, pas ceux qui contestent le fonctionnement des politiques qui sont menées.
Mais moi, je me bats pour arriver au pouvoir et je me bats précisément pour que les idées que je représente puissent être mises en application.
Une dernière question, Axel. Oui, par rapport à ce que vous disiez, pourtant, sinon à égalité en nombre de sièges avec la liste de la majorité présidentielle. Qu'est-ce qui vous manque pour passer de partie d'opposition à partie d'action à partie de la majorité puisqu'en fait, vous avez déjà les sièges, non ?
Au niveau français. Il nous manque la confiance d'encore plus de Français. Le contexte européen, je l'ai dit tout à l'heure, il évolue. Il y a dix ans, le mouvement souverainiste et patriote était isolé sur la scène européenne.
Qu'est-ce qui a changé dans ce que vous avez fait entre 2019 et aujourd'hui ?
Nous sommes peut-être encore plus proches du pouvoir et nous réussissons de l'intérieur à faire évoluer les choses. Je parlais tout à l'heure de la politique agricole commune. Pourquoi est-ce que j'ai toujours rejeté et mon mouvement a toujours rejeté les précédentes mais a voté la dernière ? Parce que précisément, la dernière légalise les aides d'État et permet aux États d'affecter les subventions. Maintenant, le décalage entre ce qu'est l'Europe et le fonctionnement aujourd'hui totalement technocratique de l'Union européenne est majeur et je souhaite que nous puissions être toujours plus nombreux pour changer les choses, bien sûr.
Merci à tous les deux, merci infiniment Inès et Axel d'avoir joué le jeu du débat avec notre invité Jordan Bardella. On termine avec l'Euroquiz. Question courte, réponse courte. Votre plus grand écrivain européen Jordan Bardella, non français. Primo Levi, avec quel Européen mort ou contemporain aimeriez-vous passer une journée ?
Charles de Gaulle.
Et dans quelle ville européenne ?
Je dirais Paris, mais s'il faut choisir autre que Paris, je dirais Rome, qui incarne, je crois, la ville éternelle qui incarne la constance de la civilisation européenne et de l'idée européenne dans l'histoire.
Souvenir, impression, quand vous êtes arrivé pour la première fois au Parlement européen, donc en 2019, il y a cinq ans ?
C'est un endroit qui est très froid. C'est un mélange entre le Forum des Halles et l'aéroport d'Orly qui n'a pas la chaleur que peut avoir un Parlement français comme l'Assemblée nationale ou le Sénat. Et je pense que ceux qui sont en charge de la déco au Parlement européen pourraient faire un petit peu plus d'efforts pour rendre cet endroit un peu plus chaleureux et un peu plus attractif notamment pour les visiteurs et les gens qui viennent de l'extérieur. Un monument qui symbolise l'Europe, Notre-Dame de Paris. Pourquoi ? Parce que Notre-Dame de Paris c'est le symbole du culte devenu culture.
C'est le patrimoine lié à notre civilisation chrétienne qui est devenu en fait un patrimoine à la fois français et européen et qui signifie quelque chose pour tous les peuples du monde. La force de Notre-Dame de Paris et la force de la France c'est que quand Notre-Dame brûle ce sont tous les peuples du monde qui ont le cœur qui saigne.
Eh bien merci Jordan Bardella d'avoir été l'invité de France Inter ce matin.
Jordan Bardella