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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 27 octobre 2023 9 minComplaisantDivertissementDéfenseInstitutions & élections

Israël-Palestine : les mots de la guerre 12/18 · Le Hezbollah, histoire d'un mouvement de "résistance islamiste"

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Questions et réponses

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  • 0:20OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que le Hezbollah ?

  • 4:06OuverteRéponse directe

    Quel est le rôle du Hezbollah aujourd'hui ?

  • 4:15OuverteRéponse directe

    Est-ce que le Hezbollah définit sa feuille de route ou prend-il ses ordres à Téhéran ?

  • 6:09OuverteRéponse directe

    Dans la nouvelle charte du Hezbollah, quelle est une priorité ?

  • 7:44OuverteRéponse directe

    Quel rôle le Hezbollah pourrait-il jouer dans le conflit actuel ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:24InvitéFait
    « Le Hezbollah est une organisation complexe. »
  • 0:24InvitéFait
    « En Occident, depuis une quarantaine d'années, on l'a fait rimer avec terrorisme, avec liens défectibles à l'Iran, à la Syrie, avec aussi toute une floupée d'attentats, de prises d'otages, surtout dans les années 80, début des années 90. »
  • 0:43InvitéFait
    « On l'associe évidemment maintenant au conflit syrien, puisque le Hezbollah, je mets le Hezbollah entre guillemets, est intervenu dans le conflit syrien depuis essentiellement 2013. »
  • 0:50InvitéFait
    « On l'associe aussi à un groupe islamiste qui aurait comme projet de renverser le régime libanais, établir quelque chose à copier sur la révolution iranienne de 79. »
  • 1:10InvitéFait
    « Le Hezbollah, ce n'est pas du tout ça. »
  • 1:20InvitéFait
    « Ce qui a été créé en 82, au moment de l'invasion, la deuxième grande invasion israélienne du Liban, ce n'est pas le Hezbollah, c'est une organisation paramilitaire chiite qui s'est donnée le nom de la résistance islamique au Liban. »
  • 1:41InvitéFait
    « de repousser l'envahisseur de l'autre côté de la frontière et de rétablir la liberté du Liban. »
  • 1:58InvitéFait
    « il lui faut une vitrine publique, il lui faut une annexe civile qui va faire le boulot d'abord de communication, expliquer qui nous sommes, qu'est-ce qu'on veut, le boulot de mobilisation, parce qu'il faut des jeunes chiites pour venir se battre, et puis aussi, quelques premières institutions d'action sociale. »
  • 2:21InvitéFait
    « en s'inspirant, alors là, oui, du modèle iranien, puisque vous savez que les Iraniens, en 82, ça fait déjà deux ans qu'ils sont en train de se battre, donc dans une guerre qui durera huit ans, contre l'Irak de Saddam Hussein. »
  • 2:51InvitéFait
    « C'est toute une série d'associations du type à fondation des martyrs, c'est-à-dire que, en fait, que ce soit l'Iran et que ce soit ensuite cette organisation militaire, la résistance islamique, on prévoit de prendre en charge les familles des combattants, tombés au champ d'honneur. »
  • 4:15InvitéFait
    « Alors, il ne prend pas ses ordres à Téhéran, il définit partiellement sa feuille de route, il obéit surtout, justement, à la résistance islamique. »
  • 4:30InvitéFait
    « Le meilleur moyen pour un occidental de visualiser le fonctionnement du duo entre l'Arille et le Hezbollah, c'est de rester en Europe et de prendre le modèle Ira-Shinfein, le modèle irlandais. »
  • 5:19InvitéFait
    « Le Hezbollah est au Parlement libanais depuis 1992, donc dix ans après sa création. »
  • 5:39InvitéFait
    « Le Hezbollah fonctionne beaucoup moins comme un parti de gouvernement que comme un lobby. »
  • 6:09InvitéFait
    « Ils sont vraiment dans cette logique. Ils restent fidèles, en fait, à leur vision initiale qui est l'ennemi c'est Israël. »
  • 6:57InvitéFait
    « L'armée libanaise, le fait est qu'on peut le déplorer, n'a absolument pas les moyens de défendre le territoire contre quelque invasion que ce soit, qu'elle vienne du sud, qu'elle vienne de l'est. »
  • 7:14InvitéFait
    « Effectivement, l'action de l'Aryl a porté ses fruits. Israël a levé le drapeau blanc et s'est retiré de manière inconditionnelle en 2000. »
  • 7:22InvitéFait
    « Première fois que l'armée israélienne part sans compensation d'un territoire arabe. »
  • 8:16InvitéFait
    « ils sont dans cette logique de « no passaron ». Donc, si les Israéliens pensaient... »
  • 8:30InvitéFait
    « l'armée israélienne, dès le premier jour, c'était très clair lors du premier week-end lorsque tout a commencé, l'armée israélienne immédiatement s'est mise en état d'alerte au niveau de la frontière nord, donc frontière sud du Liban. »

Temps de parole

  • Invité88 %
  • Présentateur12 %

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0:00
Invité

Les mots du conflit israélo-palestinien.

0:12
Présentateur

Aurélie Daher, vous êtes enseignante chercheuse à Paris Dauphine et à Sciences Po Paris. On vous doit le Hezbollah, mobilisation et pouvoir aux presses universitaires de France. Qu'est-ce que le Hezbollah ?

0:22
Invité

Le Hezbollah est une organisation complexe. En Occident, depuis une quarantaine d'années, on l'a fait rimer avec terrorisme, avec liens défectibles à l'Iran, à la Syrie, avec aussi toute une floupée d'attentats, de prises d'otages, surtout dans les années 80, début des années 90. On l'associe évidemment maintenant au conflit syrien, puisque le Hezbollah, je mets le Hezbollah entre guillemets, est intervenu dans le conflit syrien depuis essentiellement 2013. On l'associe aussi à un groupe islamiste qui aurait comme projet de renverser le régime libanais, établir quelque chose à copier sur la révolution iranienne de 79. En fait, le Hezbollah, ce n'est pas du tout ça.

Le Hezbollah, d'abord, il faut le concevoir de manière dédoublée. Ce qui a été créé en 82, au moment de l'invasion, la deuxième grande invasion israélienne du Liban, ce n'est pas le Hezbollah, c'est une organisation paramilitaire chiite qui s'est donnée le nom de la résistance islamique au Liban. Al-Mukhawwama l'islamie à Féloubnan, en général appelée au Liban, Al-Mukhawwama, la résistance. Et c'est donc une organisation qui se donne, comme seule et unique tâche à l'époque, de repousser l'envahisseur de l'autre côté de la frontière et de rétablir la liberté du Liban.

Et puis, rapidement, cette organisation, en quelques semaines, quelques mois, comprend que, vu qu'elle est clandestine, il lui faut une vitrine publique, il lui faut une annexe civile qui va faire le boulot d'abord de communication, expliquer qui nous sommes, qu'est-ce qu'on veut, le boulot de mobilisation, parce qu'il faut des jeunes chiites pour venir se battre, et puis aussi, quelques premières institutions d'action sociale, et je dis bien action sociale, pas forcément des associations caritatives, en s'inspirant, alors là, oui, du modèle iranien, puisque vous savez que les Iraniens, en 82, ça fait déjà deux ans qu'ils sont en train de se battre, donc dans une guerre qui durera huit ans, contre l'Irak de Saddam Hussein.

Et puis, les Iraniens, eux, ils ont compris qu'on ne peut pas juste se lancer face à une guerre, qui éventuellement pourraient tourner impopulaire, en l'occurrence, l'Iran, durant cette guerre, a beaucoup souffert, sans un vrai soutien, sans des vrais relais au niveau de la population. Donc, qu'est-ce qu'ils ont mis en place ? C'est toute une série d'associations du type à fondation des martyrs, c'est-à-dire que, en fait, que ce soit l'Iran et que ce soit ensuite cette organisation militaire, la résistance islamique, on prévoit de prendre en charge les familles des combattants, tombés au champ d'honneur.

On a aussi une fondation du blessé, c'est-à-dire qu'on sait qu'il va y avoir du dégât collatéral et qu'il y a des civils qui vont souffrir et éventuellement, ils vont avoir de la rancœur envers ce travail de résistance. Donc, justement, pour calmer les esprits, il faut aussi qu'on prenne en charge les civils, qu'ils soient chéris ou non, c'est complètement transconfessionnel. Il faut s'en occuper, il faut les soigner. Il nous faut aussi une organisation plus dédiée à la santé en général, avec des ambulances, avec des pompiers, etc.

Donc, ils vont mettre comme ça, cette organisation militaire, donc la résistance islamique au Liban, la RIL, va mettre en place un premier noyau d'associations civiles chargées, en fait, d'assurer les arrières, de payer les pots cassés, de l'action de résistance. Et puis, il va y avoir de plus en plus, elles vont être de plus en plus sophistiquées, professionnalisées. Et c'est ce réseau-là qu'on va appeler le Hezbollah et qui va être, en fait, l'annexe civile d'une organisation mère militaire.

4:06
Présentateur

Et alors, aujourd'hui, quel est le rôle du Hezbollah ? Est-ce que le Hezbollah définit lui-même sa feuille de route ou bien prend-il ses ordres à Téhéran, en l'occurrence Aurélie Daer ?

4:15
Invité

Alors, il ne prend pas ses ordres à Téhéran, il définit partiellement sa feuille de route, il obéit surtout, justement, à la résistance islamique. Je dirais que le meilleur moyen pour un occidental de visualiser le fonctionnement du duo entre l'Arille et le Hezbollah, c'est de rester en Europe et de prendre le modèle Ira-Shinfein, le modèle irlandais. Donc, d'un côté, vous avez la Irish Republican Army. Je ne suis pas sûr qu'il soit très clair aussi.

4:38
Présentateur

En tout cas, pour moi, il ne l'est pas très.

4:40
Invité

La Irish Republican Army, donc qui faisait le travail armé contre les Anglais. Et puis, après, il y avait le Sinnfein qui était un appareil à la fois de communication et un appareil politique qui avait, en l'occurrence, des représentants au Parlement pour, justement, mener les négociations, exprimer la position dans l'espace public de la branche militaire et dans le fonctionnement entre les deux. C'est, grosso modo, je ne vais pas dire que l'aile civile est au service ou aux ordres de l'organisation militaire, mais c'est quand même l'organisation militaire qui définit l'ordre des priorités et la partie civile qui s'adapte. D'accord. Et là, c'est pareil.

Le Hezbollah s'adapte aux besoins de la partie civile et on voit, d'ailleurs, c'est très très clair dans l'action politique du Hezbollah. Le Hezbollah est au Parlement libanais depuis 1992, donc dix ans après sa création. Il fait sa première apparition dans les institutions libanaises au niveau du Parlement et puis il aura son premier ministre, donc première présence au gouvernement en 2005. Donc on voit que c'est quand même assez tardif. Et l'action du Hezbollah en politique, elle est extrêmement simple à comprendre. Le Hezbollah fonctionne beaucoup moins comme un parti de gouvernement que comme un lobby.

Et justement, fidèle à cette distribution des rôles entre le militaire et le civil qu'on a pensé originellement, le Hezbollah en politique, à chaque fois, c'est faire la pub de la résistance islamique, défendre ses intérêts, essayer de bloquer éventuellement tout projet de loi qui pourrait venir d'un gouvernement d'opposants qui, par exemple, chercherait à faire passer au Parlement un désarmement de la résistance.

6:09
Présentateur

Justement, Aurélie Daher, dans la nouvelle charte du Hezbollah, il est intéressant de voir que l'une des priorités du Hezbollah, c'est de s'opposer à ce qu'ils appellent la menace israélienne.

6:21
Invité

Oui, tout à fait. Ils sont vraiment dans cette logique. Ils restent fidèles, en fait, à leur vision initiale qui est l'ennemi c'est Israël. On a un devoir, une obligation envers tous les Libanais, d'ailleurs, parce que leur discours est très transconfessionnel. Ils ne disent jamais qu'ils défendent uniquement les Shiites. Je défends tout le territoire libanais. Il faut s'opposer à cette menace. Il faut protéger le territoire national. L'armée, en l'occurrence, alors ça, c'est aussi toute une affaire, leur relation avec l'armée.

L'armée libanaise, le fait est qu'on peut le déplorer, n'a absolument pas les moyens de défendre le territoire contre quelque invasion que ce soit, qu'elle vienne du sud, qu'elle vienne de l'est. Et le Hezbollah se dit en ce qui concerne Israël, ne vous inquiétez pas, je suis là, je m'en occupe. Ça, c'est mon boulot. Donc, après, initialement, il s'agissait de lutter contre Israël en tant qu'occupant puisqu'Israël a occupé le Liban de 78 à 2000, donc pendant 22 ans. Effectivement, l'action de l'Aryl a porté ses fruits. Israël a levé le drapeau blanc et s'est retiré de manière inconditionnelle en 2000. Et c'était une première, d'ailleurs, dans le monde arabe.

Première fois que l'armée israélienne part sans compensation d'un territoire arabe. Et puis, depuis, ils sont en mode préventif, c'est-à-dire qu'on maintient nos armes, on fait attention à toute capacité de nuisance qui pourrait venir de la part d'Israël. Donc, voilà, ça, c'est leur dossier.

7:40
Présentateur

Dans le conflit actuel, quel rôle le Hezbollah pourrait-il jouer, Aurélie Daher ?

7:44
Invité

Alors, à quel niveau ? Au niveau des Palestiniens, au niveau libanais ?

7:47
Présentateur

Au niveau libanais, au niveau de la frontière libanaise ?

7:49
Invité

Alors, au niveau de la frontière libanaise, justement, ils sont dans cette logique de « no passaron ». Donc, si les Israéliens pensaient...

7:56
Présentateur

Ça tombe bien parce que les Israéliens n'ont pas, j'imagine, n'ont pas leur mission actuellement de...

8:00
Invité

Ils n'ont pas assez

8:01
Présentateur

à faire ailleurs.

8:03
Invité

Exactement. Ils ont les mains pleines avec Gaza. Ils ont assez sur leur plateau, comme on dit en anglais, on their plate. Mais non, l'idée, c'est justement, on bloque et on empêche toute nouvelle invention potentielle contre le territoire libanais.

8:16
Présentateur

On occupe aussi. On occupe l'armée israélienne parce que malgré tout, même s'il n'y a pas une guerre de haute intensité, il y a des échanges suffisants pour que l'armée israélienne soit obligée de demeurer sur cette frontière.

8:28
Invité

Alors, tout à fait. De toute façon, l'armée israélienne, dès le premier jour, c'était très clair lors du premier week-end lorsque tout a commencé, l'armée israélienne immédiatement s'est mise en état d'alerte au niveau de la frontière nord, donc frontière sud du Liban. On a aligné les tanks en randonnion pour être sûr qu'il n'y aurait pas non plus peut-être une invasion du Hezbollah qui interviendrait en soutien aux Palestiniens. Mais non, de toute façon, là, c'est très clair. Des deux côtés de la frontière, oui, on va s'égratigner un petit peu la figure de part et d'autre, mais on n'ira pas profondément dans le terrain du voisin.

9:04
Présentateur

Merci Aurélie Daher. Je rappelle votre ouvrage Le Hezbollah, mobilisation et pouvoir, c'est aux presses universitaires de France. Sous-titrage Société Radio-Canada