Leonard Bernstein : la musique par-delà la fiction
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 2:00OuverteRéponse directe
Si on devait définir Bernstein autrement que par West Side Story, comment le feriez-vous ?
- 4:01OuverteRéponse directe
Pourquoi Bernstein rechignait-il à mettre en avant West Side Story ?
- 4:46OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui caractérisait Bernstein comme chef d'orchestre selon vous ?
- 5:29OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui fait la grandeur de Bernstein comme chef d'orchestre ?
- 7:55OuverteRéponse directe
Pouvez-vous nous parler de la figure du père de Bernstein ?
- 10:45OuverteRéponse directe
Pourquoi l'année 1969 est-elle importante dans la vie de Bernstein ?
Temps de parole
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Maestro de Bradley Cooper avec Bradley Cooper et Carey Mulligan le film est sorti la semaine dernière sur Netflix, l'occasion pour nous ce matin de mettre la lumière sur l'homme qui en est le coeur le compositeur et chef d'orchestre américain Léonard Bernstein, né en 1918 mort en 1990 alors pour comprendre son oeuvre, sa portée pour discerner la vie réelle que le film masque quelque peu selon moi j'ai le plaisir de recevoir ce matin deux invités Renaud Machard, bonjour vous êtes journaliste, critique musical, auteur de la biographie Léonard Bernstein c'est sorti en 2007 aux éditions Actes Sud auteur également de la musique minimaliste c'est sorti cette année cette fois-ci, mais toujours chez Actes Sud on le recommande également chaudement à distance avec nous Emmanuel Franck, bonjour bonjour et bon Noël à vous tous et bon Noël à vous également, vous êtes la productrice de l'émission Un été avec Bernstein sur France Musique que l'on recommande également pour se plonger dans l'oeuvre de la vie de Bernstein ce que nous allons tenter de faire ce matin
et on connait tous cette ère évidemment
America issue de la comédie musicale West Side Story et pourtant, pourtant, Léonard Bernstein, son compositeur rechignait à être catégorisé, étiqueté comme le compositeur de West Side Story en tout cas, comme le compositeur de cette oeuvre unique Renaud Machard, vous, comment est-ce que vous le définiriez si on devait passer par d'autres voies, d'autres moyens que cette comédie musicale justement célèbre ?
affaire compliquée, l'affaire était compliquée pour lui-même d'abord et je me souviens qu'il demandait aux attachés de presse à la fin de sa vie notamment, de ne pas le présenter comme le compositeur de West Side Story mais ça lui a collé à la peau parce qu'aujourd'hui, partout, peut-être même, je ne vais pas regarder mais peut-être même sur votre site internet quand on parle de Bernstein on dit le compositeur de West Side Story parce que ça reste son chef-d'oeuvre alors on ne va peut-être pas trop détailler sur cette oeuvre mais c'est peut-être le problème fondamental de Bernstein c'est qu'il aurait voulu être autre chose en fait, il aurait voulu être tout c'est ça la vérité avec lui c'est ça qui est compliqué Tout, c'est-à-dire à la fois compositeur et chef d'orchestre ?
Déjà, c'était ses deux passions et deux métiers en fait, tout simplement et lorsqu'il prenait un an sabbatique ou quelques semaines pour écrire de la musique ou quand il partait en vacances et qu'il pensait que pendant un mois un mois et demi il n'allait faire que cela et bien, il acceptait un remplacement de chef d'orchestre ou un contrat qui lui tombait sur la tête enfin, ça ne tombait pas au dernier moment mais il faisait tout ce qu'il pouvait pour échapper à la page blanche et Dieu sait qu'il a mis beaucoup d'efforts à finir les choses parfois, il les faisait finir par d'autres aussi il avait des collaborateurs et donc, ça a toujours été un peu compliqué pour lui là, je crois que la gratification du public de la présence du public, du succès du contact avec les musiciens aussi parce que c'était ça, je crois même avant le succès était quelque chose qui lui était vraiment indispensable et c'était de sa manger toujours sur le temps de la composition en un mot, ensuite on en reparlera peut-être mais son catalogue dit classique il y a de très très belles choses dedans mais rien ne vaut évidemment à West Side Story et donc on revient toujours au même dilemme et en même temps, quand on vous entend c'est un paradoxe apparent que vous allez peut-être lever Emmanuel France c'est une personne, un personnage même Léonard Bernstein qui rêvait d'être compositeur et son principal chef-d'oeuvre en matière de composition il rechignait à le mettre en avant à le mettre en lumière comment est-ce que vous l'expliquez ?
mais parce que c'était un bouffeur de la vie c'était quelqu'un qui voulait effectivement absolument tout faire mais ce qu'on oublie c'est qu'il a été enfin on oublie un peu facilement c'est qu'il a été le premier grand chef d'orchestre américain tous les autres chefs avant lui venaient d'ailleurs et lui c'est le premier chef d'orchestre qui est né aux Etats-Unis et qui a dirigé aux Etats-Unis en étant le chef américain et c'est un chef d'orchestre absolument génial
pourquoi est-ce qu'il est génial selon vous ? qu'est-ce qui le caractérisait ? qu'est-ce qui le singularisait ?
et bien quand je dis que c'était un bouffeur de la vie c'était un bouffeur de la musique c'était quelqu'un qui dirigeait d'une telle façon qu'on ne pouvait même plus respirer quand on l'entendait c'était quelqu'un qui travaillait comme un fou chaque partition qui la connaissait mais au-delà de par cœur c'était totalement dans son ADN et c'est quelqu'un qui avait une exigence folle avec les orchestres et c'est vraiment une des caractéristiques de Bernstein c'est que tout ce qu'il faisait dans la vie c'était au-delà d'une vitalité humaine
qu'est-ce qui fait selon vous Renaud Machard la grandeur de Bernstein comme chef d'orchestre ? c'est toujours une question compliquée de savoir effectivement ce qu'il fait un grand chef d'orchestre c'est très très différent d'un grand musicien mais là qu'est-ce qui effectivement qu'est-ce qui le caractérisait ?
alors effectivement quand il a fait ses débuts en remplaçant au pied élevé véritablement en 1943 le chef d'orchestre qui était prévu Bruno Walter le New York Times l'a présenté comme et vous avez raison Emmanuel c'est-à-dire c'est vraiment American Born Conductor c'était ça son l'enfant né aux Etats-Unis exactement c'était une chose tellement peu courante tous les grands orchestres américains étaient tenus par des Européens immigrés ou pas enfin en général immigrés bien sûr aux Etats-Unis notamment après la guerre ou juste avant la guerre ce qu'il avait ce qu'il avait c'était un charisme extraordinaire le charisme c'est particulièrement difficile à définir ça se sent ça ne se décrit pas et tout le monde le raconte je voyais sur Youtube parce qu'il y a beaucoup de choses en ce moment évidemment beaucoup d'interviews beaucoup de documentaires sur ces chaînes qui sont faits je voyais des musiciens de l'orchestre symphonique de Londres qui décrivaient leur premier contact avec lui notamment à l'occasion de cette scène qui a été retournée dans le film avec Bradley Cooper et il racontait tout ce que quand il arrivait tout d'un coup l'atmosphère changeait la température changeait la façon dont les gens étaient assis sur leur chaise alors il n'était pas le seul dans ce cas mais il avait et en plus il avait quelque chose d'extrêmement sympathique extrêmement collégial avec les musiciens tout en étant quelqu'un qu'on respectait beaucoup un peu en retard aux répétitions aussi parfois pas très frais c'est un oiseau de nuit ah c'est un oiseau de nuit et puis ça y est allait le whisky moi j'adore les photos il y a un très beau livre de Thomas Seiler qui s'appelle Thomas Seiler je crois qu'il est allemand donc Seiler et qui a fait des photos de Bernstein à la fin de sa vie et on le voit dans les hôtels où il logeait notamment le Zahreur à Vienne avec genre 10 bouteilles de Ballantyne vous savez le whisky plus le gin plus etc pour les invités mais aussi beaucoup pour lui il a fumé il a pris des cachets pour se réveiller le matin il en a pris d'autres pour dormir entre les deux Dieu sait quoi on le voit dans le film d'ailleurs c'est clairement un moment et bon il l'a payé c'est vrai qu'il est mort à 72 ans ce qui est en ayant l'air d'avoir 88 enfin je considère un peu mais il aurait pu vivre évidemment en s'économisant 10 ans de plus je voudrais qu'on évoque ensemble deux figures tutélaires du compositeur Bernstein cette fois-ci d'abord le père Sam Bernstein est-ce que vous pouvez nous nous en dire un mot et à quel point cette figure née en Ukraine qui a émigré aux Etats-Unis est important pour comprendre j'allais dire le travail de composition de Bernstein Emmanuel Franck
oui c'est un personnage assez fabuleux il était coiffeur à l'origine en fait quand il est arrivé aux Etats-Unis il travaillait dans la poissonnerie or c'était un homme très coquet qui voulait se sentir bon et enfin il a eu un petit job dans un salon de coiffure et il a fini par monter une entreprise qui s'appelait la Bernstein Company Boston Bernstein Company et dont il était très fier et pour lui il était bien évident que son fils devait reprendre la compagnie mais c'était aussi un homme qui était très croyant qui étudiait le Talmud tous les jours et le petit Bernstein qui allait à la Latin School le matin qui donc apprenait mine de rien le latin le français est l'allemand il avait ses homework après le collège ses devoirs il avait le droit de faire quelques petites passes de football pendant 10 minutes ensuite il avait le fameux piano de Clara sa vieille tante qui avait légué un énorme piano sur lequel il se régalait une fois que tout ça a été fait il étudie le Talmud avec son père tous les soirs voilà c'est là où il y a vraiment un lien intellectuel très fort mais pour le père de Déni il était absolument hors de question que son fils devienne un musicien et lui disait mais si tu fais de la musique tu vas devenir un klezmer ça ne pouvait pas être autre chose qu'une sorte de gitant qui fait du violon à un musicien la musique n'existait pas autrement que de cette façon il faut rappeler
pardonnez-moi je vous coupe il faut rappeler que le klezmer c'est d'abord et avant tout la figure du saltimban dans la figure des pays de l'Est
voilà et donc en fait Bernstein n'a appris la radio la musique que par la radio c'est à dire qu'il ne faisait aucune hiérarchie entre la musique classique et la musique dite de variété et c'est très intéressant de savoir ça par rapport à toute son oeuvre en tant que compositeur c'est à dire qu'il n'avait pas une vénération telle pour la musique alors il va à un premier concert avec son père il écoute Duravelle ensuite c'est Duravec Maninov et il n'en revient pas que des gens puissent payer pour écouter de la musique il est dans un univers d'une innocence totale et en même temps c'est un très grand intellectuel puisqu'après il ira à Harvard et on sait à quel point c'était un brillant mais archi brillant sujet
Renaud Machard elle est complexe effectivement cette figure du père dans la vie dans l'oeuvre entière de Léonard Bernstein vous dans votre biographie il y a une année en particulier que vous mettez en lumière c'est l'année 1969 parmi plein de raisons il y a la raison que c'est l'année où son père décède et c'est un moment de libération pour lui oui alors d'ailleurs j'ai relu un petit peu ce bouquin que j'ai fait il y a déjà quelques années j'ai remarqué que j'avais fait une erreur sur une date 69 justement année hérétique je crois que je l'avais appelé comme ça et à propos de cette fameuse soirée avec les Black Panthers qui était en 70 c'est pas en 69 et je l'ai mise en 69 je ne sais pas par quel pourquoi j'ai fait ça on reviendra sur cette soirée le père c'était une figure c'était une figure aussi très crainte et une figure conflictuelle les parents avaient une vie de famille qui était souvent elle-même conflictuelle et Bernstein a été quand même très très affecté par ça et puis son père ne voulait pas effectivement qu'il fasse de la musique pensait que c'était pas un métier comme il a été dit à l'instant et il y a cette cette chose très drôle quand il a fait ce fameux début donc en 43 que j'évoquais tout à l'heure le lendemain on disait au père Bernstein enfin quand même vous avez vu votre fils vous qui vouliez qu'il reprenne la fabrique de postiches et il aurait répondu mais je ne savais pas qu'il allait devenir le Renard Bernstein je trouvais ça assez extraordinaire et donc il a un peu il a un peu réglé ses comptes il y a une oeuvre avant 69 une oeuvre qui l'a finie en 52 qui est un petit opéra qui s'appelle Troubled Integrity dans lequel les deux personnages sont son père et sa mère de façon très claire et un portrait de couple qui n'est pas extraordinaire plus un portrait de la femme qui rappelle vaguement son propre mariage enfin tout ça était un peu compliqué et ensuite vous vouliez me faire parler de 69 je voulais vous faire parler d'abord et avant tout du père on abordera ensuite la figure de Gustave Malheur mais sur le père toujours quelques mots pour terminer à quel point il parvient à s'en libérer et à quel point ça l'a peut-être gêné dans son travail de composition également je ne sais pas si ça l'a gêné non je ne pense pas dans son travail de composition plutôt dans sa vie personnelle notamment sur sa bisexualité et ça il a commencé à en parler ouvertement après la mort après la mort du père ça a été le fameux discours on le voit d'ailleurs dans le film où il parle à mot voilé d'un certain nombre de choses et évidemment après la mort de sa femme aussi les choses se libéreront un peu même si c'est au prix d'une très très grande culpabilité et l'on parlera dans la deuxième partie de cette émission de la deuxième grande figure tutélaire de Léonard Bernstein à savoir Gustave Malheur le compositeur qui là aussi l'a accompagné tout au long de sa vie merci beaucoup Renaud Machart Emmanuel Franck on vous retrouvera à partir de 8h20 6h30 9h les matins de France Culture Quentin l'a fait Maestro de Bradley Cooper avec Bradley Cooper et Carey Mulligan le film est sorti la semaine dernière sur Netflix l'occasion pour nous ce matin de mettre la lumière sur l'homme qui en est le coeur le compositeur et chef d'orchestre américain Léonard Bernstein né en 1918 mort en 1990 et pour comprendre son oeuvre la portée de celle-ci trois invités ce matin Renaud Machart journaliste critique musical auteur de la biographie Léonard Bernstein c'est paru aux éditions Actes Sud en 2007 à ses côtés Emmanuel Franck productrice de l'émission Un été avec Bernstein sur France Musique et nous sommes rejoints par Isabelle Georges bonjour bonjour vous êtes interprète de comédie musicale de chansons françaises et de musique yiddish et vous jouez actuellement votre spectacle intitulé de Paris à Broadway oh là là au publicis des Champs-Elysées le deuxième mouvement de la sixième symphonie de Gustave Mahler dirigé par Léonard Bernstein en 1976 Renaud Machart je disais que c'était Gustave Mahler la deuxième figure tutélaire peut-être de Léonard Bernstein est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi et surtout à quel point je dirais qu'il y a d'abord la passion pour le compositeur et qu'il a aidé considérablement à faire redécouvrir parce que figurez-vous que Mahler notamment en Autriche notamment à Vienne l'orchestre qui était le sien puisque Mahler a été le directeur de l'opéra de Vienne et que l'on vient d'entendre et quand Bernstein est arrivé pour travailler je dis toujours Bernstein il faut dire Bernstein en fait il ne faut pas Stein mais enfin bon et quand il est arrivé pour travailler avec l'orchestre en 1966 l'orchestre thermique de Vienne les musiciens ont fait de la résistance ont fait la gueule des grimaces trouvant que cette musique était un peu vulgaire un peu sentimentale en fait ça voulait dire un peu trop juive car Bernstein le raconte il y avait encore dans l'orchestre des gens qui avaient été dans les rangs des nazis pendant la guerre et il avait été mis au banc par le régime nazi Gustave Mahler absolument il faisait partie des compositeurs interdits il y a ça et l'autre chose c'est qu'il s'est identifié vraiment à lui lorsqu'il le dirigeait c'est à dire qu'à un moment donné c'était sa musique c'était lui qui l'avait écrite et je pense qu'intimement bien sûr il aurait aimé être Gustave Mahler de la deuxième partie du XXe siècle Mahler est mort à 51 ans c'est encore un cas on se demande ce qu'il se serait passé s'il avait vécu 20 ans ou 30 ans de plus vous imaginez quand on écoute ses dernières oeuvres quel génie ce compositeur était et ce qu'il aurait pu produire voilà il y a vraiment une identification à la fois au compositeur pour sa musique et qu'il a aidé à faire connaître à redécouvrir et aussi à titre personnel Emmanuel Franck cette identification comment est-ce qu'on l'explique est-ce qu'on l'explique d'abord avant tout par une identification biographique c'est vrai que les points communs entre l'un et l'autre sont nombreux
mais déjà tout en premier il a dirigé les deux orchestres de Mahler Vienne et New York puisque quand Gustave Mahler part aux Etats-Unis il va diriger le New York Philharmonique donc en fait il est véritablement l'héritier des deux et quand Bernstein arrive à Vienne il arrive avec un sweatshirt sur lequel il a écrit Mahler Groves Gustave Mahler c'est le pied donc c'est vous dire avec quel humour et avec quelle rage aussi il est arrivé pour leur faire connaître ce musicien qui était le leur qui était celui qui avait créé ses oeuvres en particulier à Vienne pas seulement à Vienne mais à Vienne or il n'y avait même plus de partition non seulement tous les musiciens juifs de l'orchestre de Vienne avaient été expulsés après l'Anselus mais ils n'avaient même plus de partition donc ils sont repartis de zéro et moi j'avais assez envie de parler de ce moment parce que ça raconte absolument Bernstein c'est-à-dire cette espèce de rage et cet humour fou cette envie d'un pied de nez au-delà de l'humour il arrive avec des partitions il va leur demander de jouer malheur comme malheur peut-être dans leur ADN et les musiciens ont du mal et j'ai retrouvé une archive qu'on avait déjà vue qui est le début d'une répétition de la cinquième de malheur et il n'y arrive pas les musiciens ne comprennent pas l'essence même de malheur et alors vraiment Bernstein ne peut pas admettre c'est au-delà de toute possibilité pour lui que ces musiciens ne sachent pas jouer malheur il les engueule comme c'est pas permis
c'est votre compositeur il leur dit d'ailleurs c'est le vôtre c'est votre compositeur il faut se le réapproprier
absolument absolument il les engueule et à la fin il va obtenir gain de cause mais ce que j'avais adoré dans cette archive c'est qu'il est tellement fou de rage qu'il prend sa baguette et il la claque sur son pupitre avec un bruit fou et il s'en va fou de rage il revient le lendemain avec le sourire en rigolant et ils reprennent et petit à petit l'orchestre s'est réapproprié Gustave Mahler et ça c'est quelque chose qui me touche parce que je trouve que c'est un pied de nez à la vie c'est d'un humour fou c'est d'une humanité totale c'est quand même aussi cette idée du partage de toutes les musiques avec même ses pires ennemis c'est vraiment et ça c'est vraiment vraiment Bernstein et c'est le Bernstein que j'adore on parlait de son charisme mais moi je parle de son charme je ne vois pas comment on ne peut pas tomber amoureux de Bernstein
et d'ailleurs la série musicale que vous avez consacrée même que vous avez tissée pour France Musique le montre et le démontre Emmanuel Franck ce qui est fascinant aussi avec Bernstein c'est la multiplicité des registres contre le syncrétisme des influences on passe de malheur à la comédie musicale Isabelle Georges vous êtes interprète de comédie musicale quelle place occupe-t-il Léonard Bernstein dans ce allez cet univers de la comédie musicale on lui a parfois reproché à Bernstein d'être un compositeur un musicien trop sérieux est-ce que c'est là aussi son j'allais dire son l'atteinte qu'il laisse
écoutez en tout cas personnellement pour moi cet homme est un symbole de fusion c'est-à-dire qu'il a il puise son inspiration dans ses origines dans les rencontres qu'il fait malheur évidemment mais il est il ne rentre dans aucune case et c'est ce qui me passionne moi chez lui ma grand-mère c'était son chouchou elle l'appelait elle était compositeur et c'était son son chouchou et comme interprète de comédie musicale moi je trouve que quand on chante Bernstein il y a une une vitalité extraordinaire il y a une une inventivité il y a on se on est bousculé sans arrêt et ça je trouve ça fascinant ouais c'est pour moi c'est la vitalité l'enthousiasme permanent qu'il y a derrière cette musique qui me porte infiniment quand je quand je peux l'interpréter écoutons justement cette vitalité Spring Will Come Again
qu'est-ce que l'on vient d'entendre qu'est-ce que l'on vient d'écouter Isabelle Georges et pourquoi vous avez choisi puisque je vous ai demandé à chacun d'entre vous de choisir un extrait musical
j'ai choisi cet extrait parce que je trouve qu'il est totalement d'actualité avec tout ce qui se passe on a envie de ce micro de cette ouverture de cet espoir de cette possibilité de résilience voilà pourquoi j'ai choisi cette chanson
et le lien peut-être il faut l'expliciter pour les auditeurs le lien avec Léonard Bernstein c'est lui qui l'a écrit évidemment sa composition Renaud Machard peut-être effectivement ce qui frappe quand on regarde les compositions dans leur ensemble cette fois-ci de Léonard Bernstein c'est effectivement la multiplicité des influences il va piocher dans le rock dans l'opéra dans la musique cubaine sud-américaine il va piocher effectivement et au fond quelle est l'identité propre de la musique de la composition de Léonard Bernstein est-ce qu'elle existe au fond son identité c'est d'aller piocher un peu partout la question qui tue quelle est l'identité musicale de Bernstein ça c'est peut-être c'était son problème il l'a en tout cas de sa jeunesse on l'a dit tout à l'heure c'est un peu comme John Adams d'ailleurs composé auxquels je me suis beaucoup intéressé c'est assez américain et c'était aussi le cas en France avant la deuxième guerre où les cultures populaires et les cultures savantes étaient beaucoup plus liées chez les musiciens qu'elles ne le sont aujourd'hui tout le monde faisait de la chanson tout en écrivant de l'opéra enfin bon bref et lui c'est à la fois sa connaissance bien sûr de la musique populaire de la comédie musicale du jazz même si c'était pas un pianiste de jazz contrairement à ce qu'on dit parfois c'était une des rares choses dans lesquelles il n'excellait pas loin de là mais il connaissait tous les tunes tous les le great American songbook comme on l'appelle c'est à dire toutes les grandes chansons de Broadway du cinéma et il y a dans ses oeuvres je parlais tout à l'heure de ce petit opéra Troubled in Haiti il y a tout un passage jazzé qui est assez incroyable donc il y a ça dedans dans sa troisième symphonie il y a des mélanges de musique aussi d'avant-garde parce qu'il a essayé d'aller vers là à un moment donné dans sa carrière c'est à dire d'être un peu dans l'esprit du temps et ça donne une musique et en plus il vole chez les autres il a énormément volé chez Copland il a énormément volé chez lui-même en mélangeant en mélangeant les choses tous les grands compositeurs ont fait ça Poulenc par exemple vole plus il vole plus il est lui-même Bernstein c'est pareil il vole mais il recrache il transmut on va dire il transmut les choses et il en fait du Bernstein mais ça reste le grand problème de ce compositeur c'est très difficile encore une fois notamment pour sa musique de concert de définir véritablement un style de l'étiqueter
mais tant mieux je dirais de ne pas le réduire à juste un style moi je trouve ça extraordinaire cette fusion de style et d'ailleurs je trouve qu'on souffre encore de ça aujourd'hui c'est à dire il y a la grande musique on regarde le jazz ou parfois la comédie musicale en bout d'an c'est un petit peu un autre un genre un peu sous musical moi je ne suis pas d'accord avec ça je trouve que ce qui est formidable chez Bernstein c'est cette multiplicité c'est cette absence de limite cette absence de on ne réduira pas Bernstein à un seul style
Bruno Machard au point qu'il a ça c'est sa limite aussi au point qu'il ne se satisfaisait jamais de rien et il a essayé on a parlé au début de l'émission tout à l'heure de West Side Story qui reste effectivement le chef d'oeuvre un dépassé de la comédie musicale c'est le number one enfin il y a de très très grandes autres oeuvres bien sûr pour Broadway mais il voulait toujours essayer de renouveler le genre et il a essayé il a refait il a réécrit des comédies musicales il y a la fameuse enfin fameuse 1600 Pennsylvania Avenue mais qui a été un four total parce qu'il compliquait toujours tout il voulait un peu régénérer tout il voulait faire le grand opéra américain il n'y est pas parvenu il a voulu faire de nouveau la grande comédie musicale un peu inventive il n'y est pas parvenu non plus c'était sa limite ça de vouloir toujours aller plus loin ce qui est très bien au fond
oui et en même temps d'être en perpétuelle recherche de bousculer les limites c'est pas mal
et après la première représentation de l'une de ses oeuvres principales intitulée Mass le critique musicale du New York Times avait cruellement écrit que Mass constituait le plus grand mélange de style depuis la recette du steak frite dans du beurre de cacahuète et de la sauce au marshmallow c'est le moment de donner la parole à sa première avocate Emmanuel Franck comment est-ce que vous réagissez à cette pluralité de style est-ce que c'est synonyme de manque d'identité musicale selon vous
mais non c'est le principe même d'être un américain quand il faisait ses Young People's concerts il expliquait très bien aux enfants qui l'écoutaient sur scène c'est que il n'y a pas de musique américaine il le fait écouter dans la toute première émission il le fait écouter l'ouverture de Guillaume Tell et il leur dit et alors les enfants vous avez pensé à quoi quand vous avez entendu ça à une musique de western et tout le monde a dit oui bien sûr musique de western et ben non c'était Guillaume Tell et c'est ça la musique américaine c'est une musique de de melting pot en fait il va passer sa vie à essayer d'expliquer que la musique américaine fonctionne comme ça mais moi je voulais ajouter aussi d'autres petites précisions par exemple la deuxième symphonie de de l'ENIS c'est en fait un concerto pour piano mais ça n'est jamais dit il dit que c'est une symphonie il envoie valdinguer absolument tous les codes de la musique et je suis assez d'accord avec Isabelle Georges c'est d'une vitalité d'une envie de vivre et aussi d'un humeur je passe au dessus mais pas parce qu'il veut prendre tout le monde de haut c'est parce qu'il a envie d'être fou et il l'est et moi j'adore ça Renaud Machard
mime les percussions en studio c'est votre choix musical et par ce truchement vous nous proposez Renaud Machard un autre Léonard Bernstein quel est-il qui est-il et qu'est-ce qu'on vient d'entendre ?
moi qui suis une nature élégiaque ça ne se voit pas du tout comme ça mais j'aime beaucoup c'est très bien tout ce qu'on raconte ce matin parce qu'on a tous un peu des coins de Bernstein qui nous intéressent plus les uns que les autres ou que les autres et j'aime moi l'élégie chez lui et ça c'est aussi une chose très américaine parce que je pense que la musique américaine a vraiment une signature et qu'il en fait partie et qu'on la reconnaît assez bien ça par exemple c'est quand même même si c'est assez malérien finalement je trouve que les mouvements lents dans sa musique de concert ou classiques si vous voulez quel qualificatif employé on ne va pas entrer dans ce débat ce matin c'est trop compliqué elle est très forte et vraiment ça c'est une des grandes réussites ça fait partie d'un cycle qui s'appelle Songfest qui est un cycle de mélodies avec orchestre où il y a aussi des mélanges on va retrouver des influences de Weiss's Story on va retrouver des choses beaucoup plus classiques entre guillemets qui pour un certain nombre de chanteurs six chanteurs je crois et orchestres ça a été donné à la radio l'année qui a suivi sa création aux Etats-Unis ça a été créé en 77 et je me demande si c'est pas la même année qu'il est venu le faire parce que Bernstein a beaucoup travaillé avec l'Orchestre National de France on a beaucoup d'archives de télé filmées et de concerts avec l'orchestre qu'il adorait et je trouve que c'est une de ses réussites et on le donne rarement c'est une oeuvre qu'on donne rarement est-ce que vous découvrez par là vous découvrez non mais est-ce que ça vous confirme Emmanuel Franc dans votre goût d'un autre Léonard Bernstein et au-delà de l'influence de la culture juive dans son travail de composition quel est-il Emmanuel Franc ?
Moi je ne vaux vraiment pas d'influence à part peut-être la troisième symphonie qui s'appelle Kadish quand même mais je ne suis pas sûre que ce soit une influence si particulière l'influence elle est partout il y a effectivement du Gustave Mahler dans Mass il y a les extraits qui à un moment sont du pur Gustave Mahler c'est plus un judaïsme justement à la suite de malheur c'est quelque chose qui ressemble plus à cette affiliation à ce monde de la musique qui est une sorte de nuage au-dessus de leur vie qui les relie c'est plus quelque chose de cet ordre-là pour moi je ne le crois pas si croyant que ça même s'il a beaucoup beaucoup soutenu Israël il a été donné beaucoup de concerts en Israël mais ça c'était d'un ordre privé politique c'était dans sa musique même je ne suis pas sûre mais je ne connais pas toute son oeuvre par coeur
Bruno Machard alors il y a justement moi je l'ignorais aussi jusqu'à un certain point l'un de ses assistants qui s'appelle Jack Gottlieb qui n'est plus de ce monde qui a d'ailleurs publié ses mémoires où il raconte ses voyages avec Lenny qui n'était pas pas piqué des hannetons parce qu'être assistant de cet homme-là ce n'était pas de tout repos il a écrit un livre extraordinaire qui s'appelle Funny It Doesn't Sound Jewish c'est curieux ça ne sonne pas juif et il a retrouvé et il a retrouvé des sources de mélodies de synagogue dans On A Town dans d'autres comédies musicales je l'ignorais aussi vraiment en très longtemps je l'ignorais et il en apporte la preuve ça c'est extraordinaire donc il y a une influence vraiment de ses souvenirs de musique de synagogue Isabelle Georges sur cet ouvrage
je suis tout à fait d'accord avec ça il y a eu on va dire 90% du songbook américain est fait de deuxième génération immigrants juifs de l'Est qui voulaient tout couper avec ce qu'il y avait eu avant qui voulaient être américains à tout prix mais qui de manière subliminale se sont quand même inspirés de la musique de synagogue de ce qu'il y avait à la maison avant et pour moi il n'échappe pas du tout à la règle Lénie il est complètement inspiré c'est vrai que c'est en filigrane mais it's funny it doesn't sound Jewish ce bouquin est passionnant tu le connais mais oui j'ai fait à la maison génial c'est passionnant je vous le recommande parce que ça permet de mettre un éclairage totalement nouveau sur pas mal de comédies musicales que l'on connait ou de Dair par exemple j'ai découvert on fait un petit écart mais j'étais dans une synagogue à Prague j'ai découvert que supercalifragilistique expialidocious c'était un traditionnel yiddish c'est passionnant parce que c'est aussi des gens qui voulaient être américains complètement et ne plus rien avoir à faire avec leurs origines pour certains et ça ressort quand même dans la musique
alors la motif le motif la mauvaise excuse pour laquelle nous consacrons ces matins à Leonard Bernstein c'est la sortie sur Netflix du film de Bradley Cooper intitulé Maestro Renaud Machard est-ce que vous l'avez vu il me semble que oui est-ce que vous y avez retrouvé le Bernstein que vous aimez qui vous touche alors bon évidemment j'ai visionné j'ai quand même pas mal travaillé sur ce bonhomme comme Emmanuel j'ai continué après aussi et là je m'y suis remise ça m'a donné envie de me replonger en plus j'ai eu énormément de choses que j'ai acheté depuis que j'ai fait le bouquin il y a eu beaucoup de livres qui sont parus on apprend des choses passionnantes mais ce qui m'a frappé dans ce film c'est avant même de parler du talent de Bradley Cooper comme chef parce qu'il est complètement bluffant vraiment vraiment c'est quand il entre au début du film ce fameux concert de 43 quand il entre sur scène il est filmé de dos et là je suis tombé de mon canapé c'est je ne sais pas comment il fait le mimétisme du mouvement d'épaule de dos et la démarche ça c'est rien que ça c'est extraordinaire Isabelle Georges je partage
je trouve ça époustouflant par moments on a l'impression que c'est Léonard
que c'est Lanny Emmanuel France que vous êtes d'accord il faut peut-être préciser pour les auditeurs qui ne l'ont pas vu que c'est tout de même une vie entière résumée à un tiraillement entre la vie de famille et la liberté peut-être des hommes
oui et moi j'ai adoré ce film j'ai pleuré franchement j'ai pleuré mais j'ai adoré surtout le parti pris de l'angle qui est choisi c'est de raconter l'histoire par le personnage de Félicia Montalegre sa femme et ça c'est très nouveau parce qu'on parle toujours de Bernstein mais on ne parle jamais de Félicia Félicia c'est un personnage magnifique j'ai eu parce que j'ai fait un film également sur Bernstein j'ai passé beaucoup de temps avec Jamie la fille de Félicia et Bernstein et j'ai retrouvé dans ce film cet amour familial qu'il y avait entre eux qui est réel que Lenni soit pardon que Lenni soit homosexuel c'est une chose mais c'était vraiment un couple moderne c'était quelqu'un qui aimait tout le monde et il le dit j'aime trop j'aime trop tout le monde et j'ai tellement d'amour que c'est invivable du coup je ne peux jamais être tout seul pour écrire et ce film raconte cet amour débordant et réussi parce que pour avoir rencontré ses enfants je peux vous dire que c'était une famille merveilleuse mais vraiment merveilleuse et Félicia était très importante
je suis obligé de vous couper pardonnez-moi on arrive déjà au terme de cette émission Félicia qui est interprétée par Karim Mulligan merci beaucoup à tous les trois d'être venus ce matin dans les matins évoquer la figure de Léonard Bernstein Renaud Machard Emmanuel Franck Isabelle Georges on mettra toutes les références de vos livres traversés et spectacles sur le site de France Culture il est 8h45 detectives
tel de Bangladesh travail vous nous nous sommes aux meter par vous nous nous c'est vous vous vous vous vous vous vous vous vous vous vous vous vous vous vous vous vous