La chronique de Caroline Yadan du 23/02/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Merci de nous rejoindre ce matin, ce lundi 23 février. Plaisir de la retrouver en studio également. Caroline Yadant, députée de la 8e circonscription des Français de l'étranger. Bonjour ma chère Caroline. Bonjour ma chérie Léna. Merci d'être avec nous ce matin. Alors, on va évidemment parler de ce qui a fait l'actualité toute la semaine dernière. L'assassinat de Quentin de Rang, ce militant nationaliste à Lyon.
Et oui, à Lyon, le 12 février dernier, vous l'avez dit, Quentin de Rang, 23 ans, a été lynché à mort par une meute enragée, se déclara antifasciste, mais imitant par sa violence sauvage les fascistes contre lesquels elle prétend lutter. Une violence collective d'une brutalité sidérante. Un juge a d'ores et déjà mis en examen sept hommes pour homicide volontaire. L'un d'eux, membre de la jeune garde, est également celui qui avait tabassé des jeunes juifs adolescents, les forçant à crier « Free Palestine », toujours en marge d'une conférence de Rima Hassan à Sciences Po de Lyon. Ce drame ne surgit pas du néant. Il s'inscrit dans un climat.
Celui de l'ère viciée où la violence est devenue banale et où la radicalité s'est muée en stratégie. Celle qui consiste à fracturer pour exister, à désigner des cibles collectives pour mobiliser, à entretenir la tension pour polariser. Depuis des années, la France insoumise a fait le choix d'une conflictualisation permanente dans le bruit et la fureur. Désignation d'ennemis, procès en illégitimité, mise en accusation constante des institutions, rhétorique d'affrontement.
Quand un parti explique que la police tue, quand il laisse prospérer l'idée que l'État serait structurellement raciste, quand il transforme chaque désaccord en combat moral absolu, quand il renvoie chaque individu à une lecture obsessionnelle et racialiste, quand il prend position pour le terrorisme, pour des idéologies totalitaires ou des dictatures, quand il continue dans ses rangs à légitimer des fichiers S, des délinquants sexuels ou des condamnés pour violences conjugales, des racistes, des dealers, il installe un climat de suspicion, de défiance généralisée et de violences légitimées. Les mots façonnent l'atmosphère publique, ils endoctrinent, ils arment.
La surenchère permanente finit par libérer les pulsions les plus sombres.
Et pourtant, il faut le dire Caroline,
la mécanique des extrêmes ne s'arrête pas à l'extrême gauche. Oui, vous avez parfaitement raison Ilana. Lors de la marche organisée en hommage à Quentin il y a deux jours, des saluts hitlériens ont été observés, des propos racistes et homophobes ont été tenus et la justice a été saisie. Des groupuscules néo-nazis ont défilé et Yvan Benedetti, ex-chef d'un groupuscule pétainiste et antisémite dissous, condamné à plusieurs reprises pour injure publique, provocation à la haine et à la discrimination, qui se revendique lui-même, je cite, anti-sioniste, anti-sémite et anti-juif, menait le cortège.
Souvenons-nous aussi que le 5 juin 2013, Clément Méric, âgé de 18 ans, était mortellement frappé par des skinheads à Paris. Voilà la spirale. L'extrême gauche radicalise le débat, l'extrême droite s'en nourrit, l'extrême droite parade, l'extrême gauche redouble d'indignation et d'outrance. Il se prétend d'ennemis, pourtant ils prospèrent ensemble dans la même fascination pour la violence. Les uns se disent identitaires, les autres révolutionnaires, mais ils partagent le même objectif, écraser l'autre sous leurs pieds. Regardez ce qu'il se passe au-delà de nos frontières.
Aux Etats-Unis, une partie de la sphère MAGA, menée notamment par des influenceurs comme Nick Fuentes, banalise les discours illibéraux, laisse prospérer un antisémitisme complotiste et relativiste des références à Hitler que l'on croyait à jamais disqualifier. Dans le même temps, une frange radicale de la gauche occidentale recycle un antisionisme obsessionnel qui met en danger les juifs dans le monde entier. Deux radicalités qui se disent opposées, mais qui convergent dans le rejet des institutions et dans la désignation d'un ennemi absolu, bouc émissaire éternel et objet du ressentiment.
Alors que pouvons-nous faire collectivement pour contrer, Caroline, toute cette haine ?
Continuer de croire et de renforcer l'arc républicain qui n'est pas un slogan. L'arc républicain, Ilana, c'est un engagement, celui de l'attachement à l'universalisme et à l'indivisibilité de la nation. Il suppose le respect de l'état de droit, le refus de toute violence, verbale ou physique, le respect de l'adversaire politique, la protection de l'unité nationale contre les passions tristes. La question est simple au fond. Peut-on continuer à banaliser la tension permanente sans en payer le prix ? À force de jouer avec la colère, on finit par la légitimer. À force de fracturer, on finit par casser. À force de désigner des ennemis, on finit par créer des meutes.
À Lyon, un jeune homme est mort sous les coups. Dans la même ville, quelques jours plus tard, des bras se sont levés à la manière des années les plus sombres de notre histoire. Voilà ce que produit la brutalisation du débat public. La concorde n'est pas faiblesse. Elle est détermination. Nous pouvons collectivement et dans les urnes résister à l'air du temps, refuser la logique d'affrontement entre Français, refuser que la politique devienne une guerre culturelle permanente. Une démocratie ne survit pas longtemps lorsqu'elle cède aux pressions des radicalités. Sa seule force véritable réside dans la primauté du droit et dans la constance de la raison.
C'est ainsi qu'elle demeure fidèle à elle-même, loin des extrêmes.
Merci beaucoup, Caroline. Et d'ailleurs, puisqu'on parle de Lyon, on l'a dit dans le journal, un geste nazi a été adressé ce samedi à un enfant juif et à un rabbin alors qu'ils se rendaient à la synagogue. Une enquête a été ouverte, notamment. Il lui a donc adressé cet assaillant à cet enfant un geste nazi en criant « Free Palestine ». On aura peut-être l'occasion d'en parler. Évidemment, l'enquête se poursuit. Merci, Caroline Yadant. On vous retrouve avec grand plaisir très bientôt sur Radio-J. Merci, Lana.
Caroline Yadan